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Qu'est-ce qu'être français ?

Alain Finkielkraut : « Français par la littérature »

   Laurent Grzybowski
   Créé le 21/01/2010
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   Réactions 2     S'abonner
   Alain Finkielkraut : « Français par la littérature »

   En lançant la proposition d’une réflexion nationale autour de ce qui
   nous fait français, Éric Besson, ministre de l’Immigration, de
   l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, a
   ouvert une série de débats jusqu’à fin janvier. Non dénuée
   d’arrière-pensées politiques, la proposition mérite qu’on s’y arrête.
   La Vie y apporte sa contribution. Après Max Gallo (n° 3349), Esther
   Benbassa (n° 3351), Patrick Lozès (n° 3358), le philosophe livre sa
   position.

   Être français, pour moi, c’est d’abord consentir à un héritage, être le
   légataire d’une histoire. Voulons-nous la continuer, la reprendre à
   notre compte ou préférons-nous nous alléger de ce fardeau ?
   Malheureusement, la tendance actuelle va plutôt vers la désaffiliation.
   L’identité française s’efface peu à peu au profit d’une société des
   individus. Une société où chacun fait son marché. Ce n’est plus la
   mémoire nationale qui forme le monde commun, c’est la télévision. Ce
   lieu où ceux qu’on appelle les « people » bazardent l’héritage,
   résilient toute dette et parlent n’importe comment, en y mettant la
   même application que la classe cultivée d’hier mettait à s’exprimer
   dans une langue choisie.
   Il existe une civilisation française. La question est de savoir si
   celle-ci a encore une place à l’ère du village global et si nous
   voulons nous donner les moyens de la perpétuer. Je n’en suis pas sûr.
   J’entendais l’autre jour, à la radio, Robert Badinter parler de
   l’identité nationale en évoquant une communauté de culture, de valeur
   et de destin. Pour faire comprendre ce que signifiait « communauté de
   culture », il a cité spontanément deux œuvres littéraires : À la
   recherche du temps perdu et la Princesse de Clèves. En l’écoutant, je
   pensais à Ernst Curtius, grand philologue allemand de la première
   moitié du XXe siècle, qui écrivait : « La littérature joue un rôle
   capital dans la conscience que la France prend d’elle-même et de sa
   civilisation. Aucune autre nation ne lui accorde une place comparable.
   Il n’y a qu’en France où la nation entière considère la littérature
   comme l’expression représentative de sa destinée. »
   Dans la même émission, quelques minutes après, un auditeur interpellait
   Robert Badinter : « Moi, je suis juif d’origine polonaise. Je n’ai
   jamais lu Proust ni Mme de La Fayette, ma femme qui est auvergnate, non
   plus, et nous n’en sommes pas moins français. » Cette affirmation m’a
   profondément déprimé. Elle témoigne d’une révolte du sentiment
   démocratique contre ce qu’il y a de plus beau dans l’identité
   nationale, notre culture. « Fier d’être français ! », affirme Robert
   Badinter. « Fier d’être inculte ! », lui répond cet auditeur qui ne
   veut pas qu’on lui gâche la vie avec des références écrasantes. Cette
   prise de position montre bien la volonté d’émancipation actuelle à
   l’égard du surmoi national. Pourtant, les œuvres littéraires et le
   passé qu’elles constituent sont pour nous une source d’inspiration et
   une espèce de défi. Elles ne nous laissent pas tranquilles. Elles
   exigent de nous que nous les comprenions, que nous soyons à la hauteur
   de leur intelligence et de leur langue. Mais voilà qui semble insulter,
   offusquer le sentiment présent d’égalité. Alors, on s’en débarrasse, on
   se défait d’une identité trop lourde à porter car elle nous oblige. Ce
   n’est donc pas le contenu de l’identité nationale qui est aujourd’hui
   en question, mais son existence même : y a-t-il une place en nous pour
   la reconnaissance de dette ou ne sommes-nous désormais que des clients,
   des consommateurs, des créanciers du monde ?
   Je suis né de parents d’origine polonaise, j’ai bénéficié avec eux
   d’une naturalisation collective lorsque j’avais 1 an. Je n’ai jamais
   été rien d’autre que français et en même temps il y a un moment de ma
   vie où je me suis demandé ce que cela signifiait d’être français. Ce
   sont les écrivains qui m’ont permis de répondre à cette question.
   Ronsard, La Fontaine, Nerval, Verlaine, Aragon, Racine et Corneille,
   Montaigne et Pascal, Diderot, Marivaux, Balzac, Stendhal, Flaubert ou
   Proust ont pour moi plus d’importance que Robespierre ou Napoléon. Je
   suis reconnaissant de parler une langue qui me donne immédiatement
   accès à une littérature aussi variée et aussi belle. Et j’ajoute, de
   manière plus objective, que les écrivains ont eu en France un rôle
   déterminant. C’est la raison pour laquelle je suis très inquiet du
   destin, à mes yeux tragiques, de notre idiome national, qui s’appauvrit
   chaque jour davantage.
   Dans un pays qui accueille un nombre toujours croissant d’étrangers,
   notre devoir est d’assurer une coexistence harmonieuse entre les uns et
   les autres. Pour dire les choses plus brutalement, d’éviter le conflit,
   d’empêcher la guerre civile. À cette fin, la France se doit de ne pas
   renoncer à elle-même. Dans certaines circonstances, la fidélité n’est
   pas une attitude passéiste. Elle est un projet d’avenir. Notre
   civilisation doit pouvoir s’affirmer face à ceux qui la contestent. Et
   nous ne devons rien céder à la francophobie montante dans notre pays.
   « Sale Français » est devenu une injure répandue dans les banlieues. On
   ne peut pas répondre à cela en faisant abstraction, au nom de la
   diversité et du respect de l’autre, de l’identité française. Ce serait
   d’ailleurs une entreprise vouée à l’échec que de vouloir intégrer dans
   une France qui ne s’aime pas, des gens qui n’aiment pas la France. Ne
   fût-ce que par les nouveaux dispositifs technologiques dans lesquels
   les enfants sont pris et absorbés dès leur naissance, notre pays est
   aujourd’hui menacé d’amnésie. Et, face à cette amnésie grandissante, la
   mémoire est un projet.
   Nous avons besoin de la littérature, de ses nuances, des qualités dont
   elle est porteuse pour mieux voir. La littérature est une éducation de
   la sensibilité. Notre perception est aussi fonction de notre pouvoir
   d’énonciation et donc des œuvres que nous avons lues. Nous devrions
   aujourd’hui changer de paradigme. Notre but ne peut plus être de
   transformer le monde, mais de le sauver. Le philosophe allemand Hans
   Jonas parlait d’un passage du « principe espérance » au « principe
   responsabilité ». Dans la mesure où elle nous éduque à la beauté, la
   littérature nous donne les moyens, nous ouvre les yeux sur la variété
   des paysages. Elle peut nous aider, face à l’uniformisation, face au
   devenir de la banlieue, à épargner le monde ou ce qu’il en reste.
   La culture a la vertu de nous vieillir. Plus nous lisons, et plus nous
   sortons de notre temps. Et l’idéal serait de pouvoir habiter d’autres
   siècles. « Il faut en finir jeune avec la jeunesse, sinon quel temps
   perdu », écrivait Philippe Muray [écrivain et essayiste français,
   1945-2006, ndlr]. Oui, je crois qu’aujourd’hui l’humanité est de plus
   en plus jeune. Elle n’est pas assez vieille, pas assez déployée. On
   parle sans cesse d’émancipation, alors émancipons-nous du présent. Nous
   avons besoin d’un détour par le passé pour comprendre quelque chose à
   ce que nous sommes. Si nous voulons embellir le monde, ou à tout le
   moins éviter qu’il ne s’enlaidisse irrémédiablement, il faut que nous
   puissions acquérir et transmettre le sens de la beauté. Je ne veux pas
   me détourner des urgences du présent, mais je ne vois pas comment une
   politique digne de ce nom, c’est-à-dire une politique qui soit souci du
   monde, pourrait faire l’économie de la culture et s’affranchir du
   passé.

