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   Discours aux institutions, Epinal (12/07/2007)
   Monsieur le Marie, Cher Michel,
   Monsieur le Président du Sénat, Cher Christian,
   Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Cher Bernard,
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
   Mes Chers amis,
   Si vous m'avez élu à la tête de l'Etat, c'est pour conduire le
   changement que chacun d'entre
   vous appelle de ses voeux. Vous le pressentez tous : dans le monde tel
   qu'il est, la France
   serait condamnée au déclin si elle restait immobile. Nous avons tous,
   au fond de nous, la
   conviction que la France a déjà trop attendu, qu'il y a urgence, que
   cela ne peut plus
   attendre, que les réformes ne peuvent plus attendre.
   Quand je parle de réformes, je ne parle pas seulement de quelques
   réformes techniques, je
   ne parle pas seulement de quelques changements dans la fiscalité, dans
   les prestations
   sociales.
   Je ne parle pas non plus d'une politique de la table rase. Je ne parle
   pas d'une politique qui
   voudrait faire comme si la France était un pays neuf, sans histoire,
   sans mémoire, sans
   héritage.
   Je parle de cette profonde réforme intellectuelle et morale que la
   France a toujours su
   accomplir quand elle sentait que son destin lui échappait.
   Je pense, mes chers amis, à cette profonde rupture avec les mentalités,
   les routines, les
   comportements du passé que rendent si nécessaire les changements
   d'époque.
   Oui, je pense à la remise en cause des rentes de situation, des
   privilèges indus, des
   conservatismes qui bloquent l'élan de la société vers l'avenir.
   C'est dans les moments où tout doit changer sous peine du plus grand
   péril que les
   institutions se révèlent alors pour ce qu'elles sont. C'est dans ces
   instants cruciaux où leur
   rôle est décisif que les institutions expriment leur vérité ultime.
   Car nos institutions, ce sont les points fixes des sociétés humaines.
   Les institutions, ce sont les règles qui sont connues par avance qui
   permettent à chacun
   d'entre vous de savoir raisonnablement ce que vous pouvez attendre de
   tous les autres.
   Les institutions, c'est tout ce qui fait que la société ne marche pas
   au hasard.
   Les institutions, c'est le pont entre le passé et l'avenir.
   Les institutions, c'est tout ce qui permet que les énergies, les
   volontés, les imaginations d'un
   pays, d'une Nation, se complètent et s'additionnent au lieu de se
   disperser et de se
   contrarier.

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   Les institutions sont la tentative toujours imparfaite, toujours
   inachevée, toujours
   recommencée de concilier le besoin éternel de l'ordre et la nécessité
   vitale du mouvement,
   pas l'un sans l'autre.
   Les institutions sont la réponse que chaque peuple tente d'apporter
   pour lui-même à
   l'éternelle question du pouvoir.
   On mesure leur grandeur quand la mise à l'épreuve par les événements
   les plus
   dramatiques les poussent à aller jusqu'à l'extrême limite de leur
   logique.
   Dans les temps ordinaires, ceux des routines et des habitudes, on peine
   à discerner
   l'importance de leur rôle. Mais le jour où viennent les crises, alors
   se pose la question de
   savoir si elles ont permis de mettre le pays en mesure de les surmonter
   et si elles résistent à
   la pression des circonstances. C'est mon devoir de Président de la
   République d'évoquer
   ces questions.
   Mes chers amis, nous sommes un pays qui a une longue histoire. Les
   terribles défaillances
   qui ont eu des conséquences si tragiques entre 1914 et 1917 avaient des
   causes plus
   lointaines et plus profondes que les erreurs ponctuelles du
   commandement militaire. Elles
   provenaient des vices de fonctionnement d'un régime depuis longtemps
   organisé pour que
   nul ne puisse réellement gouverner. Il aura fallu l'autorité
   indomptable et républicaine de
   CLEMENCEAU en 1917 pour que la France fût sauvée.
   En 1940, dans cette région, les mêmes causes produisirent les mêmes
   effets. Là encore,
   tout venait du régime. Les fautes mêmes du commandement militaire
   n'étaient pas
   séparables d'un système qui avait produit des doctrines absurdes et des
   chefs militaires et
   politiques à ce point dépassés par les événements qu'ils n'avaient rien
   vu venir, qu'ils
   n'avaient pas su prendre à temps la mesure du danger ni imaginer les
   réponses qui auraient
   pu le conjurer. Le régime politique avait conduit à l'impuissance tous
   ceux qui avaient
   parfaitement compris la montée des périls et qui avaient cherché dans
   tout ce qu'ils faisaient
   à provoquer une prise de conscience salutaire. MANDEL, de GAULLE,
   RAYNAUD ont tout
   essayé. Aucun n'a été en mesure de faire partager ses vues, pourquoi ?
   Parce que le régime
   politique d'alors était ainsi fait qu'il excluait toutes les
   intelligences lucides, tous les esprits
   visionnaires et tous les grands caractères. Le régime était ainsi fait
   que toutes les volontés
   françaises se trouvaient broyées et que l'impuissance était la règle.
   Plus encore qu'à l'impréparation d'une armée qui n'avait pas saisi les
   ressorts de la guerre
   moderne, le désastre de 1940 fût imputable au régime qui depuis
   longtemps en avait
   préparé les conditions. Le Général de GAULLE en avait acquis cette
   conviction, que toute
   l'histoire des peuples enseigne et qu'on a tendance à oublier dès que
   les crises sont
   passées, que la France a d'abord besoin d'être gouvernée.
   Je lance cette remarque à tous ceux qui me demandent si j'en fais trop.
   La France a besoin
   d'être gouvernée. Le Général de GAULLE avait la conviction que la
   France a besoin
   d'institutions qui soutiennent la volonté politique, qui renforcent
   l'autorité de l'Etat.
