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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Un quinquagénaire sur le déclin et une jeune femme mélancolique redécouvrent le sel de la vie dans l’anonymat d’un grand hôtel de Tokyo (sur Chérie 25 à 20 h 55).
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TV - « Lost in Translation »

Notre choix du soir. Un quinquagénaire sur le déclin et une jeune femme mélancolique redécouvrent le sel de la vie dans l’anonymat d’un grand hôtel de Tokyo (sur Chérie 25 à 20 h 55).



Le Monde
 |    04.01.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


Film sur Chérie 25 à 20 h 55

Bob (Bill Murray), acteur quinquagénaire sur le déclin, venu tourner à Tokyo une publicité pour une marque de whisky japonais, se prête sans mauvaise grâce, mais avec lassitude, aux devoirs qui lui incombent. Entre deux obligations, il traîne au bar, regarde pétrifié d’ennui la télévision dans sa chambre, reçoit des fax de sa femme qui lui demande de choisir la couleur de leur nouvelle moquette, ou est assailli de manière impromptue par une prostituée déchaînée, mandatée par la production.
Quelque part dans le même hôtel, Charlotte (Scarlett Johansson), censée accompagner son mari, un évanescent photographe de mode, passe son temps à ne plus l’attendre, et se morfond devant la vue panoramique de sa chambre, quand elle ne va pas se purger de son désarroi au bar de l’hôtel.
Planche de salut existentiel
Fatalement, c’est là, entre deux insomnies, que nos deux oiseaux de nuit se rencontrent, en quête de l’apaisante griserie que procure l’alcool. Ils n’ont, à strictement parler, rien à voir l’un avec l’autre. Il est presque vieux, marié de longue date, regarde la vie sans envie, décline inexorablement. Elle est jeune, blonde, fraîche et jolie, vient de se marier, mène des études de philosophie et regarde la vie comme si celle-ci l’avait prise par surprise. Sans doute ont-ils en partage leur désarroi, et plus encore le fait de se trouver, seuls, loin de chez eux, en situation de décalage horaire, perdus dans un univers de signes indéchiffrables.
La mise en scène de Sofia Coppola, tapissage sensoriel de lumière tamisée, de musique planante et de calfeutrage nocturne, restitue opportunément ce déphasage spatio-temporel des personnages, qui les pousse irrésistiblement à trouver en l’autre une planche de salut existentiel.
A cet égard, Tokyo constitue moins une réalité destinée à égarer ou à éclairer les protagonistes qu’une sorte de plate-forme du transit international qui les enferme, au contraire, dans une insidieuse familiarité avec leur propre univers. Soit un monde de plus en plus indifférencié, en proie à l’arasement des cultures, à l’émoussement high-tech de la sensibilité, à l’annihilation par le marketing planétaire de toute rencontre un tant soit peu incarnée.

   


En dépit du fossé de la langue qui les isole de la société environnante, Bob et Charlotte se retrouvent à Tokyo comme à la maison, en mal de cette aspérité proprement humaine qui est le grain de sable de la grande normalisation mercantile des désirs.
Malgré les apparences, rien n’aura donc été « perdu à la traduction », puisque dans ce monde-ci, ou tout au moins dans cette partie du monde qui passe par New York et Tokyo, rien ne se perd mais tout se vend, rien ne se donne mais tout s’achète. Le plan qui le suggère avec le plus de netteté est celui où Bob voit soudain son image s’inscrire sur une affiche géante d’une avenue de Tokyo. C’est la nature très particulière de ce vertige, en vertu duquel l’homme devient à lui-même et en plus grand que nature sa propre marchandise, qui confère à la relation entre les deux protagonistes sa valeur émotionnelle.
La drôlerie et l’élégance de la mise en scène, cette touche singulière qui permet de suggérer un maximum de choses en un minimum de mots, cette prédilection pour un pastel esthétique qui relèverait de l’effet de mode si elle n’ouvrait sur un abîme de désarroi, tout cela fait de Sofia Coppola une cinéaste à part entière, c’est-à-dire quelqu’un qui sait faire corps avec son temps.
Lost in Translation, de Sofia Coppola. Avec Scarlett Johansson, Bill Murray (EU-Jap., 2003, 120 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Après deux premières saisons à l’attrait certain, la série créée par Kit Williamson se concentre sur un « road movie » pseudo-existentiel (sur Netflix à la demande).
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TV - Le charme bariolé d’« Eastsiders » perd de sa force

A voir aussi ce soir. Après deux premières saisons à l’attrait certain, la série créée par Kit Williamson se concentre sur un « road movie » pseudo-existentiel (sur Netflix à la demande).



Le Monde
 |    04.01.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur Netflix à la demande

Eastsiders, créée par Kit Williamson – qui joue l’un des deux rôles principaux –, avait commencé sur YouTube, en 2012, par la diffusion de deux épisodes produits grâce à un financement participatif en ligne. Les neuf épisodes de la saison 1 avaient été ensuite été proposés par la chaîne câblée nord-américaine Logo. La deuxième saison (2015) avait été produite par le site de visionnage payant à la demande Vimeo avant que Netflix n’en acquière les droits. Voici, depuis le 2 janvier, la troisième saison qui vient compléter les deux premières – toutes trois disponibles sur le site de visionnage à la demande par abonnement.
La première saison de Eastsiders, constituée de courts épisodes, nous avait beaucoup séduits : ce portrait d’une communauté de trentenaires métrosexuels – pour beaucoup homosexuels – avait un charme et une poésie redevables, entre autres, à son format dont le calibre affinait le propos plutôt que de grossir le trait.
En caravane
On avait été légèrement déçus par le passage à un format plus long. Certes, Eastsiders conservait son charme bariolé, mais le temps s’étirait sans qu’on y trouvât un véritable profit dramatique. Mais la chose était compensée par des personnages savoureux, dont celui incarné par Traci Lords – une ancienne actrice de porno qui avait défrayé la chronique en ayant tourné alors qu’elle était mineure.
La troisième saison recadre le propos sur le couple constitué par les deux personnages principaux. Ils ont quitté Los Angeles pour New York, mais les voilà, après quelques mois passés à Manhattan, de retour vers la case départ. L’essentiel des six épisodes de cette saison 3 sera un road-trip en caravane, achetée à un fermier baba cool gay.

   


Le premier épisode met en scène une drag-queen et son petit ami manageur. Mais on ne sait pourquoi, ces deux personnages ne réapparaissent plus ensuite. Les cinq autres épisodes dépeignent les chamailleries et les réconciliations du couple principal, entre deux scènes de sexe (à deux, trois ou quatre), sur fond de propos existentiels dignes d’un « Kier­kegaard pour les nuls ». De sorte qu’on s’ennuie, s’agace et qu’on se désole d’avoir perdu tout intérêt pour une série prometteuse.
Eastsiders, saison 3, créée par Kit Williamson. Avec Van Hansis, John Halbach, Traci Lords (EU, 2017, 6 × 17-27 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ L’Australienne, engagée contre le harcèlement sexuel, a été nommée présidente du jury du 71e Festival de Cannes. Une nomination qui fait écho à l’affaire Harvey Weinstein.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ « Fire and Fury : Inside the Trump White House », de Michael Wolff, est une compilation hétéroclite d’anecdotes.
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Pleurs, trahisons et brosse à dents… ce que nous apprend le livre sur Trump et ses proches

« Fire and Fury : Inside the Trump White House », de Michael Wolff, est une compilation hétéroclite d’anecdotes.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 16h04
   





                        


Qu’y a-t-il de si explosif dans le livre de Michael Wolff pour que, quelques heures après la publication de ses bonnes feuilles dans le New York Magazine, l’ouvrage, qui ne paraîtra que le 9 janvier, ait déjà été en tête des précommandes chez tous les vendeurs américains ? Compilation hétéroclite d’anecdotes récoltées au cours de près de deux cents conversations avec l’entourage du 45e président américain, Fire and Fury : Inside the Trump White House (éditions Henry Holt) brosse le portrait d’une Maison Blanche qui bruisse de rivalités, d’obsessions, de fantasmes et d’angoisses.
Tour d’horizon de dix choses – parfois anodines, mais pas toujours – apprises à la lecture de ces premiers extraits.

