Idées

Le Front national est-il communautariste ou ethno nationaliste ?

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Peut-on dire que le Front national prône un communautarisme blanc ? C'est la question que le tribunal devra trancher dans son délibéré du 11 septembre 2012 puisque Marine Le Pen intente un procès à ce sujet.

Le 20 février 2011 au cours de l'émission "Dimanche soir politique" diffusée sur I-Télévision et France Inter, en partenariat avec Dailymotion et Le Monde, madame Le Pen avait accusé l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy d'avoir confié à l'auteur de ces lignes, une mission pour faire la promotion du communautarisme, alors qu'à la demande de l'ancien ministre des affaires étrangères, et de l'ancien ministre de l'intérieur, qu'en qualité de président du Cran, il avait accepté une mission du gouvernement "sur la lutte CONTRE le racisme et le communautarisme".

En réponse à cette violente attaque, il avait été répondu : "Marine Le Pen est la première communautariste de France, prônant une défense de la "communauté blanche" de France qui serait menacée par les Français de la diversité - et en particulier par les Français musulmans."

De nombreuses déclarations de Mme Le Pen et du Front national confirment ce propos. Ainsi, le 30 mai 2012, lors de l'émission "Questions d'info" organisée par LCP, Le Monde, l'AFP et France Info, Mme le Pen a estimé pouvoir adhérer aux propos d'Eric Zemmour qui considère que pour la garde des Sceaux "les hommes blancs seraient dans le mauvais camp". Elle a déclaré ne pas croire "le PS capable de lutter contre le racisme anti-blanc" et qu'elle jugeait l'UMP, incapable de lutter contre "l'explosion du racisme anti blanc et du racisme anti-français, qui fait des ravages dans les banlieues" dont les auteurs seraient "les Français originaires de l'immigration ou des étrangers, oui, bien sûr" .

Au-delà de la liberté d'opinion c'est la question de la nature profonde du Front national qui est posée. Avec les 6,5 millions d'électeurs qu'il a obtenus à l'élection présidentielle, le Front national n'a jamais été aujourd'hui aussi forme. Les questions qu'il pose si bruyamment sur l'islam ne sont rien d'autre qu'un déplacement de la problématique relative aux Français de la diversité aimablement qualifiée par ce parti de "nouveau nom de la préférence immigrée". Lorsque le Front national a pris son envol, en 1982, il avait un discours violemment et ouvertement anti-immigrés. À l'époque, il a rencontré une résistance morale, un rejet de principe. Mais, au fil des années, le racisme brutal des années quatre-vingt a évolué, et la longévité du parti d'extrême droite l'a en quelque sorte rendu familier.

Dans le même temps, les minorités se sont affirmées et les immigrés devenus Français ont revendiqué leur appartenance nationale. L'extrême droite a dû intégrer ce fait et a compris qu'elle ne pouvait plus déclarer que "les immigrés partiraient de gré ou de force", comme on l'entendait encore à une époque pas si lointaine.

Ne pouvant plus user de son credo historique, le Front national a déplacé les termes. L'identité française serait désormais menacée par les nouveaux barbares… de l'intérieur. Ceux qui considéraient il y a quelques décennies "le juif" comme "l'ennemi", utilisent maintenant la même rhétorique au sujet des Français issus de l'immigration, avec l'idée qu'ils sont parmi nous, mais qu'ils ne seront jamais comme nous, qu'ils ignorent nos valeurs et ne pourront jamais les partager, n'étant ni de même religion ni de même culture. Les communautarismes ne sont pas ceux qu'on croit. Marine Le Pen prône aujourd'hui une défense de la "communauté blanche" de France qui serait menacée par les "autres", en particulier les musulmans.

On le sait, pour certains Français, la mondialisation est une menace. Le Front national a accompagné cette crainte en effectuant un ravalement de façade. Aujourd'hui, aux termes de "race" ou d'"ethnie", il préfère ceux de classes sociales, de République et de laïcité. Cependant, le fond demeure le même. Ainsi le Front national déclare sur son site Internet "Les ghettos, les conflits inter-ethniques, les revendications communautaires et les provocations politico-religieuses sont les conséquences directes d'une immigration massive qui met à mal notre identité nationale et amène avec elle une islamisation de plus en plus visible, avec son cortège de revendications".

En cette période qui suit les élections présidentielles et législatives, l'urgence consiste à barrer la route à l'extrême-droite communautariste ou ethno-nationaliste. Il convient de mettre en lumière le discours codé du Front national. L'intensification du débat sur les musulmans et la place qu'occupe désormais Marine Le Pen sur l'échiquier politique l'imposent.

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