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   Discours à Bercy, Paris (29/04/2007)
   Mes chers amis,
   En prenant la parole devant vous cet après-midi, à quelques jours du
   second tour de
   l'élection présidentielle, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce
   grand rassemblement du
   14 janvier, à la Porte de Versailles, par lequel j'ai commencé ma
   campagne.
   Je me souviens de l'émotion qui m'a submergé lorsque j'ai pris la
   parole. Je me souviens de
   ce sentiment qui était si fort que je ne trouvais aucun mot assez grand
   pour le dire. Cette
   émotion, à ceux qui étaient là, j'avais demandé simplement de la
   recevoir comme un
   témoignage de ma sincérité, de ma vérité et par-dessus tout de mon
   amitié. Ce jour-là, ce ne
   fut pas une réunion publique comme j'en avais vécu beaucoup tout au
   long de ma vie
   politique, ce ne fut pas l'un de ces moments ordinaires de la vie
   politique, où l'on vient puiser
   un supplément de force, de détermination, d'ardeur pour se persuader
   que la victoire est à
   portée de main. Ce ne fut pas l'un de ces moments d'excitation
   collective où la foule exaltée
   donne à l'orateur le sentiment d'une toute-puissance qui n'est qu'une
   ivresse passagère, une
   illusion sans lendemain, mais qui peut être si dangereuse quand on s'y
   laisse prendre. Ce
   jour-là, il n'y avait pas d'excitation dans la foule, mais une attente
   qui se lisait sur les visages.
   Ce jour-là, ce qui me frappa, ce furent l'écoute et l'attention, ce fut
   la communion, ce fut la
   gravité presque religieuse, ce fut l'espérance, ce fut non les
   applaudissements mais cette
   sorte de prière silencieuse que cent mille personnes m'adressèrent : il
   faut faire quelque
   chose, cela ne peut pas continuer ainsi, nous devons changer notre
   façon de faire de la
   politique. Ce qui sortit de cette réunion ce ne fut pas pour la
   campagne à venir qu'un
   supplément de force, de détermination et d'ardeur. Ce fut un supplément
   d'âme. Ce jour-là,
   j'ai su et j'ai compris que cette campagne ne serait pas comme les
   autres. J'ai su ce jour-là
   que désormais je porterai sur mes épaules la plus lourde des
   responsabilités, celle de ne
   pas décevoir ceux qui comptaient sur moi, de ne pas désespérer ceux qui
   espéraient en moi.
   J'ai su qu'à partir de ce moment-là le principal de mes devoirs était
   de ne jamais donner à
   ceux qui me faisaient confiance le sentiment que je les trahissais, eux
   qui avaient été tant de
   fois trahis, tant de fois trompés, tant de fois déçus.
   À cet instant si grave, si solennel, si émouvant, si unique dans une
   vie d'homme, où tant de
   gens plaçaient en moi tant d'espoir, j'ai su qu'au moment même où mes
   amis me
   choisissaient je cessais de leur appartenir et que désormais je devais
   me tourner vers tous
   les Français, sans exception, vers ceux qui n'avaient jamais été mes
   amis, qui n'avaient
   jamais appartenu à ma famille politique, qui parfois même m'avaient
   combattu. Parce que le
   Président de la République est l'homme de la nation et ne peut pas être
   l'homme d'un parti.
   Et tous ceux qui étaient là le comprenaient. Parce que le Président de
   la République parle
   pour tous les Français et pas seulement pour ses amis. Et tous ceux qui
   étaient là l'ont
   accepté. J'avais rassemblé ma famille politique. Il me fallait
   maintenant rassembler les
   Français. Il me fallait m'ouvrir aux autres, à leurs idées, à leurs
   convictions, à leurs
   croyances qui n'étaient pas forcément les miennes. Il me fallait aller
   à leur rencontre, les
   comprendre et donc partager leurs joies, leurs peines, leurs angoisses,
   leurs attentes parce
   qu'il est impossible de comprendre quelqu'un quand on n'est pas capable
   de ressentir ce
   qu'il éprouve au plus profond de lui. Il me fallait me donner tout
   entier, aimer sans réserve,
   abolir toutes les barrières, supprimer toutes les distances, et par
   conséquent, à mon tour,

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   accepter de devenir plus vulnérable et prendre le risque de souffrir.
   Et bien, c'est ce que j'ai
   fait. Je ne connais pas l'avarice des sentiments lorsqu'il s'agit de la
   France et des Français.
   Près de quatre mois sont passés depuis ce jour que je n'oublierai
   jamais. Durant ces quatre
   mois, je vous le jure, j'ai tout donné. Quatre mois durant lesquels je
   me suis adressé aux
   Français avec toute la sincérité dont je suis capable, toute ma vérité.
   Quatre mois qui furent
   d'ailleurs pour moi une épreuve de vérité : je ne sors pas de cette
   campagne comme j'y suis
   entré. Le 14 janvier je vous ai dit : "J'ai changé". Près de quatre
   mois sont passés, pendant
   lesquels j'ai parlé avec mes convictions mais avec mon coeur. Pour
   aller à la rencontre des
   Français sans mentir, sans tricher. Je me suis obligé à chercher au
   fond de moi tout ce que
   j'avais à donner. Près de quatre mois pendant lesquels j'ai beaucoup
   appris sur les autres et
   sur moi-même. Ce ne fut pas une campagne comme les autres. Partout,
   dans toutes les
   réunions publiques, dans toutes les rencontres, ce fut comme le 14
   janvier, le même besoin
   d'espérance qui s'exprimait dans le silence, le même sentiment qui se
   lisait sur les visages
   émus que cette fois-ci c'était important, que le rendez-vous
   présidentiel ne pouvait pas être
   manqué comme il l'avait été trop souvent dans le passé. Nulle part je
   n'ai rencontré le
   déchaînement des passions partisanes, j'ai partout senti cette gravité
   qui précède toujours
   les moments décisifs, les moments où l'on devra faire un choix que l'on
   ne peut plus différer
   et dont on sait au fond de soi qu'il sera lourd de conséquences. Non ce
   ne fut pas une
   campagne comme les autres. Ce fut une campagne aux prises avec une
   crise morale, avec
   une crise d'identité, comme la France n'en a peut-être jamais connu de
   telle dans son
   histoire, sauf peut-être au temps de Jeanne d'Arc et du traité de
   Troyes, quand la conscience
   nationale était encore si fragile.
