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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Caen (09/03/2007)

   Mes chers amis,

   Merci d'être là si nombreux.

   Merci de votre enthousiasme.

   Merci de votre soutien.

   Ce soir à travers votre foule immense, c'est la Normandie tout entière
   qui montre qu'elle veut être une fois de plus au rendez-vous de
   l'Histoire.

   Ce rendez-vous, elle ne l'a jamais manqué.

   Normands au sang mêlé, vous avez été ces héros qui ont conquis
   l'Angleterre, Naples, la Sicile et Antioche, vous avez sillonné les
   mers, exploré le monde, et fait de votre terre à force de travail l'une
   des plus fécondes au monde.

   Vous avez été moines, soldats et paysans, explorateurs et conquérants,
   et votre destin depuis la guerre de Cent Ans jusqu'à la bataille de
   Normandie se confond avec celui de la France.

   C'est ici qu'avec la Résistance contre l'occupation anglaise on vit
   pour la première fois la volonté de se battre pour rester Français.

   C'est ici que succédant aux heures les plus sombres de notre histoire
   commença le 6 juin 1944 la libération de la France occupée. Bataille
   décisive que les survivants ont cherché en vain à décrire avec des
   mots. Il y a des tragédies qu'aucun mot n'est assez fort pour exprimer.
   Il y a des malheurs trop grands pour être racontés. Et cette tragédie
   dépasse l'imagination humaine.

   À ces héros qui venaient des quatre coins du monde dont beaucoup
   allaient mourir et auxquels nous devons tout, Eisenhower avait dit :
   "les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de
   tous les peuples libres vous accompagnent."

   Mais personne ce matin-là n'avait prié pour eux, personne ne les avait
   vus. À l'heure où les premières vagues d'assaut se succédaient en
   enjambant les cadavres laissés par les vagues précédentes, le monde
   ignorait encore que venait de commencer la bataille de France.

   Il faudra six semaines aux Alliés pour prendre Caen. Le 14 juin le
   Général De Gaulle est à Bayeux. Il déclare à la foule en liesse : "le
   chemin du combat est aussi le chemin de la liberté et le chemin de
   l'honneur (...). Nous combattrons pour la France avec passion mais
   aussi avec raison (...). La victoire que nous remporterons sera la
   victoire de la liberté et la victoire de la France."

   Deux ans plus tard, le 16 juin 1946, il revenait à Bayeux prononcer son
   célèbre discours. Il commença par ces mots : "C'est ici dans notre
   Normandie, glorieuse et mutilé, que quatre années après le désastre
   initial débute la victoire finale des Alliés et de la France. C'est ici
   que l'effort de ceux qui n'avaient jamais cédé (...) tira des
   événements sa justification. C'est ici que sur le sol des ancêtres
   réapparut l'État, l'État légitime (...), l'État capable de rétablir
   autour de lui l'unité nationale..."

   En ces journées de juin 1944 les plages du Calvados, Caen, Bayeux ce
   pas une partie de la France, c'était toute la France. C'était là que le
   Général De Gaulle avait proclamé que la France était redevenue la
   France, qu'elle était rentrée chez elle. C'est cette terre normande, où
   avait commencé la libération de la Patrie, qu'il choisit deux ans plus
   tard pour dire aux Français sa conception de la République et de la
   Constitution.

   Cette terre où, avant d'être les fils de nos Rois, les ducs
   s'appelaient Longue-Epée, Sans-Peur, l'Irascible, Bras-de-Fer, le
   Conquérant, cette terre qui donna à la France Dumont d'Urville qui
   parcourut tous les océans, découvrit la Terre Adélie et mourut dans la
   première catastrophe ferroviaire de l'histoire de France, et le
   Maréchal Koenig, le héros de Bir-Hakeim qui fut la première victoire de
   la France combattante, cette terre où entre le Mont Saint-Michel et
   Lisieux, entre l'Abbaye aux hommes et l'Abbaye aux femmes, Dieu est
   partout.

   Cette terre où les hommes, quand ils ne regardent pas vers le ciel,
   regardent vers l'océan, où le sang des Vikings s'est mélangé à celui
   des Gaulois et des Francs, est une terre française, peut-être la plus
   française de toutes. Ici l'on est Français sans renoncer en rien à être
   Normand.

   Ici depuis Philippe-Auguste on a été occupé, pillé, ravagé, mais l'on
   n'a jamais pris les armes contre la France, on n'a jamais songé que
   l'on pouvait être plus libre en étant moins Français.

   Ici l'on sait depuis toujours qu'être Français c'est être libre, que la
   France est pour la liberté une garantie et non une menace.

   Qu'est-ce que la France au fond sinon une multitude de provinces et de
   petits pays très anciens qui ont une histoire, une culture, sinon une
   multitude de petites patries qui en forment ensemble une grande ?

   Qu'est-ce que la France, sinon des provinces qui, selon la belle
   formule de Michelet, "se sont comprises et se sont aimées" ? Des
   provinces dans lesquelles chacun a des racines qui restent vivaces même
   pour celui qui s'en est éloigné.

