Qui à l'UMP "partage" des valeurs avec le Front national ? Alors que la droite républicaine a choisi de ne faire alliance ni avec la gauche ni avec l'extrême droite pour le second tour des législatives, des responsables UMP ont fait des déclarations mettant en avant les convergences de vues entre les deux partis.
Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a bien répété que sa formation ne fera pas d'alliance avec le parti de Marine Le Pen, même s'il n'hésite pas à revendiquer le droit de s'adresser directement à ses électeurs, comme l'avait fait Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Mais dans le détail, l'entre-deux-tours des législatives a souligné quelques lignes de fractures subtiles dans les positions de la droite républicaine.
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MORANO ET L'APPEL AUX ÉLECTEURS DU FN
Une déclaration de Nadine Morano au soir du premier tour des législatives dimanche 10 juin a fortement contribué à lancer ce débat. L'ancienne ministre UMP, qui se trouve en ballottage difficile pour le second tour des législatives dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle, a lancé un appel appuyé aux électeurs du FN "qui partagent [ses] valeurs", notamment "la maîtrise de l'immigration", "le refus de l'assistanat", le "refus du droit de vote des étrangers" ou encore l'opposition à la "dépense publique débridée".
Mme Morano a ensuite accordé un entretien accordé à l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, dans lequel elle tient des propos ambigus. Réitérant son appel en direction des électeurs frontistes, la responsable UMP pointe "de nombreux désaccords avec le FN, notamment sur les questions économiques" tout en constatant que les électeurs de Marine Le Pen "sont attachés au respect de nos traditions, à notre culture, à notre identité nationale". Soit des valeurs défendues par l'UMP...
De son côté, l'ancien premier ministre, François Fillon, pendant la campagne présidentielle, avait souligné l'"incompatibilité de valeurs" entre la droite et le FN : "Le FN prône le repli de la France sur elle-même, refuse d'accepter que la France est une nation d'intégration qui a été enrichie par le travail de générations d'étrangers et exclut toute solidarité européenne au moment où nos nations en ont le plus besoin", avait-il dit.
Dans l'entre-deux-tours, M. Fillon n'a pas réitéré. Venu soutenir Mme Morano lors d'un déplacement à Toul (Meurthe-et-Moselle), il a lancé au sujet de l'ancienne ministre, une formule peu claire : "Elle a déclaré que les électeurs du FN partageaient les mêmes valeurs qu'elle et, moi, je partage les mêmes valeurs que Mme Morano. Mais les valeurs de Mme Morano, ce ne sont pas les valeurs du Front national."
"CONVICTIONS COMMUNES AVEC LE FN"
Une autre déclaration a suscité des remous au sein de l'UMP : celle du député sortant de la 10e circonscription de Gironde, Jean-Paul Garraud. Le 12 juin, ce membre de la Droite populaire s'est interrogé dans les colonnes de 20 Minutes sur "la pertinence du maintien d'un cordon sanitaire autour du Front national", arguant d'un "certain nombre de convictions communes avec le FN, notamment sur le souci de préserver notre identité française".
Un autre élu UMP a semé le trouble au sein de l'ancien parti majoritaire. Il s'agit de Roland Chassain, arrivé en troisième position dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui a annoncé au lendemain du premier tour des législatives qu'il se retirait du second tour pour faire barrage au candidat socialiste Michel Vauzelle. Quelques jours avant le premier tour, M. Chassain avait créé la polémique en envisageant un éventuel désistement dans le journal Minute, en déclarant : "Il suffit de lire mes propositions pour voir que je suis plus proche de Marine Le Pen que du PS."
Une députée sortante du Sud-Ouest, Brigitte Barèges, également membre de la Droite populaire et dépendant des voix des électeurs FN pour être réélue, a même assuré qu'elle serait "ravie" que Marine Le Pen l'emporte dimanche dans la circonscription d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).
Mi-mai, la députée et maire UMP d'Aix-en-Provence Maryse Joissains-Masini avait également assuré "avoir toujours défendu" les valeurs de Marine Le Pen.
"PAS DE VALEURS COMMUNES" AVEC LE FN
A l'opposé, certains membres de l'UMP ont tenu se démarquer de ceux qui affichaient leur proximité idéologique avec le FN.
"Nous n'avons pas de valeur commune avec le Front national", a ainsi déclaré vendredi 15 juin l'ancien ministre UMP, Bruno Le Maire. Ce dernier a souligné que l'UMP et le FN n'ont "pas les mêmes idées, les mêmes convictions, le même projet pour la France". "Ce n'est pas la même nation que nous défendons", a argumenté le candidat aux législatives dans l'Eure. "Nous, nous défendons la nation de 1789, ouverte, qui défend le droit du sol et pas le droit du sang."
"On n'a pas les mêmes valeurs, pas la même idéologie", avait aussi assuré l'ancienne ministre, Rachida Dati, le 11 juin, au lendemain du premier tour des législatives.
Dans la foulée des propos polémiques tenus par M. Garraud le 12 juin, le maire UMP de Bordeaux, Alain Juppé, a condamné fermement ces propos : "Le passé, la culture, les références historiques, l'idéologie du FN sont incompatibles avec les miens et les nôtres."