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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ « Trust », « fondation caritative », « filiale d’entreprise »... Dans le monde de la finance offshore, le vocabulaire sert à dissimuler des réalités peu avouables.
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Dans les paradis fiscaux, le blanchiment concerne aussi les mots

« Trust », « fondation caritative », « filiale d’entreprise »... Dans le monde de la finance offshore, le vocabulaire sert à dissimuler des réalités peu avouables.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 12h00
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            
Pour dissimuler des opérations inavouables, les paradis fiscaux ont une arme efficace – le secret bancaire –, qui en cache une autre, non moins redoutable : le secret sémantique. Sur le papier, aucune anomalie économique n’est à signaler. Les termes employés pour décrire l’activité des Bahamas, du Lichtenstein ou du Luxembourg sont des plus standards. Dans ces « Etats » gouvernés par des « lois permissives », les sociétés peuvent faire des « investissements directs à l’étranger », comme partout ailleurs. On y trouve aussi des « trusts », des « fondations caritatives » et des « filiales d’entreprises ».
Pays crapuleux
Pourtant, « ce lexique emprunté à l’économie réelle ne permet ni de comprendre ni de décrire ce qui a effectivement cours offshore. Il donne aux paradis fiscaux tous les dehors d’une législation normale, sans jamais laisser paraître qu’il s’agit de pays crapuleux qui permettent le blanchiment d’argent », souligne le philosophe canadien Alain Deneault, qui a publié Une escroquerie légalisée, précis sur les « paradis fiscaux » (Ecosociété, 2016).
Pour n’en donner qu’un exemple, c’est à une « association caritative » des Iles Caïmans qui lui appartient qu’Airbus a cédé sa flotte. A l’évidence, un tel montage ayant pour seul but d’échapper à une taxation n’a de « caritatif » que le nom. De même, peut-on vraiment parler de « société » à propos d’une structure sans employés ni production, qui s’apparente dans les faits à une simple « boîte aux lettres » ? Est-il pertinent d’utiliser le terme de « trust » pour qualifier une entreprise dont le fondateur, le gestionnaire et le bénéficiaire sont une seule et même personne ? Ou encore d’« investissement direct à l’étranger » quand il ne s’agit en aucun cas d’un placement destiné à financer un projet de développement, mais d’un transfert de fonds vers un paradis fiscal pour contourner les règles de son propre pays ?
Brouiller les pistes
Et que dire des prétendues « lois » des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Paris et Pékin peuvent élaborer conjointement de nouveaux outils politiques et financiers pour modeler une « nouvelle mondialisation », explique l’économiste Joël Ruet, dans une tribune au « Monde ».
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La Chine et la France « peuvent créer un des axes moteurs du monde post-américain »

Paris et Pékin peuvent élaborer conjointement de nouveaux outils politiques et financiers pour modeler une « nouvelle mondialisation », explique l’économiste Joël Ruet, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    07.01.2018 à 08h00
    |

Joël Ruet (Economiste au CNRS – Centre d’Economie de Paris Nord, et chercheur associé au CRG-Ecole Polytechnique, Institut interdisciplinaire pour ...







                        



                                


                            

Tribune. Le monde est « post-américain », titre du livre de l’éditorialiste américain Fareed Zakaria (Le Monde post-américain, traduit en français, Perrin, 2011), qui fut la lecture favorite du candidat Obama. Trois jours de discussions entre les deux dirigeants chinois et français, puissances économiques et piliers parmi les membres permanents du Conseil de sécurité, peuvent créer un des axes moteurs de ce nouveau monde.
La Chine est incontournable dans la péninsule coréenne. Elle a su ménager entre Iran et Arabie saoudite une neutralité, accroissant sa réputation dans tout l’espace musulman et elle contribue au développement dans le Sahel. La France a fait preuve d’utile retenue en Corée, de médiation autour de tous les protagonistes des deux rives du Golfe, et a forgé l’outil opérationnel du G5-Sahel. Tous sujets multilatéralisables à terme, mais pour lesquels des axes bilatéraux forts au sein du Conseil de sécurité sont un gage d’avenir.
Surtout, les deux présidents sont adeptes du long terme, façon Talleyrand – « quand c’est urgent c’est déjà trop tard » - ou variante Deng Xiaoping – « à l’horizon 50 ans, rendre la Chine respectable et respectée, après on verra ». L’horizon a avancé, la Chine est une puissance maritime comme la France.
Une nouvelle mondialisation
Au registre des discussions franches, la sécurité maritime est certes un bien public mais qui renvoie aussi à des intérêts de puissance ; Djibouti ou la mer de Chine seront évoqués, chacun aura à cœur de positionner les émois de ses partenaires. Mais c’est le moment d’accélérer par des outils. La Chine a lancé ses « nouvelles routes de la soie » et en prêche une gestion ouverte. Le Golfe n’est-il pas une zone où les deux pays pourraient apprendre à coopérer rapidement, avec possibilité de montée en puissance rapide autour de fonds français et du Fonds d’investissement des nouvelles routes de la soie ?
Plus généralement, les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans une tribune, le militant écologiste et secrétaire général du Modem demande également à la France de porter auprès de l’Unesco une demande d’inscription des grands singes au patrimoine mondial de l’humanité.
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Yann Wehrling : « Pour sauver les grands singes, il faut les doter d’un statut particulier d’hominidés »

Dans une tribune, le militant écologiste et secrétaire général du Modem demande également à la France de porter auprès de l’Unesco une demande d’inscription des grands singes au patrimoine mondial de l’humanité.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 06h38
   





                        


99.
2 novembre 2017.
2050.
Voici un chiffre et deux dates pour résumer la situation des grands singes.
99, c’est le pourcentage de gènes que nous, humains, partageons avec eux. Et pour cause, nous sommes, comme eux, membres de la même famille, celle des hominidés. D’ailleurs, d’un point de vue scientifique, ceci fait de nous la cinquième espèce de grands singes.
2 novembre 2017 est la date à laquelle une équipe de scientifiques a annoncé avoir découvert une nouvelle espèce d’orangs-outans sur l’île de Sumatra. Mais à peine sortie de l’ombre de sa forêt, elle est déjà menacée d’extinction. Il en reste à peine 800 individus.
2050 est précisément l’échéance à laquelle de nombreux scientifiques, dont Pascal Picq, estiment la disparition totale à l’état sauvage de tous les grands singes, gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs-outans.
Il nous reste 32 années
32 courtes années durant lesquelles l’une des 5 espèces de la famille aura terminé d’éliminer les 4 autres. 32 petites années à comparer aux 7 millions d’années d’évolutions communes qui font de nous, humains, un membre de cette même famille de grands singes.
Oui, ce sont « les nôtres » et nous nous apprêtons, dans l’indifférence générale, à les éradiquer de la surface du globe. En avons-nous le droit ? Non !