   Le Général de GAULLE avait la conviction que tout ce qui ruine
   l'autorité de l'Etat, qui étouffe
   la volonté politique, qui nuit à la continuité de l'effort, fait courir
   à notre pays un danger
   mortel.
   Oui, Cher Michel, en 1946, Le Général de GAULLE était ici à Epinal. Il
   avait déclaré quelque
   chose qui m'a beaucoup touché et qui a compté pour moi : "il faut que
   le chef de l'Etat en soit
   un (...). Il faut que le gouvernement en soit un (...). Il faut que le
   Parlement en soit un". Ainsi
   parlait le Général de GAULLE. Je veux m'inscrire dans cette tradition
   gaulliste qui a donné à
   la France les meilleures institutions qu'elle n'ait jamais connue. Le
   Général de GAULLE
   voulait que la France fût gouvernée ! Il voulait que la France tirât
   les leçons de son histoire et

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   qu'elle se souvînt que l'absence si durable d'un véritable gouvernement
   avait conduit la
   France au précipice.
   Il ne fut pas entendu. Le régime des partis revint avec le régime
   d'assemblée. La IVe
   République ressuscita ce qu'il y avait de pire dans la IIIe. On sait
   comment cela se termina.
   Derrière l'énergie française qui accomplit en un temps record le
   miracle de la reconstruction,
   derrière la mise en place de ce nouveau contrat social que les hommes
   du Conseil National
   de la Résistance avaient imaginé, derrière tant d'ardeur, tant de
   courage, tant de travail
   français, le régime armait la machine infernale qui pouvait une fois de
   plus placer le pays au
   bord du gouffre.
   1958, ce fut une fois encore moins la défaillance des hommes que
   l'aboutissement de la
   longue crise institutionnelle qui n'avait pratiquement pas cessé depuis
   que la IVe République
   avait commencé.
   1958, la guerre civile, la crise financière, la crise de confiance,
   voilà les périls qui menaçaient
   et que l'Etat, pris en otage par les partis, livré aux factions et aux
   intérêts particuliers, ne
   pouvait pas conjurer tant le régime d'alors rendait impossible le
   moindre sursaut, tant les
   meilleures volontés, car les hommes politiques de la IVe comme de la
   IIIe étaient souvent
   des homme de qualité. Mais les meilleures volontés, dans ce régime, se
   trouvaient
   condamnées à la paralysie.
   Il faut avoir la mémoire bien courte ou la haine viscérale de l'Etat et
   de la République pour
   éprouver de la nostalgie pour ce régime d'impuissance où les
   gouvernements se trouvaient
   renversés aussitôt qu'ils étaient formés.
   Il faut bien peu se soucier de l'histoire ou bien mal la connaître pour
   oublier comment les
   institutions de la IVe République entravaient l'élan de toute cette
   génération de la Résistance
   à laquelle, pourtant, la lutte contre l'occupant avait donné une si
   grande profondeur humaine.
   Depuis la Convention jusqu'au naufrage de la IVe République, la France
   a expérimenté tout
   ce que les errements du régime d'assemblée pouvaient avoir de
   conséquences néfastes et
   parfois tragiques.
   Pendant presque deux siècles, bien des républicains français ont
   cherché à dresser la toute-
   puissance parlementaire contre la peur de l'homme providentiel et la
   crainte du pouvoir
   personnel. Beaucoup d'entre eux n'ont cessé de vivre dans la hantise du
   18 brumaire, ou
   pire encore, du 2 décembre, au point qu'ils ont fini par confondre la
   démocratie avec
   l'abaissement du pouvoir exécutif. Pourtant, cela n'a pas empêcher la
   Convention de se jeter
   dans les bras de ROBESPIERRE, le Directoire, de finir dans les bras de
   BONAPARTE, la
   IIIe République dans ceux du Maréchal PETAIN et la IVe dans ceux du
   Général de GAULLE,
   qui fort heureusement était un démocrate et un républicain qui n'avait
   aucun penchant pour
   la dictature. Un régime faible, à un moment donné, conduit un régime
   trop fort.
   C'est qu'il y a toujours un moment où la faiblesse de l'Etat et le
   désordre deviennent si
   insupportables que l'appel à un pouvoir fort devient inévitable, pour
   le meilleur parfois, pour
   le pire le plus souvent.
   C'est l'une des grandes leçons de l'histoire que l'on a tendance à
   oublier : la faiblesse
   excessive de l'Etat est aussi dangereuse pour la liberté que la
   toute-puissance de l'Etat.
   Cette idée, je la défendrai de toutes mes forces.
   Ce régime d'assemblée qui tout au long de notre histoire n'a cessé
   d'être un régime de
   paralysie, il ne faut pas le confondre avec le parlementarisme anglais
   qui correspond si bien
   au génie du peuple britannique.
   Dans le parlementarisme anglais, avec son scrutin uninominal à un tour,
   son bipartisme, son
   quasi consensus idéologique, son absence de courants de pensée
   révolutionnaires, les

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   majorités sont stables et les gouvernements qui en sont l'émanation
   sont tout-puissants.
   Dans les faits le chef du parti qui a gagné les élections dirige le
   gouvernement et le
   Parlement, et la séparation des pouvoirs est en définitive peu marquée.
   Dans le régime d'assemblée qui fut, à l'exception des années de guerre,
   le régime politique
   de la France de 1877 à 1958, avec son multipartisme, ses clivages
   idéologiques très forts,
   sa multitude de courants de pensée d'inspiration révolutionnaire,
   l'Assemblée était tout, le
   gouvernement rien. L'Assemblée pouvait tout défaire mais ne pouvait
   rien entreprendre faute
   de majorité stable.
   Il faut toujours se remémorer l'expérience historique quand on se prend
   à rêver d'un modèle
   qui appartient à une autre culture, qui s'inscrit dans une autre
   histoire.
   C'est une vérité éternelle que les institutions ne valent qu'au regard
   de l'identité des peuples
   pour lesquels elles sont faites.
