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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Dans un entretien au « Monde », la traductrice de l’écrivain décédé dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 janvier, évoque leurs liens « fraternels ».
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Valérie Zenatti : « Aharon Appelfeld, un écrivain de l’enfance, des sensations et des sentiments »

Dans un entretien au « Monde », la traductrice de l’écrivain décédé dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 janvier, évoque leurs liens « fraternels ».



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h56
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Valérie Zénatti est romancière et scénariste mais aussi, depuis le début des années 2000, la traductrice d’Aharon Appelfeld.
Dans « Mensonges » (L’Olivier, 2011), vous avez évoqué l’influence d’Aharon Appelfeld sur votre propre travail romanesque. Y a-t-il une réception particulière de cet écrivain en France ?
Cette réception s’est faite en deux temps. Dans les années 1980, on commence à le traduire, chez Belfond puis chez Gallimard. Puis, les publications cessent parce qu’on s’intéresse avant tout aux écrivains israéliens, alors qu’Appelfeld est un écrivain juif européen. Pour ma part, après les grands procès pour crime contre l’humanité (Paul Touvier, Maurice Papon, etc.), j’avais lu Le Temps des prodiges (Belfond, 1985), qui était au programme de l’agrégation d’hébreu. Cette lecture a provoqué en moi un vrai choc littéraire. En 2004, la renaissance éditoriale a eu lieu grâce à Olivier Cohen et les éditions de L’Olivier qu’il dirige, où Appelfeld est désormais publié. Ce regain d’intérêt doit beaucoup aussi au dialogue que Philip Roth a établi avec lui dans Parlons travail (Gallimard, 2004). L’œuvre d’Appelfeld était à ce moment susceptible de toucher un public plus large, cherchant à entendre sur cette période une voix plus pudique, évitant le lyrisme ou le pathos et proposant de l’événement – la Shoah – une vision plus métaphysique qu’historique. Proust et Camus ont été en outre des auteurs qui ont compté pour lui.

La situation est-elle différente en Israël ?
En Israël, Aharon Appelfeld est certes considéré comme un grand écrivain, mais seulement auprès d’un cercle de fidèles appartenant plus ou moins à sa génération, et chez les anciens du kibboutz. On lui reproche de ne jamais parler de la réalité israélienne actuelle, en particulier politique. En revanche, en France, où la Shoah demeure un sujet, ses lecteurs juifs comme non juifs ont été vivement touchés par sa puissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Celui qui récusait l’étiquette d’« écrivain de la Shoah » s’est éteint dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 janvier, à l’âge de 85 ans.
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Mort d’Aharon Appelfeld, « écrivain juif » de l’exil

Celui qui récusait l’étiquette d’« écrivain de la Shoah » s’est éteint dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 janvier, à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 10h03
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

L’écrivain israélien Aharon Appelfeld est mort d’un arrêt du cœur à Petah Tikva, en Israël, dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 janvier, à l’âge de 85 ans. Avec cet homme modeste en dépit de sa renommée mondiale – lauréat du prix d’Israël en 1983 et du Médicis étranger en 2004, on lui doit plus d’une quarantaine de livres traduits en 35 langues – disparaît, après Primo Levi ou Elie Wiesel, l’un des derniers survivants à avoir fait passer dans l’écriture l’expérience restée pour beaucoup incommunicable du génocide. Lui-même n’en récusait pas moins l’étiquette d’« écrivain de la Shoah » parce qu’elle était loin d’épuiser, pensait-il, les sources poétiques, religieuses et surtout musicales qui ont alimenté son œuvre.
Il opposait la « mémoire » et l’« acte de se souvenir », la réminiscence dynamique, vivante, palpable, à laquelle il adhérait
Ce qui lui importait était d’arracher la littérature à la gangue de la sociologie, de l’histoire et de la politique où se perdent les destins et les tragédies des individus. Ecrire contre l’histoire se confondait avec un acte de rébellion contre l’effacement provoqué par l’oppression et l’extermination. Sa méfiance vis-à-vis des pensées toutes faites, de la politique et des « paroles gelées » s’exprimait aussi par sa réticence à s’exprimer sur le conflit israélo-palestinien ou sur la politique en général, contrairement à bon nombre de ses collègues. Il était lui-même, et par son milieu, pourtant libéral et comptait même quelques oncles communistes évoqués dans L’Amour, soudain (L’Olivier, 2004).
Il n’entendait pas non plus renforcer la mémoire officielle de la Shoah. Dans un dialogue avec le journaliste israélien Dan Margalit, que l’on peut trouver sur le site du quotidien Haaretz, il opposait, il y a deux ans, la « mémoire » (zikaron) – objet pour les spécialistes des sciences sociales ou pour les commémorations – et l’« acte de se souvenir » (hizakrout), la réminiscence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ « Roman, rotor, stator », le Centre Pompidou consacre une riche exposition au Prix Goncourt 1999.
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Avec Jean Echenoz dans son labyrinthe

« Roman, rotor, stator », le Centre Pompidou consacre une riche exposition au Prix Goncourt 1999.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 10h45
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Jean Echenoz Imperator. C’est presque une impression de triomphe romain que le vi­siteur éprouve aux abords de l’exposition donnée à la Bibliothèque publique d’information (BPI), avec son mystérieux titre, « Roman, rotor, stator », et sa promotion à travers le Centre Pompidou, qui abrite la BPI. On ­retrouve le portrait, signé Roland Allard, affiche de la manifestation, placardé un peu partout à travers le Centre, ainsi qu’en fond d’écran des ordinateurs de la bibliothèque. En faisant le trajet jusqu’à l’exposition avec Jean Echenoz pour aller la visiter en sa compagnie, on voit celui-ci gagné par l’effarement, à mesure qu’il réalise sa propre omniprésence. « C’est si étrange, murmure-t-il, bizarrement narcissique. En principe, on fait ça avec les écrivains morts. »
Mais il se trouve que, en plus d’être, à 69 ans, un écrivain majeur, l’auteur de Cherokee (Minuit, comme tous ses livres, prix ­Femina 1983) et de Je m’en vais ­(Goncourt 1999), objet d’une quarantaine de thèses, Jean Echenoz est aussi le premier à avoir confié de son vivant ses archives à la ­Bibliothèque Jacques-Doucet, partenaire de l’exposition. Lui décrit ce legs comme une espèce d’opération logistique : « En 2011, je m’apprêtais à quitter un appartement comprenant une pièce dans laquelle je mettais tous les vieux papiers – manuscrits, documentation – que je n’arrivais pas à jeter… Je partais pour un endroit où il y aurait moins de place. C’est à ce moment-là que la bibliothèque ­Jacques-Doucet m’a proposé de prendre mes archives. En quelque sorte, ça tombait bien. » Les tapuscrits amendés, cahiers de notes, photos et autres éléments de documentation qui se trouvaient dans ces quarante cartons nourrissent cette exposition, mê­me si elle ne s’y cantonne pas – la richesse du matériau et des ­approches proposées rappelle qu’Emmanuèle Payen, l’une des commissaires (avec Isabelle Bastian-Dupleix, Gérard Berthomieu et Isabelle Diu), a codirigé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’ouvrage d’Ariane Dollfus retrace la vie et la carrière du chorégraphe.
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Livre : Béjart, la révolution du ballet