   On attendait une campagne où la politique aurait à affronter le
   scepticisme qu'elle avait elle-
   même fait naître en trahissant si souvent ses engagements, en croyant
   si peu en elle-même.
   On croyait que la politique aurait à surmonter le doute qu'elle avait
   suscité par ses
   renoncements. On s'est trouvé face à un doute beaucoup plus profond, un
   doute qui est en
   chacun d'entre nous, en chaque Français, un doute sur ce que nous
   sommes, sur ce qui
   nous unit, sur ce que nous sommes capable de construire ensemble, sur
   la manière dont
   nous allons pouvoir vivre ensemble. Un doute qui nous fait ressentir
   l'avenir non plus comme
   une promesse mais comme une menace. Un doute qui est un doute
   existentiel. Un doute sur
   la France elle-même, sur ce qu'elle incarne, sur ce qu'elle peut
   accomplir, un doute sur notre
   destinée commune. C'est ce doute immense qui a fait naître la peur dans
   notre pays. Un
   doute immense que tout alimente, la mondialisation, l'Europe ou la
   décentralisation, la crise
   du travail, celle de la culture, les délocalisations, la défaillance de
   l'école, le chômage, la
   précarité, l'immigration non maîtrisée, l'insécurité ou la peur de
   l'exclusion. Un doute
   immense s'est leva devant nous, qui se nourrit de tout ce qui contribue
   à la détestation de
   soi, qui se nourrit de la repentance, qui se nourrit de la détestation
   des valeurs de la
   République, de la détestation de la laïcité et de la montée
   inacceptable du
   communautarisme.
   Non, cette campagne ne fut pas une campagne comme les autres. Elle fut
   peut-être la plus
   exigeante moralement de toutes les campagnes. Cette campagne exigeait
   plus
   d'authenticité, plus de sincérité, plus de vérité que toutes les autres
   campagnes parce que
   ma conviction est que le problème posé était plus profond, plus grave,
   plus lourd de
   conséquences. Alors, je suis allé à la rencontre des Français avec mon
   histoire, avec ce que
   j'ai appris de la vie, avec mes souvenirs et avec mes émotions. Et j'ai
   tout donné. J'y suis allé
   avec en moi toute la volonté de changer les choses. Je ne veux pas être
   élu président de la
   République pour obtenir un statut. Je veux changer les choses pour
   répondre aux problèmes
   de la France et des Français. C'est pourquoi je suis allé, dans cette
   campagne, avec mes
   rêves de jeunesse qui ne m'ont jamais quitté. J'y suis allé avec ma
   longue expérience
   politique qui m'a tout appris. J'y suis allé avec tout ce que
   l'exercice du pouvoir m'a fait
   découvrir, avec toute la douleur à laquelle il m'a été donné d'être
   confronté. J'y suis allé avec
   en moi le souvenir de toutes ces rencontres, de cette famille à La
   Courneuve qui pleurait la
   mort d'un petit garçon de onze ans. C'était le jour de la fête des
   pères, deux bandes rivales

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   s'affrontaient au pied de l'immeuble et ce petit garçon a pris une
   balle perdue. C'était le jour
   où j'ai parlé du Karcher. Je ne regrette pas d'avoir stigmatisé celui
   qui est capable de tuer un
   petit garçon de 11 ans le jour de la fête des pères. Je suis allé à la
   rencontre des Français
   avec dans ma mémoire la douleur des parents de cette jeune fille brûlée
   vive dans un bus
   auquel des voyous avaient mis le feu pour s'amuser. On ne s'amuse pas
   avec la vie d'une
   victime. J'y suis allé avec dans la tête la voix de ce petit garçon,
   par une belle après-midi, à
   Saint-Malo, petit garçon que je tenais par la main devant le cercueil
   de son père gendarme
   et qui me tirait par la manche en me disant : "Sors mon papa de la
   boîte !" Je n'oublierai
   jamais ce moment.
   J'y suis allé avec devant les yeux l'image de la jeune Ghofrane, et de
   sa mère si digne,
   Ghofrane battue à mort, torturée parce qu'elle refusait de donner son
   numéro de carte bleue
   à ses bourreaux. Il y avait deux euros cinquante sur son compte. Jamais
   nous ne pourrons
   accepter une telle barbarie. Je suis allé à la rencontre des Français
   avec en moi cette
   conviction, enracinée dans toutes les douleurs auxquelles j'avais été
   confronté. Cette
   conviction, je vais vous la donner : cela ne peut plus durer, cette
   violence ne peut plus
   continuer. Cette violence est inacceptable, elle est le contraire de
   l'idéal républicain qu'est le
   nôtre. J'y suis allé avec la conviction absolue qu'il fallait bien
   faire quelque chose pour que
   tout ceci s'arrête et que c'était un problème de société et pas
   simplement le problème de la
   police de la République. Il fallait réagir, je veux être celui qui
   porte cette révolte contre la
   violence. J'y suis allé avec la conviction que nous avions déjà trop
   cédé, trop cédé aux
   bandes, aux trafiquants, aux voyous, que nous avions trop laissé faire
   et qu'à force, tout cela
   allait finir par devenir irrattrapable, qu'il fallait reprendre les
   choses en main avant qu'il ne soit
   trop tard et que bientôt, si l'on ne faisait rien, il serait trop tard.
   Il n'est jamais trop tard pour
   éviter l'insupportable. Je les entends déjà, ceux qui vont me dire que
   je n'aurais pas dû
   parler des victimes, parce que cela gêne d'en parler, mais si je suis
   président de la
   République, je ne mettrai jamais sur le même plan les victimes et les
   délinquants. Je suis
   allé à la rencontre des Français avec en moi le souvenir de ces
   familles immigrés de ces
   pères, de ces mères, de ces enfants brûlés vifs dans l'incendie de cet
   hôtel sordide où on les
   avait entassés parce qu'on n'avait pas les moyens de les loger plus
   convenablement. À force
   de laisser croire que l'on peut accueillir tout le monde, à force, le
   résultat, c'est le drame de
   ces squats sur lesquels on a fermé les yeux pendant trop longtemps. J'y
   suis allé en rejetant
   de toutes mes forces la bonne conscience qui ne veut jamais voir les
   conséquences de ce
   qu'elle prône surtout quand elles sont tragiques. Je suis allé à la
   rencontre des Français en
   ayant en moi le souvenir des ouvriers d'Alstom tétanisés par la peur de
   voir leur entreprise
   disparaître. Je suis allé à la rencontre des Français en pensant à tous
   ces ouvriers que
   j'avais rencontrés, vivant dans la hantise des délocalisations et dont
   les conditions de travail
   ne cessent de se dégrader sous la pression d'une concurrence déloyale
   et de dumpings
   sociaux, environnementaux, fiscaux et monétaires, que nous ne pouvons
   pas accepter parce
   que ce sont des femmes et des hommes qui paient pour notre faiblesse et
   notre lâcheté à
   accepter l'inacceptable. Je suis allé à la rencontre des Français,
   révolté par le fait que de
   plus en plus de travailleurs ne puissent pas faire vivre dignement leur
   famille avec leur
   salaire. Quand on ne peut pas faire vivre sa famille alors qu'on
   travaille tout le mois, on est
   condamné à la désespérance, parce que le travail en France n'est pas
   assez récompensé,
   pas assez valorisé et pas assez considéré.
