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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Alors que le mouvement a perdu en intensité depuis quarante-huit heures, les spécialistes de la région tirent les premières leçons de la « révolte des œufs ».
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Iran : que traduisent les manifestations de ces derniers jours ?

Alors que le mouvement a perdu en intensité depuis quarante-huit heures, les spécialistes de la région tirent les premières leçons de la « révolte des œufs ».



Le Monde
 |    05.01.2018 à 14h36
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 15h30
   





                        



   


Le mouvement de protestation en Iran, qui avait débuté voici une semaine, semble avoir perdu en intensité ces derniers jours, les autorités ayant notamment déployé un important dispositif de sécurité. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont toutefois fait état de petites manifestations, jeudi 4 janvier dans la soirée, mais sans qu’il soit possible de vérifier leur authenticité. Aucune manifestation n’a eu lieu ces trois derniers jours dans la capitale, Téhéran.
Pour la troisième journée de suite, de nouveaux rassemblements de soutien au régime ont, en revanche, été organisés vendredi après la prière collective, dans la province de Téhéran et dans plusieurs villes de province, pour condamner les « fauteurs de troubles », selon les images diffusées par la télévision d’Etat.

        Lire :
         

          En Iran, de nouveaux rassemblements de soutien au pouvoir



Au terme de cette semaine, tous les observateurs s’accordent pour reconnaître que ce sont des raisons économiques qui se trouvent à l’origine du mouvement de contestation sur l’ensemble du territoire. Mais la plupart d’entre eux considèrent en même temps que le mécontentement général traduit autre chose. C’est ce que montrent plusieurs tribunes publiées par Le Monde.
L’écart entre le pouvoir et la société se creuse
« On demande désormais la fin du régime, non pas tant pour davantage de démocratie, mais par désespoir sur la capacité de la théocratie à satisfaire aux demandes des catégories fragiles », relève le sociologue Farhad Khosrokhavar.
« La révolte est beaucoup plus celle des “va-nu-pieds” que des classes moyennes : elle témoigne de la misère, de la baisse du niveau de vie dans une société où la rente pétrolière enrichit indûment, et par la corruption, les élites du régime », ajoute M. Khosrokhavar, selon qui ce mouvement montre que l’écart entre le pouvoir et la société se creuse de manière inexorable, le régime ayant perdu toute légitimité, car le système est bloqué.
L’universitaire Firouzeh Nahavandi insiste, quant à elle, sur le fait que les jeunes, « très présents » dans la contestation (même si celle-ci « touche toutes les catégories d’Iraniens désespérés, pris à la gorge et ne voyant aucune perspective d’avenir »), aspirent « en priorité, à l’amélioration de leur situation économique et à l’accès à un travail décent et en concordance avec leur niveau de formation ».
Le « cercle des intimes » et les « fils de… »
Sur ce plan, souligne l’universitaire, l’échec du régime est cuisant : « Le taux de chômage des jeunes, souvent très diplômés, se situe entre 30 % et 50 %. » Mme Nahavandi explique notamment que « dans le système iranien, les postes disponibles ou les meilleurs sont accaparés par les proches du régime, le “cercle des intimes” et leurs enfants, les “fils de…”, signe de l’un des échecs les plus importants de la révolution, qui se voulait populaire et qui a abouti à une croissance des inégalités. »
« De manière générale, confrontés à la répression du régime, les jeunes ont surtout fait le choix de défier le pouvoir, non pour demander de changement politique de grande envergure, mais pour des réformes concrètes », relève la professeuse d’université.
La crise de ces derniers jours traduit aussi une remise en cause de la politique du gouvernement iranien au Moyen-Orient. Les manifestants ont demandé des comptes au pouvoir, qui d’un côté prétend manquer de ressources pour améliorer le quotidien des Iraniens mais de l’autre finance par exemple les projets du Hezbollah au Liban, ou la guerre contre l’organisation Etat islamique en Irak et Syrie.
Le professeur Mohammad-Reza Djalili fait, lui, remarquer que ce n’est pas le président, Hassan Rohani, qui a la main sur la politique régionale de l’Iran, mais les gardiens de la révolution, piliers du régime et garant de l’ordre révolutionnaire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ RÉSONANCES. La guerre qui ravage l’Est du pays a-t-elle fait des centaines de milliers, ou des millions de morts ? Cette incertitude révèle, pour Michel Naepels, la mauvaise qualité des données statistiques sur le continent Africain.
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Au Congo, une violence sans nombres

RÉSONANCES. La guerre qui ravage l’Est du pays a-t-elle fait des centaines de milliers, ou des millions de morts ? Cette incertitude révèle, pour Michel Naepels, la mauvaise qualité des données statistiques sur le continent Africain.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 12h00
   





                        



                                


                            
Par Michel Naepels, anthropologue
Dans Qu’est-ce qu’une vie bonne ? (Payot, 2014), la philosophe Judith Butler demande : « Y a-t-il des genres de vie qu’on considère déjà comme des non-vies, ou comme partiellement en vie, ou comme déjà mortes et perdues d’avance, avant même toute forme de destruction ou d’abandon ? » Cette question ne cesse de m’accompagner dans le travail d’anthropologue que je mène sur les effets sociaux de la violence en République démocratique du Congo (RDC).
Stratégie du chaos
Le 12 mars 2017, Zaida Catalan et Michael Sharp ont été ­assassinés au Kasaï. Membres du groupe des experts sur la RDC auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, ils étaient chargés d’enquêter sur les groupes armés, les ­réseaux criminels et les violations des droits humains. Le 7 décembre 2017, quinze casques bleus tanzaniens de la mission des Nations unies en RDC ont été tués dans une attaque de leur base, au Kivu.
En raison des jeux complexes d’alliance entre les groupes armés ­locaux et de la stratégie du chaos que développe le ­président ­Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir, d’importantes incertitudes demeurent sur les auteurs de ces crimes. Ceux-ci s’inscrivent plus largement dans un contexte de violences : au cours de l’année écoulée, plusieurs ­centaines de morts ont été comptabilisées au Kivu, des milliers au Kasaï, où des dizaines de fosses communes ont été ­recensées. Les déplacements de ­population pour fuir ces zones concernent des centaines de milliers de personnes dans ces deux régions – autant de vies ­bouleversées. La violence se poursuit dans l’est du Congo, de manière durable, sous des formes variées et dans un ­silence ­effrayant, depuis 1996.
200 000 morts ou 5,4 millions ?
Son ampleur est toutefois difficile à mesurer. Elle a donné lieu à une polémique scientifique après la mise en circulation par l’ONG International Rescue Committee (IRC), puis dans un article du Lancet, de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Editorial. Les diplômés de l’enseignement supérieur issus de l’immigration et des quartiers populaires figurent parmi les profils les plus discriminés. Ces inégalités ne sont pas nouvelles, mais elles ont tendance à s’accentuer.
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Discriminations des jeunes des quartiers populaires, des murs à abattre

Editorial. Les diplômés de l’enseignement supérieur issus de l’immigration et des quartiers populaires figurent parmi les profils les plus discriminés. Ces inégalités ne sont pas nouvelles, mais elles ont tendance à s’accentuer.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 11h48
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 11h48
   





                        