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                Découverte d’une nouvelle espèce de grand singe en Indonésie



32 ans, c’est donc le temps qui nous reste pour éviter cet acte qui défie notre conscience. Echouer ? Nos descendants ne nous le pardonneront pas.
Que faire ?
Le premier acte, c’est d’affirmer que nous refusons cette fatalité. Après les scientifiques et plusieurs associations qui nous alertent depuis des années, ce sont maintenant les opinions publiques, les hommes et les femmes politiques, et les Etats, qui doivent décréter une mobilisation d’urgence.
Et le premier acte, c’est le symbole, celui des mots. Dire les choses, c’est l’acte qui précède tous les autres.
Le symbole des mots, il doit exister dans notre droit.
Cher Nicolas Hulot, je sais que vous partagerez cette idée qu’il faut agir pour sauver les grands singes. Il est donc entre vos mains de décider que la France envoie un signal fort. Ce signal, ce serait de décider, symboliquement, dans notre droit, dans une loi, de doter les grands singes d’un statut particulier d’« hominidés ». C’est une idée qui fait son chemin, d’ailleurs, portée par des organisations internationales de primatologues comme le Great Ape Project depuis 1994. Notre propre droit reconnaît de fait que les grands singes ne sont pas à considérer comme d’autres espèces puisque, depuis 2013, nous avons interdit leur « usage » dans des expérimentations à des fins scientifiques.
Sauver les grands singes, ce n’est pas oublier les autres espèces menacées, bien au contraire
Allons jusqu’au bout de ce qui, peu à peu, devient évident. Dans notre juridiction, aucun grand singe ne pourrait plus ainsi être tué, torturé, maltraité, ni même privé de liberté sauf si, bien sûr, il était né en captivité. Parce que la France est un grand pays, membre du conseil de sécurité de l’ONU, membre du G7, nul doute qu’un tel acte ne resterait pas sans impact dans la communauté internationale.
Second symbole : portons auprès de l’Unesco une demande d’inscription des 4 espèces de grands singes au patrimoine mondial de l’humanité. L’Unesco peut décider une telle chose car elle considère la biodiversité et le vivant comme étant des éléments pouvant être un patrimoine de l’humanité. Une telle décision est donc à la fois possible, mais son caractère symbolique de protection la rend absolument nécessaire.

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Ne nous arrêtons pas là. Les citoyens que nous sommes peuvent agir. Regardons les étiquettes de ce que nous consommons. Plus de bois tropical ou de produits à base d’huile de palme ! Les habitats des grands singes sont grignotés par ces cultures. Abstenons-nous !
« Perdre les grands singes, c’est perdre les forêts »
Entreprises, dans les actions responsables que vous menez, choisissez d’investir dans la préservation des grands singes. Vous dépensez des millions d’euros dans des opérations environnementales telles que la replantation d’arbres. Diversifiez vos actions et investissez dans la préservation des grands singes. Proposez des parrainages de grands singes dans des sanctuaires. Achetez des hectares de forêts tropicales ou équatoriales, habitats des grands singes, pour y éviter qu’elles ne disparaissent en cultures agricoles. Financez les salaires des gardes qui les protègent du braconnage.
Créons enfin, à l’initiative de la France, un fonds d’urgence pour les grands singes qui puissent recueillir les dons des centaines de milliers de personnes dans le monde qui, n’en doutons pas, voudront s’engager dans ce combat essentiel.

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                La biodiversité déjà bouleversée par le réchauffement



Pour finir, précisons un point : sauver les grands singes, ce n’est pas oublier les autres espèces menacées, bien au contraire. Au-delà du symbole de sauver les « nôtres », Jane Goodall, grande primatologue qui consacre sa vie à la sauvegarde des grands singes, résume fort bien les choses : « Si nous perdons les grands singes, ce sera probablement parce que nous avons également perdu les forêts, et cela aura des conséquences totalement dévastatrices sur le changement climatique. » Autrement dit, si nous savons trouver les moyens de sauver les grands singes, c’est que l’humanité aura compris quelque chose de sa relation aux autres espèces animales, au vivant qui l’entoure… c’est que nous aurons trouvé la voie vers un vrai développement durable.
N’oublions pas : dans 32 ans, il sera trop tard. La disparition d’une espèce est une chose irréversible.
Yann Wehrling, militant de la protection des animaux et des espèces et secrétaire général du Mouvement démocrate



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Le chien d’aveugle ou le cheval de selle s’intéresse à la tâche qu’on leur impose : c’est ce qu’a découvert Jocelyne Porcher en appliquant à l’animal les outils de la sociologie.
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Les animaux consentent-ils à travailler ?

Le chien d’aveugle ou le cheval de selle s’intéresse à la tâche qu’on leur impose : c’est ce qu’a découvert Jocelyne Porcher en appliquant à l’animal les outils de la sociologie.



Le Monde
 |    07.01.2018 à 06h30
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Jocelyne Porcher est sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) au sein de l’UMR Innovation, à Montpellier. Auteure de Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe siècle (La Découverte, 2011), elle a coordonné le numéro « Travail animal, l’autre champ du social » de la revue Ecologie & Politique (n° 54, 2017).
En quoi la question du travail animal intéresse-t-elle les sciences sociales ?
Il faudrait plutôt se demander pourquoi cela les intéresse si peu ! Le travail est le grand absent de la question animale, un fait social impensé. Cela peut se comprendre : du point de vue des sciences sociales, les bêtes appartiennent à la nature. Mais les animaux domestiques ne sont pas des loups ou des renards : ils vivent avec nous depuis dix mille ans, ils ont construit avec nous les sociétés humaines. Et, oui, ils travaillent.
Je n’aurais probablement pas exploré cette question si je n’avais pas moi-même côtoyé les animaux en tant qu’éleveuse : à l’époque, je me demandais déjà comment eux et nous arrivions à œuvrer ensemble. Devenue chercheuse, j’ai mené des travaux sur la souffrance des humains en système industriel. En croisant ces deux expériences, j’ai compris qu’il était possible d’étudier les contributions des animaux au travail avec les outils des sciences sociales.
Une de mes étudiantes a d’abord passé plusieurs mois dans un troupeau de laitières, restant « au cul des vaches » du matin au soir en suivant un protocole d’observation très rigoureux. Des travaux similaires ont ensuite été conduits sur des cochons de plein air, des rapaces participant à un spectacle, les sangliers d’un parc animalier : quelle que soit l’espèce, il apparaissait que les animaux collaboraient au-delà de ce qu’on leur demandait. Ce premier constat a débouché sur un programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) que j’ai coordonné pendant quatre ans, afin de mieux explorer le rapport au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Le désir accompli du sociologue, par Jacques André

