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Discours politique

François Hollande, Discours de Francois Hollande – Déplacement dans le Nord
(10/03/2007)

   Vous m'avez offert tout au long de la journée un voyage dans le Nord.
   Merveilleux voyage que celui qui m'a été offert où je n'ai rencontré
   que des socialistes heureux et fiers.

   Ce que je retiens de cette campagne qui s'ouvre, c'est la très grande
   mobilisation ; pas simplement des militants socialistes, pas simplement
   des sympathisants de notre parti, pas simplement de ceux qui nous ont
   rejoint -Radicaux de Gauche, Mouvement des Citoyens, mais de beaucoup
   d'hommes et de femmes qui veulent participer avec nous à ce grand
   mouvement qui se lève et qui s'appelle simplement le changement,
   l'alternance, la victoire de la gauche, la victoire de la France avec
   la gauche, car il s'agit bien de cela au mois de mai prochain.

   Nous avons le sentiment, et Pierre Mauroy peut-être plus que d'autres,
   de vivre une campagne comme celle de 1981 . Car il s'agit là, pour ce
   printemps 2007, un successeur que dis-je une successeur à François
   Mitterrand. En 1981, la droite était forte, elle dirigeait le pays
   depuis 23 ans et chaque fois la gauche avait échoué, pas de loin, pour
   accéder au pouvoir. Cela lui semblait interdit, impossible, elle
   n'était pas légitime. Il a fallu lutter contre les forces de l'argent,
   contre les forces des médias, contre l'ensemble des moyens qui avait
   été mis au service de la droite pour empêcher la gauche de diriger,
   enfin, le pays.

   Ce fut la victoire, la belle victoire de François Mitterrand et ses
   réformes, ses changements que le pays attendait depuis tant d'années.
   Aujourd'hui, 26 ans après, nous en sommes encore là, après 12 ans de
   présidence Chirac qui s'achève. C'est fini. Cela n'aurait pas dû
   d'ailleurs commencer. Mais, 12 ans, c'est long ! 12 ans de présidence
   de droite. Il va donc falloir clore ce cycle-là. Il va falloir aussi en
   terminer avec la politique telle qu'elle est menée depuis 2002 et qui a
   été une politique d'abaissement, de recul, de régression. C'est cela
   l'enjeu. Nous avons encore quelques jours pour décider ensemble. C'est
   une occasion formidable pour le peuple français de saisir, par le
   suffrage universel, l'instrument qui nous permettra de vivre
   différemment demain.

   La seule candidate du changement, c'est Ségolène Royal, il n'y en a pas
   d'autre.

   Vous êtes nombreux, enthousiastes, convaincus, mais vous savez aussi
   que rien n'est joué, que tout est possible, le pire comme le meilleur.

   Vous savez que tout dépendra de vous et des Français eux-mêmes. Je vous
   demande de ne rien négliger, de convaincre et de ne pas laisser faire,
   ne pas se laisser tourmenter, inquiéter, impressionner. La seule vérité
   des sondages, et il y en a beaucoup, c'est qu'en définitive ils ne
   savent rien. La décision est majeure ; on ne peut prévoir aucun
   résultat. Qui avait pu prévoir au mois de mars 2002 que ce serait entre
   la droite et l'extrême droite que se jouerait l'élection présidentielle
   ? Qui avait pu imaginer que la gauche, les socialistes, seraient
   obligés pour sauver la République de préférer notre adversaire à leur
   ennemi de la République et des libertés ? Je ne laisserai d'ailleurs
   personne à droite mettre en cause l'engagement républicain des
   socialistes quand nous, face à cette adversité, nous aurons tout fait
   pour écarter l'extrême droite, y compris voter pour notre adversaire.

   Tout dépendra encore de nous jusqu'au 22 avril pour convaincre les
   Français qu'il y a nécessité, urgence même, à faire le choix dès le
   premier tour du changement et ce choix-là, c'est Ségolène Royal qui le
   porte.

