<FILE-date="2018/01/03/18">

<article-nb="2018/01/03/18-1">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ En filmant la traite des Noirs de façon esthétisante, la réalisatrice Daniela Thomas s’est attirée les foudres de certains critiques dans son pays.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤                
                                    

« Vazante », le film qui ravive les plaies de l’esclavage au Brésil


                      En filmant la traite des Noirs de façon esthétisante, la réalisatrice Daniela Thomas s’est attirée les foudres de certains critiques dans son pays.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 09h34
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


La caméra s’attarde de longues minutes sur le regard perdu de Beatriz, une fillette de 12 ans, mariée, ou plutôt cédée par sa famille, à un fazendeiro (propriétaire terrien) quadragénaire, avant même sa puberté. Nous sommes dans le Brésil esclavagiste du début du XIXe siècle, dans l’État du Minas Gerais, à une époque où l’or se tarit. C’est de cette « banalité du mal » au sein d’« une société pervertie par la violence de l’esclavage » et par l’oppression des femmes que la réalisatrice Daniela Thomas a voulu témoigner dans son film Vazante, sur les écrans brésiliens depuis le 9 novembre. Et qui suscite de nombreux débats depuis sa sortie en salle. Car Beatriz, l’héroïne, est blanche. Et la communauté noire et métisse ne pardonne pas à la cinéaste de ne pas s’être intéressée à un personnage d’esclave.
Après un accueil dithyrambique au Festival de Berlin en février dernier où le film a fait l’ouverture de la section Panorama, Vazante (littéralement « marée descendante ») a provoqué une controverse au Festival de Brasília, sept mois plus tard. Au cours des discussions qui ont suivi la projection, Daniela Thomas a été accusée d’avoir, une fois de plus, décrit l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du pays à travers le prisme des Blancs.
Les stigmates de l’esclavage
Le long-métrage, filmé en noir et blanc de manière esthétisante, montre les chaînes, les coups de fouet, l’humiliation, l’exploitation sexuelle d’esclaves réduits au rang de sous-hommes. Mais, aux yeux des critiques, tel Juliano Gomes, de la revue “Cinética”, les esclaves sont représentés comme des pions anonymes, des éléments de décor, passifs, sans identité ni histoire. « Le problème est que Daniela adopte un modèle obsolète pour raconter un épisode central de l’histoire du pays. Les artistes brésiliens doivent évoluer vers une interprétation plus complexe des Noirs », a-t-il argué après la projection, soutenu par les militants de la cause noire.

Blessée, la cinéaste s’est défendue d’avoir voulu réaliser un film politique. « Vazante me représente. C’est ma vision du monde et des horreurs qu’il nous a faites, à nous, Brésiliens de toutes les couleurs, et qui cause encore des douleurs, comme on peut le constater », a-t-elle répondu dans une tribune à la revue Piauí, rappelant l’idée selon laquelle les coupables ne sont pas seulement des hommes mais un système entier. Un plaidoyer inaudible dans un pays où quelque 4 millions d’esclaves noirs ont été débarqués d’Afrique entre 1530 et 1888 et où cette barbarie laisse des stigmates encore visibles aujourd’hui.
« Les Noirs ne peuvent plus être dépeints comme une masse indéfinie. » Elisa Larkin Nascimento, directrice de l’Ipeafro
Longtemps baigné par le mythe du « racisme cordial », le Brésil ne peut plus fermer les yeux sur la violence quotidienne faite à une communauté directement descendante des esclaves. Majoritaires, les Noirs et métis composent 54 % de la population mais sont sous-représentés dans les classes aisées et surreprésentés dans les emplois de domestiques ou de vendeurs ambulants. Plus accablant encore, selon le Forum brésilien de sécurité publique, sur 100 victimes de tirs de policiers, 76 sont des Noirs.
« Les Noirs ne peuvent plus être dépeints comme une masse indéfinie. Un Noir est un homme qui souffre et qui réagit », s’emporte Elisa Larkin Nascimento, directrice de l’Institut de recherches et d’études afro-brésiliennes (Ipeafro), lassée de voir des personnalités comme Daniela Thomas qui, malgré de bonnes intentions, perpétuent l’idée d’une communauté invisible et soumise, alors que les historiens ont prouvé l’existence d’esclaves héroïques et résistants.
« Le sujet de l’esclavage au Brésil est un thème délicat à aborder. C’est un sujet chargé, constitutif de l’histoire de la majeure partie de la population et ceux qui en parlent sont souvent ignorants. Quel qu’aurait été le film, il aurait donné lieu à des commentaires exaltés », analyse Luiz Felipe de Alencastro. Mais l’historien perçoit dans cette polémique une évolution positive : les Noirs au Brésil prennent désormais la parole. « Il va falloir s’y habituer », assure-t-il.



<article-nb="2018/01/03/18-2">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Réalisé en 1951, le film de Robert Wise met en scène un extraterrestre animé de bonnes intentions.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Reprise : « Le Jour où la Terre s’arrêta », plaidoyer contre l’arme nucléaire

Réalisé en 1951, le film de Robert Wise met en scène un extraterrestre animé de bonnes intentions.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h58
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h21
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Tiens, si on commençait l’année par la fin du monde ? On remerciera Splendor Films, distributeur patrimonial plein d’allant, d’en avoir eu l’idée, en programmant Le Jour où la Terre s’arrêta, réalisé en 1951 par Robert Wise. ­Cinéaste particulièrement apprécié de Jean-Pierre Melville, également monteur du Citizen Kane d’Orson Welles, il fut un de ces bons artisans hollywoodiens à l’œuvre inégale et remarquablement éclectique. Soixante ans de carrière, quarante longs-métrages, parmi lesquels des titres aussi marquants que Nous avons gagné ce soir (1949), West Side Story (1961), La Mélodie du bonheur (1965).
Nombreux seront les modernes à rendre hommage au film, de George Lucas à Paul ­Verhoeven etTim Burton
La science-fiction et le fantastique font aussi bien son affaire. Il a d’ailleurs commencé sa carrière au côté du célèbre producteur Val Lewton au studio RKO, où il signe La Malédiction des hommes-chats (1944) puis, d’après la nouvelle de Robert Louis Stevenson, Le ­Récupérateur de cadavres (1945). Le Jour où la Terre s’arrêta, tourné plus tardivement pour le compte de la Fox, adapte quant à lui une nouvelle d’Harry Bates publiée en 1940, Farewell to The Master. Ceci expliquant peut-être cela, le film sera donc une œuvre atypique de la science-fiction américaine des années 1950, durant lesquelles l’idéologie mise au service de la guerre froide fait des ravages dans les mœurs, les consciences et les œuvres. Plus volontiers pacifiste qu’anticommuniste, humaniste que nationaliste-délateur, le film, qui montre par surcroît un extraterrestre véritablement extraterrestre en ce qu’il est animé de bonnes intentions, est un vibrant plaidoyer contre l’arme nucléaire et l’équilibre de la terreur.
L’action se déroule à Washington, avec l’arrivée d’une soucoupe volante. L’extraterrestre qui en descend a forme humaine et belle prestance, il se nomme Klaatu, tient des propos conciliateurs et raisonnables. On lui tire néanmoins dessus. Hospitalisé, il demande à rencontrer urgemment les présidents des principales nations, mais on lui fait comprendre qu’ils sont en guerre et ont d’autres chats à fouetter. Il s’enfuit et entreprend, sous couvert d’un anonymat bientôt levé, de se faire une opinion de l’espèce humaine in vivo, contactant l’un des plus grands savants américains pour tenter de lui délivrer son message. Par ailleurs installé dans une modeste pension de famille, il devient ami avec un gentil garçonnet, inspire à sa mère des sentiments troubles, et trouve en l’amant de celui-ci, qui le dénonce, un prototype de la bêtise et de la méchanceté humaine.
Délicieusement kitsch
L’extraterrestre tient en guise d’adieu à l’espèce humaine un discours d’essence hobbesienne sur la nécessité pour les Terriens, ces apprentis sorciers atomiques, de se placer désormais sous la protection d’une police de l’espace créée pour maintenir la paix cosmique, sans quoi la Terre sera rayée dudit cosmos. Raidi par l’âge et doté d’accessoires délicieusement kitsch (la combinaison phosphorescente de Klaatu, le fouet à mayonnaise avec lequel il descend de l’engin…), le film se distingue néanmoins par son souci de réalisme et l’extrême parcimonie de ses effets.
Une soucoupe étincelante comme une assiette, un robot métallique doté d’un rayon désintégrateur (nommé Gnut dans la nouvelle, il devient Gort dans le film), une panne d’électricité générale, un extraterrestre distingué qui fleure l’after-shave anglais (le hiératique Michael ­Rennie, dans son unique premier rôle), et le tour est joué. Le film – soutenu par la composition pionnière pour thérémines du génial Bernard Herrmann – est par ailleurs suffisamment habité et inquiétant pour poser au grand ancêtre de la science-fiction intelligente. Nombreux seront les modernes à lui rendre hommage, de George Lucas jusqu’à Paul ­Verhoeven, en passant par Tim Burton qui parodie dans Mars ­Attacks ! la scène inaugurale du film et en inverse par malice la polarisation. Vous noterez enfin au passage le syntagme extraterrestre « Klaatu barada nikto », formule que des générations de fans énamourés et de petits malins se sont amusés à reprendre ici et là depuis plus de soixante ans.

