<FILE-date="2018/01/04/18">

<article-nb="2018/01/04/18-1">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Erick Cakpo, enseignant à l’université de Lorraine, analyse comment les objets d’art cristallisent les enjeux politiques et identitaires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤         

Décryptage

Restitution des biens culturels mal acquis : à qui appartient l’art ?

Erick Cakpo, enseignant à l’université de Lorraine, analyse comment les objets d’art cristallisent les enjeux politiques et identitaires.


LE MONDE
              datetime="2018-01-04T17:18:24+01:00"

        Le 04.01.2018 à 17h18






    
Le roi Behanzin, du Bénin, pose devant la statue de son ancêtre du début du XIXe siècle, lors de sa visite au musée du Quai Branly en 2007.
Crédits : BORIS HORVAT / AFP


Ces dernières années, les demandes de restitution d’œuvres conservées dans les musées européens et acquises irrégulièrement et souvent dans le cadre des conquêtes coloniales se sont multipliées. On se souvient des cinq stèles pharaoniques réclamées à la France par l’Egypte, tout comme du buste de la reine Néfertiti demandé à l’Allemagne. Plus de deux cents ans après l’installation des frises du Parthénon au British Museum, la Grèce continue de réclamer l’œuvre au Royaume-Uni.
Le dernier pays en date à s’inscrire dans cette démarche est le Bénin. Cette demande a fait des remous à tel point que, lors de son discours sur l’Afrique à Ouagadougou, Emmanuel Macron a promis de réunir d’ici cinq ans les conditions nécessaires pour la restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain.
Les demandes de restitution poussent à se poser un certain nombre de questions : pourquoi les pays détenteurs tiennent-ils à conserver les objets d’art supposés mal acquis ? Pourquoi les pays demandeurs souhaitent-ils leur retour ? Qu’est-ce qui explique le déplacement des œuvres, phénomène ayant lieu depuis l’Antiquité ? Enfin, comment les objets d’art cristallisent-ils les enjeux politiques et identitaires ?
Les œuvres d’art comme objets de pouvoir
La revendication d’objets acquis dans des conditions de domination et d’occupation n’est pas un fait récent. Néanmoins, il convient de s’interroger sur les raisons de l’appropriation d’objets en contexte de conquête. Dans l’Antiquité, un conflit opposa le dénommé Caius Licinus Verres alias Verrès (v. 120 av. J.-C. – 43 av. J.-C.), préteur de Sicile, aux habitants de cette région.
Pendant son mandat, le préteur soumit les villes à des impôts illégaux et s’appropria toutes les œuvres d’art de la province romaine. Pour se défendre et pouvoir recouvrer les objets pillés par Verrès, les Siciliens engagèrent Cicéron comme avocat. Si l’issue de cette histoire tend à prouver les qualités oratoires extraordinaires de ce dernier, ce sont surtout ses écrits qui vont assurer la postérité de cette affaire. En effet, Cicéron, n’ayant pas pu prononcer les discours qu’il avait prévus pour l’audience, les fit publier sous le nom de Verrines. Le quatrième – dans ce recueil de sept –, intitulé « Sur les statues », décrit le pillage des objets d’art méthodiquement orchestré par Verrès. Le texte montre que les objets « enlevés en vertu du droit de la guerre » ont été rapportés en triomphe à Rome et enregistrés avec soin au trésor public.

        Lire aussi :
         

                L’art, butin de guerre



Cet exemple, à bien des égards semblable au sort qu’ont connu les objets « déplacés » dans le cadre des conquêtes plus récentes, fait des œuvres d’art le lieu de manifestation de la puissance et du pouvoir politique du conquérant. S’emparer des objets des perdants, c’est montrer sa puissance en dépossédant ces derniers de ce qui constitue leur fond culturel. Dans le contexte des conquêtes européennes du XIXe siècle, cette situation a poussé Victor Hugo à proclamer : « La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. »
D’un autre côté, trop souvent, c’est dans l’espoir de réparation de ce passé « humiliant » que les demandes de restitution, empreintes de revendications politiques, s’effectuent. Dès lors, les œuvres participent en général d’une tentative de reconstruction d’une certaine identité, souvent fantasmée d’ailleurs, d’un âge d’or précolonial ou pré-occupation, susceptible de restaurer cette identité perdue ou entachée.
Le cas des « trésors de Béhanzin »
Retracer le contexte dans lequel certains patrimoines « étrangers » sont parvenus en France peut permettre de remonter à la source du problème des objets supposés mal acquis. Le cas de l’appropriation de certaines œuvres du Bénin remontant à la période coloniale et actuellement conservées dans des musées français fournit un aperçu.
C’est dans le cadre de la conquête coloniale française de la fin du XIXe siècle que la plupart des œuvres en provenance du royaume de Dahomey (actuellement République du Bénin) se retrouveront dans les musées français. Après d’âpres combats contre l’armée française, le roi Béhanzin (1890-1894) signa sa reddition le 15 janvier 1894. A la suite de cet événement, plusieurs témoignages relevés dans un livre intitulé La Campagne du Dahomey 1893-1894 signalent les pillages menés non seulement par la soldatesque, mais également par l’état-major et son chef, le général Alfred Amédée Dodds (1842-1922).
La France doit sa victoire sur le Dahomey à cet officier métis sénégalo-français, originaire de Saint-Louis-du-Sénégal et formé à Saint-Cyr. Dans une lettre adressée à son propre frère le 20 janvier 1894, quelques jours après la capitulation de Béhanzin, le général lui-même fait état d’un partage d’objets (bracelets, objets d’art, etc.) à la fin de la « colonne ». Il y mentionne également « une chasse à la collection ».
Quels rôle et fonction vont jouer les objets sur le sol français ? On note d’abord la fonction détournée de certains d’entre eux, vendus sur le marché parisien dès le début du XXe siècle, collationnés sous l’appellation « trésors de Béhanzin », pour engranger de l’argent, une sorte de « prime » aux militaires et aux fonctionnaires qui les ont ramenés. Les héritiers de certaines œuvres se sont aussi livrés à leur vente. Ainsi, des objets ayant appartenu au général Dodds se sont retrouvés chez un certain colonel Achille Lemoine, son héritier, qui éditera une série de cartes postales, sous le nom de ACH., les présentant à fin de diffusion et de vente.

    
Bivouac de la colonne Dodds sur la place d’Abomey, novembre 1892.
Crédits : New York Public Library


Notons ensuite que ces pièces ont servi à matérialiser, en quelque sorte, la conquête coloniale aux yeux de ceux qui l’ont suivie de loin, telles des souvenirs de guerre et des trophées. On comprend plus aisément cette fonction jouée par les objets quand on se place dans le contexte de l’époque où les conquêtes coloniales, dans un but politique voulu par le ministère des colonies, résonnent aux oreilles de la société française comme un feuilleton national.
On peut enfin signaler les pièces offertes de manière solennelle à des musées et institutions publiques afin d’attirer la curiosité du public et de permettre leur étude dans un contexte où l’ethnologie, comme discipline des sciences humaines, émerge. Les donations faites par le général Dodds au Musée d’ethnographie du Trocadéro font partie de ce cas. On compte les portes du palais d’Abomey, de grandes statues royales, des trônes de rois, des autels portatifs appelés « asen ». On note également la donation de la splendide sculpture en fer du dieu Gou, dieu de la guerre, par le capitaine Eugène Fonssagrives.
La plupart de ces chefs-d’œuvre sont actuellement conservés au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Les collections ayant appartenu au Musée d’ethnographie du Trocadéro, puis au département du Musée de l’homme et enfin aujourd’hui au Musée du quai Branly-Jacques Chirac sont des plus importantes et des plus représentatives de l’art du Dahomey hors du continent africain.

