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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Avec « Le Ministère du bonheur suprême », l’auteure, en 1998, du « Dieu des petits riens », suit le parcours d’une « hijra », à la fois femme et homme, pour livrer sa vision incisive de l’Inde moderne.
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L’Inde entre deux sexes d’Arundhati Roy

Avec « Le Ministère du bonheur suprême », l’auteure, en 1998, du « Dieu des petits riens », suit le parcours d’une « hijra », à la fois femme et homme, pour livrer sa vision incisive de l’Inde moderne.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 16h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Le Ministère du bonheur suprême (The Ministry of Utmost Happiness), d’Arundhati Roy, traduit de l’anglais (Inde) par Irène Margit, Gallimard, « Du monde entier », 544 p., xx €.

« Quel dommage que vous n’écriviez plus ! » Pendant vingt ans, rien n’a plus ­irrité Arundhati Roy que cette petite phrase qu’on lui lançait toujours. Car pour écrire, elle écrivait. Sans relâche. Elle s’engageait contre les essais nucléaires indiens, dénonçait les dérives de la droite nationaliste hindoue, luttait contre l’exclusion des dalits (les intouchables), fustigeait « l’idiotie » qui règne au Cachemire « où se combattent neuf versions de l’islam authentique ! ». Mais justement, c’était ce qu’on lui reprochait, elle ne racontait plus. La militante avait éclipsé la romancière.
Ce grief, elle ne l’entendra plus. Vingt ans après Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998), qui lui a valu, en 1997, le prestigieux Booker Prize et s’est écoulé à 6 millions d’exemplaires, l’auteure ­indienne livre sa deuxième fiction, Le ­Ministère du bonheur suprême. Aucun doute que, pour ses fidèles, ce bonheur-là sera d’abord celui de s’en laisser conter. De se perdre dans les remous d’un vrai roman romanesque – entre ­Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) et Salman Rushdie –, fruit d’une imagination intacte, bouillonnante et fiévreuse.
Formidable bâtisseuse d’histoires
Car si vingt ans ont passé, Roy – qui est architecte de formation – reste une formidable bâtisseuse d’histoires. Comme dans Le Dieu des petits riens, elle empile récits, digressions, anecdotes… et fait tenir ensemble les matériaux les plus composites : une berceuse en ourdou, des ­bribes de mantras, une publicité pour British Airways, une blague pakistanaise circulant sur le Net ou encore une actualité sur le énième lynchage de musulmans au Gujarat. Après quoi, elle réunit tous ces fils narratifs et, au fronton de son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Gallimard publie sa correspondance avec Benjamin Péret, Francis Picabia et Tristan Tzara.
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Les lettres d’André Breton en deux ouvrages

Gallimard publie sa correspondance avec Benjamin Péret, Francis Picabia et Tristan Tzara.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 09h55
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            
Suite de la publication de la correspondance d’André Breton : après les lettres à Simone Kahn, sa première épouse, et celles à Jacques Doucet, son mécène des années 1920, paraissent deux nouveaux volumes. Le premier réunit les échanges avec Tristan Tzara et Francis Picabia entre 1919 et 1924, soit un tome placé surtout sous le signe de Dada, complété par des lettres plus tardives. Le deuxième est consacré à la conversation entre Breton et Benjamin Péret de 1920 à 1959, entrelacs de réflexions politiques, de confidences amicales et de chroniques du surréalisme au quotidien.

Entre Breton et Tzara se succèdent déclarations d’entente absolue et querelles. En 1919, Breton attend Tzara comme le messie de la révolution que celui-ci a fait éclater à Zurich et Tzara n’est pas en reste d’enthousiasme. L’année suivante, ce dernier arrive à Paris et le temps de l’entente lyrique prend fin. Plus de longues déclarations, mais des billets pour se donner rendez-vous, d’autres pour s’excuser de s’être manqué, d’autres encore pour s’expliquer sur des rumeurs de critique – souvent justifiées – de l’un envers l’autre. On se donne de l’« affectueusement » mais l’adverbe ne trompe personne : la fraternité était possible à distance seulement et elle a tourné à la rivalité, avec Paul Eluard, Louis Aragon ou Robert Desnos dans les seconds rôles.

Avec Picabia, même évolution, d’une admiration proche de la déférence du poète pour le peintre à des agacements qui s’enveniment. La dernière lettre de Breton à Picabia riposte vivement à ce qu’il perçoit comme une tentative de ce dernier d’usurper la dignité de directeur de conscience du surréalisme, quelques mois avant que Breton publie son premier Manifeste. Réplique publique de Picabia : « Quand j’ai fumé des cigarettes, je n’ai pas l’habitude de garder les mégots. » Bien plus tard, ils se sont réconciliés à peu près, sur fond de souvenirs communs.
Rien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la dessinatrice Aude Picault.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/01/2018
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« Coworkingdom », par Aude Picault (épisode 16)

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la dessinatrice Aude Picault.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 07h11
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’universitaire nantais, créateur du Lersco, le Laboratoire d’études et de recherches scientifiques sur la classe ouvrière, est décédé à l’âge de 90 ans.
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La mort du philosophe et sociologue Michel Verret

L’universitaire nantais, créateur du Lersco, le Laboratoire d’études et de recherches scientifiques sur la classe ouvrière, est décédé à l’âge de 90 ans.