Le psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Jacques André, psychanalyste

« L’“inconscient” n’est que l’oubli de l’histoire que l’histoire elle-même produit en incorporant les structures objectives qu’elle produit dans ces quasi-natures que sont les habitus. » La phrase est de Pierre Bourdieu, mais si Bernard Lahire la reprend à son compte, c’est qu’elle s’applique fort bien à son projet d’une « interprétation sociologique des rêves ». L’individu ne tient pas ses expériences passées devant lui comme un « avoir » ou un ­ « acquis » : elles sont une part constitutive de lui-même qui détermine, sans qu’il en soit conscient, ses représentations ou ses actes… et aussi ses rêves.
Le social gît dans les plis les plus intimes des individus. Nul besoin d’invoquer un quelconque refoulement pour définir l’inconscient. Lahire fait le saut d’une contribution de la sociologie à l’étude des rêves au « rêve » d’une nouvelle théorie intégratrice qui, partant des acquis du modèle d’interprétation synthétique proposé par Freud en son temps, s’efforce d’en corriger les faiblesses, les manques et les erreurs.
La force hallucinatoire du rêve
Freud théorise l’inconscient, il ne le découvre pas. Dans le sommeil, écrivait Platon dans La République, la partie sauvage de l’âme « ose tout, elle n’hésite pas à essayer en pensée de violer sa mère ou tout autre quel qu’il soit, homme, dieu ou animal ». Pour l’inconscient, le rêve, la liberté qu’il prend avec les contraintes de la vie éveillée, est une aubaine, l’occasion « rêvée » de s’y exprimer. La force hallucinatoire du rêve fait se réveiller en sursaut parce que son enfant tombé par la fenêtre va inéluctablement s’écraser au bas de l’immeuble. Comment faire face consciemment à la haine qui fait « rêver » de jeter par la fenêtre cet enfant que l’on aime tant ? Le refoulement ne se contente pas d’écarter une pensée trop désirable, il la rend inconnue. C’est étrange, comme le notait Althusser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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Entre l’Histoire et nos histoires, par Françoise Davoine

La psychanalyste a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Françoise Davoine, psychanalyste

L’inconscient, selon Lacan (1901-1981), c’est le discours de l’Autre. Prise dans un faisceau de relations sociales, cette altérité n’échappe évidemment pas à une « interprétation sociologique des rêves ». Celle à laquelle Bernard Lahire nous invite est une analyse objective et exhaustive des théories du rêve, appréhendées de manière non cloisonnée. Son but est de dégager les déterminismes sociaux à l’œuvre dans cette expérience intime apparemment la plus éloignée du champ de la sociologie.
En effet, nos rêves n’obéissent pas à nos catégories académiques, quelle que soit l’époque ou la culture où ils surgissent. Ils sont à la croisée de l’Histoire et des histoires que nous aimons raconter ou que nous redoutons de dire. Ce champ interdisciplinaire existe dans l’art thérapeutique du conteur et de la tradition orale, à laquelle participe la psychanalyse depuis plus d’un siècle. On comprend que les rêves cherchent aujourd’hui à échapper à l’emprise de cette vieille dame. Le sujet du rêve, à défaut d’être psy, est-il sociologique, comme l’interprète Bernard Lahire ?
Je fus directement confrontée à ce dilemme dans les années 1970, entre le Centre d’études des mouvements sociaux fondé par Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, où je travaillais comme sociologue, et ma participation à l’Ecole freudienne de Jacques Lacan. A l’époque, j’effectuais, avec Jean-Max Gaudillière, une recherche intitulée « Folie et lien social » dans un hôpital psychiatrique de l’Est de la France. Les délires et les rêves des personnes internées actualisaient les guerres apparemment révolues. Bien plus, leurs histoires réveillèrent en nous la mémoire d’un passé qui n’était pas passé, au point de nous faire « devenir » analystes de folies auxquelles on n’accolait pas encore le mot de trauma.
L’enjeu des cauchemars de soldats : la vérité historique
Pourquoi rêve-t-on de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Le rêve, retour de flamme, par Lancelot Hamelin

Le dramaturge a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Lancelot Hamelin, dramaturge et écrivain

A la suite des attentats du 13 novembre 2015, Arte Radio et Rue89 ont proposé, en guise de reportages, des récits de rêve. Comment rapporter le réel quand le fantasme le déborde ? Par quel biais penser les ténèbres ?
Le rêve revient, retour de flamme. Notre société découvre ce territoire politique et social, situé entre L’Interprétation des rêves, de Freud (1900), La Banque des rêves, de Jean Duvignaud (Payot, 1979), Rêver sous le IIIe Reich, de Charlotte Beradt (Payot, 2002).
Bernard Lahire éclaire cet angle mort de la sociologie, fait le point sur la question du rêve, croise les disciplines – des neurosciences à la philosophie –, donne des pistes pour une interprétation du rêve à visée sociale.
Je partage l’intuition d’une unité possible, pour l’homme pluriel, par le songe.
Depuis 2012, je recueille des récits de rêve dans de grandes villes. A Nanterre, en résidence au Théâtre Nanterre-Amandiers ; mais aussi à La Nouvelle-Orléans, Paris, Lyon, Valence, Rome, au bidonville de Calais, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère) – et à la fin du mois de janvier à New York, pour la Nuit de la philosophie, à la Brooklyn Public Library.
« As-tu rêvé cette nuit ? »
Ma démarche est devenue collective l’an passé, grâce au metteur en scène Duncan Evennou, qui fait du théâtre un outil de recherche, en dialogue avec les sciences humaines. De janvier à mai 2017, nous avons arpenté les rues de Nanterre avec un groupe de jeunes artistes, chercheurs et amateurs, en posant aux passants la question des ­Indiens Zapara : « As-tu rêvé cette nuit ? »
Deux cents personnes ont ainsi témoigné de leur rapport à la vie onirique pendant la campagne présidentielle. C’est The Light House Project. En archivant des récits de rêve, nous questionnons le rôle des résidus oniriques dans nos vies quotidiennes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le sociologue a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.
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La sociologie tirée de son sommeil, par Arnaud Esquerre

Le sociologue a lu « L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire. Regard critique.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h45
   





                        



                                