   Qu'est-ce que la France ? La France est un miracle. Ce miracle est
   politique. Il est intellectuel. Il est moral. Il est culturel.

   C'est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec
   une aspiration si grande à l'universalisme.

   C'est le miracle de la France d'être une grande patrie faite d'une
   multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre
   ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d'être et de
   penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans
   que soient effacés les histoires personnelles et les destins
   particuliers.

   C'est le miracle de la France d'avoir forgé de l'unité sans jamais
   fabriquer de l'uniformité.

   C'est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de
   l'État avec une passion aussi grande de la liberté.

   C'est le miracle de la France d'être aussi fortement attachée à l'idée
   de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.

   C'est le miracle de la France d'aimer d'une même passion l'égalité et
   le mérite, le sentiment et la raison.

   Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.

   La France est une terre charnelle à laquelle chacun se sent rattaché
   par un lien mystérieux dont il ne sait au fond qu'une chose, c'est
   qu'il ne peut le couper sans perdre quelque chose de lui-même.

   La France c'est une culture, un idéal, une idée. "Une âme, un principe
   spirituel" disait Renan.

   La France ce n'est pas une race, la France ce n'est pas une ethnie. La
   France c'est tous les hommes qui l'aiment, qui sont prêts à défendre
   ses idées, ses valeurs, à se battre pour elles.

   La France elle est dans les têtes et dans les coeurs.

   La France est partout où ses valeurs sont vivantes dans la tête et dans
   le coeur des hommes.

   La France c'est un rêve de civilisation.

   La France c'est un rêve d'unité.

   La France c'est un rêve d'émancipation.

   La France c'est un rêve de grandeur et d'universalité.

   La France c'est une vieille nation.

   La France ce n'est pas une page blanche. C'est un pays qui a une longue
   histoire. C'est un pays qui s'est forgé au cours des siècles une
   identité, une personnalité qu'il faut respecter, qu'on ne peut pas
   effacer, qu'on ne peut pas ignorer, qui est une part de l'identité de
   chacun, qui est faite de mille apports, de commémorations, de leçons
   d'instituteurs, de réminiscences qui se transmettent de génération en
   génération, de souvenirs d'enfance, de vieilles histoires de
   grands-pères qui ont fait la guerre et qui racontent à leur tour à
   leurs petits-enfants ce que leurs grands-pères leur ont raconté jadis.

   La France c'est un pays qui dissimule dans les replis de son
   inconscient collectif mille blessures secrètes et autant de fiertés
   inavouées.

   C'est une trame mystérieuse de mémoires individuelles et collectives
   qui rattache chacun d'entre nous, chacun de ceux qui se sentent
   Français, d'où qu'il viennent, à tout le passé de la nation.

   Cette histoire est comme toutes les histoires, elle a ses heures
   sombres et ses heures éclatantes, elle a ses moments de honte et ses
   moments de gloire, elle a ses grandeurs et ses bassesses. Sans doute
   a-t-il fallu bien des crimes, des drames, des tragédies pour que du
   chaos des peuples émergeât la France.

   Mais au bout du compte nous avons tout lieu d'être fiers de notre pays,
   de son histoire, de ce qu'il a incarné, de ce qu'il incarne encore aux
   yeux du monde.

   Car la France n'a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n'a
   jamais exterminé un peuple. Elle n'a pas inventé la solution finale,
   elle n'a pas commis de crime contre l'humanité, ni de génocide. Elle a
   commis des fautes qui doivent être réparées, et je pense d'abord aux
   harkis et à tous ceux qui se sont battus pour la France et vis-à-vis
   desquels la France a une dette d'honneur qu'elle n'a pas réglée, je
   pense aux rapatriés qui n'ont eu le choix au moment de la
   décolonisation qu'entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes
   innocentes de toutes les persécutions dont elle doit honorer la
   mémoire.

   Mais la mode de la repentance est une mode exécrable.

   Je n'accepte pas que l'on demande aux fils d'expier les fautes des
   pères.

   Je n'accepte pas que l'on juge toujours le passé avec les préjugés du
   présent.

   Je n'accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit
   l'histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation.

   Je n'accepte pas ce changement systématique de la nation qui est la
   forme ultime de la détestation de soi.

   Car pour un français, haïr la France c'est se haïr lui-même.

   Je n'accepte pas que l'on veuille vivre en France en professant la
   haine de la France.

   Je veux que le racisme et l'antisémitisme soient poursuivis et
   condamnés avec la plus grande sévérité. Mais je ne veux pas que l'on
   dise que tous les Français sont racistes ou antisémites, parce que
   c'est faux. Je ne veux pas que l'on dise que la France est le pays le
   plus raciste et le plus antisémite au monde, parce que ce n'est pas
   vrai, parce que la France c'est exactement le contraire, c'est le pays
   des droits de l'homme, c'est le pays qui récuse le plus le
   communautarisme qui renvoie chacun à ses origines ethniques et
   religieuses, c'est le pays de la République, qui s'est toujours battu
   depuis deux cents ans pour la liberté, l'égalité et la fraternité de
   tous les hommes.

