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   DISCOURS DE M. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
   devant le Parlement britannique
   Palais de Westminster - Mercredi 26 mars 2008
   Madame le Speaker de la Chambre des Lords,
   Monsieur le Speaker de la Chambre des Communes,
   Monsieur le Premier ministre,
   Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,
   Pour le Président de la République française, c’est un honneur
   exceptionnel que de parler aux
   deux chambres réunies du Parlement britannique.
   C’est dans ces murs, dans vos murs, que la vie politique moderne est
   née. Sans votre Parlement,
   la démocratie parlementaire n’aurait pas existé sous cette forme dans
   le monde. Et c’est grâce à
   la pratique parlementaire née dans ces lieux, que vous avez imposé la
   démocratie parlementaire
   comme la meilleure garantie contre la tyrannie.
   L’histoire de votre institution, de votre Parlement influence
   aujourd’hui encore la plupart de nos
   régimes politiques contemporains. L’affirmation de votre Parlement
   s’est faite au service de la
   protection des libertés individuelles, c’est une leçon que vous, les
   Britanniques, vous avez
   donnée au monde. Ce Parlement, le vôtre, a été le premier au monde à
   obtenir les résultats de la
   démocratie parlementaire qui font que vous êtes et vous représentez la
   pierre angulaire de
   toutes nos démocraties. C’est ici que des parlementaires ont peu à peu
   inventé ce qu’est un parti,
   un programme électoral et finalement une majorité.
   Et c’est par cette institution que la grandeur du Royaume-Uni s’est
   affirmée. Et si je suis si
   honoré de m’adresser à vous, c’est parce que le cœur politique du
   Royaume-Uni bat sous ce toit.
   Voyez-vous, je crois profondément en la force du mot politique. Je
   crois profondément en la
   capacité du politique à améliorer et à peser sur le destin des peuples.
   Les institutions, aussi perfectionnées soient elles, n’existent que
   pour autant qu’elles sont au
   service d’un peuple. Et la force du peuple britannique est celle d’un
   peuple libre qui se
   détermine par lui-même et qui est prêt aux plus grands sacrifices pour
   défendre sa liberté.
   Combien votre Nation a-t-elle vaincu d’invincibles armadas ? Combien
   votre Nation a-t-elle
   gagné de batailles que tout le monde croyait perdues ? Et si votre
   Nation a su relever tant de
   défis qui semblaient hors de portée, c’est parce que vous aviez la
   conviction que votre cause était
   juste, parce que vous aviez confiance en vous, en vos valeurs, et parce
   qu’en toutes

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   circonstances, la Nation britannique a fait preuve d’une détermination
   et d’un courage qui a fait
   l’admiration du monde entier. La bataille d’Angleterre en fut un
   accomplissement magnifique.
   Et dans l’esprit et dans le cœur même de ceux qui vous ont combattus,
   la Nation britannique
   s’est imposée par son respect de l’autre, par votre tolérance, par
   votre art de vivre, par votre
   liberté d’esprit que vous vous êtes forgés tout au long d’une histoire
   pleine de bruit et pleine de
   fureur. En toutes circonstances, vous, les Britanniques, vous avez su
   rester vous-mêmes, vous
   avez su penser par vous-mêmes, et cela a suffi pour que vous incarniez
   aux yeux de beaucoup
   d’hommes un idéal humain et un idéal politique.
   Alors, s’il est un peuple avec lequel vous avez tissé des liens
   exceptionnels, c’est bien le peuple
   français. Les destins de nos deux pays se mêlent étroitement depuis
   près de 1000 ans. Depuis
   que Guillaume le Conquérant a débarqué de Normandie pour s’emparer du
   trône d’Edouard le
   Confesseur, jusqu’au chemin inverse que firent des centaines de
   milliers de jeunes Britanniques
   pour participer à la libération de l’Europe, nos destins, français et
   britanniques, se sont croisés
   sans cesse. Alors, c’est vrai, la France et l’Angleterre, nous nous
   sommes affrontés pendant des
   siècles, affirmant chacune sa personnalité en l’opposant à l’autre,
   nous nous sommes combattus
   non parce que nous étions trop différents, mais parce que, sans doute,
   nous nous ressemblions
   trop
   Et nous avons jeté ensemble, chacun à notre façon, les bases de l’union
   entre l’Etat et la Nation,
   que la France et le Royaume-Uni ont le mieux incarnées en Europe.