Editorial du « Monde ». En France, il y a encore des murs à abattre. Prenons deux jeunes ayant le même diplôme, le même âge, le même parcours, qui postulent pour le même emploi. L’un a deux ou trois fois moins de chances d’être recruté que l’autre. Pour les recalés, les compétences ne sont pas en cause, ce sont les origines : les diplômés de l’enseignement supérieur issus de l’immigration et des quartiers populaires figurent parmi les profils les plus discriminés.
Selon un rapport publié en 2016 par l’Observatoire national de la politique de la ville, « un diplômé bac + 5 de plus de 30 ans a 22 % de chances de moins d’occuper un emploi de cadre lorsqu’il est issu des quartiers prioritaires ». Une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) va dans le même sens et révèle un écart de taux de chômage pour les enfants d’immigrés non européens de 4 à 5 points par rapport aux jeunes nés en France métropolitaine de parents français.
Ces inégalités ne sont pas nouvelles, mais elles ont tendance à s’accentuer. Trop souvent les entreprises cultivent l’entre-soi et privilégient des profils de diplômés de grandes écoles de commerce ou d’universités de renom, c’est-à-dire d’établissements auxquels la plupart des jeunes issus des quartiers populaires ont difficilement accès.
Un coût de 150 milliards d’euros
Emmanuel Macron l’avait relevé, en novembre 2017, lors d’un discours à Tourcoing sur la politique de la ville : dans 1 514 quartiers prioritaires où habitent cinq millions de personnes, le chômage est 2,5 fois plus élevé que la moyenne nationale. Cette injustice sociale se double d’une aberration économique. En prenant en compte le surchômage, la perte d’activité, la mauvaise allocation de la main-d’œuvre et le gâchis de talents, France Stratégie a chiffré, en 2016, le coût de ces inégalités à près de 150 milliards d’euros.

        Lire aussi :
         

                Les diplômés de banlieue face au « mur » de l’emploi



Si le Medef se mure dans la discrétion, un certain nombre d’entreprises s’en préoccupent. En 2013, François Hollande avait mis en place une mesure antidicrimination à travers les emplois « francs ». Il ne s’agissait pas d’imposer des quotas de jeunes des quartiers ou de généraliser des CV anonymes, mais d’inciter les entreprises à s’ouvrir à la diversité. Pour celles qui embauchaient en CDI à temps plein un jeune de moins de 30 ans, en recherche d’emploi depuis au moins un an et résidant dans une zone urbaine sensible, une « prime » de 5 000 euros leur était accordée. L’expérience a fait chou blanc : le gouvernement espérait faire signer 5 000 contrats en 2013 et 10 000 en trois ans, mais il n’en a récolté que 250…
Un dispositif simplifié
A l’opposé de sa démarche sur les emplois aidés, qu’il a entrepris de détricoter, le président de la République va ressusciter les emplois francs abandonnés par son prédécesseur. M. Macron a attribué l’échec du premier essai au fait qu’il y avait « trop de règles, trop de contraintes, trop de critères qui étaient inatteignables ». Pour être efficace, le dispositif qui va être expérimenté en 2018 dans une dizaine de territoires sera simplifié : toute entreprise qui embauchera un habitant issu des quartiers prioritaires bénéficiera d’une prime de 15 000 euros étalée sur trois ans pour un CDI et de 5 000 euros sur deux ans pour un CDD de plus de six mois.

        Lire aussi :
         

                Contre la discrimination à l’embauche, les « emplois francs » de nouveau expérimentés à partir d’avril



Cette décision est positive, mais elle ne sera utile que si l’Etat se donne les moyens d’assurer sur le terrain l’accompagnement des jeunes des quartiers, qui, souvent, n’ont pas les codes d’accès à l’emploi.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le sociologue Farhad Khosrokhavar explique que l’écart entre le pouvoir et la société se creuse de manière inexorable.
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Iran : cette révolte est celle des « va-nu-pieds »

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Farhad Khosrokhavar explique que l’écart entre le pouvoir et la société se creuse de manière inexorable.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 14h49
    |

                            Farhad Khosrokhavar (directeur d’études à l’EHESS)








                        



                                


                            

Tribune. L’Iran est l’incarnation de ce paradoxe : au moment précis où les analystes occidentaux font le constat, mi-désabusé, mi-émerveillé, du succès de sa politique étrangère (en Syrie, au Liban, au Yémen, en Irak…), c’est sur le front intérieur que la contestation se manifeste. Le pays traverse une période de turbulences dont la nature est fort différente de celles d’avant.
L’élection présidentielle de juin 2009 (avec la victoire d’Ahmadinejad, très contestée et considérée comme frauduleuse par une grande partie de la population), les manifestations des étudiants en 1999 (qui furent écrasées par le régime sans que le président réformiste Khatami, élu en 1997, n’intervienne en leur faveur) ou encore les protestations ouvrières de ces dernières années (la régie des transports de Téhéran, les usines de production de sucre ou celles de l’industrie automobile) ont toutes été sectorielles et n’ont pas mobilisé la société dans son ensemble. Surtout, elles n’ont pas contesté frontalement le régime.
« La majeure partie des protestations de ces deux dernières décennies ont été menées par les nouvelles classes moyennes »
La majeure partie des protestations de ces deux dernières décennies ont été menées par les nouvelles classes moyennes, notamment les étudiants, pour l’ouverture du système politique. Il en est ainsi des élections présidentielles, qui sont devenues un enjeu de contestation des réformistes contre les partisans purs et durs de la théocratie (les « principalistes ») : Khatami en 1997 et en 2001, Ahmadinejad en 2005, Rohani en 2013. Ces mouvements ont eu des enjeux politiques beaucoup plus qu’économiques. Si Ahmadinejad a gagné les élections en 2005 et en 2009, c’est qu’en plus de la fraude il a su mobiliser les « déshérités », que ne touchaient pas les réformistes dans leur soif de liberté politique.
La révolte des « va-nu-pieds »
Les troubles actuels ont plusieurs caractéristiques nouvelles. D’abord, il s’agit avant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », note que depuis le tsunami Weinstein le regard sur la culture a changé, se déplaçant de la création vers son créateur.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/01/2018
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« Vivre dans un monde plus multiculturel devrait ouvrir les esprits, et c’est le contraire qui se produit »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », note que depuis le tsunami Weinstein le regard sur la culture a changé, se déplaçant de la création vers son créateur.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 07h06
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            
Chronique. Pour 2018, demandons l’impossible. Que les artistes dérangent et que le public réagisse, mais que les deux camps débattent. Vœux illusoires, tant les vents sont contraires. Ce qui tourne à plein régime, ce n’est plus la création, ce sont les diktats.
En décembre 2017, une pétition demandait que le Metropolitan Museum of Art de New York retire de ses murs un tableau de Balthus, Thérèse rêvant (1938), où l’on voit une gamine montrant sa culotte – le musée a tenu bon. Le même mois, plusieurs affiches de nus du peintre Egon Schiele apparaissaient à Londres et en Allemagne pour annoncer une exposition à Vienne en 2018 ; mais avec le sexe masqué d’un carré blanc où on pouvait lire : « Désolé, cent ans mais toujours aussi scandaleux aujourd’hui. »
Cent ans ? Oui et non. Des dizaines d’œuvres, anciennes comme contemporaines, ont fait depuis des lustres l’objet de scandales et de censures. Mais les nus de Balthus et de Schiele résonnent avec deux éléments nouveaux.
Le premier est large : vivre dans un monde toujours plus multiculturel devrait ouvrir les esprits, et c’est le contraire qui se produit – chaque communauté agressée par une œuvre appelle au boycottage ou à la censure. Et puis il y a le tsunami Harvey Weinstein. Depuis que le scandale a éclaté, le regard sur la culture a changé, il s’est déplacé de la création à son créateur, amplifié par les réseaux sociaux : toute œuvre, outre qu’elle est disqualifiée si son auteur n’est pas irréprochable, a perdu de son aura pour devenir un produit de consommation comme un autre.
« Tentation hygiéniste »
La conséquence la plus commentée est celle de l’« effacement » de créateurs-harceleurs, au nom de la morale dit-on, du commerce surtout, ce que notre confrère Jacques Mandelbaum, dans Le Monde du 27 décembre 2017, qualifie de « tentation hygiéniste ».
Effacé, l’acteur Kevin Spacey de films et de séries. Effacé le metteur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Afin de repérer dans quels lieux les crimes et délits risquent de se produire, les forces de sécurité s’emparent des outils de la géographie. L’approche a ses limites.
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Cartographie criminelle : surveiller et prédire