   Non, tous les Français dans les colonies n'étaient pas des monstres et
   des exploiteurs.

   Non, tous les Français ne furent pas pétainistes.

   Non, tous les Français ne furent pas antidreyfusards.

   Non, tous les Français ne sont pas racistes.

   Et la vérité c'est qu'il y a peu de pays dans le monde qui auraient été
   capables de se diviser et de se déchirer pour le sort d'un capitaine
   juif. La vérité c'est qu'il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde
   qui aient tant fourni d'armes à l'esprit humain pour lutter contre la
   tentation du racisme.

   La vérité c'est qu'il n'y a pas eu beaucoup de puissances coloniales
   dans le monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le
   développement et si peu pour l'exploitation. On peut condamner le
   principe du système colonial et avoir l'honnêteté de reconnaître cela.

   On doit condamner la collaboration et Vichy mais on doit reconnaître
   que beaucoup de Français ont aidé des Juifs à échapper à la Gestapo.

   On doit condamner les Français qui ont dénoncé des Juifs, qui ont servi
   d'auxiliaires à la machine de mort nazie mais on ne doit pas oublier
   toutes ces familles qui au péril de leur vie ont caché des enfants
   juifs parmi leurs propres enfants.

   On doit condamner les miliciens qui se faisaient les complices des
   persécuteurs mais ne pas oublier les résistants des maquis, ceux du
   Vercors et des Glières qui se battaient jusqu'à la mort, et tous ceux
   qui sacrifiaient leur vie pour retarder les divisions blindées
   allemandes qui en juin 44 remontaient vers la Normandie. Que serait-il
   advenu si les chars étaient arrivés plus tôt ?

   À force de demander à la France d'expier son passé,

   À force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la
   Terre,

   À force de nourrir la honte d'être Français au lieu de chercher les
   raisons d'en être fier.

   À force c'est notre capacité à vivre ensemble qui s'abîme, c'est notre
   participation à un destin commun qui est remise en question.

   En abîmant la fierté d'être Français, en ressassant indéfiniment de
   vieilles haines qui appartiennent au passé, en voulant faire expier aux
   fils les fautes des pères, en cherchant dans l'histoire la cause de
   tous ses échecs on occulte les vraies causes qui sont dans le présent
   et dans chacun de nous. Et l'on dessert la cause que l'on prétend
   servir. Car dresser les Français les uns contre les autres, attiser les
   rancoeurs et la haine de soi, c'est prendre le risque d'affaiblir la
   solidarité nationale et c'est desservir la cause de l'intégration que
   l'on prétend servir. Parce que l'on cherche rarement à s'intégrer à ce
   que l'on a appris à détester.

   À ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu'une
   chose, c'est qu'ils admettent que la France ne commence pas avec eux
   mais qu'elle a commencé il y a bien longtemps et qu'elle veut seulement
   qu'on l'aime et qu'on respecte ses valeurs, qu'on prenne en partage son
   histoire, qu'on se sente partie prenante de sa destinée.

   À ceux qui veulent vivre en France, nous voulons offrir la fierté
   d'être Français. Ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne
   sont pas obligés de rester.

   La France ne s'est pas bâtie sur l'oubli. Nul n'a oublié les peines,
   les souffrance et les malheurs. À Béziers, à Carcassonne, dans l'Ariège
   nul n'a oublié la croisade des Albigeois, Simon de Montfort et les
   légats du Pape criant : "tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"
   Les protestants des Cévennes n'ont pas oublié les persécutions. Les
   vendéens n'ont pas oublié les colonnes infernales. Les républicains
   espagnols qu'on a parqués dans des camps n'ont rien oublié. Les enfants
   juifs qui ont vu leurs parents conduits au Vel d'Hiv par la police de
   Vichy n'ont rien oublié.

   Non, nul n'a rien oublié des peines, des souffrances et des malheurs
   mais pour tous l'amour de la France a été le plus fort et d'autant plus
   fort qu'il était fait de douleurs surmontées.

   La France ce n'est pas l'oubli de ce que l'on est, c'est la foi dans un
   destin commun plus forte que la haine et la vengeance.

   À Aigues-Mortes les femmes protestantes enfermées dans la Tour de
   Constance par Louis XIV ont gavé sur les murs de leur prison "Résister"
   aucune d'ente elles n'a écrit "mort à la France" comme on le voit
   aujourd'hui sur certains murs.

   L'homme ne grandit pas quand la nation décline. Entre la fuite en avant
   dans le mondialisme et l'enfermement dans le local, entre le marché
   planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je
   le dis haut et fort : la conception française de la nation est une
   force d'émancipation.

   Le 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, la montée du
   vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en
   péril sont d'abord l'expression d'une profonde crise de l'identité
   nationale. Nous n'avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux.
   Il faut cesser de se voiler la face, de se soumettre à la dictature du
   politiquement correct et de la pensée unique.