   Et, comme Simone Veil, je suis allé dans cette campagne, révolté par le
   fait que les revenus
   de l'assistance puissent être plus élevés que ceux du travail et que
   l'on puisse s'appauvrir en
   se remettant à travailler. C'est un scandale inacceptable. J'y suis
   allé, hanté par le désespoir
   qui s'empare d'une partie de la jeunesse condamnée à vivre moins bien
   que ses parents,
   dont les diplômes ne valent pas grand-chose sur le marché du travail.
   J'y suis allé inquiet de
   cette rancoeur qui s'accumule dans une jeunesse qui se sent victime de
   discrimination, qui
   éprouve le sentiment que la couleur de sa peau ou le quartier où elle
   habite comptent plus
   que les qualifications et les compétences. J'y suis allé inquiet de la
   colère qui grandit contre
   une République qui ne tient pas ses promesses d'égalité et de
   fraternité vis-à-vis de ceux qui

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   ont cru à la récompense, au mérite et de l'effort. J'y suis allé avec
   en moi l'indignation que
   nous avons éprouvée au moment de la canicule devant le drame de toutes
   ces personnes
   âgées mortes sans même que l'on s'en soucie. Parce qu'une société qui
   n'est pas capable
   d'honorer et de respecter ses anciens est une société qui trahit ses
   valeurs. J'y suis allé avec
   en moi l'indignation devant le sort que l'on fait aux retraités les
   plus modestes, aux veuves
   de paysans et d'artisans qui ont travaillé toute leur vie et qui n'ont
   pas les moyens de vivre
   alors que, dans le même temps, on voudrait nous empêcher de réformer
   les régimes
   spéciaux pour rétablir un peu d'égalité et de justice. Je ne veux pas
   que l'on continue à
   regarder ailleurs, que nous nous donnions bonne conscience à peu de
   frais. Ne rien faire
   jamais, ne rien bousculer, ne rien déranger pour que cela change. Moi,
   je veux changer tout
   cela parce que ces injustices ne sont pas acceptables. Je suis allé à
   la rencontre non pas de
   ceux qui ne veulent plus de la nation parce qu'ils ne veulent rien
   partager, parce qu'ils
   accaparent tous les bénéfices, parce qu'ils ont le sentiment qu'ils ne
   doivent rien à leur pays.
   Non, je veux aller à la rencontre de ceux qui se sentent solidaires
   d'un destin collectif dont ils
   veulent aussi leur part, parce qu'il est à leurs yeux ce qu'ils peuvent
   avoir de plus précieux,
   parce qu'ils ont le sentiment de n'être forts que lorsque la France est
   forte, parce qu'ils
   sentent au fond d'eux-mêmes que seule la grandeur de la France peut
   leur donner le
   sentiment qu'ils sont grands eux-mêmes et leur faire éprouver la fierté
   de ce qu'ils sont. Je
   suis allé à la rencontre non de la France qui casse mais de la France
   qui veut construire, qui
   veut travailler, qui veut s'en sortir et qui, malgré sa volonté, n'y
   arrive pas. Oui, j'assume mes
   choix. Je suis allé à la rencontre de la France qui paye toujours pour
   tous les autres, qui
   paye toujours les conséquences de fautes qui ont été commises par
   d'autres, qui paye pour
   les fautes des politiques, des technocrates, des syndicalistes, qui
   paye pour les fraudeurs,
   pour les voyous, pour ceux qui profitent du système, qui demandent
   toujours et qui ne
   veulent jamais rien donner. Voilà la France pour qui je veux aller à la
   rencontre. Au fond, je
   ne parle pas à un parti politique, je suis libéré de mes attaches, de
   mes combats antérieurs.
   J'ai voulu parle et aller à la rencontre de la France qui souffre, de
   la France qui n'en peut
   plus, de la France exaspérée, de la France qui pensait depuis longtemps
   que la politique
   l'avait abandonné parce qu'elle ne parlait plus qu'aux élites. Je veux
   parler au peuple de
   France et je veux être son porte-parole. Peu importent les numéros
   spéciaux pour dénoncer
   la façon dont je parle aux Français. Moi, je veux aller à la rencontre
   du peuple, de ce peuple
   au nom duquel tout le monde prétend parler, auquel personne ne parle
   plus et pour lequel
   personne ne veut jamais rien faire, comme si l'objectif était toujours
   de le tenir à l'écart, à la
   lisière du pouvoir et de la décision. Ce peuple c'est vous, c'est nous
   tous, ce peuple, je l'ai
   rencontré dans les villes, dans les villages, dans les campagnes. Je
   l'ai rencontré dans les
   ateliers, dans les bureaux, dans les écoles, dans les usines. Ce
   peuple, je l'ai aussi croisé
   dans les hôpitaux, dans les centres de rééducation, dans les maisons de
   retraite, partout où
   il y a des gens qui vivent, qui vivent par leur travail, qui vivent par
   leur souffrance, qui vivent
   par leurs rêves, qui espèrent par leurs ambitions. Partout, j'ai voulu
   parler directement au
   peuple français. J'ai besoin de tous ces sans grade, de tous ces
   anonymes, de tous ces
   gens ordinaires, de toute cette majorité silencieuse, auxquels on ne
   fait pas attention, que
   l'on ne veut pas écouter, que l'on ne veut pas entendre. Je lui
   demande, à cette majorité
   silencieuse, de se lever, de m'aider et de construire la victoire de
   nos idées. Oui, mes chers
   amis, C'est à vous que je veux donner la parole. C'est à vous que je
   veux rendre le pouvoir.
