Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Issy-les-Moulineaux (18/04/2007)

Mes chers amis,

À quatre jours du vote, votre ferveur me laisse penser qu'une volonté populaire est en chemin. Et cette volonté ne se laissera ni freiner, ni impressionner par quiconque.

Votre accueil me touche profondément. J'ai une grande ambition : je veux être le candidat du peuple français, de tout le peuple de France.

Je veux remercier André Santini. Vous devez savoir qu'avec André, ce n'est pas qu'une longue histoire d'amitié qui nous lie, c'est aussi une certaine conception de la politique.

Je voudrais vous dire quelque chose d'important.

Pour moi, la politique, c'est une façon d'aimer la vie, de croire à ses beautés, de croire aux rencontres, de croire à l'énergie positive qui est en chacun, de croire qu'il existe, malgré toutes les difficultés et les déconvenues, une grâce humaine qui est plus forte que tout le reste.

Lorsque André Santini a décidé de me soutenir, je ne me suis pas seulement dit : c'est l'un des membres les plus importants de l'UDF, je me suis dit que l'aventure présidentielle était aussi une affaire de sentiment.

On ne se lance pas dans une telle aventure avec un coeur étroit, petit et froid. J'aime la France de toutes mes fibres. J'aime les Français comme on aime sa famille.

Certes, cette famille est complexe, parfois rebelle, parfois conservatrice, parfois conciliante, parfois sévère - y compris à mon égard ! - mais c'est ma famille, la France, et je l'aime telle qu'elle est et je veux la représenter telle qu'elle est.

Sachez que votre force me donne de l'énergie.

Sachez que votre confiance m'engage.

Sachez que vos espoirs nourrissent une formidable espérance qui peut tout changer.

Elle peut tout changer car l'espérance, c'est la part d'étincelle qui existe en chaque individu qui ne veut pas renoncer et qui veut continuer à y croire. Croire que l'avenir peut cesser d'être une menace pour redevenir une promesse. Malgré les obstacles, malgré les injustices, malgré les blessures de la vie.

L'espérance, c'est la part d'audace qui inspire ceux qui bâtissent des cathédrales, qui vont à la conquête des étoiles, qui repoussent les frontières de la connaissance, qui brisent les chaînes de la servitude ou les habitudes.

Le goût de la liberté et du dépassement de soi, parfois jusqu'au don de soi, est le propre de l'homme et la condition de son accomplissement.

Je récuse le nivellement par le bas car il étouffe la flamme des êtres libres qui veulent vivre debout. Le nivellement ne fait pas partie de mes valeurs.

Pour moi, tous ceux qui veulent aller plus loin et plus haut doivent être valorisés, épaulés, encouragés, car ils se grandissent et, avec eux, ils grandissent la France. Voilà pourquoi je crois au travail, à l'effort, à l'innovation, à la récompense au mérite. Voilà pourquoi la passion de ma vie c'est l'action. Si je veux que les Français me fassent confiance, c'est pour agir et pas pour subir. Voilà le message que nous voulons donner à la France.

L'espérance, c'est la part d'amour qui inspire ceux qui, malgré la barbarie, malgré l'humiliation, veulent encore regarder l'humanité avec foi.

Je veux dire à Simone Veil, que je la considère comme un exemple de courage et de dignité.

Je ne reçois pas à la légère le soutien d'une aussi grande dame, qui a vécu ce qu'elle a vécu, qui a fait ce qu'elle a fait. Je veux lui dire que son appui m'oblige plus que n'importe quel autre.

Simone Veil, je la connais bien, elle est un miracle. Elle est sortie vivante de la Shoah.

Elle a fait de sa vie politique un don. Elle incarne toutes les raisons d'espérer en un avenir meilleur et d'agir pour qu'il advienne.

"Puisse l'histoire des camps de concentration retentir pour tous comme un sinistre signal d'alarme", écrivit Primo Lévi, qui, lui aussi, traversa l'enfer pour témoigner que l'âme des hommes pouvait sombrer dans la folie et la haine.

Simone, je vous aime. Le pire, c'est que c'est vrai ! Entre nous, c'est une longue histoire tout de même.

Elle a dit que nous pouvions avoir des différences. Mais bien sûr, Simone Veil est une femme libre, je me veux un homme libre. Je ne demande pas à ceux qui me soutiennent de penser, sur tout, la même chose que moi. Je leur demande de se rassembler pour s'additionner, avec leur identité, pas de renoncer à ce qu'ils sont.

Ai-je dit aux amis de l'UDF qui m'ont rejoint de renoncer à ce qu'ils étaient, non, je leur ai dit de rester ce qu'ils étaient parce que l'avis du peuple français ce n'est pas de nier les contradictions qui peuvent exister au sein du peuple français, c'est de les surmonter.

Ça ne m'intéresse pas d'avoir des soutiens qui abandonnent leur identité pour me soutenir, parce que ce n'est pas l'idée que je ma fais de la liberté.

Simone Veil est une femme libre, c'est en femme libre qu'elle a décidé de me soutenir et, moi, je reste un homme libre vis-à-vis de l'ensemble des Français, parce que le président de la République n'est pas l'homme d'un parti ou d'un camp, c'est l'homme de la nation, de toute la nation.

Voilà le message que je voulais dire ici à Issy-les-Moulineaux à tous les Français, de toutes les conditions.

Et je dis avec mon coeur, pour moi, qui a commencé dans la vie politique bien jeune, je n'ai pas oublié 1975 et Nice. Je n'ai pas oublié qu'en rentrant de Nice, un homme, qui était dans le département, qui avait un accent un peu bizarre, m'avait repéré. Je veux dire à Charles Pasqua que ça me fait plaisir qu'il soit présent ce soir. Pas pour des raisons politiques, mais pour des raisons personnelles.

