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   ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
   devant l’Assemblée Nationale du Québec
   Québec - Vendredi 17 octobre 2008
   Monsieur le Premier ministre,
   Messieurs les Anciens Premiers ministres,
   Madame la Première Vice-Présidente,
   Madame et Monsieur les Chefs de l’Opposition,
   Mesdames et Messieurs les députés,
   J’ai bien conscience que ces applaudissements sont pour la France et
   c’est en cela que je les
   accueille avec beaucoup d’honneur. Comme l’a demandé votre Premier
   ministre, c’est donc sans
   accent que je m’exprimerai devant vous.
   De cette tribune où s’exprime pour la première fois un chef de l’Etat
   de mon pays, je veux
   d’abord adresser à tous les Québécois le salut fraternel du peuple
   français. Je dis fraternel parce
   que l’histoire a fait de nous, Français et Québécois, des frères. Parce
   que vous tenez, vous
   Québécois, une place privilégiée dans le cœur des Français. Parce que
   quatre siècles d’une
   histoire souvent tumultueuse n’ont fait que renforcer ce lien unique
   qui existe entre nous. Parce
   que c’est dans cette profonde affection réciproque qu’au fond chacun
   est le plus fidèle à lui-
   même.
   Nous savons, Québécois et Français que l’identité d’une nation, comme
   celle d’une personne, se
   fonde sur la mémoire. Je veux dire d’ailleurs ici au Québec, comme je
   l’ai dit en France, que le
   mot identité n’est pas un gros mot car s’il n’y avait pas d’identité,
   il n’y aurait pas de diversité. Et
   à celles et ceux qui à travers le monde, plaident pour davantage de
   diversité, je veux dire qu’ils
   n’ont rien à craindre de l’identité. Car la diversité c’est le respect
   des idées et la belle devise du
   Québec : «je me souviens». Comme elle serait utile aussi dans mon pays.
   Et nous devons effectivement nous souvenir que la Nouvelle-France,
   fondée il y a quatre cents
   ans, a été la première implantation permanente française hors d’Europe,
   à un moment où les
   Français se consacraient, sous le grand règne d’Henri IV, à la
   reconstruction de leur pays ravagé
   par les guerres de religion.
   Nous devons nous souvenir de ces pionniers qui sont venus chercher une
   vie meilleure, de ces
   héros dont la statue orne la façade de votre Assemblée, à commencer,
   bien sûr, par Champlain
   bien sûr, le génie fondateur. Grâce à leur audace, grâce aux relations
   d’amitié qu’ils ont nouées

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   avec les nations amérindiennes, la Nouvelle-France a recouvert la plus
   grande partie de
   l’Amérique du Nord.
   Nous devons nous souvenir de l’arrachement du lien avec leur mère
   patrie vécu par les Français
   du Canada, mais aussi de ce combat farouche pour maintenir une langue
   et une culture, pour
   obtenir des institutions démocratiques et pour être respectés.
   Nous devons nous souvenir du débarquement de Dieppe, de ces jeunes
   hommes oui, du Québec,
   du Canada et d’autres pays qui sont venus chez nous pour donner leur
   vie pour la liberté au
   cours des deux guerres mondiales, et qui reposent pour toujours en sol
   français. Je suis venu
   vous dire que la France n’oubliera jamais leur sacrifice.
   Nous devons nous souvenir du parcours exemplaire accompli par le Québec
   au cours des
   cinquante dernières années, de la rapidité stupéfiante avec laquelle
   les Québécois ont su
   adapter leur société, moderniser votre économie, bâtir une identité
   nationale fondée sur une
   langue commune et un projet commun. Vous n’imaginez pas que ce que vous
   avez fait en
   cinquante ans, en France, a fait comme impression de stupéfaction, de
   la rapidité des
   résultats que vous avez obtenus.
   Chers amis québécois, vous rayonnez aujourd’hui dans le monde entier
   par vos succès
   économiques, et pas seulement par vos créations culturelles et, au
   fond, vous avez gardé la
   même audace que démontraient vos ancêtres dans la découverte d’un
   nouveau continent.
   Vous incarnez, par vos entreprises, vos technologies, vos universités,
   vos laboratoires, vos
   artistes, une modernité humanisée, une modernité respectueuse de vos
   racines comme de
   l’environnement. Et cette modernité, vous l’incarnez et la conjuguez en
   français.