   Je veux être votre candidat. Je veux être le candidat du peuple de
   France et non celui des
   médias, des appareils ou de tel ou tel intérêt particulier, des
   intérêts partisans, des
   sectarismes. Je veux être le candidat du peuple parce que pendant des
   mois j'ai vu ce que le
   peuple vivait, ce qu'il ressentait. J'ai vu les ravages du discours sur
   l'impuissance publique.
   J'ai compris ce qu'il pouvait y avoir de désespérant pour ceux qui
   n'ont pas d'autre recours,
   d'autre espoir que dans la politique, que d'entendre les responsables
   politiques leur dire : "Je
   n'y peux rien !"Si tu n'y peux rien, ce n'est pas la peine de te
   présenter à l'élection
   présidentielle ! J'ai mesuré l'attente vis-à-vis de la politique de la
   part de ceux qui se sentent
   prisonniers d'une multitude de contraintes dont ils n'arrivent pas à
   desserrer le carcan. J'ai
   pris conscience du besoin que la politique représentait pour redonner
   une espérance à ceux

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   qui l'ont perdue, pour qu'ils aient le sentiment de pouvoir redevenir
   les acteurs de leur propre
   histoire. J'ai pris conscience de la nécessité pour la politique de
   redevenir l'expression d'une
   volonté aux yeux de ceux qui ne se sentent plus eux-mêmes la force de
   vouloir. Il y a des
   Français pour qui la vie est si lourde qu'ils n'ont plus la volonté de
   vouloir et c'est la politique
   qui doit leur rendre l'espérance. La pensée unique qui est la pensée de
   ceux qui savent tout,
   de ceux qui se croient non seulement intellectuellement mais aussi
   moralement au-dessus
   des autres, cette pensée unique avait dénié à la politique la capacité
   d'exprimer une volonté.
   Elle avait condamné la politique. Elle avait prophétisé son déclin
   inéluctable face aux
   marchés, aux multinationales, aux syndicats, à Internet. Il était
   entendu, dans le monde tel
   qu'il est, avec ses informations qui se diffusent instantanément, ses
   capitaux qui se
   déplacent de plus en plus vite, ses frontières ouvertes, que dans ce
   monde-là, il était
   entendu que la politique ne jouerait plus qu'un rôle anecdotique et
   qu'elle ne pourrait plus
   exprimer une volonté parce que le pouvoir serait bientôt partagé,
   dilué, parce qu'il serait en
   réseau, parce que les frontières resteraient ouvertes, parce que les
   hommes, les capitaux et
   les marchandises circuleraient sans obéir à personne. Moi, je vous le
   dis, la politique revient.
   Elle revient partout dans le monde. La chute du Mur de Berlin avait
   semblé annoncer la fin
   de l'Histoire et la dilution de la politique dans le marché. 18 ans
   plus tard, tout le monde sait
   que l'Histoire n'est pas finie, qu'elle est toujours tragique et que la
   politique ne peut pas
   disparaître parce que les hommes d'aujourd'hui ressentent un besoin de
   politique, une envie
   de politique, comme on n'en avait rarement vu depuis la fin de la
   Seconde Guerre Mondiale.
   Si les Français n'avaient pas eu envie de politique, que l'on
   m'explique pourquoi 85% d'entre
   eux ont voté au premier tour de l'élection présidentielle ? Il faut
   être cohérent. Le besoin de
   politique a pour corollaire le besoin de nation. La nation aussi était
   condamnée. La voilà de
   retour, pour répondre au besoin d'identité face à la mondialisation,
   vécue comme une
   entreprise d'uniformisation et de marchandisation du monde où il n'y
   aurait pas de place pour
   la culture et pour les valeurs de l'esprit. L'inquiétude est peut-être
   excessive mais elle est
   bien réelle et elle exprime un besoin d'identité très fort. Et je
   réclame le droit de pouvoir
   parler de l'identité nationale française sans être décrit comme un
   nationaliste. Et je réclame
   le droit de pouvoir être fier de la France et de dire que j'aime mon
   pays sans être caricaturé
   par ceux qui ne sont prêts à rien faire pour leur patrie. La nation
   française, c'est pour nos
   compatriotes la capacité à être ensemble pour se protéger et pour agir.
   C'est le sentiment
   que l'on n'est pas tout seul pour affronter un avenir angoissant et un
   monde menaçant. C'est
   le sentiment qu'ensemble on est plus fort et que l'on pourra faire ce
   que tout seul on ne
   pouvait pas faire. Ensemble, c'est sans doute le mot le plus important
   à mes yeux de cette
   campagne. C'est le mot qui appelle plus de volonté politique et plus de
   nation. J'ai voulu
   remettre la volonté politique et la France au coeur du débat politique.
   Au cours de cette
   campagne, je n'ai finalement parlé que de la France. La volonté
   politique et la nation c'est
   toujours pour le meilleur et aussi pour le pire. Le peuple qui se
   mobilise, qui devient une
   force collective, c'est une puissance redoutable qui peut aussi bien
   agir pour le meilleur que
   pour le pire. Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur. Nous
   conjurerons le pire en
   respectant les Français, en tenant nos engagements, en respectant la
   parole donnée. Nous
   conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Oui,
   de la morale.
   Le mot "morale" ne me fait pas peur. La morale, après 1968, on ne
   pouvait plus en parler.