Parce que de 1975 à 2007, je mesure le chemin parcouru. Jamais je n'aurais pu parcourir ce chemin si à un moment ou à un autre, alors que Sarkozy était un nom bizarre, il y avait un petit nombre de gens qui ont su peut-être discerner, dans ce jeune qui n'aimait pas obéir, derrière l'immensité de ses défauts, la petite capacité à faire de la politique.

Aujourd'hui, je vous le dis, je n'ai pas trahi l'idée que je me faisais de la politique, lorsque j'étais au fond de la salle et que je rêvais d'être un jour sur cette tribune.

À ce moment-là, quand je rentrais dans la salle de mon premier meeting à Boulogne pour Jacques Chaban-Delmas, je rêvais de changer les choses, d'éprouver une émotion collective, de parler de la France et de l'incarner.

32 ans après, je n'ai pas changé, je suis le même, jamais je n'ai regretté le choix que j'avais fait à l'époque.

Nous entamons un siècle nouveau, un siècle sans ressemblance dont nous cherchons les repères. N'oublions jamais que le combat entre le bien et le mal, entre la raison et la sauvagerie, ne finit jamais. C'est un combat profondément politique. C'est mon combat.

C'est un combat intime car c'est en chacun de nous que se joue l'honneur ou la chute de la condition humaine.

L'espérance, c'est le souffle qui emporte les peuples qui savent que le grand livre de l'histoire n'est jamais clos. Il y a trois jours, j'étais à Colombey-les-deux-Églises, j'y étais allé la première fois en 1977. J'ai senti à ce moment-là, devant cette immense croix de Lorraine, je crois que c'est la première fois que j'étais là-bas sous un soleil éclatant, nous y sommes allés tant de fois au mois de novembre.

Je pense que l'histoire appartient à tous ceux qui s'en saisissent. Et la question posée à cette élection présidentielle est celle-ci : allons-nous subir la mondialisation ou l'organiser et la modifier ?

La mondialisation est un fait. Vous-mêmes et vos enfants vous aurez à la connaître. Moi, je vous propose qu'ensemble nous pesions sur elle, pour l'organiser à notre façon et non pas pour la subir.

Qu'a voulu le Général de Gaulle sinon agir pour refuser de subir.

J'ai également ressenti à Colombey, devant l'humble tombe où il est enterré avec sa femme et sa fille, que la France est une cause sacrée qui domine toutes les autres. Et à tous ceux qui s'étonnent que j'aie voulu mettre l'identité nationale française au coeur du débat politique, je voudrais dire simplement : qu'est-ce qu'un candidat à la présidence de la République française quine parlerait pas de la France ?

Qu'est-ce que la France, que veut dire être français ? Sont les premières questions de cette élection présidentielle.

Puis, la troisième leçon du gaullisme, c'est que l'on ne sert jamais si bien la France qu'en comprenant les changements du monde, pas en les refusant.

C'est dans cette idée que je voudrais m'inscrire.

Je m'oppose à ceux qui disent que la politique ne sert plus à rien, à ceux qui sont en proie à la désillusion, à ceux qui pensent que tout a été dit et tout a été fait.

Dieu sait que François Mitterrand était un homme ayant beaucoup de qualités, mais qu'il a été petit lorsqu'il a dit que tout avait été essayé contre le chômage. C'est faux, tout n'avait pas été essayé.

La politique ne peut rien pour ceux qui ne veulent rien.

La politique ne peut rien pour ceux qui ne pensent rien.

La politique ne peut rien pour ceux qui n'imaginent rien.

J'ai eu des débats avec un certains nombre de mes amis et c'était légitime. Lorsque j'ai employé le mot rupture, je ne l'ai pas employé pour blesser quelqu'un, mais pour que chacun d'entre nous soyons conscient de la situation politique dans laquelle est notre pays. Un Français sur deux qui ne vote plus, parce qu'ils n'y croient plus. Et le quart de ceux qui votent le font pour les extrêmes. Et l'on voudrait me convaincre qu'il faut continuer à faire de la politique comme on en fait depuis si longtemps ?

Mais les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Alors je regardais les autres candidats. Fantastique ! Épuisés par le premier tour, voici qu'ils n'ont plus rien d'autre à dire que du mal de moi. Mais si je n'existais pas, il faudrait m'inventer !

Des idées contre le chômage, ils n'en ont pas.

Des idées sur l'immigration, ils n'en ont plus.

Des idées sur l'Europe, ils y ont même renoncé.

Leur seule idée : faire barrage à Nicolas Sarkozy !

Tellement persuadés qu'ils sont que je serai au second tour. Merci de cette preuve de confiance. Formidable espérance, voici que mes adversaires les plus sévères sont persuadés que je serai au second tour, moi, je n'en suis pas persuadé.

Devant les Français qui ont tant de problèmes, face à cette France tellement exaspérée, face à cette France du "non" à laquelle je veux m'adresser car je ne veux pas la culpabiliser mais la convaincre, face à cette France qui s'abstient, qui vote pour les extrêmes, est-ce que l'on voudrait faire croire que la seule menace en France, le seul problème quotidien en France serait de vouloir diaboliser un candidat ?

Formidable cette gauche mondaine, qui aime tellement l'école publique qu'elle n'y met plus ses enfants ; qui parle en détail des quartiers où naturellement elle n'habite plus depuis longtemps ; et qui n'emploie même pas le mot de travailleur puisqu'elle a tourné le dos aux ouvriers qu'elle a trahis de puis si longtemps.

