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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Cinquante ans après, le cinéaste s’est associé à son vieux complice Daniel Cohn-Bendit pour réaliser un film-bilan de Mai 68. L’occasion de radiographier le pays dirigé par un jeune président, dont il a l’oreille.
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De Mai-68 à Macron, Romain Goupil, l’éternel révolté


                      Cinquante ans après, le cinéaste s’est associé à son vieux complice Daniel Cohn-Bendit pour réaliser un film-bilan de Mai 68. L’occasion de radiographier le pays dirigé par un jeune président, dont il a l’oreille.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 15h20
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 06h39
    |

                            Laurent Telo








                              

                        

Cinquante ans après Mai-68, on dirait les deux vieux du « Muppet Show » au balcon de l’Histoire ; il y en a un qui boite, l’autre est un peu ventru, et là, ils dissertent sur les sanglochons. On ne sait plus trop pourquoi, eux non plus, aucune importance, le débat continue, c’est l’essentiel. Daniel Cohn-Bendit a deux hanches en carton et une tête de lutin, il explique que comme « il n’y avait pas assez de sangliers, les éleveurs ont fait des croisements avec des cochons. C’est pas des conneries, hein ! Aux européennes de 1999, ça a été un problème soulevé pendant ma campagne, la prolifération des sanglochons. »
Romain Goupil est toujours un militant avide de la chose politique et un cinéaste inclonable, il a toujours une gueule incroyable au-dessus de son bidon et une grande théorie sur les sanglochons, mais trop technique pour être retranscrite ici. Le héros du jour, c’est lui.
Two-men-show
Goupil finit de monter un film avec Cohn-Bendit parti ausculter la France cinquante ans après vous-savez-quoi. La direction de France 5 est attendue pour visionner l’affaire. Un road-movie de cinquante jours de tournage ramené à 2 h 21 de film. La chaîne avait commandé un 52 minutes mais Goupil a toujours été très persuasif, il a un sourire magique, il n’est jamais à court d’arguments.
Ce talent date d’il y a au moins cinquante ans, quand ils se sont croisés vite fait avec Cohn-Bendit, en mai 1968, sur l’estrade enfiévrée d’un meeting incandescent, ou l’inverse, puis ils sont devenus copains comme sanglochons depuis 1991 et la guerre en Yougoslavie. Officiellement, ils ne parlent plus trop de Mai. Sauf pour s’écharper sur l’imposture supposée de l’autre.
« Tu peux nous écouter. A nous deux, on a 140 années d’expériences en agitation tous azimuts sans avoir fait l’ENA. On est tes meilleurs conseillers… Parce qu’en plus… On a tout foiré. » Romain Goupil à Emmanuel Macron
En général, ça se passe comme ça. Goupil attaque : « Il y a...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ De l’Amérique latine à Hollywood, en passant par l’Europe, le Mexicain est sur tous les fronts. Dans « Si tu voyais son cœur », en salle le 10 janvier, il incarne un Gitan marseillais. Un rôle taillé pour cet acteur engagé en faveur des migrants.
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Gael García Bernal, acteur sans frontières


                      De l’Amérique latine à Hollywood, en passant par l’Europe, le Mexicain est sur tous les fronts. Dans « Si tu voyais son cœur », en salle le 10 janvier, il incarne un Gitan marseillais. Un rôle taillé pour cet acteur engagé en faveur des migrants.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 15h06
    |

            Frédéric Saliba (Mexico, correspondance)








                              

                        

Sur le seuil d’une maison coloniale du quartier branché de la Roma Norte, au centre de Mexico, Gael García Bernal arbore un look d’étudiant : sac en bandoulière, baskets assorties à son jean et veste en velours bleu. Seuls des cheveux poivre et sel trahissent l’approche de la quarantaine chez l’acteur, réalisateur et producteur né en 1978 à Guadalajara, et incarnation, depuis son rôle en 2000 dans Amours chiennes, d’Alejandro Gonzalez Iñarritu, d’un cinéma latino-américain vigoureux.
Sa renommée a dépassé les frontières de son pays, et même de son continent, puisque Gael García Bernal a tourné aux Etats-Unis ou en Europe. Mais le comédien, à l’affiche de Si tu voyais son cœur, premier long-métrage de la jeune réalisatrice française Joan Chemla, en salle le 10 janvier, a toujours gardé une attache forte avec Mexico. Et il reçoit au siège d’Ambulante, festival itinérant de documentaires qu’il a fondé en 2005 avec un ami, l’acteur Diego Luna.
Une expérience émotionnelle
« C’est mon bureau quand je suis au Mexique », lâche celui qui vit entre Mexico et Buenos Aires, où habitent ses deux enfants avec son ex-compagne, l’actrice argentine Dolores Fonzi. Dans cette demeure rénovée aux allures de start-up, deux assistantes à peine trentenaires pianotent derrière leur écran. Gael García Bernal les salue d’un geste amical, puis s’installe dans une salle de réunion aux étagères remplies de dizaines de DVD et de bobines. « C’est ici que j’ai préparé le tournage de mon film », raconte l’acteur qui réalise, en ce moment au sud de la mégalopole, son second long-métrage de fiction, dix ans après Déficit. L’histoire ? « Deux jeunes Mexicains rêvent de partir pour un avenir meilleur », répond-il, avant de confier, dans un large sourire, ne pas souhaiter en dire plus pour l’instant.

Un tournage qui l’empêche d’être à Paris pour la promotion du film de Joan Chemla, dont il évoque la rencontre avec...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Un grand et récent succès du cinéma indien fait écho à l’une des promesses du premier ministre Narendra Modi, une complaisance qui ne plaît pas à tout le monde.
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A Bollywood, des toilettes au service du gouvernement


                      Un grand et récent succès du cinéma indien fait écho à l’une des promesses du premier ministre Narendra Modi, une complaisance qui ne plaît pas à tout le monde.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 14h58
 • Mis à jour le
06.01.2018 à 06h37
   





                              

                        

L’un des plus grands succès des salles de cinéma indiennes des derniers mois est une histoire de toilettes. Depuis sa sortie cet été, Toilettes : une histoire d’amour, de Shree Narayan Singh, a récolté 2,16 milliards de roupies de recettes (28,4 millions d’euros). Si le sujet a trouvé un écho certain dans le pays, c’est qu’il constitue un problème majeur de société. Sur les 950 millions d’humains dans le monde qui n’ont pas accès aux toilettes, 60 % se trouvent dans le sous-continent. Tout comme les personnages du film de Shree Narayan Singh.
Dans cette romance à l’eau de rose, qui se déroule dans un village perdu au milieu de nulle part, un jeune homme du nom de Keshav, joué par l’acteur canadien d’origine indienne Akshay Kumar, tombe amoureux d’une jolie fille, qu’il finit par épouser.
Mais l’insolente a des exigences. Une fois mariée, Jaya (interprétée par Bhumi Pednekar) n’a plus qu’une obsession : installer des toilettes dans sa maison, fatiguée qu’elle est d’aller faire ses besoins dans les champs chaque matin, en compagnie de ses voisines. Keshav refuse d’engager les travaux mais, comme sa jeune épouse lui annonce qu’elle quitte le foyer pour retourner vivre chez ses parents, il finit par obtempérer et construit des latrines dans la cour de leur maison.
Félicitations de Narendra Modi
C’était compter sans son vieux père, qui juge l’affaire indécente et entreprend aussitôt de démolir les latrines toutes neuves. Ulcérée, Jaya demande le divorce. Un coup de théâtre vient débloquer la situation : les autorités politiques locales annoncent la construction de toilettes publiques dans le village. Les choses rentrent dans l’ordre et les habitants des alentours découvrent, comme Keshav et Jaya, les joies de la défécation dans l’intimité, à toute heure du jour et de la nuit.