   Il y a une singularité française. On ne gouverne pas la France comme
   l'Allemagne, le
   Royaume-Uni ou l'Espagne.
   La France n'est pas une race, n'est pas une ethnie, n'est pas une
   tribu. La France n'est pas
   un pays homogène. La France n'est pas une donnée de la nature.
   La France c'est le pays de la diversité, des paysages, des climats, des
   cultures. La France
   c'est un agrégat de peuples et de provinces unis par une volonté. La
   France c'est une
   construction politique. La France c'est un projet. Pour que la France
   existât, il a fallu que nos
   Rois la veuillent avec obstination pendant des siècles, et que la
   République à son tour la
   veuille aussi avec la même passion, et la même obstination.
   Il a fallu pendant mille ans travailler à unir mille petites patries
   pour en faire une grande. Et
   depuis mille ans la France n'a cessé d'être travaillée par l'obsession
   de son unité.
   La France une et indivisible n'est pas une invention de la Révolution
   Française, ce n'est pas
   une invention du jacobinisme.
   La France une et indivisible, c'est un idéal national qui a cheminé
   durant des siècles jusqu'à
   son plein accomplissement.
   La France une et indivisible, c'est l'idéal d'une nation qui sait ce
   que son unité lui a coûté de
   peines et de sacrifices et qui ne veut rien accepter qui puisse
   remettre en cause cette unité.
   Voilà pourquoi on ne gouverne pas la France comme on gouverne
   l'Allemagne, le Royaume-
   Uni ou l'Espagne.
   Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la passion française pour
   l'égalité. L'égalité c'est
   la clé de voûte de l'unité de la France. L'égalité c'est ce par quoi
   les Français ont surmonté
   leurs particularismes pour devenir les citoyens d'une seule nation. Ce
   n'est pas parce qu'ils
   sont semblables les uns aux autres. Ce n'est pas parce qu'ils se sont
   forgé au cours des
   siècles une histoire, des valeurs, une destinée communes que les
   Français éprouvent le
   sentiment de leur unité, c'est parce qu'ils veulent se sentir, les
   Français, égaux en droits et
   en devoirs.
   Si l'unité française se trouve aujourd'hui fragilisée, c'est d'abord
   parce que pour un nombre
   de plus en plus grand de français le sentiment d'égalité tend à
   s'effriter. Avec ceux qui
   pensent qu'il y en a qui abusent de leurs droits, sans assumer leur
   devoir. Et les autres qui
   pensent que malgré le respect de leur devoir, ils n'auront pas les
   mêmes droits que les
   autres.

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   Pour que l'unité soit préservée, il faut qu'il y ait au-dessus de tous
   les partis, de tous les
   intérêts, de toutes les tendances un Etat ayant assez d'autorité pour
   les dominer.
   On peut être aussi libéral que l'on veut, on peut attacher beaucoup de
   prix à l'initiative
   individuelle, au marché, à la concurrence. On peut placer la liberté
   au-dessus de tout, mais
   on ne peut pas imaginer la France sans un Etat fort.
   Il y a des pays comme les Etats-Unis où c'est la nation qui a fait
   l'Etat.
   Il y a des pays comme la France où c'est l'Etat qui a fait la nation.
   Il y a en France un rapport à l'Etat qui étonne une grande partie du
   monde.
   Qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, il est un fait que beaucoup
   de ce qui s'est fait de
   plus grand en France a été fait par l'Etat.
   L'Etat a toujours été en France l'un des leviers de la modernisation et
   du progrès et que
   deviendraient vos régions si l'Etat les abandonnait ?
   L'Etat a toujours été en France le principal agent de transformation
   sociale.
   L'Etat a toujours été en France le catalyseur de toutes les réformes
   intellectuelles et morales
   et de toutes les révolutions des mentalités qui permettaient de rompre
   avec la fascination du
   passé pour apprendre à penser l'avenir.
   Ce n'est pas un hasard si la réforme de l'Etat a toujours été en France
   le préalable à toute
   grande entreprise publique.
   Il faut prendre la France comme elle est au plus profond d'elle-même,
   c'est-à-dire au plus
   profond de la conscience nationale, au plus profond de son identité.
   Il faut la prendre avec sa passion de la liberté et sa passion de
   l'égalité.
   Il faut la prendre avec son obsession de l'unité et son aspiration à la
   diversité.
   Il faut la prendre avec sa conception d'un Etat fort et d'une
   République indivisible.
   En France, la démocratie doit s'accorder avec cette conception
   particulière de la
   souveraineté une et indivisible comme la nation et comme la République,
   ce qui implique
   que l'Etat soit un. Car si l'Etat en France doit obéir à la séparation
   des pouvoirs, il ne saurait
   être divisé en pouvoirs rivaux qui se combattent, qui s'affrontent, qui
   s'affaiblissent l'un l'autre
   comme c'est le cas dans les Etats fédéraux où la méfiance des pouvoirs
   locaux vis-à-vis du
   pouvoir central est constante. Comme c'est le cas aussi dans les
   modèles les plus libéraux
   où l'on ne croit qu'à la société civile, où l'idéal est celui de l'Etat
   minimum, où toute forme de
   pouvoir est considérée a priori comme une menace pour la liberté.
   En France, c'est l'Etat qui a donné la liberté et inventé les Droits de
   l'Homme.
   En France, l'Etat doit être assez fort pour dominer les vieilles
   propensions de notre nation à
   la division.
   En France, l'Etat doit être assez grand pour s'opposer aux vieux
   penchants qui ramènent
   sans arrêt les féodalités et les corporatismes.
   En France, l'Etat doit être un recours au-dessus des partis et
   au-dessus des factions.
   En France, l'Etat doit être laïque, c'est-à-dire également respectueux
   de toutes les religions
   et de toutes les croyances. Ceux qui ne respectent pas la laïcité à la
   française ne sont pas
   les bienvenus sur le territoire de la République française. C'est cela
   la France.