Voici d'ailleurs la bonne nouvelle de la campagne, quand j'ai parlé de Jaurès et de Blum, François Hollande, que j'avais connu plus avisé, s'est risqué à être scandalisé par cette captation d'héritage. Je ne l'avais jamais vu défendre l'héritage avec un tel enthousiasme : Bienvenue au club !

Je croyais qu'il était contre l'héritage...

Moi, j'ai parlé de Jaurès et de Blum, parce que j'aime Jaurès quand il dit que le nom de Dieu ne lui fait pas peur, parce que c'est ma conception de la laïcité, qui est le respect des croyances et non pas l'adversaire des religions.

J'aime Blum, le grand Blum, pas celui de 1936, celui de 1920 qui, seul, au congrès de Tours, sans télévision, sans radio, imagine déjà que le communisme conduira au stalinisme.

Je renvoie Blum à la figure de tous ces intellectuels qui allaient dans les années 60 et 70 en Union soviétique louer le marxisme léninisme sans rien voir de la dictature qui s'installait là-bas...

La gauche de Blum et de Jaurès parlait des travailleurs parce qu'elle respectait le travail.

La gauche d'aujourd'hui parle des statuts parce qu'elle a trahie les travailleurs et qu'elle ne respecte pas le travail. Voilà la différence.

Et lorsque j'étais encore hier dans une usine, devant plusieurs centaines d'ouvriers, je me disais en moi-même : même pas une petite manifestation... ! Ce qui m'étonne, c'est de ne plus rencontrer ceux qui devraient être avec les ouvriers.

Une France sans ouvriers, sans paysans, sans artisans, serait une France appauvrie économiquement, socialement, culturellement, parce que si les usines partent, tout le reste partira aussi.

Voici que le monde ouvrier se tourne vers nous parce que la valeur du travail est centrale

Alors, dans cette campagne, la demande des Français est une quête de sens. Que voulez-vous ?

On me dit que la société s'est "droitisée", pas du tout. Nous avons commis l'erreur pendant 20 ans de nous battre sur des mesures techniques, sans jamais expliquer les raisons pour lesquelles nous les présentions.

On présentait une réforme de l'impôt sur le revenu, que nul ne comprenait parmi notre électorat. Quant à nos adversaires, avant même que nous l'ayons déposée, ils menaient le combat du cadeau fait aux riches.

Pourquoi cette période est-elle terminée ?

Parce que moi je ne me bats pas sur un programme fiscal, j'explique un système de valeurs et le programme fiscal n'en est que la conséquence. Je dis d'abord aux Français où je veux aller et ensuite comment nous irons.

Lorsque j'ai proposé la suppression des droits de succession, c'est parce que je crois à la famille et au travail. Quand on a travaillé toute sa vie, il est normal de laisser à ses enfants le fruit d'une vie de travail en franchise de droits de succession.

On m'a dit alors : mais et l'égalité des chances ?

Mais l'égalité des chances, ce n'est pas détruire le patrimoine de celui qui a mis une vie entière à le créer. L'égalité des chances, c'est pour l'enfant qui naît dans une famille où il n'y a pas de patrimoine, d'avoir les mêmes chances que celui né dans une famille où il y a un patrimoine.

On ne va tout de même pas s'excuser d'avoir eu des parents qui ont travaillé toute leur vie, même pas un petit RMI, même pas une période de chômage.

Et je veux dénoncer un scandale pour les femmes. Lorsqu'il y a des problèmes dans le couple, que le mari a fraudé le fisc, la femme, qui n'y est pour rien, se trouve solidairement responsable de la fraude du mari. Devant le fisc, la femme, qui n'y peut rien, est responsable.

En revanche, si le mari décède, que la femme reste seule, on va lui demander de payer des droits de succession de biens que le fisc avait indiqué qu'ils étaient les siens ! C'est une injustice car on ne peut pas, à la fois, être solidaire face au fisc et devoir payer des droits de succession sur ce qui vous appartient ! Voilà une véritable injustice que je veux dénoncer.

D'ailleurs, parlons-en des injustices, parce qu'elles ne sont pas celles que l'on dit.

Je n'aime cette injustice qui lorsque vous demandez un emprunt vous fait passer une visite médicale. Gare à vous si vous n'êtes pas en bonne santé ! Sinon, on vous expliquera que vous aurez moins le droit d'être logé que si vous étiez en bonne santé. On vous fera venir dans un petit bureau, à côté, pour vous entendre dire que vous êtes malade, mais vous n'y êtes pour rien... Puis, on vous dit que cela peut s'arranger, mais que ça vous coûtera plus cher. Si c'est cela la justice, je ne l'accepte pas, parce que celui qui est malade n'a pas à payer plus cher l'emprunt pour loger sa famille.

Dans cette campagne, j'ai voulu défendre la valeur du travail parce que cinq pays en Europe ont construit le plein emploi. Pourquoi ce qu'ils sont capables de faire, ne pourrions-nous pas le faire ? Par quelle magie serions-nous condamnés à avoir deux fois plus de chômeurs que les autres ?

Aucun de ceux qui ont le plein emploi n'ont choisi le partage du temps de travail. C'est la seule qualité quez je reconnaisse aux 35 heures et elle n'est pas mince : c'est la seule idée pour laquelle il ne soit pas besoin de déposer un brevet pour la protéger. Même sans brevet, personne ne vient vous la prendre.

Le partage du temps de travail, les travailleurs français l'ont payé par des salaires qui n'ont pas augmenté. Et moi, l'homme de droite, je veux dire que le salaire n'est pas l'ennemi de l'emploi.