Après avoir vu Toilettes : une histoire d’amour, le premier ministre Narendra Modi s’est même fendu d’un tweet de félicitations. Car si,...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Près de cent ans après la sortie du chef-d’œuvre du cinéma muet, Gaumont sort un superbe coffret comprenant les trois versions du film.
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Le « J’accuse » d’Abel Gance resurgit d’entre les morts

Près de cent ans après la sortie du chef-d’œuvre du cinéma muet, Gaumont sort un superbe coffret comprenant les trois versions du film.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h53
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 13h24
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Perfectionniste maladif, Abel Gance (1889-1981) ne cessa tout au long de sa carrière de remonter et de transformer ses films. Notamment J’accuse, chef-d’œuvre du cinéma muet, sorti en France en 1919, dont il fit une deuxième version parlante et sonore en 1938, puis une troisième en Magirama, en 1956. Ces trois films n’étaient quasiment plus visibles. Jamais éditée en vidéo VHS, la version de 1919 ne fut numérisée qu’en 2008. Il fallut attendre 2014 pour qu’elle soit de nouveau ­projetée en France.
Près de cent ans après la sortie du premier J’accuse, Gaumont lance un coffret prestigieux comprenant ces trois versions restaurées. S’y ajoutent les fac-similés des scénarios de 1917 et de 1937, un ouvrage (Abel Gance et la Grande Guerre. Le Visionnaire contrarié, de l’historien Laurent Véray), ainsi que deux autres films de ce monstre sacré du cinéma muet, Les Gaz mortels (1916) et La Fin du monde (1931).
Le film pose les jalons d’une représentation de la guerre jusqu’alors inconnue à l’écran
Ecrit et réalisé pendant les derniers mois de la Grande Guerre, le premier J’accuse met en scène avec compassion la souffrance des poilus. Ce film, qui emprunte son titre à la célèbre lettre ouverte publiée en 1898 par Emile Zola au cours de l’affaire Dreyfus, pose les jalons d’une représentation de la guerre jusqu’alors inconnue à l’écran. ­Réformé, Abel Gance ne voit rien du front, ce qui ne l’empêche pas d’être marqué à vie par la brutalité inédite de ce conflit.
Il raconte le calvaire subi par Edith, étouffée entre un père nationaliste et revanchard et son mari, François, un homme brutal et jaloux. Son amoureux, le poète Jean Diaz (Romuald Joubé en 1919), part au front, où il se retrouve dans la même compagnie que son mari, tandis qu’elle est capturée et violée par des Allemands. Après la guerre, Jean Diaz décide d’éduquer l’enfant du viol et d’en faire une ­citoyenne européenne de ­demain...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le film d’Errol Morris plonge dans l’abîme de mystères entourant la mort d’un chercheur américain spécialisé dans les armes biologiques.
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« Wormwood » : un cauchemar surgi de la guerre froide

Le film d’Errol Morris plonge dans l’abîme de mystères entourant la mort d’un chercheur américain spécialisé dans les armes biologiques.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h01
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
En 1988, après la sortie du Dossier Adams – le film qui a fait la gloire d’Errol Morris –, le sujet de ce documentaire, Randall Dale Adams, condamné à la détention à perpétuité pour un meurtre, a été innocenté. Ancien détective privé, le réalisateur était arrivé, à travers son enquête cinématographique, jusqu’à la vérité, en l’occurrence l’innocence d’Adams.
Avec Wormwood, film monstrueux – et pas seulement pour sa durée de quatre heures, Errol Morris se lance une fois encore à l’assaut de la vérité. Celle qui se cache derrière la mort par défenestration (volontaire ou forcée), le 28 novembre 1953, de Frank Olson, scientifique travaillant pour la CIA dans le cadre du programme d’armes biologiques des Etats-Unis. Peut-être est-ce l’âge (il est presque septuagénaire) – ou la sagesse, cette fois –, c’est l’incertitude qui l’emporte. Wormwood est un documentaire historique qui jette une lumière inquiétante sur le système militaire américain au temps de la guerre froide. C’est aussi un labyrinthe peuplé de cauchemars où l’on entrevoit Hamlet et le président Gerald Ford, un exécuteur des basses œuvres de la CIA devenu hippie et un légiste spécialisé dans les exhumations de cadavres qui ont passé des décennies six pieds sous terre. Qu’on le ­consomme à petites doses (pour sa diffusion sur Netflix, après sa présentation au festival de Telluride, le film a été découpé en six épisodes) ou d’une traite, l’effet sera puissant : une vision infernale du monde, faite d’hallucinations et de grands morceaux de réalité, jusqu’à ce qu’on désespère de l’existence même de la vérité.
Le film jette une lumière inquiétante sur le système militaire américain au temps de la guerre froide
Le 28 novembre 1953, Frank Olson tombait de la fenêtre d’une chambre située au 13e étage de l’hôtel Statler, à Manhattan. Son épouse et ses trois enfants, qui résidaient aux abords de Fort Detrick, site de recherche sur les armes biologiques, dans le Maryland, furent informés de son suicide. Vingt-deux ans plus tard, l’administration Ford apportait les précisions suivantes : quelques jours avant sa mort, des collègues avaient administré au défunt, à son insu, une dose de LSD, produit sur lequel la CIA menait des recherches, dans l’espoir de s’en servir comme instrument d’interrogatoire. Le suicide d’Olson était la conséquence de ce que – quinze ans plus tard – les ennemis de l’Etat américain, hippies et autres yippies, appelleraient un bad trip.
Poses volontairement théâtrales
Ces premiers chapitres, Errol Morris les raconte à sa manière habituelle. Il mêle les images d’archives, les entretiens et les séquences jouées. Celles-ci ne peuvent tomber dans la catégorie des reenactments, ces scènes dont l’histoire a gardé la trace interprétées par des acteurs qui égaient les « docudrama ». Personne ne sait ce qui s’est passé lors du week-end entre agents pendant lequel le LSD a été administré à Olson, pas plus qu’on est certain de l’attitude de l’homme qui partageait sa chambre au Statler. Ce que propose Morris, ce sont des séquences qui semblent arrachées à un film noir oublié, jouées par des acteurs de premier rang (Peter Sarsgaard joue Olson, l’excellent Christian Camargo le seul témoin de sa mort).

        Lire aussi la chronique :
         

          Netflix, le nouveau nabab d’Hollywood



A la mise en scène spectaculaire de ces moments répondent les entretiens entre Morris et Eric Olson, le fils de Frank, enfant lors de la mort de son père, qui a consacré sa vie à une quête de la vérité qui l’a coupé de la plupart de ses amis et privé de la carrière universitaire que ses débuts brillants lui promettaient. Le réalisateur se filme face à son sujet, dans des poses volontairement théâtrales. Le discours obsessionnel (ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas convaincant) de cet orphelin est aussi matière à mise en scène.
Une quête qui n’a aucune chance d’aboutir
Wormwood (« absinthe ») emprunte son titre au verset de l’Apocalypse de Jean qui prédit la contamination des eaux lors des temps derniers. Ce qu’Errol Morris filme, c’est la contamination des certitudes par le mensonge d’Etat, mais aussi l’empoisonnement d’une vie par une quête qui n’a aucune chance d’aboutir. Le LSD n’est peut-être pas la raison de la mort de Frank Olson, qui aurait pu être impliqué dans l’emploi d’armes chimiques pendant la guerre de Corée. La CIA aurait conduit un programme d’assassinats de citoyens américains sur le sol national. Plus Eric Olson avance dans le temps, plus ses hypothèses les plus fantasques semblent approcher de la réalité, sans que celle-ci se laisse saisir.
Le réalisateur a parsemé son film d’extraits du Hamlet de Laurence Olivier. A la fin de cette expérience cinématographique hors du commun, on ne distingue presque plus Eric Olson, vengeur impuissant, de la figure du prince danois.