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Steve Bannon considère Donald Trump Jr comme un « traître »
L’ancien conseiller spécial du président vs le fils du président. C’est assurément le duel fratricide qui agite le plus les médias américains au lendemain de la publication des extraits. Dans le livre, Steve Bannon, le sulfureux rédacteur en chef du site ultraconservateur Breitbart News, affirme que Donald Trump Jr s’est rendu coupable de « trahison » en organisant, le 9 juin 2016, à la Trump Tower de New York, une réunion avec trois Russes, le gendre du président Jared Kushner, et le directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort.
M. Bannon, considéré comme l’éminence grise de la campagne de Donald Trump, y dit :
« Ces trois mecs responsables de campagne ont pensé que c’était une bonne idée de rencontrer un gouvernement étranger au sein même de la Trump Tower, dans la salle de réunion du 25e étage – sans la présence d’avocats. Ils n’avaient pas d’avocats. Même si vous pensez que ça ne constitue pas une trahison, quelque chose d’antipatriotique, ou une idée franchement de m***, et moi je pense que c’était tout ça d’un coup, vous auriez dû immédiatement appeler le FBI. »
Et l’ancien de Goldman Sachs, devenu pourfendeur des élites, d’enfoncer le clou en disant :
« La chance que Don Jr n’ait pas fait monter ces demeurés jusqu’au bureau de son père est égale à zéro. »
Pour Steve Bannon, aucun doute, le procureur spécial chargé d’éclairer les relations troubles entre la campagne de Donald Trump et le Kremlin va « faire craquer Don Junior comme un œuf en plein direct télévisé ». 

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                Tout comprendre de l’affaire Trump-Russie, après les accusations de Bannon



Quelques heures après la publication de cet extrait, les avocats de M. Trump ont fait part de leur intention de porter plainte contre M. Bannon, l’accusant d’avoir enfreint l’accord de confidentialité qui le liait à la Maison Blanche et d’avoir diffamé le président.

   


Trump était persuadé de perdre
Donald Trump avait prévu son retour à la vie civile après ce qu’il prévoyait être sa défaite à l’élection présidentielle.
« Une fois qu’il aurait perdu, Trump serait devenu à la fois extrêmement célèbre et l’éternel martyr de cette véreuse Hillary. Sa fille Ivanka et son gendre Jared seraient des célébrités internationales. Steve Bannon serait devenu de facto le dirigeant du Tea party. Kellyanne Conway serait une star de la télévision. Melania Trump, à qui on avait assuré que son mari ne deviendrait jamais président, pourrait retourner à ses discrets déjeuners. Perdre rendrait tout le monde heureux. Perdre, c’était gagner. »
Même l’ancien conseiller à la sécurité, Michael Flynn n’avait rien trouvé à redire à la décision de Trump d’accepter 45 000 dollars pour intervenir dans une conférence en Russie. « Ce ne serait un problème que s’il gagnait », avait-il alors commenté.

   


Trump a refusé d’investir son argent dans sa campagne
Preuve peut-être de cette incrédulité dans une possible victoire de sa candidature, Donald Trump « a refusé d’investir son argent personnel dans la campagne », note Michael Wolff. Selon lui, Steven Bannon a essayé d’inciter la famille Trump à injecter « une somme de 50 millions de dollars dans la campagne », note le journaliste, mais il a reçu une fin de non-recevoir de la part du gendre du président : « Hors de question qu’on investisse 50 millions si on n’est pas sûrs qu’il gagne derrière. »
Finalement, M. Trump, qui se revendique milliardaire, aura consenti à faire un prêt pour sa campagne de 10 millions de dollars (8,3 millions d’euros), sous la condition qu’il puisse récupérer son argent dès qu’assez de financements auraient été récoltés.
Fantôme et pleurs le soir de l’élection
La soirée du 8 novembre 2016 est entrée dans l’histoire des Etats-Unis, mythifiée à longueur d’interviews par les proches de Donald Trump depuis plus d’un an. Mais, comme souvent dans les événements qui font date, les petites anecdotes sont les plus éloquentes.
Ce que retient l’auteur de Fire and Fury de la nuit où Donald Trump a été élu président des Etats-Unis, ce sont d’abord les propos du fils de Donald Trump décrivant, auprès d’un proche, le visage de son père comme celui de « quelqu’un qui a vu un fantôme ». Puis les larmes de Melania, la femme de Donald Trump, qui n’étaient « pas des pleurs de joie ». Et un candidat « qui est passé de confus a horrifié en l’espace d’une grosse heure ».
« Et puis vint finalement la dernière transformation : soudain, Donald Trump est devenu un homme qui a cru qu’il le méritait, et qu’il était complètement capable d’être le président des Etats-Unis. »
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            data-slide-description="Au Javist Center de New York mardi soir, 8 novembre, les partisans d’Hillary Clinton ont attendu par milliers debout dans le calme, pour une élection dont ils croyaient connaître le vainqueur."
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            data-slide-description="Une supportrice de la candidate démocrate, à l’annonce des premiers résultats, à New York."
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            data-slide-description="Alors que les résultats tombent, dont beaucoup en faveur de Donald Trump, la tension monte dans le camp démocrate. Ici à New York."
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            data-slide-description="Un étudiant démocrate, lors de l’annonce des résultats du New Hampshire."
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            data-slide-description="Les écrans géants installés dans le QG d’Hillary Clinton montrent en temps réel la progression de son adversaire républicain, plongeant l’assemblée dans l’angoisse."
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            data-slide-description="Dans un hôtel de New York, des partisans de Donald Trump réagissent lorsqu’ils voient à la télévision le responsable de la campagne démocrate."
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            data-slide-description="Il est 22 heures passées à New York, il ne reste qu’une faible chance à la candidate démocrate de remporter l’élection."
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            data-slide-description="Des supporters de Donald Trump, à Times Square, dans Manhattan."
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            data-slide-description="Avec un décompte de délégués de plus en plus favorable au magnat de l’immobilier, la sidération laisse la place aux interrogations dans le camp démocrate, au Javist Center de New York."
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            data-slide-description="A Times Square, dans New York, un supporter de Trump exulte : « La majorité silencieuse est avec Trump ! » peut-on lire sur sa pancarte."
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            data-slide-description="Des partisans démocrates d’Hillary Clinton scrutent les résultats, au Hyatt Regency de Dallas, au Texas."
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            data-slide-description="Le camp Trump, réuni à New York, explose à l’annonce de sa victoire."
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            data-slide-description="Les nombreux supporters d’Hillary Clinton mettront souvent plusieurs heures à se résigner à la défaite de leur candidate."
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            data-slide-description="Un gâteau en forme de buste de Donald Trump est livré à l’hôtel où aura lieu le rassemblement républicain à New York."
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            data-slide-description="L’effondrement du camp démocrate au Javist Center de New York."
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Au Javist Center de New York mardi soir, 8 novembre, les partisans d’Hillary Clinton ont attendu par milliers debout dans le calme, pour une élection dont ils croyaient connaître le vainqueur.