   Il faut dire les choses comme elles sont :

   C'est le dénigrement et l'affaiblissement de la nation qui attisent le
   nationalisme.

   C'est l'incapacité croissante de la nation à protéger qui nourrit
   l'exaspération sociale.

   C'est l'affaissement de l'identité française qui nourrit la crispation
   identitaire.

   Qu'est-ce que la France sinon d'abord une idée de l'homme, du respect
   qu'on lui doit, des droits que nul ne peut lui retirer ?

   Qu'est-ce que la France sinon un combat multiséculaire pour la dignité
   de la personne humaine et pour sa liberté ?

   Qu'est-ce que la France sinon une culture qui se veut l'héritière de
   toutes les cultures qui dans le monde ont apporté quelque chose à
   l'idée d'humanité ?

   Qu'est-ce que la France sinon la foi dans la capacité de l'homme à
   s'améliorer ? Sinon une identité forgée par des siècles d'histoire et
   des valeurs partagées. Une identité qui s'enrichit des différences de
   chaque nouvelle génération. Mais que les choses soient claires, pour
   moi les mots identité nationale sont une réalité républicaine profonde.

   Qu'est-ce que la France sinon cet effort continuel pour faire la
   synthèse de ce qu'il y a de plus grand et de plus beau dans les hommes,
   sinon cet intercesseur unique entre ce qu'il y a de singulier dans
   chaque homme et ce qu'il y a d'universel dans tous les hommes, entre le
   sentiment de chacun et la raison de tous ?

   La France c'est un art, c'est une culture, c'est une manière d'être et
   de penser.

   La France c'est la pensée claire, c'est la raison, c'est l'esprit des
   Lumières.

   C'est aussi 2000 ans de christianisme, 2000 ans de civilisation
   chrétienne. C'est Saint Denis, c'est Reims, c'est le Mont Saint-Michel.
   C'est Dieu sorti de la pénombre du sanctuaire où l'art roman l'avait
   enfermé pour être offert à la lumière des cathédrales.

   C'est la morale laïque qui incorpore 2000 ans de valeurs chrétiennes.

   C'est le respect de toutes les religions.

   C'est l'universalisme et c'est l'humanisme.

   Cette culture est une part de nous-mêmes, nous n'avons pas le droit de
   la renier, nous avons le devoir de la transmettre à nos enfants. Je
   veux que l'école redevienne un lieu de transmission de la culture. Je
   veux qu'à l'école on enseigne aux enfants les grands auteurs. Et je le
   dis pour que les choses soient claires. Nul ne peut faire le tri dans
   la culture française que l'on doit enseigner dans les écoles et les
   collèges. Nul ne peut exiger la censure d'un grand auteur parce qu'il
   heurte ses convictions philosophiques ou religieuses.

   Voltaire, pour ne citer que lui, continuera si je suis élu à être
   enseigné dans les écoles françaises, il continuera à être dans les
   programmes des examens, il continuera à être joué librement dans les
   théâtres qui le souhaitent et je ne tolérerai pas que quiconque tente
   de s'y opposer par la violence. Parce que pour moi la liberté de
   l'esprit c'est la première valeur de la culture française et la
   première qualité de l'intelligence humaine. Si nous voulons une société
   de liberté, si nous voulons contribuer à faire de nos enfants des
   hommes libres, si nous voulons former des âmes libres, il nous faut
   protéger et encourager la liberté, et que reste-t-il de la liberté si
   les fanatiques peuvent menacer de mort les professeurs de philosophie,
   interdire les caricatures et mettre Voltaire à l'index ?

   Celui qui ne veut pas respecter nos valeurs de liberté n'est pas obligé
   de rester.

   Celui qui ne veut pas respecter notre conception de l'homme, celui qui
   récuse l'humanisme et l'universalisme, celui qui récuse l'usage de la
   raison, celui qui veut abolir l'héritage des Lumières et celui de la
   Révolution, celui qui ne veut pas reconnaître que la femme est l'égal
   de l'homme, celui qui veut cloîtrer sa femme, obliger sa fille à porter
   le voile, à se faire exciser ou à se marier de force, celui-là n'a rien
   à faire en France et il doit savoir que s'il reste, les lois et les
   principes de la République s'appliqueront à lui comme à tous les autres
   citoyens.

   La France a affronté tant d'épreuves, surmonté tant de drames, qu'elle
   s'est forgé un caractère, une personnalité dont la force a souvent
   étonné le monde. La France de toujours, la vraie France, celle qui
   s'inscrit dans une longue histoire, celle qui est la somme de tous ces
   destins individuels, ne peut pas mourir parce que chacun d'entre vous
   veut qu'elle vive.

   La France, dont tous ceux qui se sont battus pour elle de génération en
   génération ne savaient au fond qu'une chose c'est qu'ils ne voulaient
   pas la perdre, parce qu'ils sentaient que c'était ce qu'ils avaient de
   plus précieux à transmettre à leurs enfants, parce qu'ils comprenaient
   qu'en se battant pour elle ils se battaient pour eux, parce qu'ils
   avaient au fond de leur coeur le sentiment que ce lien mystérieux les
   rattachait à une destinée commune exceptionnelle à la grandeur de
   laquelle chacun avait sa part.

