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   COMMENT LA GAUCHE DOIT TRAITER
   LE SUJET DE L’IDENTITÉ NATIONALE
   Lors de la campagne présidentielle de 2007, le thème de l'identité
   nationale a été accolé par Nicolas Sarkozy à
   l'immigration et associé à une politique migratoire restrictive. Son
   discours du 14 janvier 2007 était destiné à flatter les
   préjugés d’un électorat extrémiste. Récemment, le chef de l’État a
   adressé à son nouveau ministre Éric Besson une
   lettre dans laquelle il écrit : « Nous devons être fiers d'avoir
   restauré en France un discours assumé sur l'identité
   nationale et républicaine », l'invitant à « poursuivre ce travail,
   ouvert et sans tabou, de réaffirmation de ce que signifie
   d’ ‘être français’ ».
   L’identité nationale pose problème à la gauche. Ségolène Royal avait
   abordé ce thème pour ne pas laisser Nicolas
   Sarkozy développer un amalgame scandaleux : identité nationale = «
   Français de souche, blanc et travailleur », en
   opposition aux immigrés, spécifiquement ceux d’une culture autre que
   celle judéo-chrétienne et venant d’Afrique.
   En réalité, Nicolas Sarkozy a défini l’identité nationale comme elle
   l’était avant la Révolution française et
   ensuite par les politiques les plus réactionnaires. C’est-à-dire pour
   désigner une entité ethnique, culturelle, un
   ensemble de gens se reconnaissant des ancêtres communs, une généalogie
   commune, marqués par une langue, une
   religion, des coutumes.
   Il a aussi usé d’un discours électoraliste déjà bien rodé
   outre-Atlantique. Ronald Reagan, alors futur président
   des Etats-Unis évoqua très largement dans ses discours de campagne
   l’histoire (fausse) d’une fraudeuse. Une histoire
   qu’il martela pendant plus de dix ans. C’était celle d’une « reine de
   l’aide sociale [“welfare queen”] qui utilise quatre-
   vingts noms, trente adresses et douze cartes de sécurité sociale, grâce
   à quoi son revenu net d’impôt est supérieur à
   150 000 dollars ». C’est le discours du « petit Blanc » qui trime et
   qui « devient fou » devant « le bruit et l’odeur » des
   pauvres, immigrés souvent, qui se prélassent grâce au « gros magot » de
   l’assistance sociale. L’attaque de l’État-
   providence opère en biais. On s’en prend, non pas frontalement au
   principe lui-même, mais à ceux qui en profitent
   indûment et en confisquent les bénéfices. La dureté est rendue plus
   présentable par l’affirmation que les aides
   publiques nuisent à leurs prestataires, qu’elles les enfoncent dans une
   « culture de la dépendance ». En France, à
   combien de Une ou de magazines télés avons-nous eu droit sur le thème :
   « Les tricheurs du chômage », « La France
   assistée » (dont une émission sur TF1 la veille du débat d’entre deux
   tours en 2007), etc. ?
   À l’inverse de cette rhétorique, notre candidate à l’élection
   présidentielle de 2007 avait su (peut-être pas de façon
   assez préparée et surtout sans que le débat ne soit tranché en amont au
   sein du Parti Socialiste) poser le débat de
   l’identité nationale sur des valeurs humanistes et non sur un
   territoire, une couleur de peau ou une culture religieuse
   type. Elle n’avait fait que reprendre la définition de l’identité
   nationale depuis la Révolution française et la devise
   « liberté, égalité, fraternité » (à laquelle on doit ajouter laïcité,
   en adhésion à la Déclaration universelle des droits de
   l’Homme).
   À la question « Qu'est-ce qui fait la France pour vous ? », Ségolène
   Royal rappelait d’ailleurs que les deux premiers
   symboles cités par les Français étaient le drapeau mais aussi la
   Sécurité sociale.
   Cette campagne électorale permis de saisir cette distinction
   fondamentale entre la droite réactionnaire et le
   républicanisme (de gauche ou de droite), quant au cadre de définition
   de l’identité nationale. Le territoire et le
   « mythe gaulois » pour la droite, les valeurs humanistes et
   républicaines pour la gauche.
   La création par l’ancien ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, à la
   suite de son élection à l’Élysée, du ministère de
   l’immigration et de l’identité nationale en est aujourd’hui la preuve
   évidente. Le choix à ce poste, après Brice
   Hortefeux, de l’ancien député socialiste Éric Besson est une manière de
   souligner devant les Français l’absence de
   positionnement clair du PS et la soi-disant pertinence de l’analyse
   sarkozyste.
   C’est une raison de plus pour que le PS ait une position claire sur ce
   sujet. Déjà en dénonçant l’amalgame de la droite
   réactionnaire d’aujourd’hui. L’identité nationale n’est pas figée à un
   territoire et au « mythe gaulois ». La France
   a été construite collectivement par des gens « d’ici et d’ailleurs ».
   Elle est plurielle et ce, même au niveau de la
   couleur de peau (la France d’Outre-mer -2,6 millions d’habitants-
   existe depuis plus de
   200 ans). Ensuite, en
   définissant très simplement notre conception de l’identité nationale :
   « L’identité nationale française, c’est la
   volonté de vivre ensemble dans le cadre d’une société dont les valeurs
   sont celles de notre devise nationale ».
   !