    
L’ancien palais du Trocadéro, qui abritait le Musée d’ethnographie.
Crédits : Domaine public


Ce sont ces œuvres, considérées comme des trésors royaux, que réclame en l’occurrence aujourd’hui le Bénin, proclamant le droit de « retour au pays », sur fond de réparation des « dommages » causés par la colonisation. Le fait que cette demande soit portée, outre le gouvernement béninois, par le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) à travers la voie de son président, Louis-Georges Tin, dénote la dimension ethnopolitique que revêtent les objets réclamés.
Quelles solutions pour les objets « déplacés » ?
Afin d’atténuer la restitution pure et simple exigée par certains pays demandeurs, la solution de réplique des œuvres est avancée et envisagée dans la plupart des cas comme une mesure devant contenter les deux parties, le pays conservateur et le pays demandeur. Cependant, reste la question de savoir à qui doivent revenir les œuvres originales.
De la même manière, les répliques virtuelles sont de plus en plus évoquées. Si cette perspective est largement partagée par les jeunes générations habituées au numérique, de nombreux amateurs d’art pensent qu’il s’agit d’un non-sens, voire d’une offense à la culture artistique que de dématérialiser l’objet d’art. Par ailleurs, le prêt de ces objets de musée à musée est évoqué sans que cette solution ne soit entièrement satisfaisante.
Il apparaît que le problème de la restitution est inextricable, car il englobe plusieurs domaines, ceux du droit, de la morale, de la politique, de l’histoire, de l’économie, de l’identité, etc. Puisque les concepts peuvent ouvrir la voie à la réflexion et peut-être à une solution, il convient de s’accorder sur la terminologie, la manière dont on peut qualifier les objets « déplacés ».

        Lire aussi :
         

                « La restitution des œuvres issues des pillages coloniaux n’est plus un tabou »



Pillage, spoliation, saisie artistique, confiscation, butin de guerre… les mots ne manquent pas pour désigner, en fonction des contextes, le déplacement indu des œuvres. Remarquant que ces termes sont chargés de revendications idéologiques et politiques, l’historienne française Bénédicte Savoy propose le terme de « translocation patrimoniale ». « A l’origine, “translocation” est un terme de chimie génétique désignant un “échange entre chromosomes provoqué par cassure et réparation”, échange impliquant des mutations », affirme-t-elle.
Selon l’auteure, ce terme permet d’appréhender les logiques d’appropriation patrimoniale et leurs effets, car il prend en considération trois éléments essentiels de la notion de déplacement : le lieu, la « cassure/réparation » et la transformation. Le premier permet de situer l’œuvre, d’identifier son origine et son lieu d’« exil », de relever sa présence dans un endroit et son absence dans un autre, de lui affecter un emplacement supposé sécurisé ou risqué, de juger de son exposition dans un endroit public ou privé, etc. La notion de « cassure/réparation » entrant dans le processus de translocation permet de prendre en compte les possibles traumatismes. Et enfin, puisque tout déplacement induit un changement intrinsèque et extrinsèque, les transformations que subissent l’objet et son lieu d’accueil sont à considérer.
Nouvelle géographie culturelle
La « translocation patrimoniale » invite donc à l’analyse des problèmes relatifs aux déplacements forcés des biens patrimoniaux. De ce fait, on peut considérer que les trois éléments déterminés par Bénédicte Savoy fournissent les moyens d’approcher, voire d’interroger le point de vue de chacune des parties engagées : les détenteurs, les demandeurs et les objets. Par exemple, la réflexion sur le lieu permet aux détenteurs de mettre en avant l’argument, recevable ou non, de la bonne conservation du patrimoine dans un endroit plus qu’un autre. Il s’agit là de la reconnaissance du caractère « déplacé » des œuvres en leur possession.
Les demandes actuelles de restitution des objets posent plusieurs questions fondamentales qui elles-mêmes interrogent le statut de l’art, surtout dans le contexte actuel de globalisation : à qui appartient l’art ? Assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle géographie culturelle ?
La circulation des biens culturels participe de la construction de l’humanité. De tout temps, les objets ayant appartenu à des peuples se sont retrouvés chez d’autres pour des raisons diverses. Cependant, la complexité des demandes actuelles de restitution, en raison de la diversité des cas qui ont gouverné leur déplacement, nécessite d’inventer de nouvelles règles non seulement pour lever les principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité attachés aux collections muséales mais également pour définir les conditions d’un nouveau partage ou d’une nouvelle circulation des patrimoines.

        Lire aussi :
         

                Arts : restituer son patrimoine à l’Afrique ?



C’est dans cette voie que semble s’engager la France depuis l’annonce de restitution faite par Emmanuel Macron dans le cas des objets africains. Mais avant que cela ne soit effectif, le premier travail que beaucoup appellent de leurs vœux est l’ouverture des archives afin de rendre accessibles à tous la provenance et les conditions d’acquisition des œuvres déplacées.
En définitive, s’il semble légitime de satisfaire certaines demandes de restitution, surtout dans les cas avérés de « pillage », il paraît indispensable d’y réfléchir en séparant le problème du domaine moral, afin d’éviter l’écueil de la relecture de l’histoire dans une perspective de vengeance. Cet état d’esprit risquerait de conduire à confiner les objets dans des espaces supposés adaptés. La volonté de fixation (géographique) de l’objet d’art serait défavorable à la production artistique car l’une des fonctions premières de l’œuvre est sa capacité à inspirer ou à nourrir d’autres créations.
Erick Cakpo enseigne l’histoire des religions au département de théologie à l’université de Lorraine à Metz et s’intéresse aux productions artistiques « métisses » qui allient traditions et cultures d’Afrique et d’Occident.
Cet article a d’abord été publié sur le site de The Conversation.





<article-nb="2018/01/04/18-2">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Graham Allison, ce politologue qui éclaire notre monde grâce à la Grèce antique

Dans un essai récent, best-seller  outre-Atlantique, ce professeur émérite à Harvard examine la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis à la lumière de l’Histoire : les deux puissances peuvent-elles échapper au « piège de Thucydide » ?



Le Monde
 |    04.01.2018 à 15h15
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Le premier à avoir évoqué cette éventualité tragique est le milliardaire new-yorkais Stephen Schwarzman, inquiet des tensions grandissantes entre la Chine et les Etats-Unis : telles Athènes et Sparte pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), les deux puissances risquent de courir à un conflit destructeur sans vraiment l’avoir voulu. Elles sont prêtes à tomber dans le « piège de Thucydide ».
« Piège de Thucydide », l’expression intrigue… Elle a été forgée par Graham Allison. Ce professeur émérite à Harvard, âgé de 77 ans, a publié un essai sur les guerres qui éclatent lorsqu’une puissance ascendante conteste l’hégémonie d’une puissance jusque-là dominante, Destined for War. Can America and China escape Thucydide’s Trap ? (« Vouées à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? », Houghton Mifflin Harcourt, 2017, non traduit). « Ce qui rendit la guerre inévitable fut la montée en puissance du pouvoir d’Athènes et la peur qu’elle inspira à Sparte », écrivit en son temps l’historien grec Thucydide. L’hubris d’Athènes suscita la paranoïa de Sparte.
Depuis la ­Renaissance, ce phénomène s’est répété, ­selon Graham Allison, à seize reprises, et a conduit douze fois à la guerre. Or, la Chine et les Etats-Unis sont pris dans cette mécanique infernale, même si, estime-t-il, « la guerre n’est pas inévitable ». Son livre, qui s’est vendu à 50 000 exemplaires aux Etats-Unis, va paraître au Royaume-Uni, au Japon, mais aussi en Chine, où, prudemment, Allison a attendu que passe le congrès du Parti communiste, en octobre 2017, pour éviter la censure.
Si les spécialistes de géopolitique se sont entichés de Thucydide, c’est notamment qu’il flatte l’ego des anciens hellénistes. Graham ­Allison est l’un d’eux. « Notre professeur de grec ancien nous avait dit que, si nous travaillions assidûment, en fin de première année, nous pourrions traduire l’Anabase de Xénophon...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-3">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Malgré le réchauffement climatique, la flambée des populismes, les actes terroristes ou la menace nucléaire, des personnalités de tous horizons nous assurent que l’humanité progresse vers un mieux-être général.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