   La France c'est une langue, une langue qu'elle met à la disposition de
   tous les hommes.

   Le Français disait Rivarol ce n'est plus la langue française, c'est la
   langue humaine.

   Le Français c'est l'âme de la France, c'est son esprit, c'est sa
   culture, c'est sa pensée, c'est sa liberté. C'est le droit de penser
   autrement que selon la pensée dominante.

   La diversité linguistique c'est la condition de la diversité culturelle
   et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

   La langue n'est pas une marchandise, la langue n'est pas une technique.

   L'obsession d'une langue unique au prétexte de l'efficacité est un
   leurre qui masque les effets de domination de la pensée unique dont la
   langue unique est l'antichambre. Mais l'efficacité n'est même pas
   prouvée : la Renaissance où tout le monde s'est mis à penser et à
   écrire dans sa langue nationale fut plus féconde pour la pensée humaine
   que les longs siècles de domination exclusive du latin, comme si la
   créativité était bel et bien inséparable de la diversité.

   Nous avons le devoir pour nos enfants, pour l'avenir de la civilisation
   mondiale, pour la défense d'une certaine idée de l'homme, de promouvoir
   la langue française.

   Si je suis élu, je mettrai la francophonie au rang des priorités
   diplomatiques de la France. Je renforcerai tout à la fois le dispositif
   de l'action culturelle de la France à l'étranger et l'aide à la
   création, parce que c'est par la création que le Français rayonne.

   Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire
   français la langue de travail soit le Français dès lors qu'il n'y a
   aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s'exprimer dans
   une autre langue.

   Je me battrai pour que dans les instances européennes et à l'ONU le
   Français continue d'être employé. Ce sera naturellement une obligation
   absolue pour tout représentant de la France dans des organisations
   internationales.

   Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe
   l'enseignement de deux langues étrangères parce que c'est la seule
   façon efficace pour que l'hégémonie de l'anglais soit battue en brèche.

   Mais le patrimoine linguistique de la France, ce n'est pas seulement le
   Français, c'est aussi l'extraordinaire richesse de ses langues
   régionales. Il suffit de se souvenir de l'oeuvre immense de Mistral
   pour prendre conscience de l'appauvrissement que constituerait la
   disparition de toutes ces langues très anciennes qui ont concouru à la
   formation de la langue française et qui continuent à vivre en partie en
   elle.

   Je souhaite que leur enseignement soit correctement pris en charge par
   l'éducation nationale.

   Je souhaite que l'on soutienne leur pratique et leur diffusion. Mais je
   ne veux pas de cette logique de confrontation avec le Français que
   cherchent à faire prévaloir certains indépendantistes qui veulent en
   finir avec l'unité française que nous avons mis si longtemps à
   construire et qui reste le bien le plus précieux mais aussi le plus
   fragile que nous ayons à léguer à nos enfants.

   Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la charte européenne des
   langues régionales, non pas parce que je conteste les langues
   régionales, qu'au contraire je veux soutenir et développer, mais parce
   que je ne veux pas que demain un juge européen ayant une expérience
   historique du problème des minorités différente de la nôtre puisse
   décider qu'une langue régionale doit être considérée comme langue de la
   République au même titre que le Français.

   Car au-delà de la lettre des textes il y a la dynamique des
   interprétations et des jurisprudences qui peut aller très loin. J'ai la
   conviction qu'en France, terre de liberté, aucune minorité n'est
   opprimée et qu'il n'est donc pas nécessaire de donner à des juges
   européens le droit de se prononcer sur un sujet qui est consubstantiel
   à notre pacte national et n'a absolument rien à voir avec la
   construction de l'Europe.

   Qu'est-ce que la France ? La France c'est la République.

   La République c'est la compréhension mutuelle, le respect de l'autre et
   la solidarité pour tous.

   C'est la liberté de chacun garantie par la liberté de tous.

   C'est l'égalité des droits pour tous garantie par les devoirs de
   chacun.

   C'est la souveraineté de l'individu garantie par la souveraineté du
   peuple.

   C'est l'espérance de la justice.

   C'est la volonté générale exprimée par la loi.

   C'est la nation qui se gouverne elle-même.

   C'est l'État impartial. Idée sur laquelle je ne transigerai pas et qui
   passe par des nominations elles aussi impartiales.

   C'est la foi dans la raison, dans l'Homme et dans le progrès.

   C'est le mérite.

   C'est la vertu civique comme fondement de la citoyenneté.

   C'est la propriété et son respect comme conditions de la liberté.

   C'est le service public comme condition de l'égalité de tous les
   citoyens, quelque soit leur rang, quelque soit leur handicap, quelque
   soit le territoire où ils vivent.

   C'est l'éducation comme condition de l'émancipation.

   La République fraternelle c'est celle de Mirabeau et des droits de
   l'homme, celle de Victor Hugo et des "Misérables", celle de Jules Ferry
   et des instituteurs, celle de Jaurès et des dreyfusards, celle du
   Général De Gaulle et des Français libres.