Le Monde
 |    09.01.2018 à 14h15
    |

Jean-Claude Passeron (ancien directeur d'études à l'EHESS)







                        



                                


                            

Michel Verret, né le 6 novembre 1927 à Cambrai (Nord), est mort le 28 novembre 2017 à Nantes. Signe tranquille de sa constance philosophique, à rebours de toute convenance ou religion, ses cendres ont été dispersées, comme il le souhaitait, dans le Jardin du souvenir au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
A Nantes, où il s’était installé en 1953 sitôt passée l’agrégation de philosophie, avec son épouse, Eliane Berenbaum, elle aussi militante et psychologue, et où naquirent leurs quatre enfants, il a enseigné près de quarante ans, d’abord professeur de philosophie au lycée Clemenceau, puis à l’université de cette ville, où il a assuré, à partir de 1969, la direction du département de sociologie, qu’il renforça et associa à des enquêtes statistiques et ethnographiques, en créant le Lersco – Laboratoire d’études et de recherches sociologiques sur la classe ouvrière –, reconnu comme laboratoire associé au CNRS en 1974.
L’expérience de la génération intellectuelle née autour des années 1930 a été marquée par l’insatisfaction d’avoir manqué de peu les combats de la Résistance. D’où, à la Libération, un regain d’énergie, comme pour effacer la grisaille de la vie au temps de l’enfance sous l’Occupation, en s’investissant activement dans le renouvellement théorique des sciences de l’homme ou dans l’espérance revigorée d’une révolution à venir.
Militant communiste
Issus de de la victoire des Alliés sur le nazisme et les fascismes mondiaux, les choix politiques de Michel Verret en ont été marqués durablement — pendant la guerre froide, comme plus tard, lors des déchirures du bloc socialiste ou des rebonds de puissance du capitalisme mondialisé. Son itinéraire philosophique a été d’une rectitude intellectuelle et militante sans concession : entré aux Jeunesses communistes (JC) à la Libération, puis au PCF dès 1945, avant même sa réussite au concours de l’Ecole normale supérieure (ENS) en 1948, il abandonna « silencieusement »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque mardi un strip du dessinateur Voutch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/01/2018
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T’es sûr qu’on est mardi ?, par Voutch (épisode 68)

« La Matinale du Monde » publie chaque mardi un strip du dessinateur Voutch.



Le Monde
 |    09.01.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
09.01.2018 à 07h12
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Le neuromanagement s’intéresse à la motivation, au bien-être ou encore à l’innovation.
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Les manageurs découvrent les neurosciences

Le neuromanagement s’intéresse à la motivation, au bien-être ou encore à l’innovation.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h43
    |

                            Gaëlle Picut








                        



                                


                            

Les recherches en neurosciences apportent de nouvelles connaissances sur le fonctionnement cérébral. On a ainsi découvert des concepts tels que la plasticité cérébrale (capacité du cerveau à remodeler ses connexions en fonction de l’environnement et des expériences), les neurones miroirs (qui jouent un rôle dans l’apprentissage par imitation ou dans l’empathie), le cerveau social (les relations aux autres), les biais cognitifs, la force des stéréotypes…
Les neurosciences se sont par ailleurs rapprochées de différents univers : la santé, l’éducation, la psychologie… et le management. Le neuromanagement explore différentes notions relatives au monde du travail : la motivation, l’engagement, la coopération, le bien-être, la prise de décision, l’innovation, etc. Les connaissances issues des neurosciences peuvent-elles aider les dirigeants et manageurs dans leur vie professionnelle et leurs pratiques ?

Pour Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche à l’institut Pasteur et au CNRS, on peut devenir un manageur « neuro-amical » – comprendre, capable d’organiser son travail et celui de son équipe pour réduire le stress, d’encourager et de féliciter, de stimuler la créativité et de se préoccuper de l’épanouissement professionnel de ses collaborateurs.
« Cerveau social »
Selon David Destoc, président d’Oasys mobilisation, un cabinet de conseil, il est intéressant d’établir des passerelles entre le management et les neurosciences pour « porter un regard neuf sur des problématiques récurrentes, notamment en termes de gestion d’équipes, de stress et de motivation. Elles offrent des clés d’analyse et d’action intéressantes ».
Depuis deux ans, Oasys s’appuie sur les neurosciences pour ses activités de conseil et de formation. « Nous accompagnons des comités de direction à envisager de nouvelles façons de faire pour être plus agiles et améliorer la prise de décisions. Au départ, lorsqu’on parle de neurosciences, les manageurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Pauline Bayle s’empare de deux textes d’Homère dans « Iliade/Odyssée », présenté au Théâtre de la Bastille à Paris.
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Le retour d’Ulysse en héros d’aujourd’hui

Pauline Bayle s’empare de deux textes d’Homère dans « Iliade/Odyssée », présenté au Théâtre de la Bastille à Paris.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 10h53
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 11h30
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

