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   DISCOURS DE
   M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
   62^ème Assemblée Générale des Nations Unies
   New York - Mardi 25 septembre 2007
   Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
   Mesdames et Messieurs,
   J’adresse à tous les peuples que vous représentez le salut fraternel de
   la France.
   Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,
   Votre responsabilité est immense. La France vous fait confiance.
   C’est la première fois que je m’exprime au nom de la France à cette
   tribune. Il s’agit pour
   moi d’un instant solennel, d’un instant émouvant. Je ne peux m’empêcher
   de penser à
   tous ces hommes, avant nous tous, et toutes ces femmes qui, dans un des
   moments les
   plus tragiques pour l’humanité, où le monde risquait de sombrer dans la
   barbarie, des
   femmes et des hommes, trouvant cette fatalité insupportable, ont su
   opposer à la force, à
   la violence, à la barbarie, la justice et la paix.
   C’est alors que naquit l’Organisation des Nations Unies.
   L’Organisation des Nations Unies, Monsieur le Secrétaire Général,
   Mesdames, Messieurs,
   ce n'est pas une simple construction politique, ce n’est pas une simple
   construction
   juridique, c’est. un réveil de la conscience humaine contre tout ce qui
   menace de
   détruire l’humanité.
   Je n’ai jamais cru que l’ONU pourrait un jour extirper la violence qui
   est dans l’Homme.
   Mais ce que je sais au plus profond de moi c’est malgré tous ses
   échecs, sans l’ONU, nous
   n’aurions jamais pu mettre un terme à des conflits qui paraissaient
   sans issue. Souvenez-
   vous, Mesdames et Messieurs, le génocide du Cambodge, ce peuple
   martyrisé par ses
   bourreaux, l’indépendance de la Namibie, l’indépendance de Timor.
   Regardez la région
   des Grands Lacs et en Afrique de l’Ouest. Et sans l’ONU le monde aurait
   peut-être connu
   une troisième guerre mondiale sans doute plus effroyable encore que les
   deux
   précédentes.

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   La France est convaincue que l’ONU est le seul remède que nous ayons à
   dresser contre
   l’aveuglement et la folie qui parfois s’emparent des hommes.
   Le message que je veux vous adresser au nom de la France est simple :
   dans ce monde
   où le sort de chacun de nous dépend de celui des autres, l’ONU ne doit
   pas être affaiblie,
   l’ONU doit être renforcée. Et la réforme de l’ONU pour l'adapter aux
   réalités de ce monde
   est, pour la France, une priorité absolue. Nous n’avons pas le temps
   d’attendre.
   C’est à l’échelle planétaire qu’il faut poser et résoudre les problèmes
   du monde.
   Personne sur la Terre ne peut se mettre tout seul à l’abri des
   conséquences du
   réchauffement climatique, du choc des civilisations, des grandes
   épidémies.
   Contre les égoïsmes, contre les fanatismes, contre la haine, nous avons
   le devoir de
   renouveler l’appel à la conscience universelle qui a déjà permis que
   pour la première
   fois dans l’Histoire tous les peuples du monde, toutes les nations
   acceptent de se réunir
   dans une enceinte commune pour se parler par-delà tout ce qui nous
   divise.
   Cet appel à la conscience universelle, c’est un appel à la paix.
   C’est un appel à l’ouverture.
   C’est un appel à la diversité.
   C’est un appel à la responsabilité.
   Et c’est un appel à la justice.
   La France a toujours cherché à être plus grande pour les hommes que
   pour elle-même.
   La France comme toutes les nations a, au cours de sa longue histoire,
   commis des
   erreurs et même parfois des fautes. Mais le peuple français a toujours
   choisi le camp de
   la liberté et celui de la démocratie.
   La France est fidèle à ses amis et aux valeurs qu’elle partage avec
   eux. Mais la France
   veut dire que cette fidélité n’est pas une soumission, cette fidélité
   n’est pas un
   enfermement. Cette fidélité, la France veut la mettre au service de
   l’ouverture aux
   autres.