   Une victoire se mérite ; la confiance se conquiert ; aucun suffrage
   n'est acquis d'avance ; aucune victoire n'est prévisible. Regardez se
   battre les fanfarons depuis maintenant un mois. Il y en a un, Nicolas
   Sarkozy, qui, il y a quelques semaines se voyait déjà sur la dernière
   marche, en haut de l'affiche ; il se croyait déjà Président. Il avait
   déjà revêtu le costume pour la circonstance -costume tout de même un
   peu grand pour lui- et quittait justement la Place Beauvau pour se
   rendre quelques mètres plus loin devant le Palais de l'Elysée ; il y
   faisait certainement ses repérages, regardait ce qu'il croyait être
   bientôt ses futurs appartements. Je me demande d'ailleurs si le
   locataire de l'Elysée encore pour quelques jours ne s'en inquiétait
   pas. Et maintenant, sous l'influence de quelques enquêtes d'opinion,
   c'est François Bayrou qui se prend pour le Général De Gaulle ! Il veut,
   rien que cela, refonder la République. Il est contre tout le monde et
   veut gouverner avec tout le monde. Pas facile d'y parvenir.

   Ne vous laissez pas impressionner par ces généraux, par cette façon de
   faire. Aucun vote n'est prévisible et ce qui compte ce n'est pas telle
   ou telle enquête d'opinion, tel ou tel sondage ; ce qui compte, c'est
   le vote des Français et c'est celui-là que nous devons emporter le
   moment venu.

   Je sais l'assentiment qui est porté sur nous, mais je sais aussi
   l'inquiétude d'être une nouvelle fois trompé, détourné le sens même
   d'une élection présidentielle. Je connais la confusion qui règne
   quelques fois dans les esprits, y compris au sein de la gauche,
   d'attendre le deuxième tour pour faire son choix, d'envoyer des
   messages, alors que le seul enjeu de l'élection, c'est de choisir un
   Président de la République, en l'occurrence une Présidente de la
   République. Je sais bien quel est le désarroi de beaucoup, quelle est
   la défiance de quelques-uns de nos concitoyens à l'égard du système
   politique. Mais, je demande à ceux-là, à ceux qui sont souvent les plus
   modestes, les plus pauvres, les plus perdus de notre société, de
   choisir véritablement dans cette élection la candidate qui porte leurs
   intérêts, qui défend leur cause et cette candidate-là c'est Ségolène
   Royal.

   Dans une élection de cette importance où c'est l'avenir de la France
   qui se décide, il faut faire apparaître clairement les enjeux.

   Le premier enjeu est celui du changement.

   Il y a des candidats à cette élection qui représentent la continuité et
   le premier de ces candidats, c'est Nicolas Sarkozy. Il est un candidat
   de la politique sortante, il est le candidat de la majorité sortante,
   il est le candidat sortant dès lors que Jacques Chirac lui-même ne sera
   pas candidat à sa propre succession. Si l'on ne veut plus de cette
   politique-là, si l'on refuse les choix qui ont été faits depuis 2002,
   et puisque cette politique a échoué gravement : faible croissance,
   chômage élevé -même si des manipulations statistiques ont été
   pratiquées pour en cacher la réalité, on va même jusqu'à reporter le
   dépôt d'un rapport sur l'emploi pour ne pas faire apparaître que le
   chômage dans notre pays n'a pas baissé-, un endettement public record,
   des déficits considérables de l'Etat, de la Sécurité Sociale, le
   déficit commercial, la montée des inégalités, des précarités, des
   insécurités. Il faut que le candidat sortant porte ce bilan, il ne peut
   pas fuir devant sa responsabilité. Il est responsable d'avoir mal
   gouverné, d'avoir échoué et de laisser penser que l'on n'a pas de
   compte à rendre et que l'on est un candidat nouveau. Nicolas Sarkozy
   est le candidat sortant. Ceux qui approuvent la politique menée depuis
   2002 peuvent voter pour Nicolas Sarkozy autant qu'ils le voudront, mais
   c'est la politique de la continuité en pire. Ne laissons pas dire que
   même sur un sujet comme celui de la sécurité, il a eu des résultats.
   Quand sa première décision, en 2002, a été de supprimer la police de
   proximité et quand sa dernière décision comme Ministre de l'Intérieur
   aujourd'hui est de demander un rapport à un expert pour la rétablir,
   quand on a détruit ce qui marchait, on doit porter la responsabilité de
   l'échec en matière de sécurité. Jamais les violences aux personnes
   n'ont été aussi nombreuses, jamais les agressions physiques n'ont été
   autant répétées, hélas dans nos quartiers, dans nos cités ; jamais il
   n'y a eu trois semaines d'émeutes urbaines dans notre pays, comme on
   les a vécues à l'automne 2005. Quand il nous dit qu'il a au moins su
   éviter les morts dans cette période, c'est oublier qu'il y a eu deux
   enfants qui sont morts dans un transformateur d'EDF, cause du
   déclenchement des émeutes.

