Discours politique
Marine Le Pen, Face à l’anomie, Redonner un sens (04/03/2010)
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je tenais à vous dire combien j'étais heureuse d'être parmi vous ce soir. Qu'il me soit permis de vous remercier pour votre présence qui témoigne pour les plus anciens de leur fidélité, pour les amis plus nouveaux, peut-être de leur curiosité, mais pour tous de votre lucidité.
La grande glissade que connaît notre pays contre laquelle le Front national met en garde les Français depuis des années se poursuit et peut-être même s'accélère.
Beaucoup de nos compatriotes la perçoivent presque intuitivement : même les moins politisés pressentent que " ça va mal ", que leur situation quotidienne empire chaque jour davantage et que leurs perspectives d'avenir ou celles de leurs enfants ne sont guère enthousiasmantes.
Le pays, tout le monde le sent, tout le monde le sait, est partagé entre un sentiment de résignation et la tentation de révolte.
Assez paradoxalement, peut-être parce qu'à cet état d'esprit se mêlent également de la lassitude pour les promesses non tenues et du dégout pour les politiques, rien ne dit que cette exaspération profonde s'exprimera à son niveau réel dans les urnes. Beaucoup de Français -et j'en rencontre malheureusement quelques uns - sont persuadés que par l'arme de l'abstention, ils marqueront leur désapprobation. Rien n'est plus illusoire.
Or l'élection, ce n'est pas comme dans un mariage où l'on est d'accord que lorsqu'on a dit " oui " ; en politique, " qui ne dit mot consent ".
Chacun doit avoir à l'esprit qu'au soir du premier tour le résultat s'appréciera en prenant en compte les pourcentages des " exprimés ", les autres votes -blancs, nuls ou abstentions- seront exclus du jeu et de l'analyse, passés en pertes et profits.
Le soir entre 20h00 et 20h30 on évoquera l'abstention c'est-à-dire en clair la " non participation " en parlant de " la participation " ; le politologue de service évacuera la question par deux phrases rituelles de commentaire. De leur côté, les partis du système seront très heureux que les mécontents se soient égarés à la pêche ou à la chasse aux papillons.
Pire, les non-votants n'auront finalement abouti qu'à renforcer le poids des clientèles et donc à consolider le pouvoir national ou régional de ceux qu'ils peuvent légitiment tenir pour responsables de leur situation.
Le 14 mars, votez, faites voter ! Dans de nombreuses régions, toutes les voix vont compter pour franchir la barre de qualification de 10%. Dans certaines régions, ces voix permettront de passer les seuils psychologiques qui créent les dynamiques de second tour. Au deuxième tour, toutes les voix compteront pour la répartition des sièges à la proportionnelle.
Nous avons l'habitude de le répéter. Toutes les campagnes sont importantes. Toutes les batailles doivent être menées, avec la même ardeur. Qu'on ne se méprenne pas. Nous ne menons pas campagne pour nous même, pour satisfaire notre égo ou pour des places mais pour la France qui est la raison même de notre engagement et de notre combat.
Nous n'avons pas d'ambition pour nous. Nous n'avons d'ambition que pour la France.
C'est cet engagement qui nous invite à l'action dans cette campagne, qui met nos militants et nos candidats sur les routes et sur les marchés ! C'est cet engagement qui nous anime lorsque nous entrons sur les plateaux de télévision, et c'est ce même amour de la France et de notre peuple qui nous réunit ce soir.
Durant cette campagne, un certain nombre de sujets sont venus ponctuer notre marche. Ils ont pu laisser penser que le Front national avançait de coup médiatique en coup politique ne cherchant que de la publicité facile dans de mauvaises querelles à de braves gens qui n'avaient rien demandé.
Amis du Front national, vous êtes bien placés pour savoir que nos actions, que toutes nos actions s'inscrivent dans une démarche globale, cohérente et réfléchie. Ce combat, notre combat, est avant tout celui de la défense de la Nation, de la restauration de l'Etat, et la réaffirmation de l'Etat-Nation.
Dans ce qu'il est convenu d'appeler " l'affaire Mitterrand ", on m'a soupçonnée de je ne sais quelle arrière-pensée, on m'a accusée d'acharnement sur un ministre réputé " gentil " à qui j'aurais fait payer le fait de porter un nom célèbre à défaut d'être illustre.
La réalité est tout autre. Je n'ai aucune animosité personnelle à l'égard de M. Frédéric Mitterrand qui est même peut-être un homme de talent.
