Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Marseille (19/04/2007)

Mes chers amis,

Je veux vous dire mon bonheur d'être ici, à Marseille, pour cette dernière réunion publique avant le premier tour.

Marseille, cette ville qui ne ressemble à aucune autre, qui n'a eu d'autre rivale qu'Alexandrie, Gênes, Naples ou peut-être Barcelone.

Marseille, cette vieille cité grecque qui depuis vingt-six siècles brasse les religions, les races, les cultures.

Marseille, jamais obéissante, mais toujours fidèle.

Marseille, qui fut révoltée contre le Comte, contre le Roi, contre Paris, mais Marseille toujours patriote, parce que Marseille, c'est la France.

Marseille, c'est Mirabeau, ce géant qui lui ressemblait tant, dont elle fit son député aux États généraux.

Marseille, ce sont les Fédérés qui le 10 août montent à l'assaut des Tuileries en chantant la Marseillaise.

Marseille, c'est une offrande au ciel et à la mer.

Marseille, c'est une prière, c'est une histoire d'amour, c'est un bonheur de vivre qui dure depuis vingt-six siècles, voilà pourquoi j'aime Marseille définitivement.

Marseille, cette vieille cité coloniale, porte ouverte de la France sur l'Orient et sur l'Afrique.

Marseille, qui ressuscite toujours.

Marseille qui se bat pour qu'on la désire.

Marseille, c'est un grand rêve de fraternité, offert à tous les hommes qui veulent le partager.

Je viens, au terme d'une longue campagne, puiser à ta source, Marseille, la force, l'énergie, l'enthousiasme, sans lesquels nul victoire n'est possible.

Alors nous voici à deux jours du premier tour. Cette campagne aura été, pour moi, une épreuve de vérité. Parce qu'aller durant des mois à la rencontre des Français, à la rencontre de leurs joies et de leurs peines, de leurs espoirs et de leurs souffrances, oblige à aller jusqu'au bout de soi-même, au bout de ses propres sentiments, de son engagement et de sa sincérité.

Ces peines et ces espoirs, ces joies et ces souffrances, auxquels, dans une campagne présidentielle, nous nous trouvons confrontés, nous ne pouvons pas nous contenter de les observer de loin, de les garder à distance. Pour les comprendre, nous devons les partager.

Un candidat à la présidence de la République digne de ce nom doit faire siennes les joies et les souffrances de la France. Dans une campagne présidentielle, on ne peut pas tricher, faire semblant.

La rencontre d'un homme et d'un peuple, ce miracle de l'élection présidentielle par lequel un homme cesse d'être l'homme d'un parti pour espérer devenir l'homme d'une nation, est le fruit d'une exigence humaine et morale davantage qu'une exigence politique.

La rencontre d'un homme et d'un peuple, pour y parvenir, il faut ouvrir son âme et donner son coeur. C'est une communion, un acte d'amour. Pour unir les Français, pour pouvoir parler en leur nom, au nom de tous les Français, pour pouvoir les gouverner, il faut les aimer.

Mais aimer, c'est prendre le risque de souffrir, parce qu'aimer, c'est abolir toutes les barrières, toutes les distances, c'est devenir plus sensible et sans doute plus vulnérable.

Une campagne présidentielle est une affaire de sentiments, de sensibilité, d'amour.

La France mérite qu'on l'aime.

Les Français, je veux les aimer pour les rassembler.

Voilà le premier message de l'élection présidentielle.

Une campagne présidentielle, c'est prendre des risques. Le risque de souffrir de la souffrance de l'autre, d'être malheureux des malheurs de l'autre, parfois de nourrir son désespoir du désespoir de l'autre.

C'est prendre le risque d'ajouter le malheur, la souffrance, le désespoir de l'autre à sa propre souffrance, à ses propres interrogations.

C'est prendre le risque que les blessures, les fragilités et l'interrogation de l'autre réveillent les blessures, les fragilités, les interrogations qui sont au fond de soi.

La politique, c'est une grande affaire humaine. Ceux qui ne comprennent pas cela n'ont rien compris à la politique, qui n'est pas une question technique, mais humaine.

Oui, on ne sort pas indemne d'une telle campagne, sans doute à cause de ce qu'elle contribue à révéler de soi-même. À cause de l'intensité des sentiments, à cause de la profondeur de l'engagement, beaucoup plus qu'à cause des insultes et des mensonges, des procès d'intention et des insinuations qu'une campagne oblige à subir.

J'ai été étonné qu'on puisse inventer autant d'insinuations et de procès d'intention me concernant, si je n'existais pas, sans doute faudrait-il m'inventer ?! Mais après tout, c'est sans doute la loi du genre.

Quand des candidats n'ont pas d'idées, pas d'arguments, aucune conviction, ne croient en rien et, de surcroît, ne travaillent pas, alors, ils n'ont pas d'autres recours que l'insulte, le mensonge et l'insinuation.

Je ne crois pas que les Français seront dupes de tels comportements et de telles pratiques.

Mais l'important, au fond, n'est pas là, l'important est dans le lien mystérieux qui se tisse avec le peuple de France. Il est dans le mystère indicible de la métamorphose de l'homme politique qui espère devenir un homme d'État.

Une campagne présidentielle, c'est rude, éprouvant, douloureux parce qu'elle oblige à se livrer, à répondre à des questions que, dans le dialogue singulier que chacun entretient avec lui-même, l'on avait jusque-là soigneusement éludé.

Mais c'est en allant au bout de sa vérité, de sa sincérité, de sa cohérence, que l'on devient alors capable d'aimer un peuple, que l'on devient plus fort, capable de le représenter et de le conduire, que l'on devient à même de devenir le maître de son propre destin.

Celui qui ne s'engage pas, qui ne donne jamais rien de lui-même, qui se protège, se tient à distance, refuse de prendre le moindre risque, celui-là passe à côté de tout ce que la vie a de plus beau et de plus grand, de tout ce que la vie à de plus intense, de ce pour quoi, au fond, la vie mérite d'être vécue.

