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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Question de droit social. La création de ce « super comité social et économique » représente une petite révolution pour les institutions représentatives du personnel dans les grandes entreprises françaises.
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Pourquoi instaurer un conseil d’entreprise ?

Question de droit social. La création de ce « super comité social et économique » représente une petite révolution pour les institutions représentatives du personnel dans les grandes entreprises françaises.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 16h00
    |

                            Jean-Emmanuel Ray (Professeur à l'école de droit de Paris-I-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            
Chronique. Au 1er janvier a commencé le big bang des institutions représentatives du personnel dans les grandes entreprises françaises avec la fusion obligée, à l’issue des prochaines élections professionnelles, des délégués du personnel, du comité d’entreprise (CE) et du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), au profit de l’unique comité social et économique (CSE), qui hérite de l’essentiel de leurs attributions d’information-consultation. Mais une autre instance, beaucoup plus novatrice, va aussi pouvoir être créée : le conseil d’entreprise.
Il s’agit d’un « super CSE », car il est également habilité à négocier un accord collectif, alors signé par la majorité des titulaires élus. C’est une petite révolution dans notre droit, où dominait l’opposition entre des institutions élues, avec leurs attributions consultatives, et les délégués syndicaux désignés, ayant le monopole de la négociation collective. Même si, dans les faits, il s’agissait souvent des mêmes personnes, du fait de la crise des vocations syndicales.

Paradoxe apparent : il revient aux délégués syndicaux de créer, ou non, ce conseil d’entreprise, qui les laisse subsister mais leur retire le cœur de leurs attributions. L’explication réside dans le nécessaire respect des règles ou des principes de valeur constitutionnelle ou conventionnelle, à l’instar de la convention no 135 de l’OIT, qui énonce que « la présence de représentants élus ne [peut] servir à affaiblir la situation des syndicats ou de leurs représentants ».
Recherche de consensus
Mais pourquoi des délégués syndicaux participeraient-ils à leur propre affaiblissement ? Parce que, outre des contreparties classiques, comme une hausse de la subvention au CSE ou une valorisation des parcours syndicaux, l’accord instituant le conseil d’entreprise doit aussi « [fixer] la liste des thèmes (…) soumis à l’avis conforme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de bâtonniers exprime son inquiétude face à la suppression de petites cours d’appel pour des raisons comptables à court terme, et propose la création de cours d’appel de délestage.
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« Non à la réforme dispendieuse et injuste » de la carte judiciaire de Nicole Belloubet

Dans une tribune au « Monde », un collectif de bâtonniers exprime son inquiétude face à la suppression de petites cours d’appel pour des raisons comptables à court terme, et propose la création de cours d’appel de délestage.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 15h46
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 15h50
    |

Corinne Jouhanneau-Boureille (Bâtonnière de Guéret), Isabelle Lescure (Bâtonnière de Brive), Christine Marche (Bâtonnière de Tulle) et Abel-Henri P...







                        



                                


                            

Tribune. Nous avons compris. Nous avons compris que la France doit présenter un déficit en dessous de 3 % de son produit intérieur brut (PIB) aux autorités européennes. Nous avons compris que tous les ministères doivent mener des réformes au pas de charge pour faire des économies. Nous comprenons que le ministère de la justice n’échappe pas à la règle. Nous avons compris que le maillage territorial de la justice doit tenir compte des évolutions démographiques. Nous ne sommes pas enfermés dans un corporatisme régionaliste comme certains voudraient le faire croire.
Nous savons parfaitement que le barreau du XXIe siècle doit s’adapter aux très importantes évolutions de notre société, que la numérisation est un enjeu majeur auquel la profession a très largement répondu en s’adaptant sans résistance ni manifestations au réseau Intranet entre les juridictions et nos cabinets.
Nous savons que notre profession ne peut pas faire l’économie d’une réflexion profonde sur sa place dans un marché du droit désormais très largement ouvert qui la contraint, de plus en plus, à sortir des prétoires qui ne peuvent plus être l’unique lieu d’exercice des généralistes de province que nous sommes.
Des cartes « secrètes »
Nous ne pouvons pas comprendre, en revanche, la logique simpliste à l’origine de la réforme de la ministre de la justice, Nicole Belloubet.
Madame la ministre a lancé une « large concertation » et a désigné à cet effet deux rapporteurs, Dominique Raimbourg et Philippe Houillon, chargés de recevoir les observations et doléances des acteurs concernés. Le rapport doit être déposé le 15 janvier mais aucun projet n’est communiqué, aucune carte n’est mise sur la table, en sorte que les bâtonniers doivent faire face aux inquiétudes légitimes de leurs troupes sans pouvoir y répondre.
Des cartes « secrètes » circulent dans la presse et dans les couloirs, sur lesquelles certaines cours d’appel ont disparu ou ne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Le neuromanagement s’intéresse à la motivation, au bien-être ou encore à l’innovation.
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Les manageurs découvrent les neurosciences

Le neuromanagement s’intéresse à la motivation, au bien-être ou encore à l’innovation.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h43
    |

                            Gaëlle Picut








                        



                                


                            

Les recherches en neurosciences apportent de nouvelles connaissances sur le fonctionnement cérébral. On a ainsi découvert des concepts tels que la plasticité cérébrale (capacité du cerveau à remodeler ses connexions en fonction de l’environnement et des expériences), les neurones miroirs (qui jouent un rôle dans l’apprentissage par imitation ou dans l’empathie), le cerveau social (les relations aux autres), les biais cognitifs, la force des stéréotypes…
Les neurosciences se sont par ailleurs rapprochées de différents univers : la santé, l’éducation, la psychologie… et le management. Le neuromanagement explore différentes notions relatives au monde du travail : la motivation, l’engagement, la coopération, le bien-être, la prise de décision, l’innovation, etc. Les connaissances issues des neurosciences peuvent-elles aider les dirigeants et manageurs dans leur vie professionnelle et leurs pratiques ?