Je comprends parfaitement que quelqu'un qui travaille toute sa vie, qui est depuis 36 ans dans une usine, qui travaille toute la journée et qui est payé 1250 Euros par mois, soit profondément scandalisé de voir dans son immeuble quelqu'un d'assisté qui, à la fin du mois, dispose de la même somme que lui. C'est un scandale qui n'est pas acceptable. Les salaires sont trop bas.

Un certain nombre de mes amis, je les comprends, m'avaient reprochés l'expression, et pourtant j'ai voulu la reprendre, de "patrons voyous". Je veux m'en expliquer devant vous et ne pas fuir le débat.

Quelle serait ma crédibilité de dénoncer les voyous si je ne dénonçais que celui des quartiers et pas certains comportements qui font honte. Je n'accepte pas que nos idées soient travesties et caricaturées par une infime minorité qui, au nom de nos idées, sert en vérité la gauche, en caricaturant le combat politique qui est le nôtre.

J'accepte tout à fait les grosses rémunérations. Je considère comme normal que celui qui travaille plus que les autres gagne davantage. Que celui qui prend plus de risque que les autres en aient la juste récompense. C'est normal. Mais je n'accepterai jamais que celui qui a conduit l'entreprise à la ruine ou qui l'a conduite à un plan de licenciement de 10 000 postes parte avec un chèque de plusieurs millions d'Euros dans la poche. Ça, ce ne sont pas nos valeurs !

Je ne rendrai pas ce service à la gauche, de considérer comme non choquant ce qui l'est en vérité.

Si je suis président de la République, je rendrai illégaux les parachutes en or pour une simple raison : la grosse rémunération rémunère le gris risque. S'il y a un parachute en or en cas d'échec, il n'y a plus de gros risque, donc il n'y a plus besoin de grosse rémunération.

C'est simple et ce sont les valeurs qui sont les nôtres. La grosse rémunération elle est pour celui qui est révocable ad nutum, parce qu'il assume l'échec et le succès.

Lorsque j'ai sauvé Alstom, les salariés, en 2004, je suis allé à l'usine de la Rochelle, puis à celle de Valenciennes et de Belfort, j'ai demandé aux ouvriers d'accepter l'augmentation zéro des salaires en 2004. À La Rochelle, un ouvrier est sorti et m'a dit : regardez moi bien dans les yeux, vous nous demandez un effort, mais si vous réussissez et que ça va bien, ce seront les mêmes qui en profiteront ou pourra-t-on compter sur vous à ce moment-là pour avoir une augmentation de salaire ?

Cet homme avait raison, il faut être juste et en 2006, alors qu'Alstom est aujourd'hui une réussite, j'ai demandé bien sûr aux dirigeants d'Alstom, qui l'ont fait, de donner une augmentation de salaire aux salariés. Parce que nous ne pouvons pas avoir des salariés qui paient quand ça va mal et qui n'en profitent pas quand ça va bien ! Ce n'est pas mon système de valeurs.

Et que les choses soient claires entre nous, je ne veux pas vous trahir, je veux dire les choses avant. Je suis choqué qu'au sein de groupes de plusieurs milliers de personnes, au sein d'un conseil d'administration, on puisse se distribuer des plans de stock-options entre quelques-uns, alors que dans la conception de l'entreprise qui est la mienne, le dernier des salariés de l'entreprise contribue lui aussi à la richesse de cette entreprise, à sa promotion et à sa croissance.

Je ne défendrai pas une politique qui ne sera pas profondément juste.

De ce point de vue, le mot protection ne me fait pas peur. Je veux pouvoir dire que l'État français doit protéger sans être accusé d'être protectionniste. Protéger, bien sûr.

J'étais hier en Lorraine, j'ai visité les mines et, le soir, nous avons fait un magnifique meeting à Metz.

J'ai voulu dire une chose et un journaliste a écrit que je frisais la démagogie, je connais ce raisonnement, quand on est populaire et de droite, on est populiste, quand on est populaire et de gauche, on est proche du peuple... Va comprendre la différence !

J'ai voulu dire à cette Lorraine, où des millions de gens sont morts pour qu'elle reste française, que nous l'avions bien fait souffrir avec la sidérurgie et que nous avions eu tort. Parce qu'après la restructuration minière, on a expliqué à la Lorraine que la sidérurgie, c'était foutu, fini, fichu. Que l'acier ne valait plus rien. On a l'air malin, maintenant, que l'acier explose, qu'il se fabrique en Inde, que les profits sont considérables et que nous manquons d'acier en France. Ce fut une erreur, nous avons martyrisé une région parce que nous n'avons pas imaginé l'avenir. Parce que le marché, auquel je crois, voit à court terme et pas forcément à long terme.

Si le Général de Gaulle avait dû s'en tenir au seul marché, il n'aurait pas engagé la France dans la filière nucléaire et nous n'aurions pas aujourd'hui 50% de notre électricité indépendante. Voilà la réalité des choses.

Je le dis d'ailleurs avec la plus grande force, je n'ai pas encore accepté la façon dont un grand de la chimie en France, Pechiney, a disparu sans que les autorités politiques n'aient levé le petit doigt pour empêcher cette disparition.

On m'a dit alors que je n'étais pas si libéral que ça... Qu'est-ce que cela veut dire ?

Lorsqu'il a fallu sauver Alstom, que Siemens trouvait si peu attrayante qu'elle voulait la racheter, j'ai demandé à la Commission européenne de m'aider, s'il n'y a plus qu'un seul groupe, aidez-moi, ne serait-ce que pour la concurrence. La Commission aurait dû m'aider, elle m'a un peu combattue. Je n'ai pas compris, parce qu'il fallait garder Alstom en France.