Vous l'avez compris, j'ai mené cette campagne présidentielle au bout de ma sincérité, de mes convictions et de mon engagement. Je ne connais pas l'avarice des sentiments.

Cette campagne n'a ressemblé à aucune autre. Ce fut un moment fort parce qu'elle m'a beaucoup appris sur ce qui est au fond de moi et sur ce que les Français éprouvent, sur ce qu'ils attendent.

Jamais, depuis 1981, les Français ne se sont autant passionnés pour l'élection présidentielle. On disait que la politique, c'était fini, que cela n'intéressait plus les Français, qu'ils n'y croyaient plus, qu'ils n'en attendaient plus rien, qu'on leur avait si souvent menti, et c'est le contraire qui s'est produit.

Jamais le doute sur la politique n'a été aussi profond, jamais le jugement sur la politique n'a été aussi sévère, pourtant, jamais je n'ai senti une telle attente du retour de la politique.

Jamais les Français n'ont exprimé le sentiment d'avoir été à ce point trompés, pourtant, jamais ils n'ont tant exprimé la volonté de croire à nouveau en la politique.

Jamais je n'ai senti une telle exaspération, une telle révolte, monter des profondeurs du pays, pourtant, jamais je n'ai ressenti une telle volonté du peuple français de ne pas se résigner à la résignation.

Jamais un nombre aussi grand de Français n'a eu autant l'impression de ne plus être entendu, pourtant, jamais, depuis vingt-cinq ans, une campagne n'a été autant suivie, jamais sans doute les Français ne se sont sentis aussi concernés.

La France, dont le vote protestataire de 2002 et le "non" de 2005 étaient des cris de souffrance, de désespoir et de colère, n'est pas frileuse. Elle ne manque ni de courage, ni d'intelligence.

La France ne refuse pas l'ouverture au monde, elle ne rejette pas l'Europe, mais elle n'en peut plus de subir, que l'on veuille décider à sa place, que l'on fasse comme si elle n'existait pas.

Elle n'en peut plus de l'arrogance de ceux qui expliquent ce qu'il faut penser, de cette bonne conscience de gauche, qui aime tant les banlieues qu'elle n'y habite plus, qui aime tellement l'école publique qu'elle n'y met pas ses enfants et qui parle de la vie quotidienne sans jamais la connaître.

Moi, je veux parler à cette France qui a le sentiment que quoi qu'elle fasse, elle ne pourra pas s'en sortir. À cette France qui veut assurer la promotion sociale de sa famille.

Ignorer la France du "non" ou la mépriser, ce serait nous condamner à l'impuissance.

Opposer la France du "oui" à celle du "non", la France heureuse à la France malheureuse, celle qui a l'impression de s'en sortir et celle qui ne s'en sort pas, ce serait prendre beaucoup de risques avec la démocratie.

Si les Français qui souffrent, ceux qui se sentent humiliés, désespérés deviennent de plus en plus nombreux, si leur souffrance devient chaque jour plus insupportable, alors la France se fermera et se jettera dans les bras des extrêmes.

C'est notre responsabilité de tendre la main à tous ceux qui ne se sont pas reconnus dans notre combat, ces dernières années.

Je mesure parfaitement mes responsabilités, je n'ai pas le droit de décevoir, je n'ai pas le droit de mentir.

Faire une fois de plus, au lendemain des élections, le contraire de ce que l'on aura promis la veille, mentir délibérément pour ensuite ne pas tenir sa parole, proclamer avant les élections que l'on peut résoudre tous les problèmes et déclarer après que l'on n'y peut rien, serait faire la politique du pire et il ne pourrait en sortir que le pire. Que l'on ne compte pas sur moi pour cette politique, je dirai tout avant l'élection car je ferai tout après. Voilà ma morale en politique.

C'est pour cela et rien que pour cela que j'ai voulu ouvrir tous les débats, même les débats interdits.

Un certain nombre de mes amis m'ont dit que, vu les sondages, il ne fallait plus que je bouge, respire ni ne parle. J'ai voulu leur dire dans un souffle que si je ne respire plus, cela n'améliorera pas ma situation, que si je ne parle plus, nous ne gagnerons pas d'électeurs, que si je ne réfléchis plus, nous irons dans le mur.

Je ne veux pas de cette politique de l'immobilisme parce qu'on l'a trop souvent utilisée dans le passé et qu'elle conduit à l'échec. Que l'on ne compta pas sur moi pour cette politique-là !

C'est parce que j'ai voulu tous les débats que j'ai été injurié, insulté, traîné dans la boue par tous les adeptes du politiquement correct et de la pensée unique. Par tous ceux qui, n'ayant rien à dire, voudraient que les autres les imitent.

Je ne les suivrai pas, je ne répondrai pas aux injures, aux insultes parce que j'ai une haute idée de la fonction présidentielle et je ne la mettrai pas au niveau où un certain nombre de mes contradicteurs voudraient la mettre. Ce n'est pas digne d'un président de la République, de la fonction présidentielle et de la France.

Ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les polémiques hystériques, ce qui est important pour moi, c'est de parler à la France à laquelle on ne s'adresse jamais.

Par exemple, je veux parler à la France qui ne brûle pas les voitures et ne bloquent pas les trains, parce que cette France-là a le droit d'être entendue, respectée et considérée.

Je veux parler à la France qui n'a pas de stock-options ni de parachutes en or, mais qui travaille dur pour faire vivre sa famille.

Ce qui m'intéresse, ce qui est important pour moi, c'est de réconcilier les Français avec la politique. Réconcilier la France du "oui" et celle du "non". Convaincre les Français que la politique peut changer les choses, qu'elle peut les protéger. Le mot protection ne me fait pas peur. J'affirme que le devoir d'un responsable politique est de protéger ses compatriotes sans être accusé d'être un protectionniste. Protéger les Français, c'est le devoir d'un président de la République.