   Nicolas Sarkozy doit rendre des comptes sur la politique qui est menée
   depuis 2002 . Nous devons dire que si l'on n'approuve pas cette
   politique, on ne peut pas voter pour Nicolas Sarkozy.

   On nous dit qu'il aurait changé ; lui-même dit qu'il a changé. C'est
   tellement simple. On échoue et l'on change ; mais, s'il a changé c'est
   qu'il n'était pas bien avant, sinon pourquoi changer ! Et, s'il a
   changé, c'est qu'il changera encore, c'est qu'il ne sera pas mieux
   après ! Il ne peut pas y avoir là de véritable changement quand on est
   associé comme il l'a été, au sommet du pouvoir depuis 2002.

   Pas davantage de changement, lorsque l'on se présente comme un candidat
   de droite qui ne serait plus de droite, du centre qui ne serait plus du
   centre. C'est le faux changement. L'UDF et l'UMP sont alliées depuis
   toujours. Elles ont participé à toutes les décisions au sommet de
   l'Etat et dans les assemblées locales où elles sont solidaires quand
   elles sont dans la majorité, quand elles sont dans l'opposition. Et
   l'on voudrait nous faire croire aujourd'hui qu'il y aurait un candidat
   différent parce qu'il serait centriste ! Parce qu'il viendrait de nulle
   part ! Ce serait une nouvelle mystification. On en a déjà connu une :
   en 1995, il y a 12 ans, un candidat de droite prétendait qu'il n'était
   plus de droite et qu'il était plus social que la gauche ; il voulait
   réduire la fracture sociale, réquisitionner les logements ; il disait
   que la feuille de paye n'était plus l'ennemie de l'emploi. Ce candidat,
   c'était Jacques Chirac. On se souvient de cette mystification qui a,
   d'ailleurs, marché puisqu'elle lui a permis d'être élu Président de la
   République. Et, deux ans après, incapable de tenir ses engagements, il
   a dissous l'Assemblée nationale -c'est d'ailleurs ce qu'il a fait de
   mieux depuis qu'il a été élu Président.

   Nous ne voulons pas revivre cette mystification d'une autre manière ;
   il faut donc appeler à la clarté : il n'y a de changement possible qu'à
   gauche ; il n'y a de changement possible qu'avec Ségolène Royal .

   Pourquoi est-elle le changement ? Non pas simplement parce qu'elle est
   une femme -encore que ce serait déjà un changement majeur que d'avoir
   une femme Présidente de la République ; elle le changement, parce que
   sa méthode -la démocratie participative, sa conception de la politique
   -cette écoute des citoyens, cette volonté qui est la sienne de ne plus
   supporter les injustices , les atteintes à la dignité humaine, cette
   volonté qu'elle a de préparer son pacte présidentiel après une phase
   d'écoute et, une fois Présidente de la République, d'appliquer ce pacte
   en ayant toujours le souci d'associer les citoyens, tout cela est
   nouveau, y compris au Parti socialiste.

   Elle est le changement parce qu'elle a été capable de rassembler tous
   les socialistes -ce n'est jamais facile, elle a été capable d'appeler
   toutes les générations, toutes les expériences, tous les talents. Elle
   a eu raison. Elle a été capable d'effacer le " oui " le " non " qui
   nous avait séparé au sein de la gauche. Elle est le changement, parce
   qu'elle porte un pacte présidentiel qui permet le changement. C'est
   elle qui fournit 100 propositions pour le pays. Qui d'autre a fait cet
   effort ? Qui d'autre a eu cette démarche ?