L’ouvrage d’Ariane Dollfus retrace la vie et la carrière du chorégraphe.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h24
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 10h08
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Maurice Béjart (1927-2007) rayonne toujours. Populaire ? Celui qui réalisa son rêve d’une danse grand public rassemblant les foules dans des palais des sports a réussi son affaire. Il est devenu le porte-étendard d’une certaine idée du spectacle de danse métissé avant l’heure, théâtral et philosophique, ouvert sur les cultures et les musiques du monde. Dans la biographie intitulée Béjart. Le démiurge, Ariane Dollfus trace, avec une foule de détails glanés auprès de dizaines de danseurs et collaborateurs, les grandes étapes et motifs esthétiques de la carrière du chorégraphe dont la vie et l’œuvre se sont entremêlées.
Celui qui fila un sérieux coup de pied dans les codes classiques, en mettant les hommes en jean et en imposant des femmes athlétiques, est né en 1927, à Marseille. Du sang noir coule dans ses veines : celui de son arrière-grand-mère paternelle, Fatou Diagne, sénégalaise. Son père est le philosophe Gaston Berger, ce qui explique sans doute l’esprit d’ouverture et de curiosité de Béjart qui, tout jeune, lit Shakespeare, mais aussi les pièces de Sacha Guitry. Dès l’âge de 8 ans, celui qui allait convertir, quelques années plus tard, des textes signés Nietzsche ou Faust à la cause de la danse met en scène de petits spectacles de marionnettes avant de faire répéter sa première troupe, composée de sa sœur et de deux cousins.
Phénomène mondial
Ses débuts d’interprète ont lieu en 1945 dans le ballet de l’Opéra de Marseille, avant qu’il poursuive ses apprentissages à Paris. Béjart n’a pas le physique de l’emploi, mais il saute bien et bosse beaucoup. Il s’essaie vite à la chorégraphie et explose en 1955 avec Symphonie pour un homme seul, qu’il considère comme une « naissance chorégraphique », sur la musique de Pierre Henry et Pierre Schaeffer. La suite file. A Bruxelles, à partir de 1959, Béjart fait grimper la danse en haut de l’affiche avec sa version, qui fit scandale à l’époque, du Sacre du printemps,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « La Matinale du Monde » publie chaque vendredi un strip signé Winshluss.
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Le dernier homme sur Terre (s’appelle Patrick), par Winshluss (épisode 46)

« La Matinale du Monde » publie chaque vendredi un strip signé Winshluss.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 07h08
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », note que depuis le tsunami Weinstein le regard sur la culture a changé, se déplaçant de la création vers son créateur.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/01/2018
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« Vivre dans un monde plus multiculturel devrait ouvrir les esprits, et c’est le contraire qui se produit »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », note que depuis le tsunami Weinstein le regard sur la culture a changé, se déplaçant de la création vers son créateur.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 07h06
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            
Chronique. Pour 2018, demandons l’impossible. Que les artistes dérangent et que le public réagisse, mais que les deux camps débattent. Vœux illusoires, tant les vents sont contraires. Ce qui tourne à plein régime, ce n’est plus la création, ce sont les diktats.
En décembre 2017, une pétition demandait que le Metropolitan Museum of Art de New York retire de ses murs un tableau de Balthus, Thérèse rêvant (1938), où l’on voit une gamine montrant sa culotte – le musée a tenu bon. Le même mois, plusieurs affiches de nus du peintre Egon Schiele apparaissaient à Londres et en Allemagne pour annoncer une exposition à Vienne en 2018 ; mais avec le sexe masqué d’un carré blanc où on pouvait lire : « Désolé, cent ans mais toujours aussi scandaleux aujourd’hui. »
Cent ans ? Oui et non. Des dizaines d’œuvres, anciennes comme contemporaines, ont fait depuis des lustres l’objet de scandales et de censures. Mais les nus de Balthus et de Schiele résonnent avec deux éléments nouveaux.
Le premier est large : vivre dans un monde toujours plus multiculturel devrait ouvrir les esprits, et c’est le contraire qui se produit – chaque communauté agressée par une œuvre appelle au boycottage ou à la censure. Et puis il y a le tsunami Harvey Weinstein. Depuis que le scandale a éclaté, le regard sur la culture a changé, il s’est déplacé de la création à son créateur, amplifié par les réseaux sociaux : toute œuvre, outre qu’elle est disqualifiée si son auteur n’est pas irréprochable, a perdu de son aura pour devenir un produit de consommation comme un autre.
« Tentation hygiéniste »
La conséquence la plus commentée est celle de l’« effacement » de créateurs-harceleurs, au nom de la morale dit-on, du commerce surtout, ce que notre confrère Jacques Mandelbaum, dans Le Monde du 27 décembre 2017, qualifie de « tentation hygiéniste ».
Effacé, l’acteur Kevin Spacey de films et de séries. Effacé le metteur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le livre de Michael Wolff, « Fire and Fury : Inside the Trump White House », dont la publication a été avancée au vendredi 5 janvier, est une compilation hétéroclite d’anecdotes pas toujours anodines.
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Pleurs, trahisons et brosse à dents… ce que nous apprend le livre sur Trump et ses proches

Le livre de Michael Wolff, « Fire and Fury : Inside the Trump White House », dont la publication a été avancée au vendredi 5 janvier, est une compilation hétéroclite d’anecdotes pas toujours anodines.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 09h37
    |

            Charlotte Chabas








                        



   


Qu’y a-t-il de si explosif dans le livre de Michael Wolff pour que, quelques heures après la publication de ses bonnes feuilles dans le New York Magazine, l’ouvrage, dont la publication a été avancée au vendredi 5 janvier, ait déjà été en tête des précommandes chez tous les vendeurs américains ?
Compilation hétéroclite d’anecdotes récoltées au cours de près de deux cents conversations avec l’entourage du 45e président américain, Fire and Fury : Inside the Trump White House (éditions Henry Holt) brosse le portrait d’une Maison Blanche qui bruisse de rivalités, d’obsessions, de fantasmes et d’angoisses.
Tour d’horizon de dix choses – parfois anodines, mais pas toujours – apprises à la lecture de ces premiers extraits.