Rien n'est plus important pour moi que le respect de la parole donnée. Je sais parfaitement qu'il y a dans cette salle des amis qui sont venus en se disant qu'ils ne voulaient plus voter ou qui ont voté pour d'autres que nous parce qu'ils ont été tellement déçus. Je sais parfaitement qu'ils sont là en se disant que si moi aussi je les trahis, ils ne reviendront plus.

Je veux parler à cette France-là et je veux moi-même soulever la question, parce que je ne veux pas qu'un seul d'entre vous s'en aille ce soir en se disant que ce que j'ai dit était bien, mais en se demandant si je le ferai après ?

Je veux lever tout les malentendus entre la droite républicaine française et nous, parce qu'il y en a eu dans le passé.

Je fais cela pour une raison très simple, parce que la France m'a tout donné et que je veux lui donner à mon tour. C'est ma conception de la nation française. J'ai tout reçu, je veux tout rendre.

Je le ferai parce que je le dois. Parce que je le dois à la France. Parce que je vous le dois.

Je le ferai parce que je ne peux pas me résigner à rester sans rien faire.

Je le ferai parce que j'ai toujours rêvé pour la France d'un destin exceptionnel où la médiocrité ne pouvait pas avoir sa place.

La France on n'en parlait plus. La France on n'avait même plus le droit de dire qu'on l'aimait.

Pourtant, la France, pendant cette campagne, chaque Français à sa façon m'en a parlé.

La France, je n'ai parlé que d'elle, parce que toutes les difficultés, toutes les angoisses, toutes les crises dans lesquelles se débattent les Français ont une cause commune. Elles sont liées entre elles. Elles forment une seule et même crise, une crise morale, une crise d'identité, une crise de la nation et de la République, une crise de l'État, une crise des valeurs.

Nous n'avons pas assez réfléchi ensemble sur la signification de ce que veut dire la France et de ce que veut dire être Français. Et si un candidat à la présidence de la République française ne parle pas de la France, de quoi, mon Dieu, pourrait-il parler ?

Les Français ont besoin de retrouver la France. Je veux parler de ma conception de la France.

La France, c'est le sentiment pour chaque Français qu'il n'est pas seul au monde, qu'il n'est pas seul pour faire face aux accidents de la vie, qu'il n'est pas seul face à la mondialisation, qu'il n'est pas seul pour agir.

La France, c'est le nom de notre destin commun.

La France, c'est la volonté de vivre ensemble et de construire ensemble.

La France, ce n'est pas une juxtaposition d'intérêts particuliers.

La France, c'est un bien commun, c'est notre héritage à tous et c'est l'avenir de chacun.

La France, c'est le pays qui le premier a proclamé que c'était le bonheur et non la volonté de puissance qui devait être le but de toute politique.

La France, c'est le pays à travers le monde qui s'est le plus battu pour la liberté des autres.

La France, c'est le pays qui a enseigné aux hommes l'égalité des droits.

La France, c'est le pays qui en hissant la fraternité au même niveau que la liberté et l'égalité a dit à tous les hommes comme Antigone : "Je suis née pour partager l'amour, non pour partager la haine". C'est le massage éternel de la France. Voilà pourquoi on doit aimer la France !

La France, c'est notre pays, notre patrie et nous n'en avons pas d'autre.

La fierté d'être Français, c'est ce qui nous unit par-delà nos différences.

J'ai voulu profondément remettre la France au coeur du débat. J'ai voulu parler de l'identité nationale, j'ai voulu parler de la nation, j'ai voulu parler de la République, j'ai voulu parler de l'État, parce que personne n'en parlait. Parce qu'il était interdit d'en parler sous peine d'être excommunié au nom de la pensée unique, comme il était interdit de parler de l'autorité, un mot qui vous brise une carrière ! Autorité, autoritaire, autoritarisme, État policier, circulez, il n'y a plus rien à voir !

Je la connais la gauche bien pesante, autorité interdite, morale, moralisateur, moraliste.

La morale, je veux remettre ce mot dans le vocabulaire politique. Il y a une crise morale française et peu importe si ça ne plaît pas à une gauche mondaine qui depuis longtemps a perdu tous ses repères. Voilà la vérité.

J'ai voulu parler de la France parce que depuis trop longtemps elle était dénigrée et parce qu'à force de l'abîmer, à force de l'abaisser, à force de renier son histoire, sa culture, ses valeurs, à force de tout détester, de détester la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l'ordre, à force on a fini par dire aux Français de se détester eux- mêmes.

Haïr son pays, c'est ce haïr soi-même. Voilà l'erreur majeure de ces dernières années.

À force d'avoir appris à nous détester, c'est notre capacité à nous parler, à nous comprendre, à nous supporter qui s'est trouvée remise en cause. C'est notre capacité à vivre ensemble qui s'est trouvée menacée.

Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire.

Je déteste la repentance qui veut nous interdire d'être fiers d'être français, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires, qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines. Cette repentance est un obstacle à l'intégration parce que l'on n'a jamais envie de s'intégrer à un pays que l'on a appris à détester.

Comment voulez-vous que l'intégration à la française marche si l'on apprend à détester la France ?

Je veux parler de la France parce que je lui dois tout. Oui, comme l'a dit l'autre, je suis un enfant d'immigré. La belle affaire ! Et oui, il n'y a pas que toi Basile !

Fils d'un Hongrois, petit-fils d'un Grec né à Salonique qui s'est battu pour la France pendant la guerre de 14. on ne lui a pas demandé à l'époque d'où il venait mais de payer le prix du sang comme aux autres.

Ma famille est venue d'ailleurs, mais dans ma famille, Monsieur Le Pen, on sait ce que l'on doit à la France et donc on l'aime.

Je suis un Français de sang mêlé qui pense que l'on est Français en proportion de l'amour que l'on porte à la France, de ce que l'on est prêt à faire pour elle, de l'attachement que l'on porte à ses valeurs d'universalité, de tolérance, de respect de la personne humaine, de fraternité, du souci que l'on a d'opposer toujours la raison à la folie humaine, de défendre la liberté contre la tyrannie.