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   En France, aucun corps intermédiaire, aussi légitime qu'il soit, ne
   peut faire écran entre le
   citoyen et l'Etat.
   En France, la République exige que chaque citoyen soit regardé dans ses
   rapports avec
   l'Etat sans considération de ses origines, de sa religion, de sa
   couleur ou de ses
   appartenances politiques.
   En France, les valeurs de la République et la conception de la nation
   créent un penchant
   pour la démocratie directe plus marqué que dans les autres grandes
   démocraties. C'est
   l'identité de la France. C'est cela l'héritage de l'histoire de la
   France.
   La France n'est pas une page blanche. Elle ne part pas de rien à chaque
   génération.
   C'est ce que fit le Général de GAULLE avec la Constitution de la Ve
   République en renouant
   les fils de notre histoire qui s'étaient rompus, en démêlant ceux qui
   s'étaient emmêlés.
   La IIIe et la IVe Républiques ont échoué parce qu'au fond elles ne
   s'inscrivaient pas dans la
   continuité de la longue durée historique. Parce qu'au fond elles
   excluaient la IIIe et la IVe
   que l'Etat pût être fort. Parce qu'elles excluaient que l'exécutif pût
   jouer un rôle éminent.
   Parce qu'elles étaient trop aux mains des partis. Parce qu'elles
   étaient trop l'affaire des
   notables de la politique et pas assez l'affaire du peuple.
   Le génie du Général de GAULLE fut de renouer avec l'histoire de la
   longue durée, d'opérer
   la synthèse avec l'héritage de l'Ancien Régime et celui de la
   Révolution, de renouer avec
   une haute conception de l'Etat, de son impartialité, de sa grandeur.
   Le génie du Général de GAULLE fut de comprendre très tôt que le
   problème essentiel qu'il
   fallait résoudre était celui de la volonté politique et que le rôle des
   institutions de la
   République n'était pas d'empêcher par tous les moyens que s'exprime une
   volonté politique
   mais qu'au contraire il fallait, par tous les moyens, encourager cette
   volonté politique et lui
   donner la force d'agir.
   Le génie du Général de GAULLE, c'est que la volonté politique ne lui a
   jamais fait peur mais
   qu'au contraire il l'espérait, comme une nécessité vitale pour la
   France.
   Le génie du Général de GAULLE, c'est d'avoir voulu rompre avec la
   malédiction qui depuis
   Mac Mahon pesait sur l'exécutif.
   Le génie du Général de GAULLLE, c'est d'avoir réussi à imposer la Ve
   République à un
   système politique qui lui était hostile et d'avoir réussi la plus
   grande innovation politique du
   XXe siècle qui est l'élection du Président de la République au suffrage
   universel. Spécificité
   que nous devons à tout prix préserver.
   La Ve République a sauvé la République. Elle a permis enfin que le chef
   de l'Etat en soit un,
   que le gouvernement gouverne, que le Parlement légifère. Elle a permis
   que dans les
   circonstances les plus graves les décisions qui devaient être prises
   soient prises. Elle a
   permis, excusez du peu, de surmonter la crise algérienne et celle de
   mai 68. Elle a permis
   l'alternance sans drame. Elle a supporté la cohabitation sans blocage.
   Elle a permis qu'en
   toute circonstance la France soit gouvernée. Elle a permis que dans
   tous les domaines il y
   ait enfin véritablement une politique.
   Et si depuis 25 ans les changements nécessaires n'ont pas été
   accomplis, ce n'est pas
   comme auparavant parce que les institutions empêchent des hommes de
   qualité d'agir.
   Ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, ce sont les idées,
   les comportements, les
   actes.

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   Ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, ce sont les idées,
   les comportements, les
   pratiques, les actes.
   La Ve République a donné à la République pour la première fois dans
   notre histoire la
   stabilité gouvernementale. Ce n'est pas rien. Il ne faut donc y toucher
   qu'avec beaucoup de
   précautions, même si cette stabilité qu'ont si longtemps espérée tous
   ceux que désolait
   l'impuissance de l'Etat a été payée- je prends mes responsabilités -
   d'un déséquilibre parfois
   excessif au profit du pouvoir exécutif et au détriment du pouvoir
   législatif.
   Il faut s'approcher de la Constitution de 1958 avec le respect que l'on
   doit à un grand texte
   qui a jusqu'à présent rendu de grands services à notre pays. Je ne suis
   pas sûr que dans le
   passé on n'ait pas déjà pris trop de libertés avec notre Constitution
   sans en mesurer et en
   peser toutes les conséquences.
   Je l'ai dit au cours de la campagne présidentielle
   : je n'ajouterai pas l'incertitude
   institutionnelle à la crise identitaire et sociale que traverse notre
   pays.
   Je ne changerai pas les grands équilibres de nos institutions.
   Je prends mes responsabilités.
   Je ne tournerai pas la page de la Ve République.
   Cependant, il est vrai que depuis un demi-siècle, le monde et la
   société française ont
   beaucoup changé et que le moment est venu de nous interroger sur la
   manière dont ces
   changements affectent nos modes de gouvernement et l'idée que nous nous
   faisons de la
   démocratie.
   Il est vrai que depuis un demi-siècle, la constitution de l'Europe a
   beaucoup progressé et que
   le droit communautaire a pris une place grandissante dans notre vie
   quotidienne.
   Il est vrai que depuis un demi-siècle, de nombreuses innovations ont
   été introduites dans
   nos institutions qui nous appellent à nous interroger sur leur
   cohérence. On a, par exemple,
   instauré le quinquennat sans en tirer aucune conséquence. Je l'affirme,
   ce n'était pas
   raisonnable.
   Il est vrai que depuis un demi-siècle, les pratiques ont beaucoup
   changé et que le moment
   est venu d'en tirer les leçons.