                            


par Arnaud Esquerre, sociologue

Alors que la sociologie, ces temps-ci, est accusée d’être dévoyée et de présenter un danger par des sociologues qui veulent l’orienter vers l’expertise spécialisée et lui faire abandonner l’enquête de terrain, la meilleure réponse à ces inquiétudes, au fond plus politiques que scientifiques, nous est apportée par la parution de L’Interprétation sociologique des rêves, de Bernard Lahire : un livre ambitieux, faisant œuvre de science, d’une grande ampleur théorique et appelant à l’enquête de terrain.
Certes, il est difficile d’apprécier pleinement une recherche dont seulement la moitié est livrée [un second tome est à paraître]. Toutefois, cette partition ne retire pas son intérêt à cette première partie. ­Celle-ci propose un cadre théorique et une méthodologie sociologique appropriés aux rêves. Faute d’outils théoriques adaptés, les sociologues, qui s’étaient intéressés aux rêves aux origines de la discipline, à la fin du XIXe siècle, Durkheim dans un cours, Tarde dans un ouvrage, ne s’en sont plus beaucoup préoccupés ensuite. La théorie des champs de Bourdieu n’aurait été ici d’aucun secours, comme le reconnaît Lahire. Il semble désormais tellement évident que les rêves relèvent du domaine des professionnels du psychisme qu’il ne viendrait même plus à l’esprit de la plupart des sociologues d’y consacrer une recherche.
Concevoir le rêve comme une communication de soi à soi
Un travail important, comme l’a accompli Lahire, était donc nécessaire pour faire des rêves, en tant que réalité sociale, un objet sociologique à part entière. Il lui a fallu, pour cela, engager la discussion avec ces professionnels du psychisme, au premier rang desquels Freud, davantage qu’avec Halbwachs (1877-1945) et Elias (1897-1990). C’est par un argument sociologique, en concevant le rêve comme une communication de soi à soi, que ­Lahire écarte, de manière convaincante,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle, souligne dans une tribune le philosophe Dominique Bourg.
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L’écologie aux portes du Capitole

Le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle, souligne dans une tribune le philosophe Dominique Bourg.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            
TRIBUNE. Sans récit il n’y aurait ni religions, ni nations, ni partis, ni identités individuelles et collectives, autrement dit rien qui fasse sens. Nos esprits erreraient entre calculs et raisons, sans même pouvoir appréhender le temps qui passe. Il nous est impossible de ne pas nous projeter dans le temps, avec d’autres et vis-à-vis d’autres, en agissant les uns à l’égard des autres. La mise en forme de ces actions qui entrelace nos existences constituent un récit. Rien de grand ne s’est accompli sans récit.
Mise en scène du salut
L’histoire occidentale elle-même est celle des variations du grand récit chrétien. Après avoir imposé l’idée d’un cours linéaire de l’histoire, l’espérance en un âge d’or au-devant de nous et non plus derrière, l’idée chrétienne de salut n’a cessé de connaître de multiples métamorphoses. Mais ces différents récits de mise en scène du salut – ceux des rois, des moines et des saints, du marchand calviniste, celui du progrès et des Lumières, un temps concurrencé par la saga marxiste du prolétariat sauveur de l’humanité – ont tous fini par s’échouer sur les rivages du changement climatique et de l’anéantissement des espèces vivantes.
Face à ces sinistres constats, quel nouveau récit imaginer ? Le transhumanisme et les GAFA [Google, Apple, Facebook et Amazon] leur tournent le dos – sans proposer de solutions – et s’emploient à ressusciter le progrès, mais ils ne parviennent pas à démêler le paradis de l’enfer : le désir d’immortalité y est inséparable de la crainte d’un déclassement, voire d’un asservissement par les machines.
Reste l’écologie, qui cherche à recommencer l’histoire. A l’instar du christianisme des premiers temps – resté longtemps inaudible, tapi dans l’obscurité des bas quartiers de Rome, avant de gagner la lumière du Capitole et de s’emparer de l’empire –, cette pensée peine toutefois à s’imposer. Le récit écologique est encore trop tendu vers la catastrophe pour faire naître une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Après avoir fait rage aux Etats-Unis, la bataille d’idées sur les toilettes gagne Londres.
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La guerre des WC, saison 2

RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Après avoir fait rage aux Etats-Unis, la bataille d’idées sur les toilettes gagne Londres.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 12h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Après les Etats-Unis, la « guerre des toilettes » gagne l’Europe. Le maire de Londres, Sadiq Khan, a présenté en décembre 2017 son « plan pour la ville » où il annonce la construction de toilettes mixtes, dites « non sexistes ». Déjà, les esprits forts du royaume se mobilisent pour les dénoncer, ­affirmant qu’elles renient la différence sexuelle naturelle – encore un coup des défenseurs de « la théorie du genre », ­disent-ils.
Cette rude bataille d’idées sur les lieux d’aisance a ­démarré en Amérique en février 2016, quand la ville de Charlotte (Caroline du Nord) a autorisé les personnes transgenres à utiliser les toilettes qu’elles désirent ­– selon le genre auquel elles s’identifient, au-delà de leur sexe biologique. Aussitôt, le gouverneur républicain de l’Etat, Patrick McCrory, l’annule, assurant que cette mesure « défie le bon sens », et fait voter la loi HB2 (House Bill 2) selon laquelle seul le « sexe de naissance » définit l’identité de genre de quelqu’un – et donc son usage des toilettes.
Mesure de rétorsion
L’apprenant, le chanteur Bruce Springsteen suspend son concert du 10 avril 2016 à Greensboro, proclamant : ­« Certaines choses importent plus qu’un concert de rock, et ce combat contre les préjugés et l’intolérance est l’une d’elles. » D’autres stars, comme Bryan Adams, Pearl Jam, Ringo Starr l’imitent. Puis, en mesure de rétorsion, le ­premier groupe bancaire allemand, Deutsche Bank, ­annonce qu’il gèle la création de 250 emplois en Caroline du Nord, soutenu par les plus grandes entreprises : Apple, Amazon, Coca-Cola, Google, Microsoft, etc. C’est dire ­l’importance de la mobilisation.
Le gouverneur McCrory doit faire machine arrière. Il ­restreint la « loi des toilettes » aux écoles et aux administrations, et laisse le secteur privé réglementer à sa guise. Mais ce recul ne satisfait personne. D’un côté, les associations LGBT exigent que la loi soit retirée pour tout lieu. De l’autre, le Texas et dix Etats...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. Le 5 janvier face à Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’Etat a choisi, comme en mai 2017 face à Vladimir Poutine, d’adresser à voix haute certaines critiques à celui qu’il recevait en grande pompe.
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Le « parler vrai » de Macron à l’épreuve des autocrates