Pour Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche à l’institut Pasteur et au CNRS, on peut devenir un manageur « neuro-amical » – comprendre, capable d’organiser son travail et celui de son équipe pour réduire le stress, d’encourager et de féliciter, de stimuler la créativité et de se préoccuper de l’épanouissement professionnel de ses collaborateurs.
« Cerveau social »
Selon David Destoc, président d’Oasys mobilisation, un cabinet de conseil, il est intéressant d’établir des passerelles entre le management et les neurosciences pour « porter un regard neuf sur des problématiques récurrentes, notamment en termes de gestion d’équipes, de stress et de motivation. Elles offrent des clés d’analyse et d’action intéressantes ».
Depuis deux ans, Oasys s’appuie sur les neurosciences pour ses activités de conseil et de formation. « Nous accompagnons des comités de direction à envisager de nouvelles façons de faire pour être plus agiles et améliorer la prise de décisions. Au départ, lorsqu’on parle de neurosciences, les manageurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Les élections européennes de 2019 risquent de tourner au fiasco si les dirigeants allemands n’accélèrent pas à former un gouvernement.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Formation d’un gouvernement en Allemagne : dépêchez-vous, Mme Merkel

Editorial. Les élections européennes de 2019 risquent de tourner au fiasco si les dirigeants allemands n’accélèrent pas à former un gouvernement.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h36
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 14h44
   





                        


Editorial du « Monde » C’est presque une routine : au lendemain de la trêve des confiseurs, nos voisins allemands ont repris, dimanche 7 janvier, les négociations qui leur permettront peut-être, au printemps, de parvenir à former un gouvernement, à moins que ces pourparlers n’échouent. Il n’y aurait alors d’autre solution que de tenir de nouvelles élections ; aucun gouvernement ne serait plus à espérer avant le deuxième semestre 2018, car, très probablement, de nouvelles négociations s’imposeraient pour construire une autre coalition.

        Lire aussi :
         

                A la CDU, l’« après-Merkel » n’est plus tabou



C’est l’infortunée situation dans laquelle le scrutin législatif du 24 septembre 2017 a plongé la chancelière Angela Merkel. Sa formation, les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU, en est sortie affaiblie avec seulement 33 % des voix, une contre-performance aggravée par la forte poussée du parti d’extrême droite AfD. Partenaire de la CDU dans la coalition sortante, le parti social-démocrate SPD a réalisé son pire score de l’après-guerre. Une première tentative de négociation en vue de former une coalition dite « Jamaïque », rassemblant la CDU-CSU, les libéraux du FDP et les Verts, a échoué en novembre. Mme Merkel s’est donc tournée vers le SPD, avec lequel elle mène jusqu’au 12 janvier des entretiens « exploratoires ». Si ces discussions se révèlent positives, d’autres négociations seront entamées le 22 janvier, au lendemain du congrès du SPD, pour élaborer le contrat de coalition.
Tout cela est d’une lenteur insupportable. On fera valoir, outre-Rhin, que les longues négociations de coalition sont une spécificité de la vie politique allemande, et que, même avec un gouvernement qui expédie les affaires courantes, l’Allemagne va très bien, merci. Une sorte de version germanique de Chi va piano, va sano, s’imposerait donc naturellement.
Dynamique européenne au point mort
Mais le temps n’est pas à la routine, ni même à se hâter lentement. L’Allemagne n’est plus seule, elle est le plus grand pays de l’Union européenne, par sa population et par sa puissance économique. Profondément arrimée à l’UE, elle joue un rôle essentiel dans la zone euro. L’infortunée situation qui a résulté des élections du 24 septembre n’affecte pas seulement la chancelière Merkel, mais l’Europe tout entière.
Ailleurs, les forces populistes ne désarment pas.
Elle affecte au premier chef la France, que nos amis allemands ont assez mise en garde au printemps 2017 contre une possible victoire de Marine Le Pen et des forces populistes aux élections de mai et juin. De tels choix, faisait valoir Berlin à juste titre, sonneraient le glas de la construction européenne. La victoire d’Emmanuel Macron, puis la vague parlementaire de La République en marche ont renversé la tendance, au grand soulagement de Berlin et de Bruxelles. M. Macron s’est mis au travail et a présenté, deux jours après le scrutin allemand, avec le discours de la Sorbonne le 26 septembre, ses propositions de refondation de l’Europe.
Depuis, le silence de Berlin est assourdissant. Angela Merkel est trop occupée pour répondre. La dynamique européenne créée par les élections françaises est au point mort. Ailleurs, les forces populistes ne désarment pas. Une autre échéance critique se profile, celle des élections législatives en Italie, le 4 mars. Les élections européennes de 2019 risquent de tourner au fiasco si l’Allemagne n’accélère pas. Si les dirigeants allemands sont capables de sortir de leur enfermement pour entendre un seul message, le voici : Beeilen Sie sich, Frau Merkel ! Dépêchez-vous, MmeMerkel !



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Propagation de « fake news », optimisation fiscale, critiques en interne… Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », analyse les difficultés rencontrées par Facebook et son patron-fondateur.
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« Mark Zuckerberg avance à l’aveugle dans l’arborescence qu’il a fait pousser »

Propagation de « fake news », optimisation fiscale, critiques en interne… Dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », analyse les difficultés rencontrées par Facebook et son patron-fondateur.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h16
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. Avec son visage un peu poupin et ses hoodies qui lui donnent une dégaine d’éternel étudiant, on a peine à croire que Mark Zuckerberg est devenu l’un des hommes les plus puissants du monde. Ce pouvoir jugé parfois supérieur à celui des Etats et son insolente prospérité, le fondateur de Facebook les partage avec ses pairs d’Alphabet-Google, d’Apple, d’Amazon et de Microsoft : leurs firmes dominent l’économie d’Internet et constituent désormais le quinté de tête de Wall Street avec une capitalisation de 3 400 milliards de dollars (2 826 milliards d’euros). Une fois et demi le PIB de la France !
Et si l’exercice de cette puissance hors de contrôle avait atteint ses limites – surtout pour le réseau social de « Zucki » ? Depuis sa création sur le campus de Harvard en 2004, il n’a jamais essuyé une telle tempête, sauf lors du fiasco de son entrée en Bourse en 2012. L’année 2017 avait mal commencé pour le réseau, accusé d’avoir favorisé l’élection de Donald Trump en hébergeant des messages anti-Clinton venus de Russie. Les déboires ont continué avec la dénonciation de son vilain penchant pour l’optimisation fiscale, les critiques contre son refus d’endosser une quelconque responsabilité sur les contenus ou l’offensive de plusieurs pays contre un abus de position dominante.
Les derniers coups – et les plus assassins – sont venus d’anciens dirigeants du groupe. Au-delà des enjeux économiques et du défi démocratique souligné par Emmanuel Macron, le 3 janvier, lors de ses voeux à la presse, leurs attaques pointent les dangers intrinsèques à ce réseau tentaculaire et l’addiction qu’il créerait au sein de certains membres de la « communauté ». Deux ex-patrons sont allés jusqu’à plaider coupables d’avoir contribué, en toute connaissance de cause, à une entreprise qu’ils jugent menaçante pour l’individu et la société.
Mea culpa tardif
« Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social », a...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. Cette année 2017 aura conforté l’emprise du président Xi Jinping sur un pays où la prospérité économique s’accompagne d’un nouveau corpus de lois sécuritaires et où les voix critiques sont persécutées.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Droits de l’homme : les Chinois abandonnés à leur sort