   Alain Finkielkraut, fils d’immigrés polonais, est écrivain et
   philosophe. Auteur d’un livre d’entretiens, Qu’est-ce que la France ?
   (Stock, 2007), il vient de publier un essai sur la littérature, Un cœur
   intelligent (Stock/Flammarion).

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Réactions (2)

   Michel de Guibert
   Michel de Guibert
   4 Péguy - 23/02/2010 à 17:32

   Merci à Alain Finkielkraut pour ce constat lucide. Je crois avec
   Dostoïevski que "la beauté sauvera le monde". Péguy disait, je cite de
   mémoire, qu'il n'y a pas de mérite à être français, mais un immense
   labeur ! Écoutons-le encore : "Deux mille ans de labeur ont fait de
   cette terre un réservoir sans fin pour les âges nouveaux mille ans de
   votre grâce ont fait de ces travaux un reposoir sans fin pour l’âme
   solitaire." et encore : "Un homme de chez nous, de la glèbe féconde a
   fait jaillir ici d’un seul enlèvement, et d’une seule source et d’un
   seul portement, vers votre assomption la flèche unique au monde. (...)
   Un homme de chez nous a fait ici jaillir, depuis le ras du sol jusqu’au
   pied de la croix, plus haut que tous les saints, plus haut que tous les
   rois, la flèche irréprochable et qui ne peut faillir".

   Alerter
   hiram
   hiram
   2 Français, vous avez dit Français... - 23/02/2010 à 12:49

   Je veux bien comprendre ta r... Afficher davantageéaction mais tu
   avoueras qu'il est temps de restructurer notre identité nationale et
   d'établir des règles. Il serait intéressant que tu ailles sur sa page
   et que tu y mettes tes remarques, car la contradiction est utile à ce
   genre de débat dont la finalité est d'une importance capitale, il en va
   de l'avenir de notre "identité" , d'une unité qui est essentielle pour
   que nous puissions nous comprendre et continuer à communiquer. Nous
   avons une culture magnifique issue de personnes qui aimaient la France.
   C'est c'est amour de notre pays qui fait que notre France est si belle.
   Mais au regard des civilisations qui ont disparues à leur firmament, il
   est temps d'ouvrir les yeux pour ne pas disparaître à notre tour Il y a
   14 minutes

   Alerter

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