   La Gauche et l’identité nationale - Nicolas Cadène

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   La définition de la droite réactionnaire, si elle était exacte,
   mettrait à bas la singularité de notre pays. La volonté de
   figer l’identité nationale à celle du « mythe des Gaulois comme peuple
   originel » s’illustre à travers la loi sur les tests
   ADN et à la remise en question du droit du sol, par opposition au droit
   du sang. Or, même si le droit du sol n’a pas été
   institué, à l’origine, dans un objectif humaniste, c’est le principe
   d’égalité qui désormais en découle. Celui de laïcité,
   aussi, pour que les individus puissent être égaux quelles que soient
   leurs convictions religieuse.
   Comme le rappelait l’ancien Président de la République François
   Mitterrand, « sans la participation de tous, il n'y a
   pas d'identité ». Or, comme on l’a dit plus haut, Nicolas Sarkozy
   stigmatise telle ou telle partie des Français,
   oppose les uns aux autres et divise pour mieux régner. Si cette
   stratégie des plus classiques a pu garantir la stabilité
   de pouvoirs autoritaires, elle n’a jamais permis l’émergence ou la
   pérennité d’une identité nationale à laquelle adhérait
   l’ensemble de la population. George W. Bush avait divisé son peuple et
   effrité le sentiment d’appartenance à
   l’Amérique, Barack Obama a su emporter en 2008 la présidence des
   Etats-Unis en réunissant l’ensemble des
   composantes de la population américaine autour d’une ambition commune.
   Par ailleurs, la définition proposée par Nicolas Sarkozy est en
   contradiction directe avec la tradition partagée à
   droite et à gauche, d’une action forte de la puissance publique, et ce
   en particulier depuis le programme du
   Conseil national de la Résistance qui visait à instaurer une vraie «
   démocratie sociale » sous un régime d'économie
   planifiée. L’identité nationale française s’appuie donc sur ce rôle
   prééminent de la puissance publique ainsi que sur
   l’école qui forme les futurs citoyens. Loin de défendre l’identité
   nationale française, le chef de l’État cherche à
   imposer de façon violente (suppression ou affaiblissement des services
   publics, désengagement publics,
   dérégulation, déréglementation, délégations excessive à des entreprises
   privées, renforcement des politiques
   sécuritaires, etc.) un modèle qui est totalement étranger tant à notre
   culture qu’à notre histoire. Cette tentative
   est à dénoncer très largement. Si le « statu quo » n’est pas toujours
   le bienvenu, le bouleversement inconditionnel et
   sans concertation, le reniement de nos fondamentaux et de certains
   acquis essentiels sont à coup sûr destructeurs de
   la cohésion sociale, du « vivre ensemble », et donc, de notre identité
   commune.
   De plus, en figeant et limitant le concept dans sa vision territoriale
   et « mythique », Nicolas Sarkozy oublie que
   l’identité nationale est appelée à se développer, comme elle l’a fait
   depuis son origine. L’identité n’est pas un
   musée, ni un conservatoire. La France a justement une capacité à créer
   et à innover, à condition de ne pas toucher
   aux principes généraux infusés depuis les Lumières. Et à ceux qui
   déclarent « l’identité nationale en danger face à la
   montée de certains intégrismes religieux et de certains
   communautarismes », il est aisé de leur rappeler que c’est un
   État trop absent et un lien social délité qui y conduisent, et qu’à
   l’inverse, c’est une puissance publique forte (pas
   forcément centralisatrice et encore moins technocratique) et équitable,
   en permettant l’émancipation de
   chacun, qui participe au sentiment d’appartenance à une identité
   nationale.
   Par ailleurs, en cette période de campagne européenne, il est
   intéressant de s’interroger sur le lien entre identité
   nationale et identité européenne. Cinquante et un ans après la
   signature du traité de Rome, il serait de toute façon
   absurde d’aborder l’identité nationale en faisant abstraction de la
   dimension européenne. L’Union européenne a su
   trouver une devise très juste : « L’unité dans la diversité ». Elle
   vaut également au niveau français avec ses
   diversités régionales. Comme au niveau national mais sans le facteur
   unitaire de la langue (que l’État français imposa
   essentiellement au 19^ème siècle face aux différents patois ou langues
   du territoire), l’identité européenne se définit
   aujourd’hui avant tout à travers une citoyenneté européenne qui inclut
   des droits et des devoirs. Cependant, la
   montée des droites réactionnaires ces dix dernières années,
   l’affaiblissement des puissances publiques et de leur rôle
   sur le lien et la cohésion sociale ont entrainé un décrochage certain
   entre cette citoyenneté européenne et toute
   identité commune fondée sur nos multiples valeurs humanistes communes
   (voir en ce sens la Charte européenne des
   Droits fondamentaux).
   Ce débat sur l’identité nationale rejoint naturellement celui sur la
   distinction entre le
   « nationalisme » et le
   « patriotisme ». Il est urgent de rappeler à Nicolas Sarkozy les
   citations de Charles de Gaulle et de Romain Gary
   qui placent l’actuel chef de l’État, au vu de ses déclarations, dans la
   seconde catégorie : « Le patriotisme c’est aimer
   son pays, le nationalisme c’est détester celui des autres » ; « Le
   patriotisme c'est l'amour des siens, le
   nationalisme c'est la haine des autres ». Au final, nous sommes une
   nation non plus gauloise, homogène,
   passéiste et refermée, mais plurielle, métissée et ouverte sur
   l’avenir. Nous souhaitons une République plus
   fraternelle, capable de reconnaître et de valoriser l’unité sociale et
   la dignité de tous les travaux et métiers
   nécessaires et indispensables au vivre-ensemble de notre société.
   Nicolas Cadène
   Le 2 mai 2009
   !
   La Gauche et l’identité nationale - Nicolas Cadène