Afin de repérer dans quels lieux les crimes et délits risquent de se produire, les forces de sécurité s’emparent des outils de la géographie. L’approche a ses limites.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 08h45
    |

                            Thibaut Sardier (Géographe et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
La boule glisse lentement le long du tube. Elle dévoilera bientôt le nom du coupable. Sur les écrans apparaissent les images du crime qu’il n’a pas encore commis. La division « précrime » observe : elle doit identifier les lieux et s’y rendre pour appréhender l’individu avant son passage à l’acte. Cette scène du film Minority Report n’est pas si irréaliste.
Prévoir le crime, un objectif que poursuivent des polices du monde entier depuis les années 1980, est devenu envisageable grâce aux outils fournis par la géographie. Mais alors que le film de Steven Spielberg met en scène des enquêteurs qui connaissent le malfaiteur et ignorent le lieu de son forfait, la géographie propose l’inverse : cerner les « lieux du crime » pour éviter qu’il se produise ou pour mieux appréhender ses auteurs.
La technique du « hotspot »
A cette fin, des logiciels géolocalisent les délits et crimes passés, confirmant au passage un constat empirique simple : le crime est géographiquement concentré. Pour rappel, parmi les premières études menées sur cette question, on apprenait qu’en Australie, moins de 2 % des boutiques regroupent 70 % des vols à l’étalage ; et qu’aux Etats-Unis, 65 % des vols de magasins ouverts la nuit touchent seulement 6,5 % des établissements.
La géolocalisation de toutes les infractions permet d’identifier des points où l’on pourra intensifier le travail de police : c’est la naissance de la technique du hotspot (« point chaud »). Elle se heurte toutefois à quelques écueils : bâtie uniquement à partir de statistiques du crime, elle n’en recherche pas les causes et peine à anticiper son déplacement vers d’autres zones.
Malgré ces failles, ce principe sert de base à PredPol, un logiciel très utilisé par les polices locales américaines. Son algorithme, tenu secret, prétend identifier au fil de la journée les zones à risques où la police doit patrouiller. Si la criminalité semble baisser dans les villes qui l’utilisent, il est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ En France, la collecte des données en vue d’établir une cartographie criminelle se heurte notamment à la séparation entre police et gendarmerie.
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Le crime, la carte et le territoire

En France, la collecte des données en vue d’établir une cartographie criminelle se heurte notamment à la séparation entre police et gendarmerie.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 06h30
    |

                            Thibaut Sardier (Géographe et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
La cartographie criminelle est restée longtemps confidentielle en France, à la différence de pays comme les Etats-Unis ou le Canada. Trente ans après son arrivée, des expérimentations comptent tirer profit des outils géographiques contre le vol de voiture (Oise), les vols avec violences (Toulouse) ou les vols à la tire aux distributeurs de billets ­(Paris). Pourtant, les forces de sécurité intérieure butent encore sur des difficultés structurelles.
Face au modèle américain – des polices locales qui peuvent chacune développer leurs propres outils –, la centralisation à la française impose le développement des mêmes instruments pour tous. Ce fonctionnement, lent et coûteux, pose problème à l’heure où s’imposent des changements techno­logiques rapides. De plus, la collecte et la mise en forme des données se heurtent à la séparation entre police et gendarmerie : certaines analyses géographiques doivent se limiter aux statistiques de l’une des deux institutions, ce qui empêche une approche globale de la criminalité. « On attend un logiciel de dépôt de plainte commun à la police, la gendarmerie et la Préfecture de police de Paris », rappelle Alain Bauer, professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers. « Celui-ci devra prendre en compte le lieu de commission du délit, et pas le lieu du dépôt de plainte, afin que la géolocalisation des infractions soit possible. » 
Centrifuge et centripète
Quant à la sectorisation excessive, selon laquelle chaque service a son propre espace d’action, elle empêche d’appréhender le fait criminel dans sa globalité : « La notion de territoire n’est pas toujours comprise. Pour moi, il s’agit du territoire de l’infraction, pas du découpage administratif. Pour traiter, par exemple, les vols à la roulotte, il faut analyser le phénomène à l’échelle de Paris, puis se focaliser sur des zones plus locales. Or, c’est souvent l’inverse qui est fait », explique Jean-Luc Besson,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Pour le professeur Mohammad-Reza Djalili, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », ce sont les gardiens de la révolution qui conduisent la politique militaire et diplomatique de Téhéran au Proche-Orient, et pas le président Hassan Rohani.
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Iran : « Le président Rohani n’a pas la main sur la politique régionale de son pays »

Pour le professeur Mohammad-Reza Djalili, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », ce sont les gardiens de la révolution qui conduisent la politique militaire et diplomatique de Téhéran au Proche-Orient, et pas le président Hassan Rohani.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 09h23
    |

Mohammad-Reza Djalili (Professeur émérite à l'Institut de hautes études internationales et du développement, à Genève)







                        



                                


                            

Tribune. En dépit de quelques succès, la politique régionale de Téhéran rencontre des limites importantes. La première limite est d’ordre géopolitique : Téhéran, contrairement à Riyad, n’a pas de véritables alliés étrangers qui puissent lui offrir aide et assistance. Il est indéniable que la République islamique s’est très fortement rapprochée de la Russie, surtout depuis 2015 sur le terrain syrien, mais il s’agit d’une alliance de circonstance, fragile, surtout du fait que précisément en Syrie, et plus généralement au Moyen-Orient, les objectifs des deux pays ne coïncident pas.
Les Russes veulent garder de bonnes relations à la fois avec Israël et avec l’Arabie saoudite. Avec ce dernier pays, ils se rapprochent ces derniers temps sur le plan politique et pétrolier ; quant aux Israéliens, ils leur ont promis de ne pas permettre à l’Iran de menacer leurs positions à partir du territoire syrien. Cette politique ne peut pas être considérée par l’Iran comme un soutien absolu à ses ambitions régionales.

La deuxième limite est d’ordre économique. L’Iran ne dispose pas de moyens financiers comparables à ceux de l’Arabie saoudite ni même des Emirats arabes unis pour mener à bien ses interventions extérieures et pour financer les milices qui lui sont inféodées en Irak, en Syrie et au Liban. En fait, l’Iran se voit contraint de faire d’importants prélèvements sur les réserves de l’Etat, ce qui, par conséquent, crée de graves difficultés pour ses dépenses internes. A cela vient s’ajouter la corruption généralisée qui gangrène l’économie du pays. Par ailleurs, la dimension économique est en grande partie à l’origine de l’impopularité grandissante de la politique régionale du régime.
« Laisse tomber la Syrie, occupe-toi de nos problèmes »
En effet, durant les troubles récents comme d’ailleurs dans les mouvements de contestation populaire précédents, qui ont toujours été une occasion de dire ce qu’en temps normal on n’osait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ L’analyste Ellie Geranmayeh explique, dans une tribune au « Monde », que l’accord nucléaire de 2015 a permis à la société iranienne de ne plus rejeter sur les seules sanctions la responsabilité de la stagnation économique.
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Iran : « L’Union européenne a raison de se démarquer des Etats-Unis »

L’analyste Ellie Geranmayeh explique, dans une tribune au « Monde », que l’accord nucléaire de 2015 a permis à la société iranienne de ne plus rejeter sur les seules sanctions la responsabilité de la stagnation économique.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 09h27
    |

Ellie Geranmayeh (Analyste au Conseil européen des relations internationales)







                        



                                


                            

Tribune. Le défi intérieur lancé au président Hassan Rohani par les manifestants a braqué les projecteurs sur les profondes frustrations économiques et politiques de la population, et ce à un moment délicat de la politique étrangère du président liée à l’accord nucléaire. Le président Donald Trump a remis en question le maintien de cet accord et dénoncé les dirigeants iraniens. Il devra décider dès la mi-janvier s’il donne son accord à la poursuite du processus de levée des sanctions, condition sine qua non pour que l’Iran puisse réintégrer l’économie mondiale. L’administration américaine n’a pas encore arrêté sa position et certains signes indiquent que les manifestations en Iran pourraient peser dans la décision finale.