   Oui, nos nations se sont longtemps combattues, jusqu’au jour magique où
   enfin, les Britanniques
   et les Français ont compris que ce qui nous réunissait était plus
   important que ce qui nous
   séparait, que nous avions des intérêts à défendre et, plus encore, que
   nous avions des valeurs
   communes à incarner et à proposer au monde.
   Cette alliance eut un nom : l’« Entente cordiale ». Honnêtement, depuis
   le temps qu’on ne se bat
   plus, on devrait parler de l’ « Entente amicale ». Après des siècles
   d’hostilité, de défiance, qui
   nous conduisirent à nous affronter dans les plus terribles épreuves,
   des souffrances et des
   malheurs partagés dans la fraternité des armes naquit entre nous une
   estime profonde.
   Essayons de faire de cette estime, une amitié sincère.
   A ceux qui veulent opposer les cultures et les traditions des mondes
   germanique, latin et anglo-
   saxon, je veux dire que nous partageons l’essentiel : le même
   humanisme, la même idée de
   l’Homme et que ce que nous appelons la civilisation occidentale, ce que
   nous appelons le
   progrès, la démocratie, la liberté sont, par-delà toutes les
   vicissitudes de l’Histoire, le fruit de
   siècles de dialogue ininterrompu entre nos philosophes, les vôtres et
   les nôtres, entre nos
   responsables politiques et entre nos deux peuples.
   Il nous faut rappeler sans cesse ce qui nous unit plutôt que ce qui
   nous divise.
   Et je veux dire une chose au nom du peuple français, la France
   n’oubliera pas, la France
   n’oubliera jamais que lorsqu’elle était au bord de l’anéantissement,
   c’est l’Angleterre qui était
   aux côtés de la France.
   Au nom du peuple français, je suis venu vous dire un merci éternel.
   Nous n’avons pas oublié
   parce que nous n’avons pas le droit d’oublier ce que de jeunes
   Britanniques ont fait pour la
   liberté du peuple français.
   La France n’oubliera jamais parce qu’elle n’en a pas le droit, le sang
   anglais, le sang écossais, le
   sang gallois, le sang irlandais mêlés au sang français dans la boue des
   tranchées de la première
   guerre mondiale.

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   La France n’oubliera jamais l’accueil que le peuple britannique fit au
   Général de Gaulle et à la
   France Libre.
   La France n’oubliera jamais l’héroïque résistance du peuple britannique
   sans laquelle tout aurait
   été perdu.
   La France n’oubliera jamais que la Reine, alors que Londres était
   bombardée, a choisi avec sa
   famille d’y demeurer en signe de solidarité avec son peuple.
   La France n’oubliera jamais la belle jeunesse venue de tout l’Empire
   britannique pour se
   sacrifier sur les plages et dans les bocages de Normandie.
   Les guerres du siècle passé l’ont montré : comme deux frères, ce que le
   peuple français et le
   peuple britannique peuvent accomplir ensemble est beaucoup plus grand
   que ce qu’ils peuvent
   réaliser séparément. Ensemble, nous sommes plus forts que seuls l’un à
   côté de l’autre ou que
   seuls l’un contre l’autre. C’est le message politique que je voulais
   vous faire partager cet après-
   midi.
   Et peu importe que nos ressemblances prennent le pas sur nos
   différences. Un Français restera
   toujours un Français et un Anglais toujours un Anglais. Alors, bien
   sûr, chacun gardait son
   originalité. Vous êtes restés une monarchie alors que nous devenions
   une République. Nous
   restons attachés à l’harmonie du droit romain, à la vitalité de nos
   terroirs, tout ce que tant de
   Britanniques aiment en France. Et vous avez toujours privilégié la
   liberté du contrat, le
   dynamisme des métropoles, la tradition qui trouve toute sa place dans
   le présent, tout ce que
   tant de Français aiment dans votre pays.