        Lire aussi :
         

                La rupture est consommée entre Trump et Bannon



Bannon considère Trump Jr comme un « traître »
L’ancien conseiller spécial du président vs le fils du président. C’est assurément le duel fratricide qui agite le plus les médias américains au lendemain de la publication des extraits. Dans le livre, Steve Bannon, le sulfureux rédacteur en chef du site ultraconservateur Breitbart News, affirme que Donald Trump Jr s’est rendu coupable de « trahison » en organisant, le 9 juin 2016, à la Trump Tower de New York, une réunion avec trois ressortissants russes, le gendre du président Jared Kushner, et le directeur de campagne du candidat républicain, Paul Manafort.
M. Bannon, considéré comme l’éminence grise de la campagne de Donald Trump, y dit :
« Ces trois mecs responsables de campagne ont pensé que c’était une bonne idée de rencontrer un gouvernement étranger au sein même de la Trump Tower, dans la salle de réunion du 25e étage – sans la présence d’avocats. Ils n’avaient pas d’avocats. Même si vous pensez que ça ne constitue pas une trahison, quelque chose d’antipatriotique, ou une idée franchement de m***, et moi je pense que c’était tout ça d’un coup, vous auriez dû immédiatement appeler le FBI. »
Et l’ancien de Goldman Sachs, devenu pourfendeur des élites, d’enfoncer le clou en disant :
« La chance que Don Jr n’ait pas fait monter ces demeurés jusqu’au bureau de son père est égale à zéro. »
Pour Steve Bannon, aucun doute, le procureur spécial chargé d’éclairer les relations troubles entre la campagne de Donald Trump et le Kremlin va « faire craquer Don Jr comme un œuf en plein direct télévisé ». 

        Lire aussi :
         

                Tout comprendre de l’affaire Trump-Russie, après les accusations de Bannon



Quelques heures après la publication de cet extrait, les avocats de M. Trump ont fait part de leur intention de porter plainte contre M. Bannon, l’accusant d’avoir enfreint l’accord de confidentialité qui le liait à la Maison Blanche et d’avoir diffamé le président.

   


Trump était persuadé de perdre
Donald Trump avait prévu son retour à la vie civile après ce qu’il prévoyait être sa défaite à l’élection présidentielle.
« Une fois qu’il aurait perdu, Trump serait devenu à la fois extrêmement célèbre et l’éternel martyr de cette véreuse Hillary. Sa fille Ivanka et son gendre Jared seraient des célébrités internationales. Steve Bannon serait devenu de facto le dirigeant du Tea party. Kellyanne Conway serait une star de la télévision. Melania Trump, à qui on avait assuré que son mari ne deviendrait jamais président, pourrait retourner à ses discrets déjeuners. Perdre rendrait tout le monde heureux. Perdre, c’était gagner. »
Même l’ancien conseiller à la sécurité Michael Flynn n’avait rien trouvé à redire à la décision de Trump d’accepter 45 000 dollars (37 000 euros) pour intervenir dans une conférence en Russie. « Ce ne serait un problème que s’il gagnait », avait-il alors commenté.

   


Trump a refusé d’investir son argent dans sa campagne
Preuve peut-être de cette incrédulité dans une possible victoire de sa candidature, Donald Trump « a refusé d’investir son argent personnel dans la campagne », note Michael Wolff. Selon lui, Bannon a essayé d’inciter la famille Trump à injecter « une somme de 50 millions de dollars dans la campagne », écrit le journaliste, mais il a reçu une fin de non-recevoir de la part du gendre du président : « Hors de question qu’on investisse 50 millions si on n’est pas sûrs qu’il gagne derrière. »
Finalement, M. Trump, qui se revendique milliardaire, aura consenti à faire un prêt pour sa campagne de 10 millions de dollars (8,3 millions d’euros), sous la condition qu’il puisse récupérer son argent dès qu’assez de financements auraient été récoltés.
Fantôme et pleurs le soir de l’élection
La soirée du 8 novembre 2016 est entrée dans l’histoire des Etats-Unis, mythifiée à longueur d’interviews par les proches de Donald Trump depuis plus d’un an. Mais, comme souvent dans les événements qui font date, les petites anecdotes sont les plus éloquentes.
Ce que retient l’auteur de Fire and Fury de la nuit où Donald Trump a été élu, ce sont d’abord les propos du fils du président élu décrivant, auprès d’un proche, le visage de son père comme celui de « quelqu’un qui a vu un fantôme ». Puis les larmes de Melania, la femme de Donald Trump, qui n’étaient « pas des pleurs de joie ». Et un candidat « qui est passé de confus a horrifié en l’espace d’une grosse heure ».
« Et puis vint finalement la dernière transformation : soudain, Donald Trump est devenu un homme qui a cru qu’il le méritait, et qu’il était complètement capable d’être le président des Etats-Unis. »
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            data-slide-description="Au Javist Center de New York mardi soir, 8 novembre, les partisans d’Hillary Clinton ont attendu par milliers debout dans le calme, pour une élection dont ils croyaient connaître le vainqueur."
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            data-slide-description="Une supportrice de la candidate démocrate, à l’annonce des premiers résultats, à New York."
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            data-slide-description="Alors que les résultats tombent, dont beaucoup en faveur de Donald Trump, la tension monte dans le camp démocrate. Ici à New York."
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            data-slide-description="Un étudiant démocrate, lors de l’annonce des résultats du New Hampshire."
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            data-slide-description="Les écrans géants installés dans le QG d’Hillary Clinton montrent en temps réel la progression de son adversaire républicain, plongeant l’assemblée dans l’angoisse."
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            data-slide-description="Dans un hôtel de New York, des partisans de Donald Trump réagissent lorsqu’ils voient à la télévision le responsable de la campagne démocrate."
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            data-slide-description="Il est 22 heures passées à New York, il ne reste qu’une faible chance à la candidate démocrate de remporter l’élection."
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            data-slide-description="Des supporters de Donald Trump, à Times Square, dans Manhattan."
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            data-slide-description="Avec un décompte de délégués de plus en plus favorable au magnat de l’immobilier, la sidération laisse la place aux interrogations dans le camp démocrate, au Javist Center de New York."
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            data-slide-description="A Times Square, dans New York, un supporter de Trump exulte : « La majorité silencieuse est avec Trump ! » peut-on lire sur sa pancarte."
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            data-slide-description="Des partisans démocrates d’Hillary Clinton scrutent les résultats, au Hyatt Regency de Dallas, au Texas."
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            data-slide-description="Le camp Trump, réuni à New York, explose à l’annonce de sa victoire."
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            data-slide-description="Les nombreux supporters d’Hillary Clinton mettront souvent plusieurs heures à se résigner à la défaite de leur candidate."
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            data-slide-description="Un gâteau en forme de buste de Donald Trump est livré à l’hôtel où aura lieu le rassemblement républicain à New York."
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            data-slide-description="L’effondrement du camp démocrate au Javist Center de New York."
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Au Javist Center de New York mardi soir, 8 novembre, les partisans d’Hillary Clinton ont attendu par milliers debout dans le calme, pour une élection dont ils croyaient connaître le vainqueur.