   Le 400ème anniversaire de Québec a été un succès éclatant. Il a suscité
   une mobilisation
   exceptionnelle des Français, ici comme en France, et je veux remercier
   tous ceux qui ont
   participé à cette mobilisation, au premier rang desquels Jean-Pierre
   Raffarin, le Président du
   comité français pour les célébrations du 400ème anniversaire. Et chacun
   comprendra que je
   tienne à saluer Alain Juppé, dont la fidélité au Québec est ancienne,
   qui a vécu et enseigné ici,
   et qui, si j’ai bien compris, revient à Québec pour la troisième fois
   cette année. Me voilà
   enfoncé, mais je n’ai pas dit mon dernier mot sur l’année prochaine.
   Au fond, je vous demande, amis québécois de voir que derrière
   l’enthousiasme exprimé par mes
   compatriotes, il y a l’expression d’un amour profond du Québec et d’un
   sentiment d’admiration.
   A vous, représentants d’une nation qui est le cœur de l’Amérique
   française, mais aussi à tous les
   francophones de ce continent qui ont dû lutter pour ne pas perdre leur
   identité, je veux
   exprimer, au nom du peuple de France, notre admiration. Admiration pour
   avoir su préserver,
   l’identité qui est la vôtre. Admiration pour votre capacité à
   poursuivre vos rêves avec toute
   l’audace des pionniers, dont vous avez gardé l’esprit.
   Ce que la France sait au fond d’elle-même, c’est qu’au sein du grand
   peuple canadien, il y a la
   nation québécoise avec laquelle elle entretient une relation
   d’affection comme il en existe entre
   les membres d’une même famille. Si j’avais à résumer mon sentiment le
   plus profond qui est
   celui de beaucoup de Français, je dirais que les Canadiens sont nos
   amis et les Québécois notre
   famille.
   Et les peuples français et québécois sont comme deux frères, séparés un
   temps par le destin,
   mais réunis aujourd’hui par un dessein commun : celui de développer
   leur identité propre et
   leur vision originale du monde, en français, dans un monde où la vraie
   richesse est la diversité.

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   Un monde divers, une vision originale du monde et, de surcroît, sans
   sectarisme, sans repliement
   sur soi et à l’image du Québec d’aujourd’hui, un Québec qui est sûr de
   son identité, n’a pas peur
   de s’ouvrir aux autres car le message qui est le vôtre, il est grand,
   il est utile, parce qu’il conjugue
   respect de l’histoire et amour de l’avenir identité et modernité. Il
   conjugue défense farouche de
   son identité, de sa langue et de sa culture mais refus du repliement
   sur soi. Le peuple québécois
   n’est pas sectaire. Je pense que ce qu’il y a de plus original dans
   votre héritage, permettez cette
   remarque très personnelle, c’est cette capacité à être sûr de soi pour
   être ouvert aux autres.
   Quelle leçon où, dans un monde où, trop souvent l’identité est vécue
   comme un repliement sur
   soi, où, trop souvent, l’amour de ce que l’on est, est vécu comme
   détestation des autres, ce n’est
   pas le message du peuple québécois.
   Je voudrais dire également que notre relation n’a rien à voir avec la
   nostalgie. Bon, peut-être que
   c’est ma conception de la rupture, mais j’aime les anniversaires,
   j’aime les commémorations, je
   les respecte, bien sûr, et c’est mon devoir de Chef de l’Etat. Mais,
   être fidèle aux anniversaires et
   aux commémorations, c’est regarder l’avenir, pas simplement le passé.
   Ce que nous avons à faire
   ensemble, c’est l’avenir. Nous devons, au-delà des contacts officiels,
   impliquer les entreprises, les
   universités, les collectivités locales, nous devons entraîner d’autres
   partenaires. Loin de toute
   ingérence faite par l’autre, c’est une relation mature, entre
   partenaires égaux qui ont décidé de
   faire un chemin ensemble. Nous sommes des partenaires égaux. J’ai bien
   aimé l’image du rameau
   mais je sais que le rameau est devenu un arbre. Et cette fidélité entre
   nous, elle est sur un pied
   d’égalité. Et nous n’avons pas à exclure qui que ce soit, notre
   relation est cohérente avec la place
   que la France occupe au sein de l’Union européenne. Vous ne nous
   demandez pas de choisir
   Québec ou Union européenne et notre relation est cohérente avec
   l’amitié qui lie la France et le
   Canada.