Editorial. Le 5 janvier face à Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’Etat a choisi, comme en mai 2017 face à Vladimir Poutine, d’adresser à voix haute certaines critiques à celui qu’il recevait en grande pompe.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 11h24
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h09
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Comment gérer les dictateurs ? Le nombre croissant d’autocrates sur la scène internationale pose un problème de plus en plus épineux aux dirigeants des pays démocratiques. Plusieurs attitudes sont possibles : il y a l’option gel des relations, pour ceux qui sont vraiment infréquentables. Il y a la rencontre discrète en se pinçant le nez, si possible en marge de grandes conférences internationales. Il y a la posture « realpolitik », qui assume un dialogue pas forcément glorieux, mais adouci par la signature d’énormes contrats réparateurs pour la balance commerciale.
Et puis il y a la méthode Macron. Elle consiste à recevoir avec tous les honneurs les autocrates de haut rang, ou à aller leur rendre visite en grande pompe, mais à se servir de la rituelle conférence de presse conjointe pour désamorcer, par quelques vérités assénées la tête haute, les critiques de ceux qui l’accusent de se compromettre. Dans son activisme diplomatique, le président français, dont on sait maintenant combien il aime parler, ne veut exclure personne : il souhaite rencontrer « tout le monde », y compris ceux avec lesquels le dialogue n’est pas forcément « cool », comme il le confiait au Point en septembre 2017 à propos de Recep Tayyip Erdogan. Mais il affirme aussi leur parler sans détour, et sans rougir.
Cette méthode a été inaugurée le 29 mai face à Vladimir Poutine, reçu dans le faste de Versailles pour s’entendre dire devant les journalistes que les médias officiels russes n’étaient que des organes d’influence et de propagande. Le président russe écouta stoïquement, le visage fermé : Versailles vaut bien une leçon.
Quels bénéfices ?
Emmanuel Macron a voulu rééditer l’exploit, vendredi 5 janvier, avec le président turc, dont la dérive autoritaire et répressive est dénoncée dans toute l’Europe. Il a souhaité, au cours « d’une discussion très franche », mettre fin à « l’hypocrisie » d’éternels pourparlers sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne : « Il est clair que les évolutions récentes et les choix de la Turquie ne permettent aucune avancée du processus engagé », a dit M. Macron au côté de M. Erdogan. Franc aussi sur leurs « désaccords sur la vision des libertés individuelles », le président français a soumis au président turc une liste de personnes que la France, et notamment les ONG, considère comme injustement poursuivies en Turquie, et a rappelé que la liberté d’expression est « un bloc qui ne se divise ni ne se détricote ».
La question, bien sûr, est la contrepartie espérée. Sortir de ces rencontres la tête haute est une chose, en tirer les bénéfices attendus en est une autre. L’avenir dira si l’accueil de M. Poutine et de M. Erdogan permet d’avancer, notamment, sur le déblocage du dossier syrien.

        Lire aussi :
         

                Face à Erdogan, Macron propose un « partenariat » plutôt que l’intégration de la Turquie à l’UE



La méthode Macron semble, en outre, souffrir déjà des exceptions : recevant, le 24 octobre à l’Elysée, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, dont le pays abrite quelque 60 000 prisonniers politiques, le chef de l’Etat a refusé « de donner des leçons hors de tout contexte » – le contexte étant, en l’occurrence, la lutte commune contre le djihadisme.
Cette méthode sera à nouveau mise à l’épreuve cette semaine lorsque M. Macron rencontrera en Chine le plus puissant de tous les autocrates, le président Xi Jinping. Sur la réciprocité des ouvertures commerciales, sur les libertés individuelles et sur la protection des intérêts stratégiques européens, le président français aura, à Pékin, plus d’une occasion de tester son « parler vrai ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France, regrette dans sa chronique Benoît Hopquin, directeur adjoint de la rédaction du « Monde ».
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« Si elle pouvait parler, que de choses entendues aurait à nous répéter une aphone cabine »

Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France, regrette dans sa chronique Benoît Hopquin, directeur adjoint de la rédaction du « Monde ».



Le Monde
 |    06.01.2018 à 11h22
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 07h08
    |

            Benoît Hopquin








                        



                                


                            

Chronique. En préambule, pour les plus jeunes, pour les perdreaux de l’année, à tout le moins du millénaire, pour qui n’a jamais connu un fil de bigorneau qui tire-bouchonne jusqu’à vous vriller les nerfs, il n’est pas inutile de citer ces lignes tirées de Wikipédia : « Une cabine téléphonique est un édicule situé sur l’espace public (typiquement, le trottoir), muni d’un téléphone permettant d’émettre des communications. »
Pertinente définition, jusque dans son style anachronique, comme directement inspiré d’un manuel des PTT. Seul le temps employé est impropre. Un passé eût été plus judicieux pour cette notice wikipédiesque et nécrologique. Il aurait davantage été dans la tonalité de cet appareil en voie de disparition. Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France.
La faute justement au susnommé, porte-voix de la modernité, branché s’il en est. Voilà bien un messager résolument ancré dans son époque, connecté sur l’avenir. Il n’a jamais usé d’une standardiste pour obtenir et mener à bien sa communication. Il est sans fil, et sans filet parfois, lui reproche-t-on. Sa volonté de mettre à la page cette bonne vieille France, de la réinscrire dans l’annuaire du monde, s’exprimait déjà lorsqu’il était ministre de l’économie.
La loi Macron a mis fin en 2015 à « l’obligation de service universel de publiphonie », vieillerie jusque dans son appellation qui exigeait un maillage minimum du territoire par des téléphones publics. Le texte dégageait Orange, héritier de l’opérateur national, d’une charge coûteuse. Et entérinait l’éradication. Des cabines, faisons table rase.
Des portes nées d’un esprit malade ou sadique
Le mobile de ce massacre est connu. Le portable justement, qui a frappé d’archaïsme ces guitounes semées en masse à partir des années 1970. Son apparition, sa facilité, notre addiction ont programmé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ La visite en Chine du président Macron pourrait être l’occasion de créer les conditions d’un nouvel écosystème politique en proposant des solutions innovantes aux problèmes globaux, explique l’historien Julien Buffet, dans une tribune au « Monde ».
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« Pour une nouvelle gouvernance mondiale aux couleurs de la Chine et de l’Europe » avec la France

La visite en Chine du président Macron pourrait être l’occasion de créer les conditions d’un nouvel écosystème politique en proposant des solutions innovantes aux problèmes globaux, explique l’historien Julien Buffet, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    06.01.2018 à 09h00
    |

Julien Buffet (Chercheur associé au CRPM-Paris-X-Nanterre)







                        



                                


                            