Je veux parler à tous les Français, à tous ceux que la politique a déçu, à tous ceux qui se sentent trahis par une gauche qui ne parle plus des travailleurs parce qu'elle trahit le travail, par une gauche qui n'écoute plus le peuple dans son aspiration à la sécurité, à l'identité, à la protection, à tous ceux qui se sont tournés vers les extrêmes comme un appel au secours.

Je veux convaincre chacun de revenir dans le champ de la République parce qu'ensemble nous allons changer les choses. Ainsi, leur voix sera utile, leur cri sera entendu, leur souffrance sera prise en compte. Ma France, ce n'est pas celle de monsieur Le Pen, parce que ma France, ce n'est pas une race, ce n'est pas une ethnie, ce n'est pas l'exclusion, ce n'est pas la détestation de l'autre. C'est au contraire la fraternité pour l'autre.

On n'est pas Français seulement par ses racines, par ses ancêtres. On est Français par son âme, par son esprit, par ses sentiments.

être Français, ce n'est pas un statut juridique. Ce n'est pas seulement un bulletin de naissance. Et j'ai vu que Monsieur le Pen me conseillait de changer de grands-parents. Il est la preuve vivante que même avec des grands-parents français, le résultat peut être contestable... La France, ce n'est pas seulement un passeport. C'est la fidélité à un idéal.

être Français cela ne s'hérite pas, cela se mérite tous les jours par l'amour de la France et par un mot, si je suis président de la République, que je remettrai à l'ordre du jour : le civisme.

Car, sans civisme, il n'y a pas de citoyen digne de ce nom.

On est Français parce que l'on veut l'être, parce que l'on se sent Français, parce que la France on l'aime, on la respecte, on en est fier. Parce que l'on se sent envers elle des devoirs, parce que l'on éprouve envers elle une gratitude, une reconnaissance.

La France, ce n'est pas fini.

La France, elle est vivante dans le coeur de ceux qui l'aiment.

La France, les Français veulent que l'on en parle parce qu'ils sentent bien que derrière toutes nos crises, derrière lesquelles tant de Français se débattent, c'est une seule et même question qui se trouve posée : celle de notre conception de la nation.

Les Français veulent que l'on en parle parce qu'ils ont au fond de leur coeur le sentiment que ce lien mystérieux les rattache à une destinée commune exceptionnelle, à la grandeur de laquelle chacun peut avoir sa part.

À tous ceux qui se désespèrent de la France, j'ai voulu dire dans cette campagne que lorsque, de nouveau, les Français rêveront pour elle d'une destinée exceptionnelle, alors la France retrouvera sa grandeur.

Lorsque les Français recommenceront à rêver d'un monde meilleur, ce monde deviendra possible.

Aujourd'hui, à la veille du premier tour, je veux m'adresser à tous les Français, pour leur dire que les hommes, comme les peuples, sont grands quand ils ont de grands rêves et qu'ils se laissent porter par eux.

La France est née du grand rêve des Rois de France.

La République est née des rêves des soldats de l'An II.

Napoléon, dit-on, faisait ses plans de bataille avec les songes de ses soldats endormis.

Le Général De Gaulle qui fut le plus grand des Français parce qu'il fut le seul qui pendant quatre ans en avait "maintenu l'honneur comme un invincible songe". De cet invincible songe sortirent la France combattante, la France résistante, la France présente au côté des Alliés au jour de la Libération.

Et rappelez-vous Martin Luther King, ce pasteur noir qui n'était pas grand-chose, mais qui a dit un jour à la grande Amérique devant le mémorial de Lincoln à Washington : "Je rêve qu'un jour sur les rouges collines de Géorgie les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère." Ainsi parlait Martin Luther King et ce rêve a changé l'Amérique !

Notre rêve va changer la France, voilà le défi de cette présidentielle !

De ce grand rêve de ce pasteur noir inconnu, qui n'est pas démodé, est sortie une Amérique nouvelle où l'on pouvait parler de justice et de fraternité.

La politique n'est rien quand elle n'est plus portée par de grands rêves. La politique qui se contente de gérer, qui est persuadée que rien ne peut être changé, que sa seule ambition, c'est la stabilité, qu'il ne peut pas être autrement, que l'on n'y peut rien, que l'on a déjà tout essayé, que tout a été tenté, que tout a été dit, cette politique-là ne peut rien parce qu'elle ne veut rien. Je veux le contraire pour la France de 2007 !

Je veux être le Président qui fera vivre un nouveau rêve français grâce auquel chaque Français ne regardera plus l'avenir comme une menace mais comme une promesse.

À tous les Français, je voudrais faire partager le rêve d'une France qui se lève pour dire "non" à ceux qui n'envisagent pour elle qu'un destin médiocre. Je voudrais qu'ils se lèvent pour dire "non" à tous ceux qui ne croient plus en elle.

Je voudrais leur faire partager le rêve d'une France où chacun d'entre vous pourra enfin trouver sa place.

Où les professeurs n'auront plus peur de leurs élèves, Où les adultes n'auront plus peur des jeunes, Où les jeunes n'auront plus peur de devenir adultes, Où les parents n'auront plus peur que leurs enfants vivent moins bien qu'eux, Où l'ouvrier ne vivra plus dans la hantise des délocalisations, Où la différence ne sera plus vécue comme un danger mais comme une richesse.

Je voudrais faire partager le rêve d'un peuple français qui se lève pour que la fraternité ne soit plus seulement un mot gravé sur le fronton de nos mairies mais devienne une réalité. Une France où personne ne soit jugé sur la couleur de sa peau ou sur sa religion mais sur la nature de son caractère, comme le disait Martin Luther King.

Ce rêve qu'un jour tous les fils dont les familles sont françaises depuis des générations et les fils de rapatriés et de harkis, les fils d'immigrés, les petits-fils d'Italiens, de Polonais, de Républicains espagnols, les enfants catholiques, protestants, juifs ou musulmans, tous les enfants, de tous les quartiers, de toutes les couleurs, de toutes les religions, qui habitent ce pays qui est le leur puissent partager la même fierté d'être Français.