Film américain de Robert Wise. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe (1 h 32). Sur le web: www.splendor-films.com, www.facebook.com/SplendorFilms/



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-3">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Gary Oldman incarne l’homme d’Etat dans le film de Joe Wright, qui semble surtout conçu pour accumuler les trophées.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« Les heures sombres » : la légende Winston Churchill pieusement relatée

Gary Oldman incarne l’homme d’Etat dans le film de Joe Wright, qui semble surtout conçu pour accumuler les trophées.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h20
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Dans un monde idéal, Les Heures sombres serait le volet politique d’un diptyque dont le panneau militaire serait Dunkerque, le beau film de Christopher Nolan. Joe Wright, le réalisateur des Heures sombres, qui a, par le passé, fait preuve d’ampleur (Reviens-moi, 2007) et d’invention (Anna Karenine, 2012), aurait acclimaté à Westminster la rigueur lyrique de Nolan. Mais le monde idéal n’existe pas, sinon Winston Churchill n’aurait pas précipité le cataclysme dans ­lequel son pays fut plongé en 1940 par sa complaisance à l’égard du camp franquiste pendant la guerre d’Espagne (1936-1939).
Les Heures sombres, malgré l’étonnante métamorphose de Gary Oldman, interprète de Churchill, ne s’élève pas au-dessus du tout-venant des productions ­manufacturées avec pour seul ­horizon le ressassement de la fierté nationale britannique (produit d’exportation particulièrement prisé aux Etats-Unis) et l’accumulation de trophées.
Une succession de réparties spirituelles et de confrontations mélodramatiques
Quelques jours après le début de l’offensive nazie en France, le premier ministre Neville Chamberlain (Ronald Pickup) est contraint à la démission. Malgré les réticences des partisans de l’appeasement, au premier rang desquels Lord Halifax (Stephen Dillane), le roi George VI (dans le rôle duquel Ben Mendelsohn a succédé à ­Colin Firth) fait appel au premier lord de l’Amirauté, Winston ­Churchill, malgré son impopularité dans la classe politique britannique, en particulier auprès des parlementaires de son propre camp, les conservateurs.
Comment mettre en scène ce moment d’ingénierie politique sur fond d’apocalypse militaire ? Plutôt que de s’aventurer dans les rouages et le cambouis (à la ­manière de Peter Morgan, le scénariste de The Queen, de Stephen Frears, et de la série The Crown), le scénario d’Anthony McCarten en fait une succession de réparties spirituelles, de confrontations mélodramatiques toutes mises en scène pour accentuer la stature héroïque du personnage principal, tel cet appel téléphonique désespéré à Franklin Delano Roosevelt (David Strathairn).
Britannique universel
Il faut avouer que ce serait un gâchis que de ne pas profiter de Gary Oldman. D’abord parce que cette prise de rôle, trente et un ans après que l’on a découvert Oldman sous les traits de Sid Vicious, dans Sid & Nancy, d’Alex Cox, fait de l’acteur le Britannique universel, capable d’incarner aussi bien les rebuts de la société que ses ­défenseurs les plus ardents. Après avoir bu le sang des Londoniennes (Dracula, de Coppola) et ­défendu les confettis de l’Empire contre le KGB (La Taupe, d’Alfredson), Gary Oldman se transforme en figure tutélaire du royaume.
C’est de transformation qu’il s’agit plus que d’incarnation. Epaissi, dégarni, Oldman adopte les intonations, les mimiques et les gestes de son modèle. C’est le rêve de tous les directeurs de ­musée de cire qui s’accomplit : du passé surgit un spectre en trois dimensions, paré de toutes les qualités – vision politique, ténacité, génie oratoire – et de juste ce qu’il faut de défauts pour rappeler que, de son vivant, il fut un être humain.
On ne s’étendra pas sur les résonances contemporaines de cette eulogie au temps du Brexit, on se contentera d’observer qu’elle prend ici la forme d’un spectacle simpliste, dont est évacué le principal intéressé – en l’occurrence le peuple britannique. Et quand scénariste et réalisateur tentent de réintroduire les loyaux sujets de Sa Majesté dans le jeu, le résultat touche au ridicule : au hasard d’une alerte aérienne, Sir ­Winston prend le « tube » et rencontre de vraies gens qui lui ­témoignent de leur admiration et de leur patriotisme.
C’est le rêve de tous les directeurs de ­musée de cire qui s’accomplit : du passé surgit un spectre en trois dimensions
Curieusement, Joe Wright, qui avait presque incidemment mis en scène ce moment de l’histoire britannique dans Reviens-moi et en avait extrait un mélange d’exaltation et de terreur, se trouve comme paralysé face à cette matière, comme si toute ­inflexion du panégyrique vers la complexité relevait du sacrilège.
Le film se détend par moments, lorsque l’on retrouve le grand homme dans son intimité. La peinture que Kristin Scott ­Thomas fait de Clementine ­Churchill, qui traite son alcoolique de mari (un trait impossible à passer sous silence) avec une ­attention ironique très maternelle, instille un peu d’humour dans ces Heures sombres empreintes d’esprit de sérieux. Quant à la grandeur, le film ne l’effleure que dans les séquences oratoires. Là, Gary Oldman peut s’envoler et toucher à la légende qui est ici pieusement relatée.

Film britannique de Joe Wright, avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James (2 h 05). Sur le web : www.facebook.com/UniversalFR

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-4">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Polar sexy mâtiné de drame filial, le film d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain, peine à captiver faute de véritable enjeu.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

« Le grand jeu » : overdose d’adrénaline et d’addiction

Polar sexy mâtiné de drame filial, le film d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain, peine à captiver faute de véritable enjeu.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h56
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 09h02
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Scénariste (Des hommes d’honneur ; The Social Network) et showrunner réputé (A la maison blanche), Aaron Sorkin passe enfin à la réalisation en adaptant les mémoires d’une ex-reine de poker clandestin, écrites en 2014 pour se renflouer après un mirifique naufrage. Donné pour réalisateur sur de multiples projets qui ont éclaté comme bulles de savon, Sorkin aura donc jeté son dévolu sur une histoire dont les ingrédients semblent un gage quasiment assuré de réussite.
Une héroïne empruntée à la réalité, qui porte un nom de roman (Molly Bloom, échappée de chez James Joyce). Une interprète de feu (Jessica Chastain). Un monde de la nuit enfiévré et plus grand que nature où s’entrechoquent le gratin du showbiz, celui des affaires et de la Mafia. Une relation père-fille compliquée par un secret de famille. Une parabole sur l’hybris américaine.

        Lire aussi la critique :
         

          « Miss Sloane » : souvenir d’une campagne perdue



Qu’on puisse se fourvoyer avec autant de tickets présumés gagnants en main est presque naturel. Trop gourmand, Sorkin a voulu tout jouer en même temps. Lebling-bling, le polar sexy, le drame filial, le film d’arnaque, le film de procès, le tout mouliné en deux heures vingt de narration désynchronisée pour faire plus malin et débité à cent à l’heure, sur la ligne néanmoins molle d’un freudisme de comptoir.
Tout commencerait par une compétition de ski. Membre de l’équipe américaine, Molly se prépare à la descente de sa vie avec les injonctions et autres flashs du paternel (Kevin Costner), obsédé de gagne, qui lui vrillent le cerveau. « La gaufre » qui s’ensuit lui casse la colonne et lui interdit toute carrière sportive mais lui ouvre les portes de l’université, à quoi, restant malgré tout la fille de son père, elle préfère celle de la réussite à tout prix, fût-elle frauduleuse.
Sérail hollywoodien
Engagée comme assistante et hôtesse auprès d’un organisateur de soirées VIP de poker clandestin, elle prend goût à la nuit et à l’argent facile, au point de voler rapidement de ses propres ailes. Racontée depuis son point de chute (arrestation au petit matin, rencontre avec son avocat, préparation du procès), sa résistible ascension la mène de salon en appartement de luxe, de Hollywood à New York, en embarquant des gens de moins en moins fréquentables (mafia russe et indics du FBI).
On voit bien ce qui a pu, dans ce récit d’addiction et d’adrénaline impliquant le sérail hollywoodien, intéresser à titre personnel Aaron Sorkin. Ce qui en ressort, qui n’est qu’un simulacre de complexité et d’énergie, manque pourtant cruellement d’enjeu.

Film américain d’Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain (2 h 20). Sur le web : www.facebook.com/pg/sndfilms

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-5">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Les mésaventures d’un jeune homme naïf parti à Lhassa pour chercher une carte d’identité, et qui finit par y perdre la sienne.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Tharlo » : un berger thibétain séduit par le chant d’une sirène

Les mésaventures d’un jeune homme naïf parti à Lhassa pour chercher une carte d’identité, et qui finit par y perdre la sienne.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h55
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
L’heureuse sortie en salle du quatrième long-métrage de Pema Tseden permet de découvrir le travail de cet écrivain cinéaste, disciple du maître iranien Abbas Kiarostami, jusqu’alors jamais distribué en France en dehors du circuit des festivals, et tristement réputé pour ses démêlés avec les autorités chinoises – en juin 2016, une prise de bec avec des policiers, à l’aéroport de Xining, lui avait valu quelques jours d’hospitalisation et de détention.
Originaire de l’Amdo, à l’ouest de la Chine, il est l’un des rares à incarner l’hypothèse d’un cinéma tibétain qui ne soit pas de l’ordre de l’excursion exotique ou du particularisme revendiqué. Et il n’est pas étonnant, comme pour toute culture minoritaire et menacée, que ses récits rejouent à leur façon le mythe du jardin d’Eden, c’est-à-dire l’inévitable corruption de l’ancien par le nouveau, du village par la ville, de l’existence concrète par les séductions illusoires.