Elle s’appelle Pauline Bayle, elle a 31 ans, et Iliade/Odyssée, le diptyque qu’elle présente au Théâtre de la Bastille à Paris – avec une mention spéciale pour l’Odyssée – est un bon exemple de la façon dont, aujourd’hui, émergent des artistes, en naviguant entre les petites salles, les subventions et les levées d’argent par les réseaux sociaux.
Après le bac, Pauline Bayle a intégré Sciences Po. Pendant son année de césure, passée à New York, elle n’a fait que du théâtre, sa passion depuis l’enfance. Puis elle est entrée au Conservatoire, à Paris, et s’est lancée comme comédienne, mais aussi auteure et metteuse en scène. Iliade, son troisième spectacle, a été créé en novembre 2015 au Théâtre de Belleville – 96 places, dans l’est parisien –, qui, depuis quelques années, fait la part belle aux jeunes compagnies.
Pour Iliade, cette salle a obtenu 4 000 euros du Syndicat national du théâtre privé, auquel elle est affiliée. En lançant un appel sur le site de financement participatif KissKissBankBank, Pauline Bayle a récolté la même somme, 4 000 euros, grâce au soutien de ceux qui avaient vu ses deux premières pièces, A tire-d’aile, créée en 2013 au Ciné XIII – une autre vaillante petite scène parisienne, dirigée par Salomé Lelouch – et A l’ouest desterres sauvages, lauréate en 2013 du prix des Jeunes metteurs en scène organisé par le Théâtre 13, subventionné par la Ville de Paris. Comme Pauline Bayle et ses amis comédiens sortaient du Conservatoire, ils ont pu également recevoir de l’argent du Jeune théâtre national, financé par l’Etat, ce qui a permis de payer une partie des salaires (faibles, on s’en doute).
Franche et rusée simplicité
L’Iliade a été jouée soixante fois au Théâtre de Belleville, ce qui est beaucoup, puis reprise au Théâtre national de La Colline, dans le cadre du festival Impatience, un des moteurs de l’émergence. Les programmateurs sont venus, le spectacle a...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/01/2018
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« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 14)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 09h59
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Le romancier américain est convaincu de la place centrale du fortuit dans toute vie. Il pousse cette obsession à son comble en imaginant quatre destins divergents au héros de « 4 3 2 1 ».
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Paul Auster se joue du hasard

Le romancier américain est convaincu de la place centrale du fortuit dans toute vie. Il pousse cette obsession à son comble en imaginant quatre destins divergents au héros de « 4 3 2 1 ».



Le Monde
 |    07.01.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 09h05
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Un portrait de Paul Auster en une page ? Qu’en penserait l’intéressé ? Il en rirait sans doute. A moins qu’il n’en pleure. Lui à qui il a fallu pas moins de cinq livres autobiographiques pour se raconter sérieusement. Lui qui, pour tenter d’approcher l’authentique Paul Auster, est allé fouiller les souvenirs les plus anciens enregistrés par son corps et son esprit. Depuis ses premiers pas d’enfant sur le sol froid de sa chambre (Chronique d’hiver, Actes Sud, comme tous ses livres, 2013) jusqu’à l’illumination intellectuelle fondatrice – lorsqu’il « sut » qu’il n’y avait « rien de mieux que d’avoir 6 ans » parce que, jusque-là, « on est, seulement », tandis qu’ensuite, on « sait que l’on est » (Excursions dans la zone intérieure, 2014).
On sait que l’on est. Mais sait-on qui l’on est ? Ou mieux, qui l’on aurait pu être ? A ces interrogations vertigineuses, Paul Auster consacre aujourd’hui plus de mille pages. « J’ai réfléchi toute ma vie à ces questions, confesse-t-il. Le vrai problème, comme le souligne le narrateur de ce roman, 4 3 2 1, c’est que l’on ne peut se trouver qu’à un endroit à la fois. Sauf par la magie de la fiction, il est impossible d’emprunter quatre chemins simultanément. Il faut en choisir un et un seul. ­Celui qui deviendra l’histoire de votre vie. »
Ses débuts difficiles
La sienne – comme celle de Philip Roth quatorze ans avant lui – commence à Newark, dans le New Jersey, en 1947. Et se poursuit à Brooklyn, sur Park Slope, dans cette jolie maison de pierre brune qu’il partage avec son épouse, l’écrivaine Siri Hustvedt. C’est là que nous le rencontrons, à l’été 2017. Assis dans le jardin, à l’ombre des hydrangéas, l’auteur de L’Invention de la solitude (1988) commente : « Cela fait vingt-cinq ans que nous habitons ici. Là-haut, il y a le bureau de Siri. Le mien est au rez-de-chaussée. »
Il évoque ses débuts difficiles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/01/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 83)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h07
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Le désir accompli du sociologue, par Jacques André

Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 09h08
   





                        



                                


                            


par Jacques André, psychanalyste

« L’“inconscient” n’est que l’oubli de l’histoire que l’histoire elle-même produit en incorporant les structures objectives qu’elle produit dans ces quasi-natures que sont les habitus. » La phrase est de Pierre Bourdieu, mais si Bernard Lahire la reprend à son compte, c’est qu’elle s’applique fort bien à son projet d’une « interprétation sociologique des rêves ». L’individu ne tient pas ses expériences passées devant lui comme un « avoir » ou un « acquis » : elles sont une part constitutive de lui-même qui détermine, sans qu’il en soit conscient, ses représentations ou ses actes… et aussi ses rêves.
Le social gît dans les plis les plus intimes des individus. Nul besoin d’invoquer un quelconque refoulement pour définir l’inconscient. Lahire fait le saut d’une contribution de la sociologie à l’étude des rêves au « rêve » d’une nouvelle théorie intégratrice qui, partant des acquis du modèle d’interprétation synthétique proposé par Freud en son temps, s’efforce d’en corriger les faiblesses, les manques et les erreurs.
La force hallucinatoire du rêve
Freud théorise l’inconscient, il ne le découvre pas. Dans le sommeil, écrivait Platon dans La République, la partie sauvage de l’âme « ose tout, elle n’hésite pas à essayer en pensée de violer sa mère ou tout autre quel qu’il soit, homme, dieu ou animal ». Pour l’inconscient, le rêve, la liberté qu’il prend avec les contraintes de la vie éveillée, est une aubaine, l’occasion « rêvée » de s’y exprimer. La force hallucinatoire du rêve fait se réveiller en sursaut parce que son enfant tombé par la fenêtre va inéluctablement s’écraser au bas de l’immeuble. Comment faire face consciemment à la haine qui fait « rêver » de jeter par la fenêtre cet enfant que l’on aime tant ? Le refoulement ne se contente pas d’écarter une pensée trop désirable, il la rend inconnue. C’est étrange, comme le notait Althusser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Entre l’Histoire et nos histoires, par Françoise Davoine