Ce jour-là, nous aurons réussi quelque chose de plus grand que nous !

Lorsque de nouveau les Français se sentiront portés par un grand rêve français dans lequel ils se reconnaîtront, dans lequel chacun aura le sentiment d'avoir sa part, alors tant de nos compatriotes cesseront d'être les spectateurs désabusés de leur propre histoire pour redevenir les acteurs.

Je rêve d'une France où l'on ne demanderait plus aux fils d'expier les fautes supposées de leurs pères. Je rêve d'une France qui n'aurait plus honte de son histoire.

Et je veux le dire parce que c'est ma vérité, au plus profond de moi-même : la France n'a commis aucun génocide, la France n'a pas inventé la solution finale. Tous les Français n'ont pas été pétainistes, il y a eu les héros de la France libre et de la résistance. Et si certains Français ont dénoncé des Juifs à la Gestapo, d'autres, plus nombreux, les ont aidés au péril de leur vie, des mères ont caché des enfants juifs parmi leurs propres enfants. C'est cette France au nom de laquelle je veux parler.

Je vais ici prononcer des mots qui ne sont pas des paroles de circonstances, mais des mots auxquels j'ai réfléchi.

Je rêve d'une France où l'on reconnaîtra que la colonisation était un système sans doute injuste, mais où l'on respectera les hommes et les femmes de bonne volonté qui ont pensé de bonne foi oeuvrer utilement pour un idéal de civilisation auquel ils croyaient.

Je veux que l'on respecte ces milliers de femmes et d'hommes qui toute leur vie se sont donné du mal pour gagner par eux-mêmes de quoi élever leurs enfants, sans jamais exploiter personne et qui ont tout perdu parce qu'on les a chassés d'une terre où ils avaient acquis par leur travail le droit de vivre en paix, une terre qu'ils aimaient, parmi une population à laquelle les unissait un lien fraternel. C'est la vérité de l'histoire de France.

Je sais bien que cela va créer la polémique, mais peu m'importe, cela me donne le plaisir de faire entendre la grande voix de Camus, parlant pour tous ceux qui allaient devoir quitter la terre de leur enfance, à qui l'on a laissé le choix qu'entre la valise et le cercueil.

Camus, le grand Camus, a écrit cette phrase éternelle, parlant de l'Algérie : "j'ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j'y ai puisé tout ce que je suis et je n'ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent, de quelque race qu'ils soient.

Bien que j'aie connu et partagé les misères qui ne lui manquent pas, elle est restée pour moi la terre du bonheur, de l'énergie et de la création." Qui osera dire que Camus n'aimait pas l'Algérie et les Algériens ? C'est une falsification de l'histoire. Et ça m'a fait plaisir de vous dire cela, parce que l'on en entend des sottises sur notre pays...

À tous ceux d'entre vous qui sont revenus des colonies, en ayant tout abandonné, n'emportant avec vous que vos souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne vous quittera plus jamais, je veux dire que si la France a une dette morale, c'est d'abord envers vous qu'elle l'a, parce que c'est une dette d'honneur.

Aux enfants des harkis qui ont servi la France, qui ont dû fuir leur pays et que la France a si mal accueillis, je veux dire que si la France doit des excuses et des réparations, c'est à eux qu'elle les doit et à personne d'autre.

À tous les anciens combattants de nos anciennes colonies, je veux dire la reconnaissance de la France et je veux rendre hommage à Jacques Chirac de leur avoir rendu justice.

Aux Algériens, aux Marocains, aux Tunisiens, à tous les ressortissants de nos anciennes colonies qui, espérant dans la France, sont venus y vivre, je veux dire que la France leur tend la main, qu'elle les accueille fraternellement, qu'elle ne leur offre pas la repentance, mais la compréhension et le respect.

À tous, celui qui veut devenir Français, d'où qu'il vienne, la France offre l'égalité des droits et des devoirs. Mais la France exige la fierté d'être Français.

À celui qui veut devenir Français, je dis qu'il doit prendre en partage l'histoire de France, qu'il doit accepter que le pays dans lequel il vient soit un vieux pays qui a commencé d'exister bien avant lui.

Il doit comprendre que ce pays, la France, est un pays de liberté qui demande simplement qu'on le respecte et qu'on l'aime.

Et je ne veux condamner personne à cette peine si lourde qui consisterait à vivre dans un pays que l'on n'aime pas et dont on ne respecterait pas les lois, les valeurs et les coutumes.

*** Je rêve d'une France qui aurait tourné la page de mai 68, où l'école reviendrait aux principes Jules Ferry, une école qui forge une culture partagée et, j'ose le mot, une morale commune.

L'école de Jules Ferry était une école qui exigeait de parler à l'intelligence et au sentiment.

Une école qui voulait éveiller les consciences.

Une école qui voulait instruire et élever chacun le plus haut possible.

Aux enfants, elle voulait leur donner ce qu'il y avait de meilleur.

Certains d'entre vous connaissent sans doute la magnifique lettre de Jules Ferry aux instituteurs sur l'enseignement de la morale, écrite en un temps où les circulaires bureaucratiques, qui étouffent notre vie administrative, n'existaient pas encore.

Il y a 130 ans, lorsque l'on parlait aux enseignants de France, on commençait ainsi : "Monsieur l'instituteur, Déjà, on se dit que celui qui a écrit cela avait quelque chose à voir avec la civilisation... Vous êtes l'auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez qu'on parlât au vôtre.

Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s'en ressente : c'est surtout hors de l'école qu'on pourra juger de ce qu'a valu votre enseignement.

Vous avez flétri l'égoïsme et fait l'éloge du dévouement : ont-ils, le moment d'après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu'à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n'est pas l'oeuvre d'un jour de former une âme libre." Ainsi parlait le grand Jules Ferry, il y a 130 ans, une âme libre !

C'était une école qui récompensait le travail et donnait à chacun le moyen d'aller aussi haut que ses talents le lui permettaient, quelle que fût son origine sociale.