        Lire aussi le focus :
         

          L’itinéraire inattendu d’un film tibétain en Chine



C’est aussi, peu ou prou, ce que raconte Tharlo, sans déploration, sans commisération, mais avec l’âpre sinuosité d’un conte cruel. Tharlo, berger, se retrouve convoqué au poste de police pour l’émission, devenue obligatoire, de sa carte d’identité. Mais il lui manque les photos adéquates, qu’il doit aller faire dans la ville la plus proche. Sur place, il rencontre une coiffeuse, qui l’invite à boire puis à passer la nuit chez elle. Au petit matin, sur le ton du soupir amoureux, elle l’encourage à vendre son cheptel et fuir avec elle à Lhassa ou à Pékin. Sans flairer l’arnaque, le pauvre homme retourne dans ses paysages rocailleux et laisse cette promesse mûrir en lui… A la fin de l’aventure, décoiffé, renommé et frappé d’amnésie, il finira par récupérer sa carte, sans que l’on ne sache plus très bien de quelle identité celle-ci est la dépositaire.
Deux temporalités
Le film programme ainsi, étape par étape, la déconvenue de son berger trop naïf, selon les termes d’une écriture austère et rigoureuse, qui mêle un noir et blanc minéral à un découpage méditatif en longs blocs de temps. Il est vrai que le « plan qui dure » est devenu l’une des tartes à la crème d’un certain cinéma d’auteur radical chic. Mais ici, cette durée parfois pléthorique est la traduction sensible d’une rencontre entre deux mondes et, plus précisément, deux temporalités : celles, irréconciliables, de la ruralité et de l’urbanité. Le berger transporte avec lui ses cycles immémoriels, ses durées longues, qui permettent aux gens de la ville d’y enfouir leurs véritables intentions.
Chaque scène prend ainsi la forme d’un petit théâtre unitaire, que les acteurs habitent avec un naturel confondant, confinant par moments à la grâce (la scène du karaoké), tandis que la respiration longue du montage laisse les plans mourir à petit feu dans les silences des conversations. Le film en tire un alliage convaincant de dureté et de douceur, d’austérité et de générosité, de cruauté et de compassion qui fait tout son prix. Cédant parfois à l’écueil du « paysagisme » (notamment dans les scènes en montagne), Pema Tseden n’en orchestre pas moins une scansion fascinante de glissements du jour vers la nuit, où son protagoniste plonge tête baissée jusqu’à y laisser sa véritable personnalité.

Film chinois en langue tibétaine de Pema Tseden. Avec Shide Nyima, Yangshik Tso (2 h 03). Sur le web : www.eddistribution.com/tharlo-berger-tibetain , www.facebook.com/eddistribution/



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-6">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Santiago Mitre tente de mêler réalisme magique et politique fiction.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« El Presidente » : en Argentine, lutte de pouvoirs au sommet

Santiago Mitre tente de mêler réalisme magique et politique fiction.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h54
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Un temps, on se croirait dans un Borgen des antipodes. Hernan Blanco (Ricardo Darin), président argentin fraîchement élu, s’apprête à participer à un sommet régional au Chili. Le jeune réalisateur argentin Santiago Mitre a obtenu l’autorisation de tourner dans le palais présidentiel de Buenos Aires que les acteurs arpentent avec les mines préoccupées qui siéent aux décideurs. Mais le cinéaste a d’autres ambitions, qui vont faire dérailler la mécanique que l’on avait entrevue, faisant d’El Presidente un film moins ordinaire, mais aussi plus imparfait.
A la veille de ce sommet, Hernan Blanco est averti de la prochaine publication d’informations compromettantes au temps où il était gouverneur d’une province. Hernan Blanco, dont la position sur l’échiquier politique argentin n’est pas définie (on comprend qu’il n’est de toute façon pas péroniste), est un homme nouveau, issu du peuple, et tout soupçon de corruption grèverait ce capital politique encore inentamé.

        Lire aussi le portrait :
         

          Ricardo Darín, acteur sans frontières



Entravé par cette menace, le président s’envole néanmoins pour la station de sports d’hiver chilienne où se tiendra le sommet. Là, il rencontre des homologues inspirés de la réalité, une présidente chilienne aussi affable que Michelle Bachelet, un chef de l’Etat brésilien aussi impérieux que Lula. Le Mexicain, suavement interprété par Daniel Gimenez Cacho, est une synthèse de l’onctuosité de MM. Calderon et Peña Nieto. Autour de l’enjeu du sommet – un pacte énergétique qui consacrerait la primauté du Brésil dans la région –, Santiago Mitre (scénariste, avec Mariano Llinas) déploie une métaphore sur l’ombre permanente que les Etats-Unis étendent sur tout un continent, ombre qui s’incarne en la personne de Christian Slater, machiavélique à souhait. Pendant ce temps, une vedette du journalisme hispanophone interviewe les participants au sommet. Voilà pour la politique-fiction, construite sur le modèle d’A la Maison Blanche, via la télévision danoise.
Nœud de vipères
L’irruption de Marina (Dolores Fonzi), la fille du président, introduit d’autres enjeux. C’est par elle – plus exactement par son ex-mari – que menace le scandale. Mais au lieu de simplement représenter la sphère privée, ce nœud de vipères qui risque d’empoisonner la vie publique, le personnage est investi de pouvoirs quasi magiques, mis au jour par un étrange personnage d’hypnothérapeute chilien (Alfredo Castro). Si la pirouette avait réussi, l’injection de cette dose de réalisme magique dans la chronique politique aurait fait d’El Presidente un prototype impressionnant. La sagesse de la mise en scène et la peine que les scénaristes mettent à nouer ces deux fils narratifs le maintiennent au rang d’expérience intéressante à ne pas renouveler.

Film argentin de Santiago Mitre. Avec Ricardo Darin, Dolores Fonzi, Alfredo Castro, Daniel Gimenez Cacho (1 h 54). Sur le web : distribution.memento-films.com, www.facebook.com/mementofilms.distrib/



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-7">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film de Roberto De Paolis évite avec subtilité les écueils de la chronique sociale.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Sortie cinéma : « Cœurs purs », une romance romaine moderne

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le film de Roberto De Paolis évite avec subtilité les écueils de la chronique sociale.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h53
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 11h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde - A voir
Agnese, jeune adolescente de 18 ans est choyée par une mère très pieuse qui exige d’elle qu’elle fasse vœu de chasteté jusqu’au mariage. Stefano, 25 ans, enchaîne les petits boulots précaires. Tous deux vivent à Rome : lorsqu’ils se rencontrent au détour d’un incident, leur relation mettra à mal les principes rigoristes auxquels Agnese obéit. Entre amour et religion, il faudra choisir. Au premier abord, Cœurs purs, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, donne le sentiment de voir le cinéma italien une nouvelle fois englué dans la chronique sociale un peu terne qui peine à faire surgir l’imaginaire. Mais subtilement le film échappe aux écueils du genre qui s’effacent devant ce coup de foudre naissant. Le romantisme échevelé et la sensualité débordante de certaines scènes et des deux acteurs parviennent finalement à exploser les limites parfois étriquées du petit film réaliste et l’emmènent ailleurs, vers le récit d’un amour fou qui fait désordre.  