   Mais l’essentiel n’est plus là. Nous devons faire de nos différences
   des complémentarités. Jamais
   la France et le Royaume-Uni n’ont été aussi proches, aussi liés l’un à
   l’autre. Et qu’il me soit
   permis de saluer Londres devenue la 7e ville française ! Aujourd’hui,
   le nombre de citoyens
   britanniques qui ont choisi de s’installer en France n’a jamais été
   aussi élevé.
   Nous avons appris à nous comprendre dans de nombreux domaines. Je vais
   vous dire une chose :
   vous, les Britanniques, vous êtes devenus pour nous un modèle, une
   référence. Et nous devons
   nous inspirer de ce que vous avez su faire quelle que soit la couleur
   politique de vos
   gouvernements, ces vingt ou trente dernières années.
   Ce que nous admirons peut-être le plus chez vous, c’est cette capacité
   qu’a toujours eue votre
   peuple de changer pour épouser et parfois pour précéder la marche du
   monde, tout en restant
   fidèle à lui-même.
   Et c’est ainsi que le Royaume-Uni a accompli, sans hésiter, bien des
   révolutions auxquelles tant
   d’autres peuples ne se sont résolus que lorsqu’ils y furent contraints.
   Et pour autant, jamais vous
   n’avez cédé à la tentation de la table rase. Jamais vous n’avez renié
   votre passé, ni votre identité.
   Et si vous avez changé tout au long de votre histoire, c’est pour
   pouvoir rester vous-mêmes.
   Le Royaume-Uni a montré que dans l’économie globale, il existait une
   voie pour atteindre une
   croissance forte, le plein emploi et la solidarité.
   Cette voie, c’est celle des réformes.
   Eh bien, les principes qui permettent avec succès d’affronter la
   mondialisation d’un côté de la
   Manche doivent permettre de l’affronter avec le même succès de l’autre
   côté. Et je ne suis pas
   venu pour dire : voilà ce que la France peut vous apporter. Je suis
   venu vous dire que la France
   doit apprendre aussi à regarder chez ses voisins ce qu’ils ont réussi à
   faire de mieux, plus fort et

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   avant elle. Ce n’est pas un pays faible qui dit cela, c’est un pays
   fort que celui qui est capable de
   reconnaître que d’autres ont fait mieux sur le chemin des réformes que
   soi-même.
   L’enjeu pour nous, c’est de nous inspirer des leçons d’une expérience
   réussie, la vôtre.
   La France s’est remise en marche. Et je puis vous dire une chose, c’est
   que les réformes, je les
   mènerai à leur terme. Parce qu’une conviction a inspiré toute ma vie
   politique, parce qu’une
   conviction m’anime depuis que les Français m’ont confié la première
   charge de l’Etat : je n’ai pas
   été élu pour m’incliner devant les fatalités. Et si la politique a un
   sens, au Royaume-Uni comme
   en France, c’est que nos peuples attendent que nous ne nous inclinions
   pas devant les fatalités.
   J’ai été élu pour créer des opportunités, pour changer la France à
   travers un processus continu
   de réformes profondes.
   Je dis oui à la mondialisation et en même temps oui à une meilleure
   protection des travailleurs.
   Je dis oui au libre échange et en même temps oui à la défense de nos
   intérêts en souhaitant qu’en
   Europe on comprenne le sens du mot réciprocité. Je dis oui au marché et
   oui à une politique
   intelligente au profit de secteurs stratégiques, oui, aux politiques
   communes qui ne remettent
   pas en cause l’identité de nos nations.
   Alors, en l’espace d’une génération, la mondialisation a pris une
   tournure nouvelle.
   Hier condamnés par toute une école de pensée, les Nations et les États
   - le mot Nation ne me fait
   pas peur - les Nations et les Etats doivent trouver une réponse aux
   inquiétudes et aux angoisses
   de nos concitoyens. Le monde traverse des changements considérables et
   les nations ont besoin
   de passeurs d’une époque à une autre. Nous vivons le XXIème siècle avec
   les règles du XXème.
   C’est le rôle que doivent se fixer nos deux pays.