2018, année optimiste ? Enquête sur les raisons de se réjouir

Malgré le réchauffement climatique, la flambée des populismes, les actes terroristes ou la menace nucléaire, des personnalités de tous horizons nous assurent que l’humanité progresse vers un mieux-être général.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 14h38
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 17h50
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
« Il n’y en a pas un sur cent, et pourtant ils existent… », chantait Léo Ferré en 1969. Il parlait des anarchistes. Nous pourrions dire la même chose des optimistes aujourd’hui. Ils sont une poignée à se faire entendre, philosophes, scientifiques, économistes, journalistes, associatifs, entrepreneurs, principalement anglo-saxons ou d’Europe du Nord, assurant que l’humanité progresse vers un mieux-être général en dépit du réchauffement climatique, de la flambée des populismes, de la persistance des violences islamistes et des menaces nucléaires que se lancent le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et le président américain Donald Trump.

En août 2017, le quotidien britannique The Guardian qualifiait de « nouveaux optimistes » ce « groupe de commentateurs de plus en plus éminents qui semblent exceptionnellement immunisés contre la morosité », avançant que l’esprit des Lumières et la raison l’emportent toujours dans l’histoire. Etes-vous l’un de ces derniers progressistes ? Voici quatre grands arguments qui pourraient vous convaincre de le devenir en 2018.
Vous devenez optimiste quand vous comprenez que vous sous-évaluez le bonheur des autres
De nombreux biais d’interprétation exagèrent la gravité de ce qui se produit autour de nous. En décembre 2017, une étude Ipsos, ­Perils of Perception, menée dans 38 pays des 5 continents, souligne combien nous « surévaluons » le nombre de drames qui nous frappent, tant à domicile que dans les autres pays. Ainsi, la grande majorité des sondés pensent que les meurtres augmentent sans arrêt – 7 % seulement estiment qu’ils baissent –, alors qu’ils décroissent de 29 % en moyenne dans le monde, n’augmentant qu’au Pérou, au Mexique et au Canada. La majorité jure encore que les mœurs dérapent et que, chaque année, 20 % des adolescentes tombent enceintes – or c’est 2 %. Cette surévaluation est très forte sur tous les sujets labourés par les populistes. La...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-4">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Nouvelle science interdisciplinaire, la « collapsologie » regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios démontrant que la catastrophe a commencé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Etre catastrophiste, c’est être lucide »

Nouvelle science interdisciplinaire, la « collapsologie » regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios démontrant que la catastrophe a commencé.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 14h38
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Ils se font appeler les « collapsologues ». Ils étudient le collapsus de nos sociétés industrielles, un terme d’origine médicale (du latin lapsus : chute) désignant l’effondrement brutal d’une fonction vitale. En France, l’ingénieur agronome Pablo ­Servigne est l’un d’entre eux. Avec l’écoconseiller belge Raphaël Stevens, il a publié Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil, 2015). Après avoir compilé une impressionnante quantité de méta-analyses portant sur l’aggravation du réchauffement, l’épuisement des ressources énergétiques, alimentaires, forestières, halieutiques et métallifères, leur thèse est claire : les écosystèmes s’écroulent, la catastrophe a commencé pour l’humanité. Elle va s’accélérer. Et la « collapsologie » est la nouvelle science interdisciplinaire qui regroupe les études, faits, données, prospectives, scénarios qui le démontrent.
« Etre catastrophiste, ce n’est pas être pessimiste ou optimiste, c’est être lucide », dit Servigne. Les ­collapsologue ne se font pas d’illusions sur les possibilités de ressaisissement du capitalisme, qui nous a menés à l’abîme, ni sur le réformisme « vert ». C’est trop tard. Nous sommes arrivés au point de non-retour. Nous devons affronter la « grande descente énergétique », la fin du pétrole qui va paralyser nos sociétés, avertit Agnès Sinaï, journaliste environnementale et fondatrice, en 2011, de l’Institut Momentum. Nous avons dépassé quatre des neuf « seuils critiques » climatiques et biochimiques définis par la revue Nature en 2009 au-delà desquels la vie sur Terre se dérègle gravement.
Comportement destructeur
Ce passage aux limites génère déjà des effets d’engrenage, des réactions en chaîne, des processus d’accélération entropique que nous sommes incapables de prévoir et de penser. Notre rationalité scientifique est défiée par ces processus ­ « chaotiques » imprévisibles, assure Pablo Servigne,...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-5">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », se demande dans sa chronique si l’Iran pourra conserver son statut de puissance régionale prépondérante.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Passager ou durable, ce coup de grisou intérieur iranien peut secouer toute la région »

Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », se demande dans sa chronique si l’Iran pourra conserver son statut de puissance régionale prépondérante.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 16h37
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. La République islamique d’Iran savoure sa victoire en Syrie. Son influence est primordiale en Irak. Elle tient une partie du pouvoir au Liban. Mais à la maison, c’est moins brillant. Depuis une semaine, le régime est contesté dans la rue, à Téhéran et dans beaucoup d’autres villes. Passager ou durable, ce coup de grisou intérieur peut secouer toute la région.

La bonne vieille dialectique du « centre » et des « provinces » est ici à l’œuvre. L’Iran sort en position de force des années de guerre qui ont ravagé le Moyen-Orient. Ses alliés arabes sont aux commandes, peu ou prou, à Bagdad, à Damas, à Beyrouth. Cette situation donne à la théocratie iranienne le statut de puissance régionale prépondérante. Mais elle a un coût intérieur. L’investissement « étranger » de l’Iran – politique, militaire, économique – doit se chiffrer en centaines de millions de dollars, sinon en milliards. Quel « empire » n’est pas passé par là ?