Film italien de Roberto De Paolis, avec  Selene Caramazza, Simone Liberati, Barbora Bobulova. 1h55. Sortie le 3 janvier 2018. Sur le web : www.ufo-distribution.com/prochainement/cuori-puri/, www.facebook.com/ufodistrib/



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-8">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le réalisateur italien Paolo Virzi offre un petit cadre à deux immenses acteurs, Donald Sutherland et Helen Mirren.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

« L’Echappée belle » : road movie de fin de vie

Le réalisateur italien Paolo Virzi offre un petit cadre à deux immenses acteurs, Donald Sutherland et Helen Mirren.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 08h53
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - pourquoi pas
Si vous avez plus de 70 ans et que vous n’avez jamais joué un vieillard frappé d’une forme ou d’une autre de démence sénile, vous n’êtes pas un grand acteur. En vertu de cette règle hollywoodienne tacite, Donald Sutherland est atteint de la maladie d’Alzheimer dans ce petit road movie tourné aux Etats-Unis par l’Italien Paolo Virzi. On aimerait voir dans les EPHAD des patients aussi altiers que l’immense acteur canadien. Mais tout le talent de Sutherland, auquel vient s’ajouter le renfort considérable du jeu de Helen Mirren (elle incarne son épouse, plus jeune, mais arrivée à la phase terminale de son cancer) ne suffit pas à éviter les pièges tendus par les ressorts dramatiques de cette Echappée belle.
Stations sentimentales prévisibles
Ella (Helen Mirren) et John (Donald Sutherland) Spencer se soustraient à la surveillance affectueuse de leurs deux enfants adultes pour remettre en service leur mobile home, baptisé le Leisure Seeker (le chercheur de loisir, d’oisiveté) et quitter le New Jersey pour la Floride, où ils espèrent visiter la maison d’Ernest Hemingway. C’est que John fut professeur d’anglais, de ceux que ses anciens élèves reconnaissent des années plus tard, à travers le brouillard des années et la brume des larmes que fait jaillir l’émotion des retrouvailles.
Plus encore que la géographie des étapes (les sites historiques du Sud – dont est originaire Madame, la côte géorgienne, les keys de Floride), ce sont les stations sentimentales de ce trajet que l’on devine à peine la clé de contact tournée pour la première fois. Il faudrait dévoiler l’issue parfaitement prévisible de l’Echappée belle pour dire tout le mal que l’on pense du procédé qui consiste à rendre comestibles (enfin… drôles, attendrissants) les derniers chapitres d’existences ravagées par la maladie. L’engagement des acteurs (Donald Sutherland sait à merveille entrer et sortir de l’état de conscience, Helen Mirren ferait presque croire qu’elle est vraiment malade) n’y change rien, il ne faut pas ciller quand on parle de ces affaires, comme l’avait bien compris Michael Haneke lorsqu’il a dirigé Amour.

Film italien et américain de Paolo Virzi, avec Donald Sutherland, Helen Mirren (1 h 52). Sur le web : www.bacfilms.com, www.facebook.com/bacfilms



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-9">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ L’orchestrateur de la bande originale du film sorti en 1999 explique les subtilités de cette musique qui ponctue l’affrontement entre Qui-Gon Jinn, Obi-Wan Kenobi et Darth Maul.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ 
<article-nb="2018/01/03/18-10">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Jean-Pierre Léaud est parfait dans ce conte fantastique subtil, plein de moments cocasses et de mélancolie.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/01/2018
Découvrir l’application


                        

Sortie cinéma : « Le lion est mort ce soir », fantaisies enfantines autour du temps qui passe

Jean-Pierre Léaud est parfait dans ce conte fantastique subtil, plein de moments cocasses et de mélancolie.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 10h04
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Parce que le tournage du film auquel il participait, dans le sud de la France, est interrompu quelques jours, un acteur vieillissant décide de retrouver, dit-il, une amie qu’il n’a pas vue depuis longtemps. L’objet de sa quête est en fait le souvenir d’un amour de jeunesse, mort il y a des années. C’est donc à la rencontre d’un fantôme que se rend l’homme, un fantôme qui resurgit et avec qui il va dialoguer dans la maison abandonnée où il s’est installé.
L’acteur, c’est Jean-Pierre Léaud qui l’incarne, introduisant immédiatement dans le plan la mémoire de ce dont il a été lui-même l’emblème, celui d’un cinéma moderne dont le souvenir est désormais un peu lointain.
Une aventure peuplée d’événements imprévus
Au cours d’une brève séquence, il retrouve ainsi une femme interprétée par Isabelle Weingarten : réminiscence et clin d’œil, résurrection brève d’un couple renvoyant subliminalement à La Maman et la Putain, soit une des plus grandes œuvres du cinéma français moderne… Mais Léaud est surtout un comédien qui déjoue tous les naturalismes, et qui va engendrer immédiatement une sensation d’irréalité parfaite pour ce qui s’avère une sorte de conte fantastique très inattendu.

        Voir aussi le portrait :
         

          Le soleil noir du roi Léaud



Le vieux comédien est dérangé dans sa retraite par un groupe de gamins et de gamines qui ont en tête de tourner un film dans le cadre de ce que l’on devine être un programme scolaire. Découvrant sa profession, ils parviennent à le convaincre de participer à leur projet et lui demandent d’accepter un rôle. Ils écoutent ses conseils et iront de surprise en surprise grâce à sa capacité, parfois burlesque, d’improvisation.
Dès lors, le récit semble suivre les détours d’une aventure peuplée d’événements imprévus. Le ciel méditerranéen, les rues lumineuses du Midi de la France, les couloirs frais et obscurs d’une demeure antique constituent le théâtre et le décor de saynètes réjouissantes, d’une spontanéité trompeuse. Le vieil acteur surprend les enfants eux-mêmes à la fois par sa juvénilité clownesque et par sa capacité à les interroger sur le fondement même de leur désir de filmer une histoire de maison hantée. Cette rencontre va ainsi se transformer, très subtilement, en un récit d’initiation collective.
Des moments cocasses
Ce qui pourrait ne constituer qu’une allégorie facile se révèle une redoutable machine où s’imbriquent, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale. Tout cela n’est guère étonnant lorsque l’on se souvient que l’on avait découvert le cinéaste Nobuhiro Suwa avec son deuxième long-métrage, en 1999, M/Other, chronique d’une vie familiale tout autant qu’approche conceptuelle de la notion de vie quotidienne.
La rencontre des enfants et du vieux comédien ne repose que superficiellement sur celle d’une confrontation entre une vitalité prétendument représentée par ceux-ci et une sérénité qui serait celle de l’homme âgé.
Une redoutable machine où s’imbriquent, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale
D’abord parce que Léaud, devenu une véritable figura, est bien loin de tout ça, possédé lui-même par un esprit enfantin qui déjoue toutes les attentes. Ensuite parce que les enfants, derrière l’amusement et le jeu qu’induit le tournage de leur petit film, tournage donnant lieu à des moments cocasses, incarnent moins la négation de l’obsession morbide de l’homme confit dans le souvenir d’un amour défunt qu’ils n’en proposent, dans leur candide projet, une variation, une sublimation paradoxale.
Car c’est de la mort que parle le film de Nobuhiro Suwa, la mort acceptée comme une péripétie inévitable mais également comme un moment de la vie elle-même. Et l’histoire de fantômes que les gamins ambitionnent de tourner dans les couloirs de cette maison en ruines, histoire issue d’imaginations emplies à la fois de contes de terreur tout autant que de films hollywoodiens à effets spéciaux, serait ainsi la conscience infantile du néant.
Là réside sans doute la subtilité de Le lion est mort ce soir, dans le refus de ce clivage trop facile. Le deuil et la mélancolie, la vision stoïcienne de la fin de toutes choses sont délicatement soumis au crible d’une fantaisie enfantine. C’est le nouveau tour de force d’un cinéaste qui poursuit une œuvre rare, intransigeante et unique.


LE LION EST MORT CE SOIR - Bande Annonce from Shellac on Vimeo.

« Le lion est mort ce soir », film français de Nobuhiro Suwa. Avec Jean-Pierre Léaud, Isabelle Weingarten, Pauline Etienne (1 h 43). Sur le Web : Shellac-altern.org , Facebook.com/toma.shellac

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 janvier)
Le Lion est mort ce soir, film franco-japonais de Nobuhiro Suwa (à ne pas manquer)Tharlo, le berger tibétain, film tibétain et chinois de Pema Tseden (à voir)Cœurs purs, film italien de Roberto De Paolis (à voir)Le Grand Jeu, film américain d’Aaron Sorkin (pourquoi pas)Les Heures sombres, de Joe Wright (pourquoi pas)El presidente, film argentin, espagnol et français de Santiago Mitre (pourquoi pas)L’Echappée belle, film italien et français de Paolo Virzi (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
A Fuller Life, documentaire américain de SamanthaBurn Out, film français de Yann GozlanFireworks, film d’animation japonais de Akiyuki Shinbo, Nobuyuki TakeuchiInsidious la dernière clé, film américain d’Adam Robitel





                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-11">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/01/2018
Découvrir l’application


                        

Nouveautés, reprises, rétrospective : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    03.01.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
03.01.2018 à 08h47
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, oublions la tempête, la pluie et le froid et offrons-nous le réconfort d’une toile sur grand écran…
« Le lion est mort ce soir » : Léaud le gentil fantôme

Parce que le tournage auquel il participait, dans le sud de la France, est interrompu quelques jours, un acteur vieillissant décide de retrouver, dit-il, une amie qu’il n’a pas vue depuis longtemps. L’objet de sa quête est en fait le souvenir d’un amour de jeunesse, morte il y a des années. C’est donc à la rencontre d’un fantôme auquel se rend l’homme, un fantôme qui resurgit et avec qui il va dialoguer dans la maison abandonnée où il s’est installé. Le vieux comédien est dérangé dans sa retraite par un groupe de gamins et de gamines qui ont en tête de tourner un film dans le cadre de ce que l’on devine être un programme scolaire.
L’acteur, c’est Jean-Pierre Léaud qui l’incarne, introduisant immédiatement dans le plan la mémoire de ce dont il a été lui-même l’emblème, celui d’un cinéma moderne dont le souvenir est désormais un peu lointain. Ce qui pourrait ne constituer qu’une allégorie facile se révèle une redoutable machine où s’imbrique, avec virtuosité, spontanéité et maîtrise, vision documentaire et construction mentale. Jean-François Rauger
« Le lion est mort ce soir », film français de Nobohiro Suwa. Avec Jean-Pierre Léaud, Isabelle Weingarten, Pauline Etienne (1 h 43).
« Tharlo le berger tibétain » : fable édénique et minoritaire