   La mondialisation qui avait apporté tant de réponses, ouvert tant
   d’espérances a fait naître
   d’autres questions, suscité d’autres souffrances qui appellent des
   remèdes radicalement
   nouveaux.
   Ces formes nouvelles, il nous appartient, ensemble, de les inventer.
   Face à tous les problèmes inédits qu’il va nous falloir résoudre, le
   Royaume-Uni et la France ont
   un rôle majeur à jouer.
   En additionnant nos forces, nous pouvons contribuer à faire émerger une
   nouvelle
   mondialisation, plus libre, plus équitable, plus responsable et plus
   juste.
   La vérité, c’est que pour être à la hauteur de nos responsabilités, nos
   deux pays ont aujourd’hui
   besoin l’un de l’autre.
   Au nom du peuple français, je suis venu proposer au peuple britannique
   qu’ensemble nous
   écrivions une nouvelle page de notre histoire commune, celle d’une
   nouvelle fraternité franco-
   britannique. Une fraternité franco-britannique pour le XXIème siècle.
   Nous souhaitons plus d’entente, plus de coopération entre nous.
   Tout le justifie : nous avons le statut de membre permanent du Conseil
   de Sécurité, nous
   sommes des puissances nucléaires, vous et nous, l’influence que nous
   exerçons chacun dans une
   partie du monde, notre appartenance commune à l’Union Européenne, notre
   attachement
   viscéral à la démocratie et à la liberté.
   Nos deux pays sont comparables en influence et en atouts. La France et
   le Royaume-Uni nous
   avons la même population, un PNB quasi identique et les mêmes priorités
   en matière de défense.

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   Nous avons 15000 soldats français sur tous les théâtres de monde, vous
   avez 15000 soldats
   britanniques déployés sur tous les théâtres d’opérations. Nos deux pays
   doivent faire entendre
   leurs idées dans le monde entier. Nos deux pays peuvent, s’ils le
   veulent, être complémentaires.
   Pour conjurer le danger du choc des civilisations, le monde a besoin de
   nos deux vieilles nations
   parce qu’elles connaissent la profondeur de l’Histoire, qu’elles savent
   l’importance de la longue
   durée pour comprendre les sentiments des peuples.
   Mesdames et Messieurs,
   Si le Royaume-Uni et la France veulent plus de justice ensemble, alors
   le monde sera plus juste.
   Si le Royaume-Uni et la France luttent ensemble pour la paix, alors le
   monde sera plus pacifique.
   Si le Royaume-Uni et la France s’unissent pour affronter la tempête
   économique qui se lève et
   proposer ensemble les réformes nécessaires, alors le monde sera moins
   incertain et plus
   prospère.
   Si le Royaume-Uni et la France réfléchissent ensemble à l’avenir du
   capitalisme financier qui doit
   être réformé pour que l’entrepreneur prenne le pas sur le spéculateur,
   pour que l’économie
   mondiale ne continue pas de reposer sur une montagne de dettes, si le
   Royaume-Uni la France et
   parlent d’une même voix, qui pourra refuser de nous entendre ?
   Si le Royaume-Uni et la France parlent d’une même voix contre le
   réchauffement climatique,
   cette voix sera entendue même par ceux qui doutent de gravité de la
   menace qui pèse sur notre
   planète. Je pense d’abord aux Etats-Unis, car pour prévenir une
   catastrophe écologique le monde
   a besoin de l’Amérique. Et qui mieux que les amis les plus sincères de
   l’Amérique peuvent les
   convaincre, lui rappeler les responsabilités mondiales qui sont les
   siennes, au nom des valeurs
   qui nous sont communes et pour lesquelles nous avons partagé tant de
   sacrifices ?
   Si le Royaume-Uni et la France, qui ont tous deux fait résolument le
   choix de l’énergie nucléaire,
   affirment ensemble les avantages incomparables de cette énergie pour
   lutter contre le
   changement climatique alors cet argument aura une portée et une force
   nouvelles.
   Si le Royaume-Uni et la France expriment ensemble leur refus que le
   monde du XXIème siècle
   soit gouverné avec les institutions du XXème, en laissant à l’écart les
   principales puissances
   émergentes et leurs deux milliards et demi d’habitants, alors la voix
   du Royaume-Uni et celle de
   la France additionnée sera entendue dans le monde entier.