   Je veux dire au monde que la France restera disponible pour parler avec
   chacun dans le
   monde, sur tous les continents.
   Je veux dire aussi que l’ouverture n’est pas la démission,que la
   compréhension ce n’est
   pas la faiblesse. La faiblesse et la démission ne sont pas des facteurs
   de paix mais des
   facteurs de guerre. La France et l’Europe en ont éprouvé jadis les
   conséquences
   tragiques pour elles-mêmes et pour le monde. Quand on est faible et
   soumis, alors on se
   prépare à accepter la guerre. Et nous avons tous le devoir de faire en
   sorte que cela ne
   recommence jamais.
   Il n’y aura pas de paix dans le monde si la communauté internationale
   transige avec le
   droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et avec les droits de l’homme.
   Il n’y aura pas de paix dans le monde si la communauté internationale
   n’a pas une
   volonté farouche de lutter contre le terrorisme.
   Il n’y aura pas de paix dans le monde si la communauté internationale
   n’est pas unie
   dans la volonté d’en finir avec les guerres au Moyen-Orient, dans la
   volonté d’en finir
   avec l’horreur du Darfour, avec la tragédie libanaise ou avec le drame
   humanitaire de la
   Somalie.

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   Je veux le dire en pesant mes mots, il n’y aura pas de paix dans le
   monde si la
   communauté internationale fait preuve de faiblesse face à la
   prolifération des
   armements nucléaires. L’Iran a droit à l’énergie nucléaire à des fins
   civiles. Mais en
   laissant l’Iran se doter de l’arme nucléaire, nous ferions courir un
   risque inacceptable à
   la stabilité de la région et à la stabilité du monde. Je veux dire au
   nom de la France que
   cette crise ne sera résolue que si la fermeté et le dialogue vont de
   pair.
   C’est dans cet esprit que la France agira.
   Je veux dire, au nom de la France, qu’à la volonté de puissance qui
   sans cesse menace de
   rompre l’équilibre si fragile de la paix, la communauté internationale
   a le devoir
   d’opposer son unité sans faille et sa détermination à faire prévaloir
   le droit.
   Je veux dire au nom de la France qu’il n’y aura pas de paix dans le
   monde sans le respect
   de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le
   respect, -j’ose le mot, -des
   religions et des croyances, sans le respect des cultures.
   L’attachement à sa foi, à son identité, à sa langue, à sa culture, à
   une façon de vivre, de
   penser, de croire, c’est légitime et c’est profondément humain. Le
   nier, c’est nourrir
   l’humiliation. Ce serait donner raison au nationalisme, au fanatisme,
   au terrorisme.
   On n’évitera pas le choc des civilisations en imposant à tous les
   peuples de penser et de
   croire la même chose. La France entend poursuivre avec tous les hommes
   de bonne
   volonté le combat pour construire le nouvel ordre mondial du XXIe
   siècle. Nous voulons
   un Liban qui puisse vivre indépendant et nous disons que la France sera
   toujours aux
   côtés du Liban dans sa volonté d’indépendance
   Nous voulons que demain Israéliens et Palestiniens trouvent en
   eux-mêmes la force de
   vivre en paix. La paix est possible. Elle est possible maintenant et
   nous y mettrons toute
   notre énergie.
   Nous voulons la coexistence pacifique des grandes religions pour
   vaincre les intégrismes
   et les fanatismes.
   Mais je veux dire avec gravité qu’il y a trop d’injustices dans le
   monde pour que le
   monde puisse espérer vivre en paix.
   Les fondateurs de l’ONU savaient qu’on lit l’avenir du monde dans le
   regard de l’enfant
   martyrisé, de l’enfant qui a faim, de l’enfant qui voit ses parents
   humiliés, de l’enfant qui
   depuis sa naissance n’a connu que la guerre, de l’enfant qu’on a
   arraché à sa maison, à sa
   patrie, à sa famille.
   Parce que dans le regard désespéré de cet enfant là, il n’y a pas
   simplement de la
   souffrance, il y a toutes les guerres, toutes les révoltes qui demain
   ensanglanteront le
   monde.