Affaibli, le régime peut-il longtemps soutenir à bout de bras celui de Bachar Al-Assad à Damas ? Continuer à financer partis amis et milices armées à Bagdad ? Entretenir à grands frais le Hezbollah à Beyrouth ? En un sens, ces questions sont posées par les manifestants eux-mêmes, qui, depuis le 28 décembre, pointent le prix de l’engagement arabe de la République islamique. Le président Hassan Rohani a, lui aussi, reconnu que la situation intérieure iranienne avait un impact extérieur : au-delà de « notre système politique et de nos intérêts nationaux », ce qui est en jeu, a-t-il dit lundi, c’est « la stabilité de notre pays et celle de la région ».
Le dernier mot au « Guide »
Les manifestants ont choisi. Ils veulent qu’on s’occupe d’eux, prioritairement. Par centaines, par milliers, sans soutien politique, sans organisation, ils défilent dans une trentaine de villes du pays. Ils dénoncent le chômage – 30 % des jeunes sont sans emploi –, la suppression des subventions...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-6">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Editorial. Emmanuel Macron a annoncé le 3 janvier une prochaine loi contre les fausses nouvelles en période électorale. Un objectif louable qui risque de se heurter à une réalité complexe.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Fake news » : les risques d’une loi

Editorial. Emmanuel Macron a annoncé le 3 janvier une prochaine loi contre les fausses nouvelles en période électorale. Un objectif louable qui risque de se heurter à une réalité complexe.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 13h46
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Ce président qui ne dort jamais ne veut pas que la France s’endorme. Ne souhaitant pas non plus que les journalistes s’assoupissent, il leur a réservé, lors de la cérémonie des vœux de Nouvel An à la presse, mercredi 3 janvier, l’une de ces annonces dont il ponctue chacune de ses apparitions publiques : le chef de l’Etat veut offrir à la démocratie française une loi sur les « fake news ».
Quel beau sujet en effet ! Quoi de plus légitime que de s’attaquer à ce phénomène qui, décuplé par la puissance du Net, pourrit la vie démocratique en sapant la crédibilité de l’information et abuse de la crédulité des esprits non avertis ? Emmanuel Macron avait déjà réussi un très joli coup en mai dernier lorsque, recevant Vladimir Poutine à Versailles, il avait expliqué à une journaliste russe la différence entre information et propagande : à ses yeux, Russia Today (RT) et Sputnik étaient des organes de « propagande mensongère », diffuseurs de « contre-vérités », et donc indignes d’être accrédités pour couvrir sa campagne électorale.
Grâce à ce pilier des démocraties libérales qu’est la liberté d’expression, la chaîne de télévision RT en français a, depuis, été autorisée à émettre en France. Est-ce à dire qu’elle pourra en toute impunité déverser sa « propagande mensongère » dans le cadre de nos prochaines campagnes électorales ? En bonne logique, non. Il faut, a dit le président, en finir avec les « bobards inventés pour salir », traduction élyséenne des « fake news ».
Un domaine mouvant
La création délibérée de fausses nouvelles, ou la déformation de nouvelles réelles, et leur diffusion massive à travers les réseaux sociaux sont un fléau qui sape l’exercice électoral. Comme le montrent les travaux d’enquête réalisés depuis un an sur la campagne électorale américaine de 2016, la stratégie des « fake news » vise non seulement à salir mais à exploiter les divisions de nos sociétés ouvertes. C’est devenu l’une des armes de cette guerre technologique de l’information que livrent aujourd’hui aux démocraties occidentales certains régimes autocratiques, au premier rang desquels, sans la nommer, le président Macron place évidemment la Russie. La claire mise en garde du chef de l’Etat contre la « tentation illibérale », où, comme en Europe centrale, la liberté de la presse est menacée, est également opportune. 

        Lire aussi :
         

                Après avoir été la cible de rumeurs pendant la présidentielle, Macron veut une loi contre les « fake news »



Mais une loi pour « protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles » est-elle la solution ? M. Macron a promis un texte sur le sujet dans les semaines à venir et nous l’examinerons avec intérêt. Une chose est, comme l’a fait sentencieusement Emmanuel Macron mercredi soir, de donner une leçon de journalisme sur « les propos d’antichambre » – que lui-même et son équipe ne dédaignent pas de dispenser par ailleurs –, qui ne sauraient rivaliser avec « l’expression publique ». Une autre est de fixer un cadre juridique contraignant pour « imposer des obligations de transparence » aux plates-formes du Net, « afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent ». Ce type d’ambition législative, dans un domaine aussi mouvant et complexe que les technologies numériques et sur un sujet aussi crucial que la liberté de la presse, est par nature périlleux. La sauvegarde de la qualité et de la crédibilité de l’information est un combat de fond, dans lequel Le Monde est engagé. Il commence par l’éducation et passe par la défense des modèles économiques des médias d’information. Modifier les lois qui existent déjà apparaît pour le moins risqué.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-7">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », David Rouxel, fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile, suggère que les bailleurs sociaux s’appuient sur les outils numériques pour renouer, à un faible coût, le lien entre les habitants des quartiers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Les acteurs du numérique doivent aider les bailleurs sociaux dans leur mission »

Dans une tribune au « Monde », David Rouxel, fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile, suggère que les bailleurs sociaux s’appuient sur les outils numériques pour renouer, à un faible coût, le lien entre les habitants des quartiers.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 08h00
    |

David Rouxel (Fondateur de la plate-forme d’échanges de services locaux Smiile)







                        



                                


                            
Tribune. Alors que l’habitat social doit répondre à des problèmes majeurs d’ordre économique, social et environnemental, le gouvernement a prévu pour 2018 d‘importantes coupes budgétaires, qui vont réduire les marges de manœuvres des bailleurs, au risque d’augmenter la fracture urbaine, déjà profonde, avec des quartiers qui se paupérisent.
De plus en plus d’initiatives issues d’une économie nouvelle, dite collaborative, émergent
Au-delà de leur mission première qui consiste à fournir des logements, les bailleurs ont historiquement un rôle d’utilité sociale, rôle aujourd’hui bousculé par ces restrictions budgétaires. Il est pourtant primordial de protéger cette dimension, en s’appuyant sur les nombreuses entreprises numériques proposant des outils qui contribuent au renforcement du lien entre les habitants des quartiers et à l’émergence des villes intelligentes de demain.
De plus en plus d’initiatives issues d’une économie nouvelle, dite collaborative, émergent. Elles accompagnent les bailleurs sociaux vers la construction de véritables écosystèmes innovants, durables, inclusifs et, in fine, vers le logement social de demain. Aujourd’hui, une plate-forme de prêt d’objets permet autant d’amortir certaines inégalités que de créer du lien entre les habitants d’un même quartier et favoriser l’entraide. Un service de covoiturage permet de réduire l’empreinte carbone et d’aller vers l’autre. Une application d’échange de services de proximité simplifie la vie des habitants, arrondir potentiellement leurs fins de mois ou limiter leurs dépenses…
Solutions concrètes
Surtout, ces initiatives numériques ont en commun de replacer l’humain au centre du débat et de favoriser une économie collaborative, positive et durable ! Proposer des logements sociaux innovants passe inéluctablement par la question du bien-être de l’individu et de la création de valeur par la communauté.
Des centaines d’initiatives innovantes, peu coûteuses à mettre en...



                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-8">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Qui a la parole ? Crise mondiale de la viande

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Chair, les hommes et les dieux », de Michaël Bruckert.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Chair, les hommes et les dieux. La viande en Inde, de Michaël Bruckert, CNRS Editions, 406 p., 27 € (en librairie le 11 janvier).