La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Françoise Davoine, psychanalyste

L’inconscient, selon Lacan (1901-1981), c’est le discours de l’Autre. Prise dans un faisceau de relations sociales, cette altérité n’échappe évidemment pas à une « interprétation sociologique des rêves ». Celle à laquelle Bernard Lahire nous invite est une analyse objective et exhaustive des théories du rêve, appréhendées de manière non cloisonnée. Son but est de dégager les déterminismes sociaux à l’œuvre dans cette expérience intime apparemment la plus éloignée du champ de la sociologie.
En effet, nos rêves n’obéissent pas à nos catégories académiques, quelle que soit l’époque ou la culture où ils surgissent. Ils sont à la croisée de l’Histoire et des histoires que nous aimons raconter ou que nous redoutons de dire. Ce champ interdisciplinaire existe dans l’art thérapeutique du conteur et de la tradition orale, à laquelle participe la psychanalyse depuis plus d’un siècle. On comprend que les rêves cherchent aujourd’hui à échapper à l’emprise de cette vieille dame. Le sujet du rêve, à défaut d’être psy, est-il sociologique, comme l’interprète Bernard Lahire ?
Je fus directement confrontée à ce dilemme dans les années 1970, entre le Centre d’études des mouvements sociaux fondé par Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, où je travaillais comme sociologue, et ma participation à l’Ecole freudienne de Jacques Lacan. A l’époque, j’effectuais, avec Jean-Max Gaudillière, une recherche intitulée « Folie et lien social » dans un hôpital psychiatrique de l’Est de la France. Les délires et les rêves des personnes internées actualisaient les guerres apparemment révolues. Bien plus, leurs histoires réveillèrent en nous la mémoire d’un passé qui n’était pas passé, au point de nous faire « devenir » analystes de folies auxquelles on n’accolait pas encore le mot de trauma.
L’enjeu des cauchemars de soldats : la vérité historique
Pourquoi rêve-t-on de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Le rêve, retour de flamme, par Lancelot Hamelin

Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Lancelot Hamelin, dramaturge et écrivain

A la suite des attentats du 13 novembre 2015, Arte Radio et Rue89 ont proposé, en guise de reportages, des récits de rêve. Comment rapporter le réel quand le fantasme le déborde ? Par quel biais penser les ténèbres ?
Le rêve revient, retour de flamme. Notre société découvre ce territoire politique et social, situé entre L’Interprétation des rêves, de Freud (1900), La Banque des rêves, de Jean Duvignaud (Payot, 1979), Rêver sous le IIIe Reich, de Charlotte Beradt (Payot, 2002).
Bernard Lahire éclaire cet angle mort de la sociologie, fait le point sur la question du rêve, croise les disciplines – des neurosciences à la philosophie –, donne des pistes pour une interprétation du rêve à visée sociale.
Je partage l’intuition d’une unité possible, pour l’homme pluriel, par le songe.
Depuis 2012, je recueille des récits de rêve dans de grandes villes. A Nanterre, en résidence au Théâtre Nanterre-Amandiers ; mais aussi à La Nouvelle-Orléans, Paris, Lyon, Valence, Rome, au bidonville de Calais, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère) – et à la fin du mois de janvier à New York, pour la Nuit de la philosophie, à la Brooklyn Public Library.
« As-tu rêvé cette nuit ? »
Ma démarche est devenue collective l’an passé, grâce au metteur en scène Duncan Evennou, qui fait du théâtre un outil de recherche, en dialogue avec les sciences humaines. De janvier à mai 2017, nous avons arpenté les rues de Nanterre avec un groupe de jeunes artistes, chercheurs et amateurs, en posant aux passants la question des ­Indiens Zapara : « As-tu rêvé cette nuit ? »
Deux cents personnes ont ainsi témoigné de leur rapport à la vie onirique pendant la campagne présidentielle. C’est The Light House Project. En archivant des récits de rêve, nous questionnons le rôle des résidus oniriques dans nos vies quotidiennes....




                        

                        


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La sociologie tirée de son sommeil, par Arnaud Esquerre

Le sociologue a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Arnaud Esquerre, sociologue

Alors que la sociologie, ces temps-ci, est accusée d’être dévoyée et de présenter un danger par des sociologues qui veulent l’orienter vers l’expertise spécialisée et lui faire abandonner l’enquête de terrain, la meilleure réponse à ces inquiétudes, au fond plus politiques que scientifiques, nous est apportée par la parution de L’Interprétation sociologique des rêves, de Bernard Lahire : un livre ambitieux, faisant œuvre de science, d’une grande ampleur théorique et appelant à l’enquête de terrain.
Certes, il est difficile d’apprécier pleinement une recherche dont seulement la moitié est livrée [un second tome est à paraître]. Toutefois, cette partition ne retire pas son intérêt à cette première partie. ­Celle-ci propose un cadre théorique et une méthodologie sociologique appropriés aux rêves. Faute d’outils théoriques adaptés, les sociologues, qui s’étaient intéressés aux rêves aux origines de la discipline, à la fin du XIXe siècle, Durkheim dans un cours, Tarde dans un ouvrage, ne s’en sont plus beaucoup préoccupés ensuite. La théorie des champs de Bourdieu n’aurait été ici d’aucun secours, comme le reconnaît Lahire. Il semble désormais tellement évident que les rêves relèvent du domaine des professionnels du psychisme qu’il ne viendrait même plus à l’esprit de la plupart des sociologues d’y consacrer une recherche.
Concevoir le rêve comme une communication de soi à soi
Un travail important, comme l’a accompli Lahire, était donc nécessaire pour faire des rêves, en tant que réalité sociale, un objet sociologique à part entière. Il lui a fallu, pour cela, engager la discussion avec ces professionnels du psychisme, au premier rang desquels Freud, davantage qu’avec Halbwachs (1877-1945) et Elias (1897-1990). C’est par un argument sociologique, en concevant le rêve comme une communication de soi à soi, que ­Lahire écarte, de manière convaincante,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’éditeur de comics a annoncé le lancement d’une plate-forme permettant aux internautes de créer leurs propres histoires. Mais la liste des sujets interdits fait grincer des dents.
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Marvel incite ses lecteurs à créer des comics… mais sans « questions sociales » (ni abeilles tueuses)