DARCY PADILLA / AGENCE VU POUR "LE MONDE"
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Une cérémonie d’investiture « pas du tout appréciée »
Il s’était battu pour en faire un succès populaire, affirmant que les photographies montrant une foule moins importante que lors des investitures de Barack Obama étaient des montages erronés. Pourtant, Donald Trump « n’a pas du tout apprécié sa propre investiture », selon Michael Wolff, qui précise :
« Il était en colère que des stars de premier plan aient snobé l’événement, il était mécontent de son hébergement à la Blair House, il s’était disputé de manière ostentatoire avec sa femme qui était au bord des larmes. Toute la journée, il affichait sur le visage cette expression que son entourage appelle sa “tête de golfeur” : énervé et furax, les épaules voûtées, las bras ballants, les sourcils froncés et les lèvres pincées. »

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Télévisions, chemise au sol et pas touche à la brosse à dents
Selon Michael Wolff, Donald Trump a trouvé, à son arrivée à la Maison Blanche, que c’était « un lieu compliqué et un peu inquiétant ».
« Il s’est retiré dans sa chambre – pour la première fois depuis les Kennedy, le couple présidentiel fait chambre à part. Lors des premiers jours, il a commandé deux écrans de télévision supplémentaires à celui déjà existant dans la chambre, et un verrou sur la porte, obligeant à une brève altercation avec les services secrets, ces derniers insistant pour avoir accès en permanence à la chambre. »
Selon Michael Wolff, Donald Trump a réprimandé le personnel chargé de faire le ménage, pour avoir ramassé une chemise qui était par terre. « Si ma chemise est par terre, c’est parce que je la veux par terre », a justifié le président.
Enfin, le président a spécifié que « personne ne devrait rien toucher, et surtout pas sa brosse à dent ». Une demande justifiée par le journaliste par « sa peur de longue date d’être empoisonné – qui explique aussi pourquoi il a toujours aimé manger à McDonald’s, où personne ne sait qui va venir et où la nourriture est préparée en amont et en toute sécurité. »
D’ailleurs, la description des soirées présidentielles au début du mandat de Donald Trump suit cette logique :
« Si à 18 h 30 il n’avait pas dîné avec Steve Bannon, alors il était très probablement au lit avec un cheeseburger, regardant ses trois écrans et passant des coups de fil. »
Pour l’anecdote, après son élection, Bill Clinton avait appelé la Maison Blanche « le fleuron du système pénitentiaire », et Harry Truman la considérait comme « la grande prison blanche ».
Jusqu’au quatrième amendement, pas plus
Quand il a pris ses fonctions à la Maison Blanche, Donald Trump a reçu l’aide d’un assistant, Sam Nunberg, chargé de lui délivrer quelques éléments didactiques sur la Constitution américaine. Mais M. Nunberg n’a « pas pu dépasser le quatrième amendement » parce que son interlocuteur a montré son ennui en « baissant son index jusqu’à sa bouche et en levant les yeux au ciel ». 
Une coupe de cheveu – enfin – expliquée

   


Plus de suspense : il n’y a pas de perruque derrière le mystère capillaire Trump. D’après Michael Wolff, la coiffure paternelle est une des conversations récurrentes d’Ivanka Trump auprès de ses interlocuteurs :
« Elle décrit très souvent la mécanique derrière la coiffure à ses amis : un dessus du crâne parfaitement lisse – un îlot maîtrisé grâce à une chirurgie esthétique pour réduire le cuir chevelu – entouré par un cercle de cheveux broussailleux qui part des côtés pour arriver sur le devant de la tête, qui sont tous tirés vers le haut pour se rencontrer au sommet, puis balayés en arrière avant d’être consolidés par un spray raidisseur. »
Pour « ajouter à l’effet comique », note le livre, Ivanka Trump délivre également le secret de la couleur de cheveux si particulière, qui a valu tant de moqueries à Donald Trump.
« La couleur vient d’un produit qui s’appelle Just for Men (juste pour les hommes), et qui fonce à mesure qu’on le laisse agir. L’impatience de Trump est donc la cause de cette couleur orange-blonde ».
Des priorités, quelles priorités ?
La question devait paraître simple pour Katie Walsh, chef de cabinet adjointe. Six semaines après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la conseillère a demandé au gendre et haut conseiller du président, Jared Kushner : « Quelles sont les trois priorités de la Maison Blanche, donne-moi juste trois choses sur lesquelles le président veut se concentrer. » Réponse de l’intéressé : « Oui, on devrait probablement avoir cette conversation. »

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                Donald Trump : 100 jours de volte-face permanente



Ivanka Trump, première femme présidente des Etats-Unis
Les ambitions politiques de la fille de Donald Trump, Ivanka Trump, étaient déjà connues. Elle et son mari, Jared Kushner, ont un rôle de premier plan dans l’administration Trump, à tel point que les médias américains font souvent référence à Ivanka Trump comme la « vraie première dame » de la Maison Blanche.
Dans Fire and Fury : Inside the Trump White House, Michael Wolff va plus loin, en affirmant l’existence d’un « pacte » entre Ivanka Trump et son mari.
« Entre eux, les deux se sont accordés : si à l’avenir l’opportunité se présentait, c’est elle qui se présenterait à l’élection présidentielle. La première femme présidente, a plaisanté Ivanka Trump, ce ne serait pas Hillary Clinton, ce serait Ivanka Trump. Steve Bannon, qui a créé le terme de “Jarvanka” pour désigner le couple qui a gagné en pouvoir à la Maison Blanche, était horrifié quand il a été informé de cet accord conjugal. »

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Romans, nouvelles… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 5 janvier 2018.
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édition abonné


La rentrée littéraire d’hiver en bref

Romans, nouvelles… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 5 janvier 2018.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 10h34
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Eric Loret, 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du "Monde des livres") et 
Raphaëlle Leyris








                        