Analyse. Cette année 2017 aura conforté l’emprise du président Xi Jinping sur un pays où la prospérité économique s’accompagne d’un nouveau corpus de lois sécuritaires et où les voix critiques sont persécutées.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h12
    |

            Harold Thibault








                        



                                


                            
Analyse. L’année 2017 restera pour la Chine celle où le président, Xi Jinping, a su renforcer ses pouvoirs comme aucun de ses prédécesseurs en quatre décennies de rapide développement économique. Elle demeurera aussi l’année où un Prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo, est mort en détention. Rétrospectivement, ce fut une année de grande victoire pour le pouvoir à Pékin, que presque nul désormais n’ose tancer sur son bilan en matière de protection des droits fondamentaux.
Du point de vue chinois, il est évident que la première puissance mondiale a perdu ce qu’il lui restait d’ascendant moral.
Elle trouva son apogée, en novembre, avec la visite à Pékin du président américain, Donald Trump. « Wow », s’étonna-t-il en voyant les drapeaux agités par des enfants sur son passage, une prouesse de régime autoritaire. Son ego s’en trouva conforté au point qu’il en oublia de tenir tête à son homologue Xi Jinping, se couvrant ainsi de ridicule.
Du point de vue chinois, il est évident que la première puissance mondiale, que Pékin entend dépasser, a perdu avec ce tigre de papier on ne peut plus vulgaire ce qu’il lui restait d’ascendant moral.
Ce fut une année de grande défaite pour ceux qui ont cru qu’avec la prospérité économique le pouvoir concéderait, sans basculer dans une démocratie de type helvétique pour 1,3 milliard de citoyens, un minimum d’espace civique. La croissance économique est au rendez-vous, la projection de puissance par le projet dit de « nouvelles routes de la soie » également. En cela M. Xi, qui a fait miroiter à son peuple un « rêve chinois » d’enrichissement et de grandeur, tient ses promesses.
Note étrange
Mais pour ce qui est du droit à se défendre devant une justice équitable et indépendante du pouvoir politique ou de celui d’exprimer son désaccord avec le parti unique, la situation est déplorable. En témoigne la condamnation, le 26 décembre, à huit années d’emprisonnement du blogueur militant Wu Gan.
La...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le journaliste Guillaume Perrier livre dans son ouvrage une grille de lecture du chef d’Etat qui dans sa soif de pouvoir suscite l’effroi.
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Erdogan, le président irrationnel d’une Turquie sans boussole

Le journaliste Guillaume Perrier livre dans son ouvrage une grille de lecture du chef d’Etat qui dans sa soif de pouvoir suscite l’effroi.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 11h07
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            

Le livre. Après Vladimir Poutine, Marine Le Pen, le pape François et Xi Jinping, la collection « Dans la tête de… » s’enrichit d’un nouveau-né : Recep Tayyip Erdogan. Sous la plume incisive du journaliste Guillaume Perrier. Le président de la République turque est dépeint comme un personnage complexe, mégalomane, paranoïaque, instinctif et héritier d’un lourd passé impérial, mais surtout persuadé qu’il travaille pour l’avenir de son peuple.
La Turquie fascine autant qu’elle inquiète. L’expression est bien connue. Mais, entre les mains du président Erdogan, la Turquie suscite désormais effroi et impuissance. Effroi, car rien ne semble arrêter ce chef d’Etat dans sa soif de pouvoir. Impuissance car, entre une société civile turque apeurée et une communauté internationale désemparée, la raison a fui le discours d’un président immunisé contre tout examen de conscience, puisque rien ne semble avoir prise sur lui.
Recep Tayyip Erdogan constitue une sorte de synthèse de ce que l’histoire turque renferme depuis des siècles. Ottomanisme et nationalisme, idéologie et pragmatisme, droite et gauche, islamisme et sécularisme, élitisme et populisme, poésie et autoritarisme, individualisme et paternalisme, éloquence et parler populaire. Il prend même la scène politique pour un terrain de football, un sport qu’il a pratiqué dans sa jeunesse. Il tacle ses adversaires comme un défenseur rugueux. Il marque des points comme un avant-centre enfile les buts. Il redistribue le jeu comme le numéro 10 se fait créateur, encourage ses troupes comme un entraîneur stimule ses joueurs et insulte hommes et autorités qui lui résistent comme un supporteur siffle l’arbitre et les instances du football.
Investi d’une mission divine
Guillaume Perrier connaît bien la Turquie pour l’avoir sillonnée longtemps comme correspondant du « Monde ». Auteur d’ouvrages et de documentaires sur ce pays à l’Histoire mouvementée, il dresse dans cet essai le portrait d’un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ L’historien prend la plume, dans une tribune au « Monde », pour dénoncer les approximations du philosophe, qui avait affirmé, dans une tribune publiée dans nos colonnes, que « la République est une et indivisible ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« République est une et indivisible » : la réponse de Jean Baubérot à Yvon Quiniou

L’historien prend la plume, dans une tribune au « Monde », pour dénoncer les approximations du philosophe, qui avait affirmé, dans une tribune publiée dans nos colonnes, que « la République est une et indivisible ».



Le Monde
 |    08.01.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 10h02
    |

                            Jean Baubérot (Historien et sociologue)








                        



                                


                            

Tribune. Nous vivons dans une République démocratique où il est parfaitement légitime de critiquer son président. Mais avant de manifester, à son encontre, une vertueuse indignation et de décréter qu’Emmanuel Macron « n’a pas le droit » de déclarer que « la République est laïque, pas la société », car « cette formule est illégitime au regard de notre Constitution », il serait peut-être utile de lire ce texte fondamental de notre lien politique. Yvon Quiniou s’est dispensé de le faire, et il se retrouve ainsi dans le rôle classique de l’arroseur arrosé.