Un de mes collaborateurs avait fait une note parfaite, deux jours après mon arrivée au ministère des Finances. Cette note était impeccable, rien ne dépassait, tout était logique et implacable, c'était fini, fichu, foutu.

J'ai fait venir ce garçon, qui avait fait toutes les écoles, il avait été premier partout, sauf où il avait été deuxième, il avait dû avoir soit un chagrin d'amour soit une grave maladie, c'est la même chose, manque de concentration !

Je lui ai dit que sa note était remarquable, il m'a cru, je lui ai alors demandé de refaire la même note en pensant que dans les 25 000 employés d'Alstom, il y avait son père, pour voir si, à ce moment-là, il traiterait Alstom de la même façon.

Cela ne m'a pas gêné, et je le dis à mes amis car il y a eu des troubles dans la majorité, nous avons levé 10 milliards d'Euros pour que les banques garantissent les marchés. Il a fallu que l'État rachète 22% d'Alstom. Avec Patrick Devedjian, nous l'avons rachetée 800 millions en 2004. L'État l'a revendu 2,2 milliards deux ans après.

Je me moque de ne pas avoir été le parfait libéral en 2004 parce que, pour moi, ce qui compte, c'est d'être pragmatique, efficace et d'avoir des résultats. Voilà la seule leçon politique à retenir.

Bien sûr, il nous faut une politique industrielle. Quel sera l'avenir de la France si nous n'en avons pas ?

Et se pose alors la question immense de l'Europe.

Certains de mes propres amis me disent de regarder les sondages et, tel le serpent devant le charmeur, de ne plus bouger. Ceux-là ne comprennent pas que l'on ne gagne pas une élection en regardant les sondages, mais en parlant avec son coeur, en livrant ses convictions, en se battant jusqu'à la dernière minute, en n'ayant pas peur, en affirmant ses convictions.

Et peu importe, que tel ou tel, un jour ou l'autre, ne soir pas en accord avec moi, je suis candidat pour faire partager ma vérité, ma conception de la politique.

Ce n'est pas : Je suis votre chef, donc je vous suis ! Une autre a dit cela : mes idées sont les vôtres, au revoir ! On ne dirige pas la cinquième puissance du monde ainsi !

Sur l'Europe, j'ai l'ambition de réconcilier les Français avec l'idée européenne.

Comment ?

L'Europe n'est pas un choix pour nous, c'est une obligation.

Il y a trois mois, je me suis rendu à Verdun. Verdun, ce n'est pas le Moyen Âge. En neuf mois, 300 000 morts. 24 millions de bombes. 162 000 morts français, 140 000 morts allemands. Pendant neuf mois, ils ont vécu l'enfer.

Mes chers amis, cela s'est passé en Europe, sur notre continent, deux peuples parmi les plus civilisés du monde, français et allemand, se sont bagarrés, on voulu s'exterminer.

Ce n'était pas le Moyen Âge, c'était le XXe siècle. Ce n'était pas une lointaine contrée asiatique, c'était chez nous.

De tout ce massacre, alors que Churchill disait : plus jamais ça et nous n'avons pas beaucoup de temps, après lequel chacun se préparait au troisième conflit mondial, un petit nombre d'homme ont eu cette idée extraordinaire de faire la réconciliation.

J'ai été élevé par mon grand père, que j'aimais par-dessus tout, il me parlait des Allemands, qu'il n'a jamais appelé "les Allemands", il les appelait comme on les appelait dans les familles et il y avait le choix... Et le Général de Gaulle, avec Schumann et Adenauer a eu le courage insensé, alors que les blessures étaient si profondes dans chaque famille de France, de dire que nous allions nous réconcilier.

Le Général de Gaulle n'a pas demandé aux Allemands de s'excuser. Il a dit aux jeunes allemands : vous êtes les enfants d'un grand peuple, qui a parfois commis de lourdes fautes, nous allons maintenant nous réconcilier.

Et ils ont bâti l'Europe et nous avons eu la paix. Et le continent qui était le plus barbare, où l'on s'était le plus battu est devenu le continent de la paix. Le continent qui avait vécu la Shoah, l'extermination systématique des Juifs et de tous ceux qui étaient différents parce qu'ils étaient différents, ce continent a connu la paix.

Je ne serai pas celui qui jouera avec l'idée européenne, je défendrai cette idée parce que l'Europe, c'est la paix.

On a tort de ne pas parler de Verdun, du voile noir pendant cinquante années sur Strasbourg, l'Alsace et la Lorraine. Parce que cela aurait pu être vos enfants, parce que cela aurait pu être vous. Parce que c'est arrivé à eux et parce qu'ils ont surmonté cela, nous sommes là, nous.

Comment l'Europe, qui a été imaginée pour protéger, est-elle ressentie comme une menace par tant de nos compatriotes ?

Je ne suis pas de ceux qui montre du doigt ceux qui ont voté "non". J'ai voté "oui" à tout. Je ne suis pas de ceux qui vont dire que les 55% de ceux qui ont voté "non" au referendum n'ont pas compris. Non, c'est une France qui souffre, qui proteste, qui ne comprend plus où on la conduit.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je veux d'abord une Europe qui aura des frontières. L'Europe n'a pas vocation à être une sous région de l'ONU. Je suis attaché au projet politique des pères fondateurs, d'une Europe intégrée, politique, pas simplement d'un grand marché.

Voilà la raison pour laquelle j'ai toujours été opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Europe, parce qu'avec son entrée, c'en sera fini du projet politique européen. La question n'est pas de ne pas aimer les Turcs, grande civilisation et grand pays, mais je ne serai pas celui qui ira expliquer aux écoliers français que les frontières de l'Europe c'est l'Irak, la Syrie et qui viendra leur expliquer que nous avons fait du Hezbollah ou des Kurdes, des problèmes européens.