   On connaît les propositions de Nicolas Sarkozy. Pas toutes. Il en fait
   tous les jours, se contredisant lui-même, annulant les précédentes,
   nous inquiétant davantage. Etre capable de proposer un Ministère de
   l'immigration et de l'identité nationale, en ce moment, constitue une
   triste manoeuvre, provoquant la mise en avant toujours du sujet de
   l'immigration comme thème de la campagne présidentielle. C'est aussi un
   mauvais coup tactique d'aller chercher les voix de l'extrême droite
   parce qu'on serait soi-même en difficulté. Et, surtout, quand on est un
   ministre de la République, rapprocher immigration et identité
   nationale, c'est laisser penser que ce serait l'immigration qui serait
   une atteinte à l'identité nationale.

   Face à des propositions de cette nature, de cette gravité, nous avons
   besoin d'un pacte présidentiel qui rappelle que les principes de la
   République, eux, seront sauvegardés car ils seront inviolables si la
   gauche est aux responsabilités de notre pays.

   Connaissez-vous les propositions de François Bayrou ? Vous ne pouvez
   pas les connaître car, précisément, il ne veut faire aucune
   proposition. On n'y avait pas pensé : être candidat pour ne rien faire
   du tout ! Pourquoi ne pas faire de proposition ? Parce qu'en faire
   serait s'engager, prendre un risque, écarter les uns, repousser les
   autres. Mais la politique, la conception que nous en avons, c'est de
   faire des choix. On ne peut pas être et de droite et de gauche. Ceux
   qui vous disent cela, généralement, sont de droite. Il n'y a pas de
   candidat apolitique dans cette élection présidentielle ; ce n'est pas
   un concours de combinaison tactique, de débauchage personnel.
   L'élection présidentielle est une vision de la France, une conception
   de la démocratie, un sens politique que nous donnons au pays. La voie "
   François Bayrou " n'est qu'une impasse par rapport à ce qu'est le choix
   dans une démocratie : la droite ou la gauche. Point là question de
   sectarisme. Si les uns et les autres veulent le changement, s'ils
   veulent qu'il y ait en France un rassemblement plus large qui irait
   même au-delà de la gauche, c'est sur le pacte présidentiel de Ségolène
   Royal qu'il faut se rassembler et nulle part ailleurs.

   Voilà le sens du changement que nous proposons avec Ségolène Royal.
   Mais, nous sommes aussi conscients que l'élection présidentielle doit
   être un changement pour tous les Français. Et c'est pourquoi elle a
   fait des propositions claires.

   Le deuxième enjeu est celui de la clarté

   Il y a plusieurs projets en débat dans cette élection présidentielle.
   Il y a les uns, Nicolas Sarkozy comme François Bayrou, qui nous disent
   que si l'on veut gagner plus, il faut travailler plus. Qu'ils aillent
   voir les chômeurs pour leur dire qu'il faut travailler plus, eux qui
   veulent travailler tout simplement ; il faut leur dire d'aller voir les
   caissières de supermarchés qui travaillent à temps partiel, elles qui
   ne demandent qu'à travailler à temps complet ; il faut leur dire
   d'aller voir les jeunes qui passent de petits boulots en CDD pour leur
   dire qu'il faut travailler plus quand eux sont à la recherche d'un CDI
   ; il faut leur dire d'aller voir les salariés délocalisés ou ceux qui
   perdent leur emploi comme à Airbus ou Alcatel pour leur dire qu'il faut
   travailler plus quand ils veulent simplement garder leur emploi.

   Maintenant, on nous dit que travailler plus, c'est recourir aux heures
   supplémentaires : je fais observer qu'il y a aujourd'hui des heures
   supplémentaires qui ne sont pas déclarées dans beaucoup d'entreprises ;
   qu'ensuite, ce sont les employeurs qui décident des heures
   supplémentaires, pas les salariés. Il est rare, là aussi, qu'un salarié
   vienne voir l'entrepreneur pour lui dire : " voilà, j'ai écouté
   Monsieur Sarkozy, j'ai entendu Monsieur Bayrou, je veux travailler
   plus, donnez-moi davantage ". C'est l'employeur qui décide, c'est
   souveraineté de patron. Ils ont donc trouvé un mécanisme qui est de
   dire que l'on va décharger des cotisations sociales les heures
   supplémentaires. Ce qui fait qu'une heure supplémentaire coûtera moins
   cher qu'une heure normale ; ce qui fait que, s'il y a une reprise
   d'activité économique, plutôt que d'embaucher des jeunes et des moins
   jeunes pour qu'ils viennent renforcer les équipes dans l'entreprise, on
   fera travailler massivement ceux qui sont déjà dans l'emploi. On
   harcèlera de travail ceux qui en ont déjà un. Belle perspective ! beau
   progrès ! Voilà leur grande idée !