Tharlo, berger des hautes montagnes tibétaines, se retrouve convoqué au poste de police pour l’émission, devenue obligatoire, de sa carte d’identité. Mais il lui manque encore les photos adéquates, qu’il doit aller faire dans la ville la plus proche. Sur place, il rencontre une jeune coiffeuse, qui l’invite à boire puis à passer la nuit chez elle. Au petit matin, sur le ton du soupir amoureux, elle l’encourage à vendre son cheptel pour fuir avec elle à Lhassa ou à Pékin. Sans flairer l’arnaque, le pauvre homme retourne dans ses paysages rocailleux et laisse cette promesse mûrir en lui.
L’heureuse sortie en salle du quatrième long-métrage de Pema Tseden permet enfin de découvrir le travail de cet écrivain cinéaste, disciple du maître iranien Abbas Kiarostami, jusqu’alors jamais distribué en France en dehors du circuit des festivals, et tristement réputé pour ses récents démêlés avec les autorités chinoises – en juin 2016, une prise de bec avec des policiers, à l’aéroport de Xining, lui avait valu quelques jours d’hospitalisation et de détention. Originaire de l’Amdo, à l’ouest de la Chine, il est l’un des rares à incarner aujourd’hui l’hypothèse d’un cinéma tibétain qui ne soit pas de l’ordre de l’excursion exotique ou du particularisme revendiqué. Mathieu Macheret
« Tharlo le berger tibétain », film chinois en langue tibétaine de Pema Tseden. Avec Shide Nyima, Yangshik Tso. (2 h 03).
« Le jour où la terre s’arrêta » : mais qui c’est ce mec-là ?

Si on commençait l’année par la fin du monde ? On remerciera Splendor Films, distributeur patrimonial plein d’allant, d’en avoir eu l’idée, en programmant Le jour où la Terre s’arrêta, réalisé en 1951 par Robert Wise. Cinéaste particulièrement apprécié de Jean-Pierre Melville, également monteur du Citizen Kane d’Orson Welles, il fut un de ces bons artisans hollywoodiens à l’œuvre inégale et remarquablement éclectique. Le jour où la Terre s’arrêta, tourné en 1951 pour le compte de la Fox, adapte une nouvelle d’Harry Bates publiée en 1940, Farewell to The Master. Ceci expliquant peut-être cela, le film sera donc une œuvre atypique de la science-fiction américaine des années 1950, durant lesquelles l’idéologie mise au service de la guerre froide fait des ravages dans les mœurs, les consciences et les œuvres.
Plus volontiers pacifiste qu’anticommuniste, humaniste que nationaliste-délateur, le film montre un extraterrestre véritablement extraterrestre en ce qu’il est animé de bonnes intentions et qu’il tient son hiératisme de l’acteur plus anglais que nature qui l’interprète. Plaidoyer contre l’arme nucléaire et l’équilibre de la terreur, œuvre relativement sobre et réflexive, Le jour où la Terre s’arrêta est devenu un titre légendaire. Jacques Mandelbaum
« Le jour où la terre s’arrêta », film américain de Robert Wise. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe. (1 h 32)
« Samuel Fuller » : Rétrospective à la cinémathèque

Du 3 janvier au 15 février, la Cinémathèque française met à l’honneur Samuel Fuller (1912-1997), l’un des cinéastes les plus originaux de sa génération, ex-journaliste puis soldat d’infanterie lors de la seconde guerre mondiale, en lui consacrant une rétrospective. Sans doute est-il important de redécouvrir une œuvre ayant vivement contribué au passage à l’âge adulte du cinéma américain, en décloisonnant les conventions hollywoodiennes, les ouvrant à un gain de réalisme, de complexité, d’ambiguïté sexuelle, de diversité éthique et sociale, de curiosité pour le monde au-delà des Etats-Unis et à l’intérieur de ceux-ci.
Sur le chemin qui a mené d’un classicisme imperturbable à la conquête d’une conscience moderne (Cassavetes, Cimino, Rafelson, Friedkin, Altman) et inquiète, les films de Fuller – de J’ai tué Jesse James (1949) à Dressé pour tuer (1982), en passant par La Maison de bambou (1955) et Au-delà de la gloire (1980) – occupent la première marche. Ma. Mt
Rétrospective Fuller, La Cinémathèque Française, 51, rue de Bercy, Paris 12e.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-12">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Les salles ont, par ailleurs, enregistré la troisième meilleure fréquentation depuis cinquante ans, avec 209,2 millions de spectateurs en 2017.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Les films français à nouveau en progression en 2017

Les salles ont, par ailleurs, enregistré la troisième meilleure fréquentation depuis cinquante ans, avec 209,2 millions de spectateurs en 2017.



Le Monde
 |    02.01.2018 à 14h11
   





                        



   


En progression depuis trois ans, les films français ont à nouveau accru leur part de marché en 2017. Les salles ont, par ailleurs, enregistré la troisième meilleure fréquentation depuis cinquante ans, avec 209,2 millions de spectateurs en 2017.
« La fréquentation des salles de cinéma demeure à un niveau particulièrement élevé. C’est le troisième plus haut niveau depuis cinquante ans. Avec plus de 78 millions d’entrées, les films français ont connu un beau succès dans les salles », observe Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée).
Les films américains reculent de 8,6 %, à 102,04 millions d’entrées, en 2017. Leur part de marché atteint ainsi 48,8 % en 2017, contre 52,4 % en 2016. En 2017, la part de marché des films français a atteint 37,4 % contre 35,3 % (2016). « Après une année 2016 exceptionnelle, les spectateurs ont bénéficié cette année encore d’une offre de films français très riche dans tous les genres qui ont attiré les spectateurs », ajoute la présidente du CNC dans un communiqué.

        Lire aussi :
         

                Théâtre, humour, opéra, danse... les spectacles qui ont marqué 2017



Les films primés bien placés
Pour la quatrième année consécutive, la fréquentation des salles franchit les 200 millions d’entrées, très au-dessus de la moyenne des dix dernières années (205 millions), mais 2017 fait toutefois moins bien que 2016 (213,1 millions). En 2011, un record avait été établi avec 217 millions de fauteuils.
Les meilleurs scores français ont été réalisés par les comédies Raid Dingue de Dany Boon (4,6 millions d’entrées), Valérian et la Cité des milles planètes de Luc Besson (4 millions), Alibi.com de Philippe Lacheau (3,6 millions), Le Sens de la fête d’Eric Toledano (3 millions) et Au revoir là-haut d’Albert Dupontel (1,9 million).

        Lire aussi :
         

                Comment le cinéma se porte-t-il en France ?



Plusieurs films sélectionnés ou primés, notamment à Cannes, ont rencontré un large public tels 120 Battements par minute de Robin Campillo, grand prix du jury (812 000 entrées), Visages, Villages, réalisé par Agnès Varda et JR, œil d’or du meilleur documentaire (234 000), Barbara de Mathieu Amalric, primé à Un certain regard et lauréat des prix Jean Vigo et Louis Delluc (360 000), Petit Paysan d’Hubert Charuel, sélectionné à la Semaine de la critique (514 000).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-13">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Plusieurs livres et une autobiographie éclairent la personnalité du réalisateur américain.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Samuel Fuller, un cinéaste objet de commentaires et de débats passionnés

Plusieurs livres et une autobiographie éclairent la personnalité du réalisateur américain.



Le Monde
 |    02.01.2018 à 09h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Rattraper le temps perdu. C’est à cette aune qu’il faut relever, à l’occasion de l’intégrale que lui consacre la Cinémathèque française, le soudain ­regain de littérature sur le cas­ Samuel Fuller. Est-ce à dire qu’il fut, au regard de la critique, un réalisateur méconnu en France ? Tout le contraire plutôt. Enjeu cinéphilique (étendard esthétique aux ­Cahiers du cinéma), enjeu politique (attaqué de tous côtés dans le contexte de la guerre froide), Fuller, par sa sécheresse, sa violence, ses thèmes de prédilection, son histoire aussi (journaliste, soldat dans l’armée américaine lors du Débarquement), fut très tôt objet de commentaires et de débats passionnés. Antoine de Baecque fit le point, voici quelques années déjà, sur le fiévreux accueil français du cinéaste dans un article remarquable (« La morale est affaire de travellings », Trafic nos 25 et 26, 1998).

Toutefois, comme le résume Jean-François Rauger – programmateur à la Cinémathèque française et collaborateur des pages cinéma du Monde – dans le préambule à Samuel Fuller, le choc et la caresse, ouvrage collectif qu’il codirige avec Jacques Déniel : « Tout s’est passé comme si la réalité, c’est-à-dire la biographie, avait pu, dans ce cas-là, rendre le commentaire inutile ou superflu. » Il en ressort un ouvrage collectif foisonnant qui, par une réaction qui aurait sans doute gagné à être moins intransigeante, n’accorde rien à la biographie ni à l’Histoire mais tout à l’esthétique. S’y ­découvrent, ou plutôt s’y confirment, un art foudroyant de l’action en même temps qu’une science consommée du paradoxe moral, qui tétanisent littéralement le spectateur, désamorcent la pensée. De quoi remettre en mémoire cette image de Fuller substituant au traditionnel ­« Action ! » un coup de feu (Colt 45 ou 9 mm Luger, les sources varient à ce sujet) tiré sur le plateau.
Homme de convictions
Cette logique de la frontalité de l’horreur,...