Film américain d’Errol Morris, avec Peter Sarsgaard, Christian Camargo, Molly Parker, Bob Balaban, disponible sur Netflix.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Steven Spielberg,  Danny Boon, Abdellatif Kechiche et Clint Eastwood font partie des réalisateurs qui marqueront ce début d’année.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/01/2018
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Pour tous les amateurs de cinéma, le programme de 2018

Steven Spielberg,  Danny Boon, Abdellatif Kechiche et Clint Eastwood font partie des réalisateurs qui marqueront ce début d’année.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 17h46
    |

            Isabelle Regnier, 
Jacques Mandelbaum et 
                                Thomas Sotinel








                        



                                


                            

A égrener la liste des films programmés dans les salles françaises dans les prochains mois, on se croirait dans une ­réunion de famille : de vieilles connais­sances qui ne peuvent s’empêcher de refaire un tour de piste pour amuser petits et grands, des chevaux de retour forcés de reprendre du service.
Le premier trimestre est aussi le moment où les productions américaines candidates aux Oscars se pressent dans les salles, du premier long-métrage en tant que réalisatrice de Greta Gerwig au dernier Steven Spielberg, qui, à 71 ans, proposera deux films (un pour les trophées, l’autre pour la famille) en trois mois. Enfin, les distributeurs proposeront un florilège de films non moins attendus par les cinéphiles, découverts ou non dans les festivals.
Frappées d’un label tricolore orné d’un coq gaulois, les confections traditionnelles déplaceront les foules, c’est en tout cas l’espoir des maisons qui les produisent : La Ch’tite Famille, de Danny Boon (23 février), Les Tuche (qui tentent le hat trick), d’Olivier Barroux (31 janvier), Taxi à la mode ­Besson, qui pour sa cinquième course reprend la route sous la conduite de Franck Gastambide (11 avril).

Toujours tricolore, mais noir, jaune et rouge (puisque Franquin était belge), on est invité à découvrir les avatars cinématographiques de Spirou et Fantasio (par Alexandre Coffre, 21 février) et de Gaston Lagaffe (par Pierre-François Martin-Laval, 4 avril).
Remakes, sequels et réincarnations
Au rayon grandes personnes en collants, on attend l’arrivée du premier super-héros afrodescendant, Black Panther, dirigé par Ryan Coogler (14 février), le retour des Avengers, pour Infinity War, des frères Russo (25 avril) et – ce n’est pas le même type de sous-vêtements – de Christian Grey et Anastasia Steele (50 nuances plus claires, de James Foley, 7 février).
Quant aux remakes, sequels et réincarnations,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ L’Australienne, engagée contre le harcèlement sexuel, a été nommée présidente du jury du 71e Festival de Cannes. Une nomination qui fait écho à l’affaire Harvey Weinstein.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Mort de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur subjectif et déraisonnable

L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 09h42
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 10h09
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Il y a un peu plus d’un mois sortait en salle son deuxième film, Editeur, dans lequel Paul Otchakovsky-Laurens racontait que publier les livres écrits par d’autres lui avait « sauvé la vie ». Victime à 13 ans d’un abus sur lequel il avait dû garder le silence, il avait réussi à s’exprimer par la voix d’écrivains : « C’est la solution que j’ai trouvée pour ne pas devenir fou, pour rester à peu près maître de ce que je faisais », nous confiait fin novembre le patron des éditions qui portent ses initiales, P.O.L., s’estimant immensément « redevable », pour cette raison, à l’égard de ses auteurs (« Le Monde des livres » du 1er décembre). Lesquels, en retour, lui vouaient admiration et reconnaissance, ainsi qu’une amitié donnant un sens très familial à l’expression « maison d’édition ».

Ce formidable passeur, voué, disait-il, à « une littérature qui dit la vérité, par le biais d’une langue et d’une forme », qui fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, et tant d’autres, qui ouvrait les manuscrits, assis sur le sol en jonc de mer de son bureau avec une gourmandise intacte, après quarante-sept ans de métier, est mort le mardi 2 janvier, d’un accident de voiture à Marie-Galante (Petites Antilles). Il y passait des vacances avec sa compagne, l’écrivaine et peintre Emmelene Landon, qui a été blessée. Il avait 73 ans.
Il est né en 1944 à Valréas (Vaucluse) ; son père, le peintre Zelman Otchakovsky, juif de Bessarabie, meurt alors que Paul est nourrisson ; sa mère le confie bientôt à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), qui adopte l’enfant, lequel ajoutera son nom, Laurens, à son état civil. Après une enfance sur laquelle ce grand pudique lèvera un coin de voile dans son premier film, Sablé-sur-Sarthe, Sarthe (2009), il rêve d’études de cinéma, mais sa mère l’en dissuade, au prétexte qu’il prend des « photos minables »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ L’Australienne, couronnée de deux Oscars et engagée contre le harcèlement, est la onzième femme à se voir confier la présidence du rendez-vous cannois.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/01/2018
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L’actrice Cate Blanchett présidera le jury du 71e Festival de Cannes

L’Australienne, couronnée de deux Oscars et engagée contre le harcèlement, est la onzième femme à se voir confier la présidence du rendez-vous cannois.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h21
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h23
   





                        



   


« Une présidente engagée », promettent les organisateurs : l’Australienne Cate Blanchett, actrice aussi exigeante que glamour, couronnée de deux Oscars, présidera le jury du 71e Festival de Cannes (8-19 mai), un choix qui s’est aussi porté sur une figure de proue de la lutte contre le harcèlement sexuel.
Cate Blanchett est la onzième femme à se voir confier cette fonction, quatre ans après la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. Agée de 48 ans, elle succède au cinéaste espagnol Pedro Almodovar, dont le jury avait décerné la Palme d’or au Suédois Ruben Ostlund pour The Square.
« Je viens à Cannes depuis des années comme actrice, comme productrice, pour les soirées de gala et pour les séances en compétition, pour le marché même. Mais je ne suis encore jamais venue pour le seul plaisir de profiter de la corne d’abondance de films qu’est ce grand festival », a réagi la star australienne dans un communiqué.
« Elle sera une présidente engagée »
« Nous sommes très heureux d’accueillir une artiste rare et singulière dont le talent et les convictions irriguent les écrans de cinéma comme les scènes de théâtre. Nos conversations, cet automne, nous promettent qu’elle sera une présidente engagée, une femme passionnée et une spectatrice généreuse », ont déclaré Pierre Lescure, président du Festival de Cannes, et Thierry Frémaux, délégué général.
Ce choix, s’il apparaît logique d’un point de vue artistique comme médiatique, peut être aussi interprété comme une volonté du Festival de Cannes de soutenir le combat contre le harcèlement sexuel dans la profession, depuis que l’affaire Harvey Weinstein a ébranlé le septième art à l’automne 2017.
Cate Blanchett a, en effet, été une des premières célébrités à prendre ouvertement position contre le producteur américain, accusé depuis le 5 octobre 2017 par une centaine de femmes de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol.

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                Et la parole des femmes se libéra



Quelques jours plus tard, lors de la cérémonie des InStyle Awards à Los Angeles (Californie), elle avait lancé « nous aimons toutes être sexy, mais ça ne veut pas dire que nous voulons b… avec vous », visant, sans le nommer l’ex-mogul de Hollywood qui a produit plusieurs films dont elle a été à l’affiche, comme Aviator de Martin Scorsese.
« Tout homme qui se trouve dans une position d’autorité ou de pouvoir et pense avoir le droit de harceler, menacer ou agresser sexuellement des femmes qu’il rencontre ou avec lesquelles il travaille doit rendre des comptes », avait-elle dit également à l’émission « Entertainment Tonight ». « Ce n’est jamais facile pour une femme de se dévoiler dans de telles situations et je soutiens de tout cœur celles qui l’ont fait », avait-elle ajouté.
Time’s Up
De la parole aux actes, la star australienne vient de lancer, avec d’autres actrices célèbres, comme Natalie Portman et Meryl Streep, la fondation Time’s Up (C’est fini). Ce projet disposera notamment d’un fonds destiné à financer un soutien légal pour les femmes et les hommes victimes de harcèlement sexuel au travail. L’organisation a déjà recueilli plus de treize des quinze millions de dollars (12,5 millions d’euros) qu’elle s’était fixés comme but.