   Nous sommes les héritiers de tous ceux qui dans l'histoire ont porté
   haut les idées de nation et de République quel que fût leur parti.

   Qu'il soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de
   la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de
   la nation à l'extrême-droite.

   Qu'ont fait les socialistes, pour la République ? Rien ! Qu'ont-ils
   l'intention de faire ? Pas davantage ! Les socialistes de jadis étaient
   d'abord des Républicains. Les socialistes d'aujourd'hui sont d'abord
   des socialistes. Ils ne sont pas préoccupés par l'avenir de la
   République. Ils sont préoccupés par l'avenir du socialisme. Ils n'ont
   pas tort : la République est toujours une idée neuve tandis que le
   socialisme est déjà une idée morte. Pour eux la République c'est
   l'affaire des partis. Pour nous c'est le problème de la nation. Pour
   eux la République c'est la gauche. Pour nous la République ce n'est pas
   la droite, ce n'est pas la gauche, ce sont tous les Français.

   J'affirme qu'on affaiblit la République quand on cherche à abaisser
   l'autorité de l'État. On affaiblit la République quand on dénigre la
   nation. On affaiblit la République quand on soutient ceux qui violent
   la loi, ceux qui squattent le bien d'autrui, ceux qui veulent avoir
   tous les droits sans respecter les droits des autres. On affaiblit la
   République quand on s'efforce par tous les moyens de ruiner la morale
   de l'effort et du mérite, quand on transforme le citoyen en assisté,
   quand on confond l'égalité avec l'égalitarisme, la solidarité avec
   l'assistanat.

   On affaiblit la République quand on la livre aux corporatismes et aux
   clientélismes, quand on l'abandonne aux communautarismes.

   À ceux qui veulent l'ordre sans le mouvement, je dis que la République
   est un idéal de progrès, et que dans un monde qui change la République
   immobile est vouée au déclin.

   À ceux qui veulent le mouvement sans l'ordre je dis que le désordre
   prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le
   contraire de la République.

   Je veux dire que la République n'est pas un modèle figé pour l'éternité
   mais un projet toujours inachevé, un élan du coeur et de l'esprit, un
   idéal de civilisation et d'humanisme, un rêve d'universalité et de
   fraternité.

   Je veux dire que la République, depuis 200 ans, c'est une continuité de
   principes, de valeurs, d'objectifs et une variété de moyens, de
   procédures et de priorités en fonction des circonstances.

   Je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta n'était
   pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de
   Clemenceau n'était pas celle de Lamartine et pas non plus celle du
   Général De Gaulle. Elle fut tour à tour girondine, jacobine, libérale,
   anticléricale, sociale, radicale... Elle se développa tour à tour par
   la conscription, par le suffrage universel, par l'école, par la
   laïcité, par la Sécurité sociale ou par le droit du travail... Elle
   s'affirma tour à tour dans la guerre et dans la paix, mais toujours
   combattant pour le même idéal.

   Il y a cent ans presque Clemenceau prononça à la Roche-sur-Yon, sur
   cette terre vendéenne où il était né, un de ces discours dont il avait
   le secret "le combat éternel pour la libération de l'Homme continue,
   non plus nécessairement à coups de fusils mais à coups de pensées, par
   le livre, par la parole, par la leçon. Le combat n'est plus aux chemins
   creux, il est à l'école (...) La République n'est rien qu'un instrument
   d'émancipation, un instrument d'évolution par l'éducation de tous". On
   ne saurait mieux dire !

   Nul ne se bat plus pour le drapeau blanc ou pour le drapeau rouge.

   Il n'y a plus de chouans en Vendée,

   La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une
   nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.

   être Français c'est aimer la France, c'est vouloir la République, c'est
   respecter l'État.

   être Français c'est prendre en partage l'histoire de la Franc et les
   valeurs de la France.

   être Français c'est penser qu'au-delà de la droite et de la gauche,
   au-delà des partis, au-delà des croyances, il y a quelque chose de plus
   grand qui s'appelle la France.

   Je veux dire à tous les Français que la France est plus forte quand
   elle est unie, que la désunion des Français a toujours causé
   l'affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible c'est
   chacun d'entre nous qui se trouve affaibli.

   être Français c'est se sentir l'héritier d'une seule et même histoire
   dont nous avons toutes les raisons d'être fiers. Si on aime la France,
   on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait
   de la France une grande nation.

   J'ai cité Jaurès parce que Jaurès, quand il défend Dreyfus au nom de la
   justice, a fait de la France une grande nation. Je me sens l'héritier
   de Jaurès quand il dit à la jeunesse : "le courage c'est de choisir un
   métier et de le bien faire quel qu'il soit (...). Le courage c'est de
   dominer ses propres fautes, d'en souffrir mais de ne pas en être
   accablé et de continuer son chemin (...). C'est de se donner aux
   grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort
   l'univers profond. Je me sens l'héritier de Jaurès quand il dit :
   "contre toute menace et toute humiliation il faudrait défendre la
   France : elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu'elle est la
   France et parce qu'elle est humaine".