                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-14">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La Cinémathèque française consacre une rétrospective au réalisateur américain qui a décloisonné les conventions hollywoodiennes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 01/01/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Samuel Fuller, un iconoclaste à Hollywood

La Cinémathèque française consacre une rétrospective au réalisateur américain qui a décloisonné les conventions hollywoodiennes.



Le Monde
 |    02.01.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
02.01.2018 à 09h59
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Jusqu’au 15 février, la Cinémathèque française met à l’honneur le grand Samuel Fuller (1912-1997), l’un des cinéastes les plus originaux de sa génération, en lui consacrant une rétrospective.
Sans doute est-il important aujourd’hui de redécouvrir une œuvre ayant vivement contribué au passage à l’âge adulte du cinéma américain, en décloisonnant les conventions hollywoodiennes, les ouvrant à un gain de réalisme, de complexité, d’ambiguïté sexuelle, de diversité éthique et sociale, de curiosité pour le monde au-delà des Etats-Unis et à l’intérieur de ceux-ci. Sur le chemin qui a mené d’un classicisme imperturbable à la conquête d’une conscience moderne (Cassavetes, Cimino, ­Rafelson, Friedkin, Altman) et inquiète, les films de Fuller occupent la première marche.

A cette situation particulière, on trouvera quelques raisons d’ordre biographique. Fuller ne vint à la mise en scène qu’à l’âge de 37 ans, après avoir d’abord été journaliste, profession dont il gravit les échelons dès l’adolescence, de grouillot à reporter criminel, et dont il a chanté les louanges dans Violences à Park Row (1952).

C’est de cette pratique chevronnée qu’il tire son flair pour le sujet porteur (la « story »), son talent de raconteur, son art des dialogues mordants, sa capacité à brosser des caractères saillants. Et c’est encore par le biais de l’écriture qu’il fit une première incursion à Hollywood, au milieu des années 1930, pour contribuer à la rédaction de scénarios et à la création d’histoires.
Une deuxième carrière militaire
A cette première carrière s’en ajoute une deuxième, militaire, dans la 1re division d’infanterie américaine, la « Big Red One », au sein de laquelle il accomplit ses états de service pendant la seconde guerre mondiale. Il lui rendra hommage dans la plupart de ses films, jusqu’à lui consacrer son grand œuvre récapitulatif, Au-delà de la gloire (1980), avec Lee Marvin.
Fuller...




                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-15">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ AU CŒUR DE L’IA. De Fritz Lang à Stanley Kubrick ou Steven Spielberg, les plus grands réalisateurs ont nourri l’imaginaire du public en matière de machines pensantes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Petite histoire de l’intelligence artificielle à l’écran

AU CŒUR DE L’IA. De Fritz Lang à Stanley Kubrick ou Steven Spielberg, les plus grands réalisateurs ont nourri l’imaginaire du public en matière de machines pensantes.



Le Monde
 |    01.01.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
02.01.2018 à 08h55
    |

            Samuel Blumenfeld








                        



                                


                            

Il n’est pas certain que la question de l’intelligence artificielle (IA) ait été la principale préoccupation de Fritz Lang lors de la première de Metropolis, le 10 janvier 1927, à l’Ufa-Palast am Zoo à Berlin. Le réalisateur allemand avait alors bien d’autres questions en tête : il venait de signer le film le plus attendu de l’histoire de son pays.
Avec un tournage de plus d’un an et un budget dix fois supérieur à celui d’une production hollywoodienne moyenne, son échec commercial aurait mis en péril toute l’industrie cinématographique allemande. S’il n’anticipait pas l’influence considérable de son chef-d’œuvre, le cinéaste ne mesurait probablement pas non plus l’importance d’un des aspects du scénario : la fabrication d’un robot possédant une silhouette et des attributs féminins par un savant fou régnant sur la ville futuriste de Metropolis.
Chefs-d’œuvre du genre
Avec cette créature à la fois mécanique et organique, Lang mettait en scène le premier androïde de l’histoire du cinéma. Il plaçait la question de l’IA au cœur de la science-fiction, avec une question – l’avancée technologique symbolisée par un robot est-elle une promesse de bonheur ou une malédiction ? – que poseront, plus tard, les rares chefs-d’œuvre du genre : 2001, l’odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick ; Blade Runner (1982), de Ridley Scott ; Terminator (1984), de James Cameron ; et A.I. (2001), de Steven Spielberg.

Lorsque Stanley Kubrick s’attelle, avec le romancier Arthur C. Clarke, à l’adaptation de trois de ses nouvelles, pour ce qui deviendra 2001, l’odyssée de l’espace, à la fois poème philosophique sur le destin de l’homme et film de spéculation où les extraterrestres se trouveraient à l’origine de notre civilisation, le metteur en scène américain est le premier à poser explicitement la question de l’IA.
Fasciné par les ordinateurs, Kubrick confie à l’un d’eux le rôle emblématique de...




                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-16">

<article-nb="2018/01/03/18-17">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Né le 13 mars 1925 dans la province de Santa Fe (Argentine), le cinéaste et pédagogue était considéré comme le précurseur du nouveau cinéma latino-américain.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le cinéaste argentin Fernando Birri est mort

Né le 13 mars 1925 dans la province de Santa Fe (Argentine), le cinéaste et pédagogue était considéré comme le précurseur du nouveau cinéma latino-américain.



Le Monde
 |    29.12.2017 à 14h53
 • Mis à jour le
29.12.2017 à 15h54
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            

Le réalisateur argentin Fernando Birri, partisan du néoréalisme, précurseur du nouveau cinéma en Amérique latine et fondateur de l’Ecole internationale de cinéma à Cuba, est mort mercredi 27 décembre, à Rome, à l’âge de 92 ans. Il s’était acquis une stature de patriarche du cinéma latino-américain et de prophète d’une utopie paradoxale, d’autant plus nécessaire qu’elle reste toujours inaccessible.
Fernando Birri est né le 13 mars 1925 à Santa Fe, en Argentine, dans une famille d’origine italienne qui avait choisi la Pampa gringa pour faire fortune. Poète, peintre et marionnettiste, il part à Rome en 1950, pour faire ses études au prestigieux centre expérimental de la cinématographie, l’école de Cinecitta, en plein apogée du néoréalisme. Il y fait la connaissance des futurs réalisateurs cubains Julio Garcia Espinosa et Tomas Gutierrez Alea et de l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, tous attirés par les films italiens de l’après-guerre.
A son retour à Santa Fe, en 1956, il fonde l’Institut de cinématographie de l’Université nationale du littoral, une institution pionnière dans les Amériques. Avec ses étudiants, il reprend les expériences du scénariste italien Cesare Zavattini et du photographe américain Paul Strand, qui avaient utilisé la photographie comme moyen d’enquête sociale.
Ainsi naît le documentaire Tire dié (1958), sur des enfants qui font la manche au risque de leur vie auprès des passagers d’un train lorsque celui-ci ralentit pour traverser un pont. Ces images emblématiques deviennent une référence pour les partisans d’un cinéma engagé et sont citées dans L’Heure des brasiers (1968), le long-métrage fleuve de Fernando Solanas.
Exil après le coup d’Etat militaire de 1966
Fernando Birri se fait lui-même le propagandiste de ses premiers pas, avec un Manifeste de Santa Fe (1962) : « Le cinéma complice du sous-développement est un sous-cinéma. » Son Institut reçoit la visite...




                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-18">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le rachat de la majorité des actifs de la 21st Century Fox par Disney risque d’avoir des conséquences néfastes pour les films d’auteur, analyse dans sa chronique Thomas Sotinel, journaliste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La montée en puissance de Disney représente une menace sans précédent pour le 7e art »

Le rachat de la majorité des actifs de la 21st Century Fox par Disney risque d’avoir des conséquences néfastes pour les films d’auteur, analyse dans sa chronique Thomas Sotinel, journaliste au « Monde ».



Le Monde
 |    29.12.2017 à 09h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Chronique. Mickey Mouse croquant un renard dont la queue dépasse encore de sa bouche : la « une » du Hollywood Reporter au lendemain de l’annonce, le 14 décembre, du rachat de la majorité des actifs de la 21st Century Fox par Disney a pu provoquer une certaine jubilation dans les milieux qu’on dit libéraux aux Etats-Unis – de gauche ailleurs. Le studio réformateur, qui, de Frozen (La Reine des neiges) à Star Wars, a transformé ses princesses animées en femmes d’action, donné des rôles de héros aux acteurs et actrices issus des minorités est venu à bout de l’empire de Rupert Murdoch, le parrain de la droite américaine, le facilitateur de l’élection de Donald Trump et du Brexit.
Parmi les conséquences annoncées de cette fusion, on a souvent mentionné le renoncement de Bob Iger, qui dirige la Walt Disney Company depuis 2005, à une éventuelle candidature à la nomination démocrate.