   Il ne s'agit pas de dénaturer les institutions qui sont les meilleures
   que la France ait eu
   depuis 200 ans.
   Il ne s'agit pas de revenir à la IVe République en prétendant faire la
   VIe.
   Il ne s'agit pas de revenir aux errements du passé. Mais il s'agit
   d'ouvrir ce débat trop
   longtemps différé. C'est le rôle du Président de la République tel que
   l'a conçu le Général de
   GAULLE.
   C'est le rôle du Président de la République parce qu'il est la clé de
   voûte des institutions,
   parce qu'il est le garant de leur bon fonctionnement.
   Mais ce n'est pas l'affaire du seul Président. C'est l'affaire de la
   nation tout entière. C'est
   l'affaire de tous les Français.
   Les institutions sont notre règle commune, elles sont fortes que si
   chacun les accepte et leur
   reconnaît une légitimité. Il a fallu longtemps pour que la Ve
   République devienne légitime
   aux yeux d'une partie de la gauche, malgré le vote des Français qui
   l'avaient largement
   approuvée. Il a fallu l'alternance et deux septennats de François
   MITTERRAND pour que les
   institutions de la Ve République cessent d'être regardées par une
   partie de la gauche

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   comme un "coup d'Etat permanent". Il a fallu du temps pour que tous
   ceux qui ne pouvaient
   pas se défaire du souvenir du 18 brumaire et du 2 décembre et qui
   avaient cru en retrouver
   la réplique dans le 13 mai 1958, finissent par accepter la légitimité
   de l'élection du Président
   de la République au suffrage universel.
   Il a fallu du temps pour que les inconditionnels de la démocratie
   représentative, qui se
   méfient des passions populaires, acceptent que nos institutions fassent
   une plus large place
   à la démocratie directe.
   Je voudrais, que dans le débat qui va s'ouvrir, chacun se sente acteur,
   que chaque
   sensibilité, que chaque point de vue puisse s'exprimer. C'est pourquoi
   je souhaite que le
   débat sur la modernisation de nos institutions ne soit pas seulement un
   débat à l'intérieur de
   la majorité présidentielle, pas simplement un débat entre les hommes
   politiques ou un débat
   seulement entre juristes.
   Je veux que ce débat soit un débat ouvert, ouvert à tous les partis, à
   toutes les écoles de
   pensée, à tous les Français, à toutes les sensibilités. Cette
   ouverture, le Président de la
   République doit la conduire parce qu'il est l'élu de la nation, parce
   qu'il est Président de tous
   les Français, parce que le Président de la République ne peut pas être
   prisonnier d'un parti,
   parce que le rôle du Président de la République c'est de rassembler, de
   parler pour tous les
   Français, parce que son rôle c'est d'abord de faire vivre la diversité
   française.
   Je consulterai les partis politiques pour qu'ils puissent faire part de
   leur réflexion. Je vous
   annonce la création d'un comité qui associera des hommes politiques,
   des juristes, des
   intellectuels, auxquels je demanderai de réfléchir ensemble et me faire
   des propositions d'ici
   au 1er novembre pour que notre République devienne irréprochable. Pour
   que nos
   institutions soient adaptées aux exigences de la démocratie du XXIe
   siècle, qui ne sont pas
   celles du XIXe, ni celles d'il y a cent ans, ni celles d'il y a
   cinquante ans.
   Ce comité, pour bien remplir sa mission, doit être au-dessus des
   partis, se tenir à distance
   des jeux de rôle de la politique ordinaire. C'est la raison pour
   laquelle j'ai souhaité que les
   personnalités qui le composeront soient choisies sur les seuls critères
   de leurs qualités
   personnelles, de leur expérience, de leurs compétences. Je n'ai pas
   souhaité que les partis y
   désignent leurs représentants. J'ai souhaité au contraire que chacun y
   siège en toute liberté,
   en toute indépendance, et puissent s'exprimer en toute sincérité.
   J'ai choisi d'en confier la présidence à Edouard BALLADUR. Sa longue
   carrière au service
   de l'Etat, sa grande expérience des affaires publiques, son sens de
   l'intérêt général et la
   réflexion qu'il poursuit depuis longtemps sur le fonctionnement de nos
   institutions le
   désignaient tout naturellement pour assumer cette responsabilité.
   Je le remercie du fond du coeur d'avoir accepté sans hésiter de servir
   une fois de plus son
   pays comme il l'a toujours fait tout au long de sa vie.
   J'ai demandé à Jack Lang, qui est agrégé de droit public et dont tout
   le monde connaît
   l'expérience d'homme d'Etat, d'en être un membre éminent.
   Je veux, dans les circonstances actuelles, lui dire que je rends
   hommage à son sens de
   l'intérêt général, et lui témoigner mon respect et mon estime à un
   moment où il me semble
   que sa famille politique ne lui témoigne ni l'un, ni l'autre, lui
   reprochant simplement d'être un
   homme ouvert, ouvert d'esprit et ouvert de pratique.
   J'ai demandé à Pierre MAZEAUD de prendre sa part à cette entreprise. Il
   a été Ministre,
   député, et il a présidé avec brio le Conseil Constitutionnel. C'est un
   juriste hors pair. Avec lui
   je sais que la Constitution sera abordée avec ce respect dont je
   parlais tout à l'heure. Je sais

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   aussi que son éternelle jeunesse d'esprit ne sera effrayée par aucune
   audace dès lors
   qu'elle n'affaiblira pas l'autorité de l'Etat. On me dit : "mais ces
   personnes appartiennent à
   des courants de pensées différents. Oui, nous y voilà, raison de plus
   pour qu'ils assument
   ensemble la cohérente de leur diversité. La nation française est une
   synthèse, et c'est par
   cette synthèse que nous tirerons nos institutions vers le haut.