L’éditeur de comics a annoncé le lancement d’une plate-forme permettant aux internautes de créer leurs propres histoires. Mais la liste des sujets interdits fait grincer des dents.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h01
    |

            Morgane Tual








                        


« Amusez-vous bien à créer des comics Marvel incroyablement ennuyeux que vous ne posséderez pas et ne pourrez partager avec personne ! » Comme une bonne partie des amateurs de pop culture et de comics américains, le site The Verge a accueilli avec dérision la dernière annonce de Marvel. Fin décembre, l’emblématique éditeur américain de comics a dévoilé Create your own, une plate-forme permettant aux internautes de concevoir leur propre bande dessinée, en y intégrant des personnages issus de l’univers Marvel.

La plate-forme n’a pas encore ouvert – elle « arrivera bientôt », selon Marvel –, mais elle a déjà fait l’objet d’un grand nombre de commentaires cinglants. En cause : ses conditions d’utilisation particulièrement restrictives. A commencer par le fait que toutes les créations des internautes appartiendront non seulement entièrement à Marvel, mais ne pourront officiellement pas être partagées sur d’autres plates-formes par leur auteur.
Contraception, lobbyistes et parcs d’attraction
Mais ce sont surtout les restrictions relatives au contenu de ces bandes dessinées qui ont suscité consternation et railleries. Marvel a dressé une longue liste des contenus qu’il est interdit de faire apparaître dans ces comics amateurs, et celle-ci a parfois de quoi surprendre.
Outre la pornographie, la violence ou le racisme, inscrits de façon prévisible, Marvel refuse, pêle-mêle : la mort, la contraception, l’alcool, les abeilles tueuses, la politique, les lobbyistes ainsi que les parcs d’attraction, studios de cinéma et films d’animation qui n’appartiendraient pas à Marvel ou Disney, sa maison mère. Le « sensationnalisme » est aussi interdit, et en guise d’exemple, Marvel cite, en plus des abeilles tueuses, « les aliens, les ragots, etc. ».
Mais c’est une autre ligne qui a particulièrement indigné les internautes : elle souligne qu’est aussi interdit « tout autre sujet controversé », précisant, entre parenthèses, « questions sociales, etc. ». Marvel interdit aussi la « promotion de modes de vie alternatifs », ce qui a fait grincer des dents.
« L’épine dorsale de la plupart des comics »
« Ils sont bêtes chez Marvel ou quoi ? Les questions sociales sont littéralement l’épine dorsale de la plupart des comics », s’indigne une internaute. Une autre juge, quant à elle, absurde « le fait que Marvel pense qu’il soit humainement possible de raconter une histoire de superhéros sans aucun élément politique ». « Pas de questions sociales, dit une entreprise qui a engendré les comics les plus beaux et les plus populaires en évoquant des questions sociales », déplore une autre.
« Est-ce que Captain America a toujours le droit de combattre les nazis ? », ironise, de son côté, le site féministe The Mary Sue, spécialisé dans la pop culture. Et d’évoquer le personnage de Kamala Khan, première héroïne musulmane de Marvel, introduite en 2013 : « Va-t-on vraiment l’interdire d’évoquer l’islamophobie ? », abonde The Mary Sue.
Un certain nombre de critiques se concentrent aussi sur l’interdiction de la « promotion de modes de vie alternatifs ». « Ce terme permet plusieurs définitions potentielles, du véganisme au tatouage », souligne Polygon, un site spécialisé dans le jeu vidéo. « C’est aussi un terme souvent utilisé pour désigner les membres de la communauté LGBT [lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres]. »
Détournements
En imposant cette multitude de règles, Marvel veut s’assurer que le contenu produit par les internautes soit accessible aux enfants et ne choque aucune sensibilité – alors même que les comics produits par l’éditeur ne respectent pas ce cahier des charges. Etablir de telles restrictions est aussi une tentative d’éviter les détournements grossiers, vulgaires et provocants qui auraient, à coup sûr, afflué sur la plate-forme dès ses premières heures d’existence.
Et peut-être aussi d’esquiver un certain nombre d’amateurs de fanfictions, cette pratique très populaire consistant à écrire des histoires se déroulant dans l’univers d’une œuvre, comme un comic-book. Une grande partie de ces fanfics mettent en scène des histoires d’amour, souvent homosexuelles, entre des personnages, parfois de façon très graphique – Marvel pourrait voir d’un mauvais œil que cette créativité ne s’exprime sur cette nouvelle plate-forme. Celle-ci « passe à côté de tout ce qui rend les fanfictions géniales », regrette une internaute.
A côté des réactions offensées, d’autres passionnés de comics ont préféré jouer la carte de l’humour, en tentant de rassembler dans une seule image tout ce que Marvel interdit dans ses conditions d’utilisation.