                                                        Roman. D’où tu viens, mon fils
Traité de savoir-vivre à l’usage des embryons, d’Anne Akrich, Julliard, 234 p., 18 €.
Anne Akrich se méfie de la psychanalyse mais ne doute guère que son futur fils finira sur un divan. Alors autant faire gagner du temps à tout le monde « en prémâchant le travail colossal qu’aura ton analyste », explique-t-elle à l’enfant en gestation : « Tu pourras aller le voir avec ce livre et lui dire “Voilà d’où je viens, voilà quel est mon héritage psychiatrique.” » Plus qu’un « Traité de savoir-vivre à l’usage des embryons », le troisième texte, très drôle, d’Anne Akrich, 31 ans, est donc un « petit manuel des névroses à venir », dans lequel elle s’adresse au garçon qui grandit en elle pour lui raconter les prémices de sa naissance. La rencontre entre son père, éditeur au mitan de la cinquantaine, et sa mère, auteure pas encore trentenaire, les tentatives de rebuffade du premier et la manière dont la seconde s’est « incrustée », la crainte du ridicule de l’un et le goût pour le « saugrenu » de l’autre, leur différence d’âge, de milieu… Très remarquée avec Il faut se méfier des hommes nus (Julliard, 2017), Anne Akrich déploie un talent d’observation et un sens de la dérision qui font la séduction de ce portrait de couple. Son humour pétri de tendresse autant que de lucidité le tient à distance de l’impudeur. R. L.
Roman. Un héros pathétique
La Guitare bleue (The Blue Guitar), de John Banville, traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch, Robert Laffont, « Pavillons », 324 p., 21 €.
Oliver Orme, le narrateur de La ­Guitare bleue, n’a rien pour plaire. La cinquantaine égocentrique et disgracieuse, ce peintre a trompé sa femme avec celle d’un ami avant de s’en lasser. Puis est revenu dans sa maison natale trouver l’inspiration, en vain. C’est un loseur mais pas de la catégorie des cyniques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Il avait fondé, à 61 ans, la maison d’édition qui porte son nom. Il s’est éteint mardi 2 janvier à Paris.
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Mort de Bernard de Fallois, éditeur de Pagnol

Il avait fondé, à 61 ans, la maison d’édition qui porte son nom. Il s’est éteint mardi 2 janvier à Paris.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 10h00
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            Alain Beuve-Méry








                        



                                


                            

Bernard de Fallois qui s’est éteint, mardi 2 janvier, à Paris avait trois passions, qui se sont révélées complémentaires au fil de sa longue vie : l’édition, le cirque et la politique. Ce n’est pourtant qu’en 1987, à l’âge de 61 ans, au moment ou d’aucuns songent à la retraite, qu’il crée la maison qui porte son nom.
Son grand homme a été Valéry Giscard d’Estaing, qu’il a édité en 2009 pour « La Princesse et le Président »
Il la lance en publiant Le Choix de Dieu, un livre d’entretien avec le cardinal Jean-Marie Lustiger puis, en 1988, La Sans Pareille, de Françoise Chandernagor, le premier volume d’une fresque romanesque à clés, où sont mises en scène les luttes de pouvoir sous la Ve République. « Après César, César Birotteau », s’exclame ainsi un des personnages de ce roman pour commenter l’avènement de Georges Pompidou, après le départ du général de Gaulle. Bernard de Fallois raffolait de ce genre de citation littéraire, lui l’ancien agrégé de lettres.
Issu d’une famille de militaires, il se situait clairement à droite sur l’échiquier politique, mais se retrouvait plus dans une sensibilité libérale et orléaniste. Son grand homme a été Valéry Giscard d’Estaing, qu’il a connu dans les années 1960 et qu’il a soutenu lors de la campagne victorieuse de 1974, avant de l’éditer en 2009 pour La Princesse et le Président. C’est un autre éditeur, de trente ans son cadet, Jean-Marc Roberts, disparu en 2013, qui a le mieux dépeint Bernard de Fallois : sa personnalité et son caractère ont inspiré le personnage principal de son roman Affaires étrangères qui a ensuite été adapté au cinéma (Une étrange affaire). Débordant d’énergie, autoritaire, brillant, intelligent, séducteur et très intrusif dans la vie de ses collaborateurs.
Homme de pouvoir au cœur des intrigues du Tout-Paris
De fait, avant de révolutionner le Livre de poche avec son complice Guy Schoeller, Bernard de Fallois a d’abord...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.
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Mort de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur subjectif et déraisonnable

L’homme, qui a publié entre autres Duras et Belletto, est mort mardi 2 janvier lors d’un accident de la route, à l’âge de 73 ans.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 09h42
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 10h09
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Il y a un peu plus d’un mois sortait en salle son deuxième film, Editeur, dans lequel Paul Otchakovsky-Laurens racontait que publier les livres écrits par d’autres lui avait « sauvé la vie ». Victime à 13 ans d’un abus sur lequel il avait dû garder le silence, il avait réussi à s’exprimer par la voix d’écrivains : « C’est la solution que j’ai trouvée pour ne pas devenir fou, pour rester à peu près maître de ce que je faisais », nous confiait fin novembre le patron des éditions qui portent ses initiales, P.O.L., s’estimant immensément « redevable », pour cette raison, à l’égard de ses auteurs (« Le Monde des livres » du 1er décembre). Lesquels, en retour, lui vouaient admiration et reconnaissance, ainsi qu’une amitié donnant un sens très familial à l’expression « maison d’édition ».

Ce formidable passeur, voué, disait-il, à « une littérature qui dit la vérité, par le biais d’une langue et d’une forme », qui fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, et tant d’autres, qui ouvrait les manuscrits, assis sur le sol en jonc de mer de son bureau avec une gourmandise intacte, après quarante-sept ans de métier, est mort le mardi 2 janvier, d’un accident de voiture à Marie-Galante (Petites Antilles). Il y passait des vacances avec sa compagne, l’écrivaine et peintre Emmelene Landon, qui a été blessée. Il avait 73 ans.
Il est né en 1944 à Valréas (Vaucluse) ; son père, le peintre Zelman Otchakovsky, juif de Bessarabie, meurt alors que Paul est nourrisson ; sa mère le confie bientôt à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), qui adopte l’enfant, lequel ajoutera son nom, Laurens, à son état civil. Après une enfance sur laquelle ce grand pudique lèvera un coin de voile dans son premier film, Sablé-sur-Sarthe, Sarthe (2009), il rêve d’études de cinéma, mais sa mère l’en dissuade, au prétexte qu’il prend des « photos minables »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’écrivain, mort à 85 ans, était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne. Il avait reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004.
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Décès de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, survivant de la Shoah

L’écrivain, mort à 85 ans, était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne. Il avait reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 09h14
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 09h55
   





                        


Il était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne qui avait survécu à la Shoah en Ukraine. L’écrivain israélien Aharon Appelfeld est mort dans la nuit de mercredi à jeudi 4 janvier à l’âge de 85 ans, ont annoncé jeudi ses proches. Son œuvre, consacrée en grande partie à la vie des juifs en Europe avant et pendant la Shoah, a été traduite en plusieurs langues.
Né en 1932 dans un village près de Czernowitz, ville roumaine aujourd’hui en Ukraine, dans une famille juive, sa mère est assassinée par les nazis et lui est déporté avec son père dans un camp. Il s’en évade seul en 1942 et survit ensuite dans les forêts, « adopté par un gang de criminels ukrainiens ».