Chacun a pu constater, après cette période de fêtes, qu’il fallait se battre à chaque repas, plat après plat, pour décider de reprendre du foie gras, de farcir un chapon ou de faire mariner un quartier de sanglier. C’est que nous sommes entrés dans une crise mondiale de la viande pour des raisons à la fois morales, écologiques, religieuses et, pour tout dire, politiques. Tâchez de pousser à bout une mangeuse de viande ou un végan, vous gâcherez plus d’un réveillon ! Chacun s’aperçoit qu’il lui faut désormais justifier par toute une métaphysique ce qui lui paraissait jusqu’ici aller de soi.
C’est tout l’intérêt de cette enquête passionnante d’un jeune géographe, Michaël Bruckert, sur le « paysage carné » (meatspace) de l’Inde d’aujourd’hui et, plus précisément, de la ville de Chennai (l’ancienne Madras). Par une analyse méticuleuse qui va de l’emplacement des abattoirs à l’idéologie du BJP (le parti de la droite nationaliste hindoue, aujourd’hui au pouvoir), en passant par la philosophie des brahmanes, la texture des plats, les modes d’élevage des poulets et les enseignes des gargotes, nous apprenons comment devenir réflexif sur nos propres pratiques.
Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande
« Si toutes les sociétés sont confrontées à l’immuable problème posé par la mise à mort des animaux pour en obtenir de la viande, aucune ne semble avoir jeté l’anathème sur la chair animale autant que l’Inde l’a fait. » Comme la qualité « biomorale » des humains dépend de ce qu’ils mangent, chaque caste répartit avec un soin extrême ce qu’il est permis d’ingérer dans l’intimité de la maison ou au-dehors, dans la vie publique. Impossible en Inde de banaliser l’acte de dévorer ou de s’abstenir de viande. La...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-9">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Et si le temps n’était qu’une fiction ?

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Souviens-toi de ton avenir », d’Anne Dufourmantelle.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h32
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Souviens-toi de ton avenir, d’Anne Dufourmantelle, Albin Michel, 492 p., 22,50 €.
Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017, maints hommages depuis se sont succédé. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. Et ce fort volume, intitulé Souviens-toi de ton avenir, paraît aujourd’hui.

On s’attachera d’abord aux chatoiements de surface, deux intrigues alternant de chapitre en chapitre. Ces histoires se juxtaposent, se tressent, peu à peu se répondent, en dépit des époques différentes où elles se déroulent. A sept siècles de distance, deux brochettes de personnages hauts en couleur parcourent la planète en jouant des parties parallèles.
L’une se déroule au XIVe siècle. Elle conduit ses protagonistes des montagnes de l’Altaï, proches de la Mongolie, jusqu’aux rivages de l’Equateur et à la découverte du Nouveau Monde. Akhan, empereur entraîné par sa démesure, refuse d’écouter ce que lui dit le vieux chamane qui l’a élevé : attention au Vent rouge, qui peut révéler combien le temps est un mirage. Le chef mongol veut découvrir de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux dieux. Il se soumet un Vénitien, géomètre-cartographe, le charge des calculs nécessaires à l’expédition, et surtout du récit qui transmettra son existence à la postérité.
L’autre histoire restitue la découverte, au XXIe siècle, des fragments dispersés de ce manuscrit inconnu. Une bande...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-10">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pour une véritable édition critique des pamphlets de Céline

Pierre-André Taguieff explique à quelles conditions expresses il lui semble envisageable de rééditer les pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h43
    |

                            Pierre-André Taguieff (Sociologue et politologue)








                        



                                


                            
La réédition chez Gallimard des trois pamphlets antijuifs de Céline est donc à l’ordre du jour : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Ils illustrent, parfaitement pour les deux premiers, le type du « pamphlet de propagande », selon la formule de Lucien Rebatet. Il s’agit de propagande pro-hitlérienne. Telle est la spécificité de ces pamphlets qui constituent avant tout une machine de guerre contre un ennemi absolu : « le juif ».
Impératifs contradictoires
Doit-on rééditer ces torrents d’injures, de contre-vérités, de sophismes, d’accusations délirantes, de mensonges de propagande, de visions paranoïaques, d’appels à la haine et au meurtre ? Telle est la première question, qu’on ne pose pas sans inquiétude. La réponse bute sur un fait déplaisant : les pamphlets de l’« entrepreneur d’invectives » sont en libre accès sur Internet et font l’objet d’éditions pirates en vente sur de nombreux sites.

Pourquoi dès lors prôner, sur la base de la législation antiraciste, l’interdiction d’une édition critique de ces textes alors que les organisations antiracistes avouent leur impuissance devant leur diffusion sauvage ? On peut par ailleurs, fort légitimement, s’inquiéter du parfum de respectabilité qui serait conféré à ces textes par leur publication chez Gallimard. Le citoyen conscient des enjeux est ainsi assailli par des impératifs contradictoires.

Est-il souhaitable de traiter ces pamphlets comme des objets historiques dotés d’une valeur documentaire et appelant une édition critique ? Telle est la deuxième question. Gallimard y a répondu positivement. Qui se soucie d’ôter à ces textes sulfureux l’attrait du fruit défendu en les accompagnant de commentaires et de notes ne peut qu’approuver le projet comme tel. Mais on peut s’interroger sur l’urgence et les modalités de cette réédition, décidée après le soudain revirement de Lucette Destouches,...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-11">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Henri Godard, spécialiste de Céline, explique dans une triubune au « Monde » pourquoi il est favorable à la réédition des pamphlets antisémites de Céline.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pamphlets de Céline: une publication qui assainirait la situation

Henri Godard, spécialiste de Céline, explique dans une triubune au « Monde » pourquoi il est favorable à la réédition des pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h38
    |

Henri Godard (Professeur à la Sorbonne, spécialiste de Céline)







                        



                                


                            
Céline est-il un écrivain, un écrivain de grande envergure qui a marqué la littérature française, en dépit de son dérapage dans l’antisémitisme au pire moment et de la manière la plus désastreuse, ou bien n’a-t-il jamais été qu’un publiciste antisémite qui aurait mis sa verve au service des thèses nazies ?

Cette question est au point de convergence de toutes les interrogations que peut soulever un projet de republication en France de ses pamphlets. Selon les pages de ­Céline qu’on lit, on a affaire à l’une de deux figures, Ariel ou Caliban, apparemment exclusives l’une de l’autre. Dans la biographie que je lui ai consacrée (Gallimard, 2011), mon but était de tenter de tenir les deux bouts de la chaîne, l’écrivain et ­l’antisémite.
Le mouvement spontané qui nous porte à juger impossible cette coexistence est naturellement une illusion. C’est bien le même individu qui, à certains moments, s’efforce de tirer de lui-même ce que sa vision du monde et de la société moderne, son don comique et son extraordinaire sens de la langue peuvent apporter de neuf dans la littérature, et qui, à d’autres moments, se laisse aller à ce qu’il y a de pire en lui.

L’écrivain a pour avatar le pamphlétaire antisémite, auteur de trois pamphlets dont l’antisémitisme constitue la plus grande part, et qui pour cette raison n’ont pas été réédités depuis 1945. L’auteur l’interdisait, et nul n’aurait pris, si près de la guerre et des révélations de l’après-guerre, le risque de réveiller les passions qui avaient été la cause de tant de morts et de tant de douleurs. Entre-temps, les huit romans de ­Céline faisaient de lui un écrivain majeur de sa génération.
Les pamphlets, cadavre dans le placard
La relégation des pamphlets, cadavre dans le placard, finissait par créer une ­situation malsaine. Ils étaient souvent évoqués mais en réalité presque jamais lus dans leur texte. Il est juste que les admirateurs des romans puissent prendre connaissance, s’ils le...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-12">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La réédition, projetée par Gallimard, des trois textes antisémites et pronazis signés par l’auteur de « Voyage au bout de la nuit » fait scandale dans les milieux intellectuel et politique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/01/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Petites et grandes manœuvres autour des pamphlets de Céline