Les enfants n'ont pas seulement besoin d'enseignants, ils ont besoin d'éducateurs. Ils ont besoin que les professeurs et les parents soient des éducateurs.

Mais pour être de bons éducateurs nous devons donner l'exemple.

Nous n'avons aucune chance d'inculquer le courage à nos enfants si nous-mêmes nous ne sommes pas courageux.

Un jour, j'ai utilisé le mot "racaille" en réponse à l'interpellation d'une habitante d'Argenteuil qui désignait ainsi ceux qui rendaient la vie impossible dans son quartier et qui l'obligeaient à vivre la peur au ventre.

On me l'a reproché. Mais c'est mépriser la jeunesse que de lui parler par euphémismes sous prétexte qu'elle ne serait pas capable de regarder la réalité en face.

Quels éducateurs serons-nous si les voyous ne peuvent même pas être appelés des voyous ? Et si nous laissons croire à nos enfants que tout est permis ?

On m'a reproché de vouloir sévir contre les délinquants.

Mais quels éducateurs serions-nous si nous étions incapables de punir les délinquants ?

Quels éducateurs serions-nous si nous cherchons toujours à excuser le crime ou le délit ?

Quels éducateurs serons-nous si nous fermons les yeux sur toutes les fraudes ?

Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges -qui ne sont pas au-dessus des lois-, les policiers, les patrons, les parents assument leurs responsabilités. C'est parce que la société assumera ses responsabilités que les jeunes comprendront la nécessité d'assumer les leurs.

On me dit qu'il ne faut pas créer de tension, qu'il ne faut pas donner de prétexte aux casseurs, qu'il faut à tout prix éviter de créer les conditions de l'affrontement. Je connais ce raisonnement.

Veut-on pour cela que la police se dérobe ?

Qu'elle ferme les yeux ?

Qu'elle n'interpelle pas les fraudeurs ?

Qu'elle laisse les voyous libres d'agir ?

Si nous interdisons aux policiers de poursuivre des délinquants de peur qu'il leur arrive un accident, quelle société préparons-nous ?

Si le fait d'être mineur excuse tout ?

Si nous laissons le petit voyou devenir un héros dans son quartier, faute de sanction susceptible de faire réfléchir ceux qui seraient tentés de l'imiter ?

Si l'on tolère les petits trafics grâce auxquels l'adolescent gagnera davantage que son père qui travaille à l'usine ? Ce qui est un scandale pour l'enfant, l'adolescent et le père !

Si l'argent de la délinquance, du vol, des trafics et des combines devient plus facile que l'argent du travail ?

Ne rien faire parce que l'on veut avoir la paix, pratiquer une forme d'angélisme où l'on se voile la face pour ne pas voir ce qui se passe, interdire aux policiers d'intervenir pour éviter tout incident est une politique irresponsable. Je ne serai pas un président de la République irresponsable.

On m'a reproché d'exciter la colère. La colère de qui ?

L'autre jour, un gentil journaliste m'a dit que ça allait mal pour moi, que j'avais été sifflé à la gare du Nord par les casseurs. Je lui ai répondu : Tant mieux, je confirme ! Ce ne sont ni des relations, ni des proches, ni des amis.

Je ne cherche pas à être l'ami des voyous.

Je ne cherche pas à être populaire parmi les trafiquants et les fraudeurs.

Je ne cherche pas à être bien vu des casseurs.

Et si je suis élu président de la République, je ne mettrai jamais sur le même plan la victime à laquelle nous devons tout et le délinquant qui doit répondre des faits dont il est coupable.

Je n'aspire pas à me faire acclamer par ceux qui empoisonnent la vie des autres.

Extraordinaires, il a fallu que deux candidats à la présidence de la République trouvent des excuses à un individu sept fois condamné, vingt-deux fois arrêté, quine paie pas son ticket de métro, et qui, non content de cela, frappe les fonctionnaires de la République.

Moi, je dis que la police de la République a fait son travail, qu'elle a mon soutien et qu'elle a bien fait d'arrêter le fraudeur et les casseurs. Et je suis prêt à faire un débat avec qui le souhaite sur le sujet et que les candidats disent de quel côté ils sont.

Moi, je ne serai pas du côté des fraudeurs parce que la fraude, c'est l'impôt payé par les plus pauvres. Voilà ce que je n'accepte pas !

Je dis qu'un président de la République qui ne veut pas regarder en face le problème de l'insécurité, qui ne veut pas regarder en face le problème de la violence qui empoisonne notre société, et dont la seule préoccupation serait de ne pas faire de vague, je dis que celui-là est un démagogue et un irresponsable, parce que le rôle d'un Président de la république est d'abord de veiller à l'application de la loi et de protéger les honnêtes gens.

Si je suis élu président de la République, je ferai du rétablissement de l'autorité républicaine ma priorité politique. Sans l'autorité il n'y a pas de vie en société possible.

Beaucoup parmi vous se désespèrent de voir l'autorité dénigrée, de voir l'autorité non plus simplement contestée, mais niée, niée par ceux-là même qui devraient la faire respecter, par ceux-là même qui devraient la défendre. Je ferai tout pour mettre un terme à cette dérive.

Je rêve d'une France où le civisme serait de nouveau appris à l'école de la République et mis à l'honneur dans toutes les familles de France.

Je rêve d'une France où l'on n'abandonnera personne. Je ne laisserai personne sur le bord du chemin. Mais à tous ceux que l'on aidera je demanderai de faire l'effort pour s'en sortir par eux-mêmes, parce que nul ne peut exiger que la société l'aide s'il n'est pas décidé à faire un effort pour lui-même.

Je rêve d'une France où jamais nulle part l'assisté ne sera rémunéré autant que le travailleur, parce qu'alors on dévalorise le travail.