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                Aharon Appelfeld : « Sans musique, je ne peux pas écrire »



Recueilli ensuite par les Soviétiques, il devient « garçon de cuisine » pendant neuf mois pour l’Armée rouge, qu’il quitte en 1945. Il immigre un an plus tard en Palestine mandataire. « Personne ne voulait des orphelins en Europe. Le seul endroit où l’on pouvait aller était la Palestine », racontait l’écrivain dans un entretien à l’Agence France-Presse en 2010. Aharon Appelfeld retrouve son père, lui aussi survivant de la barbarie nazie, en 1957 en Israël.
« Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort »
Son premier livre paraît en 1962 et sera suivi par plus de quarante ouvrages, romans et recueils de poèmes. Il raconte dans son autobiographie Histoire d’une vie (1999) comment il a survécu à la Shoah. Récipiendaire de nombreux prix à travers le monde, l’écrivain avait notamment reçu le prestigieux prix d’Israël en 1983 et le prix Médicis étranger en 2004 pour son autobiographie.
Aharon Appelfeld refusait d’être classifié comme un écrivain de la Shoah même s’il avait donné une voix à ceux qui n’avaient pas survécu. « Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort. L’écriture suppose que vous soyez vivant », avait-il confié.

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Professeur de lettres à l’université Ben-Gourion de Beersheva, dans le sud d’Israël, de 1979 jusqu’à sa retraite, il avait publié son dernier roman il y a quelques mois. Ami de l’écrivain américain Philip Roth, ce dernier en avait fait un personnage de son roman Opération Shylock. La ministre de la culture israélienne, Miri Regev, a déploré la disparition du romancier « qui nous a laissé des histoires de vie entière qui resteront dans notre souvenir collectif et personnel ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ De l’indépendance du Ghana au Swinging London, le photographe James Barnor a tiré le portrait d’une jeunesse africaine s’épanouissant dans une société en transition.
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James Barnor, pionnier de la photographie africaine


                      De l’indépendance du Ghana au Swinging London, le photographe James Barnor a tiré le portrait d’une jeunesse africaine s’épanouissant dans une société en transition.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 13h48
    |

                            Roxana Azimi








   


A 88 ans bien frappés, James Barnor promène toujours son œil pétillant et bienveillant sur le monde. Si le photographe ghanéen a ouvert son premier studio photo en 1953 à Accra, c’est dans le Swinging London des sixties que sa carrière décolle.
En septembre 1959, deux ans après l’indépendance du Ghana, dont il fut l’un des portraitistes, le photographe annonce au rédacteur en chef du mythique magazine sud-africain Drum qu’il souhaite se rendre en Angleterre. Ce dernier, qui lui commande régulièrement des clichés, le prévient : « La concurrence est rude. Vous devez faire preuve d’initiatives. » Mais « Lucky Jim » croit en sa bonne étoile. Alors qu’il ne pensait rester qu’un ou deux ans, le temps de parfaire ses connaissances techniques, il séjournera dix ans en Grande-Bretagne. C’est là qu’il bascule du noir et blanc vers la couleur, du studio aux prises de vue en extérieur.
Sympathique en diable, Barnor est de toutes les célébrations de la diaspora ghanéenne, des mariages comme des mondanités. On le retrouve aussi en 1966, assis dans le lobby d’un hôtel, excité à l’idée de photographier le héros du jour, Muhammad Ali, qui a mis K.-O. Brian London lors d’un combat mémorable.
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        Au cours des années 1960, le photographe James Barnor a dressé le portrait d’une communauté africaine en phase avec la société britannique, alors en pleine mutation. Coup d’œil sur ses clichés optimistes et dépolitisés."
            data-slide-description="Un groupe d’amis photographié lors d’un mariage à Balham, un quartier sud de Londres, dans les années 1960."
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            data-slide-description="La Tamise prise depuis un bateau, dans les années 1960. James Barnor, qui s’est toujours intéressé à l’architecture, a utilisé un film diapositif développé par ses soins à la London Polytechnic où il suivait des cours du soir."
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            data-slide-description="Sarah Mills Okaikoi, une amie ghanéenne du photographe, devant sa maison familiale dans le sud de Londres, au milieu des années 1960. James Barnor souhaitait qu’elle devienne modèle pour le magazine sud-africain Drum. L’étudiante avait déjà posé pour Flamingo, une revue panafricaine éditée au Nigeria, dont l’un des rédacteurs était ghanéen."
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            data-slide-description="Une manifestation devant l’ambassade de Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) à proximité de la station Charing Cross, au début des années 1960. James Barnor a photographié cette scène par pure coïncidence, en arrivant comme chaque matin du Kent – où il habitait à l’époque – par cette gare. Son œuvre est foncièrement apolitique."
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            data-slide-description="Portrait d’une amie nigériane de l’artiste, réalisé dans la maison d’un compatriote ghanéen au sud de Londres, au milieu des années 1960."
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            data-slide-description="Le modèle Erlin Ibreck, dans un appartement du quartier de Kilburn, en 1966. Alors secrétaire, elle fut repérée par James Barnor à un arrêt de bus."
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            data-slide-description="Lors d’un événement organisé par une association ghanéenne à Londres."
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            data-slide-description="Portrait pour une couverture de la revue Drum, réalisé dans la propre maison du photographe, dans le quartier de South Kilburn."
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            data-slide-description="Sarah Mills Okaikoi, apparue dans la revue Flamingo, au côté d’un invité lors d’un mariage à Balham."
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            data-slide-description="Une quincaillerie sur Theobalds Road"
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            data-slide-description="La Nigériane Marie Hallowi, actrice et mannequin photographiée pour le magazine Drum en 1966."
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            data-slide-description="James Barnor entouré de deux journalistes, ainsi que de la secrétaire de la revue Drum, Kayla, qui assistait le photographe. Ils attendent dans hôtel londonien l’arrivée du boxeur Muhammad Ali, récent tombeur de Brian London, en 1966."
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            data-slide-description="La chanteuse ougandaise Constance Mulondo improvisant en compagniedes membres du groupe The Millionaires, après un concert organisé dans une université."
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Au cours des années 1960, le photographe James Barnor a dressé le portrait d’une communauté africaine en phase avec la société britannique, alors en pleine mutation. Coup d’œil sur ses clichés optimistes et dépolitisés.            
Un groupe d’amis photographié lors d’un mariage à Balham, un quartier sud de Londres, dans les années 1960.

James Barnor / Neutral Grey
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A Londres, tout l’inspire, les architectures comme les parcs, les facteurs qui distribuent le courrier comme les aspirants mannequins en quête de notoriété. Barnor recrute ses modèles féminins au culot, dans la rue. Ainsi a-t-il repéré Erlin Ibreck à un arrêt de bus à Victoria Station. Après quelques essais devant la bibliothèque d’un ami, elle deviendra son modèle fétiche. Tout comme l’actrice nigériane Marie Hallowi, qu’il fait poser devant la station Charing Cross, entourée d’une nuée de pigeons.
Un regard optimiste
James Barnor aime les belles femmes, les happy days et happy end. Prenez l’exemple de Constance Mulondo. La jeune Ougandaise, qui gagne sa vie comme secrétaire, a un beau brin de voix et de l’ambition à revendre. Lors d’une soirée à l’université, elle improvise avec un groupe de musiciens blancs, The Millionaires. Quelques jours après sa prestation remarquée, elle quitte son boulot pour se concentrer sur le chant.
« James Barnor ne photographie jamais la mélancolie, il a toujours pris le bon côté des choses. » Clémentine de la Féronnière, galeriste
Inconsciemment, Barnor dresse le portrait d’une communauté noire pleinement intégrée dans une société multiculturelle dans le vent. Inutile en revanche d’entraîner l’octogénaire sur le terrain politique. Le photographe ne compte à son actif qu’un seul cliché, daté de 1960, représentant une manifestation devant l’ambassade de Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) à Londres. James Barnor dit ne pas avoir été informé des émeutes raciales de Notting Hill, qui ont enflammé la capitale britannique, un an avant son arrivée.
La discrimination, il assure ne pas l’avoir subie. Ou si peu, que cela ne vaut même pas la peine de l’évoquer. En ces temps-là, les photographes noirs ne couraient pourtant pas les rues. Il ne parlera pas plus de sa vie de retour en Grande-Bretagne dans les années 1990, où il travaille comme agent d’entretien à l’aéroport d’Heathrow. « James ne photographie jamais la mélancolie, il a toujours pris le bon côté des choses, sans doute parce qu’il a su saisir sa chance, observe la galeriste parisienne Clémentine de la Féronnière. Il veut transmettre l’idée que la vie est ce qu’on en fait. »
Exposition « La vie selon James Barnor », au Musée du District, 11e édition des Rencontres de Bamako. Jusqu’au 31 janvier 2018. www.rencontres-bamako.com