Quand j'ai parlé de cela, avant même d'avoir fini ma phrase, on m'a traité de xénophobe.

On ne peut donc plus rien dire et plus avancer une idée ?

La Turquie n'a pas sa place en Europe parce c'est en Asie Mineure et si l'Asie Mineure, c'était l'Europe, ça se saurait ! mon raisonnement est peut-être trop compliqué, mais, quand même, la géographie, ça compte et les pays qui changent d'adresse sont rares...

Une Europe avec des frontières et que les mots de préférence communautaire ne soient pas vécus comme des gros mots. Si nous ne voulons pas de la préférence communautaire, pourquoi faisons-nous l'Europe ?

Si nous prenons l'exemple de l'agriculture, le jour où l'Europe ne se soucie plus de son indépendance alimentaire, où elle accepte de laisser tomber ses agriculteurs, vous verrez que le prix des denrées alimentaires sera fixé par un trader à Londres et par un autre à New York. Et alors, les prix, dont on nous explique qu'ils doivent baisser augmenteront parce qu'il ne restera plus qu'une seule agriculture au monde, l'agriculture américaine. Il n'y a aucune raison pour laisser tomber l'agriculture européenne et française.

Concernant les négociations OMC, je ne comprends pas. Quand les Américains décident d'une politique systématique, leur permettant de réserver aux PME les commandes publiques, ils ont le droit, et si l'Europe voulait le faire, elle n'en a pas le droit. Je demande pour la France le même droit que les États-Unis d'Amérique. Il n'y a aucune raison que nous ne puissions pas faire ce que les autres font.

Je suis pour la concurrence et l'ouverture des marchés, mais je veux la concurrence loyale.

Nous avons signé le protocole de Kyoto, chaque Français, grâce au nucléaire, produit 20% d'émission de gaz à effet de serre de moins que les autres européens. Je veux que les produits importés en provenance de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto soient taxés, cela s'appelle la taxe carbone, car il n'y a aucune raison d'accepter le dumping environnemental.

J'ai osé demander à ce que nous réfléchissions à la TVA sociale, j'en connais tous les risques, mais nous ne pouvons pas continuer à taxer le travail systématiquement, parce que sinon il n'y aura plus de travail pour les Français.

Il faut imaginer autre chose, chercher autre chose. Les Allemands l'ont fait, les Danois aussi. Et c'est la France qui a inventé la TVA dans les années 60, je demanderai à nos partenaires européens d'imaginer et d'expérimenter la TVA sociale, comme nous avons imaginé et expérimenté la TVA dans les années 60. Parce que je veux que nos importations financent la protection sociale des Français, sinon nous n'arriverons pas à nous en sortir.

J'ai voté pour l'Euro et je ne le regrette pas. Mais nous n'avons pas fait la deuxième monnaie du monde pour refuser de nous en servir au bénéfice de l'emploi et de la croissance.

Lionel Jospin disait en 2002 : un homme qui parle de la monnaie est un irresponsable. Au nom de quoi ? La monnaie est un instrument au service de la croissance et de l'emploi.

Je demande à ce que nous fassions avec l'Euro ce que les Américains font avec le Dollar.

Depuis huit mois, le Dollar s'est déprécié de 35% par rapport à l'Euro. Nous n'avons pas fait l'Euro pour que l'on ne puisse plus construire un seul avion sur le sol européen, parce que la dévaluation compétitive du Dollar empêche Airbus de vendre ses avions.

Dire cela, ce n'est manquer de respect à personne. C'est juste poser la question.

Souvenez-vous, Clinton, il y a une petite dizaine d'années, ce génie de la communication, va voir les Chinois, la Chine, cet empire extraordinaire, pour leur dire que ce qu'ils font avec le Yuan ce n'était pas bien et leur demander de le réévaluer. Les Chinois ont répondu au président des États-Unis d'Amérique : Merci d'être venu, revenez quand vous voulez, quant au Yuan, c'est notre affaire, pas la vôtre.

La Chine se sert du Yuan comme d'un instrument de promotion de ses produits et de sa croissance.

Et quand les japonais se sont retrouvés empêtrés dans dix années consécutives de récession, ils ont porté leurs taux d'intérêts à zéro, ils ont utilisé le Yen comme un fantastique instrument pour doper leur croissance.

Vous pourrez me dire que c'est loin, alors regardons de l'autre côté du Channel, que fait Gordon Brown avec la Livre sterling ? Au plus petit ralentissement de la croissance anglaise, il baisse les taux d'intérêts, en accord avec la Banque centrale d'Angleterre, il met les taux d'intérêts plus bas, manipule la politique des changes. À l'arrivée, le Royaume-Uni a 1% de croissance de plus que nous chaque année.

Nous n'avons pas fait l'Euro pour refuser de nous en servir.

Alors, ce n'est pas parce que nous aurions une autre politique monétaire, que nous pourrions faire l'économie des réformes de structures. Je suis favorable à l'indépendance de la banque centrale, à la réforme des structures, mais l'Euro n'appartient pas à Monsieur Trichet. C'est une affaire trop importante pour être la propriété d'un seul homme. Après tout, peut-être n'a-t-il pas raison sur tout ?

Mes chers amis, je suis persuadé que nous pouvons faire une synthèse.

L'autre jour, un journaliste, sans doute avec beaucoup de bonnes intentions, m'a dit que j'avais été sifflé, qu'à la gare du Nord, cela ne s'était pas bien passé pour moi. je ne savais pas que j'avais des amis gare du Nord, je me suis renseigné et j'ai découvert que j'avais été sifflé par les voyous, les casseurs, par tous ceux qui l'avaient saccagée.