Heyyy so I heard Marvel is letting us make our own comics now and there are some rules about stuff we have to inclu… https://t.co/rwnmC3delH— alexdecampi (@Alex de Campi)


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« Je suis obligé de contourner l’application de Marvel pour que je puisse montrer au monde ma vision, sans compromis », ironise cet internaute. Dans sa bande dessinée, Spider Man prononce des gros mots, se retrouve confronté à des abeilles tueuses, défie un scientifique nazi, évoque un film du studio Dreamworks, avant de conclure, une fois son ennemi anéanti : « Je vais aller me promener dans le parc et trouver des mecs sexy à embrasser. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Avec « Couleurs de l’incendie », le romancier poursuit le feuilleton de l’entre-deux-guerres qui lui a valu le Goncourt en 2013. Secrets de « fabricant d’émotions ».
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Les deux adages de Pierre Lemaitre

Avec « Couleurs de l’incendie », le romancier poursuit le feuilleton de l’entre-deux-guerres qui lui a valu le Goncourt en 2013. Secrets de « fabricant d’émotions ».



Le Monde
 |    06.01.2018 à 08h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Couleurs de l’incendie, de Pierre Lemaitre, Albin Michel, 544 p., 22,90 €.

Œil malicieux, sourire en coin, Pierre Lemaitre accepte bien volontiers de parler métier. « C’est bien simple, j’ai deux adages. Adage n° 1 : “Méfie-toi de l’écriture.” Adage n° 2 : “Fais confiance à l’écriture.” » Pas mécontent de son effet, le lauréat du prix Goncourt 2013 pour Au revoir là-haut (Albin Michel) détaille ce qu’il ne considère pas vraiment comme une « méthode », mais plutôt comme un ensemble de « trucs et astuces » qui lui permettent de mener à bien son travail de romancier. C’est-à-dire, précise-t-il aussitôt, de « fabricant d’émotions ». Car sa plus grande crainte, en dévoilant comme il le fait, avec générosité, les coulisses de son nouveau roman, Couleurs de l’incendie, serait de donner l’impression que ce n’est « que de la mécanique ». Et de passer, lui qui vient du polar, pour « un bon faiseur » s’amusant un peu vainement à raconter des histoires bien ficelées.
Ce risque de malentendu écarté, il revient sur les préceptes qui l’ont guidé pour ce deuxième volet de la trilogie inaugurée avec le roman « goncourisé ». « “Méfie-toi de l’écriture”, ça veut dire qu’il ne faut pas confier à l’écriture ce qu’elle ne sait pas faire. On a toujours hâte de se mettre à écrire, le travail de préparation et de construction est long, laborieux, ingrat. On aimerait l’abréger pour passer à l’étape jubilatoire. Mais l’écriture au fil de la plume est incapable de construire un scénario, ce n’est pas son boulot. » Dans ce roman-ci, la structure est celle du Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas (1844-1846). Dans la première partie, l’héroïne est victime d’une machination. Dans la seconde, elle revient se venger de tous ceux qui ont causé sa perte, en finissant par le plus coupable. « Mais j’abandonne vite l’intrigue, précise Pierre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 28)

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 07h07
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Le sociologue signe une étude ambitieuse où il explore à nouveaux frais, au-delà de Freud, ce que nous exprimons en rêvant.
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Bernard Lahire : « Les rêves font preuve d’une incroyable lucidité »

Le sociologue signe une étude ambitieuse où il explore à nouveaux frais, au-delà de Freud, ce que nous exprimons en rêvant.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 09h06
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
« L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire, La Découverte, « Laboratoire des sciences sociales », 488 pages, 25 €.
Livre après livre, le sociologue Bernard Lahire (né en 1963) nous avait déjà habitués à des projets ambitieux. Qu’il ait exploré les ressorts de nos actions (L’Homme pluriel, Nathan, 1998) ou la complexité de nos pratiques culturelles (La Culture des individus, La Découverte, 2004), qu’il ait entrepris de bâtir une théorie de la création littéraire (Franz Kafka, La Découverte, 2010) ou de la « magie sociale » qui opère dans notre rapport à l’art (Ceci n’est pas qu’un tableau, La Découverte, 2015), il visait toujours, au-delà, une véritable pensée du monde social.
On retrouve cette ambition, et ce projet, dans son nouveau livre, L’Interprétation sociologique des rêves, premier tome d’une enquête qui en comptera deux, produit d’une recherche audacieuse entamée il y a vingt ans. Dialoguant avec d’autres disciplines (psychanalyse, neurosciences, linguistique, anthropologie…), le sociologue y propose un nouveau modèle d’interprétation des rêves, envisagés d’abord comme une « forme d’expression ».
Votre livre s’efforce de faire entrer le rêve « dans la grande maison des sciences sociales ». Comment expliquez-vous qu’elles l’aient si longtemps mal accueilli  ?
Le rêve est une production imaginaire a priori très « personnelle », bizarre aux yeux même de celui ou celle qui l’a produite, évanescente si on ne la raconte pas dès le réveil, fabriquée pendant que la personne est endormie et coupée des interactions sociales ordinaires et de toutes les sollicitations qu’elles charrient… Bref, le rêve est un vrai cauchemar pour le sociologue ! Et, depuis 1900 [année de publication à Vienne de L’Interprétation des rêves, de Sigmund Freud], qui dit « rêve » dit « psychanalyse », et la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’auteur de « Fire and Fury » s’est toujours enorgueilli de n’être ni journaliste ni critique des médias. Et sa réputation de brûleur d’embargos, irrespectueux des paroles données en « off », n’est plus à faire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 05/01/2018
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Qui est Michael Wolff, « gros piranha dans le petit étang médiatique » et auteur du livre sur Trump ?