DARCY PADILLA / AGENCE VU POUR "LE MONDE"
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Une cérémonie d’investiture « pas du tout appréciée »
Il s’était battu pour en faire un succès populaire, affirmant que les photographies montrant une foule moins importante que lors des investitures de Barack Obama étaient des montages erronés. Pourtant, Donald Trump « n’a pas du tout apprécié sa propre investiture », selon Michael Wolff, qui précise :
« Il était en colère que des stars de premier plan aient snobé l’événement, il était mécontent de son hébergement à la Blair House, il s’était disputé de manière ostentatoire avec sa femme qui était au bord des larmes. Toute la journée, il affichait sur le visage cette expression que son entourage appelle sa “tête de golfeur” : énervé et furax, les épaules voûtées, les bras ballants, les sourcils froncés et les lèvres pincées. »

   



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                Lors de son investiture, Donald Trump promet « l’Amérique d’abord »



Pas touche à la brosse à dents
Selon Michael Wolff, Donald Trump a trouvé, à son arrivée à la Maison Blanche, que c’était « un lieu compliqué et un peu inquiétant ».
« Il s’est retiré dans sa chambre – pour la première fois depuis les Kennedy, le couple présidentiel fait chambre à part. Lors des premiers jours, il a commandé deux écrans de télévision supplémentaires à celui déjà existant dans la chambre, et un verrou sur la porte, obligeant à une brève altercation avec les services secrets, ces derniers insistant pour avoir accès en permanence à la chambre. »
Selon Michael Wolff, Donald Trump a réprimandé le personnel chargé de faire le ménage pour avoir ramassé une chemise qui était par terre. « Si ma chemise est par terre, c’est parce que je la veux par terre », a justifié le président.
Enfin, le président a spécifié que « personne ne devrait rien toucher, et surtout pas sa brosse à dent ». Une demande justifiée par le journaliste par « sa peur de longue date d’être empoisonné – qui explique aussi pourquoi il a toujours aimé manger à McDonald’s, où personne ne sait qui va venir et où la nourriture est préparée en amont et en toute sécurité ».
D’ailleurs, la description des soirées présidentielles au début du mandat suit cette logique :
« Si, à 18 h 30, il n’avait pas dîné avec Steve Bannon, alors il était très probablement au lit avec un cheeseburger, regardant ses trois écrans et passant des coups de fil. »
Pour l’anecdote, après son élection, Bill Clinton avait appelé la Maison Blanche « le fleuron du système pénitentiaire », et Harry Truman la considérait comme « la grande prison blanche ».
Jusqu’au quatrième amendement, pas plus
Quand il a pris ses fonctions à la Maison Blanche, Donald Trump a reçu l’aide d’un assistant, Sam Nunberg, chargé de lui délivrer quelques éléments didactiques sur la Constitution américaine. Mais Nunberg n’a « pas pu dépasser le quatrième amendement » parce que son interlocuteur a montré son ennui en « baissant son index jusqu’à sa bouche et en levant les yeux au ciel ». 
Une coupe de cheveu – enfin – expliquée

   


Plus de suspense : il n’y a pas de perruque derrière le mystère capillaire Trump. D’après Michael Wolff, la coiffure paternelle est une des conversations récurrentes d’Ivanka Trump auprès de ses interlocuteurs :
« Elle décrit très souvent la mécanique derrière la coiffure à ses amis : un dessus du crâne parfaitement lisse – un îlot maîtrisé grâce à une chirurgie esthétique pour réduire le cuir chevelu – entouré par un cercle de cheveux broussailleux qui part des côtés pour arriver sur le devant de la tête, qui sont tous tirés vers le haut pour se rencontrer au sommet, puis balayés en arrière avant d’être consolidés par un spray raidisseur. »
Pour « ajouter à l’effet comique », note le livre, Ivanka Trump délivre également le secret de la couleur de cheveux si particulière, qui a valu tant de moqueries à Donald Trump.
« La couleur vient d’un produit qui s’appelle Just for Men (juste pour les hommes), et qui fonce à mesure qu’on le laisse agir. L’impatience de Trump est donc la cause de cette couleur orange-blonde ».
Des priorités, quelles priorités ?
La question devait paraître simple pour Katie Walsh, chef de cabinet adjointe. Six semaines après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la conseillère a demandé au gendre et haut conseiller du président, Jared Kushner : « Quelles sont les trois priorités de la Maison Blanche, donne-moi juste trois choses sur lesquelles le président veut se concentrer. » Réponse de l’intéressé : « Oui, on devrait probablement avoir cette conversation. »

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                Donald Trump : 100 jours de volte-face permanente



Ivanka, première femme présidente des Etats-Unis
Les ambitions politiques de la fille de Donald Trump, Ivanka Trump, étaient déjà connues. Elle et son mari, Jared Kushner, ont un rôle de premier plan dans l’administration Trump, à tel point que les médias américains font souvent référence à Ivanka Trump comme la « vraie première dame » de la Maison Blanche.
Dans Fire and Fury : Inside the Trump White House, Michael Wolff va plus loin, en affirmant l’existence d’un « pacte » entre Ivanka Trump et son mari.
« Entre eux, les deux se sont accordés : si à l’avenir l’opportunité se présentait, c’est elle qui se présenterait à l’élection présidentielle. La première femme présidente, a plaisanté Ivanka Trump, ce ne serait pas Hillary Clinton, ce serait Ivanka Trump. Steve Bannon, qui a créé le terme de “Jarvanka” pour désigner le couple qui a gagné en pouvoir à la Maison Blanche, était horrifié quand il a été informé de cet accord conjugal. »

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Graham Allison, ce politologue qui éclaire notre monde grâce à la Grèce antique

Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?