Il n’est pas besoin d’être spécialiste des rongeurs pour voir que l’appétit de la souris ne procède pas seulement – et loin de là – d’intentions vertueuses. Si l’on s’en tient au seul domaine du cinéma (des longs-métrages produits dans l’intention de les exploiter en salles), il faut faire changer de camp aux bons et aux méchants. La montée en puissance de Disney représente une menace sans précédent pour le 7e art.
 et des films d’auteur
Depuis le rachat de la 20th Century Fox par Rupert Murdoch en 1985, cette vénérable institution (son premier avatar remonte à 1915) était restée un studio hollywoodien classique. Aussi conflictuels qu’aient été les rapports entre le magnat australien et les dirigeants successifs des activités cinéma de la Fox, ceux-ci ont produit, financé ou distribué à la fois des blockbusters (Titanic, Avatar, X-Men, la deuxième trilogie de...




                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-19">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Les critiques cinéma du « Monde » ont sélectionné chacun les cinq œuvres qui les ont le plus émus et convaincus cette année.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 28/12/2017
Découvrir l’application


                        

« Moonlight », « Twin Peaks : The Return », « Detroit »… nos films coup de cœur de 2017

Les critiques cinéma du « Monde » ont sélectionné chacun les cinq œuvres qui les ont le plus émus et convaincus cette année.



Le Monde
 |    28.12.2017 à 09h45
 • Mis à jour le
29.12.2017 à 06h39
   





                        


La sélection de Thomas Sotinel

   


1. Ex aequo : Moonlight, de Barry Jenkins ; Get Out, de Jordan Peele ; I Am Not Your Negro, de Raoul Peck
4 : 120 battements par minute, de Robin Campillo
5 : Une vie violente, de Thierry de Peretti
Il ne faut surtout pas prendre le trio de tête pour un ghetto. La sortie quasi simultanée de ces trois films, reflets de l’expérience afro-américaine, relève autant de la coïncidence de cycles de production que de l’émergence d’une vague. Reste qu’on les a vus en même temps – le récit d’apprentissage de Barry Jenkins, l’essai littéraire et cinématographique autour de James Baldwin de Raoul Peck (qui est haïtien), le film d’horreur (qui est aussi un film sur l’horreur, celle de la servitude) de Jordan Peele – et qu’on y a trouvé une richesse de sensations, d’informations, de réflexions qui n’appartient qu’au cinéma. Quels que soient les périls qui guettent le cinéma américain, cette trilogie née du hasard témoigne de sa puissance d’analyse, de l’infinie diversité de ses approches et de ses effets.
La proximité entre 120 battements par minute et Une vie violente est du même ordre. Deux longs récits qui fouillent au cœur de l’engagement, dans un pays – la France – où la politique tend à échapper au commun des mortels. Les militants d’Act Up que filme Robin Campillo donnent chair et désir à l’action collective, quand bien même elle se déploie à l’ombre de la mort. Presque symétriquement, les nationalistes corses de Thierry de Peretti échouent à échapper à la logique létale de leur action. Là encore, tout près de chez vous, c’est le cinéma qui dit le mieux le monde et son histoire.
La sélection de Jacques Mandelbaum

   


1. Twin Peaks : The Return, de David Lynch
2. Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, de Bruno Dumont
3. Bangkok Nites, de Katsuya Tomita
4. Certaines femmes, de Kelly Reichardt
5. Jackie, de Pablo Larrain
En plaçant en première et deuxième positions des films à strictement parler de télévision, on prend le risque de scandaliser la filière cinéma. En réalité, on le jure, point de dandysme ici. Il s’agit, et il faudrait être aveugle pour ne pas le voir, de deux œuvres de cinéastes qui poursuivent leur quête créatrice à la télévision, signant à cette occasion deux purs chefs-d’œuvre. David Lynch remet en désordre de marche après vingt-cinq ans d’absence son grand mystère sériel. Bruno Dumont imagine, au pied de chez lui, l’enfance de la pucelle entre Bresson, Péguy et pop baroque. A quoi tient leur réussite ? Au fait qu’ils nous réveillent, nous touchent au plus profond, nous engagent. Au sentiment devant eux de retrouver une voie poétique, pour ne pas dire mystique, du cinéma, perdue depuis si longtemps. Ce qu’on dit là se ressent, dans une mesure sinon égale du moins semblable, aux rangs 1, 2, 3, 4 et 5.
Pour autant, aucun de ces films ne flotte dans l’éther à quoi, trop souvent, on voudrait réduire une certaine radicalité artistique. Ces œuvres de cinéma relèvent pleinement du monde qui nous entoure. Lynch de « l’âge noir » que l’humanité traverse, et de l’espoir ténu mais bouleversant d’un retour à la vie. Dumont de la tiédeur et de la lâcheté qui corrompent le monde et de la révolte qu’il convient de leur opposer. Tomita, dans son envoûtant voyage entre Thaïlande et Laos, de l’aliénation politique et de la dignité des colonisés d’hier et d’aujourd’hui. Reichardt, à travers une chronique fragmentaire de la vie quotidienne au Montana, de l’atomisation douloureuse de la société américaine. Larrain, depuis la résidence endeuillée des Kennedy, du récit toujours défait de la bonne gouvernance des hommes et de la violence comme moteur de l’Histoire. Hommage enfin, on ne peut plus d’actualité après la révélation de l’affaire Weinstein, aux femmes qui luttent et se libèrent en 2, 3, 4 et 5. La route est longue, mais les portraits livrés par ces films, d’une beauté qui ne va jamais sans rudesse, montrent la voie.
La sélection d’Isabelle Regnier

   


1. Twin Peaks : The Return, de David Lynch
2. Un jour dans la vie de Billy Lynn, de Ang Lee
3. I Am Not Your Negro, de Raoul Peck
4. Creepy, de Kiyoshi Kurosawa
5. Un beau soleil intérieur, de Claire Denis
En 1992, à la fin du dernier épisode de Twin Peaks, Laura Palmer nous fixait un improbable rendez-vous un quart de siècle plus tard. En se pointant à l’heure avec cette troisième saison, David Lynch a prouvé qu’il était homme de parole, mais surtout un des artistes les plus déments de notre époque. Lui qui a révolutionné l’histoire de la télévision avec les deux premières saisons de Twin Peaks, signé avec Mulholland Drive un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, revient avec une œuvre renversante : un film-monde de dix-huit heures dont les origines sont plus à chercher du côté de la peinture – de Brueghel l’Ancien, ou de Jérôme Bosch – que dans le cinéma ou la télévision. Plongée métaphysique au cœur du mal, Twin Peaks, the Return reconfigure l’espace et le temps en explosant les frontières du cinéma, des arts plastiques et de la télévision au fil d’un vertigineux récit en miroirs.
Difficile de se mesurer à une telle puissance, et ce n’est peut-être pas un hasard si les films qu’on aura préférés cette année s’en font l’écho. Un effet de sidération semblable naît, en effet, dans Un jour dans la vie de Billy Lynn de la collusion entre la sensibilité à vif d’un jeune soldat revenu d’Irak et le chaos du show patriotique géant dans lequel on le propulse. Le péché originel de l’Amérique que met en scène Raoul Peck à partir des écrits de James Baldwin dans I Am Not Your Negro résonne avec le forage qu’opère Twin Peaks dans les zones les plus sombres de l’horreur du XXe siècle. Quant à l’idée du mal tapi sous le masque lénifiant du voisin amical, sur laquelle repose Creepy, elle a toujours été la grande obsession de Lynch. Il n’y a guère qu’Un beau soleil intérieur, comédie tellement déliée qu’elle n’a de compte à rendre qu’à elle-même, pour échapper à cette orbite démoniaque.
La sélection de Mathieu Macheret 

   


1. Ex aequo : Certaines femmes, de Kelly Reichardt ; Un jour dans la vie de Billy Lynn, d’Ang Lee
3. L’Amant d’un jour, de Philippe Garrel
4. Split, de M. Night Shyamalan
5. Creepy, de Kiyoshi Kurosawa
+ Bonus : Twin Peaks : The Return, de David Lynch
Une œuvre par-dessus toutes a traversé l’année comme un grondement de tonnerre : le retour à Twin Peaks de David Lynch, vingt-six ans après une série originelle (1990-1991) qui avait, en son temps, redéfini les standards de la fiction télévisée. Cette troisième saison inattendue, loin de céder à la mode du « revival », a constitué un hapax fulgurant, sous forme de trou noir, dans le champ aujourd’hui majoritaire de la forme série. Lynch nous tend le reflet d’un monde profondément disloqué, trempé dans l’horreur et l’insensibilité contemporaines, et creuse un récit perclus d’accrocs et de suspensions. Il s’attaque ainsi au culte des « arcs narratifs » bien bouclés et invente une fiction zébrée de grandes scènes irrésolues, de soudaines déflagrations visuelles, de bouffées sentimentales et d’intermèdes musicaux, retrouvant dans ce geste de montage souverain l’essence même, hasardeuse et vagabonde, de la meilleure télévision – c’est-à-dire du cinéma.
Cette chronique d’une dévastation achevée trouvait parallèlement dans les salles obscures de troublants échos : cette Amérique des petites villes désaffectées que dépeint Kelly Reichardt dans Certaines femmes, ou encore celle croulant sous le règne sans partage du « show-business », que traverse le jeune soldat Billy Lynn avant de retourner au front (Un jour dans la vie de Billy Lynn). Tandis que Philippe Garrel décelait une rivalité enfouie dans l’amitié naissante entre deux jeunes femmes (L’Amant d’un jour), M. Night Shyamalan révélait une solidarité de souffrance entre un schizo-prédateur et sa proie adolescente (Split). C’est enfin dans Creepy, de Kiyoshi Kurosawa, que se nichait le moins vulnérable des psychopathes, sous les traits d’un simple voisin de palier dont la seule présence suffit à vous asservir. Bienvenue dans l’âge obscur.
La sélection de Jean-François Rauger