   Et c’est parce que cette relation est fraternelle, familiale, légitime
   et sans ambiguïté entre
   Français et Québécois que son approfondissement s’impose.
   Il faut renforcer notre coopération économique. C’est un sujet de
   préoccupation du Premier
   ministre. Les investissements croisés et partenariats d’affaires sont
   la clé de voûte. La France est
   aujourd’hui le deuxième investisseur étranger au Québec, et les
   entreprises et investisseurs du
   Québec sont très présents en France. Il nous faut aller beaucoup plus
   loin, car c’est sur la base de
   ces relations économiques que nous inscrirons durablement nos relations
   fraternelles. Et c’est
   sur cette base-là que nous serons à la hauteur de ceux qui nous ont
   précédés.
   Il faut renforcer nos coopérations dans le domaine des hautes
   technologies. Et je suis très
   heureux de la rencontre des pôles français et québécois de
   compétitivité en 2010. Que nos
   chercheurs travaillent ensemble, que nos chercheurs inventent ensemble,
   que nos chercheurs
   déposent ensemble des brevet en français et, à ce moment-là nous
   serons, nous même, à la
   hauteur du passé qui a été le nôtre.
   Renforçons notre coopération en matière d’environnement et comme le
   monde a besoin que
   tout le Canada soit engagé dans la préservation des équilibres de notre
   planète, eh bien que le
   Québec montre l’exemple et défende cette idée que la planète est en
   danger. Renforçons notre
   coopération en matière de santé, qui est particulièrement prometteuse.
   J’attache une importance
   particulière à la collaboration engagée entre organismes de recherche
   québécois et français pour
   la lutte contre ce fléau qu’est la maladie d’Alzheimer.
   Renforçons notre coopération culturelle, si diversifiée, ces milliers
   d’enseignants français venus
   au Québec à partir des années 60, ces milliers d’étudiants français
   actuellement au Québec, qui
   témoignent de la qualité exceptionnelle de vos universités.

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   Ce sont bien ces liens humains qui font la force de la relation entre
   la France et le Québec.
   L’Office franco-québécois pour la jeunesse, qui fête ses 40 ans cette
   année, accomplit un travail
   remarquable en ce sens. Jamais les Français vivant au Québec n’ont été
   aussi nombreux.
   Pour mes compatriotes vivant au Québec, comme pour les Québécois
   installés en France, la
   question de l’accès aux professions revêt une importance cruciale et ce
   fut votre principale
   préoccupation la première fois ou nous nous sommes vus. C’est pourquoi
   nous avons décidé de
   négocier une entente visant à faciliter la reconnaissance des
   qualifications professionnelles
   entre la France et le Québec. Cette négociation, Mesdames et Messieurs,
   a été menée à bien en un
   temps record. Elle a abouti à un texte que je signerai dans quelques
   instants avec le Premier
   ministre Jean CHAREST. Il sera immédiatement mis en oeuvre par des
   textes signés en même
   temps par plusieurs organisations professionnelles. C’est une étape
   historique. A quoi sert t-il de
   dire que l’on s’aime si le diplôme que l’on a dans un endroit où on
   s’aime amène suffisamment
   d’amour, mais pas assez de droits !
   Mesdames et Messieurs, nous devons fortifier le pont entre les deux
   rives de l’Atlantique que
   Champlain et les fondateurs de la Nouvelle France ont établi. Oui, cher
   Jean, nous devons
   construire une communauté transatlantique moderne, animée par un axe
   francophone. Nous
   travaillons à rapprocher les ensembles dont nous faisons partie. La
   France travaille en temps
   que Présidente de l’Union à faire comprendre à l’ensemble de nos
   partenaires que nous avons
   intérêt à cette communauté transatlantique entre l’Europe et le Canada.
   La France est votre
   ambassadeur et le Québec doit être notre ambassadeur pour faire
   comprendre à tout le
   Canada que c’est l’intérêt d’avoir un pont, une communauté
   transatlantique.
   Nous voulons rapprocher les francophones d’Amérique: c’est l’objet du
   Centre de la
   Francophonie des Amériques voulu par le Québec et dont l’aménagement
   intérieur a été offert
   par la France. Et puis je veux dire également ce qu’à mes yeux
   représente la francophonie.