Le Monde
 |    04.01.2018 à 15h15
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 08h51
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Le premier à avoir évoqué cette éventualité tragique est le milliardaire new-yorkais Stephen Schwarzman, inquiet des tensions grandissantes entre la Chine et les Etats-Unis : telles Athènes et Sparte pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), les deux puissances risquent de courir à un conflit destructeur sans vraiment l’avoir voulu. Elles sont prêtes à tomber dans le « piège de Thucydide ».
« Piège de Thucydide », l’expression intrigue… Elle a été forgée par Graham Allison. Ce professeur émérite à Harvard, âgé de 77 ans, a publié un essai sur les guerres qui éclatent lorsqu’une puissance ascendante conteste l’hégémonie d’une puissance jusque-là dominante, Destined for War. Can America and China escape Thucydide’s Trap ? (« Vouées à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? », Houghton Mifflin Harcourt, 2017, non traduit). « Ce qui rendit la guerre inévitable fut la montée en puissance du pouvoir d’Athènes et la peur qu’elle inspira à Sparte », écrivit en son temps l’historien grec Thucydide. L’hubris d’Athènes suscita la paranoïa de Sparte.
Depuis la ­Renaissance, ce phénomène s’est répété, ­selon Graham Allison, à seize reprises, et a conduit douze fois à la guerre. Or, la Chine et les Etats-Unis sont pris dans cette mécanique infernale, même si, estime-t-il, « la guerre n’est pas inévitable ». Son livre, qui s’est vendu à 50 000 exemplaires aux Etats-Unis, va paraître au Royaume-Uni, au Japon, mais aussi en Chine, où, prudemment, Allison a attendu que passe le congrès du Parti communiste, en octobre 2017, pour éviter la censure.
Messianique
Si les spécialistes de géopolitique se sont entichés de Thucydide, c’est notamment qu’il flatte l’ego des anciens hellénistes. Graham ­Allison est l’un d’eux. « Notre professeur de grec ancien nous avait dit que, si nous travaillions assidûment, en fin de première année, nous pourrions traduire l’Anabase...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Romans, nouvelles… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 5 janvier 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire d’hiver en bref

Romans, nouvelles… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 5 janvier 2018.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 10h34
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Eric Loret, 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du "Monde des livres") et 
Raphaëlle Leyris








                        


                                                        Roman. D’où tu viens, mon fils
Traité de savoir-vivre à l’usage des embryons, d’Anne Akrich, Julliard, 234 p., 18 €.
Anne Akrich se méfie de la psychanalyse mais ne doute guère que son futur fils finira sur un divan. Alors autant faire gagner du temps à tout le monde « en prémâchant le travail colossal qu’aura ton analyste », explique-t-elle à l’enfant en gestation : « Tu pourras aller le voir avec ce livre et lui dire “Voilà d’où je viens, voilà quel est mon héritage psychiatrique.” » Plus qu’un « Traité de savoir-vivre à l’usage des embryons », le troisième texte, très drôle, d’Anne Akrich, 31 ans, est donc un « petit manuel des névroses à venir », dans lequel elle s’adresse au garçon qui grandit en elle pour lui raconter les prémices de sa naissance. La rencontre entre son père, éditeur au mitan de la cinquantaine, et sa mère, auteure pas encore trentenaire, les tentatives de rebuffade du premier et la manière dont la seconde s’est « incrustée », la crainte du ridicule de l’un et le goût pour le « saugrenu » de l’autre, leur différence d’âge, de milieu… Très remarquée avec Il faut se méfier des hommes nus (Julliard, 2017), Anne Akrich déploie un talent d’observation et un sens de la dérision qui font la séduction de ce portrait de couple. Son humour pétri de tendresse autant que de lucidité le tient à distance de l’impudeur. R. L.
Roman. Un héros pathétique
La Guitare bleue (The Blue Guitar), de John Banville, traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch, Robert Laffont, « Pavillons », 324 p., 21 €.
Oliver Orme, le narrateur de La ­Guitare bleue, n’a rien pour plaire. La cinquantaine égocentrique et disgracieuse, ce peintre a trompé sa femme avec celle d’un ami avant de s’en lasser. Puis est revenu dans sa maison natale trouver l’inspiration, en vain. C’est un loseur mais pas de la catégorie des cyniques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Il avait fondé, à 61 ans, la maison d’édition qui porte son nom. Il s’est éteint mardi 2 janvier à Paris.
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Mort de Bernard de Fallois, éditeur de Pagnol

Il avait fondé, à 61 ans, la maison d’édition qui porte son nom. Il s’est éteint mardi 2 janvier à Paris.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 10h00
    |

            Alain Beuve-Méry








                        



                                


                            

Bernard de Fallois qui s’est éteint, mardi 2 janvier, à Paris avait trois passions, qui se sont révélées complémentaires au fil de sa longue vie : l’édition, le cirque et la politique. Ce n’est pourtant qu’en 1987, à l’âge de 61 ans, au moment ou d’aucuns songent à la retraite, qu’il crée la maison qui porte son nom.
Son grand homme a été Valéry Giscard d’Estaing, qu’il a édité en 2009 pour « La Princesse et le Président »
Il la lance en publiant Le Choix de Dieu, un livre d’entretien avec le cardinal Jean-Marie Lustiger puis, en 1988, La Sans Pareille, de Françoise Chandernagor, le premier volume d’une fresque romanesque à clés, où sont mises en scène les luttes de pouvoir sous la Ve République. « Après César, César Birotteau », s’exclame ainsi un des personnages de ce roman pour commenter l’avènement de Georges Pompidou, après le départ du général de Gaulle. Bernard de Fallois raffolait de ce genre de citation littéraire, lui l’ancien agrégé de lettres.
Issu d’une famille de militaires, il se situait clairement à droite sur l’échiquier politique, mais se retrouvait plus dans une sensibilité libérale et orléaniste. Son grand homme a été Valéry Giscard d’Estaing, qu’il a connu dans les années 1960 et qu’il a soutenu lors de la campagne victorieuse de 1974, avant de l’éditer en 2009 pour La Princesse et le Président. C’est un autre éditeur, de trente ans son cadet, Jean-Marc Roberts, disparu en 2013, qui a le mieux dépeint Bernard de Fallois : sa personnalité et son caractère ont inspiré le personnage principal de son roman Affaires étrangères qui a ensuite été adapté au cinéma (Une étrange affaire). Débordant d’énergie, autoritaire, brillant, intelligent, séducteur et très intrusif dans la vie de ses collaborateurs.
Homme de pouvoir au cœur des intrigues du Tout-Paris
De fait, avant de révolutionner le Livre de poche avec son complice Guy Schoeller, Bernard de Fallois a d’abord...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Mort de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur subjectif et déraisonnable

L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 09h42
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 10h09
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Il y a un peu plus d’un mois sortait en salle son deuxième film, Editeur, dans lequel Paul Otchakovsky-Laurens racontait que publier les livres écrits par d’autres lui avait « sauvé la vie ». Victime à 13 ans d’un abus sur lequel il avait dû garder le silence, il avait réussi à s’exprimer par la voix d’écrivains : « C’est la solution que j’ai trouvée pour ne pas devenir fou, pour rester à peu près maître de ce que je faisais », nous confiait fin novembre le patron des éditions qui portent ses initiales, P.O.L., s’estimant immensément « redevable », pour cette raison, à l’égard de ses auteurs (« Le Monde des livres » du 1er décembre). Lesquels, en retour, lui vouaient admiration et reconnaissance, ainsi qu’une amitié donnant un sens très familial à l’expression « maison d’édition ».