Les Etats-Unis ont été l’un des premiers pays à publier une déclaration accusant les dirigeants iraniens de transformer leur pays en un « Etat voyou économiquement affaibli ». La remarque se situait dans le droit fil d’une déclaration du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, en juin 2017, dans laquelle il exprimait son soutien « aux éléments qui, en Iran, permettraient de parvenir à une transition pacifique du pouvoir ».
Le président Trump a utilisé le canal de Twitter pour émettre une série de commentaires sur les manifestations, dont l’un exprimait son « respect au peuple iranien qui tente de se débarrasser de son gouvernement corrompu ». Ajoutant  :  « Vous verrez un grand soutien des Etats-Unis au moment opportun ! »
Ces messages de responsables américains apportent de l’eau au moulin des officiels iraniens qui accusent les manifestants d’être soutenus par des ennemis de l’étranger. Les Tweet de Trump sont du pain bénit pour l’aile la plus dure du régime iranien : ils légitiment la sécurisation toujours plus grande du pays, dissuadant par là la société civile de s’organiser et réduisant l’espace de futurs mouvements de contestation.
Les Tweet de Donald Trump...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Pour l’universitaire Firouzeh Nahavandi, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », le gouvernement iranien paye ses promesses économiques non tenues autant que la chape morale qui pèse sur les citoyens depuis 1979.
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Iran : « L’échec d’un régime qui se voulait populaire »

Pour l’universitaire Firouzeh Nahavandi, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », le gouvernement iranien paye ses promesses économiques non tenues autant que la chape morale qui pèse sur les citoyens depuis 1979.



Le Monde
 |    05.01.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 08h56
    |

Firouzeh Nahavandi (Professeure, Université libre de Bruxelles, directrice du Centre d'études de la coopération internationale et du développement,...







                        



                                


                            

Tribune. A l’image des manifestations de 2009, les jeunes sont très présents dans celles qui secouent simultanément plusieurs villes du pays, même si, aujourd’hui, la contestation est comparativement plus généralisée et touche toutes les catégories d’Iraniens désespérés, pris à la gorge et ne voyant aucune perspective d’avenir, en particulier la classe moyenne. En Iran, même si la part des moins de 30 ans diminue, les jeunes restent numériquement importants, constituant toujours un peu plus de 50 % de la population (contre 70 % au début des années 1990).
Cette catégorie, qui n’a connu, rappelons-le, que la République islamique aspire, en priorité, à l’amélioration de sa situation économique et à l’accès à un travail décent et en concordance avec son niveau de formation. En effet, l’éducation est le domaine où la République islamique a le mieux réussi, avec un taux d’alphabétisation de 85 % et avec, comparativement aux autres pays de la région, un accès important tant des hommes que des femmes à un enseignement primaire, secondaire et universitaire, même si la qualité de l’enseignement reste très inégale.
Des jeunes en phase avec la mondialisation
Pourtant, dans ce pays dont la jeunesse est une des mieux éduquées du Moyen-Orient, avec ses 62,2 % de femmes et 67,7 % d’hommes âgés de 25 ans ayant suivi une formation secondaire et ses 60 % d’étudiantes dans les universités, se pose de manière exacerbée et dramatique la question des opportunités d’emploi. Le baby-boom des années 1980 a mis un grand nombre de personnes sur le marché du travail, alors que la situation économique s’est dégradée et que le taux de chômage des jeunes, souvent très diplômés, se situe entre 30 % et 50 %.
Situation aggravante, dans le système iranien, les postes disponibles ou les meilleurs sont accaparés par les proches du régime, « le cercle des intimes » et leurs enfants, les « fils de... » : signe de l’un des échecs les plus importants de la révolution,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Erick Cakpo, enseignant à l’université de Lorraine, analyse comment les objets d’art cristallisent les enjeux politiques et identitaires.
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Décryptage

Restitution des biens culturels mal acquis : à qui appartient l’art ?

Erick Cakpo, enseignant à l’université de Lorraine, analyse comment les objets d’art cristallisent les enjeux politiques et identitaires.

Par                Erick Cakpo (Université de Lorraine)



LE MONDE
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        Le 04.01.2018 à 17h18

     •
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        Mis à jour le 05.01.2018 à 09h38






    
Le roi Behanzin, du Bénin, pose devant la statue de son ancêtre du début du XIXe siècle, lors de sa visite au musée du Quai Branly en 2007.
Crédits : BORIS HORVAT / AFP


Ces dernières années, les demandes de restitution d’œuvres conservées dans les musées européens et acquises irrégulièrement et souvent dans le cadre des conquêtes coloniales se sont multipliées. On se souvient des cinq stèles pharaoniques réclamées à la France par l’Egypte, tout comme du buste de la reine Néfertiti demandé à l’Allemagne. Plus de deux cents ans après l’installation des frises du Parthénon au British Museum, la Grèce continue de réclamer l’œuvre au Royaume-Uni.
Le dernier pays en date à s’inscrire dans cette démarche est le Bénin. Cette demande a fait des remous à tel point que, lors de son discours sur l’Afrique à Ouagadougou, Emmanuel Macron a promis de réunir d’ici cinq ans les conditions nécessaires pour la restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain.
Les demandes de restitution poussent à se poser un certain nombre de questions : pourquoi les pays détenteurs tiennent-ils à conserver les objets d’art supposés mal acquis ? Pourquoi les pays demandeurs souhaitent-ils leur retour ? Qu’est-ce qui explique le déplacement des œuvres, phénomène ayant lieu depuis l’Antiquité ? Enfin, comment les objets d’art cristallisent-ils les enjeux politiques et identitaires ?
Les œuvres d’art comme objets de pouvoir
La revendication d’objets acquis dans des conditions de domination et d’occupation n’est pas un fait récent. Néanmoins, il convient de s’interroger sur les raisons de l’appropriation d’objets en contexte de conquête. Dans l’Antiquité, un conflit opposa le dénommé Caius Licinus Verres alias Verrès (v. 120 av. J.-C. – 43 av. J.-C.), préteur de Sicile, aux habitants de cette région.
Pendant son mandat, le préteur soumit les villes à des impôts illégaux et s’appropria toutes les œuvres d’art de la province romaine. Pour se défendre et pouvoir recouvrer les objets pillés par Verrès, les Siciliens engagèrent Cicéron comme avocat. Si l’issue de cette histoire tend à prouver les qualités oratoires extraordinaires de ce dernier, ce sont surtout ses écrits qui vont assurer la postérité de cette affaire. En effet, Cicéron, n’ayant pas pu prononcer les discours qu’il avait prévus pour l’audience, les fit publier sous le nom de Verrines. Le quatrième – dans ce recueil de sept –, intitulé « Sur les statues », décrit le pillage des objets d’art méthodiquement orchestré par Verrès. Le texte montre que les objets « enlevés en vertu du droit de la guerre » ont été rapportés en triomphe à Rome et enregistrés avec soin au trésor public.