Franchement, c'est un honneur, ce ne sont pas mes amis, je confirme. Et je n'ai pas vocation à représenter cette catégorie de la population.

Nous sommes quand même le seul pays au monde où une petite élite trouve des excuses à un multirécidiviste, qui ne paie pas son ticket de métro, qui, non content de ne pas le payer, frappe les agents de sécurité de la RATP. On lui trouve des excuses, une émeute s'en suit et à longueur d'émission de télévision on pose la question du fossé entre les jeunes et la police.

Je me suis dit que j'avais raté un épisode ! Il y a un truc que je n'ai pas compris !

Quel fossé ? Y a-t-il un pays au monde où on considère comme anormal que la police interpelle un fraudeur ? La fraude, c'est l'impôt payé par les plus pauvres. Ce que le fraudeur ne paie pas, c'est vous qui le payez.

Au nom de quoi, devrions-nous, nous, payer nos tickets, accepter les contrôles et baisser la tête quand il y a un casseur ?

Au nom de quoi devrions-nous considérer qu'il est normal de frapper un policier ?

Moi, je veux être un président de la République qui parle au mon des honnêtes gens, qui défend ceux qui paient leur ticket, ceux qui ne fraudent pas, qui défendent la police qui n'a pas à se faire agresser par des voyous.

On se demande vraiment en quoi casser une gare améliore leur situation ?

D'ailleurs, j'ai une suggestion à faire : que ceux qui trouvent amusant de brûler les voitures brûlent la leur plutôt que celle du voisin. Ce fera le même feu, mais ça ne leur fera peut-être pas le même effet...

J'ajoute, puisque nous sommes en Ile-de-France, que la décision prise par le Conseil régional d'Ile-de-France, de la gratuité des transports pour le Rmiste, est invraisemblable. Je suis au RMI, je ne paie pas, je reprends un emploi courageusement, j'en suis récompensé par le fait de payer ce que je ne payais pas avant. C'est ce qu'ils appellent encourager le travail !

Le Rmiste a le droit à une formation pour avoir un métier et pour sortir le plus vite possible du RMI, pas pour être enkysté dans la situation d'un assisté, parce que l'assisté finit par perdre l'estime de lui-même. Or, chacun a droit à la dignité parce que chacun a une utilité sociale pour peu qu'on lui demande.

Si je suis élu président de la République, avant la fin de l'été 2007, j'aurais réglé le problème des multirécidivistes. 5% des délinquants font 50% de la délinquance. Cela ne peut plus continuer.

Dimanche, j'ai rencontré la mère de la petite de Marseille, torturée pour lui faire avouer le code de sa carte bleue, où il y avait 1,75 Euro. Cette petite avait 23 ans, elle a été lapidée et torturée par des barbares de 17 ans, qui étaient des multirécidivistes. Voulez- vous m'expliquer ce que cela change pour la victime d'avoir été martyrisée par des mineurs ou des majeurs ?

Je serai le président de la République qui ne mettra pas sur le même plan la victime et le délinquant, parce que cette situation ne peut pas durer.

Dans le même temps, nous ne pouvons pas accepter la situation de nos prisons. D'abord, parce qu'il s'y trouve un certain nombre de malades qu'il faut soigner. Il faudra, dans chaque région, créer un hôpital-prison pour les soigner.

Et sil faut également penser à la réinsertion, nous ne pouvons pas continuer à accepter la situation d'impunité des mineurs dans laquelle nous nous trouvons.

A-t-on encore le droit de débattre ? J'ai posé la question de savoir quelle était la part de l'inné et de l'acquis. Franchement, cette question, des savants de France se la pose.

Avant même que j'aie fini, déjà j'étais accusé de je ne sais quoi, je me suis rassuré parce que c'était par je ne sais qui, donc sans beaucoup d'importance en vérité.

Si une campagne électorale ne sert pas à poser des questions, si nous naissons tous égaux, tous les mêmes, cela veut donc dire qu'il n'y aurait pas d'inégalités à corriger ?

Moi, je pense le contraire, je pense qu'il faut donner plus à celui qui part de plus loin sur la ligne de départ de la vie.

Mais surtout, je voudrais tellement que la politique retrouve ses lettres de noblesse, qu'elle redevienne ce lieu naturel du débat, où l'on puisse y affirmer des idées. Parler de l'identité de la France sans être un nationaliste, parler de la nécessité de maîtriser l'immigration sans être un raciste, parler de protection sans être un protectionniste, parler des sujets qui font le quotidien des Français.

Ce qui me donne le plus d'optimisme, c'est que si la France était ce qu'elle était, avec ce que l'on dit d'elle, et ce que je dis depuis le début de la campagne, je ne devrais pas être là aujourd'hui.

Moi, je me suis mis sous la protection du peuple français. Je parle au peuple, je parle à ceux qui vont voter, je ne parle pas aux partis, je ne parle pas aux élites, je ne parle pas aux corps intermédiaires.

Que chacun fasse ce qu'il veut. J'ai bien vu que Michel Rocard se dépêchait de se faire inviter à dîner... J'ai bien vu que François Bayrou, et c'est son droit, que j'ai connu de droite est aujourd'hui de gauche. Mais il faut qu'il prévienne ses électeurs parce qu'il a changé si vite, peut-être ses électeurs vont-ils être désorientés. Ils n'ont pas voté pour lui pour qu'il fasse alliance avec la gauche. Je veux également parler aux électeurs du centre, de l'UDF, qui se sentent légitimement trahis aujourd'hui.