   Mesdames et Messieurs les Membres du Parlement,
   Ce que nous ferons ensemble n’aura son sens que si nous l’accomplissons
   d’abord au sein de
   l’Europe, qui est le nom que nous donnons depuis toujours à notre
   destinée commune.
   Chaque fois que le sort de l’Angleterre s’est joué, il s’est joué en
   Europe. Chaque fois que le sort
   de la France s’est joué, il s’est joué en Europe. Je sais, c’est un
   sujet sensible. Il est bien que la
   politique ait le courage de parler des sujets sensibles car à force
   pour nous, les responsables
   politiques, de refuser de parler des sujets sensibles, c’est les
   peuples qui nous rappellent à notre
   devoir. Ce sujet de l’Europe est sensible au Royaume-Uni. Voyez-vous,
   je viens d’un pays où il est
   sensible aussi. Parce qu’il y a quelques années, la France a dit non.
   Et je sais bien ce qu’il en est,
   moi qui ai voté oui.

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   L’Union européenne - je veux le dire parce que c’est ma conviction la
   plus profonde - est notre
   œuvre commune à vous et à nous. C’est une œuvre de paix, c’est une
   œuvre de démocratie et de
   prospérité. C’est une aventure sans précédent dans l’histoire de
   l’humanité, sans précédent
   après des siècles de guerres, de morts et de souffrances auxquelles
   l’Angleterre et la France ont
   pris une si grande part. Les peuples d’Europe ont décidé souverainement
   - sans que personne ne
   les y oblige, seules leur raison et leur intelligence - de bâtir
   ensemble leur avenir.
   Nul n’oubliera jamais que la première grande voix qui s’éleva après la
   guerre pour appeler les
   peuples d’Europe à s’unir fut celle de l’homme d’État qui avait incarné
   à lui seul la résistance
   farouche de la Nation britannique. Je veux dire Winston Churchill.
   Il y a 35 ans, le Royaume-Uni a fait le choix de l’Europe.
   Je suis venu vous dire, chers amis britanniques, que l’Europe a besoin
   du Royaume-Uni et j’ai
   une certaine crédibilité à le dire car, mes amis britanniques le
   savent, j’ai toujours pensé cela
   depuis bien longtemps : nous ne pouvons pas construire une Europe
   prospère, démocratique,
   efficace, sans le Royaume-Uni. Et j’ai la faiblesse de penser que,
   quelles que soient les
   convictions, que je respecte, que le Royaume-Uni, comme la France, nous
   avons besoin de
   l’Europe. Qui peut penser que l’Europe serait plus forte sans le
   dynamisme britannique ? Qui
   peut penser que le Royaume-Uni aurait plus d’influence dans le monde
   s’il revenait au splendide
   isolement ? Qui peut penser que les défis qui se posent à nos nations
   aujourd’hui pourraient être
   mieux résolus dans un cadre strictement national ?
   Alors je vais aller encore plus loin, nul ne demande au Royaume-Uni de
   renoncer aux liens si
   fraternels et si profonds qui l’unissent depuis trois siècles à
   l’Amérique, nul ne demande au
   Royaume-Uni d’abandonner les relations si particulières qu’il
   entretient avec le Commonwealth.
   Ce serait vous demander de renoncer à être vous-mêmes. Ce serait
   stupide car ce serait surtout
   priver l’Europe de ce que le Royaume-Uni peut lui apporter de plus
   précieux : cette ouverture au
   monde, ce rayonnement exceptionnel, cette culture de la diversité dont
   l’Europe a besoin. Nous
   avons besoin en Europe des Britanniques, des vrais Britanniques, pas de
   Britanniques différents.
   Et la position de l’Europe dans le monde ne tient pas seulement au
   nombre de ses habitants et à
   la quantité de ses ressources. Cela tient à notre capacité à rayonner
   sur tous les continents. Et je
   l’ai dit pour les britanniques, mais je le dis pour la France. Que
   serait l’Europe sans les liens de la
   France avec la Francophonie ? Que serait l’Europe sans les liens
   l’Espagne avec le monde
   hispanique ? Que serait l’Europe sans les liens du Portugal avec la
   lusophonie, et bien sûr du
   Royaume-Uni avec le monde anglo-saxon ? Il n’y a pas de contradiction.