   C'était un mot qui avait disparu du vocabulaire politique. Pour la
   première fois, depuis des
   décennies, la morale a été au coeur d'une campagne présidentielle. Mai
   68 nous avait
   imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68
   avaient imposé l'idée que
   tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre
   le bien et le mal, entre le
   vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire
   croire que l'élève valait le
   maître, qu'il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les
   mauvais élèves, qu'il ne
   fallait surtout pas de classement. La victime comptait moins que le
   délinquant. Ils avaient
   cherché à faire croire qu'il ne pouvait exister aucune hiérarchie des
   valeurs. Il n'y avait
   d'ailleurs plus de valeurs, plus de hiérarchie, ils avaient réussi, il
   n'y avait plus rien du tout, et
   eux-mêmes, ce n'était pas grand-chose... Ils avaient proclamé que tout
   était permis, que

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   l'autorité c'était fini, que la politesse c'était fini, que le respect
   c'était fini, qu'il n'y avait plus
   rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d'admirable, plus de
   règle, plus de norme, plus
   d'interdit. Beau résultat en vérité. Souvenez-vous du slogan de mai 68
   sur les murs de la
   Sorbonne : "Vivre sans contrainte et jouir sans entrave." Voyez comment
   l'héritage de mai 68
   a liquidé l'école de Jules Ferry qui était une école de l'excellence,
   du mérite, du respect, une
   école du civisme, une école qui voulait aider les enfants à devenir des
   adultes et non à rester
   de grands enfants, une école qui voulait instruire et non infantiliser,
   parce qu'elle avait été
   construite par de grands républicains qui avaient la conviction que
   l'ignorant n'est pas un
   homme libre. Voyez comment l'héritage de mai 68 a liquidé une école qui
   transmettait une
   culture commune et une morale partagée grâce auxquelles tous les
   Français pouvaient se
   parler, se comprendre et vivre ensemble. Parce que si nous n'avons pas
   de culture
   commune et de morale partagée, c'est notre capacité à nous supporter, à
   nous comprendre,
   à nous parler, à vivre ensemble qui est gravement remise en question.
   Voilà pourquoi il fallait
   tourner cette page. Mais, je veux aller plus loin, parce que l'héritage
   de mai 68 a introduit le
   cynisme dans la société et dans la politique. Voyez comment le culte de
   l'argent roi, du profit
   à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme
   financier ont été portés
   par les valeurs de mai 68. Puisqu'il n'y a plus de règles, plus e
   normes, plus de morale, plus
   de respect, plus d'autorité, puisque tout se vaut, alors tout est
   permis. Voyez comment la
   contestation de tous les repères éthiques, de toutes les valeurs
   morales a contribué à
   affaiblir la morale du capitalisme, comment elle a préparé le terrain
   au capitalisme sans
   scrupule et sans éthique des parachutes en or, des retraites chapeaux
   et des patrons
   voyous. Je ne peux pas accepter de vivre dans une société où l'on
   explique à des salariés
   qu'il faut supprimer 10 000 emplois pour trouver de l'argent et dont le
   patron, responsable de
   cette situation part avec un chèque de 8 millions d'Euros. Ce ne sont
   pas mes valeurs, ce
   n'est pas ma conception, ce n'est pas de la morale.
   Je n'accepte pas que l'on envoie en prime d'intéressement un chèque de
   deux Euros
   cinquante dans une entreprise, pour les intéresser aux résultats de
   l'année, alors que le
   patron de la même entreprise part avec 8 millions d'Euros. IL aurait dû
   partir avec la même
   prime d'intéressement. Que les choses soient claires entre nous, je ne
   laisserai pas
   quelques uns détruire le combat qui est le nôtre, sur les valeurs de
   l'effort, du mérite et de la
   récompense, par des comportements caricaturaux qui n'ont rien à, voir
   avec ce que nous
   pensons de l'honnêteté, du travail, de la justice et du mérite
   républicains. Je ne mettrai
   jamais sur le même plan le prédateur et l'entrepreneur, le péculateur
   et le travailleur. Que
   l'on gagne beaucoup d'argent quand on travaille beaucoup, que l'on
   prend beaucoup de
   risques et que l'on crée beaucoup de richesses, je l'accepte, je
   l'encourage et je le souhaite
   pour notre pays. Mais que l'on gagne beaucoup d'argent quand on a
   échoué, que l'on a
   détruit des emplois et conduit son entreprise dans une impasse, je ne
   peux pas l'accepter.
   Les héritiers de mai 68 ont abaissé le niveau moral de la politique.
   Voyez tous ceux qui se
   réclament de l'héritage de mai 68, vous les reconnaîtrez certainement,
   ils donnent aux autres
   des leçons qu'ils ne s'appliquent jamais à eux-mêmes, ils veulent
   imposer aux autres des
   comportements, des règles, des sacrifices qu'ils ne s'imposent jamais à
   euxmêmes. Voyez-
   les, écoutez-les, ils proclament toujours : "Faites ce que je dis, ne
   faites surtout pas ce que je
   fais !" Voyez-la, écoutez-la cette gauche héritière de mai 68.
   Cette gauche qui n'aime pas la République parce qu'elle n'aime pas
   l'égalité ;
   Cette gauche qui prétend défendre les services publics mais qui ne
   prend jamais les
   transports en commun ;
   Cette gauche qui aime tellement l'école publique qu'elle n'y met pas
   ses enfants ;
   Cette gauche qui adore la banlieue, qui en parle brillamment, mais qui
   se garde bien d'y
   habiter ;
   Cette gauche qui trouve toujours des excuses aux voyous à condition
   qu'ils restent dans des
   quartiers où elle ne va jamais ;
   Cette gauche qui fait des grands discours sur l'intérêt général mais
   qui s'enferme dans le
   clientélisme, dans le corporatisme et dans l'immobilisme ;

   [background07.jpg]
   Cette gauche n'est pas avare pour signer des pétitions quand on expulse
   des squatters mais
   qui n'accepterait pas que l'on s'installe chez elle ;
   Cette gauche entre Jules Ferry et mai 68 a choisi mai 68 ;
   Cette gauche condamne la France à un immobilisme dont les travailleurs,
   les plus modestes,
   les plus pauvres, seraient les principales victimes.
   Cette gauche a renoncé au mérite et à l'effort. Elle a cessé de parler
   aux travailleurs, de se
   sentir concernée par le sort des travailleurs, d'aimer les
   travailleurs. Au fond, elle ne parle
   plus des travailleurs parce qu'elle rejette la valeur travail, parce
   que la valeur travail ne fait
   plus partie de ses valeurs, parce que son idéologie à elle ce n'est pas
   l'idéologie de Jaurès,
   ce n'est pas l'idéologie de Blum, qui eux respectaient le travail,
   aimaient les travailleurs,
   parlaient des travailleurs. Aujourd'hui, elle parle de statuts,
   d'assistanat, d'égalitarisme, de
   nivellement, des 35 heures. Elle a tourné le dos aux travailleurs de
   notre pays. Je le dis à la
   gauche : je veux réhabiliter le travail et parler des travailleurs.