Ce que certains n'ont pas compris c'est que derrière sa mise en cause après sa réaction officielle au sujet de la procédure judiciaire suisse diligentée contre M. Polanski, j'appelais ceux qui nous gouvernent à un retour à la morale publique, j'allais même dire " un retour à une morale d'Etat ".
C'est au nom de cette morale d'Etat qu'un ministre devait, selon moi, s'interdire de gérer les affaires publiques au gré de ses considérations amicales, de ses petites préférences affectives ou de ses humeurs sentimentales.
On le sait, dans notre société où la culture de l'excuse est une grille de lecture et un cadre de décision, toutes les fautes doivent être absoutes.
A l'heure du triomphe du compassionnel, de l'émotion, du lacrymal, l'ami Polanski, en fuite depuis 30 ans, devait pouvoir continuer à vaquer librement à ses occupations. Et puis surtout, sa position de réalisateur en vue suffisait à lui conférer une moralité à toute épreuve et donc une sorte d'immunité pénale à laquelle " M. Toutlemonde " ne peut prétendre. Les élites ont leur morale et le peuple est sommé de suivre celle qui lui est imposée.
Pour tout dire, j'ai été bien au-delà de cette analyse politique et peut-être psychologique. L'attitude du ministre me semblait révéler surtout la submersion de la sphère publique par une logique individualiste qui voudrait que les normes cèdent devant la volonté individuelle. En l'occurrence, il aurait fallu admettre que la loi plie devant la volonté et la petite morale personnelle d'un ministre.
Qu'on ne se méprenne pas. Nous vivons en effet dans un monde déformé par les élucubrations libertaires soixantehuitardes dont l'esprit libéral s'accommode parfaitement et qu'il a totalement intégré.
Après avoir prétendu " tuer Dieu ", elles ont fait prévaloir la sanctification de l'individu, la déification de l'égo. Très logiquement, cette évolution conduit la société à subir la prééminence et la dictature des volontés individuelles. Chacun, simple citoyen ou ministre de la République, se croit donc désormais autorisé à substituer sa petite règle personnelle à la norme collective, à la loi, à la morale et même aux convenances.
Chacun est d'ailleurs invité à se bricoler sa propre petite éthique propre ou exhiber sa petite morale customisée. Ce qui est grave, c'est que M. Mitterrand ait pu penser un instant agir ainsi au poste où son amitié avec M. Sarkozy l'avait conduit.
La notion de bien public, l'exigence d'égalité devant la loi, le principe de souveraineté judiciaire d'un pays parfaitement démocratique comme la Suisse, devaient-ils plier devant les petites affections personnelles ou les amicales indulgences de M. Mitterrand ? Je crois que non, et tant pis si l'affaire Polanski devenue " l'affaire Mitterrand " ait fait de l'étoile montante de l'ouverture sarkozyste une étoile filante.
Il n'y a pas de loi sans morale ;
et il n'y a de morale,
il n'y a de normes que si elles sont supérieures aux volontés individuelles, y compris ministérielles,
il n'y a de normes que si elles priment sur la morale des groupes fusse-t-elle celle de la caste des " créateurs ".
Et cela m'amène aussi curieusement que cela puisse paraître à évoquer les débat qui ont suivi et qui ont porté sur la dénonciation du communautarisme.
C'est en effet, ce même problème de fond, le problème de la norme, que l'on rencontre avec le communautarisme.
En l'espèce, ce n'est pas un individu qui chercherait à déroger à la loi, à se forger une règle de conduite qui lui serait propre mais une communauté qui s'octroie le droit de fixer la norme, de fixer sa norme. Or, on le sait si chacun fixe sa norme, la norme générale au mieux est d'application résiduelle au pire même disparaît purement et simplement.
On le voit avec le prosélytisme islamiste.
Avec d'évidentes arrière-pensées et avec l'intention de bousculer les principes de laïcité républicaine, certains fidèles tentent d'imposer la visibilité voire la prééminence de leur religion dans l'espace public.