   L’Europe doit se
   construire sur des nations qui n’ont pas peur de défendre leur
   identité.
   Mais nos vieilles nations européennes ne peuvent espérer jouer un rôle
   qui soit digne d’elles que
   si elles décident d’agir ensemble.
   L’Europe est ce que nos nations ont construit de plus remarquable au
   cours du demi-siècle
   écoulé.
   Nos deux pays veulent une Europe respectueuse des identités nationales.
   Je n’ai pas eu peur
   pendant ma campagne électorale de dire que l’identité n’était pas une
   pathologie. D’ailleurs, à
   ceux qui plaident pour la diversité j’aimerais qu’ils m’expliquent ce
   qu’il adviendrait de la
   diversité si on supprimait les identités. Pour qu’il y ait de la
   diversité, faut-il encore qu’on ait
   respecté les identités. Nous voulons une Europe qui refuse la tentation
   bureaucratique, qui ne
   cherche pas à imposer les mêmes normes partout. Nous voulons une Europe
   qui soit capable
   d’agir.

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   Mes chers amis britanniques, si nous voulons changer l’Europe, et nous
   le voulons, nous les
   Français, alors nous avons besoin de vous à l’intérieur de l’Europe,
   pas à l’extérieur, car qui peut
   espérer peser sur l’évolution de l’Europe s’il se met à l’extérieur de
   l’Europe alors que l’Europe a
   besoin que, de l’intérieur, on la change. Voilà le message que les
   Français m’ont demandé de
   porter, eux qui ont voté à 55% non lors d’un consultation.
   Trop longtemps, nous les Européens, c’est vrai nous avons fait des
   erreurs, nous avons consacré
   notre énergie à des débats institutionnels qui nous divisaient au lieu
   de nous réunir, et qui
   ennuyaient profondément nos peuples et, il faut bien le dire,
   nous-mêmes. Alors, le Traité de
   Lisbonne est imparfait mais il met fin, pour longtemps à ces
   affrontements du passé.
   Et maintenant il nous faut consacrer notre énergie à des projets
   concrets : la lutte contre le
   changement climatique, l’énergie, l’immigration, le développement, la
   sécurité, la défense. Sur
   ces sujets, qui seront au cœur de la Présidence française à partir du
   1er juillet, le Royaume-Uni et
   la France doivent agir dans la même direction.
   Et qu’il me soit permis de prendre quelques exemples.
   Le Royaume-Uni, cher Gordon BROWN, veut une Europe exemplaire dans la
   lutte contre le
   changement climatique et dans la protection de l’environnement. La
   France le veut aussi.
   L’avenir de la planète dépend de notre réponse à nous Européens. A nous
   d’entraîner tous les
   autres, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde. A nous d’inventer une
   croissance nouvelle, forte et
   durable. Et l’Europe a un rôle essentiel à jouer pour parvenir à un
   accord universel qui
   succédera au protocole de Kyoto. Mais pour être crédible, l’Europe doit
   montrer, l’exemple, doit
   montrer le chemin, et qui peut convaincre l’Europe d’aller dans ce
   chemin ? Le Royaume-Uni et
   la France.
   Le Royaume-Uni veut une Europe qui soit capable de maîtriser
   l’immigration. Et je crois avoir
   bien travaillé avec nos amis anglais sur la question de l’immigration
   et de Sangatte. Mais la
   France le veut aussi. Il serait totalement illusoire de croire que nous
   pouvons avoir encore 27
   politiques nationales de l’immigration, à l’heure du grand marché
   européen. La France et le
   Royaume-Uni le savent bien, nous avons développé une coopération
   bilatérale exemplaire. Je
   considère essentiel que nous nous dotions d’un pacte européen de
   l’immigration. Comment
   pouvez-vous résoudre les problème d’immigration qui sont les vôtres si
   la France ne résout pas
   les siens ? Et comment la France pourrait-elle résoudre les siens si,
   entre le Royaume-Uni et la
   France, il n’y a pas une même volonté politique ? Et à quoi servirait
   pour nous qui sommes dans
   l’espace Schengen d’avoir fait l’espace Schengen et de ne pas en tirer
   les conclusions en terme
   d’immigration commune ?