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Au cours des années 1960, le photographe James Barnor a dressé le portrait d’une communauté africaine en phase avec la société britannique, alors en pleine mutation. Coup d’œil sur ses clichés optimistes et dépolitisés.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Paul Otchakovsky-Laurens avait 73 ans. Il fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

L’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort

Paul Otchakovsky-Laurens avait 73 ans. Il fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 07h51
   





                        



   


L’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort mardi 2 janvier, dans un accident de voiture à Marie Galante (Petites Antilles). Il y passait des vacances avec sa compagne, l’écrivaine et peintre Emmelene Landon, qui a été blessée. Il avait 73 ans.
Né en 1944 à Valréas (Vaucluse), Paul Otchakovsky-Laurens fut l’éditeur de Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin…
Son père peintre, Zalman Otchakovsky, juif de Bessarabie, meurt alors qu’il est nourrisson. Sa mère le confie à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe, qui adopte l’enfant, lequel ajoutera son nom, Laurens, à son état civil.
Entré comme stagiaire chez l’éditeur Christian Bourgois en février 1969, il devient, en 1970, lecteur chez Flammarion. Le premier auteur qu’il publie est Marc Cholodenko. Deux ans plus tard, il crée la collection « Textes », avec Pierre Dumayet.
En 1977, il quitte Flammarion pour Hachette, et créé la collection « P.O.L. ». C’est là qu’il va publier plusieurs textes de Georges Perec.
Mais l’actionnaire d’Hachette, Matra, aspire à plus de rentabilité et de best sellers. La mort de Georges Perec, en 1982, le pousse à créer sa propre maison.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.
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Qui a la parole ? Crise mondiale de la viande

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Chair, les hommes et les dieux. La viande en Inde, de Michaël Bruckert, CNRS Editions, 406 p., 27 € (en librairie le 11 janvier).

Chacun a pu constater, après cette période de fêtes, qu’il fallait se battre à chaque repas, plat après plat, pour décider de reprendre du foie gras, de farcir un chapon ou de faire mariner un quartier de sanglier. C’est que nous sommes entrés dans une crise mondiale de la viande pour des raisons à la fois morales, écologiques, religieuses et, pour tout dire, politiques. Tâchez de pousser à bout une mangeuse de viande ou un végan, vous gâcherez plus d’un réveillon ! Chacun s’aperçoit qu’il lui faut désormais justifier par toute une métaphysique ce qui lui paraissait jusqu’ici aller de soi.
C’est tout l’intérêt de cette enquête passionnante d’un jeune géographe, Michaël Bruckert, sur le « paysage carné » (meatspace) de l’Inde d’aujourd’hui et, plus précisément, de la ville de Chennai (l’ancienne Madras). Par une analyse méticuleuse qui va de l’emplacement des abattoirs à l’idéologie du BJP (le parti de la droite nationaliste hindoue, aujourd’hui au pouvoir), en passant par la philosophie des brahmanes, la texture des plats, les modes d’élevage des poulets et les enseignes des gargotes, nous apprenons comment devenir réflexif sur nos propres pratiques.
Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande
« Si toutes les sociétés sont confrontées à l’immuable problème posé par la mise à mort des animaux pour en obtenir de la viande, aucune ne semble avoir jeté l’anathème sur la chair animale autant que l’Inde l’a fait. » Comme la qualité « biomorale » des humains dépend de ce qu’ils mangent, chaque caste répartit avec un soin extrême ce qu’il est permis d’ingérer dans l’intimité de la maison ou au-dehors, dans la vie publique. Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande. La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Claro suit de près ­Hélène Ling dans sa triangulation des origines.
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Le feuilleton. Savoir s’éloigner

Claro suit de près ­Hélène Ling dans sa triangulation des origines.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ombre chinoise, d’Hélène Ling, Rivages, 332 p., 20 €.

Il faut parfois se réinventer. On parle bien sûr ici de se réinventer dans l’écriture, même si les bouleversements à l’œuvre sur la page ont sans doute leur origine dans le corps de celui ou celle qui écrit, un corps de plus en plus engagé dans la matière langue. Certes, le roman autorise toutes sortes de pirouettes, il sait jouer avec les faux-semblants, revisiter l’intime, brouiller les frontières. Mais ce n’est pas pour autant qu’il laisse la corne du taureau entrer dans le cadre et transforme l’expérience littéraire en tauromachie, pour reprendre l’image développée par Michel Leiris (1901-1990). On oublie trop souvent que les livres sont, pour ceux et celles qui les écrivent, davantage que des objets finis ou les pierres possibles d’un futur édifice. Car après chaque livre, sans pour autant s’en faire l’exégète, on prend la mesure de ce qu’on n’a pas su faire, pas voulu faire, pas osé faire. On voit les trous, les failles, les creux. Alors on retourne au charbon. On se doute parfois qu’inventer, inventer encore, ne va pas suffire. Qu’il va falloir (se) réinventer, recommencer, et retourner une terre qu’on avait simplement foulée, forcer des portes qu’on avait maquillées en murs. Tout remettre en jeu. Or c’est précisément ce que fait Hélène Ling dans Ombre chinoise. Après deux livres où l’art servait de cheval de Troie à une certaine défiance à l’égard des legs, elle accomplit sa nécessaire révolution et livre un triptyque dont le principe n’est pas sans rappeler celui présidant aux Géorgiques, de Claude Simon (Minuit, 1981) : procéder à la triangulation des origines en traçant trois lignes rétives aux jonctions.
Ombre chinoise, nous dit le titre, nous disant aussi : attention, il va s’agir d’invoquer l’âme des morts (comme aux sources du théâtre d’ombres), de faire la différence entre ce qu’on voit et ce qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.
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Figures libres. Et si le temps n’était qu’une fiction ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h32
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Souviens-toi de ton avenir, d’Anne Dufourmantelle, Albin Michel, 492 p., 22,50 €.
Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017, maints hommages depuis se sont succédé. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. Et ce fort volume, intitulé Souviens-toi de ton avenir, paraît aujourd’hui.

