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Edito

 

Éditorial

Identité

Après la séquence conclue par le renoncement de son fils à la présidence de la Défense, Nicolas Sarkozy admet le trouble de son électorat, et peut-être le danger d’une renaissance du Front national. D’où le débat soudain sur « l’identité nationale » annoncé par Éric Besson, débat qui ressemble fort à une efficace manœuvre de diversion en vue des élections régionales. L’identité nationale, donc ? Eh bien, ces réserves posées, ce calcul exposé, ce pourrait être un utile et roboratif débat. S’il n’était porté ni par ce ministre, ni par ce ministère.

Ce ministre, d’abord, qui n’avait pas de mots assez durs, assez insidieux, assez caricaturaux pour dénoncer « Nicolas Sarkozy ou le sécuritaire dangereux et inefficace ». C’était en 2007, dans un opuscule publié par le PS et toujours disponible en ligne. L’UMP Besson Éric accomplit ce que le socialiste Éric Besson fustigea. Face à un tel culot, chacun garde les yeux baissés, à droite comme à gauche. Une telle gêne est gênante.

Ce ministère, ensuite, dont on aimerait qu’il ne fût point celui de la peur. Car si nous sommes devenus un pays que seule la crainte cimente, c’est que notre « identité nationale » a bien changé, puisqu’elle se définit davantage par les centres de rétention que par les cours de l’Éducation nationale. On craindrait, alors, de voir magnifiée non plus la France éternelle et presque mystique d’un de Gaulle, mais une petite nation recroquevillée sur son paradoxe troublant, celui d’un double refus de soi-même et de l’autre. D’un côté, pays fatigué de ses valeurs, civilisation haïssant son passé, honteuse à la fois de son universalisme et de son christianisme, de sa culture et de sa foi. De l’autre, pays affolé, voyant l’étranger appelé « extracommunautaire » seulement comme une menace. Et si l’un n’était que le miroir terni de l’autre ? Si la peur n’était que le sombre reflet de notre trouble ?

« Ich bin ein Berliner. » « Je suis un Berlinois. » On connaît l’étrange formule de Kennedy, en 1963. Moins de deux décennies plus tard, nous avons éprouvé une profonde joie en voyant le Mur tomber, et si nous nous sentions tous berlinois ce jour-là, c’est que nous devenions, enfin, tous européens. Nous sentions comme rarement l’Histoire s’éveiller sous nos yeux. Par un joyeux avènement, une sorte de grâce, ce que même nos rêves n’auraient pu envisager s’accomplissait soudain. Le communisme disparu, les barbelés arrachés, la Stasi désarmée, nous étions libres de croire, d’aimer, de voyager, d’espérer. De vivre ensemble. Mais si nous ne faisons jamais que déplacer les murs d’un coin de l’Europe à l’autre, qu’aurons-nous gagné ?

« Ich bin ein Afghane ! » On se sent troublé, 20 ans plus tard, quand on voit Besson-la-police convoquer la télé dans la « jungle » de Calais, saisir trois ou quatre malheureux par la peau du cou, les exhiber puis les expulser là où nous faisons la guerre. La mission est certes presque impossible et toujours un peu sale, puisqu’il ne faut ni accueillir toute la misère du monde, ni fabriquer à tour de bras des clandestins, ni industrialiser les expulsions. Mais un pays qui livre son « identité » aux mains de la police aux frontières parce qu’il n’ose plus la confier à l’enseignement scolaire s’engage sur une mauvaise pente. Disons-le : un marketing politique qui joue sur le destin tragique de ces hommes qui ont traversé le monde pour échouer chez nous sera toujours atroce. Et contraire à notre identité nationale, aurait dit l’auteur du pamphlet de 2007, un certain Besson, Éric.









 

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