   Je sais bien que le Royaume-Uni veut que la politique agricole soit
   réformée. La France y est
   prête. Une première étape sera franchie d’ici la fin de l’année. Je
   souhaite qu’elle soit l’occasion
   d’un débat apaisé, constructif, qui permette de nous réunir autour de
   quelques grands
   principes : la sécurité sanitaire, que vont manger demain les
   consommateurs britanniques, les
   consommateurs français, les consommateurs européens, si on continue à
   importer dans
   n’importe qu’elle condition, des produits dont on ne sait pas s’ils
   répondent aux conditions
   sanitaires que sont en droit d’exiger nos consommateurs ? Je suis sûr
   que, sur la qualité des
   produits, la protection du consommateur, la sécurité sanitaire, on peut
   en parler, on peut
   trouver un chemin commun. Bien sûr, il y aura des débats financiers, on
   les aura, mais parlons-
   en.
   * * *
   Mesdames et Messieurs les Membres du Parlement,

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   La France et le Royaume-Uni font face ensemble aux défis de la paix
   dans le monde. Nous
   sommes engagés ensemble dans les Balkans, Nous sommes engagés ensemble
   en Afghanistan. La
   France et le Royaume-Uni, à nous deux, nous représentons les deux tiers
   de l’effort de défense de
   nos 25 partenaires européens et le double de leurs efforts de
   recherche. Alors je vous en prie,
   laissons de coté les querelles théoriques, j’allais dire théologique
   sur l’Alliance Atlantique et
   l’Europe de la défense. Notre intérêt, et celui de nos alliés, est de
   renforcer les deux en
   développant, en Europe, les moyens militaires indispensables à notre
   sécurité dans le monde
   actuel.
   On dit que le Royaume-Uni et la France ont des conceptions opposées de
   l’Europe et que
   l’affrontement entre nos deux pays est une donnée structurelle de la
   construction européenne.
   Je ne suis pas d’accord, je pense profondément que nous pouvons là
   aussi nous allier. Je crois à la
   nécessité de l’OTAN. Je l’ai dit dans ma campagne électorale. Je crois
   à l’amitié historique avec les
   Etats-Unis d’Amérique et personne ne me fera renoncer à cette
   conviction. Et, dans le même
   temps, je pense que si l’Europe veut être digne de ce nom, elle doit
   être capable d’assurer sa
   sécurité. Elle ne peut pas simplement être capable d’assurer sa
   prospérité.
   Bien sûr, pour nous Français, l’amitié franco-allemande, c’est la base
   de la réconciliation
   européenne. Mais je suis convaincu que dans l’Europe d’aujourd’hui, le
   moteur franco-allemand
   est indispensable. Mais il n’est pas suffisant. Et pour rassembler les
   27 nous avons besoin
   d’abord de cette nouvelle entente franco-britannique.
   Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,
   Nos deux pays occupent une place éminente dans les institutions issues
   de la Seconde Guerre
   Mondiale : Nations Unies, Fonds Monétaire International, Banque
   Mondiale. Je pense, comme
   Gordon BROWN, que ces institutions doivent être réformées parce
   qu’elles ont vieilli, qu’elles ne
   sont pas assez fortes, qu’elles ne sont pas assez justes, qu’elles ne
   sont plus assez légitimes. Je me
   battrai pour que le G8 s’ouvre progressivement pour devenir un G13 ou
   un G14 pour mieux
   refléter le nouvel équilibre du monde. Franchement, est-ce que vous
   croyez qu’il est raisonnable
   de nous réunir à huit pour parler des grands problèmes du monde et
   d’inviter pour le déjeuner
   du dernier jour deux milliards six cent cinquante millions d’habitants
   ? Est-ce qu’il est
   raisonnable, que l’on soit conservateur, libéral ou travailliste,
   d’imaginer qu’on peut être efficace
   sur le réchauffement climatique sans avoir à la table la Chine, le
   Brésil, l’Inde ? Est-ce qu’on peut
   ignorer le G5 ? Mais, un jour, si nous n’y prenons garde, c’est le G5
   qui n’invitera plus le G8 et
   c’est le G8 qui aura vieilli sans même s’en apercevoir. Eh bien, c’est
   au Royaume-Uni et à la
   France de porter ce message qui est un message de justice, de lucidité
   et de bon sens. Le monde
   du XXIème siècle doit être dirigé avec les institutions du XXIème
   siècle et non pas du XXème.