   Regardez comme c'est intéressant, les héritiers de ceux qui en mai 68
   criaient : "CRS = SS"
   prennent systématiquement le parti des voyous, des casseurs et des
   fraudeurs contre la
   police. Regardez ce qui s'est passé après les incidents inadmissibles
   de la gare du Nord. Au
   lieu de condamner les casseurs et d'apporter leur soutien aux forces de
   l'ordre qui font un
   travail difficile et remarquable, ils n'ont rien trouvé de mieux à dire
   que cette phrase qui
   mérite de rester dans les annales de la République. Je cite : "Il est
   inquiétant de constater
   qu'un fossé se creuse entre la police et la jeunesse". Cette gauche-là
   n'a rien compris.
   Comme si les casseurs de la gare du Nord représentaient toute la
   jeunesse française. C'est
   une insulte à la jeunesse de France que de les assimiler aux casseurs !
   Comme si c'était la
   police qui était en tort et pas les casseurs. Comme si les voyous
   avaient tout cassé et
   avaient pillé les magasins pour exprimer une révolte contre une
   injustice. Comme si la
   société était toujours coupable et le délinquant toujours innocent.
   Écoutez-les, les héritiers
   de mai 68, cultiver la repentance, je déteste la repentance car je suis
   fier de l'histoire de
   France. Je veux tourner la page de mai 68 une bonne fois pour toutes.
   Mais il ne faut pas
   faire semblant. Il ne faut pas se contenter de mettre les drapeaux aux
   fenêtres le 14 juillet et
   de chanter la Marseillaise à la place de l'Internationale. Il ne faut
   pas dire que l'on veut l'ordre
   et prendre systématiquement parti contre les forces de l'ordre. Il ne
   faut pas crier à l'État
   policier et à la provocation à chaque fois que la police cherche à
   faire respecter la loi. Il ne
   faut pas dire que l'on est pour la valeur travail et généraliser les 35
   heures, surtaxer le travail,
   encourager l'assistanat et empêcher ceux qui veulent créer des
   richesses d'investir en
   France. Il faut faire de la France le pays où l'on peut investir,
   entreprendre, créer, innover, le
   pays de la liberté et non pas celui des contraintes. Je propose aux
   Français de rompre avec
   les idées de mai 68. Je propose aux Français de renouer en politique
   avec la morale,
   l'autorité, le respect, le travail, la nation. Je propose de
   reconstruire un État qui fasse
   réellement son métier. Je propose de refaire une République une et
   indivisible contre tous
   les communautarismes et tous les séparatismes. Je propose de rebâtir
   une nation fière
   d'elle-même. En faisant valoir systématiquement les droits au détriment
   des devoirs, les
   héritiers de mai 68 ont affaibli l'idée de citoyenneté. En dénigrant la
   loi, l'État et la nation, les
   héritiers de mai 68 ont favorisé la montée de l'individualisme. Ils ont
   incité chacun à ne
   compter que sur lui-même et à ne pas se sentir concerné par les
   problèmes des autres. Je
   crois à la liberté individuelle mais je veux compenser l'individualisme
   par le civisme, le
   civisme n'est pas un gros mot, je veux que l'instruction civique
   devienne une matière
   fondamentale de l'Éducation nationale. Je veux une citoyenneté où l'on
   parle des droits mais
   où l'on accepte les devoirs. Je veux que ces droits soient équilibrés
   par des devoirs.
   L'idéologie de mai 68 sera morte le jour où dans la société on osera
   enfin rappeler chacun à
   ses devoirs. L'idéologie de mai 68 sera morte le jour où dans la
   politique française on osera
   proclamer que, dans la République, les devoirs sont la contrepartie des
   droits. Ce jour-là
   sera, enfin, accomplie la grande réforme intellectuelle et morale dont
   la France a besoin.
   Alors nous pourrons reconstruire sur des bases renouvelées la
   République fraternelle, rêve

   [background08.jpg]
   toujours inachevé, toujours inaccompli, de la France, depuis le premier
   jour où elle a pris
   conscience de son existence en tant que nation. La France n'est pas une
   race, la France
   n'est pas une ethnie, la France n'est pas qu'un territoire, la France
   est un idéal
   inlassablement poursuivi par un grand peuple qui croit depuis son
   premier jour à la force des
   idées, à leur capacité à transformer le monde et à faire le bonheur de
   l'humanité. Je veux le
   dire aux Français : le plein emploi, la croissance, l'augmentation du
   pouvoir d'achat, la
   revalorisation du travail, la moralisation du capitalisme, c'est
   possible. Mais ce ne sont que
   des moyens qui doivent être mis au service d'une certaine idée de
   l'homme, d'un idéal de
   société où chacun puisse trouver sa place, où la dignité de chacun sera
   reconnue et
   respectée. J'ai rencontré dans les hôpitaux des malades qui ajoutaient
   aux souffrances de la
   maladie la douleur de se sentir exclus, le scandale d'être mis à
   l'écart de la société qui ne
   voulait même plus les regarder. Je me souviens d'une infirmière dans un
   hôpital pleurant en
   me racontant comment la désorganisation due aux 35 heures l'empêchait
   de s'occuper
   autant qu'il aurait été nécessaire de malades pour lesquels elle était
   le dernier lien avec la
   vie. Les 35 heures ont brisé toute forme d'organisation de l'hôpital
   français. Je me souviens
   de ce jeune rugbyman dans ce centre de rééducation qui tentait avec
   toutes les forces qui lui
   restaient de rassembler les morceaux d'une vie brisée par un accident
   qui l'avait rendu
   tétraplégique. Il a sa place dans la société qui est la nôtre. Je me
   souviens d'une visite à la
   prison pour femmes de Rennes et de la rencontre avec une mère d'une
   petite fille de 7 ans
   qui était sa seule raison de vivre. J'ai vu la misère des prisons
   françaises si souvent indignes
   de la patrie des droits de l'Homme. J'ai vu les femmes martyrisées dans
   les centres d'accueil
   où elles tentent de se reconstruire. J'ai vu dans les maisons de
   retraite la tristesse qui était
   dans le regard des vieillards frappés par la dépendance et qui
   n'avaient plus l'impression de
   vivre, mais de survivre parce qu'ils étaient abandonnés de tous, parce
   qu'ils n'avaient besoin
   que d'un peu d'amour et de respect que plus personne ne leur donnait
   sous prétexte qu'ils
   étaient dépendants. Cette société-là, nous n'en voulons pas. De tous
   ces malheureux que la
   vie a brisés, que la vie a usés, je veux être le porteparole. Je veux
   être celui qui leur rendra
   une place dans la République, qui leur redonnera un peu de cette
   considération et de cet
   espoir sans lesquels il n'y a plus d'humanité.