La décision du Conseil régional socialiste d'Ile-de-France ait pu inventer la gratuité des transports pour les Rmistes est un raisonnement absurde au terme duquel celui qui est au RMI ne paie pas et celui qui reprend un travail en est immédiatement encouragé par le fait de payer son transport... C'est cela encourager le travail pour eux ? C'est le contraire qu'il faut faire. Les Rmistes ont le droit à une formation, pour avoir le droit à un emploi. Mais je ne veux plus jamais que, dans une usine, un ouvrier puisse me dire : à la fin du mois, quand j'ai travaillé tout le mois, il ne me reste plus rien pour nourrir ma famille, alors que celui qui est à côté de moi, assisté, a plus que moi à la fin du mois. Je ne veux pas de cette société.

Je veux que ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage puissent le faire.

Je veux que l'on fasse payer plus d'impôts sur les bénéfices aux entreprises qui désinvestissent et qui suppriment des emplois et moins à celles qui investissent et qui créent des emplois.

Je veux tout faire pour encourager le travail. Il faut taxer autre chose que le travail parce qu'en taxant le travail on le détruit. Je propose que toute réforme fiscale profite d'abord au travail et que toute baisse des prélèvements soit d'abord affectée à l'allégement des charges sur le travail.

Nous ne pouvons pas continuer avec un financement de la protection sociale qui repose presque exclusivement sur le travail. C'est une incitation à économiser le travail et surtout à le délocaliser.

Pour favoriser l'emploi il vaut mieux taxer la richesse produite que la production de richesse, l'homme qui pollue et l'homme qui consomme plutôt que l'homme au travail.

Je rêve d'une France où les Français se sentiraient protégés contre les délocalisations.

C'est la raison pour laquelle je veux expérimenter la TVA sociale. Je veux taxer les importations venant de pays qui ne respectent aucune règle environnementale, sociale, fiscale et monétaire.

Je crois en la concurrence, mais nous n'avons pas fait l'Europe pour cela. L'Europe n'est pas le cheval de Troie de la mondialisation, mais doit nous permettre d'y résister.

Je n'accepte pas que l'on impose à nos agriculteurs des contraintes alimentaires, de sécurité sanitaire et que l'on accepte d'importer dans notre pays des produits qui ne respectent en rien les règles imposées à nos propres agriculteurs.

Je n'accepte pas que les États-Unis d'Amérique aient une politique systématique d'aide à leur PME, qu'ils aient obtenu une dérogation au sein de l'OMC, et ce qui est autorisé pour les États-Unis serait interdit à l'Europe ? C'est de la concurrence déloyale.

J'ai toujours cru dans l'Europe, j'ai toujours voté "oui" à l'Europe. Même si cela provoque des vagues, je veux dire que nous n'avons pas créé la deuxième monnaie du monde pour qu'elle soit gérée de cette façon. Chaque fois que l'Euro augmente de 10 centimes, Airbus perd 1 milliard d'Euro. Nous n'avons pas fait l'Euro pour ne plus pouvoir construire d'avion sur le sol du territoire européen !

32% de dévaluation du Dollar par rapport à l'Euro. Nous connaissions le dumping social, fiscal, environnemental, voici venir le dumping monétaire.

Je demande que l'on fasse avec l'Euro ce que les Américains font avec le Dollar, ce que les Japonais font avec le Yen, les Chinois avec le Yuan et les Anglais avec la Livre sterling. Est-ce trop demander que la monnaie européenne se mette au service de la croissance et de l'emploi, pas au seul service de la banque centrale européenne ? C'est pour cela que nous avons fait l'Euro !

Puisque c'est la fin, en tout cas du premier tour, au moins que l'on se fasse plaisir.

Je veux pouvoir dire tranquillement que la France ne peut pas accueillir tous les immigrés et prononcer le mot "immigration" sans être traité de raciste.

Je veux pouvoir parler de la nation sans être traité de nationaliste.

Je veux pouvoir parler des conditions de la concurrence sans être traité de protectionniste.

Je veux pouvoir mettre en cause de façon claire, la façon particulièrement absurde dont est géré l'Euro sans être traité de mauvais européen.

Ce sont des débats que nous devons avoir entre nous.

Je ne vois pas pourquoi la France devrait demander l'unanimité pour baisser ma TVA sur la restauration rapide ou sur le bâtiment et que la Slovénie peut supprimer l'impôt sur les bénéfices des sociétés sans demander l'avis de personne. Soit tout le monde y a droit, soit personne !

On me dit que mes partenaires ne vont pas être d'accord. Oui, si on ne leur dit rien, il n'y a pas de raison pour qu'ils changent d'avis... Justement, je veux mettre un terme à cette politique qui ne dit rien.

Mais je veux également dire que le salaire n'est pas l'ennemi de l'emploi. Et je n'accepte pas cette réalité française qui fait que de tous les pays d'Europe développés, nous soyons celui où les salaires sont les plus bas. Comme les prix sont les plus hauts, les charges les plus lourdes, il y a un problème de pouvoir d'achat pour les Français.

Je veux être le président de la République qui résoudra ce problème.

Mes chers amis, mes valeurs sont claires, ce sont celles de la droite républicaine et du centre. Mais je n'accepte pas que, dans une entreprise, on explique aux salariés qu'il faut supprimer 10 000 emplois parce que l'on a besoin d'argent pour développer les nouveaux avions et que, au même moment, le patron de cette même entreprise parte avec un chèque de 8 millions d'Euros, ça je ne peux pas l'accepter.

Ce n'est pas un problème personnel et toute attaque ad hominem serait très désagréable. Mais j'en ai assez que nos idées soient travesties par le comportement de quelques uns. J'en ai assez que certains pensent qu'ils doivent être récompensés y compris quand on a échoué.

Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l'été 2007 une moi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes parce que c'est contraire aux valeurs qui sont les miennes.

Oui, qu'un chef d'entreprise, cadre, savant ou sportif gagne beaucoup plus parce qu'il crée de la richesse, parce que son talent est exceptionnel, parce qu'il donne du bonheur, je m'accepte. Mais cette rémunération récompense un grand talent, une grande réussite ou un grand risque.

Qu'est ce qu'un golden parachute ? C'est l'absence de risque. S'il n'y a pas de risque, alors il ne doit pas y avoir de grosse rémunération. Voilà les valeurs pour lesquelles je veux me battre.