        Lire aussi :
         

                L’art, butin de guerre



Cet exemple, à bien des égards semblable au sort qu’ont connu les objets « déplacés » dans le cadre des conquêtes plus récentes, fait des œuvres d’art le lieu de manifestation de la puissance et du pouvoir politique du conquérant. S’emparer des objets des perdants, c’est montrer sa puissance en dépossédant ces derniers de ce qui constitue leur fond culturel. Dans le contexte des conquêtes européennes du XIXe siècle, cette situation a poussé Victor Hugo à proclamer : « La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. »
D’un autre côté, trop souvent, c’est dans l’espoir de réparation de ce passé « humiliant » que les demandes de restitution, empreintes de revendications politiques, s’effectuent. Dès lors, les œuvres participent en général d’une tentative de reconstruction d’une certaine identité, souvent fantasmée d’ailleurs, d’un âge d’or précolonial ou pré-occupation, susceptible de restaurer cette identité perdue ou entachée.
Le cas des « trésors de Béhanzin »
Retracer le contexte dans lequel certains patrimoines « étrangers » sont parvenus en France peut permettre de remonter à la source du problème des objets supposés mal acquis. Le cas de l’appropriation de certaines œuvres du Bénin remontant à la période coloniale et actuellement conservées dans des musées français fournit un aperçu.
C’est dans le cadre de la conquête coloniale française de la fin du XIXe siècle que la plupart des œuvres en provenance du royaume de Dahomey (actuellement République du Bénin) se retrouveront dans les musées français. Après d’âpres combats contre l’armée française, le roi Béhanzin (1890-1894) signa sa reddition le 15 janvier 1894. A la suite de cet événement, plusieurs témoignages relevés dans un livre intitulé La Campagne du Dahomey 1893-1894 signalent les pillages menés non seulement par la soldatesque, mais également par l’état-major et son chef, le général Alfred Amédée Dodds (1842-1922).
La France doit sa victoire sur le Dahomey à cet officier métis sénégalo-français, originaire de Saint-Louis-du-Sénégal et formé à Saint-Cyr. Dans une lettre adressée à son propre frère le 20 janvier 1894, quelques jours après la capitulation de Béhanzin, le général lui-même fait état d’un partage d’objets (bracelets, objets d’art, etc.) à la fin de la « colonne ». Il y mentionne également « une chasse à la collection ».
Quels rôle et fonction vont jouer les objets sur le sol français ? On note d’abord la fonction détournée de certains d’entre eux, vendus sur le marché parisien dès le début du XXe siècle, collationnés sous l’appellation « trésors de Béhanzin », pour engranger de l’argent, une sorte de « prime » aux militaires et aux fonctionnaires qui les ont ramenés. Les héritiers de certaines œuvres se sont aussi livrés à leur vente. Ainsi, des objets ayant appartenu au général Dodds se sont retrouvés chez un certain colonel Achille Lemoine, son héritier, qui éditera une série de cartes postales, sous le nom de ACH., les présentant à fin de diffusion et de vente.

    
Bivouac de la colonne Dodds sur la place d’Abomey, novembre 1892.
Crédits : New York Public Library


Notons ensuite que ces pièces ont servi à matérialiser, en quelque sorte, la conquête coloniale aux yeux de ceux qui l’ont suivie de loin, telles des souvenirs de guerre et des trophées. On comprend plus aisément cette fonction jouée par les objets quand on se place dans le contexte de l’époque où les conquêtes coloniales, dans un but politique voulu par le ministère des colonies, résonnent aux oreilles de la société française comme un feuilleton national.
On peut enfin signaler les pièces offertes de manière solennelle à des musées et institutions publiques afin d’attirer la curiosité du public et de permettre leur étude dans un contexte où l’ethnologie, comme discipline des sciences humaines, émerge. Les donations faites par le général Dodds au Musée d’ethnographie du Trocadéro font partie de ce cas. On compte les portes du palais d’Abomey, de grandes statues royales, des trônes de rois, des autels portatifs appelés « asen ». On note également la donation de la splendide sculpture en fer du dieu Gou, dieu de la guerre, par le capitaine Eugène Fonssagrives.
La plupart de ces chefs-d’œuvre sont actuellement conservés au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Les collections ayant appartenu au Musée d’ethnographie du Trocadéro, puis au département du Musée de l’homme et enfin aujourd’hui au Musée du quai Branly-Jacques Chirac sont des plus importantes et des plus représentatives de l’art du Dahomey hors du continent africain.

    
L’ancien palais du Trocadéro, qui abritait le Musée d’ethnographie.
Crédits : Domaine public


Ce sont ces œuvres, considérées comme des trésors royaux, que réclame en l’occurrence aujourd’hui le Bénin, proclamant le droit de « retour au pays », sur fond de réparation des « dommages » causés par la colonisation. Le fait que cette demande soit portée, outre le gouvernement béninois, par le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) à travers la voie de son président, Louis-Georges Tin, dénote la dimension ethnopolitique que revêtent les objets réclamés.
Quelles solutions pour les objets « déplacés » ?
Afin d’atténuer la restitution pure et simple exigée par certains pays demandeurs, la solution de réplique des œuvres est avancée et envisagée dans la plupart des cas comme une mesure devant contenter les deux parties, le pays conservateur et le pays demandeur. Cependant, reste la question de savoir à qui doivent revenir les œuvres originales.
De la même manière, les répliques virtuelles sont de plus en plus évoquées. Si cette perspective est largement partagée par les jeunes générations habituées au numérique, de nombreux amateurs d’art pensent qu’il s’agit d’un non-sens, voire d’une offense à la culture artistique que de dématérialiser l’objet d’art. Par ailleurs, le prêt de ces objets de musée à musée est évoqué sans que cette solution ne soit entièrement satisfaisante.
Il apparaît que le problème de la restitution est inextricable, car il englobe plusieurs domaines, ceux du droit, de la morale, de la politique, de l’histoire, de l’économie, de l’identité, etc. Puisque les concepts peuvent ouvrir la voie à la réflexion et peut-être à une solution, il convient de s’accorder sur la terminologie, la manière dont on peut qualifier les objets « déplacés ».

        Lire aussi :
         

                « La restitution des œuvres issues des pillages coloniaux n’est plus un tabou »



Pillage, spoliation, saisie artistique, confiscation, butin de guerre… les mots ne manquent pas pour désigner, en fonction des contextes, le déplacement indu des œuvres. Remarquant que ces termes sont chargés de revendications idéologiques et politiques, l’historienne française Bénédicte Savoy propose le terme de « translocation patrimoniale ». « A l’origine, “translocation” est un terme de chimie génétique désignant un “échange entre chromosomes provoqué par cassure et réparation”, échange impliquant des mutations », affirme-t-elle.
Selon l’auteure, ce terme permet d’appréhender les logiques d’appropriation patrimoniale et leurs effets, car il prend en considération trois éléments essentiels de la notion de déplacement : le lieu, la « cassure/réparation » et la transformation. Le premier permet de situer l’œuvre, d’identifier son origine et son lieu d’« exil », de relever sa présence dans un endroit et son absence dans un autre, de lui affecter un emplacement supposé sécurisé ou risqué, de juger de son exposition dans un endroit public ou privé, etc. La notion de « cassure/réparation » entrant dans le processus de translocation permet de prendre en compte les possibles traumatismes. Et enfin, puisque tout déplacement induit un changement intrinsèque et extrinsèque, les transformations que subissent l’objet et son lieu d’accueil sont à considérer.
Nouvelle géographie culturelle
La « translocation patrimoniale » invite donc à l’analyse des problèmes relatifs aux déplacements forcés des biens patrimoniaux. De ce fait, on peut considérer que les trois éléments déterminés par Bénédicte Savoy fournissent les moyens d’approcher, voire d’interroger le point de vue de chacune des parties engagées : les détenteurs, les demandeurs et les objets. Par exemple, la réflexion sur le lieu permet aux détenteurs de mettre en avant l’argument, recevable ou non, de la bonne conservation du patrimoine dans un endroit plus qu’un autre. Il s’agit là de la reconnaissance du caractère « déplacé » des œuvres en leur possession.
Les demandes actuelles de restitution des objets posent plusieurs questions fondamentales qui elles-mêmes interrogent le statut de l’art, surtout dans le contexte actuel de globalisation : à qui appartient l’art ? Assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle géographie culturelle ?
La circulation des biens culturels participe de la construction de l’humanité. De tout temps, les objets ayant appartenu à des peuples se sont retrouvés chez d’autres pour des raisons diverses. Cependant, la complexité des demandes actuelles de restitution, en raison de la diversité des cas qui ont gouverné leur déplacement, nécessite d’inventer de nouvelles règles non seulement pour lever les principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité attachés aux collections muséales mais également pour définir les conditions d’un nouveau partage ou d’une nouvelle circulation des patrimoines.