Notre philosophe s’est doublement englué dans ce comique de situation. D’abord, il affirme de manière péremptoire que, selon la Constitution, la « République est une, indivisible, laïque et sociale ». S’il délivre un tel enseignement à ses élèves de prépa, alors il n’est pas loin de l’« imposture morale, intellectuelle et politique », pour reprendre le sous-titre de son livre Critique de la religion (La ville brûle, 2014). En effet, l’article 1er est ainsi formulé : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. […] Elle respecte toutes les croyances. » Comme un magicien transforme un lapin en pigeon, M. Quiniou, dans son imagination débridée, ajoute le « une » et enlève le « démocratique ».
« indivisible » sans être « une » pour autant : vous me le copierez cent fois
En général, les les personnes mal informées se contentent de prétendre que la République est, constitutionnellement, « une et indivisible ». Il s’agit déjà d’une contre-vérité, d’une « fake news ». La formule se trouve dans la Constitution jacobine de 1793. Elle n’est pas reprise en 1946, au moment où le politique tente de dépasser l’époque coloniale par la double création de l’Union française et de la départementalisation des « vieilles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ « Trust », « fondation caritative », « filiale d’entreprise »… Dans le monde de la finance offshore, le vocabulaire sert à dissimuler des réalités peu avouables.
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Dans les paradis fiscaux, le blanchiment concerne aussi les mots

« Trust », « fondation caritative », « filiale d’entreprise »… Dans le monde de la finance offshore, le vocabulaire sert à dissimuler des réalités peu avouables.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 06h41
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            
Pour dissimuler des opérations inavouables, les paradis fiscaux ont une arme efficace – le secret bancaire –, qui en cache une autre, non moins redoutable : le secret sémantique. Sur le papier, aucune anomalie économique n’est à signaler. Les termes employés pour décrire l’activité des Bahamas, du Lichtenstein ou du Luxembourg sont des plus standards. Dans ces « Etats » gouvernés par des « lois permissives », les sociétés peuvent faire des « investissements directs à l’étranger », comme partout ailleurs. On y trouve aussi des « trusts », des « fondations caritatives » et des « filiales d’entreprises ».
Pays crapuleux
Pourtant, « ce lexique emprunté à l’économie réelle ne permet ni de comprendre ni de décrire ce qui a effectivement cours offshore. Il donne aux paradis fiscaux tous les dehors d’une législation normale, sans jamais laisser paraître qu’il s’agit de pays crapuleux qui permettent le blanchiment d’argent », souligne le philosophe canadien Alain Deneault, qui a publié Une escroquerie légalisée, précis sur les « paradis fiscaux » (Ecosociété, 2016).
Pour n’en donner qu’un exemple, c’est à une « association caritative » des îles Caïmans qui lui appartient qu’Airbus a cédé sa flotte. A l’évidence, un tel montage ayant pour seul but d’échapper à une taxation n’a de « caritatif » que le nom. De même, peut-on vraiment parler de « société » à propos d’une structure sans employés ni production, qui s’apparente dans les faits à une simple « boîte aux lettres » ? Est-il pertinent d’utiliser le terme de « trust » pour qualifier une entreprise dont le fondateur, le gestionnaire et le bénéficiaire sont une seule et même personne ? Ou encore d’« investissement direct à l’étranger » quand il ne s’agit en aucun cas d’un placement destiné à financer un projet de développement, mais d’un transfert de fonds vers un paradis fiscal pour contourner les règles de son propre pays ?
Brouiller les pistes
Et que dire des prétendues « lois » des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Paris et Pékin peuvent élaborer conjointement de nouveaux outils politiques et financiers pour modeler une « nouvelle mondialisation », explique l’économiste Joël Ruet, dans une tribune au « Monde ».
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La Chine et la France « peuvent créer un des axes moteurs du monde post-américain »

Paris et Pékin peuvent élaborer conjointement de nouveaux outils politiques et financiers pour modeler une « nouvelle mondialisation », explique l’économiste Joël Ruet, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    07.01.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 07h12
    |

Joël Ruet (Economiste au CNRS – Centre d’Economie de Paris Nord, et chercheur associé au CRG-Ecole Polytechnique, Institut interdisciplinaire pour ...







                        



                                


                            

Tribune. Le monde est « post-américain », titre du livre de l’éditorialiste américain Fareed Zakaria (Le Monde post-américain, traduit en français, Perrin, 2011), qui fut la lecture favorite du candidat Obama. Trois jours de discussions entre les deux dirigeants chinois et français, puissances économiques et piliers parmi les membres permanents du Conseil de sécurité, peuvent créer un des axes moteurs de ce nouveau monde.
La Chine est incontournable dans la péninsule coréenne. Elle a su ménager entre Iran et Arabie saoudite une neutralité, accroissant sa réputation dans tout l’espace musulman et elle contribue au développement dans le Sahel. La France a fait preuve d’utile retenue en Corée, de médiation autour de tous les protagonistes des deux rives du Golfe, et a forgé l’outil opérationnel du G5-Sahel. Tous sujets multilatéralisables à terme, mais pour lesquels des axes bilatéraux forts au sein du Conseil de sécurité sont un gage d’avenir.
Surtout, les deux présidents sont adeptes du long terme, façon Talleyrand – « quand c’est urgent c’est déjà trop tard » - ou variante Deng Xiaoping – « à l’horizon 50 ans, rendre la Chine respectable et respectée, après on verra ». L’horizon a avancé, la Chine est une puissance maritime comme la France.
Une nouvelle mondialisation
Au registre des discussions franches, la sécurité maritime est certes un bien public mais qui renvoie aussi à des intérêts de puissance ; Djibouti ou la mer de Chine seront évoqués, chacun aura à cœur de positionner les émois de ses partenaires. Mais c’est le moment d’accélérer par des outils. La Chine a lancé ses « nouvelles routes de la soie » et en prêche une gestion ouverte. Le Golfe n’est-il pas une zone où les deux pays pourraient apprendre à coopérer rapidement, avec possibilité de montée en puissance rapide autour de fonds français et du Fonds d’investissement des nouvelles routes de la soie ?

Plus généralement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune, le militant écologiste et secrétaire général du Modem demande également à la France de porter auprès de l’Unesco une demande d’inscription des grands singes au patrimoine mondial de l’humanité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/01/2018
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Yann Wehrling : « Pour sauver les grands singes, il faut les doter d’un statut particulier d’hominidés »

Dans une tribune, le militant écologiste et secrétaire général du Modem demande également à la France de porter auprès de l’Unesco une demande d’inscription des grands singes au patrimoine mondial de l’humanité.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 10h13
    |

Yann Wehrling (Militant de la protection des animaux et des espèces et secrétaire général du Mouvement démocrate)







                        


Tribune. 99. 2 novembre 2017. 2050.
Voici un chiffre et deux dates pour résumer la situation des grands singes.
99, c’est le pourcentage de gènes que nous, humains, partageons avec eux. Et pour cause, nous sommes, comme eux, membres de la même famille, celle des hominidés. D’ailleurs, d’un point de vue scientifique, ceci fait de nous la cinquième espèce de grands singes.
2 novembre 2017 est la date à laquelle une équipe de scientifiques a annoncé avoir découvert une nouvelle espèce d’orangs-outans sur l’île de Sumatra. Mais à peine sortie de l’ombre de sa forêt, elle est déjà menacée d’extinction. Il en reste à peine 800 individus.
2050 est précisément l’échéance à laquelle de nombreux scientifiques, dont Pascal Picq, estiment la disparition totale à l’état sauvage de tous les grands singes, gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs-outans.
Il nous reste 32 années
32 courtes années durant lesquelles l’une des 5 espèces de la famille aura terminé d’éliminer les 4 autres. 32 petites années à comparer aux 7 millions d’années d’évolutions communes qui font de nous, humains, un membre de cette même famille de grands singes.
Oui, ce sont « les nôtres » et nous nous apprêtons, dans l’indifférence générale, à les éradiquer de la surface du globe. En avons-nous le droit ? Non !