   La francophonie, ce n’est pas seulement une langue pour communiquer. La
   francophonie, c’est
   une façon de penser. La francophonie ce doit être une vision du monde
   et ce doit être pour nous,
   en partage, des valeurs intellectuelles et, j’ose le mot, des valeurs
   morales.
   La francophonie, ce doit être pour nous tous, une certaine idée de
   l’humanisme, de
   l’universalisme, de la rationalité. C’est la solidarité entre le Nord
   et le Sud.
   La francophonie, c’est l’aspiration à des valeurs d’éthique et d’équité
   qui doivent être au cœur de
   la refondation du système financier international que la France veut
   promouvoir avec tous ses
   partenaires européens.
   Oui, Mesdames et Messieurs, le monde va mal, nous devons refonder un
   capitalisme plus
   respectueux de l’homme et quel meilleur endroit choisir pour appeler à
   cette refondation que
   cette Assemblée, au Québec, vous dont l’histoire témoigne de
   l’attachement aux valeurs de
   l’humanisme, de la diversité, de l’ouverture, de la démocratie et de la
   tolérance. Un monde plus
   respectueux des générations futures, en finir avec un capitalisme
   financier obsédé par la

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   recherche effrénée du profit à court terme, un capitalisme assis sur la
   spéculation et sur la rente.
   Il faut réintroduire dans l’économie une éthique, des principes de
   justice, une responsabilité
   morale et sociale. Il faut refonder un capitalisme sous peine de voir
   le système le plus efficace
   que l’on ait inventé être contesté et vaciller sur ces bases.
   Et si la francophonie est bien ce qu’elle doit être, c’est-à-dire
   l’aspiration à une politique de
   civilisation à l’échelle mondiale, alors dans les circonstances
   actuelles, elle a un rôle absolument
   irremplaçable à jouer. Et je veux dire ma conviction que la plus grande
   erreur que ferait le
   monde face à la crise que connaît le monde serait de ne voir dans cette
   crise financière qu’une
   parenthèse et de croire qu’une fois les marchés calmés et les banques
   sauvées, tout pourra
   recommencer comme avant. Eh bien cela, la France ne l’acceptera pas,
   parce que ce sera
   irresponsable. Que le Québec donne sa vision du monde nouveau qui va
   émerger des
   bouleversements en cours, vous qui êtes au carrefour, vous qui avez
   pris ce qu’il y a de mieux
   aux Etats-Unis et ce qu’il y a de plus intéressant en Europe, et pas
   seulement pour ce qui
   concerne la finance ou l’économie, mais aussi pour ce qui concerne,
   dans ce monde nouveau, la
   politique et la société.
   Ce monde nouveau, ou bien nous arriverons à le réguler, à l’organiser,
   à le moraliser et alors, de
   cette crise, sortira un progrès pour l’humanité, ou bien nous n’y
   parviendrons pas et le chacun
   pour soi, les égoïsmes, les fanatismes, la logique d’affrontement
   prévaudra et alors ce monde
   sera peut être pire que celui que nous avons connu.
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
   Mesdames et Messieurs,
   Pour les femmes et les hommes politiques, la question qui se pose :
   serons-nous à la hauteur des
   défis que nous propose le monde nouveau qui s’annonce ?
   Ou bien nous parviendrons à nous doter des institutions nécessaires
   pour gérer le monde global
   dans lequel nous vivons et à partager le pouvoir entre les anciennes
   puissances industrielles et
   les grands pays émergents, ou bien le désordre du monde ira en
   augmentant et personne ne
   contrôlera plus rien. Nous sommes en 2008, au XXIème siècle, on ne peut
   pas continuer avec les
   institutions et les principes du siècle précédent.
   La francophonie, c’est, à l’âge de la mondialisation, la diversité
   culturelle opposée à
   l’uniformisation et à l’aplatissement du monde. C’est pourquoi la
   francophonie est restera une
   priorité de la diplomatie française, comme elle l’est pour le Québec.