   J'ai cité Léon Blum parce que Léon Blum a fait de la France une grande
   nation quand il a dit : "l'émulation scolaire c'est l'égalité vraie".
   Parce que je me sens l'héritier de l'enfant qui en 1936 grâce aux
   congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend
   prononcer pour la première fois le mot "vacances".

   Oui je me reconnais dans Jaurès et dans Blum, dans Jules Ferry, dans
   Clemenceau, comme je me reconnais dans Péguy, dans Lyautey et dans le
   Général De Gaulle, Chaban, dans Jean Monnet, dans Georges Pompidou.

   Monsieur Hollande, que je n'ai pas souvent entendu citer Jaurès, a dit
   : "c'est une captation d'héritage !" Je ne sais pas ce que feraient
   Jaurès ou Léon Blum de nos jours, pas plus que je ne sais ce que ferait
   le Général De Gaulle. Et Monsieur Hollande ne le sait pas non plus !

   Ce que je sais c'est que l'histoire de France n'appartient à personne
   et qu'en tout cas elle n'a pas commencé avec le parti socialiste.

   Ce que je sais c'est qu'il n'y a qu'une histoire de France et non pas
   deux, parce qu'il n'y a qu'une seule France.

   Ce que je sais c'est qu'il y a des gens pour lesquels le patriotisme de
   parti sera toujours plus grand que l'amour de la patrie, alors que pour
   moi rien n'est plus grand que l'amour de la France.

   Ce que je sais c'est qu'il y a des gens qui ne comprendront jamais que
   l'on veuille rassembler les Français, qui ne comprendront jamais que
   l'on puisse dire que lorsqu'il s'agit de la France il n'y a pas de
   camp.

   Ce que je sais c'est que la gauche qui proclame que l'Ancien régime ce
   n'est pas la France, que les Croisades ce n'est pas la France, que la
   chrétienté ce n'est pas la France, que la droite ce n'est pas la
   France.

   Cette gauche là je l'accuse de communautarisme historique.

   C'est la même gauche qui fait semblant de croire que tous les
   antidreyfusards étaient de droite et tous les dreyfusards de gauche,
   que tous les pétainistes étaient de droite et tous les résistants de
   gauche. Ce que je sais c'est que cette gauche-là n'a rien à voir avec
   celle de Jaurès, ni avec celle de Léon Blum, qu'elle n'a ni pris la
   Bastille, ni fondé la Première République, ni la Deuxième, ni même la
   Troisième. Ce que je sais c'est que c'est le Général De Gaulle qui a
   donné le droit de vote aux femmes, créé la Sécurité Sociale, achevé la
   décolonisation et sauvé deux fois la République, et non le Parti
   Socialiste !

   Ce que je sais c'est qu'à Londres, le Général De Gaulle n'a pas demandé
   pas à Jean Moulin s'il était de droite ou s'il était de gauche.

   Ce que je sais c'est que lorsque la Gestapo a décidé de prendre en
   otages Georges Mandel et Léon Blum et de les retenir prisonniers dans
   une petite cabane en bordure du camp de Buchenwald, elle n'a pas fait
   de différence entre la France de gauche et celle de droite. Dans cette
   cabane il n'y avait pas deux France à l'ombre sinistre des chambres à
   gaz, il n'y en avait qu'une.

   Ce que je sais c'est que Napoléon en achevant la Révolution a dit : "De
   Clovis au Comité de Salut Public, j'assume tout".

   Je ne veux donner de leçon à personne, mais quand j'entends dire que
   l'on ne peut pas admirer à la fois Saint Louis et Carnot, je pense
   toujours à Marc Bloch, ce grand historien républicain et laïque qui a
   écrit : "Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais
   l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre
   de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la
   Fédération".

   Ce n'est pas une querelle d'historiens. C'est un débat profondément
   politique car au travers de deux conceptions de l'histoire ce sont deux
   conceptions de la nation qui s'opposent.

   Il y a ceux qui ne chercheront toujours que la victoire d'un parti sur
   tous les autres et il y a ceux qui ont toujours à l'esprit l'intérêt
   commun. Nous sommes de ceux qui veulent parler à tous les Français.

   Il y a ceux qui veulent un Président de la République qui sera le
   porte-parole d'une partie de la France contre l'autre. Nous sommes de
   ceux qui veulent un Président qui parlera au nom de tous les Français.

   Il y a ceux qui veulent diviser pour régner. Nous sommes de ceux qui
   veulent rassembler.

   Il y a ceux qui attisent encore la lutte des classes et il y a ceux qui
   disent que le sort de chacun dépend de celui de tous.

   Il y a ceux qui cherchent toujours dans l'idéologie la réponse toute
   faite à toutes les questions et qui veulent encore résoudre les
   problèmes du XXIe siècle avec les solutions du XIXe siècle et il y a
   ceux qui sont convaincus que la seule politique qui vaille est celle
   qui se fait à partir des réalités, et d'abord des réalités humaines.