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                Découverte d’une nouvelle espèce de grand singe en Indonésie



32 ans, c’est donc le temps qui nous reste pour éviter cet acte qui défie notre conscience. Echouer ? Nos descendants ne nous le pardonneront pas.
Que faire ?
Le premier acte, c’est d’affirmer que nous refusons cette fatalité. Après les scientifiques et plusieurs associations qui nous alertent depuis des années, ce sont maintenant les opinions publiques, les hommes et les femmes politiques, et les Etats, qui doivent décréter une mobilisation d’urgence.
Et le premier acte, c’est le symbole, celui des mots. Dire les choses, c’est l’acte qui précède tous les autres.
Le symbole des mots, il doit exister dans notre droit.
Cher Nicolas Hulot, je sais que vous partagerez cette idée qu’il faut agir pour sauver les grands singes. Il est donc entre vos mains de décider que la France envoie un signal fort. Ce signal, ce serait de décider, symboliquement, dans notre droit, dans une loi, de doter les grands singes d’un statut particulier d’« hominidés ». C’est une idée qui fait son chemin, d’ailleurs, portée par des organisations internationales de primatologues comme le Great Ape Project depuis 1994. Notre propre droit reconnaît de fait que les grands singes ne sont pas à considérer comme d’autres espèces puisque, depuis 2013, nous avons interdit leur « usage » dans des expérimentations à des fins scientifiques.
Sauver les grands singes, ce n’est pas oublier les autres espèces menacées, bien au contraire
Allons jusqu’au bout de ce qui, peu à peu, devient évident. Dans notre juridiction, aucun grand singe ne pourrait plus ainsi être tué, torturé, maltraité, ni même privé de liberté sauf si, bien sûr, il était né en captivité. Parce que la France est un grand pays, membre du conseil de sécurité de l’ONU, membre du G7, nul doute qu’un tel acte ne resterait pas sans impact dans la communauté internationale.
Second symbole : portons auprès de l’Unesco une demande d’inscription des 4 espèces de grands singes au patrimoine mondial de l’humanité. L’Unesco peut décider une telle chose car elle considère la biodiversité et le vivant comme étant des éléments pouvant être un patrimoine de l’humanité. Une telle décision est donc à la fois possible, mais son caractère symbolique de protection la rend absolument nécessaire.

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                Un crâne de 13 millions d’années éclaire l’origine des grands singes



Ne nous arrêtons pas là. Les citoyens que nous sommes peuvent agir. Regardons les étiquettes de ce que nous consommons. Plus de bois tropical ou de produits à base d’huile de palme ! Les habitats des grands singes sont grignotés par ces cultures. Abstenons-nous !
« Perdre les grands singes, c’est perdre les forêts »
Entreprises, dans les actions responsables que vous menez, choisissez d’investir dans la préservation des grands singes. Vous dépensez des millions d’euros dans des opérations environnementales telles que la replantation d’arbres. Diversifiez vos actions et investissez dans la préservation des grands singes. Proposez des parrainages de grands singes dans des sanctuaires. Achetez des hectares de forêts tropicales ou équatoriales, habitats des grands singes, pour y éviter qu’elles ne disparaissent en cultures agricoles. Financez les salaires des gardes qui les protègent du braconnage.
Créons enfin, à l’initiative de la France, un fonds d’urgence pour les grands singes qui puissent recueillir les dons des centaines de milliers de personnes dans le monde qui, n’en doutons pas, voudront s’engager dans ce combat essentiel.

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                La biodiversité déjà bouleversée par le réchauffement



Pour finir, précisons un point : sauver les grands singes, ce n’est pas oublier les autres espèces menacées, bien au contraire. Au-delà du symbole de sauver les « nôtres », Jane Goodall, grande primatologue qui consacre sa vie à la sauvegarde des grands singes, résume fort bien les choses : « Si nous perdons les grands singes, ce sera probablement parce que nous avons également perdu les forêts, et cela aura des conséquences totalement dévastatrices sur le changement climatique. » Autrement dit, si nous savons trouver les moyens de sauver les grands singes, c’est que l’humanité aura compris quelque chose de sa relation aux autres espèces animales, au vivant qui l’entoure… c’est que nous aurons trouvé la voie vers un vrai développement durable.
N’oublions pas : dans 32 ans, il sera trop tard. La disparition d’une espèce est une chose irréversible.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le chien d’aveugle ou le cheval de selle s’intéresse à la tâche qu’on leur impose : c’est ce qu’a découvert Jocelyne Porcher en appliquant à l’animal les outils de la sociologie.
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Les animaux consentent-ils à travailler ?

Le chien d’aveugle ou le cheval de selle s’intéresse à la tâche qu’on leur impose : c’est ce qu’a découvert Jocelyne Porcher en appliquant à l’animal les outils de la sociologie.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 10h19
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Jocelyne Porcher est sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) au sein de l’UMR Innovation, à Montpellier. Auteure de Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle (La Découverte, 2011), elle a coordonné le numéro « Travail animal, l’autre champ du social » de la revue Ecologie & Politique (n° 54, 2017).
En quoi la question du travail animal intéresse-t-elle les sciences sociales ?
Il faudrait plutôt se demander pourquoi cela les intéresse si peu ! Le travail est le grand absent de la question animale, un fait social impensé. Cela peut se comprendre : du point de vue des sciences sociales, les bêtes appartiennent à la nature. Mais les animaux domestiques ne sont pas des loups ou des renards : ils vivent avec nous depuis dix mille ans, ils ont construit avec nous les sociétés humaines. Et, oui, ils travaillent.
Je n’aurais probablement pas exploré cette question si je n’avais pas moi-même côtoyé les animaux en tant qu’éleveuse : à l’époque, je me demandais déjà comment eux et nous arrivions à œuvrer ensemble. Devenue chercheuse, j’ai mené des travaux sur la souffrance des humains en système industriel. En croisant ces deux expériences, j’ai compris qu’il était possible d’étudier les contributions des animaux au travail avec les outils des sciences sociales.
Une de mes étudiantes a d’abord passé plusieurs mois dans un troupeau de laitières, restant « au cul des vaches » du matin au soir en suivant un protocole d’observation très rigoureux. Des travaux similaires ont ensuite été conduits sur des cochons de plein air, des rapaces participant à un spectacle, les sangliers d’un parc animalier : quelle que soit l’espèce, il apparaissait que les animaux collaboraient au-delà de ce qu’on leur demandait. Ce premier constat a débouché sur un programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) que j’ai coordonné pendant quatre ans, afin de mieux explorer le rapport au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Le désir accompli du sociologue, par Jacques André

Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 09h08
   





                        



                                


                            


par Jacques André, psychanalyste

« L’“inconscient” n’est que l’oubli de l’histoire que l’histoire elle-même produit en incorporant les structures objectives qu’elle produit dans ces quasi-natures que sont les habitus. » La phrase est de Pierre Bourdieu, mais si Bernard Lahire la reprend à son compte, c’est qu’elle s’applique fort bien à son projet d’une « interprétation sociologique des rêves ». L’individu ne tient pas ses expériences passées devant lui comme un « avoir » ou un « acquis » : elles sont une part constitutive de lui-même qui détermine, sans qu’il en soit conscient, ses représentations ou ses actes… et aussi ses rêves.
Le social gît dans les plis les plus intimes des individus. Nul besoin d’invoquer un quelconque refoulement pour définir l’inconscient. Lahire fait le saut d’une contribution de la sociologie à l’étude des rêves au « rêve » d’une nouvelle théorie intégratrice qui, partant des acquis du modèle d’interprétation synthétique proposé par Freud en son temps, s’efforce d’en corriger les faiblesses, les manques et les erreurs.
La force hallucinatoire du rêve
Freud théorise l’inconscient, il ne le découvre pas. Dans le sommeil, écrivait Platon dans La République, la partie sauvage de l’âme « ose tout, elle n’hésite pas à essayer en pensée de violer sa mère ou tout autre quel qu’il soit, homme, dieu ou animal ». Pour l’inconscient, le rêve, la liberté qu’il prend avec les contraintes de la vie éveillée, est une aubaine, l’occasion « rêvée » de s’y exprimer. La force hallucinatoire du rêve fait se réveiller en sursaut parce que son enfant tombé par la fenêtre va inéluctablement s’écraser au bas de l’immeuble. Comment faire face consciemment à la haine qui fait « rêver » de jeter par la fenêtre cet enfant que l’on aime tant ? Le refoulement ne se contente pas d’écarter une pensée trop désirable, il la rend inconnue. C’est étrange, comme le notait Althusser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Entre l’Histoire et nos histoires, par Françoise Davoine

La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Françoise Davoine, psychanalyste

L’inconscient, selon Lacan (1901-1981), c’est le discours de l’Autre. Prise dans un faisceau de relations sociales, cette altérité n’échappe évidemment pas à une « interprétation sociologique des rêves ». Celle à laquelle Bernard Lahire nous invite est une analyse objective et exhaustive des théories du rêve, appréhendées de manière non cloisonnée. Son but est de dégager les déterminismes sociaux à l’œuvre dans cette expérience intime apparemment la plus éloignée du champ de la sociologie.
En effet, nos rêves n’obéissent pas à nos catégories académiques, quelle que soit l’époque ou la culture où ils surgissent. Ils sont à la croisée de l’Histoire et des histoires que nous aimons raconter ou que nous redoutons de dire. Ce champ interdisciplinaire existe dans l’art thérapeutique du conteur et de la tradition orale, à laquelle participe la psychanalyse depuis plus d’un siècle. On comprend que les rêves cherchent aujourd’hui à échapper à l’emprise de cette vieille dame. Le sujet du rêve, à défaut d’être psy, est-il sociologique, comme l’interprète Bernard Lahire ?
Je fus directement confrontée à ce dilemme dans les années 1970, entre le Centre d’études des mouvements sociaux fondé par Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, où je travaillais comme sociologue, et ma participation à l’Ecole freudienne de Jacques Lacan. A l’époque, j’effectuais, avec Jean-Max Gaudillière, une recherche intitulée « Folie et lien social » dans un hôpital psychiatrique de l’Est de la France. Les délires et les rêves des personnes internées actualisaient les guerres apparemment révolues. Bien plus, leurs histoires réveillèrent en nous la mémoire d’un passé qui n’était pas passé, au point de nous faire « devenir » analystes de folies auxquelles on n’accolait pas encore le mot de trauma.
L’enjeu des cauchemars de soldats : la vérité historique
Pourquoi rêve-t-on de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Le rêve, retour de flamme, par Lancelot Hamelin

Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Lancelot Hamelin, dramaturge et écrivain

A la suite des attentats du 13 novembre 2015, Arte Radio et Rue89 ont proposé, en guise de reportages, des récits de rêve. Comment rapporter le réel quand le fantasme le déborde ? Par quel biais penser les ténèbres ?
Le rêve revient, retour de flamme. Notre société découvre ce territoire politique et social, situé entre L’Interprétation des rêves, de Freud (1900), La Banque des rêves, de Jean Duvignaud (Payot, 1979), Rêver sous le IIIe Reich, de Charlotte Beradt (Payot, 2002).
Bernard Lahire éclaire cet angle mort de la sociologie, fait le point sur la question du rêve, croise les disciplines – des neurosciences à la philosophie –, donne des pistes pour une interprétation du rêve à visée sociale.
Je partage l’intuition d’une unité possible, pour l’homme pluriel, par le songe.
Depuis 2012, je recueille des récits de rêve dans de grandes villes. A Nanterre, en résidence au Théâtre Nanterre-Amandiers ; mais aussi à La Nouvelle-Orléans, Paris, Lyon, Valence, Rome, au bidonville de Calais, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère) – et à la fin du mois de janvier à New York, pour la Nuit de la philosophie, à la Brooklyn Public Library.
« As-tu rêvé cette nuit ? »
Ma démarche est devenue collective l’an passé, grâce au metteur en scène Duncan Evennou, qui fait du théâtre un outil de recherche, en dialogue avec les sciences humaines. De janvier à mai 2017, nous avons arpenté les rues de Nanterre avec un groupe de jeunes artistes, chercheurs et amateurs, en posant aux passants la question des ­Indiens Zapara : « As-tu rêvé cette nuit ? »
Deux cents personnes ont ainsi témoigné de leur rapport à la vie onirique pendant la campagne présidentielle. C’est The Light House Project. En archivant des récits de rêve, nous questionnons le rôle des résidus oniriques dans nos vies quotidiennes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Le sociologue a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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La sociologie tirée de son sommeil, par Arnaud Esquerre