De la même façon, je n'accepte pas, et j'assume mes responsabilités, que dans une entreprise de milliers de salariés on puisse à quelques-uns se distribuer un plan de stock- options, alors que la valeur de l'entreprise existe parce que chacun des salariés y a apporté sa part, y compris la dernière collaboratrice et elle aussi a droit d'être propriétaire d'une partie de cette entreprise.

Ça, se sont nos valeurs !

Oui, j'en ai assez d'une droite qui ne serai pas assez courageuse pour défendre ses idées et qui serait trop frileuse pour éviter d'être caricaturée. L'autre jour, Madame Parisot, que je respecte par ailleurs, n'était pas contente parce que j'avais parlé de "patrons voyous". Mais quelle serait ma crédibilité si je pensais que les voyous ne seraient que dans certains quartiers... Je veux dénoncer les voyous quels qu'ils soient, parce que je veux être ferme, mais je veux être juste.

Je serai un président de la république juste parce que je le dois à la France !

Je veux surtout être un homme libre, parce que le président de la république est l'homme de la nation, pas l'homme d'un clan, d'une secte. Ce doit un homme libre.

Moi, je rêve d'une France où l'on n'abandonnera plus un seul de nos territoires. Des territoires où l'on vit depuis des siècles et où on laisse à penser qu'il n'y a plus de services publics, plus d'espoir, que l'on ne peut plus y travailler. Pour que des gens qui vivaient depuis des siècles heureux sur le territoire de la France se retrouvent dans des villes où l'on na pas de logements et pas de travail.

Je ne veux pas de cette France déséquilibrée.

Je veux une France qui porte haut une politique d'aménagement du territoire dans laquelle elle croit.

Je veux une France qui se batte pour garder ses usines, parce qu'une France sans ouvriers, sans paysans, sans artisans est une France appauvrie moralement, économiquement, culturellement et politiquement.

Je l'ai dit à la Lorraine, on l'a martyrisée dans les années 70. Elle avait connu la crise minière et on lui a fait croire qu'il n'y avait plus d'avenir pour la sidérurgie. On a fermé, on a restructuré, on a mobilisé le contribuable français. On a l'air malin aujourd'hui, alors que le monde manque d'acier, nous serions très heureux d'avoir des géants de l'acier. On a menti à la Lorraine et l'on s'est trompé en fermant la sidérurgie française.

Voilà la réalité à laquelle je crois.

Mes chers amis, En 1969, Georges Pompidou, alors Président de la République disait : "le monde a besoin d'une nouvelle Renaissance". Aujourd'hui, tout reste à faire pour que survienne cette nouvelle Renaissance, pour retrouver cet état de grâce où dans l'art, dans la science, dans l'économie, dans la société, partout la vie explose, partout l'intelligence humaine se met à féconder l'avenir.

Je me souviens de cet historien des idées qui disait : "si je voulais résumer en une phrase la mentalité de la Renaissance, je dirais : tout est possible". Tout est possible !

C'est exactement ce sentiment qui manque à notre époque, à la France en tout cas.

Nous avons besoin d'une nouvelle Renaissance.

Nous avons besoin que tout redevienne possible.

Tout paraissait possible aux hommes de la Renaissance.

Tout paraissait possible à ceux des Lumières.

Tout paraissait possible aux capitaines d'industrie, aux savants, aux instituteurs, aux artistes, aux hommes politiques vers les années 1880.

Tout paraissait possible aux hommes du Conseil National de la Résistance, aux hommes de 1958, aux femmes et aux hommes des Trente Glorieuses.

Je voudrais que vous retrouviez cette foi dans l'avenir, cette foi dans les capacités humaines et dans le génie de la France.

Dans cette France, qui a si souvent étonné le monde, qui est si souvent ressuscitée quand on la croyait morte, qui a si souvent précédé le mouvement de la civilisation et si souvent accompli des actes exceptionnels.

La France des croisades et des cathédrales, la France des droits de l'Homme et de la Révolution, la France des Français libres et de la Résistance, la France de Pasteur, la France de Pierre et Marie Curie, la France du TGV, donc d'Alstom et de la fusée Ariane.

"la France, la vraie France, disait Jaurès, la France qui n'est pas résumée dans une époque ou dans un jour, ni dans le jour d'il y a des siècles, ni dans le jour d'hier, mais la France qui est tout entière dans la succession de ses jours, de ses nuits, de ses aurores, de ses crépuscules, de ses montées, de ses chutes et qui, à travers toutes ces ombres mêlées, toutes ces lumières incomplètes, toutes ces vicissitudes, s'en va vers une pleine clarté qu'elle n'a pas encore atteinte, mais dont le pressentiment est dans sa pensée".

Je comprends que François Hollande ait abandonné Jaurès, c'est beaucoup trop grand pour lui !

C'est ce pressentiment qu'il nous faut faire renaître, contre cet "à quoi bon" sinistre et résigné qui hante notre époque. À quoi bon ! À quoi ça sert !

Ce même Jaurès disait : "le nom de Dieu ne me gêne pas." Voilà ce que je veux faire de la politique, une politique qui n'a pas peur des mots, des idées, des débats.

Une politique toute entière mise au service de la France.

Une politique qui revendique l'amour de la France.

Une politique où chacun de vos enfants aura sa place.

Nous allons le faire pour nous-mêmes et pour tous les hommes qui dans le monde continuent d'espérer dans la France !

Mes chers amis, Vous l'avez compris, ce premier tour n'est qu'un tour de chauffe, Ce premier tour, c'est un commencement, Ce premier tour, ce n'est qu'un début, Ce premier tour, c'est une mise en jambes, Ce premier tour, c'est une première étape,

Alors je vous demande d'y croire, Je vous demande de faire de mon combat votre combat, Je vous demande de vous lever, Je vous demande d'exprimer le sentiment de cette majorité silencieuse qui ne veut plus qu'une pensée unique parle en son nom.

Oui, mes chers amis de Marseille,

Vive la République !

Vive la France !