   J'ai demandé de se joindre à eux à de grands juristes comme Guy
   Carcassonne, professeur
   de droit constitutionnel, comme Olivier SCHRAMEK, Conseiller d'Etat,
   ancien secrétaire
   général du Conseil Constitutionnel et à d'autres encore dont les
   talents et les mérites sont
   indiscutables. Mes chers amis, je veux que votre réflexion soit
   éclairée par l'avis des plus
   éminents de nos concitoyens.
   Ils seront au total entre 12 et 15 membres. Je souhaite que leur
   travail s'organise autour de
   la notion de responsabilité. Je suis pour que les institutions
   permettent à la volonté politique
   de s'exprimer parce que je veux que la France soit gouvernée. Parce que
   si le gouvernement
   ne peut pas gouverner, la France ne pourra pas se réformer.
   Mais mes chers amis, il ne peut y avoir de pouvoir fort sans
   responsabilité forte. Comme
   m'amusent et m'interpellent ces commentaires me prévenant : "le
   Président de la République
   prend tous les risques, il assume les décisions de son gouvernement.
   S'il y a des ennuis
   comment fera-t-il ?" J'assume mes responsabilités parce que vous m'avez
   demandé de les
   assumer, vous n'avez pas attendu de moi que j'aille à la télévision
   pour dire que ce n'est pas
   de ma faute, c'est la faute de mon Premier ministre. Mais c'est moi qui
   l'ai choisi, le Premier
   ministre
   ! C'est une question de conviction et de tempérament. Je ne peux pas
   faire
   semblant d'être responsable alors que les Français ont fait de moi le
   premier des
   responsables. Et chacun d'entre vous, face à vos enfants dans vos
   familles, vous êtes
   responsables. Face à l'entreprise ou à l'administration dans laquelle
   vous travaillez, vous
   êtes responsables et tous les jours vous assumez vos responsabilités.
   Au nom de quoi le
   chef de l'Etat, qui devrait être le premier des Français, serait donc
   le seul à devoir s'organiser
   pour ne pas avoir à assumer les siennes. Je suis responsable. Si cela
   va bien, j'en tirerai
   toutes les conséquences. Si cela va mal, je dirai aux Français pourquoi
   cela va mal. Ils
   sauront au moins à qui la faute et ainsi on recréera un lien de
   confiance entre le peuple et
   les dirigeants, lien qui a été gravement atteint par le déficit de
   responsabilité.
   Oui je souhaite que le Président de la République gouverne. Je me fais
   immédiatement
   pardonné, c'est Georges POMPIDOU qui a employé cette formule mais je
   souhaite que dès
   lors que le Président gouverne il soit amené à rendre davantage de
   comptes. Je souhaite
   donc que soit étudiée la possibilité que le Président de la République
   puisse s'exprimer au
   moins une fois par an devant le Parlement pour expliquer son action et
   pour rendre compte
   de ses résultats. Même s'il ne peut y avoir débat entre le Président de
   la République et la
   représentation nationale, même s'il n'y a pas juridiquement une mise en
   jeu de la
   responsabilité, tout le monde sent bien que ce serait un engagement
   fort, la mise en jeu
   d'une forme de responsabilité intellectuelle et j'ose le mot "morale"
   qui ne serait pas anodine
   et qui aurait forcément des conséquences politiques sans que pour
   autant la dignité de la
   fonction présidentielle et la fonction de recours qu'elle incarne soit
   le moins du monde remise
   en cause. Savez-vous que si le Président de la République, quel qu'il
   soit, veut s'adresser au
   Parlement, il doit faire lire aujourd'hui un message par un tiers que
   les parlementaires
   écoutent sans broncher, debout. Au XXIe siècle, peut-être faudra-t-il,
   avec l'accord de
   Christian PONCELET et Bernard ACCOYER et des parlementaires ainsi
   réunis,
   dépoussiérer cela. Dans le même esprit, je souhaite que soit examinée
   la question du
   nombre de mandats présidentiels. Faut-il les limiter à deux mandats
   successifs ? Parce que
   je pense que l'énergie que l'on met à durer, on ne la met pas à agir.
   Moi, j'ai été élu pour
   agir, pas pour durer. Ou faut-il laisser les électeurs en décider ? Je
   souhaite, sur ce sujet très
   sensible, que le pouvoir de nomination du Président de la République
   soit encadré, pour que
   pour les postes à haute responsabilité, la décision soit partagée avec
   le Parlement, non

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   seulement parce qu'il est nécessaire de sortir de la République des
   connivences pour rentrer
   dans la République des compétences, mais aussi parce que l'opposition
   ayant participé au
   contrôle des nominations, ayant eu son mot à dire sur la compétence des
   candidats et la
   pertinence de leurs projets, on pourra peut-être espérer en finir avec
   cette valse des
   responsables à chaque alternance politique qui nuit tant à la
   continuité de l'action. Comment
   faut-il organiser ce contrôle ?
   Mesdames et Messieurs les parlementaires, quel pouvoir donner au
   Parlement ? Quel rôle
   peut y jouer l'opposition ? Voici les questions auxquelles le Comité et
   vous-mêmes aurez à
   répondre. Ces questions appellent immédiatement une autre. Je souhaite
   doter l'opposition
   d'un statut, pour que l'opposition puisse mieux jouer son rôle dans une
   démocratie apaisée.
   De quel moyen, de quel droit doit disposer l'opposition pour être en
   mesure, non pas
   d'empêcher la majorité et le gouvernement de gouverner, mais pour les
   mettre davantage en
   face de leurs responsabilités. Un gouvernement responsable, cela donne
   une République
   irréprochable. On peut quand même y réfléchir ensemble, faire un pas
   vers les autres,
   trouver le meilleur compromis pour travailler mieux au service de notre
   pays.
   Il faut envisager naturellement cette reconnaissance du rôle de
   l'opposition dans la
   perspective d'une revalorisation indispensable du rôle du Parlement.