C'est ainsi que l'on voit poindre depuis quelques années une multitude de revendications qui ont pour objet d'abord de tester les capacités de résistance du corps social puis de reculer les limites fixées au bout de siècles d'évolution juridique:
* la surenchère dans le port du voile, (des voiles devrais-je dire),
* les provocations pour imposer le port d'habits prétendument religieux comme l'accoutrement du burqini dans les piscines publiques,
* l'application aux cantines scolaires publiques d'interdits alimentaires,
* la modification des habitudes sociales ou des contraintes professionnelles pour tenir compte des fêtes religieuses ou des périodes de jeûne comme le ramadan,
* la remise en question des règles de mixité ou d'égalité homme femme,
* la dérogation aux règles architecturales pour la construction d'édifices cultuels les plus ostensibles possibles,
* l'occupation des rues ou la colonisation d'espaces collectifs pour des prières publiques,
* l'exigence d'une reconnaissance de fait de pratiques illégales comme la polygamie, ....
Chacun d'entre vous a des exemples précis en tête tant les revendications communautaristes sont nombreuses et permanentes, insistantes et même de plus en plus agressives.
Face à cela l'Etat ne répond que par la faiblesse, l'irrésolution, la contradiction, la compromission, et pour tout dire c'est l'Etat même qui se voile la face !
C'est ainsi qu'on a vu une jeune femme policier pouvoir porter le voile dans son service puisque la procédure de révocation engagée sans détermination à son encontre par sa hiérarchie dure depuis cinq ans.
On le voit parce qu'il n'y a pas d'hommes d'Etat à la tête du pays, parce qu'il n'y a plus de volontés, ni de direction franche, tous les repères sont brouillés.
Or, ce qui se joue en ce moment, ce n'est pas seulement le maintien de notre pays en tant que groupe homogène, en tant que nation, c'est le maintien de notre pays comme communauté de destin -sans " s "- autour de valeurs partagées, ce qui se joue même c'est notre liberté, c'est aussi vraisemblablement le maintien de la paix civile.
C'est la raison pour laquelle, j'ai pensé -et je pense toujours- que le débat sur l'identité (avec ses illustrations sur les minarets ou la généralisation du halal) était plus qu'important, il était et il est crucial.
D'entrée de jeu, il m'est apparu que la méthode du pauvre M. Besson avec ses petites tables rondes de sous-préfectures sentait l'amateurisme et l'improvisation ; elle dégageait surtout de sordides arrière-pensées électoralistes dont personne d'ailleurs ne fut dupe très longtemps. En tout état de cause, il ne fallait pas être grand clerc pour s'apercevoir que le montage approximatif de M. Besson n'était pas à la hauteur de la fracture identitaire qui ronge notre pays.
Malgré ces préventions, j'ai voulu avec loyauté réelle, mais je vous l'avoue sans grande illusion, engager le débat.
Par lettre au Président de la République, j'ai demandé un " Grenelle de l'identité " parce qu'il m'apparaissait que le sujet méritait non seulement une certaine solennité mais aussi un certain cadre de réflexion collective. M. Sarkozy qui se vante à qui veut l'entendre de ne jamais esquiver un débat, n'a pas répondu mais est resté terré dans son palais.
Dans mon esprit, ce débat devait permettre la mise à plat de tous les problèmes liés bien sûr à l'immigration, mais aussi à l'américanisation de notre société -dont Sarkozy est un promoteur zélé-.
Il devait permettre de réaffirmer le principe selon lequel la République ne doit reconnaître aucune communauté sauf à changer de nature. C'est dans cet esprit que j'ai immédiatement proposé que soit inscrit dans la Constitution : " la République ne reconnait aucune communauté ". En vain.
Avant même de commencer à débattre, M. Besson, peu réputé pour sa franchise et sa loyauté, avait déjà fait mitonner sa petite tambouille sur " l'apport déterminant de l'immigration extra européenne " à l'édification de notre pays.
Missionné par Sarkozy en personne, il espérait avec cette petite cuisine politicienne préparer l'opinion à l'annonce du droit de vote des immigrés que le Président veut sortir de sa manche.
Il suffisait de congeler la conclusion prête à être servie; tout était en place, même le sondage de circonstance qui devait convaincre les plus réticents de la marche inexorable de l'opinion en faveur de la mondialisation démographique heureuse, du mythe de la diversité assumée et de la promesse joyeuse d'une France offerte au monde entier.
Et patatras pour le gouvernement !
Le débat n'a pas tourné comme prévu. Trop longtemps interdits de paroles, des dizaines de milliers de Français ont commencé à témoigner ; ils ont décrit leurs expériences vécues, ils ont livré leurs analyses ; ils ont dénoncé le scandale d'une immigration incontrôlée et une fois installée, incontrôlable. Beaucoup ont laissé poindre leur légitime incompréhension et irrépressible exaspération.