La réédition, projetée par Gallimard, des trois textes antisémites et pronazis signés par l’auteur de « Voyage au bout de la nuit » fait scandale dans les milieux intellectuel et politique.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 12h08
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Un gouvernement qui convoque un éditeur avant la publication d’un livre : la démarche est assez rare pour indiquer que l’affaire est grave. Le 19 décembre 2017, Frédéric Potier, à la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah, placée sous l’autorité du premier ministre), recevait Antoine Gallimard, PDG de la société du même nom, accompagné par l’écrivain Pierre Assouline.
Il a été question de la réédition des pamphlets hystériquement antisémites et pronazis publiés par Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) avant et pendant la seconde guerre mondiale, que la maison d’Antoine Gallimard est en train de préparer et dont Pierre Assouline sera le préfacier. Une date a circulé dans la presse : mai 2018, qui n’est plus d’actualité. Le volume, dit-on chez Gallimard, paraîtra quand il sera prêt, sans autre précision.
Frédéric Potier souhaitait, selon les termes de la lettre qu’il avait envoyée le 12 décembre à Antoine Gallimard pour l’inviter à cette rencontre, et dont L’Express a publié des extraits, s’assurer « que cette édition offrira[it] toutes les garanties nécessaires », c’est-à-dire qu’elle serait accompagnée d’un appareil critique capable d’« éclairer le contexte idéologique de [la] production » des pamphlets.
En un temps de montée de l’antisémitisme
Selon nos informations, il a précisé ce qu’il entendait par là lors du rendez-vous du 19 décembre, indiquant qu’il lui semblait plus prudent, en un temps de montée de l’antisémitisme, de confier le soin d’éditer ces textes à un collectif interdisciplinaire qui inclurait des historiens. Il s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la part des futurs éditeur et préfacier du volume : ces textes étant d’abord, à leurs yeux, des textes littéraires, l’éclairage d’un spécialiste de l’œuvre de Céline serait suffisant.
En l’occurrence, celui de Régis Tettamanzi, professeur de...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-13">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Paul Cassia estime que députés et sénateurs se sont arrangés pour contourner la loi sur la moralisation de la vie politique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/01/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Frais de mandat des parlementaires : « Un recul déontologique sans précédent »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Paul Cassia estime que députés et sénateurs se sont arrangés pour contourner la loi sur la moralisation de la vie politique.



Le Monde
 |    04.01.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 11h55
    |

Paul Cassia (Professeur de droit à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)







                        



                                


                            
Tribune. Les régimes applicables à partir du 1er janvier 2018 aux frais de mandat des parlementaires constituent un recul déontologique sans précédent dans l’histoire de la Ve République.
Au cours de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était engagé à fiscaliser l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) pour remédier à son éventuelle utilisation à des fins personnelles. Il s’agissait alors tout simplement d’intégrer au salaire des parlementaires le montant qui leur est attribué tous les mois au titre de l’IRFM – environ 5 300 euros pour les députés et 6 100 euros pour les sénateurs.
« On n’a jamais vu de renards garder un poulailler »
L’article 20 de la loi du 15 septembre 2017, dite de moralisation de la vie politique, s’est toutefois écarté de ce projet initial et a ouvert un choix à chaque Assemblée pour définir le nouveau régime de prise en charge des frais de mandat de ses membres : il doit reposer sur une avance mensuelle, une prise en charge directe ou des remboursements sur justificatifs.
Alors que la loi semblait exiger qu’une seule des trois options soit retenue par chaque Chambre, l’arrêté du 29 septembre 2017 pris par le bureau de l’Assemblée nationale, comme les arrêtés du 7 décembre 2017 pris par le bureau et la questure du Sénat, ont astucieusement combiné ces trois régimes (à l’Assemblée nationale) ou deux de ces régimes (au Sénat), avec pour effet d’aubaine de… faire disparaître tout plafond aux frais de mandat des parlementaires.
Par exemple, des frais de taxi pourront soit être pris en charge directement par le Sénat, soit payés par chaque sénateur au titre de son avance mensuelle ; des frais qui auparavant relevaient de l’IRFM des députés pourront désormais, à avance mensuelle constante, faire l’objet d’un remboursement par l’Assemblée nationale sur justificatifs.
Méconnaissance de la lettre et de l’esprit de la loi
A rebours des critiques faites à l’IRFM...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-14">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi, chez Albin Michel, leur enquête sur la ville d’Omar Sy, de Benoît Hamon et de Nicolas Anelka.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/01/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes, de Jamel Debbouze au fondamentalisme musulman

Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi, chez Albin Michel, leur enquête sur la ville d’Omar Sy, de Benoît Hamon et de Nicolas Anelka.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 18h07
 • Mis à jour le
04.01.2018 à 07h02
    |

            Ariane Chemin et 
Raphaëlle Bacqué








                        



                                


                            


Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi 4 janvier chez Albin Michel, leur enquête sur Trappes. « Le Monde » en publie des extraits en avant-première.
Bonnes feuilles. Béchir est mort ! Il a été retrouvé une seringue plantée dans l’avant-bras, un matin, dans une cave de Léo-Lagrange : overdose d’héro. Ses voisins avaient depuis longtemps remarqué son regard vitreux, sa démarche hésitante, mais la nouvelle secoue le square comme un électrochoc. Béchir vivait seul avec sa mère depuis la mort de son père. Chacun essayait à sa manière d’aider la famille à joindre les deux bouts. Si son décès, au début des années 1990, bouleverse tant ses voisins, c’est parce que la drogue a tué un garçon qui était plus que d’autres un enfant du quartier.
Léo-Lagrange n’est plus le square d’il y a dix ans, quand les Algériens, les juifs d’Afrique du Nord et les Portugais se mélangeaient aux « Gaulois » et que leurs enfants jouaient ensemble au pied de l’immeuble (…) Les halls se sont déglingués, des bandes « biznessent » dans les escaliers et plus une boîte aux lettres ne ferme (…) Il a fallu murer les caves pour tenter de limiter les trafics et le local à poubelles est devenu un coupe-gorge. Au collège, les enfants des pavillons surnomment le square « Léo-la-jungle ».
« Pour rejoindre son appartement, il faut regarder droit devant soi dans le hall, ne pas s’attarder sur les dealers qui le squattent, et parfois montrer patte blanche pour qu’ils déplacent les Caddie barrant l’escalier. »
Pas un mois désormais sans qu’à Trappes ne tombe un « grand. » Dans les banlieues françaises, l’héroïne est devenue un fléau, une catastrophe nationale qui se déploie en silence. A Camus, à George-Sand, à la Commune, cuillères et citrons jonchent les bosquets. On retrouve des seringues au milieu des balançoires et des bacs à sable où jouent les « petits ». Pour rejoindre son appartement, il faut...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-15">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Les économistes Ivar Ekeland et Jean-Charles Rochet ouvrent le débat, dans une tribune au « Monde », sur la concurrence entre cryptomonnaies et monopole étatique en matière de création monétaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La monnaie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux banques centrales ou aux “technofreaks” »

Les économistes Ivar Ekeland et Jean-Charles Rochet ouvrent le débat, dans une tribune au « Monde », sur la concurrence entre cryptomonnaies et monopole étatique en matière de création monétaire.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 15h55
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 17h36
    |

Ivar Ekeland (mathématicien et économiste, ancien président de l’université Paris-Dauphine) et Jean-Charles Rochet (professeur à l’université de Ge...