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                « Time’s Up » à Hollywood, un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel



Blonde diaphane, Blanchett, qui a remporté en 2005 l’Oscar de l’actrice dans un second rôle pour sa performance dans la peau de Katharine Hepburn dans The Aviator, a glané une autre statuette dans la catégorie reine de meilleure actrice en 2014 pour Blue Jasmine de Woody Allen. En 2007, elle a remporté le prix de la meilleure actrice à la Mostra de Venise, pour I’m Not There de Todd Haynes, dans lequel elle interprète le rôle d’un Bob Dylan androgyne.
Aussi à l’aise dans des films d’auteur, comme Babel, d’Alejandro González Iñárritu ; La Vie aquatique, de Wes Anderson ; Coffee and Cigarettes, de Jim Jarmusch ; Knights of Cup, de Terrence Malick ; que des superproductions hollywoodiennes, telle la trilogie du Seigneur des anneaux, de Peter Jackson, ou un des derniers films Marvel Thor : Ragnarok, elle a tourné avec les plus grands cinéastes contemporains.
Preuve de sa gymnastique de comédienne, elle sera bientôt à l’affiche de Ocean’s Eight, premier volet d’une saga de braqueuses, et elle jouera dans Where’d You Go Bernadette, adapté du roman de Maria Semple par Richard Linklater.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ En filmant la traite des Noirs de façon esthétisante, la réalisatrice Daniela Thomas s’est attirée les foudres de certains critiques dans son pays.
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« Vazante », le film qui ravive les plaies de l’esclavage au Brésil


                      En filmant la traite des Noirs de façon esthétisante, la réalisatrice Daniela Thomas s’est attirée les foudres de certains critiques dans son pays.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 09h34
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


La caméra s’attarde de longues minutes sur le regard perdu de Beatriz, une fillette de 12 ans, mariée, ou plutôt cédée par sa famille, à un fazendeiro (propriétaire terrien) quadragénaire, avant même sa puberté. Nous sommes dans le Brésil esclavagiste du début du XIXe siècle, dans l’État du Minas Gerais, à une époque où l’or se tarit. C’est de cette « banalité du mal » au sein d’« une société pervertie par la violence de l’esclavage » et par l’oppression des femmes que la réalisatrice Daniela Thomas a voulu témoigner dans son film Vazante, sur les écrans brésiliens depuis le 9 novembre. Et qui suscite de nombreux débats depuis sa sortie en salle. Car Beatriz, l’héroïne, est blanche. Et la communauté noire et métisse ne pardonne pas à la cinéaste de ne pas s’être intéressée à un personnage d’esclave.
Après un accueil dithyrambique au Festival de Berlin en février dernier où le film a fait l’ouverture de la section Panorama, Vazante (littéralement « marée descendante ») a provoqué une controverse au Festival de Brasília, sept mois plus tard. Au cours des discussions qui ont suivi la projection, Daniela Thomas a été accusée d’avoir, une fois de plus, décrit l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du pays à travers le prisme des Blancs.
Les stigmates de l’esclavage
Le long-métrage, filmé en noir et blanc de manière esthétisante, montre les chaînes, les coups de fouet, l’humiliation, l’exploitation sexuelle d’esclaves réduits au rang de sous-hommes. Mais, aux yeux des critiques, tel Juliano Gomes, de la revue “Cinética”, les esclaves sont représentés comme des pions anonymes, des éléments de décor, passifs, sans identité ni histoire. « Le problème est que Daniela adopte un modèle obsolète pour raconter un épisode central de l’histoire du pays. Les artistes brésiliens doivent évoluer vers une interprétation plus complexe des Noirs », a-t-il argué après la projection, soutenu par les militants de la cause noire.

Blessée, la cinéaste s’est défendue d’avoir voulu réaliser un film politique. « Vazante me représente. C’est ma vision du monde et des horreurs qu’il nous a faites, à nous, Brésiliens de toutes les couleurs, et qui cause encore des douleurs, comme on peut le constater », a-t-elle répondu dans une tribune à la revue Piauí, rappelant l’idée selon laquelle les coupables ne sont pas seulement des hommes mais un système entier. Un plaidoyer inaudible dans un pays où quelque 4 millions d’esclaves noirs ont été débarqués d’Afrique entre 1530 et 1888 et où cette barbarie laisse des stigmates encore visibles aujourd’hui.
« Les Noirs ne peuvent plus être dépeints comme une masse indéfinie. » Elisa Larkin Nascimento, directrice de l’Ipeafro
Longtemps baigné par le mythe du « racisme cordial », le Brésil ne peut plus fermer les yeux sur la violence quotidienne faite à une communauté directement descendante des esclaves. Majoritaires, les Noirs et métis composent 54 % de la population mais sont sous-représentés dans les classes aisées et surreprésentés dans les emplois de domestiques ou de vendeurs ambulants. Plus accablant encore, selon le Forum brésilien de sécurité publique, sur 100 victimes de tirs de policiers, 76 sont des Noirs.
« Les Noirs ne peuvent plus être dépeints comme une masse indéfinie. Un Noir est un homme qui souffre et qui réagit », s’emporte Elisa Larkin Nascimento, directrice de l’Institut de recherches et d’études afro-brésiliennes (Ipeafro), lassée de voir des personnalités comme Daniela Thomas qui, malgré de bonnes intentions, perpétuent l’idée d’une communauté invisible et soumise, alors que les historiens ont prouvé l’existence d’esclaves héroïques et résistants.
« Le sujet de l’esclavage au Brésil est un thème délicat à aborder. C’est un sujet chargé, constitutif de l’histoire de la majeure partie de la population et ceux qui en parlent sont souvent ignorants. Quel qu’aurait été le film, il aurait donné lieu à des commentaires exaltés », analyse Luiz Felipe de Alencastro. Mais l’historien perçoit dans cette polémique une évolution positive : les Noirs au Brésil prennent désormais la parole. « Il va falloir s’y habituer », assure-t-il.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Réalisé en 1951, le film de Robert Wise met en scène un extraterrestre animé de bonnes intentions.
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Reprise : « Le Jour où la Terre s’arrêta », plaidoyer contre l’arme nucléaire

Réalisé en 1951, le film de Robert Wise met en scène un extraterrestre animé de bonnes intentions.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h58
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h21
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Tiens, si on commençait l’année par la fin du monde ? On remerciera Splendor Films, distributeur patrimonial plein d’allant, d’en avoir eu l’idée, en programmant Le Jour où la Terre s’arrêta, réalisé en 1951 par Robert Wise. ­Cinéaste particulièrement apprécié de Jean-Pierre Melville, également monteur du Citizen Kane d’Orson Welles, il fut un de ces bons artisans hollywoodiens à l’œuvre inégale et remarquablement éclectique. Soixante ans de carrière, quarante longs-métrages, parmi lesquels des titres aussi marquants que Nous avons gagné ce soir (1949), West Side Story (1961), La Mélodie du bonheur (1965).
Nombreux seront les modernes à rendre hommage au film, de George Lucas à Paul ­Verhoeven etTim Burton
La science-fiction et le fantastique font aussi bien son affaire. Il a d’ailleurs commencé sa carrière au côté du célèbre producteur Val Lewton au studio RKO, où il signe La Malédiction des hommes-chats (1944) puis, d’après la nouvelle de Robert Louis Stevenson, Le ­Récupérateur de cadavres (1945). Le Jour où la Terre s’arrêta, tourné plus tardivement pour le compte de la Fox, adapte quant à lui une nouvelle d’Harry Bates publiée en 1940, Farewell to The Master. Ceci expliquant peut-être cela, le film sera donc une œuvre atypique de la science-fiction américaine des années 1950, durant lesquelles l’idéologie mise au service de la guerre froide fait des ravages dans les mœurs, les consciences et les œuvres. Plus volontiers pacifiste qu’anticommuniste, humaniste que nationaliste-délateur, le film, qui montre par surcroît un extraterrestre véritablement extraterrestre en ce qu’il est animé de bonnes intentions, est un vibrant plaidoyer contre l’arme nucléaire et l’équilibre de la terreur.
L’action se déroule à Washington, avec l’arrivée d’une soucoupe volante. L’extraterrestre qui en descend a forme humaine et belle prestance, il se nomme Klaatu, tient des propos conciliateurs et raisonnables. On lui tire néanmoins dessus. Hospitalisé, il demande à rencontrer urgemment les présidents des principales nations, mais on lui fait comprendre qu’ils sont en guerre et ont d’autres chats à fouetter. Il s’enfuit et entreprend, sous couvert d’un anonymat bientôt levé, de se faire une opinion de l’espèce humaine in vivo, contactant l’un des plus grands savants américains pour tenter de lui délivrer son message. Par ailleurs installé dans une modeste pension de famille, il devient ami avec un gentil garçonnet, inspire à sa mère des sentiments troubles, et trouve en l’amant de celui-ci, qui le dénonce, un prototype de la bêtise et de la méchanceté humaine.
Délicieusement kitsch
L’extraterrestre tient en guise d’adieu à l’espèce humaine un discours d’essence hobbesienne sur la nécessité pour les Terriens, ces apprentis sorciers atomiques, de se placer désormais sous la protection d’une police de l’espace créée pour maintenir la paix cosmique, sans quoi la Terre sera rayée dudit cosmos. Raidi par l’âge et doté d’accessoires délicieusement kitsch (la combinaison phosphorescente de Klaatu, le fouet à mayonnaise avec lequel il descend de l’engin…), le film se distingue néanmoins par son souci de réalisme et l’extrême parcimonie de ses effets.
Une soucoupe étincelante comme une assiette, un robot métallique doté d’un rayon désintégrateur (nommé Gnut dans la nouvelle, il devient Gort dans le film), une panne d’électricité générale, un extraterrestre distingué qui fleure l’after-shave anglais (le hiératique Michael ­Rennie, dans son unique premier rôle), et le tour est joué. Le film – soutenu par la composition pionnière pour thérémines du génial Bernard Herrmann – est par ailleurs suffisamment habité et inquiétant pour poser au grand ancêtre de la science-fiction intelligente. Nombreux seront les modernes à lui rendre hommage, de George Lucas jusqu’à Paul ­Verhoeven, en passant par Tim Burton qui parodie dans Mars ­Attacks ! la scène inaugurale du film et en inverse par malice la polarisation. Vous noterez enfin au passage le syntagme extraterrestre « Klaatu barada nikto », formule que des générations de fans énamourés et de petits malins se sont amusés à reprendre ici et là depuis plus de soixante ans.