        Lire aussi :
         

                Arts : restituer son patrimoine à l’Afrique ?



C’est dans cette voie que semble s’engager la France depuis l’annonce de restitution faite par Emmanuel Macron dans le cas des objets africains. Mais avant que cela ne soit effectif, le premier travail que beaucoup appellent de leurs vœux est l’ouverture des archives afin de rendre accessibles à tous la provenance et les conditions d’acquisition des œuvres déplacées.
En définitive, s’il semble légitime de satisfaire certaines demandes de restitution, surtout dans les cas avérés de « pillage », il paraît indispensable d’y réfléchir en séparant le problème du domaine moral, afin d’éviter l’écueil de la relecture de l’histoire dans une perspective de vengeance. Cet état d’esprit risquerait de conduire à confiner les objets dans des espaces supposés adaptés. La volonté de fixation (géographique) de l’objet d’art serait défavorable à la production artistique car l’une des fonctions premières de l’œuvre est sa capacité à inspirer ou à nourrir d’autres créations.
Erick Cakpo enseigne l’histoire des religions au département de théologie à l’université de Lorraine à Metz et s’intéresse aux productions artistiques « métisses » qui allient traditions et cultures d’Afrique et d’Occident.
Cet article a d’abord été publié sur le site de The Conversation.





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Graham Allison, ce politologue qui éclaire notre monde grâce à la Grèce antique

Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?



Le Monde
 |    04.01.2018 à 15h15
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 08h51
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Le premier à avoir évoqué cette éventualité tragique est le milliardaire new-yorkais Stephen Schwarzman, inquiet des tensions grandissantes entre la Chine et les Etats-Unis : telles Athènes et Sparte pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), les deux puissances risquent de courir à un conflit destructeur sans vraiment l’avoir voulu. Elles sont prêtes à tomber dans le « piège de Thucydide ».
« Piège de Thucydide », l’expression intrigue… Elle a été forgée par Graham Allison. Ce professeur émérite à Harvard, âgé de 77 ans, a publié un essai sur les guerres qui éclatent lorsqu’une puissance ascendante conteste l’hégémonie d’une puissance jusque-là dominante, Destined for War. Can America and China escape Thucydide’s Trap ? (« Vouées à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? », Houghton Mifflin Harcourt, 2017, non traduit). « Ce qui rendit la guerre inévitable fut la montée en puissance du pouvoir d’Athènes et la peur qu’elle inspira à Sparte », écrivit en son temps l’historien grec Thucydide. L’hubris d’Athènes suscita la paranoïa de Sparte.
Depuis la ­Renaissance, ce phénomène s’est répété, ­selon Graham Allison, à seize reprises, et a conduit douze fois à la guerre. Or, la Chine et les Etats-Unis sont pris dans cette mécanique infernale, même si, estime-t-il, « la guerre n’est pas inévitable ». Son livre, qui s’est vendu à 50 000 exemplaires aux Etats-Unis, va paraître au Royaume-Uni, au Japon, mais aussi en Chine, où, prudemment, Allison a attendu que passe le congrès du Parti communiste, en octobre 2017, pour éviter la censure.
Messianique
Si les spécialistes de géopolitique se sont entichés de Thucydide, c’est notamment qu’il flatte l’ego des anciens hellénistes. Graham ­Allison est l’un d’eux. « Notre professeur de grec ancien nous avait dit que, si nous travaillions assidûment, en fin de première année, nous pourrions traduire l’Anabase...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Malgré le réchauffement climatique, les populismes, le terrorisme ou la menace nucléaire, des personnalités de tous horizons nous assurent que l’humanité progresse vers un mieux-être.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/01/2018
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2018, année optimiste ? Enquête sur les raisons de se réjouir

Malgré le réchauffement climatique, les populismes, le terrorisme ou la menace nucléaire, des personnalités de tous horizons nous assurent que l’humanité progresse vers un mieux-être.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 14h38
 • Mis à jour le
05.01.2018 à 08h39
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
« Il n’y en a pas un sur cent, et pourtant ils existent… », chantait Léo Ferré en 1969. Il parlait des anarchistes. Nous pourrions dire la même chose des optimistes aujourd’hui.
Ils sont une poignée à se faire entendre, philosophes, scientifiques, économistes, journalistes, associatifs, entrepreneurs, principalement anglo-saxons ou d’Europe du Nord, assurant que l’humanité progresse vers un mieux-être général en dépit du réchauffement climatique, de la flambée des populismes, de la persistance des violences islamistes et des menaces nucléaires que se lancent le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et le président américain Donald Trump.

En août 2017, le quotidien britannique The Guardian qualifiait de « nouveaux optimistes » ce « groupe de commentateurs de plus en plus éminents qui semblent exceptionnellement immunisés contre la morosité », avançant que l’esprit des Lumières et la raison l’emportent toujours dans l’histoire. Etes-vous l’un de ces derniers progressistes ? Voici quatre grands arguments qui pourraient vous convaincre de le devenir en 2018.
Vous devenez optimiste... quand vous cessez de surévaluer le malheur
De nombreux biais d’interprétation exagèrent la gravité de ce qui se produit autour de nous. En décembre 2017, une étude Ipsos, ­Perils of Perception, menée dans trente-hui pays des cinq continents, souligne combien nous « surévaluons » le nombre de drames qui nous frappent, tant à domicile que dans les autres pays.
Ainsi, la grande majorité des sondés pensent que les meurtres augmentent sans arrêt – ainsi, 7 % seulement estiment qu’ils baissent –, alors qu’ils décroissent de 29 % en moyenne dans le monde, n’augmentant qu’au Pérou, au Mexique et au Canada. La majorité jure encore que les mœurs dérapent et que, chaque année, 20 % des adolescentes tombent enceintes – or c’est 2 %. Cette surévaluation est très forte sur tous les sujets labourés par les populistes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Nouvelle science interdisciplinaire, la « collapsologie » regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios démontrant que la catastrophe a commencé.
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« Etre catastrophiste, c’est être lucide »