On s’attachera d’abord aux chatoiements de surface, deux intrigues alternant de chapitre en chapitre. Ces histoires se juxtaposent, se tressent, peu à peu se répondent, en dépit des époques différentes où elles se déroulent. A sept siècles de distance, deux brochettes de personnages hauts en couleur parcourent la planète en jouant des parties parallèles.
L’une se déroule au XIVe siècle. Elle conduit ses protagonistes des montagnes de l’Altaï, proches de la Mongolie, jusqu’aux rivages de l’Equateur et à la découverte du Nouveau Monde. Akhan, empereur entraîné par sa démesure, refuse d’écouter ce que lui dit le vieux chamane qui l’a élevé : attention au Vent rouge, qui peut révéler combien le temps est un mirage. Le chef mongol veut découvrir de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux dieux. Il se soumet un Vénitien, géomètre-cartographe, le charge des calculs nécessaires à l’expédition, et surtout du récit qui transmettra son existence à la postérité.
L’autre histoire restitue la découverte, au XXIe siècle, des fragments dispersés de ce manuscrit inconnu. Une bande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Rêveries bucoliques d’une solitaire. On se baigne avec bonheur dans « L’Etang », premier livre d’une Londonienne installée en Irlande.
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Claire-Louise Bennett se confie à l’eau qui dort

Rêveries bucoliques d’une solitaire. On se baigne avec bonheur dans « L’Etang », premier livre d’une Londonienne installée en Irlande.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Etang (Pond), de Claire Louise Bennett, traduit de l’anglais par Thierry Decottignies, L’Olivier, 224 p., 19,50 €.

La vie prend un drôle de tour quand on est seul : on ne supporte pas d’être nu dans sa chambre et on peut passer des heures à réparer le bouton d’une gazinière. La vie joue de drôles de tours quand on habite loin du monde : on croit séduire l’unique passant à la ronde et, finalement, c’est un troupeau de vaches qui nous suit comme le Messie. Ainsi va la vie de la narratrice de Claire-Louise Bennett. Paru en 2015, L’Etang, premier livre d’une folle originalité de cette Londonienne installée en Irlande, a enthousiasmé la critique et le public anglo-saxons. La vingtaine de textes courts, de quelques lignes à quelques pages, qui le composent, suit les pensées drôles ou graves, toujours percutantes d’une héroïne anonyme. Qui s’y plonge doit s’attendre à être dérouté : L’Etang, suite de moments isolés d’un esprit lui-même solitaire, est d’un genre inclassable.
« Les ailleurs de l’imagination »
De cette protagoniste, nous ne connaissons rien de ce qui fait habituellement un personnage. Ni son apparence, ni sa biographie (hormis sa « colocation avec sa salle de bains »), ni pourquoi elle vit presque recluse dans un cottage, face à un étang, probablement en Irlande. « Matin, midi et soir », le second texte du livre, nous lance sur plusieurs pistes. Est-elle horticultrice ? Elle cultive pommes de terre, épinards et fèves. Zoologiste ? Elle écoute scarabées, araignées et autres martinets. Poète ? Elle signe une ode improbable : « O Concentré de Tomate – laisse-moi t’étendre et marteler ces plis et ces sillons rigides ! » Doctorante en dépression ? Sa thèse prend la poussière dans une grange… En fait, nous faisons fausse route. Elle ne fait « rien vraiment » ; sa « tête est tournée vers les ailleurs de l’imagination ». Mieux vaut prêter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ En fin de saison face à l’océan, un homme recherche le mot qui lui échappe. Avec « L’Oubli », le romancier signe un très beau piège à spectres.
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Philippe Forest sur le bout de la langue

En fin de saison face à l’océan, un homme recherche le mot qui lui échappe. Avec « L’Oubli », le romancier signe un très beau piège à spectres.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Oubli, de Philippe Forest, Gallimard, 240 p., 19 €.

Qu’ils le veuillent ou non, les romanciers écrivent toujours avec toute la bibliothèque, la leur mais aussi celle que leur prêtent les lecteurs : parfois, ces derniers voient glisser entre les pages d’un livre des fantômes de phrases ou de personnages dont l’auteur lui-même ignorait tout à l’instant d’écrire. A croire que les spectres circulent à leur guise d’un livre à l’autre, dans la bibliothèque, dès que les locataires éphémères que nous sommes ont le dos tourné.
Ce qui est sûr, c’est qu’à peine entre-t-on dans L’Oubli, de Philippe Forest, que les revenants affleurent sous chaque paragraphe, furtifs et jamais nommés mais forts d’une présence immédiatement perceptible. Le fantôme du jeune narrateur d’A la recherche du temps perdu oscillant entre les mondes, au réveil, n’est parmi eux que l’un des plus manifestes. De même, et sachant que Philippe Forest a consacré en 2015 une biographie à l’auteur d’Aurélien, le lecteur s’étonne à peine de deviner ou de croire deviner, ici ou là, l’ombre d’Aragon (1897-1982), à travers cette manière rien qu’à lui de lancer un adverbe comme un geste de la main surgirait du corps du texte pour désigner et balayer aussitôt l’impossibilité de dire : un je-ne-sais-quoi de relâché qui ne vaut que d’être drapé dans la plus grande maîtrise de la langue française. Mais c’est une foule, en vérité, qui se presse ainsi aux portes du livre, où l’on se surprend aussi bien à entendre résonner au bord du vide le pas suspendu d’un autre grand amateur d’adverbes, le Malone de Samuel Beckett (1906-1989).
Un trou dans le langage
Alors qu’il paraît construit brique à brique, comme l’on dit pas à pas ou mot à mot, L’Oubli se révèle d’emblée une très belle chambre d’échos où piéger les spectres, et pas seulement littéraires. Encore faut-il préciser que l’oubli qui donne son titre à cette fable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’écrivaine ukrainienne Sofia Andrukhovych ravive avec bonheur un recoin de l’Empire austro-hongrois finissant.
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Tous les parfums de Galicie dans un roman

L’écrivaine ukrainienne Sofia Andrukhovych ravive avec bonheur un recoin de l’Empire austro-hongrois finissant.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
    |

            Nicolas Weill








                        


                                                        
Felix Austria, de Sofia Andrukhovych, traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn, Noir sur blanc, 256 p., 20 €.
Cette année 2018 coïncide avec un centenaire à la célébration problématique : l’éclatement, consécutif à la défaite, de l’Empire austro-hongrois. L’effondrement de ce vaste agrégat occupant le centre du Vieux Continent, s’il fut une libération pour les peuples, a aussi créé une nostalgie chez certains écrivains comme Stefan Zweig (1881-1942) ou Joseph Roth (1994-1939). La thématique d’un monde en train de se fissurer avant même la dévastation finale avait également été exploitée par le romancier israélien Samuel ­Joseph Agnon (Prix Nobel de littérature 1966), lui-même originaire de Galicie, dans son Hôte de passage (Albin Michel, 1974). Cette province annexée par les Habsbourg en 1772 après le premier partage de la Pologne – et située aujourd’hui en Ukraine – a donc déjà joué le rôle d’emblème de cette « Europe d’hier », carrefour de peuples et de religions avant que, sous le coup de deux guerres mondiales, son pluralisme ne devienne plus qu’un souvenir, dont certains jeunes écrivains polonais ou ukrainiens d’aujourd’hui s’emparent pour contrer le nationalisme local.
Avec Felix Austria, ce flambeau-là est repris par une auteure née en 1982. Son roman se situe à Stanislaviv (désormais Ivano-Frankivsk) en l’an 1900, dans une période encore pacifique, où seules quelques prémices de la modernité commencent néanmoins à agiter les confins de la double monarchie et à remettre en question sa mécanique apparemment bien réglée. Sofia Andrukhovych a su éviter toute uchronie érigeant la Galicie de la Belle Epoque en version moderne du mythe de l’Andalousie médiévale et multiculturelle. Le statut social ambigu de l’héroïne, Stefa, fille des domestiques du docteur Anger, place le conformisme social au centre de l’intrigue. Stefa a été élevée avec la fille du médecin, Adèle, comme une sœur. Mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Avec « Trouville Casino », la romancière explore un fait divers réel et ses zones grises, incertaines – comme un ciel normand.
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Braquage de Trouville : Christine Montalbetti mène l’enquête