Ce formidable passeur, voué, disait-il, à « une littérature qui dit la vérité, par le biais d’une langue et d’une forme », qui fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, et tant d’autres, qui ouvrait les manuscrits, assis sur le sol en jonc de mer de son bureau avec une gourmandise intacte, après quarante-sept ans de métier, est mort le mardi 2 janvier, d’un accident de voiture à Marie-Galante (Petites Antilles). Il y passait des vacances avec sa compagne, l’écrivaine et peintre Emmelene Landon, qui a été blessée. Il avait 73 ans.
Il est né en 1944 à Valréas (Vaucluse) ; son père, le peintre Zelman Otchakovsky, juif de Bessarabie, meurt alors que Paul est nourrisson ; sa mère le confie bientôt à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), qui adopte l’enfant, lequel ajoutera son nom, Laurens, à son état civil. Après une enfance sur laquelle ce grand pudique lèvera un coin de voile dans son premier film, Sablé-sur-Sarthe, Sarthe (2009), il rêve d’études de cinéma, mais sa mère l’en dissuade, au prétexte qu’il prend des « photos minables »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’écrivain, mort à 85 ans, était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne. Il avait reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Décès de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, survivant de la Shoah

L’écrivain, mort à 85 ans, était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne. Il avait reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 09h14
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 09h55
   





                        


Il était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne qui avait survécu à la Shoah en Ukraine. L’écrivain israélien Aharon Appelfeld est mort dans la nuit de mercredi à jeudi 4 janvier à l’âge de 85 ans, ont annoncé jeudi ses proches. Son œuvre, consacrée en grande partie à la vie des juifs en Europe avant et pendant la Shoah, a été traduite en plusieurs langues.
Né en 1932 dans un village près de Czernowitz, ville roumaine aujourd’hui en Ukraine, dans une famille juive, sa mère est assassinée par les nazis et lui est déporté avec son père dans un camp. Il s’en évade seul en 1942 et survit ensuite dans les forêts, « adopté par un gang de criminels ukrainiens ».

        Lire aussi :
         

                Aharon Appelfeld : « Sans musique, je ne peux pas écrire »



Recueilli ensuite par les Soviétiques, il devient « garçon de cuisine » pendant neuf mois pour l’Armée rouge, qu’il quitte en 1945. Il immigre un an plus tard en Palestine mandataire. « Personne ne voulait des orphelins en Europe. Le seul endroit où l’on pouvait aller était la Palestine », racontait l’écrivain dans un entretien à l’Agence France-Presse en 2010. Aharon Appelfeld retrouve son père, lui aussi survivant de la barbarie nazie, en 1957 en Israël.
« Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort »
Son premier livre paraît en 1962 et sera suivi par plus de quarante ouvrages, romans et recueils de poèmes. Il raconte dans son autobiographie Histoire d’une vie (1999) comment il a survécu à la Shoah. Récipiendaire de nombreux prix à travers le monde, l’écrivain avait notamment reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004 pour son autobiographie.
Aharon Appelfeld refusait d’être classifié comme un écrivain de la Shoah même s’il avait donné une voix à ceux qui n’avaient pas survécu. « Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort. L’écriture suppose que vous soyez vivant », avait-il confié.

        Lire aussi :
         

                Aharon Appelfeld, la foi en l’homme



Professeur de lettres à l’université Ben-Gourion de Beersheva, dans le sud d’Israël, de 1979 jusqu’à sa retraite, il avait publié son dernier roman il y a quelques mois. Ami de l’écrivain américain Philip Roth, ce dernier en avait fait un personnage de son roman Opération Shylock. La ministre de la culture israélienne, Miri Regev, a déploré la disparition du romancier « qui nous a laissé des histoires de vie entière qui resteront dans notre souvenir collectif et personnel ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Paul Otchakovsky-Laurens avait 73 ans. Il était l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…
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L’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort

Paul Otchakovsky-Laurens avait 73 ans. Il était l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 10h00
   





                        



   


L’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort mardi 2 janvier, dans un accident de voiture à Marie-Galante (Petites Antilles). Il y passait des vacances avec sa compagne, l’écrivaine et peintre Emmelene Landon, qui a été blessée dans l’accident. Il avait 73 ans.
Né en 1944 à Valréas (Vaucluse), Paul Otchakovsky-Laurens était l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…
Son père peintre, Zelman Otchakovsky, juif de Bessarabie, meurt alors que Paul est nourrisson. Sa mère le confie à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe. Elle l’adopte, et c’est la raison pour laquelle Paul Otchakovsky ajoutera son nom, Laurens, à son état civil.
Entré comme stagiaire chez l’éditeur Christian Bourgois en février 1969, il devient, en 1970, lecteur chez Flammarion. Le premier auteur qu’il publie est Marc Cholodenko. Deux ans plus tard, il crée la collection « Textes », avec Pierre Dumayet.
En 1977, il quitte Flammarion pour Hachette, et crée la collection « P.O.L. ». C’est là qu’il va publier plusieurs textes de Georges Perec.
Mais l’actionnaire d’Hachette, Matra, aspire à plus de rentabilité et de best-sellers. La mort de Georges Perec, en 1982, le pousse à créer sa propre maison.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.
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Qui a la parole ? Crise mondiale de la viande

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Chair, les hommes et les dieux. La viande en Inde, de Michaël Bruckert, CNRS Editions, 406 p., 27 € (en librairie le 11 janvier).

Chacun a pu constater, après cette période de fêtes, qu’il fallait se battre à chaque repas, plat après plat, pour décider de reprendre du foie gras, de farcir un chapon ou de faire mariner un quartier de sanglier. C’est que nous sommes entrés dans une crise mondiale de la viande pour des raisons à la fois morales, écologiques, religieuses et, pour tout dire, politiques. Tâchez de pousser à bout une mangeuse de viande ou un végan, vous gâcherez plus d’un réveillon ! Chacun s’aperçoit qu’il lui faut désormais justifier par toute une métaphysique ce qui lui paraissait jusqu’ici aller de soi.
C’est tout l’intérêt de cette enquête passionnante d’un jeune géographe, Michaël Bruckert, sur le « paysage carné » (meatspace) de l’Inde d’aujourd’hui et, plus précisément, de la ville de Chennai (l’ancienne Madras). Par une analyse méticuleuse qui va de l’emplacement des abattoirs à l’idéologie du BJP (le parti de la droite nationaliste hindoue, aujourd’hui au pouvoir), en passant par la philosophie des brahmanes, la texture des plats, les modes d’élevage des poulets et les enseignes des gargotes, nous apprenons comment devenir réflexif sur nos propres pratiques.
Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande
« Si toutes les sociétés sont confrontées à l’immuable problème posé par la mise à mort des animaux pour en obtenir de la viande, aucune ne semble avoir jeté l’anathème sur la chair animale autant que l’Inde l’a fait. » Comme la qualité « biomorale » des humains dépend de ce qu’ils mangent, chaque caste répartit avec un soin extrême ce qu’il est permis d’ingérer dans l’intimité de la maison ou au-dehors, dans la vie publique. Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande. La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Claro suit de près ­Hélène Ling dans sa triangulation des origines.
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Le feuilleton. Savoir s’éloigner

Claro suit de près ­Hélène Ling dans sa triangulation des origines.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ombre chinoise, d’Hélène Ling, Rivages, 332 p., 20 €.