Nouvelle science interdisciplinaire, la « collapsologie » regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios démontrant que la catastrophe a commencé.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 14h38
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Ils se font appeler les « collapsologues ». Ils étudient le collapsus de nos sociétés industrielles, un terme d’origine médicale (du latin lapsus : chute) désignant l’effondrement brutal d’une fonction vitale. En France, l’ingénieur agronome Pablo ­Servigne est l’un d’entre eux. Avec l’écoconseiller belge Raphaël Stevens, il a publié Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil, 2015). Après avoir compilé une impressionnante quantité de méta-analyses portant sur l’aggravation du réchauffement, l’épuisement des ressources énergétiques, alimentaires, forestières, halieutiques et métallifères, leur thèse est claire : les écosystèmes s’écroulent, la catastrophe a commencé pour l’humanité. Elle va s’accélérer. Et la « collapsologie » est la nouvelle science interdisciplinaire qui regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios qui le démontrent.
« Etre catastrophiste, ce n’est pas être pessimiste ou optimiste, c’est être lucide », dit Servigne. Les ­collapsologue ne se font pas d’illusions sur les possibilités de ressaisissement du capitalisme, qui nous a menés à l’abîme, ni sur le réformisme « vert ». C’est trop tard. Nous sommes arrivés au point de non-retour. Nous devons affronter la « grande descente énergétique », la fin du pétrole qui va paralyser nos sociétés, avertit Agnès Sinaï, journaliste environnementale et fondatrice, en 2011, de l’Institut Momentum. Nous avons dépassé quatre des neuf « seuils critiques » climatiques et biochimiques définis par la revue Nature en 2009 au-delà desquels la vie sur Terre se dérègle gravement.
Comportement destructeur
Ce passage aux limites génère déjà des effets d’engrenage, des réactions en chaîne, des processus d’accélération entropique que nous sommes incapables de prévoir et de penser. Notre rationalité scientifique est défiée par ces processus ­ « chaotiques » imprévisibles, assure Pablo Servigne,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », se demande dans sa chronique si l’Iran pourra conserver son statut de puissance régionale prépondérante.
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« Passager ou durable, ce coup de grisou intérieur iranien peut secouer toute la région »

Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », se demande dans sa chronique si l’Iran pourra conserver son statut de puissance régionale prépondérante.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 16h37
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. La République islamique d’Iran savoure sa victoire en Syrie. Son influence est primordiale en Irak. Elle tient une partie du pouvoir au Liban. Mais à la maison, c’est moins brillant. Depuis une semaine, le régime est contesté dans la rue, à Téhéran et dans beaucoup d’autres villes. Passager ou durable, ce coup de grisou intérieur peut secouer toute la région.

La bonne vieille dialectique du « centre » et des « provinces » est ici à l’œuvre. L’Iran sort en position de force des années de guerre qui ont ravagé le Moyen-Orient. Ses alliés arabes sont aux commandes, peu ou prou, à Bagdad, à Damas, à Beyrouth. Cette situation donne à la théocratie iranienne le statut de puissance régionale prépondérante. Mais elle a un coût intérieur. L’investissement « étranger » de l’Iran – politique, militaire, économique – doit se chiffrer en centaines de millions de dollars, sinon en milliards. Quel « empire » n’est pas passé par là ?

Affaibli, le régime peut-il longtemps soutenir à bout de bras celui de Bachar Al-Assad à Damas ? Continuer à financer partis amis et milices armées à Bagdad ? Entretenir à grands frais le Hezbollah à Beyrouth ? En un sens, ces questions sont posées par les manifestants eux-mêmes, qui, depuis le 28 décembre, pointent le prix de l’engagement arabe de la République islamique. Le président Hassan Rohani a, lui aussi, reconnu que la situation intérieure iranienne avait un impact extérieur : au-delà de « notre système politique et de nos intérêts nationaux », ce qui est en jeu, a-t-il dit lundi, c’est « la stabilité de notre pays et celle de la région ».
Le dernier mot au « Guide »
Les manifestants ont choisi. Ils veulent qu’on s’occupe d’eux, prioritairement. Par centaines, par milliers, sans soutien politique, sans organisation, ils défilent dans une trentaine de villes du pays. Ils dénoncent le chômage – 30 % des jeunes sont sans emploi –, la suppression des subventions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Editorial. Emmanuel Macron a annoncé le 3 janvier une prochaine loi contre les fausses nouvelles en période électorale. Un objectif louable qui risque de se heurter à une réalité complexe.
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« Fake news » : les risques d’une loi

Editorial. Emmanuel Macron a annoncé le 3 janvier une prochaine loi contre les fausses nouvelles en période électorale. Un objectif louable qui risque de se heurter à une réalité complexe.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 13h46
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Ce président qui ne dort jamais ne veut pas que la France s’endorme. Ne souhaitant pas non plus que les journalistes s’assoupissent, il leur a réservé, lors de la cérémonie des vœux de Nouvel An à la presse, mercredi 3 janvier, l’une de ces annonces dont il ponctue chacune de ses apparitions publiques : le chef de l’Etat veut offrir à la démocratie française une loi sur les « fake news ».
Quel beau sujet en effet ! Quoi de plus légitime que de s’attaquer à ce phénomène qui, décuplé par la puissance du Net, pourrit la vie démocratique en sapant la crédibilité de l’information et abuse de la crédulité des esprits non avertis ? Emmanuel Macron avait déjà réussi un très joli coup en mai dernier lorsque, recevant Vladimir Poutine à Versailles, il avait expliqué à une journaliste russe la différence entre information et propagande : à ses yeux, Russia Today (RT) et Sputnik étaient des organes de « propagande mensongère », diffuseurs de « contre-vérités », et donc indignes d’être accrédités pour couvrir sa campagne électorale.
Grâce à ce pilier des démocraties libérales qu’est la liberté d’expression, la chaîne de télévision RT en français a, depuis, été autorisée à émettre en France. Est-ce à dire qu’elle pourra en toute impunité déverser sa « propagande mensongère » dans le cadre de nos prochaines campagnes électorales ? En bonne logique, non. Il faut, a dit le président, en finir avec les « bobards inventés pour salir », traduction élyséenne des « fake news ».
Un domaine mouvant
La création délibérée de fausses nouvelles, ou la déformation de nouvelles réelles, et leur diffusion massive à travers les réseaux sociaux sont un fléau qui sape l’exercice électoral. Comme le montrent les travaux d’enquête réalisés depuis un an sur la campagne électorale américaine de 2016, la stratégie des « fake news » vise non seulement à salir mais à exploiter les divisions de nos sociétés ouvertes. C’est devenu l’une des armes de cette guerre technologique de l’information que livrent aujourd’hui aux démocraties occidentales certains régimes autocratiques, au premier rang desquels, sans la nommer, le président Macron place évidemment la Russie. La claire mise en garde du chef de l’Etat contre la « tentation illibérale », où, comme en Europe centrale, la liberté de la presse est menacée, est également opportune. 

        Lire aussi :
         

                Après avoir été la cible de rumeurs pendant la présidentielle, Macron veut une loi contre les « fake news »



Mais une loi pour « protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles » est-elle la solution ? M. Macron a promis un texte sur le sujet dans les semaines à venir et nous l’examinerons avec intérêt. Une chose est, comme l’a fait sentencieusement Emmanuel Macron mercredi soir, de donner une leçon de journalisme sur « les propos d’antichambre » – que lui-même et son équipe ne dédaignent pas de dispenser par ailleurs –, qui ne sauraient rivaliser avec « l’expression publique ». Une autre est de fixer un cadre juridique contraignant pour « imposer des obligations de transparence » aux plates-formes du Net, « afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent ». Ce type d’ambition législative, dans un domaine aussi mouvant et complexe que les technologies numériques et sur un sujet aussi crucial que la liberté de la presse, est par nature périlleux. La sauvegarde de la qualité et de la crédibilité de l’information est un combat de fond, dans lequel Le Monde est engagé. Il commence par l’éducation et passe par la défense des modèles économiques des médias d’information. Modifier les lois qui existent déjà apparaît pour le moins risqué.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », David Rouxel, fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile, suggère que les bailleurs sociaux s’appuient sur les outils numériques pour renouer, à un faible coût, le lien entre les habitants des quartiers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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« Les acteurs du numérique doivent aider les bailleurs sociaux dans leur mission »