Au coeur de la problématique de l'identité se trouvaient, comme il fallait s'y attendre, les problèmes liés à l'immigration extra-européenne et la question non moins préoccupante de l'islam et de sa place dans la sphère publique.
Les bien-pensants qu'Elisabeth Levy a raison de dénommer " les maîtres censeurs ", chiens de garde du politiquement correct, ont très vite hurlé au racisme, intimant l'ordre au pouvoir chancelant d'étouffer cette expression populaire trop spontanée pour être tolérée.
On a vu des éditorialistes de gauche qui instruisent généralement les procès de tous les dictateurs de la planète, sommer le gouvernement de faire taire les citoyens ; on a vu des démocrates professionnels s'indigner que sur un tel sujet on ait pu avoir l'imprudence de laisser s'exprimer le peuple.
On a entendu des observateurs, prétendument avertis, découvrir médusés l'opinion réelle de leurs compatriotes sur les minarets ou les habits religieux dans la sphère publique.
Au delà, tout le monde a mesuré une nouvelle fois, le fossé béant entre les élites et le peuple.
Vous vous rendez compte du scandale : on a donné la parole aux Français et ceux-ci ont eu le culot de la prendre.
Au bout de quelques semaines de pilonnage médiatique appelant à la censure d'Etat, le couvercle se referma sur le débat pour maintenir ce qui restait des certitudes frelatées des élites et des lambeaux de vérités officielles.
Or, je l'affirme ici. Ce que nous avons entendu lors des débats n'était ni " incorrect ", ni scandaleux.
Tout au contraire, il ressortait du témoignage de ces dizaines de milliers de Français un immense désarroi face à ce qu'il faut bien appeler dans certaines situations et certains quartiers une guerre civile froide.
Il s'est aussi exprimé l'indicible souffrance de simples citoyens de se sentir étrangers dans leur propre pays, agressés dans leurs modes de vie, contestés dans leurs valeurs.
Ce débat sur l'identité était l'occasion pour nos prétendues élites politiques, économiques et médiatiques, totalement autistes, de sortir de leur bulle, de leurs immeubles en pierre de taille, de leur voiture de fonction, d'écouter les " sans voix " et ainsi peut-être d'entendre le sentiment de la France " d'en bas " comme ils disent avec une insupportable condescendance.
Comme toujours avec l'UMP, ce fut un rendez-vous manqué !
Un échange ouvert aurait dû nous permettre collectivement de remettre à leur place les nouvelles féodalités qui menacent les principes républicains comme la laïcité par l'escalade sans fin de leurs revendications ;
Il aurait dû permettre à la République de reconquérir les territoires physiques, psychologiques et juridiques perdus.
Il aurait dû permettre de donner aux agents de l'Etat, mais aussi à tous les Français, des orientations précises face aux incessantes exigences communautaristes.
En clair, il aurait dû permettre de redonner un sens collectif à la communauté nationale.
Tout au contraire, il s'est terminé, minablement, " chiasseusement " comme aurait dit Céline, dans l'aplatissement devant le politiquement correct, dans une misérable cacophonie et pire, -parce que cela n'aura pour effet que d'encourager les communautaristes de tout poil dans l'irrésolution.
En perdition, le ministre Besson, visiblement KO debout, finit par livrer sa pensée, ou plutôt ses détestables arrières-pensées, en déclarant qu'il n'existait pas de peuple français, que " la France n'était ni une langue, ni un territoire, ni une religion, que la France n'était qu'un conglomérat de peuples ".
Nicolas Sarkozy, président du conglomérat de peuples, qui s'était engagé à conclure la première étape du débat se fit porter pâle ; il finit le débat sur l'identité comme il l'avait commencé en se sauvant.
Courageusement, il laissa son Premier ministre démonter le barnum où M. Besson, dans le rôle incongru et mal nommé de " Monsieur Loyal ", s'était en réalité illustré dans un pathétique numéro de clown. Au volant de la voiture-balai, le discipliné M.Fillon annonça deux demi mesurettes et finit d'enliser le gouvernement sur l'interdiction de la burqa.
Quelques jours plus tard, comme point final à cette sinistre farce sarkozyste, je découvrais que l'Etat, propriétaire des " restaurants " Quick à 99% via la caisse des dépôts, nous avait lancés dans le 100% halal.
Que les capitalistes veuillent les beurs et l'argent des beurs cela se comprend ; mais que l'Etat valide, encourage et maintenant organise avec notre argent la communautarisation religieuse de secteurs entiers du territoire, cela, vous l'avouerez, n'est vraiment pas admissible.