   Faut-il redonner au
   Parlement davantage de maîtrise de son ordre du jour
   ? Il faut bien reconnaître
   qu'aujourd'hui, cette maîtrise n'existe pas. Est-ce que c'est normal ?
   Faut-il créer d'autres
   Commissions ? Il n'y a pas de Commission spécifique pour le
   développement durable et
   l'environnement, enjeux pourtant majeur !
   Quels moyens de contrôle supplémentaires doivent être donnés aux
   assemblées ?
   Je souhaite que toutes les questions puissent être posées. Je veux
   qu'il n'y ait aucun tabou.
   Je veux qu'il n'y ait aucune autocensure. Je veux même qu'il n'y ait
   aucun interdit. Parlons-
   nous en citoyens français passionné de l'intérêt de la France, pour
   moderniser nos
   institutions et donner le meilleur à notre pays. Je vais prendre des
   exemples.
   Je suis réservé quant à la suppression de l'article 49-3 qui permet au
   gouvernement de faire
   adopter un texte quand il n'y a pas de majorité pour voter la censure.
   Sa suppression, sans
   doute, modifierait profondément les équilibres de la Ve République.
   Mais je suis bien obligé
   de reconnaître que l'utilisation du 49-3 a toujours suscité des débats.
   Ces débats n'ont
   jamais été conduits à leur terme. Je veux que l'on aille jusqu'au bout
   de ce débat.
   Il ne faut pas avoir peur de discuter du 49-3, mais je souhaite
   également que l'on n'ait pas de
   crainte de discuter de l'article 16. Je ne crois pas qu'il soit
   pertinent de le supprimer sous le
   seul prétexte qu'il n'a pas servi depuis longtemps, tant l'histoire a
   montré qu'aucun pays
   n'était jamais à l'abri de circonstances exceptionnelles. Mais pourquoi
   serait-il interdit de
   discuter de l'article 16 ? Et même si on le garde, de discuter d'une
   nouvelle rédaction de
   l'article 16 pour l'adapter aux réalités de notre temps ?
   J'ai vu qu'il y avait un débat sur le rôle du Premier Ministre ? Il est
   aussi ancien que la Ve
   République. Prenons ce débat à bras-le-corps au lieu de l'éluder.
   Il y a un débat sur l'étendue des pouvoirs du Président de la
   République ? Eh bien mettons
   le sujet sur la table et je prendrai des initiatives dans quelques
   jours pour que le budget de
   l'Elysée et de la Présidence de la République obéisse à des conditions
   de transparence
   indispensables dans notre pays. Je demanderai au Président de la Cour
   des Comptes de
   contrôler le budget de la Présidence de la République, ce qui n'a
   jamais été fait jusqu'à
   présent.
   Il y a un débat sur le retour à un parlementarisme plus pur ? Je n'y
   suis pas favorable. Mais
   ce n'est pas une raison de ne pas en parler et de ne pas aller jusqu'au
   bout.

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   Il y a des voix qui s'élèvent pour dire que la logique du quinquennat
   oblige à aller vers un
   régime présidentiel où la séparation des pouvoirs est totale. Je crois
   que la France n'est pas
   prête à cette évolution et que les conditions ne sont pas réunies pour
   qu'un tel système
   fonctionne correctement. Mais pourquoi ne pas échanger sur ce sujet,
   dont j'admets bien
   volontiers qu'il se pose maintenant qu'il y a le quinquennat.
   Il y a une polémique récurrente sur l'indépendance de la justice. Il y
   a un débat pour savoir si
   la justice doit être une simple autorité ou un pouvoir au même titre
   que l'exécutif ou le
   législatif. Je ne suis pas favorable à une justice qui entrerait en
   concurrence avec les deux
   autres pouvoirs. Mais pourquoi ne pas ouvrir ce dossier et en parler
   une fois pour toutes ? Je
   le dis devant le Garde des Sceaux, ma chère Rachida DATI, que
   j'apprécie tant, comme
   vous le savez, et qui fait honneur à la France. Comme c'est curieux, on
   me rappelle à
   l'indépendance de la Justice matin midi et soir et on me demandait de
   signer un décret de
   grâces collectives qui permettait de libérer 3000 détenus par le seul
   fait du Prince, le Prince
   étant le Président de la République. Moi, ce n'est pas ma conception de
   la République. Il n'y
   aura pas droit de grâces collectives, et si les juges de l'application
   des peines souhaitent
   prendre leurs responsabilités, qu'ils n'hésitent pas à le faire et je
   dis également que je ne
   vois pas au nom de quoi le Président de la République doit présider le
   Conseil Supérieur de
   la Magistrature. D'ailleurs, je pense que si le Président de la
   République préside, c'est pour
   décider. Si l'on ne veut pas qu'il décide, eh bien qu'il ne préside
   pas. Ce n'était pas dans le
   texte mais cela m'a fait très plaisir de le dire.
   Il y a un paradoxe dans le fait que les citoyens français puissent
   contester les lois françaises
   devant les juridictions européennes mais ne puissent pas contester leur
   constitutionnalité
   devant les tribunaux français. Certains pensent que cette faculté
   devrait être reconnue aux
   citoyens de notre pays et que ce serait un progrès pour les libertés.
   Mais faut-il transformer
   le Conseil Constitutionnel en Cour Suprême ? Faut-il que la
   jurisprudence prenne le pas sur
   la loi ? Faut-il accroître l'insécurité juridique ? Je ne suis pas
   favorable à la judiciarisation de
   la société. Je ne suis pas favorable à ce que le juge prenne le pas sur
   le législateur. Ce
   serait une rupture profonde avec notre modèle républicain. Mais
   pourquoi ne pas examiner
   les termes de ce débat puisqu'il existe et puisqu'il est sur la table,
   allons jusqu'au bout de sa
   logique, présentons les alternatives et choisissons une bonne fois pour
   toutes.