Il faut parfois se réinventer. On parle bien sûr ici de se réinventer dans l’écriture, même si les bouleversements à l’œuvre sur la page ont sans doute leur origine dans le corps de celui ou celle qui écrit, un corps de plus en plus engagé dans la matière langue. Certes, le roman autorise toutes sortes de pirouettes, il sait jouer avec les faux-semblants, revisiter l’intime, brouiller les frontières. Mais ce n’est pas pour autant qu’il laisse la corne du taureau entrer dans le cadre et transforme l’expérience littéraire en tauromachie, pour reprendre l’image développée par Michel Leiris (1901-1990). On oublie trop souvent que les livres sont, pour ceux et celles qui les écrivent, davantage que des objets finis ou les pierres possibles d’un futur édifice. Car après chaque livre, sans pour autant s’en faire l’exégète, on prend la mesure de ce qu’on n’a pas su faire, pas voulu faire, pas osé faire. On voit les trous, les failles, les creux. Alors on retourne au charbon. On se doute parfois qu’inventer, inventer encore, ne va pas suffire. Qu’il va falloir (se) réinventer, recommencer, et retourner une terre qu’on avait simplement foulée, forcer des portes qu’on avait maquillées en murs. Tout remettre en jeu. Or c’est précisément ce que fait Hélène Ling dans Ombre chinoise. Après deux livres où l’art servait de cheval de Troie à une certaine défiance à l’égard des legs, elle accomplit sa nécessaire révolution et livre un triptyque dont le principe n’est pas sans rappeler celui présidant aux Géorgiques, de Claude Simon (Minuit, 1981) : procéder à la triangulation des origines en traçant trois lignes rétives aux jonctions.
Ombre chinoise, nous dit le titre, nous disant aussi : attention, il va s’agir d’invoquer l’âme des morts (comme aux sources du théâtre d’ombres), de faire la différence entre ce qu’on voit et ce qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.
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Figures libres. Et si le temps n’était qu’une fiction ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h32
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Souviens-toi de ton avenir, d’Anne Dufourmantelle, Albin Michel, 492 p., 22,50 €.
Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017, maints hommages depuis se sont succédé. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. Et ce fort volume, intitulé Souviens-toi de ton avenir, paraît aujourd’hui.

On s’attachera d’abord aux chatoiements de surface, deux intrigues alternant de chapitre en chapitre. Ces histoires se juxtaposent, se tressent, peu à peu se répondent, en dépit des époques différentes où elles se déroulent. A sept siècles de distance, deux brochettes de personnages hauts en couleur parcourent la planète en jouant des parties parallèles.
L’une se déroule au XIVe siècle. Elle conduit ses protagonistes des montagnes de l’Altaï, proches de la Mongolie, jusqu’aux rivages de l’Equateur et à la découverte du Nouveau Monde. Akhan, empereur entraîné par sa démesure, refuse d’écouter ce que lui dit le vieux chamane qui l’a élevé : attention au Vent rouge, qui peut révéler combien le temps est un mirage. Le chef mongol veut découvrir de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux dieux. Il se soumet un Vénitien, géomètre-cartographe, le charge des calculs nécessaires à l’expédition, et surtout du récit qui transmettra son existence à la postérité.
L’autre histoire restitue la découverte, au XXIe siècle, des fragments dispersés de ce manuscrit inconnu. Une bande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Rêveries bucoliques d’une solitaire. On se baigne avec bonheur dans « L’Etang », premier livre d’une Londonienne installée en Irlande.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Claire-Louise Bennett se confie à l’eau qui dort

Rêveries bucoliques d’une solitaire. On se baigne avec bonheur dans « L’Etang », premier livre d’une Londonienne installée en Irlande.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Etang (Pond), de Claire Louise Bennett, traduit de l’anglais par Thierry Decottignies, L’Olivier, 224 p., 19,50 €.

La vie prend un drôle de tour quand on est seul : on ne supporte pas d’être nu dans sa chambre et on peut passer des heures à réparer le bouton d’une gazinière. La vie joue de drôles de tours quand on habite loin du monde : on croit séduire l’unique passant à la ronde et, finalement, c’est un troupeau de vaches qui nous suit comme le Messie. Ainsi va la vie de la narratrice de Claire-Louise Bennett. Paru en 2015, L’Etang, premier livre d’une folle originalité de cette Londonienne installée en Irlande, a enthousiasmé la critique et le public anglo-saxons. La vingtaine de textes courts, de quelques lignes à quelques pages, qui le composent, suit les pensées drôles ou graves, toujours percutantes d’une héroïne anonyme. Qui s’y plonge doit s’attendre à être dérouté : L’Etang, suite de moments isolés d’un esprit lui-même solitaire, est d’un genre inclassable.
« Les ailleurs de l’imagination »
De cette protagoniste, nous ne connaissons rien de ce qui fait habituellement un personnage. Ni son apparence, ni sa biographie (hormis sa « colocation avec sa salle de bains »), ni pourquoi elle vit presque recluse dans un cottage, face à un étang, probablement en Irlande. « Matin, midi et soir », le second texte du livre, nous lance sur plusieurs pistes. Est-elle horticultrice ? Elle cultive pommes de terre, épinards et fèves. Zoologiste ? Elle écoute scarabées, araignées et autres martinets. Poète ? Elle signe une ode improbable : « O Concentré de Tomate – laisse-moi t’étendre et marteler ces plis et ces sillons rigides ! » Doctorante en dépression ? Sa thèse prend la poussière dans une grange… En fait, nous faisons fausse route. Elle ne fait « rien vraiment » ; sa « tête est tournée vers les ailleurs de l’imagination ». Mieux vaut prêter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ En fin de saison face à l’océan, un homme recherche le mot qui lui échappe. Avec « L’Oubli », le romancier signe un très beau piège à spectres.
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Philippe Forest sur le bout de la langue

En fin de saison face à l’océan, un homme recherche le mot qui lui échappe. Avec « L’Oubli », le romancier signe un très beau piège à spectres.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 16h09
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Oubli, de Philippe Forest, Gallimard, 240 p., 19 €.