   Je crois en la France, en la capacité des Français d'accomplir d'aussi
   grandes choses que celles qu'ont accompli leurs aïeux. Je crois
   qu'au-delà des convictions partisanes, au-delà de la droite, de la
   gauche et du centre, au-delà des extrêmes qui servent de porte-voix à
   tous ceux qui ont le sentiment qu'on ne les écoute jamais, la grande
   force de la France est dans tous ces Français qui sont avant tout des
   hommes de bonne volonté qui aiment leur pays et qui veulent pour lui et
   pour leurs enfants ce qu'il y a de mieux.

   Voici pourquoi je veux parler à tous les Français sans exception parce
   que la France a besoin de l'énergie de tous ses enfants.

   La France traverse une crise morale. La politique peut y remédier parce
   que la politique en est la cause.

   Cette crise morale est une crise des valeurs, une crise des repères,
   une crise du sens, une crise de l'identité.

   Le dénigrement de la nation est au coeur de cette crise.

   être Français, c'est parler et écrire le Français.

   être français, c'est respecter la loi.

   Celui qui entre clandestinement en France, celui qui ne fait aucun
   effort pour s'intégrer, celui-là ne doit pas s'attendre à se voir
   reconnaître les mêmes droits qu'un Français.

   être Français c'est avoir des droits mais c'est aussi se reconnaître
   des devoirs.

   être Français c'est recevoir de la France et lui donner en retour.

   Le problème de la France c'est qu'à force, pendant trop longtemps, de
   ne rien exiger de personne, même pas le respect de ses valeurs et de
   ses lois, elle a nourri l'une des plus graves crises d'identité de son
   histoire.

   C'est la raison pour laquelle il faut maîtriser l'immigration. Accepter
   d'accueillir toute la misère du monde, c'est tirer toute la société
   vers le bas. C'est faire le malheur des immigrés que l'on n'arrive plus
   à intégrer, et le malheur de tous les autres. Ce sont comme toujours
   les plus modestes et les plus vulnérables qui payent le plus cher: le
   jeune de 20 ans qui meurt asphyxié dans sa cachette ou qui coule au
   fond de l'océan avec sa pirogue, les familles brûlées vives dans des
   hôtels sordides où elles s'entassent parce qu'on ne sait pas où les
   loger. En régularisant tous les sans-papiers on incite une masse
   croissante de malheureux à immigrer clandestinement dans l'espoir
   d'être régularisés un jour et l'on fait monter le ressentiment chez
   ceux qu'on accueille si mal et chez ceux qui se sentent de plus en plus
   étrangers dans leur propre pays. Si je suis élu président de la
   République, il n'y aura pas de régularisation globale.

   Il faut lutter contre l'immigration clandestine qui fait la fortune des
   marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n'hésitent pas à
   mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la
   détresse.

   Je souhaite que celui qui a été reconduit dans son pays ne puisse pas
   obtenir un titre de séjour en France pendant les 5 ans qui suivent.

   Je souhaite que les étrangers en situation irrégulière soient exclus du
   droit au logement opposable.

   Protéger c'est protéger la France, ses valeurs, c'est parce que je veux
   qu'elle reste ouverte, accueillante, généreuse, que je veux que
   l'immigration soit maîtrisée, que notre pays fixe chaque année le
   nombre des étrangers qu'il peut accueillir dans des conditions qui
   permettent de respecter la dignité des personnes.

   Je souhaite que l'immigré en situation régulière ne puisse faire venir
   sa famille que dans la mesure où celle-ci a appris, avant de pénétrer
   sur notre territoire, à parler le Français et après que nous nous
   soyons assurés que les revenus de son travail lui permettent de la
   faire vivre et de la loger décemment.

   Je souhaite qu'on ne puisse pas s'installer durablement en France sans
   se donner la peine d'écrire et de parler le Français.

   C'est parce que je veux protéger la France et ses valeurs que je
   souhaite que soient définis les principes de l'entrée et du séjour des
   étrangers dans notre pays.

   À Bayeux en 1946, le Général De Gaulle avait conclu son discours de la
   manière suivante :

   "C'est la peine éternelle et c'est la grandeur de la France de ne
   s'arrêter jamais, car, pour elle, cesser d'agir reviendrait à
   disparaître. Mais il suffit d'évoquer l'univers rude et mouvant dans
   lequel nous avons à vivre pour tirer cette conclusion : nous ne
   jouerons notre rôle, nous n'obtiendrons ce qui nous est dû, nous ne
   servirons comme il convient l'intérêt supérieur du monde que si, après
   tant d'épreuves et de leçons et malgré les préjugés, les préventions et
   les chimères, nous organisons la direction nationale, c'est-à-dire
   l'État, pour l'efficience, la cohésion, la continuité ! Où est l'avenir
   ? Il est en nous."

   Que dire de mieux, que dire de plus ? Sinon ces deux mots magnifiques :

   Vive la République !

   Vive la France !

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