   Et voilà qu'ils nous disent qu'il faut payer moins d'impôts ! On est
   généralement attentif quant à la question des baisses d'impôts ; mais
   là, Sarkozy a même fait plus que Bayrou et que Jacques Chirac lui-même.
   Il est parti de 4 points de prélèvements obligatoires, alors que l'on
   atteint le niveau record. Cela faisait 68 milliards d'euros. Au bout de
   15 jours (autour du 1 er février), il prétend que l'on a mal compris
   ses propos, que ce n'est pas 68 milliards d'euros sur cinq ans, mais 68
   milliards d'euros de baisse d'impôts sur 10 ans (c'est-à-dire 34
   milliards d'euros). Ce qui d'ailleurs m'amène à dire qu'il est candidat
   en 2007 mais aussi en 2012 ! Donc, si l'on ne veut pas qu'il soit
   candidat en 2012, nous avons l'occasion de nous en débarrasser dès
   2007. Et 15 jours encore après (vers le 15 février) tombe le chiffrage
   du programme du candidat UMP : 15 milliards d'euros de baisse d'impôts.
   C'était encore moitié moins que le chiffre annoncé par Sarkozy.

   Il reste encore près de deux mois de campagne. Faites vos comptes. À ce
   rythme-là, ce sera une augmentation d'impôts qu'il promettra bientôt
   avant le premier tour de l'élection présidentielle.

   Mais, si on regarde la logique : à la limite, baissons les impôts ;
   mais qu'est-ce qui va être fait en termes de services publics,
   d'Education Nationale, d'accès aux soins ? Là aussi, Sarkozy et Bayrou
   ont des réponses pas différentes ; on ne remplacera pas un
   fonctionnaire sur deux partant à la retraite : 400 000 fonctionnaires
   en moins sur 5 ans ! Ils aiment tellement les fonctionnaires qu'ils les
   aiment moins nombreux. C'est leur façon de leur témoigner leur
   affection. Sarkozy, lui qui va toujours plus loin, dit qu'il veut en
   2012 une Fonction publique d'Etat, une fonction publique hospitalière
   égale à celles qui existaient en 1992. Qu'est-ce que cela veut dire ?
   400 000 fonctionnaires en moins dans l'Education nationale, dans la
   police, dans la gendarmerie, dans les hôpitaux ! J'entends, par
   ailleurs, que certains de nos amis enseignants sont sensibles à tel ou
   tel discours. Je leur demande d'abord d'être vigilants car il se trouve
   que F. Bayrou a déjà été Ministre de l'Education nationale ; c'est
   pendant la période où il a été Ministre de l'Education nationale qu'il
   y a eu une remise en cause des lois Falloux sur le financement de
   l'école privée. Il a fallu 1,5 million d'enseignants et de parents
   d'élèves défilant dans les rues pour ce texte soit retiré.

   Mais, qui peut croire que la société n'a pas changée depuis 30 ans.
   Serait-ce de nature à faire que l'on puisse compenser les baisses
   d'impôts qu'ils nous promettent ? Non, puisque cela ne provoquerait que
   5 milliards d'euros d'économie comparé au 68 ou 34 ou 15 milliards.

   Ils ont donc aussi inventé une autre proposition, notamment pour la
   Sécurité Sociale : " une franchise santé " (ne vous fiez pas au mot
   franchise, il n'est pas sincère) ; la " franchise santé ", c'est de
   dire " maintenant, vous ne serez plus remboursé en dessous d'un certain
   seuil ; vous irez consulter mais sans être remboursé. Au-dessus de ce
   certain seuil, vous le serez ". C'est la médecine à plusieurs vitesses.
   C'est d'ailleurs la logique lorsqu'il n'y a plus de prélèvements, de
   cotisation sociale, d'impôt qui assurent la couverture des biens
   collectifs, la protection sociale.