Ils n'ont pas compris l'esprit de la présidentielle de la Ve République. L'élection présidentielle dans la Ve République, c'est un homme, une femme, un candidat, une candidate, qui parle au peuple. Pas des partis politiques qui essaient sur le tapis vert de récupérer ce que le peuple ne va pas leur donner. Extraordinaire spectacle, avant même qu'ils ne sachent s'ils sont qualifiés pour le second tour, ils s'agacent, s'énervent et s'inquiètent. Il faut vite se rencontrer, méfions-nous du peuple, organisons notre coalition avant que le peuple ne se prononce.

Cela promet si jamais on leur confiait les responsabilités. Quelle drôle de stratégie. Ils sont candidats au premier tour et huit jours avant se disent : vite, embrassons-nous et serrons-nous, nous sommes si peu nombreux dans cette pièce, nous aurons plus chaud ensemble que seuls.

Mais ils se sont trompés de République et d'élection ! À huit jours, voici qu'ils sont tellement confiants dans leur sort, donne-moi la main grand frère s'il te plaît, ça ira mieux ensemble...

Ne vous laissez pas voler votre décision. Imaginez les combinaisons avant, pensez à ce que seraient les combinaisons après.

Ils nous promettent la VIe République, c'est le retour à la IVe, c'est-à-dire à la république des combines, des partis et des partisans.

Voilà la réalité qui nous est présentée. Extraordinaire, il faut tout entendre !

Maintenant, vous savez ce qu'est un homme de conviction, qui vous dit, avec la force de ses convictions, en vous regardant droit dans les yeux : Si Ségo est au second tour, je serai le candidat de la droite ; si Sarko est au second tour, je serai le candidat de la gauche. Bonjour les dégâts ! Heureusement qu'il nous dit qu'il a des convictions, car qu'est-ce que ce serait s'il n'en avait pas ?

Si je suis au second tour, je ne changerai pas, je continuerai à dire la vérité, ma vérité, à proposer un projet, avec une majorité très largement ouverte.

Mais je veux surtout dire aux Français que tous ont leur place dans le projet politique que je propose à la France. Tous.

Je veux dire à ce jeune des quartiers, s'il veut sen sortir, que nous lui trouverons une formation, un contrat, une rémunération et un emploi. Je ne le laisserai pas s'abandonner à l'oisiveté.

À ces jeunes, de ces quartiers, je leur donnerai leur chance, mais la chance par le travail.

Je leur dirai : si tu te lèves tôt le matin, la République t'aidera, si tu ne veux pas te lever, la République te combattra.

Voilà le discours du respect pour les jeunes de nos quartiers.

Je dirai à toutes les familles de France qu'elles ont le droit d'être propriétaire de leur logement parce que l'État se portera caution, parce que nous aurons le crédit hypothécaire et parce que je ne veux pas entendre parler d'une stratégie qui réduit le logement à la seule dimension du logement social. Le logement social est capital, mais il n'y a pas que cela dans la vie.

Jeune étudiant, je rêvais d'être propriétaire de la chambre où j'habitais. Je me disais, si un jour j'arrive à en être propriétaire, rien ne pourra plus m'arriver parce que la propriété c'est la sécurité.

Je veux que chaque jeune français puisse être propriétaire de son logement parce qu'alors, on respecte son immeuble, son quartier et on aime ses voisins. Voilà la France que je souhaite.

Oui, mes chers amis, J'aime la France et je déteste la repentance, parce que haïr son pays c'est se haïr soi- même. Je voudrais d'ailleurs dire à tous ceux-là qu'ils se trompent. On ne peut pas aimer un pays que l'on a appris à haïr.

Voilà pourquoi j'ai voulu parler de l'identité, parce que la France n'est pas une race, ni une ethnie. La France est une multitude de petites patries qui en ont fait une grande.

Quand je suis arrivé en Martinique, le poète de la négritude, Aimé Césaire, ce génie, ma parlé avec des mots forts de l'identité martiniquaise. Et en moi-même, je me disais, pourquoi c'est grand, noble et fort de parler de l'identité martiniquaise, pourquoi ne serait-il pas noble, fort, grand de parler de l'identité nationale française ?

Je suis fier d'être français.

Bien sûr que le système colonial est injuste, mais je n'accepte pas que l'on assimile nos compatriotes qui sont allés en Algérie à ce système injuste. Il y a eu en Algérie des Français qui l'ont aimée, ont travaillé la terre, ont éduqué, soigné, bâti et construit. Et, un jour, à ces Français-là, on leur a dit c'est la valise ou le cercueil.

La France a une dette d'honneur à l'endroit de ces Français que nous avons laissé tomber. Et à ceux qui ne me croiraient pas, qu'ils relisent Camus et ils verront ce qu'est un Français qui aimait l'Algérie !

Mes chers amis, voilà, nous sommes à quelques jours. Soit vous considérez que ce combat est le vôtre, que vous êtes la majorité silencieuse et que cette majorité silencieuse, pour une fois, va se faire entendre. Pour une fois, elle ne va pas se laisser dicter sa position, ses idées, son attitude.

Ce combat n'est pas le mien, à moi tout seul, sur cette tribune. Ce n'est même pas celui de mes amis ici présents, c'est le nôtre.

Il s'agit de vos enfants, Il s'agit de votre pays, Il s'agit de votre patrie, Il s'agit de la France, Il s'agit de l'avenir et de la société dans laquelle vous voulez vivre.

Et bien, mes chers amis, vous avez un bulletin de vote, c'est de vous dont dépend tout cela.

Moi, il ne me reste plus que deux choses à dire, mais je voudrais vous les dire du fond du coeur :

Vive la France !

Et par-dessus tout : Vive la République !