Film américain de Robert Wise. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe (1 h 32). Sur le web: www.splendor-films.com, www.facebook.com/SplendorFilms/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Gary Oldman incarne l’homme d’Etat dans le film de Joe Wright, qui semble surtout conçu pour accumuler les trophées.
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« Les heures sombres » : la légende Winston Churchill pieusement relatée

Gary Oldman incarne l’homme d’Etat dans le film de Joe Wright, qui semble surtout conçu pour accumuler les trophées.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h20
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Dans un monde idéal, Les Heures sombres serait le volet politique d’un diptyque dont le panneau militaire serait Dunkerque, le beau film de Christopher Nolan. Joe Wright, le réalisateur des Heures sombres, qui a, par le passé, fait preuve d’ampleur (Reviens-moi, 2007) et d’invention (Anna Karenine, 2012), aurait acclimaté à Westminster la rigueur lyrique de Nolan. Mais le monde idéal n’existe pas, sinon Winston Churchill n’aurait pas précipité le cataclysme dans ­lequel son pays fut plongé en 1940 par sa complaisance à l’égard du camp franquiste pendant la guerre d’Espagne (1936-1939).
Les Heures sombres, malgré l’étonnante métamorphose de Gary Oldman, interprète de Churchill, ne s’élève pas au-dessus du tout-venant des productions ­manufacturées avec pour seul ­horizon le ressassement de la fierté nationale britannique (produit d’exportation particulièrement prisé aux Etats-Unis) et l’accumulation de trophées.
Une succession de réparties spirituelles et de confrontations mélodramatiques
Quelques jours après le début de l’offensive nazie en France, le premier ministre Neville Chamberlain (Ronald Pickup) est contraint à la démission. Malgré les réticences des partisans de l’appeasement, au premier rang desquels Lord Halifax (Stephen Dillane), le roi George VI (dans le rôle duquel Ben Mendelsohn a succédé à ­Colin Firth) fait appel au premier lord de l’Amirauté, Winston ­Churchill, malgré son impopularité dans la classe politique britannique, en particulier auprès des parlementaires de son propre camp, les conservateurs.
Comment mettre en scène ce moment d’ingénierie politique sur fond d’apocalypse militaire ? Plutôt que de s’aventurer dans les rouages et le cambouis (à la ­manière de Peter Morgan, le scénariste de The Queen, de Stephen Frears, et de la série The Crown), le scénario d’Anthony McCarten en fait une succession de réparties spirituelles, de confrontations mélodramatiques toutes mises en scène pour accentuer la stature héroïque du personnage principal, tel cet appel téléphonique désespéré à Franklin Delano Roosevelt (David Strathairn).
Britannique universel
Il faut avouer que ce serait un gâchis que de ne pas profiter de Gary Oldman. D’abord parce que cette prise de rôle, trente et un ans après que l’on a découvert Oldman sous les traits de Sid Vicious, dans Sid & Nancy, d’Alex Cox, fait de l’acteur le Britannique universel, capable d’incarner aussi bien les rebuts de la société que ses ­défenseurs les plus ardents. Après avoir bu le sang des Londoniennes (Dracula, de Coppola) et ­défendu les confettis de l’Empire contre le KGB (La Taupe, d’Alfredson), Gary Oldman se transforme en figure tutélaire du royaume.
C’est de transformation qu’il s’agit plus que d’incarnation. Epaissi, dégarni, Oldman adopte les intonations, les mimiques et les gestes de son modèle. C’est le rêve de tous les directeurs de ­musée de cire qui s’accomplit : du passé surgit un spectre en trois dimensions, paré de toutes les qualités – vision politique, ténacité, génie oratoire – et de juste ce qu’il faut de défauts pour rappeler que, de son vivant, il fut un être humain.
On ne s’étendra pas sur les résonances contemporaines de cette eulogie au temps du Brexit, on se contentera d’observer qu’elle prend ici la forme d’un spectacle simpliste, dont est évacué le principal intéressé – en l’occurrence le peuple britannique. Et quand scénariste et réalisateur tentent de réintroduire les loyaux sujets de Sa Majesté dans le jeu, le résultat touche au ridicule : au hasard d’une alerte aérienne, Sir ­Winston prend le « tube » et rencontre de vraies gens qui lui ­témoignent de leur admiration et de leur patriotisme.
C’est le rêve de tous les directeurs de ­musée de cire qui s’accomplit : du passé surgit un spectre en trois dimensions
Curieusement, Joe Wright, qui avait presque incidemment mis en scène ce moment de l’histoire britannique dans Reviens-moi et en avait extrait un mélange d’exaltation et de terreur, se trouve comme paralysé face à cette matière, comme si toute ­inflexion du panégyrique vers la complexité relevait du sacrilège.
Le film se détend par moments, lorsque l’on retrouve le grand homme dans son intimité. La peinture que Kristin Scott ­Thomas fait de Clementine ­Churchill, qui traite son alcoolique de mari (un trait impossible à passer sous silence) avec une ­attention ironique très maternelle, instille un peu d’humour dans ces Heures sombres empreintes d’esprit de sérieux. Quant à la grandeur, le film ne l’effleure que dans les séquences oratoires. Là, Gary Oldman peut s’envoler et toucher à la légende qui est ici pieusement relatée.

Film britannique de Joe Wright, avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James (2 h 05). Sur le web : www.facebook.com/UniversalFR

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Polar sexy mâtiné de drame filial, le film d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain, peine à captiver faute de véritable enjeu.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

« Le grand jeu » : overdose d’adrénaline et d’addiction

Polar sexy mâtiné de drame filial, le film d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain, peine à captiver faute de véritable enjeu.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h56
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 09h02
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Scénariste (Des hommes d’honneur ; The Social Network) et showrunner réputé (A la maison blanche), Aaron Sorkin passe enfin à la réalisation en adaptant les mémoires d’une ex-reine de poker clandestin, écrites en 2014 pour se renflouer après un mirifique naufrage. Donné pour réalisateur sur de multiples projets qui ont éclaté comme bulles de savon, Sorkin aura donc jeté son dévolu sur une histoire dont les ingrédients semblent un gage quasiment assuré de réussite.
Une héroïne empruntée à la réalité, qui porte un nom de roman (Molly Bloom, échappée de chez James Joyce). Une interprète de feu (Jessica Chastain). Un monde de la nuit enfiévré et plus grand que nature où s’entrechoquent le gratin du showbiz, celui des affaires et de la Mafia. Une relation père-fille compliquée par un secret de famille. Une parabole sur l’hybris américaine.