   Prenez conscience donc de la gravité des choix. Nous savons aujourd'hui
   que sur le service public, sur le droit du travail, sur la protection
   sociale, ce qui est généralement abandonné ou annulé en tant qu'acquis
   social n'est pas simple à rétablir.

   Et qu'est-ce qui sera en cause dans l'élection de mai prochain ? Ce
   sera d'abord le service public de l'énergie : veut-on laisser GDF, EDF
   privatisées ? C'est la position de la droite. Veut-on garder EDF, GDF
   dans le service public ? C'est le choix de la gauche.

   Si l'on veut que le contrat de travail aille vers la généralisation du
   CPE, du CNE, c'est la position de la droite -Sarkozy est d'ailleurs
   allé sur ce point encore plus loin que Bayrou puisqu'il a dit que, lui,
   était pour le " contrat de travail à rupture mutuelle ". C'est
   tellement simple. Le salarié commence avec un employeur puis,
   soudainement, décident mutuellement de se séparer. Vous en connaissez
   beaucoup, vous, des salariés qui vont voir leur employeur pour lui dire
   : " non décidément, je ne peux plus vous supporter ! Je ne veux plus
   rester avec vous ! je préfère partir ; je prends le contrat Sarkozy ".
   Mais, ce n'est pas comme cela que ça va se passer ; c'est l'employeur
   qui vous convoquera et qui vous dira " Moi, je prends le contrat de
   Sarkozy et je vous licencie sans motif et à tout moment ".

   Voilà le risque : l'abandon des principes du droit du travail. Ce sera
   d'ailleurs une des premières mesures de Nicolas Sarkozy avec la mise en
   cause du droit de grève. Et, en face de la protection sociale, il y
   aura une grande négociation qui va s'ouvrir sur les retraites en 2008
   car rien n'a été réglé par le gouvernement Raffarin où, pire,
   l'injustice s'est introduite dans l'imprévoyance.

   Est-ce que l'on veut travailler toujours plus avec des retraites
   toujours plus faibles où est-ce que l'on veut avoir comme critère la
   pénibilité pour déterminer la durée de cotisations et appeler d'autres
   revenus que ceux du travail, les revenus du capital, à financer la
   préparation de la retraite. Voilà aussi le sens du choix que vous aurez
   à faire dans quelques semaines pour l'élection présidentielle.

   Le seul changement possible donc, c'est le pacte présidentiel de
   Ségolène Royal.

   Travailler tous :

   _ aucun jeune ne doit rester au chômage plus de six mois sans qu'il ne
   lui soit proposé un emploi tremplin (ce que font déjà les régions), une
   formation rémunérée ou une allocation d'autonomie dans le cadre d'un
   parcours universitaire ;

   _ la sécurité sociale professionnelle : tout le monde en parle, mais
   faut-il regarder de quoi on parle. Il y aura toujours des
   licenciements, il y aura toujours des plans sociaux ; et ceux qui
   laisseront penser le contraire seront des illusionnistes ou des
   menteurs. Faut-il encore que celui qui est victime d'un plan social ou
   d'un licenciement ne soit pas renvoyé, abandonné. La sécurité
   professionnelle, c'est permettre à tout travailleur qui perd son emploi
   plutôt que d'aller vers l'ANPE d'avoir un contrat.

   _ Aucun homme, aucune femme ne pourra reprendre un travail s'il était
   au RMI ou avec une prestation : sans une amélioration de son revenu
   d'au moins 30 % par rapport à la situation antérieure car, nous
   refusons l'assistance, nous refusons qu'il puisse y avoir un risque de
   perte de revenus lorsqu'il y a un retour vers le travail.

   Contre la vie chère :

   _ C'est donc la proposition d'ouvrir une conférence sur les salaires au
   lendemain de l'élection présidentielle. Il y a des profits dans notre
   pays, ils ne peuvent être redistribués qu'aux actionnaires ; il faudra
   négocier le partage de la richesse dans notre pays et pas simplement
   pour le SMIC, mais pour l'ensemble des salaires.