   Ensemble, nos deux pays sont déterminés à rester engagés, côte à côte,
   avec tous nos alliés, en
   Afghanistan, et je n’ai pas peur de le dire, en Afghanistan se joue une
   partie essentielle. La France
   a proposé à ses alliés de l’Alliance Atlantique une stratégie pour
   permettre au peuple afghan et à
   son gouvernement légitime de construire la paix. Si ces propositions
   sont acceptées, la France
   proposera lors du Sommet de Bucarest, de renforcer sa présence
   militaire. Nous ne pouvons pas
   accepter un retour des talibans et d’Al-Qaïda à Kaboul. La défaite nous
   est interdite même si la
   victoire est difficile.
   Ensemble, nos deux pays doivent apporter une contribution majeure à la
   paix entre Israéliens et
   Palestiniens. Nous ne pouvons pas accepter qu’au Liban la démocratie et
   la paix soient bafouées.
   Le Liban doit être un pays libre. Et chacun doit le comprendre. Et
   d’abord la Syrie.

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   Ensemble, nos deux pays sont déterminés à arrêter les ambitions
   nucléaires militaires de l’Iran.
   Nous refusons le piège de l’alternative entre la bombe iranienne ou le
   bombardement de l’Iran.
   Ensemble, nous sommes déterminés à tout faire pour que cesse la
   tragédie et le scandale du
   Darfour. Nous ne pouvons pas accepter ce qui se passe là-bas.
   Ensemble, nous resterons les avocats les plus déterminés de l’Afrique
   et de son développement.
   Ensemble, nous devons nous battre pour le respect des droits de
   l’Homme, le respect des
   identités culturelles, le respect des identités religieuses. C’est le
   message que le Royaume-Uni et
   la France doivent porter auprès des autorités chinoises à propos du
   Tibet, en soulignant qu’il n’y
   aura de solution, dans le cadre de la souveraineté chinoise, qu’à
   travers un dialogue entre le
   Dalaï Lama et le gouvernement de Pékin.
   Sur tous ces sujets, nous devons agir ensemble !
   Voici Mesdames et Messieurs les membres du Parlement, nous avons la
   même vision de l’avenir,
   nous avons la même volonté d’agir. Nos deux peuples sont aussi
   complexes à diriger et à
   conduire.
   Nous voulons les mêmes réformes des organisations internationales, nous
   voulons nous engager
   au service de la paix et de la sécurité.
   Les défis ont changé de nature mais ce qui n’a pas changé, je voudrais
   vous le dire du plus
   profond de mon cœur, c’est la nécessité pour nos deux vieilles nations,
   nos deux grandes
   nations, d’être côte à côte pour porter le même message de
   civilisation.
   Le temps pour les peuples français et britannique est venu d’accomplir
   un acte profondément
   politique : dépasser nos rivalités anciennes et construire un avenir
   ensemble où nous serons
   plus forts parce que nous serons ensemble.
   Qu’il soit permis à un Président français dont la grandeur anglaise a
   souvent nourri les rêves de
   jeunesse d’adresser le salut fraternel du peuple français au peuple
   britannique et de l’accueil
   chaleureux qu’il nous a réservé à la délégation que j’ai l’honneur de
   conduire et à mon épouse.
   Croyez-bien que votre accueil restera gravé dans ma mémoire et dans mon
   cœur.
   Alors, oui, du fond du cœur,
   Vive l’amitié franco-britannique !
   Vive le Royaume-Uni !
   Vive la France !