   Permettez-moi de vous dire
   que dans toute ma vie politique, j’ai suffisamment été un ami des
   Etats-Unis d’Amérique, cette
   grande nation. Il ne s’agit pas de désigner un responsable, il s’agit
   simplement que demain, les
   mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Nous devons donc tirer
   toutes les
   conséquences avec nos amis américains. Mais ils doivent comprendre
   aussi qu’ils ont des
   partenaires, qu’ils ne sont pas seuls dans le monde et qu’ensemble nous
   devons regarder
   l’avenir, que chacun ait sa place, parce que nous avons besoin de tout
   le monde pour garantir la
   paix et la prospérité au XXIème siècle.
   D’abord, la France a besoin du Québec,
   du Québec qui avec ténacité, qui avec courage porte haut les valeurs de
   la francophonie,
   du Québec qui témoigne que l’on peut allier le respect de la tradition
   et l’esprit de la conquête,
   du Québec qui n’a pas peur de l’avenir, qui n’a pas peur du changement,
   qui n’a pas peur de
   l’ouverture, qui n’a pas peur de la modernité,

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   du Québec qui est pour toute la francophonie une force d’entraînement,
   une force de
   proposition, je dirais même un exemple,
   du Québec dont les entreprises participent à ce combat linguistique
   quand nombre d’entreprises
   françaises choisissent l’anglais comme langue de travail.
   Alors, sans doute, le Québec aussi a besoin de la France,
   de la France dont dépend l’avenir de la francophonie,
   de la France qui est décidée à prendre ses responsabilités, en Europe
   et sur la scène du monde,
   sans arrogance, mais nous disons à l’Europe et au reste du monde :
   regardez nous, Français,
   nous sommes en train de changer. On nous disait conservateurs, nous
   démentirons le contraire.
   On nous disait frileux face à l’avenir, nous démentirons le contraire.
   Mais la France veut
   participer à ce débat, veut porter les convictions européennes qu’il y
   a une autre façon
   d’organiser le monde. Et cette France-là, elle veut aller plus loin
   dans l’amitié, dans la confiance,
   avec le Canada et dans la fraternité avec le Québec.
   Entre la vieille nation qui puise dans sa grandeur passée la force de
   son renouveau -je veux dire
   la France- et le jeune peuple québécois qui a gardé l’esprit
   entreprenant des pionniers, notre
   alliance ne peut être que féconde, à une condition, c’est que l’on la
   tourne vers l’avenir, cette
   alliance, et pas vers le passé, cette alliance.
   Et, c’est vrai que quand les Français tournent leurs yeux vers le
   Québec, quand ils visitent cette
   terre magnifique, quand ils écoutent vos artistes, vos poètes, quand
   ils écoutent la musique de sa
   langue, ils éprouvent un sentiment de familiarité, comme si ces formes,
   ces mots, ces sons, ces
   paysages, les vôtres, s’adressaient à une part mystérieuse de
   nous-mêmes, dont nous avions
   jusqu’à ignoré l’existence. C’est le miracle du Québec d’être à la fois
   pour tous les Français si
   différent et si proche.
   Je suis souvent venu ici. J’aime cette terre immense où toutes les
   aventures humaines paraissent
   possibles, où tant d’humanité s’exprime au milieu de tant d’énergie.
   J’aime votre art de vivre avec simplicité, votre franchise qui se
   traduit dans votre presse. J’ai lu
   est-ce qu’il sera capable d’aimer le Québec ? J’aime votre hospitalité,
   j’aime votre gentillesse,
   j’aime votre amour de la vie, vous qui n’avez survécu en tant que
   peuple, qu’en comptant sur
   votre courage et sur votre intelligence.
   J’aime cette terre où les artistes parlent en français de beauté et de
   la chose la plus importante
   au monde, de l’amour. J’aime cette terre qui fait aimer le français à
   tous les peuples du monde.
   Alors, aujourd’hui ? Français et Québécois, nous regardons dans la même
   direction et je vous
   propose un défi : de préparer les 400 prochaines années du fait
   français en Amérique. Ce n’est
   pas sûr, Jean, que l’on sera là. Encore que… mais j’aimerais que vous
   compreniez que, pour moi,
   ici, devant vous, c’était quelque chose de très particulier, c’était un
   très grand honneur, c’était
   une très grande émotion. Vous êtes le visage du peuple québécois
   qu’aiment tant les Français.
   Vive l’amitié entre le Canada et la France !
   Vive la fraternité franco-québécoise !