                        



                                


                            

Tribune. Les économistes appellent « bulle spéculative » le phénomène, hélas trop fréquent, qui voit les prix d’un actif, réel ou financier, s’envoler bien au-dessus de sa valeur fondamentale. L’histoire abonde de tels épisodes, plus ou moins pittoresques, comme la bulle des tulipes aux Pays-Bas au XVIIe siècle ou, plus près de nous, la bulle Internet de la fin des années 1990 et la bulle immobilière du début du siècle aux Etats-Unis, qui a abouti à la fameuse crise des subprimes en 2008-2009. Les bulles spéculatives finissent toujours par éclater, c’est-à-dire que le prix des actifs concernés finit par s’effondrer brutalement, entraînant dans sa chute tous ceux qui n’ont pas sauté à temps.
Mais la caractérisation d’une bulle est souvent sujette à caution, car il est très difficile d’évaluer la valeur fondamentale d’un actif. Ainsi, la valeur fondamentale d’une action est-elle définie comme la somme actualisée de tous les dividendes futurs que versera l’entreprise qui a émis cette action. Mais le plus souvent, nul n’a la moindre idée du montant de ces dividendes futurs, ni même de la durée de vie de l’entreprise en question. Dans la plupart des cas, on ne peut vraiment reconnaître une bulle que quand il est trop tard, c’est-à-dire quand elle a éclaté.
Un cas d’école
Le bitcoin est en revanche un cas d’école de bulle spéculative, car sa valeur fondamentale est clairement nulle : jamais le détenteur d’un bitcoin ne recevra le moindre coupon ou dividende. Sa seule utilité est de servir de moyen de paiement pour un certain type de transactions, parfois en marge de la légalité. Bitcoin, comme son clone ether (géré par la plate-forme Ethereum) est une cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie qui n’est ni contrôlée ni garantie par un gouvernement.
Il fascine pour tout un tas de raisons : les conditions dans lesquelles il est apparu et s’est développé (personne ne connaît son mystérieux fondateur, Satoshi Nakamoto),...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-16">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Editorial. L’accord sur le nucléaire iranien est une source indirecte du mouvement de protestation populaire qui embrase le pays depuis une semaine et pourrait aussi en être une victime collatérale. Les désaccords occidentaux sur cette affaire la compliquent.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Divisions transatlantiques sur l’Iran

Editorial. L’accord sur le nucléaire iranien est une source indirecte du mouvement de protestation populaire qui embrase le pays depuis une semaine et pourrait aussi en être une victime collatérale. Les désaccords occidentaux sur cette affaire la compliquent.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 12h02
   





                        


Editorial du « Monde ». Le mouvement de protestation populaire qui embrase l’Iran depuis une semaine place les Occidentaux dans une position difficile : l’accord sur le nucléaire iranien, dont ils sont signataires, est une source indirecte de cette contestation et pourrait aussi en être une victime collatérale.
Conclu le 14 juillet 2015 entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) plus l’Allemagne, et l’Union européenne, l’accord prévoit le gel par Téhéran de certaines de ses activités nucléaires, en échange de la levée des sanctions qui frappaient le régime iranien. La signature de l’accord, promue par l’aile réformatrice du régime menée par le président Hassan Rohani, et les espoirs d’investissements étrangers qu’elle a suscités avec la perspective de la levée des sanctions, a fait naître dans la population de fortes attentes d’amélioration de la situation économique. Ces attentes, cependant, ne se sont guère concrétisées, les réticences de la présidence Trump ayant paralysé les ambitions européennes de retour en Iran.

        Lire aussi :
         

                Inflation, chômage des jeunes, dépendance au pétrole : 4 graphiques sur la situation en Iran



L’affaire est d’autant plus compliquée que les Occidentaux sont très nettement divisés sur l’Iran. Sans craindre de jeter de l’huile sur le feu, le président Donald Trump a ouvertement, et à plusieurs reprises, encouragé les manifestants iraniens dès le début du mouvement. La Maison Blanche voit dans l’expression de ce soutien une occasion de plus de se démarquer du prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, qui s’était montré très prudent face au « mouvement vert », brutalement réprimé, de 2009. Conscients de la confusion sur le terrain, les Européens, eux, se sont limités à rappeler l’exigence du respect de la liberté d’expression et de manifestation, et à dire leur « préoccupation » face à la répression, qui a déjà causé une vingtaine de morts.
Période délicate pour Washington
Ces différences de réactions occidentales ont pour toile de fond une franche opposition sur l’avenir de l’accord sur le nucléaire iranien. M. Trump ne cache pas son hostilité envers l’Iran et pour ce texte, alors que les Européens tiennent à le préserver. Amené à prendre position sur la certification de l’accord en octobre, le président américain avait opté pour une demi-mesure, refusant de certifier lui-même le texte mais laissant au Congrès la responsabilité d’en améliorer les termes. Les choses ont peu évolué depuis.
Or la période actuelle est délicate pour Washington. Entre le 11 et le 17 janvier, M. Trump affronte de nouvelles échéances déterminantes pour le sort de l’accord sur le nucléaire iranien : il devra à nouveau décider s’il certifie l’accord et confirme la levée des sanctions vis-à-vis de Téhéran, ou s’il le dénonce formellement. Cette deuxième hypothèse, ajoutée aux désordres dans les villes d’Iran, aggraverait sans doute la tension à Téhéran.

        Lire aussi :
         

                Iran : la stratégie d’équilibriste de la France



En France, le président Macron, qui souhaite se rendre en Iran cette année, tente de concilier la défense de l’accord, les inquiétudes sur le rôle de l’Iran dans la déstabilisation régionale, le maintien du dialogue avec le président Rohani, avec lequel il s’est entretenu par téléphone mardi soir 2 janvier, et la prudence face à un mouvement qui peut être écrasé dans le sang. Il a donc appelé M. Rohani à la « retenue » et à « l’apaisement », et demandé au ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, de reporter sa visite à Téhéran prévue vendredi. Sage décision, qui tranche avec l’agitation à Washington.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-17">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ L’ancien président de l’ONG Médecins sans frontières explique la difficulté, technique ou politique, d’obtenir des chiffres fiables sur le coût humain des catastrophes naturelles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Rony Brauman : « C’est la première fois que la mortalité indirecte liée à une catastrophe fait débat »

L’ancien président de l’ONG Médecins sans frontières explique la difficulté, technique ou politique, d’obtenir des chiffres fiables sur le coût humain des catastrophes naturelles.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 12h44
    |

            Patricia Jolly








                        



                                


                            

Ancien président de l’ONG Médecins sans frontières et actuel directeur d’études du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires de la Fondation MSF, le docteur Rony Brauman, 67 ans, explique la difficulté d’obtenir des chiffres fiables sur le coût humain des catastrophes naturelles.
Comment quantifie-t-on les pertes humaines liées aux catastrophes naturelles ?
C’est très variable et approximatif. On se base sur des critères géographiques et démographiques. On applique un taux d’attrition (pourcentage de victimes) hypothétique à la population de la zone touchée.
J’ai constaté, à Port-au-Prince, que c’est la méthode qui avait abouti à une estimation d’environ 300 000 morts après le séisme de 2010. Cette méthode comporte cependant deux facteurs d’imprécision : d’abord, la démographie n’est pas tenue à jour dans tous les pays, ensuite, le pourcentage de victimes varie selon l’heure de la journée à laquelle survient l’événement, la qualité du bâti, la densité de l’habitat et la puissance du phénomène.
Les bilans suivent donc systématiquement une courbe d’emballement lors des catastrophes naturelles majeures, c’est-à-dire dont l’ampleur dépasse le millier de morts. Ils passent d’une sous-estimation initiale à une surestimation qui peut être très forte. On retrouve généralement des chiffres réalistes trois ou quatre semaines plus tard. Ça n’est pas l’effet d’une manipulation, mais le résultat des difficultés techniques rencontrées.
Existe-t-il tout de même des cas de manipulation des chiffres des bilans humains ?
Un Etat peut minimiser ces chiffres pour ne pas perdre la face, ou au contraire les exagérer pour susciter l’attention et s’assurer davantage d’aide financière et matérielle mais, contrairement aux bilans humains de conflits armés comme ceux du Soudan ou du Darfour, les bilans liés aux catastrophes naturelles sont rarement controversés. Car ils ne sont pas soumis...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-18">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’Union européenne est mal armée pour contraindre un pays membre à respecter ses valeurs fondatrices, estime, dans sa chronique, Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Face à la Pologne, l’UE est désormais dos au mur »