        Lire aussi la critique :
         

          « Miss Sloane » : souvenir d’une campagne perdue



Qu’on puisse se fourvoyer avec autant de tickets présumés gagnants en main est presque naturel. Trop gourmand, Sorkin a voulu tout jouer en même temps. Lebling-bling, le polar sexy, le drame filial, le film d’arnaque, le film de procès, le tout mouliné en deux heures vingt de narration désynchronisée pour faire plus malin et débité à cent à l’heure, sur la ligne néanmoins molle d’un freudisme de comptoir.
Tout commencerait par une compétition de ski. Membre de l’équipe américaine, Molly se prépare à la descente de sa vie avec les injonctions et autres flashs du paternel (Kevin Costner), obsédé de gagne, qui lui vrillent le cerveau. « La gaufre » qui s’ensuit lui casse la colonne et lui interdit toute carrière sportive mais lui ouvre les portes de l’université, à quoi, restant malgré tout la fille de son père, elle préfère celle de la réussite à tout prix, fût-elle frauduleuse.
Sérail hollywoodien
Engagée comme assistante et hôtesse auprès d’un organisateur de soirées VIP de poker clandestin, elle prend goût à la nuit et à l’argent facile, au point de voler rapidement de ses propres ailes. Racontée depuis son point de chute (arrestation au petit matin, rencontre avec son avocat, préparation du procès), sa résistible ascension la mène de salon en appartement de luxe, de Hollywood à New York, en embarquant des gens de moins en moins fréquentables (mafia russe et indics du FBI).
On voit bien ce qui a pu, dans ce récit d’addiction et d’adrénaline impliquant le sérail hollywoodien, intéresser à titre personnel Aaron Sorkin. Ce qui en ressort, qui n’est qu’un simulacre de complexité et d’énergie, manque pourtant cruellement d’enjeu.

Film américain d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain (2 h 20). Sur le web : www.facebook.com/pg/sndfilms

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Les mésaventures d’un jeune homme naïf parti à Lhassa pour chercher une carte d’identité, et qui finit par y perdre la sienne.
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« Tharlo » : un berger thibétain séduit par le chant d’une sirène

Les mésaventures d’un jeune homme naïf parti à Lhassa pour chercher une carte d’identité, et qui finit par y perdre la sienne.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h55
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
L’heureuse sortie en salle du quatrième long-métrage de Pema Tseden permet de découvrir le travail de cet écrivain cinéaste, disciple du maître iranien Abbas Kiarostami, jusqu’alors jamais distribué en France en dehors du circuit des festivals, et tristement réputé pour ses démêlés avec les autorités chinoises – en juin 2016, une prise de bec avec des policiers, à l’aéroport de Xining, lui avait valu quelques jours d’hospitalisation et de détention.
Originaire de l’Amdo, à l’ouest de la Chine, il est l’un des rares à incarner l’hypothèse d’un cinéma tibétain qui ne soit pas de l’ordre de l’excursion exotique ou du particularisme revendiqué. Et il n’est pas étonnant, comme pour toute culture minoritaire et menacée, que ses récits rejouent à leur façon le mythe du jardin d’Eden, c’est-à-dire l’inévitable corruption de l’ancien par le nouveau, du village par la ville, de l’existence concrète par les séductions illusoires.

        Lire aussi le focus :
         

          L’itinéraire inattendu d’un film tibétain en Chine



C’est aussi, peu ou prou, ce que raconte Tharlo, sans déploration, sans commisération, mais avec l’âpre sinuosité d’un conte cruel. Tharlo, berger, se retrouve convoqué au poste de police pour l’émission, devenue obligatoire, de sa carte d’identité. Mais il lui manque les photos adéquates, qu’il doit aller faire dans la ville la plus proche. Sur place, il rencontre une coiffeuse, qui l’invite à boire puis à passer la nuit chez elle. Au petit matin, sur le ton du soupir amoureux, elle l’encourage à vendre son cheptel et fuir avec elle à Lhassa ou à Pékin. Sans flairer l’arnaque, le pauvre homme retourne dans ses paysages rocailleux et laisse cette promesse mûrir en lui… A la fin de l’aventure, décoiffé, renommé et frappé d’amnésie, il finira par récupérer sa carte, sans que l’on ne sache plus très bien de quelle identité celle-ci est la dépositaire.
Deux temporalités
Le film programme ainsi, étape par étape, la déconvenue de son berger trop naïf, selon les termes d’une écriture austère et rigoureuse, qui mêle un noir et blanc minéral à un découpage méditatif en longs blocs de temps. Il est vrai que le « plan qui dure » est devenu l’une des tartes à la crème d’un certain cinéma d’auteur radical chic. Mais ici, cette durée parfois pléthorique est la traduction sensible d’une rencontre entre deux mondes et, plus précisément, deux temporalités : celles, irréconciliables, de la ruralité et de l’urbanité. Le berger transporte avec lui ses cycles immémoriels, ses durées longues, qui permettent aux gens de la ville d’y enfouir leurs véritables intentions.
Chaque scène prend ainsi la forme d’un petit théâtre unitaire, que les acteurs habitent avec un naturel confondant, confinant par moments à la grâce (la scène du karaoké), tandis que la respiration longue du montage laisse les plans mourir à petit feu dans les silences des conversations. Le film en tire un alliage convaincant de dureté et de douceur, d’austérité et de générosité, de cruauté et de compassion qui fait tout son prix. Cédant parfois à l’écueil du « paysagisme » (notamment dans les scènes en montagne), Pema Tseden n’en orchestre pas moins une scansion fascinante de glissements du jour vers la nuit, où son protagoniste plonge tête baissée jusqu’à y laisser sa véritable personnalité.

Film chinois en langue tibétaine de Pema Tseden. Avec Shide Nyima, Yangshik Tso (2 h 03). Sur le web : www.eddistribution.com/tharlo-berger-tibetain , www.facebook.com/eddistribution/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Santiago Mitre tente de mêler réalisme magique et politique fiction.
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« El Presidente » : en Argentine, lutte de pouvoirs au sommet

Santiago Mitre tente de mêler réalisme magique et politique fiction.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h54
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Un temps, on se croirait dans un Borgen des antipodes. Hernan Blanco (Ricardo Darin), président argentin fraîchement élu, s’apprête à participer à un sommet régional au Chili. Le jeune réalisateur argentin Santiago Mitre a obtenu l’autorisation de tourner dans le palais présidentiel de Buenos Aires que les acteurs arpentent avec les mines préoccupées qui siéent aux décideurs. Mais le cinéaste a d’autres ambitions, qui vont faire dérailler la mécanique que l’on avait entrevue, faisant d’El Presidente un film moins ordinaire, mais aussi plus imparfait.
A la veille de ce sommet, Hernan Blanco est averti de la prochaine publication d’informations compromettantes au temps où il était gouverneur d’une province. Hernan Blanco, dont la position sur l’échiquier politique argentin n’est pas définie (on comprend qu’il n’est de toute façon pas péroniste), est un homme nouveau, issu du peuple, et tout soupçon de corruption grèverait ce capital politique encore inentamé.

        Lire aussi le portrait :
         

          Ricardo Darín, acteur sans frontières



Entravé par cette menace, le président s’envole néanmoins pour la station de sports d’hiver chilienne où se tiendra le sommet. Là, il rencontre des homologues inspirés de la réalité, une présidente chilienne aussi affable que Michelle Bachelet, un chef de l’Etat brésilien aussi impérieux que Lula. Le Mexicain, suavement interprété par Daniel Gimenez Cacho, est une synthèse de l’onctuosité de MM. Calderon et Peña Nieto. Autour de l’enjeu du sommet – un pacte énergétique qui consacrerait la primauté du Brésil dans la région –, Santiago Mitre (scénariste, avec Mariano Llinas) déploie une métaphore sur l’ombre permanente que les Etats-Unis étendent sur tout un continent, ombre qui s’incarne en la personne de Christian Slater, machiavélique à souhait. Pendant ce temps, une vedette du journalisme hispanophone interviewe les participants au sommet. Voilà pour la politique-fiction, construite sur le modèle d’A la Maison Blanche, via la télévision danoise.
Nœud de vipères
L’irruption de Marina (Dolores Fonzi), la fille du président, introduit d’autres enjeux. C’est par elle – plus exactement par son ex-mari – que menace le scandale. Mais au lieu de simplement représenter la sphère privée, ce nœud de vipères qui risque d’empoisonner la vie publique, le personnage est investi de pouvoirs quasi magiques, mis au jour par un étrange personnage d’hypnothérapeute chilien (Alfredo Castro). Si la pirouette avait réussi, l’injection de cette dose de réalisme magique dans la chronique politique aurait fait d’El Presidente un prototype impressionnant. La sagesse de la mise en scène et la peine que les scénaristes mettent à nouer ces deux fils narratifs le maintiennent au rang d’expérience intéressante à ne pas renouveler.