L’auteur de « Fire and Fury » s’est toujours enorgueilli de n’être ni journaliste ni critique des médias. Et sa réputation de brûleur d’embargos, irrespectueux des paroles données en « off », n’est plus à faire.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 17h52
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 07h05
    |

            Charlotte Chabas








                        



   


C’était en février 2004, et le gratin new-yorkais en était tout émoustillé. Le livre de Michael Wolff, Autumn of the Moguls (L’Automne des magnats, éditions Flamingo), n’en finissait pas d’excorier les nababs du microcosme médiatique américain, ces « titans, frimeurs et hommes d’argent qui maîtrisent et bousillent le grand média ».
Parmi eux, Steven Rattner, un ancien journaliste du New York Times reconverti en mandarin de Wall Street, que la plume astringente du chroniqueur du New York Magazine vitriolait avec force anecdotes. Des histoires pas toujours obtenues « dans les règles de l’art », se vantera l’auteur dans l’une de ses chroniques, avançant ainsi avoir recruté son fils de 8 ans, Steven, pour aller jouer avec le fils de M. Rattner, Izzy, et « espionner le foyer familial » pour lui ramener matière à élucubrer.
L’anecdote illustre bien la réputation de ce mondain new-yorkais, que le New Republic, dans un long portrait publié en 2004, décrivait comme un « savant mélange entre un chroniqueur féru de cancans, un psychothérapeute et un anthropologue de la société, qui offre aux lecteurs l’opportunité de devenir une mouche posée dans les pénates des puissants ».
Un phénomène « difficile à comprendre pour qui n’est pas new-yorkais », décrivait alors le bimensuel américain, tant son talent semblait intrinsèquement lié à sa matière et son terrain de prédilection : les happy few de Manhattan, et la table cinq du célèbre restaurant Michael’s, sis en plein cœur du quartier.
« Sur un canapé de la Maison Blanche »
Mais Michael Wolff a, depuis, gagné ses galons nationaux – si ce n’est planétaires. Les premiers extraits de son dernier ouvrage, Fire and Fury : Inside the Trump White House, fruit de dix-huit mois de travail et de deux cents entretiens à la Maison Blanche, ont provoqué un séisme, mercredi 3 janvier. Fou de rage, Donald Trump a demandé l’interdiction de sa publication, en réaction, l’éditeur, Henry Holt & Company, l’a avancée au vendredi 5 janvier.

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Compilation hétéroclite d’anecdotes récoltées dans l’univers du 45e président américain, le livre dépeint une fresque décadente et foutraque, où Donald Trump est décrit en bizut mal dégrossi, entouré d’une armée de « longues dents » sidérées par ce président « crétin et idiot ». Un portrait truculent qui ne manque pas de provoquer une interrogation : faut-il croire Michael Wolff, qui s’est vanté d’avoir eu, pour écrire son livre, « une place quasi attitrée sur un canapé de la Maison Blanche » ?

   


La présentatrice de « New Day », émission phare de CNN, n’y a pas été de main morte. « Nous devrons rappeler que le modus operandi de Michael Wolff est de laisser les personnes avec qui il s’entretient dérouler leur fil. Et il ne prend pas toujours la peine de vérifier ce qu’elles disent. Il n’a pas besoin d’avoir deux sources pour avancer un fait. Ce n’est pas du journalisme », a affirmé Alisyn Camerota. Avant de résumer :
« C’est une lecture très intéressante, quand on garde en tête que l’auteur admet lui-même dans ses notes qu’il laisse ses sources raconter leurs histoires et ne fait que les imprimer. »
« Le journalisme conventionnel n’est pas sa tasse de thé »
C’est le « style Wolff », l’art de se mettre en scène au milieu d’un univers social dont il aime étriller les verrues et les cicatrices pour mieux décortiquer les egos insatiables qui le peuplent. « Aux yeux de Michael Wolff, rien n’est plus érotique qu’un milliardaire », écrit ainsi The Esquire.
L’intéressé s’est d’ailleurs toujours enorgueilli de n’être ni journaliste (« passer des coups de téléphone n’est pas vraiment dans mes habitudes », disait-il) ni critique des médias (« cette figure austère de maître d’école »). Sa réputation de brûleur d’embargos, irrespectueux des paroles off the record, n’est plus à faire. « Avec Michael, vous êtes toujours enregistré et en scène, je crois que les gens ne l’aiment pas parce qu’ils sont toujours obligés de faire très attention quand ils sont en sa présence », disait de lui le prestigieux journaliste du New York Times David Carr. Alors que Donald Trump a affirmé « n’avoir jamais parlé à Michael Wolff pour un livre », ce dernier a rétorqué jeudi 4 janvier : « Qu’il ait réalisé que c’était une interview ou pas, je ne sais pas, mais ce n’était pas en “off”. »
Dans son portrait de 2004, la journaliste de New Republic allait même plus loin, affirmant : « Les scènes que Wolff dépeint dans ses chroniques ne sont pas tant rapportées que créées – surgissant de l’imagination de Wolff plutôt que de faits existants. » « M. Wolff reconnaît lui-même que le journalisme conventionnel n’est pas sa tasse de thé », poursuit l’article.
Incohérences factuelles
Une éthique douteuse qui n’a pas manqué de soulever le débat. Politiciens et médias n’ont pas tardé à tirer à boulets rouges sur ce qui, dès la première lecture, ressemble parfois à des petits arrangements avec la vérité. Bien sûr, la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a dit qu’il s’agissait d’une suite « d’erreurs, encore des erreurs, et toujours plus d’erreurs ». Katie Walsh, ancienne conseillère de Donald Trump, a démenti avec véhémence avoir tenu les propos rapportés dans Fire and Fury.
Mais si le Washington Post liste les incohérences factuelles contenues dans les premiers extraits publiés, le prestigieux quotidien est loin d’invalider pour autant tout le propos éditorial de Michael Wolff. D’abord parce que ce natif des banlieues du New Jersey, fils d’un cadre de la publicité et d’une journaliste, n’est pas n’importe qui.
Entré tôt comme petite main au New York Times, ce père de trois enfants, âgé de 64 ans, est devenu, au fil des ans et des titres avec lesquels il a collaboré – USA Today, The Hollywood Reporter, GQ, Vanity Fair –, « un gros piranha dans le petit étang médiatique », décrit son premier journal. « Il a un don pour donner l’apparence d’avoir eu un accès intime à quelqu’un », dit de lui un collègue cité par le site d’information Splinter. « Il est excellent pour lire les gens, c’est un psychiatre sur papier », explique un de ses amis, interrogé par le New Republic – Michael Wolff affirme avoir parlé trois heures à Donald Trump.
Sa plume ciselée lui a d’ailleurs valu plusieurs récompenses, dont, à deux reprises, le prix du meilleur chroniqueur décerné par la prestigieuse American Society of Magazine Editors. Michael Wolff s’est notamment fait un nom en publiant une biographie du magnat médiatique Rupert Murdoch, intitulée The Man Who Own the News (« l’homme qui possède les informations »). L’homme d’affaires australo-américain avait détesté le résultat, évidemment. Un ennemi parmi d’autres – « partout où je vais, les gens me haïssent », se vantait M. Wolff auprès d’une amie.