Le sociologue a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Arnaud Esquerre, sociologue

Alors que la sociologie, ces temps-ci, est accusée d’être dévoyée et de présenter un danger par des sociologues qui veulent l’orienter vers l’expertise spécialisée et lui faire abandonner l’enquête de terrain, la meilleure réponse à ces inquiétudes, au fond plus politiques que scientifiques, nous est apportée par la parution de L’Interprétation sociologique des rêves, de Bernard Lahire : un livre ambitieux, faisant œuvre de science, d’une grande ampleur théorique et appelant à l’enquête de terrain.
Certes, il est difficile d’apprécier pleinement une recherche dont seulement la moitié est livrée [un second tome est à paraître]. Toutefois, cette partition ne retire pas son intérêt à cette première partie. ­Celle-ci propose un cadre théorique et une méthodologie sociologique appropriés aux rêves. Faute d’outils théoriques adaptés, les sociologues, qui s’étaient intéressés aux rêves aux origines de la discipline, à la fin du XIXe siècle, Durkheim dans un cours, Tarde dans un ouvrage, ne s’en sont plus beaucoup préoccupés ensuite. La théorie des champs de Bourdieu n’aurait été ici d’aucun secours, comme le reconnaît Lahire. Il semble désormais tellement évident que les rêves relèvent du domaine des professionnels du psychisme qu’il ne viendrait même plus à l’esprit de la plupart des sociologues d’y consacrer une recherche.
Concevoir le rêve comme une communication de soi à soi
Un travail important, comme l’a accompli Lahire, était donc nécessaire pour faire des rêves, en tant que réalité sociale, un objet sociologique à part entière. Il lui a fallu, pour cela, engager la discussion avec ces professionnels du psychisme, au premier rang desquels Freud, davantage qu’avec Halbwachs (1877-1945) et Elias (1897-1990). C’est par un argument sociologique, en concevant le rêve comme une communication de soi à soi, que ­Lahire écarte, de manière convaincante,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle, souligne dans une tribune le philosophe Dominique Bourg.
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L’écologie aux portes du Capitole

Le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle, souligne dans une tribune le philosophe Dominique Bourg.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            
TRIBUNE. Sans récit il n’y aurait ni religions, ni nations, ni partis, ni identités individuelles et collectives, autrement dit rien qui fasse sens. Nos esprits erreraient entre calculs et raisons, sans même pouvoir appréhender le temps qui passe. Il nous est impossible de ne pas nous projeter dans le temps, avec d’autres et vis-à-vis d’autres, en agissant les uns à l’égard des autres. La mise en forme de ces actions qui entrelace nos existences constituent un récit. Rien de grand ne s’est accompli sans récit.
Mise en scène du salut
L’histoire occidentale elle-même est celle des variations du grand récit chrétien. Après avoir imposé l’idée d’un cours linéaire de l’histoire, l’espérance en un âge d’or au-devant de nous et non plus derrière, l’idée chrétienne de salut n’a cessé de connaître de multiples métamorphoses. Mais ces différents récits de mise en scène du salut – ceux des rois, des moines et des saints, du marchand calviniste, celui du progrès et des Lumières, un temps concurrencé par la saga marxiste du prolétariat sauveur de l’humanité – ont tous fini par s’échouer sur les rivages du changement climatique et de l’anéantissement des espèces vivantes.
Face à ces sinistres constats, quel nouveau récit imaginer ? Le transhumanisme et les GAFA [Google, Apple, Facebook et Amazon] leur tournent le dos – sans proposer de solutions – et s’emploient à ressusciter le progrès, mais ils ne parviennent pas à démêler le paradis de l’enfer : le désir d’immortalité y est inséparable de la crainte d’un déclassement, voire d’un asservissement par les machines.
Reste l’écologie, qui cherche à recommencer l’histoire. A l’instar du christianisme des premiers temps – resté longtemps inaudible, tapi dans l’obscurité des bas quartiers de Rome, avant de gagner la lumière du Capitole et de s’emparer de l’empire –, cette pensée peine toutefois à s’imposer. Le récit écologique est encore trop tendu vers la catastrophe pour faire naître une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Après avoir fait rage aux Etats-Unis, la bataille d’idées sur les toilettes gagne Londres.
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La guerre des WC, saison 2

RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Après avoir fait rage aux Etats-Unis, la bataille d’idées sur les toilettes gagne Londres.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Après les Etats-Unis, la « guerre des toilettes » gagne l’Europe. Le maire de Londres, Sadiq Khan, a présenté en décembre 2017 son « plan pour la ville » où il annonce la construction de toilettes mixtes, dites « non sexistes ». Déjà, les esprits forts du royaume se mobilisent pour les dénoncer, ­affirmant qu’elles renient la différence sexuelle naturelle – encore un coup des défenseurs de « la théorie du genre », ­disent-ils.
Cette rude bataille d’idées sur les lieux d’aisance a ­démarré en Amérique en février 2016, quand la ville de Charlotte (Caroline du Nord) a autorisé les personnes transgenres à utiliser les toilettes qu’elles désirent ­– selon le genre auquel elles s’identifient, au-delà de leur sexe biologique. Aussitôt, le gouverneur républicain de l’Etat, Patrick McCrory, l’annule, assurant que cette mesure « défie le bon sens », et fait voter la loi HB2 (House Bill 2) selon laquelle seul le « sexe de naissance » définit l’identité de genre de quelqu’un – et donc son usage des toilettes.
Mesure de rétorsion
L’apprenant, le chanteur Bruce Springsteen suspend son concert du 10 avril 2016 à Greensboro, proclamant : ­« Certaines choses importent plus qu’un concert de rock, et ce combat contre les préjugés et l’intolérance est l’une d’elles. » D’autres stars, comme Bryan Adams, Pearl Jam, Ringo Starr l’imitent. Puis, en mesure de rétorsion, le ­premier groupe bancaire allemand, Deutsche Bank, ­annonce qu’il gèle la création de 250 emplois en Caroline du Nord, soutenu par les plus grandes entreprises : Apple, Amazon, Coca-Cola, Google, Microsoft, etc. C’est dire ­l’importance de la mobilisation.
Le gouverneur McCrory doit faire machine arrière. Il ­restreint la « loi des toilettes » aux écoles et aux administrations, et laisse le secteur privé réglementer à sa guise. Mais ce recul ne satisfait personne. D’un côté, les associations LGBT exigent que la loi soit retirée pour tout lieu. De l’autre, le Texas et dix Etats...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Editorial. Le 5 janvier face à Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’Etat a choisi, comme en mai 2017 face à Vladimir Poutine, d’adresser à voix haute certaines critiques à celui qu’il recevait en grande pompe.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/01/2018
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Le « parler vrai » de Macron à l’épreuve des autocrates