Film argentin de Santiago Mitre. Avec Ricardo Darin, Dolores Fonzi, Alfredo Castro, Daniel Gimenez Cacho (1 h 54). Sur le web : distribution.memento-films.com, www.facebook.com/mementofilms.distrib/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film de Roberto De Paolis évite avec subtilité les écueils de la chronique sociale.
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Sortie cinéma : « Cœurs purs », une romance romaine moderne

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film de Roberto De Paolis évite avec subtilité les écueils de la chronique sociale.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h53
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 11h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde - A voir
Agnese, jeune adolescente de 18 ans est choyée par une mère très pieuse qui exige d’elle qu’elle fasse vœu de chasteté jusqu’au mariage. Stefano, 25 ans, enchaîne les petits boulots précaires. Tous deux vivent à Rome : lorsqu’ils se rencontrent au détour d’un incident, leur relation mettra à mal les principes rigoristes auxquels Agnese obéit. Entre amour et religion, il faudra choisir. Au premier abord, Cœurs purs, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, donne le sentiment de voir le cinéma italien une nouvelle fois englué dans la chronique sociale un peu terne qui peine à faire surgir l’imaginaire. Mais subtilement le film échappe aux écueils du genre qui s’effacent devant ce coup de foudre naissant. Le romantisme échevelé et la sensualité débordante de certaines scènes et des deux acteurs parviennent finalement à exploser les limites parfois étriquées du petit film réaliste et l’emmènent ailleurs, vers le récit d’un amour fou qui fait désordre.  

Film italien de Roberto De Paolis, avec  Selene Caramazza, Simone Liberati, Barbora Bobulova. 1h55. Sortie le 3 janvier 2018. Sur le web : www.ufo-distribution.com/prochainement/cuori-puri/, www.facebook.com/ufodistrib/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le réalisateur italien Paolo Virzi offre un petit cadre à deux immenses acteurs, Donald Sutherland et Helen Mirren.
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« L’Echappée belle » : road movie de fin de vie

Le réalisateur italien Paolo Virzi offre un petit cadre à deux immenses acteurs, Donald Sutherland et Helen Mirren.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h53
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - pourquoi pas
Si vous avez plus de 70 ans et que vous n’avez jamais joué un vieillard frappé d’une forme ou d’une autre de démence sénile, vous n’êtes pas un grand acteur. En vertu de cette règle hollywoodienne tacite, Donald Sutherland est atteint de la maladie d’Alzheimer dans ce petit road movie tourné aux Etats-Unis par l’Italien Paolo Virzi. On aimerait voir dans les EPHAD des patients aussi altiers que l’immense acteur canadien. Mais tout le talent de Sutherland, auquel vient s’ajouter le renfort considérable du jeu de Helen Mirren (elle incarne son épouse, plus jeune, mais arrivée à la phase terminale de son cancer) ne suffit pas à éviter les pièges tendus par les ressorts dramatiques de cette Echappée belle.
Stations sentimentales prévisibles
Ella (Helen Mirren) et John (Donald Sutherland) Spencer se soustraient à la surveillance affectueuse de leurs deux enfants adultes pour remettre en service leur mobile home, baptisé le Leisure Seeker (le chercheur de loisir, d’oisiveté) et quitter le New Jersey pour la Floride, où ils espèrent visiter la maison d’Ernest Hemingway. C’est que John fut professeur d’anglais, de ceux que ses anciens élèves reconnaissent des années plus tard, à travers le brouillard des années et la brume des larmes que fait jaillir l’émotion des retrouvailles.
Plus encore que la géographie des étapes (les sites historiques du Sud – dont est originaire Madame, la côte géorgienne, les keys de Floride), ce sont les stations sentimentales de ce trajet que l’on devine à peine la clé de contact tournée pour la première fois. Il faudrait dévoiler l’issue parfaitement prévisible de l’Echappée belle pour dire tout le mal que l’on pense du procédé qui consiste à rendre comestibles (enfin… drôles, attendrissants) les derniers chapitres d’existences ravagées par la maladie. L’engagement des acteurs (Donald Sutherland sait à merveille entrer et sortir de l’état de conscience, Helen Mirren ferait presque croire qu’elle est vraiment malade) n’y change rien, il ne faut pas ciller quand on parle de ces affaires, comme l’avait bien compris Michael Haneke lorsqu’il a dirigé Amour.

Film italien et américain de Paolo Virzi, avec Donald Sutherland, Helen Mirren (1 h 52). Sur le web : www.bacfilms.com, www.facebook.com/bacfilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ L’orchestrateur de la bande originale du film sorti en 1999 explique les subtilités de cette musique qui ponctue l’affrontement entre Qui-Gon Jinn, Obi-Wan Kenobi et Darth Maul.
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<article-nb="2018/01/06/16-19">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Jean-Pierre Léaud est parfait dans ce conte fantastique subtil, plein de moments cocasses et de mélancolie.
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Sortie cinéma : « Le lion est mort ce soir », fantaisies enfantines autour du temps qui passe

Jean-Pierre Léaud est parfait dans ce conte fantastique subtil, plein de moments cocasses et de mélancolie.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h04
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Parce que le tournage du film auquel il participait, dans le sud de la France, est interrompu quelques jours, un acteur vieillissant décide de retrouver, dit-il, une amie qu’il n’a pas vue depuis longtemps. L’objet de sa quête est en fait le souvenir d’un amour de jeunesse, mort il y a des années. C’est donc à la rencontre d’un fantôme que se rend l’homme, un fantôme qui resurgit et avec qui il va dialoguer dans la maison abandonnée où il s’est installé.
L’acteur, c’est Jean-Pierre Léaud qui l’incarne, introduisant immédiatement dans le plan la mémoire de ce dont il a été lui-même l’emblème, celui d’un cinéma moderne dont le souvenir est désormais un peu lointain.
Une aventure peuplée d’événements imprévus
Au cours d’une brève séquence, il retrouve ainsi une femme interprétée par Isabelle Weingarten : réminiscence et clin d’œil, résurrection brève d’un couple renvoyant subliminalement à La Maman et la Putain, soit une des plus grandes œuvres du cinéma français moderne… Mais Léaud est surtout un comédien qui déjoue tous les naturalismes, et qui va engendrer immédiatement une sensation d’irréalité parfaite pour ce qui s’avère une sorte de conte fantastique très inattendu.