L’Union européenne est mal armée pour contraindre un pays membre à respecter ses valeurs fondatrices, estime, dans sa chronique, Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 11h39
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

C’était en septembre 2016, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, brisait un tabou bruxellois, reconnaissant devant les eurodéputés que l’Union européenne vivait une « crise existentielle », qu’elle était en danger de mort. Vote du Brexit au Royaume-Uni, crise migratoire, percées populistes, élections à haut risque aux Pays-Bas puis en France quelques mois plus tard… L’Union avait certes échappé à la sortie de la Grèce de la zone euro, mais jusqu’à présent si résiliente, elle était menacée d’effondrement si les gouvernements continuaient à la négliger ou la dénigrer au lieu de tenter de l’améliorer au bénéfice de la majorité de leurs citoyens.
En quelques mois, le ciel européen s’est brusquement dégagé. L’extrême droite néerlandaise a raté son pari de sortir en tête des législatives de mars 2017, les Français ont choisi un jeune président plein d’ambitions réformatrices pour l’Europe, qui a rendu à l’Hexagone son rôle de moteur de l’Union. La croissance s’est montrée plus dynamique qu’attendu, tandis que l’élection de Trump aux Etats-Unis et le choix des Britanniques de prendre le large ont ressoudé les Etats membres.
Pourtant, en ce tout début d’année, derrière l’optimisme de façade, la crise existentielle est toujours latente. Les dérives autoritaires du premier ministre hongrois Viktor Orban, chantre des démocraties « non libérales » et, plus récemment, les atteintes du gouvernement polonais à l’indépendance de sa justice, sapent les fondements d’une construction politique conçue après guerre comme une association volontaire de démocraties libérales.
Une procédure inédite
Après deux années de dialogue infructueux, la Commission s’est résolue le 20 décembre 2017 à recommander contre la Pologne le déclenchement de l’article 7 des traités, visant à corriger des violations graves et systématiques à l’Etat de droit, après l’adoption sous l’impulsion du parti Droit et Justice (PiS), de réformes mettant...




                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-19">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur de France à Damas suggère que Paris devrait s’inspirer du processus qui a mis fin à la guerre en Bosnie en 1995.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/01/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Michel Duclos : « Nous pourrions réfléchir à une sorte de “Dayton” pour la Syrie »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur de France à Damas suggère que Paris devrait s’inspirer du processus qui a mis fin à la guerre en Bosnie en 1995.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 07h21
    |

Michel Duclos (ancien ambassadeur en Syrie, conseiller spécial à l'Institut Montaigne)







                        



                                


                            
Tribune. Dans son interview du 16 décembre 2017, Emmanuel Macron a consacré quelques minutes à la Syrie. Pas un mot sur l’usage systématique du viol par les services syriens ou sur le siège et le bombardement de la Ghouta orientale, une enclave rebelle près de Damas ; son propos a essentiellement concerné la personne de Bachar Al-Assad : il va falloir parler avec lui lorsque les Occidentaux auront fini de vaincre l’organisation Etat islamique (EI) et l’homme devra rendre compte de ses crimes devant son peuple et devant la justice internationale.
Force est de constater, aujourd’hui, que le Kremlin traite par le dédain notre proposition de « groupe de contact »
On peut être d’accord ou non avec ce que mentionne le président de la République sur ce sujet, mais ce qui paraît étrange, c’est cette focalisation sur la question d’Assad. Le chef de l’Etat ne tombe-t-il pas dans le même piège que ses prédécesseurs, dont la rhétorique anti-Assad couvrait une politique finalement peu active, au moins sur le terrain, privant la France de tout réel levier ? L’insistance répétée de M. Macron sur la « non-précondition du départ d’Assad » et sur « Assad n’est pas notre ennemi », ne risque-t-elle pas de constituer une distraction par rapport à une vraie feuille de route ?
On avait pu penser, il y a quelques mois, que l’inflexion du langage opérée par la France sous M. Macron allait au moins rétablir notre relation avec la Russie et renforcer notre influence sur sa politique syrienne. Force est de constater, aujourd’hui, que le Kremlin traite par le dédain notre proposition de « groupe de contact », que nous ne sommes pas plus qu’avant associés au « processus d’Astana » (Russie, Iran, Turquie), et que Moscou franchit allègrement la « ligne rouge humanitaire » – dans la Ghouta orientale, en ce moment, par exemple – fixée par M. Macron à M. Poutine lors de leur rencontre à Versailles, fin mai 2017.
Agir sur le processus...



                        

                        


<article-nb="2018/01/04/18-20">
<filnamedate="20180104"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180104"><AAMMJJHH="2018010418">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le chercheur Clément Therme estime que la République islamique se trouve dans une double impasse, économique et politique, qui explique les manifestations.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Iran : « Un désaveu cinglant pour les partisans d’un gouvernement religieux »

Dans une tribune au « Monde », le chercheur Clément Therme estime que la République islamique se trouve dans une double impasse, économique et politique, qui explique les manifestations.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 04h00
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 11h37
    |

                            Clément Therme (Chercheur pour le programme Moyen-Orient de l'International Institute for Strategic Studies (IISS)








                        



                                


                            

Tribune. Après plusieurs jours de manifestations des classes populaires et d’une partie de la classe moyenne iraniennes contre la détérioration des conditions de vie et contre la République islamique, Téhéran est face à un défi majeur pour restaurer l’ordre et, à plus long terme, assurer la survie de la révolution de 1978-1979. Ces manifestations contre le régime ont des raisons à la fois immédiates et structurelles. Les raisons immédiates, ce sont les hausses des prix – les œufs qui ont par exemple augmenté de 40 % –, la fin annoncée des subventions mensuelles versées aux plus démunis et la faillite d’établissements bancaires.

D’une manière générale, il y a une grande déception par rapport à l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015, qui n’a pas conduit à ce que les Iraniens espéraient : des améliorations dans leur vie. Les manifestants soulignent ainsi, une nouvelle fois, leur lassitude par rapport aux idéaux révolutionnaires de la République islamique en général et à leur coût économique en particulier. Ils visent la distribution de l’argent de la rente pétrolière à des clients de la République islamique (Hezbollah, Hamas, certaines milices chiites en Irak mais surtout en Syrie) dans les pays de la région ; des sommes qu’ils préféreraient voir dépensées à l’intérieur du pays.
De même, comment le candidat Rohani peut-il promettre la fin des sanctions américaines non liées au nucléaire, alors que son gouvernement n’a pas les moyens de mettre en œuvre une réforme de la politique régionale de l’Iran visée par ces mêmes sanctions ?
Libéralisme persan
Mais, au-delà de l’exacerbation des mécontentements liés au double discours des instances élues de la République islamique, il y a bien des raisons structurelles à la contestation sociale en Iran, comme la corruption et la mauvaise redistribution de la rente pétrolière, des problèmes auxquels le régime est incapable d’apporter un remède. Celui-ci apparaît comme une...




                        

                        