   


1. Detroit, de Kathryn Bigelow
2. Lost City of Z, de James Gray
3. L’Amant d’un jour, de Philippe Garrel
4. Yourself and Yours, de Hong Sang-soo
5. Logan, de James Mangold
Le cinéma comme moyen d’expression a fait l’objet en cette fin d’année d’une série d’attaques aussi grotesques que violentes. Il lui fut réclamé d’être exemplaire et socialement utile. Il lui fut reproché d’avoir depuis toujours contribué à la domination masculine. Sa capacité d’enregistrement devient suspecte, considérée comme dangereuse en soi, comme si elle contenait des pouvoirs magiques et nuisibles. Cette façon d’envisager le cinéma et de déconsidérer la manière dont imaginaire et fiction s’y affirment n’est pas très éloignée de celle de ces peuplades primitives de bandes dessinées considérant l’image photographique sans recul, comme une dangereuse voleuse d’âme. L’histoire du cinéma a fait ainsi, récemment, l’objet de tentatives de révision où la vérité poétique compterait peu face à ce qu’il faut bien considérer comme une infirmité de l’œil et de l’esprit et un désir de répression.
Les grandes œuvres rendent systématiquement dérisoires de tels a priori. Kathryn Bigelow désigne, au terme d’un récit éprouvant, la nature sexuelle du racisme. James Gray témoigne de la façon dont toute identité (et notamment masculine ou féminine) est le produit d’autres identités. Hong Sang-soo, par la simplicité de sa mise en scène et l’ironie de la construction conceptuelle de ces récits, décrit toujours, avec précision et humour, le cauchemar de l’indécision masculine. Garrel est au plus près de la vérité cruelle des sentiments. Et enfin, un film comme Logan subvertit la mythologie du super-héros en la transformant en road movie mélancolique et dépressif. Les bons films et les grands cinéastes ne sont jamais là où les idéologues les attendent.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/01/03/18-20">
<filnamedate="20180103"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180103"><AAMMJJHH="2018010318">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ La réalisatrice zambienne Rungano Nyoni met en scène avec grâce une enfance bafouée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« I Am Not a Witch » : Shula, la petite sorcière en cage

La réalisatrice zambienne Rungano Nyoni met en scène avec grâce une enfance bafouée.



Le Monde
 |    27.12.2017 à 07h20
 • Mis à jour le
27.12.2017 à 08h30
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un beau film, qui révèle le talent d’une cinéaste inconnue en même temps qu’il fait surgir un nouveau pays sur la carte du cinéma, l’événement est aussi rare qu’émouvant. Premier long-métrage de Rungano Nyoni, réalisatrice zambienne résidant au Portugal après avoir passé une bonne partie de sa jeunesse au Pays de Galles, I Am Not a Witch fut pour cette raison même une des belles sensations de la dernière Quinzaine des réalisateurs, à Cannes. Auteure d’une série de courts-métrages qui lui ont valu de nombreux de prix, passée par la Cinéfondation, la jeune femme, 35 ans, est aussi comédienne. Elle dit avoir appris le cinéma en autodidacte, et la singulière liberté de son film en témoigne.

        Lire le portrait :
         

          Rungano Nyoni, ni Zambienne ni Galloise, cinéaste



I Am Not a Witch est une histoire de sorcières dans la Zambie d’aujourd’hui. Une tentative très réussie, mise en scène avec beaucoup de grâce, de poésie, d’inscrire une forme de conte dans la réalité d’une Afrique contemporaine, mondialisée, pleinement en prise avec la modernité. Le film s’ouvre sur un groupe de Blancs en safari-photo, qui s’arrête devant un zoo humain où sont parquées des femmes vêtues d’un uniforme bleu. Les touristes interrogent leur guide sur le statut de ces personnes, leur dangerosité supposée. Ils prennent des photos et puis s’en vont. De l’autre côté de la grille, les femmes restent silencieuses. Ce sont des sorcières.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Il était une fée en Zambie



Présence magnétique
Qu’est-ce qu’une sorcière ? La suite du film va le montrer en s’attachant à la petite Shula, fillette de 9 ans dont le regard immense, l’expression sidérée, la présence intense, vont littéralement magnétiser le film. Shula est là. Seule, sans attaches. Pas de parents, pas de famille. Possiblement en état de choc. Cette enfant sauvage qui n’a pas de place dans l’ordre social, à qui les villageois ont tôt fait d’attribuer des pouvoirs maléfiques, se voit confiée à un édile mielleux, le responsable de la « gestion » des sorcières.
Une cérémonie est organisée. Shula a le choix entre s’enfuir dans la brousse et devenir une « chèvre », ou embrasser l’état de sorcière, l’uniforme qui va avec et le long ruban blanc qui le relie à une bobine de fil géante, en signe de sa servitude. Posé en ces termes, le choix n’en est pas vraiment un. Une vie parmi les humains, même en laisse, paraît préférable à une vie de chèvre. Shula choisit d’intégrer la communauté des femmes en bleu.
Officiellement sorcière, la petite fille est vite appelée, au nom des pouvoirs occultes qu’on lui prête, à rendre la justice. Vêtue d’une splendide parure, posée sur une estrade, la voilà sommée de désigner, parmi la dizaine de suspects rassemblés devant elle, le coupable d’un vol de téléphone. Shula cherche. Rien ne vient. Elle demande un téléphone et appelle ses amies les vieilles sorcières. Tandis que les hommes attendent son verdict, elle écoute ce qu’on lui hurle à l’oreille : « C’est le plus noir ! », « Celui qui regarde ses pieds ! », « Non ! c’est celui qui regarde en l’air ! »… Investie dans son rôle avec ce sérieux absolu que peuvent avoir les enfants quand ils jouent, elle finit par en choisir un, qui va bien sûr hurler son innocence.
Un mélange de solennité et de comique colore tout le film, à des dosages variables. Le pari était risqué, mais il est réussi
Un mélange de solennité et de comique colore ainsi tout le film, à des dosages variables. Le pari était risqué, mais il est réussi, et la magie tient à cet équilibre subtil. Méditation sur la servitude volontaire et sur la liberté, évocation de la condition des femmes dans les sociétés patriarcales africaines, telle qu’elle participe d’un système plus vaste de domination et de corruption à tous les étages, I Am Not a Witch conjugue les registres allégorique et fantasmagorique d’une peinture réaliste de la société zambienne, et évite ainsi les écueils du film à sujet, du pathos, de la dénonciation programmatique…
Dans cette aventure absurde qui la conduit jusque sur un plateau de télévision où son tuteur vient vanter, pour mieux les vendre, les propriétés surnaturelles des œufs qu’elle aurait touchés, Shula tente de comprendre les règles du jeu, de voir comment elle pourrait en tirer son épingle. Elle joue sa partie, en somme, jusqu’à ce que sa condition d’animal en cage lui saute à la figure.
Saisissant avec amour les vagues d’effroi, de sidération, de joie, de désespoir, qui glissent sur ses yeux, la caméra la filme avec une tendresse infinie. C’est ainsi, par cette émotion brute jaillissant sur l’écran, que le film touche juste. Le scandale de la condition de ces femmes arrachées au monde, stigmatisées à vie, mises au service d’un pouvoir grotesque, le scandale de l’enfance bafouée, qu’incarne tout à la fois Shula, s’impriment sur son beau visage comme ce tatouage qu’on lui fait sur le front au début du film. La puissance de la fable est à la mesure de cette absolue simplicité.

Film zambien de Rungano Nyoni. Avec Margaret Mulubwa, Henry B.J. Phiri, Nancy Mulilo (1 h 34). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/i-am-not-a-witch.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 27 décembre)
I Am Not a Witch, film zambien de Rungano Nyoni (à voir)Les Femmes de la rivière qui pleure, film philippin et français de Sheron Dayoc (à voir)L’Echange des princesses, film français de Marc Dugain (pourquoi pas)Le Rire de Madame Lin, film chinois et français de Zhang Tao (pourquoi pas)The Wedding Plan, film israélien de Rama Burshtein (pourquoi pas)Tout l’argent du monde, film américain de Ridley Scott (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Heartstone. Un été islandais, film islandais de Gudmundur Arnar GudmundssonKedi. Des chats et des hommes, documentaire turc et américain de Ceyda TorunLes Hannas, film allemand de Julia C. KaiserMomo, film français de Vincent Lobelle et Sébastien ThiéryPitch Perfect 3, film américain de Trish Sie





                            


                        

                        