   Je veux être celui par lequel la France va défendre ses valeurs
   universelles. Des valeurs
   avec lesquelles nous en pouvons pas transiger parce qu'elles sont le
   fondement de toutes
   nos politiques, au dedans comme au dehors. Je veux être le Président de
   la liberté de
   conscience contre tous les intégrismes. Je veux être le Président de la
   liberté d'expression
   contre toutes les intolérances. Je veux que dans la patrie des droits
   de l'Homme on puisse
   librement critiquer, librement caricaturer, sans être menacé de mort,
   sans être exposé à la
   violence. Je veux qu'à tous ceux qui veulent vivre en France nous ayons
   le courage de dire
   que cette idée de la liberté française n'est pas négociable. Ceux qui
   ne sont pas capables
   d'entendre la critique, la caricature, la liberté d'opinion, ne sont
   pas obligés de demeurer sur
   le sol de la République française. Je veux être le Président d'une
   France qui défend la liberté
   chez elle mais aussi dans le monde. Parce que c'est la vocation de la
   France. Je veux être le
   Président de la France des droits de l'Homme. Je ne crois pas à la
   "realpolitik" qui fait
   renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas ce
   qui se passe en
   Tchétchénie qui est contraire aux valeurs universelles de la France. Ce
   qui se passe au
   Darfour est absolument inacceptable pour l'idée que nous nous faisons
   de l'humanité et du
   respect des droits de l'Homme les plus élémentaires. Je veux avoir le
   courage de faire ce
   que la gauche au pouvoir n'a jamais eu le courage de dire. Je ne veux
   pas simplement le
   dire, je veux le faire. Chaque fois qu'une femme ou qu'un enfant sera
   martyrisé dans le
   monde, la France se portera à ses côtés. La France, si les Français me
   choisissent, sera aux
   côtés des infirmières bulgares, depuis 8 ans et 3 mois condamnées aux
   geôles sinistres
   libyennes, ce n'est pas acceptable. La France sera aux côtés de la
   femme qui risque la
   lapidation parce qu'elle est soupçonnée d'adultère. La France sera aux
   côtés de la
   persécutée qu'on oblige à porter la burka, aux côtés de la malheureuse
   qu'on oblige à
   prendre un mari qu'on lui a choisi, aux côtés de celle à laquelle son
   frère interdit de se mettre
   en jupe. À chaque femme martyrisée dans le monde je veux que la France
   offre sa

   [background09.jpg]
   protection en lui donnant la possibilité de devenir française. Je ne
   veux pas oublier notre
   compatriote Ingrid Betancourt, je n'aurais de cesse de la faire rentrer
   chez elle et de la
   rendre à sa famille.
   Mes chers amis, Je voudrais remercier tous les Français qui dimanche
   dernier m'ont
   témoigné leur confiance pour conduire le changement dont la France a
   besoin. 11 millions et
   demi. Cette confiance je ne la trahirai pas, je tiendrai mes
   engagements. C'est l'idée que je
   me fais de la morale en politique. Si j'ai voulu tout dire avant
   l'élection, c'est pour pouvoir tout
   faire après. C'est pour que les Français n'aient pas le sentiment, au
   lendemain des élections,
   qu'une fois de plus on les a trompés et que la politique qui est mise
   en oeuvre n'est pas celle
   pour laquelle ils ont voté.
   À ceux qui m'ont fait confiance le 22 avril et à tous ceux qui me
   feront confiance le 6 mai, je
   veux dire que je mettrai un point d'honneur à ce que personne ne soit
   trompé, trahi ou déçu.
   Mais je voudrais m'adresser tout particulièrement à ceux qui n'ont pas
   encore fait leur choix,
   à ceux qui ont voté au premier tour pour un autre candidat et qui
   hésitent encore. Je
   voudrais leur dire que je comprends leur déception et que je sais
   combien ce nouveau choix
   peut être difficile pour eux. Mais ce choix engagera l'avenir de notre
   pays. Je veux leur dire :
   vous allez avoir à vous demander lequel des deux candidats correspond
   le mieux, avec ses
   qualités et ses défauts, à l'idée que vous vous faites de la fonction
   présidentielle. Vous allez
   avoir à vous demander lequel des deux projets est le plus à même de
   permettre que la
   France reprenne confiance dans l'avenir. Vous allez avoir à vous
   demander dans quelle
   mesure les valeurs qui sont celles des candidats sont compatibles avec
   celles auxquelles
   vous croyez. Il va vous falloir choisir, faire cet effort sur
   vous-mêmes consistant à choisir
   entre deux candidats que vous n'avez pas désignés. Vous allez le faire,
   mes chers
   compatriotes, parce que c'est votre devoir de citoyens, parce qu'à la
   fin, il faut que la France
   soit gouvernée, parce que c'est la responsabilité de chacun de faire
   vivre la démocratie. Ce
   choix, je n'en doute pas, vous le ferez en votre âme et conscience. Ce
   choix, quel qu'il soit,
   je le respecterai parce que ma conception de la République et de la
   démocratie c'est le
   respect, le respect des autres, le respect de l'autre, de sa personne
   et de ses convictions. Je
   ne vous dirai pas parce que je ne le pense pas : "C'est moi ou le chaos
   !" Quel démocrate
   serais-je si j'exprimais autant de suffisance et peut-être de mépris
   pour les convictions de
   tous ceux qui ne pensent pas comme moi ? Mais à tous ceux d'entre vous
   qui croient en la
   tolérance, la liberté, l'humanisme, je veux dire que ce sont les
   valeurs sur lesquelles j'ai bâti
   mon projet, que ce sont les valeurs qui fondent mon engagement
   politique et ma candidature
   à l'élection présidentielle. Je veux m'adresser aux électeurs du
   centre, dont les valeurs sont
   si proches des nôtres. Je veux leur dire que leur sensibilité a toute
   sa place dans la majorité
   présidentielle que je veux construire et autour de laquelle je veux
   rassembler les Français.