        Voir aussi le portrait :
         

          Le soleil noir du roi Léaud



Le vieux comédien est dérangé dans sa retraite par un groupe de gamins et de gamines qui ont en tête de tourner un film dans le cadre de ce que l’on devine être un programme scolaire. Découvrant sa profession, ils parviennent à le convaincre de participer à leur projet et lui demandent d’accepter un rôle. Ils écoutent ses conseils et iront de surprise en surprise grâce à sa capacité, parfois burlesque, d’improvisation.
Dès lors, le récit semble suivre les détours d’une aventure peuplée d’événements imprévus. Le ciel méditerranéen, les rues lumineuses du Midi de la France, les couloirs frais et obscurs d’une demeure antique constituent le théâtre et le décor de saynètes réjouissantes, d’une spontanéité trompeuse. Le vieil acteur surprend les enfants eux-mêmes à la fois par sa juvénilité clownesque et par sa capacité à les interroger sur le fondement même de leur désir de filmer une histoire de maison hantée. Cette rencontre va ainsi se transformer, très subtilement, en un récit d’initiation collective.
Des moments cocasses
Ce qui pourrait ne constituer qu’une allégorie facile se révèle une redoutable machine où s’imbriquent, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale. Tout cela n’est guère étonnant lorsque l’on se souvient que l’on avait découvert le cinéaste Nobuhiro Suwa avec son deuxième long-métrage, en 1999, M/Other, chronique d’une vie familiale tout autant qu’approche conceptuelle de la notion de vie quotidienne.
La rencontre des enfants et du vieux comédien ne repose que superficiellement sur celle d’une confrontation entre une vitalité prétendument représentée par ceux-ci et une sérénité qui serait celle de l’homme âgé.
Une redoutable machine où s’imbriquent, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale
D’abord parce que Léaud, devenu une véritable figura, est bien loin de tout ça, possédé lui-même par un esprit enfantin qui déjoue toutes les attentes. Ensuite parce que les enfants, derrière l’amusement et le jeu qu’induit le tournage de leur petit film, tournage donnant lieu à des moments cocasses, incarnent moins la négation de l’obsession morbide de l’homme confit dans le souvenir d’un amour défunt qu’ils n’en proposent, dans leur candide projet, une variation, une sublimation paradoxale.
Car c’est de la mort que parle le film de Nobuhiro Suwa, la mort acceptée comme une péripétie inévitable mais également comme un moment de la vie elle-même. Et l’histoire de fantômes que les gamins ambitionnent de tourner dans les couloirs de cette maison en ruines, histoire issue d’imaginations emplies à la fois de contes de terreur tout autant que de films hollywoodiens à effets spéciaux, serait ainsi la conscience infantile du néant.
Là réside sans doute la subtilité de Le lion est mort ce soir, dans le refus de ce clivage trop facile. Le deuil et la mélancolie, la vision stoïcienne de la fin de toutes choses sont délicatement soumis au crible d’une fantaisie enfantine. C’est le nouveau tour de force d’un cinéaste qui poursuit une œuvre rare, intransigeante et unique.


LE LION EST MORT CE SOIR - Bande Annonce from Shellac on Vimeo.

« Le lion est mort ce soir », film français de Nobuhiro Suwa. Avec Jean-Pierre Léaud, Isabelle Weingarten, Pauline Etienne (1 h 43). Sur le Web : Shellac-altern.org , Facebook.com/toma.shellac

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


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<filnamedate="20180106"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180106"><AAMMJJHH="2018010616">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     


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Nouveautés, reprises, rétrospective : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 08h47
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, oublions la tempête, la pluie et le froid et offrons-nous le réconfort d’une toile sur grand écran…
« Le lion est mort ce soir » : Léaud le gentil fantôme

Parce que le tournage auquel il participait, dans le sud de la France, est interrompu quelques jours, un acteur vieillissant décide de retrouver, dit-il, une amie qu’il n’a pas vue depuis longtemps. L’objet de sa quête est en fait le souvenir d’un amour de jeunesse, morte il y a des années. C’est donc à la rencontre d’un fantôme auquel se rend l’homme, un fantôme qui resurgit et avec qui il va dialoguer dans la maison abandonnée où il s’est installé. Le vieux comédien est dérangé dans sa retraite par un groupe de gamins et de gamines qui ont en tête de tourner un film dans le cadre de ce que l’on devine être un programme scolaire.
L’acteur, c’est Jean-Pierre Léaud qui l’incarne, introduisant immédiatement dans le plan la mémoire de ce dont il a été lui-même l’emblème, celui d’un cinéma moderne dont le souvenir est désormais un peu lointain. Ce qui pourrait ne constituer qu’une allégorie facile se révèle une redoutable machine où s’imbrique, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale. Jean-François Rauger
« Le lion est mort ce soir », film français de Nobohiro Suwa. Avec Jean-Pierre Léaud, Isabelle Weingarten, Pauline Etienne (1 h 43).
« Tharlo le berger tibétain » : fable édénique et minoritaire

Tharlo, berger des hautes montagnes tibétaines, se retrouve convoqué au poste de police pour l’émission, devenue obligatoire, de sa carte d’identité. Mais il lui manque encore les photos adéquates, qu’il doit aller faire dans la ville la plus proche. Sur place, il rencontre une jeune coiffeuse, qui l’invite à boire puis à passer la nuit chez elle. Au petit matin, sur le ton du soupir amoureux, elle l’encourage à vendre son cheptel pour fuir avec elle à Lhassa ou à Pékin. Sans flairer l’arnaque, le pauvre homme retourne dans ses paysages rocailleux et laisse cette promesse mûrir en lui.
L’heureuse sortie en salle du quatrième long-métrage de Pema Tseden permet enfin de découvrir le travail de cet écrivain cinéaste, disciple du maître iranien Abbas Kiarostami, jusqu’alors jamais distribué en France en dehors du circuit des festivals, et tristement réputé pour ses récents démêlés avec les autorités chinoises – en juin 2016, une prise de bec avec des policiers, à l’aéroport de Xining, lui avait valu quelques jours d’hospitalisation et de détention. Originaire de l’Amdo, à l’ouest de la Chine, il est l’un des rares à incarner aujourd’hui l’hypothèse d’un cinéma tibétain qui ne soit pas de l’ordre de l’excursion exotique ou du particularisme revendiqué. Mathieu Macheret
« Tharlo le berger tibétain », film chinois en langue tibétaine de Pema Tseden. Avec Shide Nyima, Yangshik Tso. (2 h 03).
« Le jour où la terre s’arrêta » : mais qui c’est ce mec-là ?

Si on commençait l’année par la fin du monde ? On remerciera Splendor Films, distributeur patrimonial plein d’allant, d’en avoir eu l’idée, en programmant Le jour où la Terre s’arrêta, réalisé en 1951 par Robert Wise. Cinéaste particulièrement apprécié de Jean-Pierre Melville, également monteur du Citizen Kane d’Orson Welles, il fut un de ces bons artisans hollywoodiens à l’œuvre inégale et remarquablement éclectique. Le jour où la Terre s’arrêta, tourné en 1951 pour le compte de la Fox, adapte une nouvelle d’Harry Bates publiée en 1940, Farewell to The Master. Ceci expliquant peut-être cela, le film sera donc une œuvre atypique de la science-fiction américaine des années 1950, durant lesquelles l’idéologie mise au service de la guerre froide fait des ravages dans les mœurs, les consciences et les œuvres.
Plus volontiers pacifiste qu’anticommuniste, humaniste que nationaliste-délateur, le film montre un extraterrestre véritablement extraterrestre en ce qu’il est animé de bonnes intentions et qu’il tient son hiératisme de l’acteur plus anglais que nature qui l’interprète. Plaidoyer contre l’arme nucléaire et l’équilibre de la terreur, œuvre relativement sobre et réflexive, Le jour où la Terre s’arrêta est devenu un titre légendaire. Jacques Mandelbaum
« Le jour où la terre s’arrêta », film américain de Robert Wise. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe. (1 h 32)
« Samuel Fuller » : Rétrospective à la cinémathèque

Du 3 janvier au 15 février, la Cinémathèque française met à l’honneur Samuel Fuller (1912-1997), l’un des cinéastes les plus originaux de sa génération, ex-journaliste puis soldat d’infanterie lors de la seconde guerre mondiale, en lui consacrant une rétrospective. Sans doute est-il important de redécouvrir une œuvre ayant vivement contribué au passage à l’âge adulte du cinéma américain, en décloisonnant les conventions hollywoodiennes, les ouvrant à un gain de réalisme, de complexité, d’ambiguïté sexuelle, de diversité éthique et sociale, de curiosité pour le monde au-delà des Etats-Unis et à l’intérieur de ceux-ci.
Sur le chemin qui a mené d’un classicisme imperturbable à la conquête d’une conscience moderne (Cassavetes, Cimino, Rafelson, Friedkin, Altman) et inquiète, les films de Fuller – de J’ai tué Jesse James (1949) à Dressé pour tuer (1982), en passant par La Maison de bambou (1955) et Au-delà de la gloire (1980) – occupent la première marche. Ma. Mt
Rétrospective Fuller, La Cinémathèque Française, 51, rue de Bercy, Paris 12e.



                            


                        

                        