Tribune. La rencontre entre Emmanuel Macron et Xi Jinping du 8 au 10 janvier 2018 promet d’être historique. Porteurs de projets à vocation universelle, le président français incarne les espoirs d’une refondation de l’Union européenne (UE) tandis que le président chinois élabore une pax sinica des « nouvelles routes de la soie » à travers le libre-échange. Mais l’événement suscite autant d’attentes que d’interrogations.
Premier partenaire commercial de la Chine, avec un volume des échanges dépassant 1,4 milliard d’euros par jour, la diplomatie chinoise fait de l’Union européenne le principal axe de son initiative « Une ceinture, une route » et considère la France comme son partenaire stratégique privilégié. Mais le marché ne prime pas sur tout et les motifs de frictions politiques sont vifs. Lors du 12e sommet d’affaire UE-Chine en juin 2017, le président Juncker a souhaité que la Chine accélère ses réformes pour être en adéquation avec la vision du monde qu’elle propose.
Cependant, l’Occident est, lui aussi, encore loin d’avoir tiré toutes les leçons de la chute de l’Union soviétique et de ses répercussions en Chine. Le chaos général de la Russie des années 1990 a renforcé la conviction du Parti communiste chinois (PCC), acquise depuis 1978, que le système collectiviste ne pouvait se réformer que sur plusieurs générations.
« Rêve chinois » et « belle Chine »
Si « réforme » et « ouverture » coexistent dans le même espace, elles obéissent à des temporalités et des logiques distinctes et fixent le changement à travers le rôle international du « rêve chinois », la civilisation écologique de la « belle Chine » et l’économie domestique d’une « société de moyenne aisance », comme un point d’horizon qui sera long et difficile à atteindre, confirmé par Xi Jinping au XIXe Congrès du PCC.
D’ici là, la transition prend la forme, sur le plan intérieur, d’un consensus social contrôlé en permanence où la stabilité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le chercheur Jacques Testart propose la mise en place de « conventions de citoyens », seul moyen, selon lui, de définir le « bien commun » hors de toute influence des lobbies.
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Jacques Testart : « L’avis citoyen devrait être prépondérant dans la fabrication de la loi de bioéthique »

Dans une tribune au « Monde », le chercheur Jacques Testart propose la mise en place de « conventions de citoyens », seul moyen, selon lui, de définir le « bien commun » hors de toute influence des lobbies.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 15h55
    |

Jacques Testart (Directeur de recherches honoraire à l’Inserm,   président d’honneur de Sciences citoyennes)







                        



                                


                            

Tribune. Le président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) devrait annoncer, jeudi 18 janvier, le lancement des Etats généraux de la bioéthique (EGBE), dont l’objectif est, depuis une loi de 2011, de faire précéder par de larges consultations l’actualisation périodique des lois de bioéthique. Ceux-ci devraient durer plusieurs mois. Le CCNE remettra ensuite un rapport au gouvernement et au Parlement pour un débat parlementaire prévu à la fin de 2018.
Rappelons que de tels Etats généraux s’étaient déjà tenus en 2009, sous la houlette de la ministre Roselyne Bachelot. Ils s’étaient déroulés dans un grand laxisme procédural et avaient conduit à des conclusions annoncées à l’avance par la ministre. Peu de progrès ont été effectués avec les « conférences de citoyens » organisées dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique en 2013 (sur la « fin de vie ») et en 2014 (sur « l’assistance médicale à la procréation sociétale ») révélant des carences quant à l’expertise, insuffisamment contradictoire, et à la transparence.
Selon le texte qui institue les conférences de citoyens (loi 2011-814, art 46), ces derniers sont « choisis de manière à représenter la société dans sa diversité. Après avoir reçu une formation préalable, ils débattent et rédigent un avis ainsi que des recommandations qui sont rendus publics. Les experts participant à la formation des citoyens et aux Etats généraux sont choisis en fonction de critères d’indépendance, de pluralisme et de pluridisciplinarité ».
« Des questions provenant vraiment du public »
Nous approuvons ces principes mais regrettons leur imprécision qui permet des interprétations pour parvenir à des « avis citoyens » au moindre coût et au plus vite, et souvent en bousculant les espoirs démocratiques.
Sans connaître encore précisément la nature des EGBE 2018, il semble que soient prévues des modifications par rapport aux précédentes procédures. Selon Régis Aubry,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le sociologue signe une étude ambitieuse où il explore à nouveaux frais, au-delà de Freud, ce que nous exprimons en rêvant.
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Bernard Lahire : « Les rêves font preuve d’une incroyable lucidité »

Le sociologue signe une étude ambitieuse où il explore à nouveaux frais, au-delà de Freud, ce que nous exprimons en rêvant.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 07h06
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
« L’Interprétation sociologique des rêves », de Bernard Lahire, La Découverte, « Laboratoire des sciences sociales », 488 pages, 25 €.
Livre après livre, le sociologue Bernard Lahire (né en 1963) nous avait déjà habitués à des projets ambitieux. Qu’il ait exploré les ressorts de nos actions (L’Homme pluriel, Nathan, 1998) ou la complexité de nos pratiques culturelles (La Culture des individus, La Découverte, 2004), qu’il ait entrepris de bâtir une théorie de la création littéraire (Franz Kafka, La Découverte, 2010) ou de la « magie sociale » qui opère dans notre rapport à l’art (Ceci n’est pas qu’un tableau, La Découverte, 2015), il visait toujours, au-delà, une véritable pensée du monde social.
On retrouve cette ambition, et ce projet, dans son nouveau livre, L’Interprétation sociologique des rêves, premier tome d’une enquête qui en comptera deux, produit d’une recherche audacieuse entamée il y a vingt ans. Dialoguant avec d’autres disciplines (psychanalyse, neurosciences, linguistique, anthropologie…), le sociologue y propose un nouveau modèle d’interprétation des rêves, envisagés d’abord comme une « forme d’expression ».
Votre livre s’efforce de faire entrer le rêve « dans la grande maison des sciences sociales ». Comment expliquez-vous qu’elles l’aient si longtemps mal accueilli  ?
Le rêve est une production imaginaire a priori très « personnelle », bizarre aux yeux même de celui ou celle qui l’a produite, évanescente si on ne la raconte pas dès le réveil, fabriquée pendant que la personne est endormie et coupée des interactions sociales ordinaires et de toutes les sollicitations qu’elles charrient… Bref, le rêve est un vrai cauchemar pour le sociologue ! Et, depuis 1900 [année de publication à Vienne de L’Interprétation des rêves, de Sigmund Freud], qui dit « rêve » dit « psychanalyse », et la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Une affiche publicitaire pour des préservatifs placardée dans le métro parisien  suscite la polémique : des internautes la jugent raciste.
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L’erreur de com de Manix

Une affiche publicitaire pour des préservatifs placardée dans le métro parisien  suscite la polémique : des internautes la jugent raciste.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 11h01
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