   Puisque Monsieur Bayrou veut en finir avec l'UDF, je dis aux élus UDF
   qui me soutiennent
   qu'ils sont les bienvenus en femmes et hommes libres dans la nouvelle
   majorité
   présidentielle. Moi, je ne veux pas en finir avec l'UDF, je la respecte
   et je respecte ses
   électeurs, ses valeurs, ses idées et ses convictions. Je veux dire à
   ces Français et à ces
   élus UDF qui m'honorent en m'apportant leur soutien, que nous avons
   besoin d'eux, j'ai
   besoin d'eux, de ce qu'ils représentent, de ce à quoi ils croient. Je
   leur demande de ne
   renoncer à rien, de venir en femmes et hommes libres, et d'accepter ma
   part de liberté. C'est
   ensemble que nous allons construire la France du renouveau. Mais, je
   veux aller plus loin.
   Je veux m'adresser aussi à tous ceux qui après le premier tour ne se
   sentent pas
   représentés, ont l'impression d'être exclus, d'être condamnés à ne pas
   avoir leur mot à dire
   dans la République. C'est très important. Il est des Français qui ont
   fait des choix qui ne sont
   pas les nôtres, qui se sont tournés vers les extrêmes, non comme une
   espérance mais
   comme une forme de désespérance.
   À tous ceux-là je veux dire que je les comprends et que je les
   respecte. Je veux leur dire que
   la proportionnelle n'est pas un bon système parce qu'elle donne le
   pouvoir aux partis, parce
   qu'elle rend difficile la constitution de majorités stables. Nous avons
   déjà connu dans notre

   [background10.jpg]
   histoire les conséquences dramatiques de l'instabilité gouvernementale.
   Nous ne pouvons
   pas y revenir. Mais cela ne nous empêche pas de réfléchir tous ensemble
   au moyen de
   permettre une représentation plus large des opinions et des
   sensibilités. Je m'engage, si je
   suis élu président de la République, à réunir toutes les forces
   politiques de la nation et à
   discuter avec elles de la possibilité d'introduire un peu de
   proportionnelle au Sénat ou à
   l'Assemblée Nationale sans créer le risque d'une instabilité qui serait
   désastreuse. Je veux
   que chacun se sente représenté dans la République mais que nous
   gardions les scrutin
   majoritaire, clé de la stabilité de la République.
   Mes chers amis, nous voici arrivés au terme de cette campagne. J'ai
   voulu la conduire
   conformément à l'idée que je me faisais de la fonction présidentielle.
   Des responsabilités
   qu'elle implique. Des devoirs qu'elle impose. De la dignité qu'elle
   exige. Je n'ai pas été
   épargné par les attaques personnelles. On a mis en cause successivement
   ma probité, mon
   intégrité, mon honneur, ma sincérité, mon caractère. On a expliqué que
   j'étais dangereux
   pour les libertés. On m'a soupçonné de vouloir mettre en place un État
   policier. Je n'ai pas
   été rapide, en quatre ans de ministère de l'Intérieur, je n'y suis même
   pas arrivé... On m'a
   accusé d'avoir exercé des pressions. On n'a jamais produit la moindre
   preuve ni le moindre
   indice, ni quoi que ce soit qui puisse étayer ces accusations qui
   déshonorent davantage
   ceux qui les profèrent que celui qui les reçoit. Je n'ai pas répondu à
   ces attaques. Sauf pour
   dire, quand ces attaques sont devenues insupportables, que ceux qui les
   portaient n'avaient
   pas, à ma connaissance, fait la preuve de tellement de vertus qu'ils
   puissent se permettre un
   tel mépris à l'endroit des 11 millions et demi de Français qui m'on
   fait confiance. Je ne les ai
   pas rejoints dans la boue où ils auraient voulu m'entraîner. Ils n'ont
   pas changé. Ce sont
   exactement les mêmes que ceux qui, en 1958, se sont donnés le ridicule
   absolu de défiler
   contre le Général de Gaulle en hurlant que le fascisme ne passerait
   pas. Et les plus anciens
   ici se souviennent, en 1965, face au Général de Gaulle, ils avaient
   fait au second tour une
   "coalition des républicains" contre celui qui n'avait jamais mis la
   République en danger,
   puisqu'il l'avait sauvée deux fois ! Je suis allé à Colombey, dans le
   silence et le calme. Sur le
   livre d'or du Mémorial de la Croix de Lorraine j'ai voulu écrire : "Je
   suis venu ici pour la
   première fois il y a 30 ans. Rien n'a changé, surtout pas le sentiment
   éprouvé devant
   l'humble tombe du Général de Gaulle, dans ce petit cimetière, qu'une
   grande vie c'est une
   vie mise au service de quelque chose de plus grand que soi. Cette
   conviction qui m'est
   venue ici pour la première fois, elle ne m'a plus quitté : que la
   France ne pourra pas
   disparaître tant que nous serons décidés à la maintenir comme un idéal
   pour les hommes et
   prêts à nous battre pour qu'elle vive."
   Mes chers amis, il reste huit jours. Huit jours pour faire de nos rêves
   une réalité ;
   Huit jours pour se lever ;
   Huit jours pour bâtir l'espérance dont la France a besoin ;
   Huit jours pour dire ce que nous voulons pour nos enfants ;
   Huit jours pour dire que la France est un vieux pays qui a encore tant
   de choses à dire au
   monde et à l'Europe ;
   Huit jours pour faire du travail, du mérite, de l'effort, de la
   récompense, de l'humanisme les
   valeurs de la République française ;
   Huit jours, mes chers amis, pour que l'avenir soit une espérance ;
   Huit jours, mes chers amis, pour convaincre, pour rassembler, pour que
   tous ceux qui aiment
   passionnément la France nous aident à bâtir la France du renouveau ;
   Huit jours, mes chers amis, huit petits jours, pour créer les
   conditions d'un rassemblement
   immense, pour porter une majorité, pour construire pour les cinq années
   qui viennent le pays
   le pays le plus prospère au monde ;
   Huit jours pour le pouvoir d'achat ;
   Huit jours pour le plein emploi ;
   Huit jours pour le rétablissement de l'autorité ;
   Huit jours, mes chers amis.

   [background11.jpg]
   J'ai besoin de vous comme jamais un candidat n'a eu besoin du peuple à
   ses côtés.
   J'ai besoin de vous pour être le candidat du peuple de France.
   La victoire est en vous, la victoire sera belle parce que ce sera la
   vôtre.
   Vive la République ! Et par-dessus tout, Vive la France !