   Il y a un débat sur la représentativité du Parlement et j'ose le mot
   sur la proportionnelle ? Je
   suis pour le scrutin majoritaire qui permet de dégager des majorités
   stables pour gouverner.
   Mais au nom de quoi peut-on refuser de discuter de l'introduction d'une
   dose de
   proportionnelle dans l'une de nos Assemblées qui permettrait
   d'améliorer la représentativité
   du Parlement sans remettre en cause le fait majoritaire ?
   Il y a un vieux débat, cher Christian, sur le rôle du Sénat.
   Permettez-moi de vous dire que ce
   débat qui va et vient, c'est le Général de GAULLE, lui-même, qui l'a
   ouvert en 1969 ?
   Pourquoi nous interdirions-nous de reprendre ce débat
   ? Pourquoi refuserions-nous
   d'examiner dans quelles conditions le Sénat pourrait mieux refléter la
   diversité française qui
   a besoin aujourd'hui d'être davantage présente dans les institutions de
   la République ?
   Parlons-en.
   Vous l'avez compris : je souhaite que l'essentiel soit mis sur la table
   et je n'ai pas voulu
   apporter des réponses à toutes ces questions. Je veux ouvrir un débat,
   pas le refermer. Je
   prendrai mes responsabilités le moment venu. Je souhaite que l'on
   examine concrètement
   tous les moyens qui permettront à notre république et à notre
   démocratie de progresser.
   J'ai une conviction : il ne faut jamais fuir le débat, il ne faut
   jamais en avoir peur.
   Il y a 61 ans, ici même, le Général de GAULLE avait déclaré en
   conclusion de son discours
   sur les institutions : "Ces convictions n'ont pas de parti. Elles ne
   sont ni de gauche ni de

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   droite. Elles n'ont qu'un seul objet, qui est d'être utiles au pays.
   Ils le savent bien et elles le
   savent bien, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous dont
   nous avons eu
   souvent l'honneur et le réconfort de toucher le coeur et d'atteindre
   l'esprit en leur demandant
   de se joindre à nous pour servir la France. Ces phrases n'ont pas pris
   une ride, il s'agit bien
   de la même chose et le matin je me dois de penser en commençant ma
   journée de travail,
   aux quelques 21 millions de Français qui ont porté leur suffrage sur ma
   candidature mais je
   n'ai pas le droit d'oublier les 17 millions qui ont choisi une autre
   candidate et qui ne sont pas
   moins Français que les autres et dont je ne suis pas moins le Président
   que les autres. Je
   dois faire la synthèse, donner une cohérence pendant la durée de mon
   mandat aux 21
   millions et aux 17 millions. Je n'ai pas le droit d'abandonner une
   partie de la France parce
   qu'elle n'a pas fait le choix de ma candidature avant que je ne sois
   élu. De la même façon,
   les élus qui sont ici, y a-t-il un Maire ou un Président d'Assemblée
   départementale qui ne
   travaille que pour ceux qui ont voté pour lui dans son canton ou dans
   sa commune ? Cher
   Michel, ici, à Epinal, tu ne fais pas la différence entre celui qui a
   voté et celui qui n'a pas
   voté, tu prends les Spinaliens pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire une
   collectivité de femmes et
   d'hommes à égalité de droits et de devoirs. Mais c'est le devoir du
   Président de la
   République d'agir ainsi, et ce qui m'étonne c'est que l'on s'étonne des
   initiatives que je
   prends pour associer le plus grand nombre à l'action de la Présidence
   de la République
   Française. C'est cela la République irréprochable et la démocratie
   apaisée.
   Mes chers amis, on me dit : cela va trop vite ! C'est grand même moins
   grave que quand
   cela va pas assez. Vous en faites trop, mais cela fait si longtemps que
   l'on n'en fait pas
   assez. La société est si complexe et je vous demande de comprendre que
   l'on ne peut pas
   changer la fiscalité si l'on ne change pas la formation, qu'on ne peut
   pas changer l'Université
   si l'on ne fait pas une véritable révolution de civilisation dans
   l'Education nationale, que l'on
   ne peut pas essayer de remettre en valeur des idées si profondes sur
   son le travail et sa
   récompense, le mérite, l'effort, le respect, l'autorité et en même
   temps ne pas penser aux
   institutions. Je veux justement remettre en mouvement l'ensemble de la
   France parce que
   tout se tient et que le premier problème de la France, c'est de
   retrouver de l'énergie pour
   retrouver de l'espoir. Le but ultime de l'action que je mène, c'est que
   chacun de vos enfants,
   c'est que dans chacune de vos familles on se dise que demain pourrait
   être mieux
   qu'aujourd'hui, que chacun de nos jeunes se disent que si ils
   travaillent dur, ils pourront avoir
   un avenir meilleur, que chacun et ceux qui sont dans cette salle se
   disent que s'ils travaillent,
   ils pourront assurer la promotion sociale de leur famille, ils pourront
   vivre mieux. Le but de
   mon action, c'est que le travail soit valorisé, récompensé, que vous
   puissiez transmettre à
   vos enfants le fruit d'une vie de travail sans payer un impôt indu sur
   des successions que,
   par ailleurs, vous avez à de multiples reprises assumé.
   Je veux revaloriser le travail, récompenser le travail et je veux
   par-dessus tout que vous
   vous disiez qu'il n'y a pas de fatalité, que de nouveau la politique
   peut agir sur votre vie
   quotidienne, que l'on peut changer les choses et que celui qui ne peut
   rien c'est celui qui ne
   veut rien.
   Alors, si celui qui ne veut rien ne peut rien, peut-être que ceux qui
   veulent tout auront
   quelque chose. Qu'est-ce que nous voulons ? Que vous soyez de nouveau
   fiers de votre
   pays, fiers de votre nation, fiers de votre patrie, fiers de la France.
   Comme le Général de GAULLE l'a dit ici, qu'il me soit permis de vous
   dire du fond du coeur :
   Vive la République !
   Vive la France !