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« Trop bon pour ne pas le croire »
Nul n’ignore donc Michael Wolff, dont la célébrité l’a même conduit à faire une apparition dans l’épisode pilote d’une émission de téléréalité conçue par Donald Trump lui-même, Trump Town Girls – il visitait un appartement dans cette production, mettant en scène des concurrentes de concours de beauté – tellement sexiste qu’elle n’avait même pas été diffusée.
« Le vrai mystère dans tout ça, c’est pourquoi la Maison Blanche lui a autorisé un tel accès », souligne, dans les colonnes du New York Times, l’ancien rédacteur en chef de Michael Wolff à Vanity Fair, Graydon Carter. « Il faut un voleur pour attraper un voleur », résume le Los Angeles Times, qui s’interroge : « Pourquoi croire Michael Wolff ? » « Parce que, pour l’heure, ce qu’il a produit est trop bon pour ne pas le croire », répond le journal, confessant un voyeurisme jubilatoire.

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Dans une administration qui revendique sans cesse une société de la post-vérité, qui hurle à la fake news dès qu’une information la dessert, les méthodes de M. Wolff ne semblent être qu’un juste retour de bâton.
Michael Wolff l’écrit d’ailleurs lui-même dans son livre : « De nombreux événements qui se produisent au sein de la Maison Blanche de Donald Trump entrent en contradiction les uns avec les autres ; beaucoup, dans un style typiquement trumpiste, sont évidemment faux. Ces contradictions, ce rapport fluctuant avec la vérité, si ce n’est avec la réalité elle-même, sont des éléments constitutifs de ce livre. »



                            


                        

                        


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Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h56
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Valérie Zénatti est romancière et scénariste mais aussi, depuis le début des années 2000, la traductrice d’Aharon Appelfeld.
Dans « Mensonges » (L’Olivier, 2011), vous avez évoqué l’influence d’Aharon Appelfeld sur votre propre travail romanesque. Y a-t-il une réception particulière de cet écrivain en France ?
Cette réception s’est faite en deux temps. Dans les années 1980, on commence à le traduire, chez Belfond puis chez Gallimard. Puis, les publications cessent parce qu’on s’intéresse avant tout aux écrivains israéliens, alors qu’Appelfeld est un écrivain juif européen. Pour ma part, après les grands procès pour crime contre l’humanité (Paul Touvier, Maurice Papon, etc.), j’avais lu Le Temps des prodiges (Belfond, 1985), qui était au programme de l’agrégation d’hébreu. Cette lecture a provoqué en moi un vrai choc littéraire. En 2004, la renaissance éditoriale a eu lieu grâce à Olivier Cohen et les éditions de L’Olivier qu’il dirige, où Appelfeld est désormais publié. Ce regain d’intérêt doit beaucoup aussi au dialogue que Philip Roth a établi avec lui dans Parlons travail (Gallimard, 2004). L’œuvre d’Appelfeld était à ce moment susceptible de toucher un public plus large, cherchant à entendre sur cette période une voix plus pudique, évitant le lyrisme ou le pathos et proposant de l’événement – la Shoah – une vision plus métaphysique qu’historique. Proust et Camus ont été en outre des auteurs qui ont compté pour lui.

La situation est-elle différente en Israël ?
En Israël, Aharon Appelfeld est certes considéré comme un grand écrivain, mais seulement auprès d’un cercle de fidèles appartenant plus ou moins à sa génération, et chez les anciens du kibboutz. On lui reproche de ne jamais parler de la réalité israélienne actuelle, en particulier politique. En revanche, en France, où la Shoah demeure un sujet, ses lecteurs juifs comme non juifs ont été vivement touchés par sa puissance...




                        

                        