Editorial. Le 5 janvier face à Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’Etat a choisi, comme en mai 2017 face à Vladimir Poutine, d’adresser à voix haute certaines critiques à celui qu’il recevait en grande pompe.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 11h24
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h09
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Comment gérer les dictateurs ? Le nombre croissant d’autocrates sur la scène internationale pose un problème de plus en plus épineux aux dirigeants des pays démocratiques. Plusieurs attitudes sont possibles : il y a l’option gel des relations, pour ceux qui sont vraiment infréquentables. Il y a la rencontre discrète en se pinçant le nez, si possible en marge de grandes conférences internationales. Il y a la posture « realpolitik », qui assume un dialogue pas forcément glorieux, mais adouci par la signature d’énormes contrats réparateurs pour la balance commerciale.
Et puis il y a la méthode Macron. Elle consiste à recevoir avec tous les honneurs les autocrates de haut rang, ou à aller leur rendre visite en grande pompe, mais à se servir de la rituelle conférence de presse conjointe pour désamorcer, par quelques vérités assénées la tête haute, les critiques de ceux qui l’accusent de se compromettre. Dans son activisme diplomatique, le président français, dont on sait maintenant combien il aime parler, ne veut exclure personne : il souhaite rencontrer « tout le monde », y compris ceux avec lesquels le dialogue n’est pas forcément « cool », comme il le confiait au Point en septembre 2017 à propos de Recep Tayyip Erdogan. Mais il affirme aussi leur parler sans détour, et sans rougir.
Cette méthode a été inaugurée le 29 mai face à Vladimir Poutine, reçu dans le faste de Versailles pour s’entendre dire devant les journalistes que les médias officiels russes n’étaient que des organes d’influence et de propagande. Le président russe écouta stoïquement, le visage fermé : Versailles vaut bien une leçon.
Quels bénéfices ?
Emmanuel Macron a voulu rééditer l’exploit, vendredi 5 janvier, avec le président turc, dont la dérive autoritaire et répressive est dénoncée dans toute l’Europe. Il a souhaité, au cours « d’une discussion très franche », mettre fin à « l’hypocrisie » d’éternels pourparlers sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne : « Il est clair que les évolutions récentes et les choix de la Turquie ne permettent aucune avancée du processus engagé », a dit M. Macron au côté de M. Erdogan. Franc aussi sur leurs « désaccords sur la vision des libertés individuelles », le président français a soumis au président turc une liste de personnes que la France, et notamment les ONG, considère comme injustement poursuivies en Turquie, et a rappelé que la liberté d’expression est « un bloc qui ne se divise ni ne se détricote ».
La question, bien sûr, est la contrepartie espérée. Sortir de ces rencontres la tête haute est une chose, en tirer les bénéfices attendus en est une autre. L’avenir dira si l’accueil de M. Poutine et de M. Erdogan permet d’avancer, notamment, sur le déblocage du dossier syrien.

        Lire aussi :
         

                Face à Erdogan, Macron propose un « partenariat » plutôt que l’intégration de la Turquie à l’UE



La méthode Macron semble, en outre, souffrir déjà des exceptions : recevant, le 24 octobre à l’Elysée, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, dont le pays abrite quelque 60 000 prisonniers politiques, le chef de l’Etat a refusé « de donner des leçons hors de tout contexte » – le contexte étant, en l’occurrence, la lutte commune contre le djihadisme.
Cette méthode sera à nouveau mise à l’épreuve cette semaine lorsque M. Macron rencontrera en Chine le plus puissant de tous les autocrates, le président Xi Jinping. Sur la réciprocité des ouvertures commerciales, sur les libertés individuelles et sur la protection des intérêts stratégiques européens, le président français aura, à Pékin, plus d’une occasion de tester son « parler vrai ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France, regrette dans sa chronique Benoît Hopquin, directeur adjoint de la rédaction du « Monde ».
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« Si elle pouvait parler, que de choses entendues aurait à nous répéter une aphone cabine »

Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France, regrette dans sa chronique Benoît Hopquin, directeur adjoint de la rédaction du « Monde ».



Le Monde
 |    06.01.2018 à 11h22
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h08
    |

            Benoît Hopquin








                        



                                


                            

Chronique. En préambule, pour les plus jeunes, pour les perdreaux de l’année, à tout le moins du millénaire, pour qui n’a jamais connu un fil de bigorneau qui tire-bouchonne jusqu’à vous vriller les nerfs, il n’est pas inutile de citer ces lignes tirées de Wikipédia : « Une cabine téléphonique est un édicule situé sur l’espace public (typiquement, le trottoir), muni d’un téléphone permettant d’émettre des communications. »
Pertinente définition, jusque dans son style anachronique, comme directement inspiré d’un manuel des PTT. Seul le temps employé est impropre. Un passé eût été plus judicieux pour cette notice wikipédiesque et nécrologique. Il aurait davantage été dans la tonalité de cet appareil en voie de disparition. Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France.
La faute justement au susnommé, porte-voix de la modernité, branché s’il en est. Voilà bien un messager résolument ancré dans son époque, connecté sur l’avenir. Il n’a jamais usé d’une standardiste pour obtenir et mener à bien sa communication. Il est sans fil, et sans filet parfois, lui reproche-t-on. Sa volonté de mettre à la page cette bonne vieille France, de la réinscrire dans l’annuaire du monde, s’exprimait déjà lorsqu’il était ministre de l’économie.
La loi Macron a mis fin en 2015 à « l’obligation de service universel de publiphonie », vieillerie jusque dans son appellation qui exigeait un maillage minimum du territoire par des téléphones publics. Le texte dégageait Orange, héritier de l’opérateur national, d’une charge coûteuse. Et entérinait l’éradication. Des cabines, faisons table rase.
Des portes nées d’un esprit malade ou sadique
Le mobile de ce massacre est connu. Le portable justement, qui a frappé d’archaïsme ces guitounes semées en masse à partir des années 1970. Son apparition, sa facilité, notre addiction ont programmé...




                        

                        