   Regardons notre monde tel qu’il est. Regardons ce que nous en avons
   fait.
   Avons-nous assez voulu que notre monde devienne plus juste ?
   La réponse est non.
   Avons-nous assez agi pour cette justice ? La réponse c’est non
   Lorsque le mur de Berlin est tombé, nous avons tous rêvé que l’histoire
   cesserait d’être
   tragique.

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   Regardons notre monde tel qu’il est afin de le rendre meilleur Jugeons
   notre monde à
   l’aune de la justice.
   La justice c’est que les Palestiniens retrouvent un pays, et construise
   un Etat.
   La justice c’est que le peuple israélien ait le droit de vivre en
   sécurité.
   La justice c’est que le peuple libanais retrouve sa liberté.
   La justice c’est que le peuple irakien dans sa diversité trouve en
   lui-même le chemin de
   la réconciliation, et de la démocratie.
   La justice c’est que le pays en développement auquel on voudrait
   imposer des règles
   environnementales alors que les habitants ont à peine de quoi manger
   soit aidé pour les
   mettre en place.
   La justice c’est qu’on ne puisse pas exploiter les ressources d’un pays
   sans en payer le
   juste prix.
   Regardons notre monde en face. Jamais il n’y a eu autant de phénomènes
   de rente qui
   concentrent autant de profits sur quelques grands groupes.
   Il y a dans le monde et jusque dans les pays les plus riches, une
   multitude d’hommes et
   de femmes, qui même plus l’espoir de sortir un jour de leur détresse
   matérielle et
   morale.
   Alors pour terminer, je veux m’adresser à la conscience de tous ceux
   qui ont une
   responsabilité dans la conduite des affaires du monde.
   Parce que si nous ne le faisons pas, les pauvres et les exploités se
   révolteront un jour
   contre l’injustice qui leur est faite
   C’est d’un nouvel état d’esprit dont le monde a besoin.
   C’est un véritable New Deal à l’échelle planétaire qui est nécessaire.
   Un New Deal écologique et économique.
   Au nom de la France, j'appelle tous les Etats à se réunir pour fonder
   le nouvel ordre
   mondial du 21ème siècle sur cette idée forte que les biens communs de
   l'humanité
   doivent être placés sous la responsabilité de l'humanité toute entière.
   Au nom de la France, je lance un appel solennel aux Nations Unies pour
   que, dans ce
   siècle marqué par le retour de la rareté, elles se donnent les moyens
   d'assurer à tous les
   hommes à travers le monde l'accès aux ressources vitales, de l’eau, de
   l’énergie, de
   l'alimentation, des médicaments, et de la connaissance.
   Je lance un appel solennel aux Nations Unies pour qu'elles prennent en
   main la question
   d'une plus juste répartition des profits, de la rente des matières
   premières, des rentes
   technologiques.
   Je lance un appel solennel aux Nations Unies pour qu'elles prennent en
   main la
   moralisation du capitalisme financier.
   Je lance un appel aux Nations Unies pour aller plus loin dans la lutte
   contre la corruption
   qui mine des pays qui souffrent et qui sont trop pauvres.

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   Mesdames et Messieurs,
   Il faut que les choses changent, que les mentalités changent, que les
   comportements
   changent. C’est notre responsabilité. C’est notre responsabilité
   maintenant parce que
   demain il sera trop tard, parce que sinon nous verrons ressurgir toutes
   les menaces que
   les hommes de l’après-guerre croyaient avoir conjurées Ne prenons ce
   risque à la légère.
   Peuples du monde, ensemble nous pouvons construire un avenir meilleur
   pour tous les
   hommes.
   Il ne dépend que de nous, de notre capacité à être fidèles aux valeurs
   au nom desquelles
   nous sommes réunis ici aujourd’hui.
   Vous l’avez compris, la France pense que nous n’avons plus le temps
   d’attendre. La
   France demande l’action, la France encourage l’action, la France sera
   au rendez-vous de
   l’action au service de la paix dans le monde.
   Je vous remercie.