La débâcle idéologique et politique du débat sur l'identité en est une illustration parfaite.
Nous sommes dirigés par des amateurs, de beaux messieurs costumés qui plastronnent mais surtout qui tâtonnent, qui prédisent, disent, redisent et se contredisent, de beaux messieurs propres sur eux qui ne savent pas où ils vont et par conséquent qui ne savent pas où ils nous mènent.
Nous, je vous l'ai dit, nous proposons de redonner un sens à l'action publique, d'indiquer au pays les grandes directions à suivre, de donner à chacun des certitudes sur les limites entre la liberté et l'interdit.
Au niveau de l'Etat bien sur mais aussi au niveau de la Région. Je ne reviendrai pas sur notre analyse de l'action régionale telle qu'elle est conduite par le PS avec la complicité de l'UMP et nos propositions, Marie Christine en ayant parlé avec le talent qu'on lui connaît.
Je voudrais seulement, dans le prolongement de ce que j'ai dit tout à l'heure sur la perte de sens, illustrer ce brouillage de nos repères à l'échelon régional.
A l'heure de la décentralisation, les esprits logiques auraient pu s'attendre à une redéfinition de nos cadres territoriaux selon le principe de subsidiarité. Ce principe de bon sens et de bonne gouvernance aurait imposé tout naturellement de confier les compétences à l'échelon le mieux adapté:
à la commune les compétences de proximité immédiate,
à une collectivité intermédiaire (région ou département) les compétences d'aménagement,
à l'Etat les compétences régaliennes
et à l'Europe les compétences de coopération ponctuelle.
Au lieu de cela, depuis près de trente ans, nos gouvernants ont entrepris de brouiller totalement le jeu, de réformer nos cadres territoriaux sans cohérence, sans vision, et surtout sans courage.
De ce fait, les différentes réformes ont toujours ajouté des échelons supplémentaires sans jamais en supprimer, ont apporté toujours plus de complexité au lieu de simplifier.
Tout cela n'aboutit finalement qu'à faire de l'organisation territoriale française un gigantesque mille feuilles, normal me direz-vous pour des gens qui n'envisagent la France que comme un gâteau et le pouvoir comme la possibilité d'en prendre une part.
Plus sérieusement, aujourd'hui, on ne sait plus qui paye quoi, où s'arrête la compétence de l'une ou de l'autre collectivité, qui agit ou qui contrôle.
Les financements croisés sont généralisés alors qu'ils sont une source de gaspillage et d'absence de contrôle véritable.
Cela peut apparaitre un peu théorique c'est pourquoi permettez moi d'illustrer mon propos par trois exemples concrets :
- Lorsque vous vous trouvez devant une route en construction ou en réfection, lisez les panneaux. Vous constaterez que les travaux peuvent être financés par la commune, le département, la région, un syndicat mixte et accessoirement la DDE.
Cinq intervenants, cinq administrations pour instruire le même dossier pour obtenir au final une dilution des contrôles et des responsabilités. Au bout de la chaîne vous le savez, il n'y en a qu'un avec son carnet de chèque : c'est vous !
- Deuxième exemple : toutes les régions consacrent une part de leurs crédits à ce qu'elles appellent pompeusement " l'action internationale " : cela consiste, vous vous en doutez, à balader des élus pour des missions bidons ou des colloques internationaux qui se tiennent évidemment à l'autre bout du monde ; et plutôt au Brésil qu'au Rwanda.
Cela consiste également à financer avec votre argent des projets en Afrique, en Amérique du Sud ou dans tout pays qui présente un intérêt marketing ;
Cela consiste aussi à ouvrir des représentations permanentes à l'étranger, des sortes de petites ambassades régionales dans lesquelles pantouflent des copains.
On le voit donc, sous couvert de caritatif ou d'action économique, les régions développent de véritables diplomaties parallèles en dehors de tout cadre légal. Je rappelle quand même -mais tout le monde le sait- que la diplomatie est une fonction régalienne qui devrait relever exclusivement de l'Etat, c'est même un des attributs de la souveraineté.
On le voit, les régions grignotent sans le dire et dans l'indifférence générale, les prérogatives régaliennes de l'Etat. L'Etat se trouve ainsi soumis à un double mouvement de rabotage : à la base par les régions, au dessus par les institutions européennes.