Dans une tribune au « Monde », David Rouxel, fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile, suggère que les bailleurs sociaux s’appuient sur les outils numériques pour renouer, à un faible coût, le lien entre les habitants des quartiers.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 08h00
    |

David Rouxel (Fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile)







                        



                                


                            
Tribune. Alors que l’habitat social doit répondre à des problèmes majeurs d’ordre économique, social et environnemental, le gouvernement a prévu pour 2018 d‘importantes coupes budgétaires, qui vont réduire les marges de manœuvres des bailleurs, au risque d’augmenter la fracture urbaine, déjà profonde, avec des quartiers qui se paupérisent.
De plus en plus d’initiatives issues d’une économie nouvelle, dite collaborative, émergent
Au-delà de leur mission première qui consiste à fournir des logements, les bailleurs ont historiquement un rôle d’utilité sociale, rôle aujourd’hui bousculé par ces restrictions budgétaires. Il est pourtant primordial de protéger cette dimension, en s’appuyant sur les nombreuses entreprises numériques proposant des outils qui contribuent au renforcement du lien entre les habitants des quartiers et à l’émergence des villes intelligentes de demain.
De plus en plus d’initiatives issues d’une économie nouvelle, dite collaborative, émergent. Elles accompagnent les bailleurs sociaux vers la construction de véritables écosystèmes innovants, durables, inclusifs et, in fine, vers le logement social de demain. Aujourd’hui, une plate-forme de prêt d’objets permet autant d’amortir certaines inégalités que de créer du lien entre les habitants d’un même quartier et favoriser l’entraide. Un service de covoiturage permet de réduire l’empreinte carbone et d’aller vers l’autre. Une application d’échange de services de proximité simplifie la vie des habitants, arrondir potentiellement leurs fins de mois ou limiter leurs dépenses…
Solutions concrètes
Surtout, ces initiatives numériques ont en commun de replacer l’humain au centre du débat et de favoriser une économie collaborative, positive et durable ! Proposer des logements sociaux innovants passe inéluctablement par la question du bien-être de l’individu et de la création de valeur par la communauté.
Des centaines d’initiatives innovantes, peu coûteuses à mettre en...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.
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Qui a la parole ? Crise mondiale de la viande

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Chair, les hommes et les dieux. La viande en Inde, de Michaël Bruckert, CNRS Editions, 406 p., 27 € (en librairie le 11 janvier).

Chacun a pu constater, après cette période de fêtes, qu’il fallait se battre à chaque repas, plat après plat, pour décider de reprendre du foie gras, de farcir un chapon ou de faire mariner un quartier de sanglier. C’est que nous sommes entrés dans une crise mondiale de la viande pour des raisons à la fois morales, écologiques, religieuses et, pour tout dire, politiques. Tâchez de pousser à bout une mangeuse de viande ou un végan, vous gâcherez plus d’un réveillon ! Chacun s’aperçoit qu’il lui faut désormais justifier par toute une métaphysique ce qui lui paraissait jusqu’ici aller de soi.
C’est tout l’intérêt de cette enquête passionnante d’un jeune géographe, Michaël Bruckert, sur le « paysage carné » (meatspace) de l’Inde d’aujourd’hui et, plus précisément, de la ville de Chennai (l’ancienne Madras). Par une analyse méticuleuse qui va de l’emplacement des abattoirs à l’idéologie du BJP (le parti de la droite nationaliste hindoue, aujourd’hui au pouvoir), en passant par la philosophie des brahmanes, la texture des plats, les modes d’élevage des poulets et les enseignes des gargotes, nous apprenons comment devenir réflexif sur nos propres pratiques.
Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande
« Si toutes les sociétés sont confrontées à l’immuable problème posé par la mise à mort des animaux pour en obtenir de la viande, aucune ne semble avoir jeté l’anathème sur la chair animale autant que l’Inde l’a fait. » Comme la qualité « biomorale » des humains dépend de ce qu’ils mangent, chaque caste répartit avec un soin extrême ce qu’il est permis d’ingérer dans l’intimité de la maison ou au-dehors, dans la vie publique. Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande. La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Et si le temps n’était qu’une fiction ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h32
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Souviens-toi de ton avenir, d’Anne Dufourmantelle, Albin Michel, 492 p., 22,50 €.
Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017, maints hommages depuis se sont succédé. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. Et ce fort volume, intitulé Souviens-toi de ton avenir, paraît aujourd’hui.

On s’attachera d’abord aux chatoiements de surface, deux intrigues alternant de chapitre en chapitre. Ces histoires se juxtaposent, se tressent, peu à peu se répondent, en dépit des époques différentes où elles se déroulent. A sept siècles de distance, deux brochettes de personnages hauts en couleur parcourent la planète en jouant des parties parallèles.
L’une se déroule au XIVe siècle. Elle conduit ses protagonistes des montagnes de l’Altaï, proches de la Mongolie, jusqu’aux rivages de l’Equateur et à la découverte du Nouveau Monde. Akhan, empereur entraîné par sa démesure, refuse d’écouter ce que lui dit le vieux chamane qui l’a élevé : attention au Vent rouge, qui peut révéler combien le temps est un mirage. Le chef mongol veut découvrir de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux dieux. Il se soumet un Vénitien, géomètre-cartographe, le charge des calculs nécessaires à l’expédition, et surtout du récit qui transmettra son existence à la postérité.
L’autre histoire restitue la découverte, au XXIe siècle, des fragments dispersés de ce manuscrit inconnu. Une bande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Pour une véritable édition critique des pamphlets de Céline

Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h43
    |

                            Pierre-André Taguieff (Sociologue et politologue)








                        



                                


                            
La réédition chez Gallimard des trois pamphlets antijuifs de Céline est donc à l’ordre du jour : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Ils illustrent, parfaitement pour les deux premiers, le type du « pamphlet de propagande », selon la formule de Lucien Rebatet. Il s’agit de propagande pro-hitlérienne. Telle est la spécificité de ces pamphlets qui constituent avant tout une machine de guerre contre un ennemi absolu : « le juif ».
Impératifs contradictoires
Doit-on rééditer ces torrents d’injures, de contre-vérités, de sophismes, d’accusations délirantes, de mensonges de propagande, de visions paranoïaques, d’appels à la haine et au meurtre ? Telle est la première question, qu’on ne pose pas sans inquiétude. La réponse bute sur un fait déplaisant : les pamphlets de l’« entrepreneur d’invectives » sont en libre accès sur Internet et font l’objet d’éditions pirates en vente sur de nombreux sites.

Pourquoi dès lors prôner, sur la base de la législation antiraciste, l’interdiction d’une édition critique de ces textes alors que les organisations antiracistes avouent leur impuissance devant leur diffusion sauvage ? On peut par ailleurs, fort légitimement, s’inquiéter du parfum de respectabilité qui serait conféré à ces textes par leur publication chez Gallimard. Le citoyen conscient des enjeux est ainsi assailli par des impératifs contradictoires.

Est-il souhaitable de traiter ces pamphlets comme des objets historiques dotés d’une valeur documentaire et appelant une édition critique ? Telle est la deuxième question. Gallimard y a répondu positivement. Qui se soucie d’ôter à ces textes sulfureux l’attrait du fruit défendu en les accompagnant de commentaires et de notes ne peut qu’approuver le projet comme tel. Mais on peut s’interroger sur l’urgence et les modalités de cette réédition, décidée après le soudain revirement de Lucette Destouches,...




                        

                        