L’image a fait réagir de nombreux internautes, qui argumentent sur Twitter de leur sentiment de malaise ou d’indignation. Au cœur du débat, une campagne pour les préservatifs Manix Zero affichée dans le métro parisien depuis décembre 2017, dont l’une des photographies est jugée raciste. On y voit une jeune femme blanche posant sa main sur la tête d’un jeune homme noir, l’image incluant le slogan « Osez être plus proches » et le produit vanté.
« Osez être plus proches » est une déclinaison de la campagne au long cours « Smart = sexy », qui couvre un éventail de marques de préservatifs appartenant au groupe Ansell. L’agence de communication +Knauss, qui en est à l’origine, explique viser les ­jeunes urbains, public dont elle cherche à doper la ­confiance en soi, notamment en représentant des couples mixtes ou LGBT. Objectif raté en ce qui ­concerne cette image, les critiques se focalisant sur la relation apparemment déséquilibrée que semble ­entretenir ce couple mixte.
Pourquoi cette lecture raciste et/ou sexiste ? Du fait, d’une part, de la composition de l’image. « Un peu plus de diversité dans la com éviterait ce genre de pub raciste – l’homme noir trophée et l’inversion. En mettant la femme en position de domination, c’est toujours sexiste. Si vous pensiez bien faire #manix, vous avez totalement raté : #sexiste et #raciste deux en un », note ainsi un internaute.
Autre raison invoquée : la relation du texte à l’image, qui associe à la scène une injonction ambiguë. « Traduction de cette pub raciste : “Avec #manix, on peut enfin faire l’amour avec un Noir sans attraper le sida”. Bravo #manix, vous avez tapé fort ! », écrit un autre indigné. Comme le fait ­remarquer sur son blog le militant João Gabriell, la sexualité des Noirs fait l’objet d’associations négatives « qui ne renvoient pas uniquement au plaisir et à la procréation, mais à la maladie » – ce qui rend, selon lui, cette publicité plutôt...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la chercheuse note que si les points communs et les occasions de coopération existent, les visées stratégiques divergent, notamment sur l’Asie. Cela pourrait compliquer le voyage officiel de M. Macron, à partir du 8 janvier.
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Valérie Niquet : « Les attentes mutuelles entre Paris et Pékin sont loin de coïncider »

Dans une tribune au « Monde », la chercheuse note que si les points communs et les occasions de coopération existent, les visées stratégiques divergent, notamment sur l’Asie. Cela pourrait compliquer le voyage officiel de M. Macron, à partir du 8 janvier.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 11h05
    |

Valérie Niquet (Responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique - FRS)







                        



                                


                            
Tribune. Le président Emmanuel Macron a choisi. C’est en Chine qu’il se rendra, dès le 8 janvier, pour son premier voyage en Asie. Pour beaucoup, qui plaident pour un renforcement des liens entre Paris et Pékin, c’est un choix évident, sinon incontestable. La Chine est bien la deuxième puissance économique du monde, ses projets impressionnants de « route de la soie » semblent pouvoir offrir des possibilités sans limites.
Et, bien sûr, pour une France qui a l’ambition de jouer un rôle global sur la scène internationale, la Chine apparaît comme un partenaire à sa mesure, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, dotée d’un droit de veto qui pèse sur les affaires du monde. Pour un président qui veut s’affirmer comme l’antithèse, si ce n’est l’égal de Trump, la Chine offre une scène à la mesure de cette ambition.

Pékin sait tout cela et a besoin d’alliés face à une puissance américaine qui, contrairement aux espoirs initiaux de ses dirigeants, n’a pas renoncé à son engagement en Asie. Tout le monde n’a pas conscience à Paris des divisions et des tensions qui s’accroissent dans la région, autour du rôle futur de la Chine, bien au-delà de la crise coréenne, et les dirigeants chinois peuvent espérer qu’une réception flatteuse saura emporter l’adhésion d’un président jusqu’alors plutôt tourné vers l’Europe et son environnement proche.
La France, un allié contre les Etats-Unis
La Chine voudrait convaincre le président français de se positionner en intermédiaire « neutre », favorable au dialogue contre toutes les stratégies de confrontation, et reconnaissant implicitement par son choix la prééminence de Pékin dans sa région.
Pour Pékin, la France n’est jamais meilleure que lorsqu’elle se cantonne à son rôle de « vieille amie de la Chine »
Pourtant, tout pourrait ne pas être aussi simple dans ce voyage officiel. Si les points communs et les possibilités existent, les attentes mutuelles sont loin de coïncider...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le professeur et sinologue estime que lors de son voyage en Chine à partir du 8 janvier, le président français devra défendre les droits de l’homme face à son homologue.
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Jean-Philippe Béja : « Espérons que M. Macron n’hésitera pas à défendre les valeurs universelles que Xi Jinping dénonce »

Dans une tribune au « Monde », le professeur et sinologue estime que lors de son voyage en Chine à partir du 8 janvier, le président français devra défendre les droits de l’homme face à son homologue.



Le Monde
 |    06.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 08h36
    |

Jean-Philippe Béja (Directeur de recherche émérite au CNRS  CERI-Sciences-Po)







                        



                                


                            
Tribune. Emmanuel Macron se rend en Chine le 8 janvier pour rencontrer Xi Jinping, qui vient d’être renouvelé à la tête du Parti communiste chinois. Depuis cinq ans, la Chine a adopté une politique proactive sur la scène internationale : en Asie, elle occupe de nombreux îlots contestés dans le Pacifique occidental ; en Afrique, elle développe sa présence par des investissements qui renforcent des régimes foulant aux pieds les droits de l’homme (elle est notamment fort présente au Zimbabwe) ; en Amérique latine, elle entretient des relations étroites avec le Venezuela de Nicolas Maduro ; en Europe, elle agit sur les divisions de l’Union européenne.
Sur les conflits les plus chauds, elle ne s’est pas trouvée dans le même camp que les Européens : discrète sur la Syrie, elle n’a pas condamné l’annexion de la Crimée par la Russie. Dans ces conditions, il est pour le moins risqué d’en faire notre partenaire privilégié pour la résolution des crises internationales.

Bien sûr, tout chef d’Etat voulant jouer un rôle sur la scène internationale doit entretenir des relations avec la deuxième puissance mondiale. Mais, pour qu’elles soient productives, il faut être conscient de la nature du pouvoir de Pékin.
Le silence sur le sort de Liu Xiaobo
Pendant le sommet du G20 à Hambourg, les 7 et 8 juillet 2017, auquel participait le chef de l’Etat, le philosophe dissident chinois Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010, se mourait d’un cancer du foie dans un hôpital de Shenyang sous la surveillance de la police. Liu purgeait une peine de 11 ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat », et il est le seul Prix Nobel de la paix à être décédé en détention depuis Carl von Ossietzky (1889-1938), emprisonné par Hitler.
Lui Xiaobo avait écrit pour défendre les sans-voix, demander la fin de la dictature du parti unique et le respect des libertés fondamentales
Son crime ? Avoir écrit pour défendre les sans-voix, demander...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Alors que le mouvement a perdu en intensité depuis quarante-huit heures, les spécialistes de la région tirent les premières leçons de la « révolte des œufs ».
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Iran : que traduisent les manifestations de ces derniers jours ?