- Autre exemple -mais cette fois-ci inversé- c'est quand l'Etat n'exerce plus ses fonctions régaliennes et incite les autres échelons institutionnels à prendre des initiatives en dehors de leurs compétences reconnues.
C'est le cas pour la sécurité. Nous-mêmes, alors que nous défendons les fonctions régaliennes de l'Etat ; avons été contraints d'agir pas le biais de la région, le mettre devant ses responsabilités en matière de sécurisation des transports.
Devant l'incurie du pouvoir en matière de sécurité, le Front National d'Ile-de-France avait milité et proposé par voie d'amendements la création d'une " police régionale des transports ".
Cette idée promue par les élus FN a fini par être adoptée. (Inutile de vous dire que les pouvoirs publics se sont bien gardés de révéler qui en était à l'origine.)
Aujourd'hui, en 2010, le FN est dans les mêmes conditions, seul contre tous, amené à proposer la création d'une "police de protection des lycées ".
Restant un corps de police nationale, elle serait constituée de fonctionnaires de police spécialisés qui suivraient les élèves fichés pour faits de délinquance ou les petits caïds en puissance, connaîtrait parfaitement l'environnement (guerres de bandes, état des trafics de drogues...) et si besoin interviendrait au sein des établissements pour interpeler les auteurs d'actes de délinquance.
Cette idée fera son chemin et, j'en prends le pari, sera mise en oeuvre tôt ou tard. Notons simplement que c'est un signe de dégénérescence de l'Etat que cette initiative émane d'élus ou de futurs élus régionaux.
Vous le voyez mes chers amis, la plus grande confusion règne au sein de l'Etat, la plus grande incohérence règne au niveau des régions.
Leurs actions ne semblent guidées par aucune vision du long terme, par aucun principe directeur ni par aucune ligne idéologique autre que la dérèglementation anarchique et incontrôlée.
Ne vous y trompez pas. C'est cette politique du laisser-aller qui conduit notre pays à sa ruine, et qui conduit la Nation et l'Etat à leur dislocation.
C'est la raison pour laquelle nous militons pour la restauration de l'Etat et la réhabilitation de son autorité. Nous le faisons avec d'autant plus d'énergie que l'idéologie libérale-libertaire au pouvoir à l'Elysée et dans les médias met en oeuvre sa liquidation pure et simple.
Sous prétexte de modernisation et de rationalisation -certainement légitimes je n'en disconviens pas-, le pouvoir politique a entrepris le dépeçage de l'appareil d'Etat, de ses services publics au premier rang desquels la police et l'armée. Les biens publics sont vendus dans des conditions financières qui font penser au bradage des biens publics de l'ex Union soviétique et sur lesquels il nous faudrait nous pencher.
Parce que notre histoire millénaire nous l'a enseigné, nous croyons au rôle fédérateur de l'Etat, nous croyons à son rôle moteur dans l'affirmation du sentiment national et croyons donc à sa nécessaire intervention pour garantir l'unité nationale.
Lorsque l'Etat actuel ne joue pas directement le rôle de fossoyeur de l'identité nationale, il se borne à un rôle de médiateur laissant aux événements et aux minorités prosélytes le soin de décider de l'avenir.
Plus que jamais la question la plus actuelle, la plus préoccupante, est la dislocation du lien social et la résurgence de féodalités liberticides toujours plus revendicatives, toujours plus conquérantes;
l'arasement du sentiment d'appartenance nationale,
l'irruption d'identités transnationales souvent agressives et exclusives,
l'apparition d'identités de substitution artificielles bricolées ou frelatées, " l'anomie " c'est-à-dire la dislocation des normes entraine notre pays sur la voie dangereuse de la fragmentation, de la confrontation et si on y prend garde de la dislocation.
Avec l'échec évident d'un Sarkozy aujourd'hui largement déconsidéré et délégitimé y compris dans son propre camp au point peut-être de ne pas pouvoir se représenter, la question de la prochaine présidentielle est déjà posée.
Ne nous y trompons pas, cette question du lien social et de la perpétuation de la France en tant que Nation se pose d'ores et déjà pour ce scrutin régional. C'est, je le rappelle, le dernier grand rendez-vous électoral avant 2012.
A mi-mandat présidentiel, à ce point d'étape, il est impératif de faire entendre votre voix, celle des Français qui veulent le rester et qui refusent pour leurs enfants et leur pays le basculement tragique dans le magma mondialiste et l'aventure communautariste.
Avec ces régionales, montrons leur à tous que la reconquête a commencé.