Qu’ils le veuillent ou non, les romanciers écrivent toujours avec toute la bibliothèque, la leur mais aussi celle que leur prêtent les lecteurs : parfois, ces derniers voient glisser entre les pages d’un livre des fantômes de phrases ou de personnages dont l’auteur lui-même ignorait tout à l’instant d’écrire. A croire que les spectres circulent à leur guise d’un livre à l’autre, dans la bibliothèque, dès que les locataires éphémères que nous sommes ont le dos tourné.
Ce qui est sûr, c’est qu’à peine entre-t-on dans L’Oubli, de Philippe Forest, que les revenants affleurent sous chaque paragraphe, furtifs et jamais nommés mais forts d’une présence immédiatement perceptible. Le fantôme du jeune narrateur d’A la recherche du temps perdu oscillant entre les mondes, au réveil, n’est parmi eux que l’un des plus manifestes. De même, et sachant que Philippe Forest a consacré en 2015 une biographie à l’auteur d’Aurélien, le lecteur s’étonne à peine de deviner ou de croire deviner, ici ou là, l’ombre d’Aragon (1897-1982), à travers cette manière rien qu’à lui de lancer un adverbe comme un geste de la main surgirait du corps du texte pour désigner et balayer aussitôt l’impossibilité de dire : un je-ne-sais-quoi de relâché qui ne vaut que d’être drapé dans la plus grande maîtrise de la langue française. Mais c’est une foule, en vérité, qui se presse ainsi aux portes du livre, où l’on se surprend aussi bien à entendre résonner au bord du vide le pas suspendu d’un autre grand amateur d’adverbes, le Malone de Samuel Beckett (1906-1989).
Un trou dans le langage
Alors qu’il paraît construit brique à brique, comme l’on dit pas à pas ou mot à mot, L’Oubli se révèle d’emblée une très belle chambre d’échos où piéger les spectres, et pas seulement littéraires. Encore faut-il préciser que l’oubli qui donne son titre à cette fable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’écrivaine ukrainienne Sofia Andrukhovych ravive avec bonheur un recoin de l’Empire austro-hongrois finissant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Tous les parfums de Galicie dans un roman

L’écrivaine ukrainienne Sofia Andrukhovych ravive avec bonheur un recoin de l’Empire austro-hongrois finissant.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
    |

            Nicolas Weill








                        


                                                        
Felix Austria, de Sofia Andrukhovych, traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn, Noir sur blanc, 256 p., 20 €.
Cette année 2018 coïncide avec un centenaire à la célébration problématique : l’éclatement, consécutif à la défaite, de l’Empire austro-hongrois. L’effondrement de ce vaste agrégat occupant le centre du Vieux Continent, s’il fut une libération pour les peuples, a aussi créé une nostalgie chez certains écrivains comme Stefan Zweig (1881-1942) ou Joseph Roth (1994-1939). La thématique d’un monde en train de se fissurer avant même la dévastation finale avait également été exploitée par le romancier israélien Samuel ­Joseph Agnon (Prix Nobel de littérature 1966), lui-même originaire de Galicie, dans son Hôte de passage (Albin Michel, 1974). Cette province annexée par les Habsbourg en 1772 après le premier partage de la Pologne – et située aujourd’hui en Ukraine – a donc déjà joué le rôle d’emblème de cette « Europe d’hier », carrefour de peuples et de religions avant que, sous le coup de deux guerres mondiales, son pluralisme ne devienne plus qu’un souvenir, dont certains jeunes écrivains polonais ou ukrainiens d’aujourd’hui s’emparent pour contrer le nationalisme local.
Avec Felix Austria, ce flambeau-là est repris par une auteure née en 1982. Son roman se situe à Stanislaviv (désormais Ivano-Frankivsk) en l’an 1900, dans une période encore pacifique, où seules quelques prémices de la modernité commencent néanmoins à agiter les confins de la double monarchie et à remettre en question sa mécanique apparemment bien réglée. Sofia Andrukhovych a su éviter toute uchronie érigeant la Galicie de la Belle Epoque en version moderne du mythe de l’Andalousie médiévale et multiculturelle. Le statut social ambigu de l’héroïne, Stefa, fille des domestiques du docteur Anger, place le conformisme social au centre de l’intrigue. Stefa a été élevée avec la fille du médecin, Adèle, comme une sœur. Mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Avec « Trouville Casino », la romancière explore un fait divers réel et ses zones grises, incertaines – comme un ciel normand.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Braquage de Trouville : Christine Montalbetti mène l’enquête

Avec « Trouville Casino », la romancière explore un fait divers réel et ses zones grises, incertaines – comme un ciel normand.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 09h36
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        


                                                        
Trouville Casino, de Christine Montalbetti, POL, 256 p., 17 €.
« Le vrai mystère du monde est le visible, non l’invisible. » La citation d’Oscar Wilde pourrait servir d’exergue à chacun des livres de Christine Montalbetti, tant la romancière, depuis ses débuts, s’attache à rendre compte du réel dans ce qu’il a de plus infime. C’est de nouveau le cas avec Trouville Casino, dans lequel elle revient sur un fait divers datant de 2011. Le 25 août, vers 14 heures, un septuagénaire inconnu des services de police braqua le casino de Trouville, avant de prendre la fuite avec un butin de 7 500 euros. La police finit par l’abattre au volant d’un véhicule volé.
Est-ce qu’au moment de pointer son arme sur la caissière, des répliques de films lui sont venues en tête ? La nuit précédant le hold-up, la pénombre de sa chambre lui a-t-elle fait l’effet d’une brume hostile ? Comme à son habitude, l’écrivaine scrute les événements par le petit bout de la lorgnette, pour leur donner un nouvel éclairage. Car, si l’on conclut rapidement à des troubles neurologiques pour expliquer le geste de l’homme, l’analyse de l’auteure est tout autre. Il vivait dans la ville de Gacé (Orne), où il coulait des jours tranquilles avec sa compagne. Tranquilles à défaut d’être heureux ; et pluvieux, Normandie oblige. La précision a son importance pour Christine Montalbetti, qui voit dans le crachin normand une possible clé de l’histoire. Le cri obsédant des mouettes, le mouvement hypnotique des nuages ont-ils fini par avoir raison de lui ? En faisant de ce ciel bas et lourd, un élément récurrent du récit, l’auteure dit quelque chose de la façon dont les paysages dans lesquels nous vivons nous façonnent, et nous agissent.
Se raconter des histoires
Si drame il y a chez elle, il réside avant tout dans l’hostilité du réel, tant et si bien que ce « petit braquage des familles » semble être finalement plus un point de départ...




                        

                        