Alors que le mouvement a perdu en intensité depuis quarante-huit heures, les spécialistes de la région tirent les premières leçons de la « révolte des œufs ».



Le Monde
 |    05.01.2018 à 14h36
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 15h30
   





                        



   


Le mouvement de protestation en Iran, qui avait débuté voici une semaine, semble avoir perdu en intensité ces derniers jours, les autorités ayant notamment déployé un important dispositif de sécurité. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont toutefois fait état de petites manifestations, jeudi 4 janvier dans la soirée, mais sans qu’il soit possible de vérifier leur authenticité. Aucune manifestation n’a eu lieu ces trois derniers jours dans la capitale, Téhéran.
Pour la troisième journée de suite, de nouveaux rassemblements de soutien au régime ont, en revanche, été organisés vendredi après la prière collective, dans la province de Téhéran et dans plusieurs villes de province, pour condamner les « fauteurs de troubles », selon les images diffusées par la télévision d’Etat.

        Lire :
         

          En Iran, de nouveaux rassemblements de soutien au pouvoir



Au terme de cette semaine, tous les observateurs s’accordent pour reconnaître que ce sont des raisons économiques qui se trouvent à l’origine du mouvement de contestation sur l’ensemble du territoire. Mais la plupart d’entre eux considèrent en même temps que le mécontentement général traduit autre chose. C’est ce que montrent plusieurs tribunes publiées par Le Monde.
L’écart entre le pouvoir et la société se creuse
« On demande désormais la fin du régime, non pas tant pour davantage de démocratie, mais par désespoir sur la capacité de la théocratie à satisfaire aux demandes des catégories fragiles », relève le sociologue Farhad Khosrokhavar.
« La révolte est beaucoup plus celle des “va-nu-pieds” que des classes moyennes : elle témoigne de la misère, de la baisse du niveau de vie dans une société où la rente pétrolière enrichit indûment, et par la corruption, les élites du régime », ajoute M. Khosrokhavar, selon qui ce mouvement montre que l’écart entre le pouvoir et la société se creuse de manière inexorable, le régime ayant perdu toute légitimité, car le système est bloqué.
L’universitaire Firouzeh Nahavandi insiste, quant à elle, sur le fait que les jeunes, « très présents » dans la contestation (même si celle-ci « touche toutes les catégories d’Iraniens désespérés, pris à la gorge et ne voyant aucune perspective d’avenir »), aspirent « en priorité, à l’amélioration de leur situation économique et à l’accès à un travail décent et en concordance avec leur niveau de formation ».
Le « cercle des intimes » et les « fils de… »
Sur ce plan, souligne l’universitaire, l’échec du régime est cuisant : « Le taux de chômage des jeunes, souvent très diplômés, se situe entre 30 % et 50 %. » Mme Nahavandi explique notamment que « dans le système iranien, les postes disponibles ou les meilleurs sont accaparés par les proches du régime, le “cercle des intimes” et leurs enfants, les “fils de…”, signe de l’un des échecs les plus importants de la révolution, qui se voulait populaire et qui a abouti à une croissance des inégalités. »
« De manière générale, confrontés à la répression du régime, les jeunes ont surtout fait le choix de défier le pouvoir, non pour demander de changement politique de grande envergure, mais pour des réformes concrètes », relève la professeuse d’université.
La crise de ces derniers jours traduit aussi une remise en cause de la politique du gouvernement iranien au Moyen-Orient. Les manifestants ont demandé des comptes au pouvoir, qui d’un côté prétend manquer de ressources pour améliorer le quotidien des Iraniens mais de l’autre finance par exemple les projets du Hezbollah au Liban, ou la guerre contre l’organisation Etat islamique en Irak et Syrie.
Le professeur Mohammad-Reza Djalili fait, lui, remarquer que ce n’est pas le président, Hassan Rohani, qui a la main sur la politique régionale de l’Iran, mais les gardiens de la révolution, piliers du régime et garant de l’ordre révolutionnaire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Selon la chercheuse israélienne, Téhéran est le grand gagnant de la guerre contre l’EI. Pour la première fois, ses forces sont postées hors de ses frontières, en Syrie.
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Sima Shine : « Le mariage de raison entre l’Iran et la Russie s’est transformé en lien stratégique »

Selon la chercheuse israélienne, Téhéran est le grand gagnant de la guerre contre l’EI. Pour la première fois, ses forces sont postées hors de ses frontières, en Syrie.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 12h41
 • Mis à jour le
07.01.2018 à 15h34
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
Ancienne haute responsable du Mossad, puis directrice adjointe du Conseil national de sécurité israélien, Sima Shine est actuellement chercheuse à l’Institute for National Securities Studies, le plus influent think tank d’études stratégiques en Israël.

Qui sont les grands gagnants de la guerre en Syrie ?
Incontestablement l’Iran, même si les mouvements de protestation de ce début janvier représentent un réel défi pour le régime… L’organisation Etat islamique était leur ennemi mortel et, désormais, les forces iraniennes ou leurs protégés locaux occupent la plupart des territoires qui étaient sous contrôle de ce groupe. La Russie aussi, quoique dans une moindre mesure. Elle a l’initiative, aussi bien diplomatiquement que politiquement. A la différence de l’époque soviétique, le Kremlin est aujourd’hui en mesure de parler avec toutes les parties.
Jamais Moscou n’a eu un rôle aussi central au Moyen-Orient. Mais la Russie a besoin de l’Iran sur le terrain syrien, car la situation est loin d’être encore stabilisée. Cette alliance avec l’Iran est une carte essentielle de la Russie vis-à-vis d’Israël comme des Etats-Unis. La réciproque est vraie : Téhéran a peut-être plus encore besoin de Moscou. Ce qui était au début un mariage de raison s’est transformé en un lien stratégique qui va se maintenir, malgré les divergences autour du sort de Bachar Al-Assad – les Russes sachant très bien à qui ils ont affaire – ou sur le maintien des ­forces iraniennes en Syrie.
Pensez-vous que la guerre est finie en Syrie ?
Cela va prendre encore du temps, mais les jeux sont faits. Grâce au soutien aérien des Russes et à l’aide au sol de l’Iran et de ses milices chiites, Bachar Al-Assad a pu se maintenir au pouvoir, même si son régime est loin de contrôler tout le territoire. Il n’y a plus aucune force à même de le menacer militairement, mais toute la question est de savoir s’il pourra diriger longtemps la Syrie. Six...




                        

                        