Avec « Trouville Casino », la romancière explore un fait divers réel et ses zones grises, incertaines – comme un ciel normand.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 09h36
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        


                                                        
Trouville Casino, de Christine Montalbetti, POL, 256 p., 17 €.
« Le vrai mystère du monde est le visible, non l’invisible. » La citation d’Oscar Wilde pourrait servir d’exergue à chacun des livres de Christine Montalbetti, tant la romancière, depuis ses débuts, s’attache à rendre compte du réel dans ce qu’il a de plus infime. C’est de nouveau le cas avec Trouville Casino, dans lequel elle revient sur un fait divers datant de 2011. Le 25 août, vers 14 heures, un septuagénaire inconnu des services de police braqua le casino de Trouville, avant de prendre la fuite avec un butin de 7 500 euros. La police finit par l’abattre au volant d’un véhicule volé.
Est-ce qu’au moment de pointer son arme sur la caissière, des répliques de films lui sont venues en tête ? La nuit précédant le hold-up, la pénombre de sa chambre lui a-t-elle fait l’effet d’une brume hostile ? Comme à son habitude, l’écrivaine scrute les événements par le petit bout de la lorgnette, pour leur donner un nouvel éclairage. Car, si l’on conclut rapidement à des troubles neurologiques pour expliquer le geste de l’homme, l’analyse de l’auteure est tout autre. Il vivait dans la ville de Gacé (Orne), où il coulait des jours tranquilles avec sa compagne. Tranquilles à défaut d’être heureux ; et pluvieux, Normandie oblige. La précision a son importance pour Christine Montalbetti, qui voit dans le crachin normand une possible clé de l’histoire. Le cri obsédant des mouettes, le mouvement hypnotique des nuages ont-ils fini par avoir raison de lui ? En faisant de ce ciel bas et lourd, un élément récurrent du récit, l’auteure dit quelque chose de la façon dont les paysages dans lesquels nous vivons nous façonnent, et nous agissent.
Se raconter des histoires
Si drame il y a chez elle, il réside avant tout dans l’hostilité du réel, tant et si bien que ce « petit braquage des familles » semble être finalement plus un point de départ...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Pour une véritable édition critique des pamphlets de Céline

Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h43
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                            Pierre-André Taguieff (Sociologue et politologue)








                        



                                


                            
La réédition chez Gallimard des trois pamphlets antijuifs de Céline est donc à l’ordre du jour : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Ils illustrent, parfaitement pour les deux premiers, le type du « pamphlet de propagande », selon la formule de Lucien Rebatet. Il s’agit de propagande pro-hitlérienne. Telle est la spécificité de ces pamphlets qui constituent avant tout une machine de guerre contre un ennemi absolu : « le juif ».
Impératifs contradictoires
Doit-on rééditer ces torrents d’injures, de contre-vérités, de sophismes, d’accusations délirantes, de mensonges de propagande, de visions paranoïaques, d’appels à la haine et au meurtre ? Telle est la première question, qu’on ne pose pas sans inquiétude. La réponse bute sur un fait déplaisant : les pamphlets de l’« entrepreneur d’invectives » sont en libre accès sur Internet et font l’objet d’éditions pirates en vente sur de nombreux sites.

Pourquoi dès lors prôner, sur la base de la législation antiraciste, l’interdiction d’une édition critique de ces textes alors que les organisations antiracistes avouent leur impuissance devant leur diffusion sauvage ? On peut par ailleurs, fort légitimement, s’inquiéter du parfum de respectabilité qui serait conféré à ces textes par leur publication chez Gallimard. Le citoyen conscient des enjeux est ainsi assailli par des impératifs contradictoires.

Est-il souhaitable de traiter ces pamphlets comme des objets historiques dotés d’une valeur documentaire et appelant une édition critique ? Telle est la deuxième question. Gallimard y a répondu positivement. Qui se soucie d’ôter à ces textes sulfureux l’attrait du fruit défendu en les accompagnant de commentaires et de notes ne peut qu’approuver le projet comme tel. Mais on peut s’interroger sur l’urgence et les modalités de cette réédition, décidée après le soudain revirement de Lucette Destouches,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Henri Godard, spécialiste de Céline, explique dans une triubune au « Monde » pourquoi il est favorable à la réédition des pamphlets antisémites de Céline.
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Pamphlets de Céline: une publication qui assainirait la situation

Henri Godard, spécialiste de Céline, explique dans une triubune au « Monde » pourquoi il est favorable à la réédition des pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h38
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Henri Godard (Professeur à la Sorbonne, spécialiste de Céline)







                        



                                


                            
Céline est-il un écrivain, un écrivain de grande envergure qui a marqué la littérature française, en dépit de son dérapage dans l’antisémitisme au pire moment et de la manière la plus désastreuse, ou bien n’a-t-il jamais été qu’un publiciste antisémite qui aurait mis sa verve au service des thèses nazies ?

Cette question est au point de convergence de toutes les interrogations que peut soulever un projet de republication en France de ses pamphlets. Selon les pages de ­Céline qu’on lit, on a affaire à l’une de deux figures, Ariel ou Caliban, apparemment exclusives l’une de l’autre. Dans la biographie que je lui ai consacrée (Gallimard, 2011), mon but était de tenter de tenir les deux bouts de la chaîne, l’écrivain et ­l’antisémite.
Le mouvement spontané qui nous porte à juger impossible cette coexistence est naturellement une illusion. C’est bien le même individu qui, à certains moments, s’efforce de tirer de lui-même ce que sa vision du monde et de la société moderne, son don comique et son extraordinaire sens de la langue peuvent apporter de neuf dans la littérature, et qui, à d’autres moments, se laisse aller à ce qu’il y a de pire en lui.

L’écrivain a pour avatar le pamphlétaire antisémite, auteur de trois pamphlets dont l’antisémitisme constitue la plus grande part, et qui pour cette raison n’ont pas été réédités depuis 1945. L’auteur l’interdisait, et nul n’aurait pris, si près de la guerre et des révélations de l’après-guerre, le risque de réveiller les passions qui avaient été la cause de tant de morts et de tant de douleurs. Entre-temps, les huit romans de ­Céline faisaient de lui un écrivain majeur de sa génération.
Les pamphlets, cadavre dans le placard
La relégation des pamphlets, cadavre dans le placard, finissait par créer une ­situation malsaine. Ils étaient souvent évoqués mais en réalité presque jamais lus dans leur texte. Il est juste que les admirateurs des romans puissent prendre connaissance, s’ils le...




                        

                        