   _ Nous modulerons les cotisations sociales. Nous n'accorderons
   d'exonération de cotisations sociales qu'aux entreprises qui augmentent
   leur masse salariale et pas à celles qui la diminuent.

   Garantie du pouvoir d'achat :

   _ En améliorant les petites retraites

   _ En introduisant un bouclier logement, c'est-à-dire en permettant
   qu'une famille ne consacre pas plus d'un quart de ses revenus au
   paiement de ses charges locatives ; je préfère le bouclier-logement au
   bouclier fiscal pour les plus favorisés qu'offrent Sarkozy et Bayrou

   Le pacte présidentiel, c'est aussi la réussite éducative et ce droit
   qui doit être reconnu au soutien scolaire gratuit, parce que si on veut
   lutter contre l'échec scolaire, il faut que l'accompagnement scolaire
   de tous les jeunes puisse être fourni gratuitement par le service
   public de l'Education. Il va falloir aussi qu'il y ait la scolarisation
   obligatoire à 3 ans, parce que l'école matérialise une chance si l'on
   veut lutter contre l'échec scolaire. Il va falloir faire un grand plan
   pour l'université, pour rattraper les retards constatés et faire en
   sorte que l'enseignement supérieur débouche sur des véritables diplômes
   reconnus et de véritables emplois. Il va falloir faire un effort majeur
   pour la Recherche, pour l'innovation, car c'est la condition de la
   victoire sur la mondialisation économique.

   Il va falloir permettre l'excellence environnementale. Car il ne s'agit
   pas simplement de signer le pacte de Nicolas Hulot pour être quitte à
   l'égard des générations futures. Il va falloir faire payer les
   pollueurs. Il va falloir donner priorité aux transports publics et aux
   transports urbains. Il va falloir faire un grand plan d'économie
   d'énergies, d'isolation thermique des logements sociaux. Et il va
   falloir aussi diversifier les sources d'énergies et mettre la priorité
   aux énergies renouvelables.

   Pacte présidentiel pour le changement démocratique, car il n'est plus
   possible de vivre dans ces institutions qui concentrent le pouvoir
   entre deux mains, celles du Président de la République, et que ces
   mains soient socialistes ou de droite, le problème reste entier. Nous
   devons partager le pouvoir. Nous devons faire en sorte que les citoyens
   soient davantage consultés, que le Parlement soit renforcé, que le
   cumul des mandats soit limité et que les citoyens eux-mêmes puissent
   être acteurs du changement à travers une démocratie sociale qui sera
   rénovée, des syndicats reconnus, représentatifs à travers les élections
   professionnelles et seuls les syndicats majoritaires pourront signer
   les accords collectifs dans les entreprises.

   Voilà le changement que nous proposons. Et le pacte présidentiel de
   Ségolène Royal, c'est aussi la place de la France en Europe et dans le
   monde. Il faudra relancer l'Europe, nous la France, précisément parce
   qu'il y a eu le vote sur le référendum et qu'il faut maintenant donner
   les conditions d'une Europe politique forte et sociale. Et seule
   Ségolène Royal, parce qu'elle a rassemblé le " oui " et le " non ",
   peut être entendue au sein de l'Europe, parce qu'elle veut une Europe
   protectrice, sociale et capable, justement, de donner priorité à
   l'emploi, à l'Education, à la Recherche. Cette Europe qui deviendra à
   nouveau proche des citoyens et non pas le risque d'une concurrence
   accrue dans la mondialisation.

   Il faudra aussi une politique internationale qui fasse de la solidarité
   un principe et pas simplement un discours. Nous avons, vis-à-vis de
   l'Afrique, des devoirs. Nous avons à changer notre politique de
   développement si nous voulons éviter que les flux migratoires viennent
   créer des tensions au sein même de notre pays. Nous avons aussi ce
   devoir de préparer l'avenir et faire en sorte que notre planète soit
   protégée. Il faudra donc une France qui soit capable de se faire
   entendre et pas une France qui conçoive la politique internationale
   simplement avec des amitiés personnelles ou des contrats commerciaux.
   Là aussi, seule la gauche, avec Ségolène Royal, peut porter cet idéal.

   Si vous pensez que ce combat-là n'est pas simplement le combat d'un
   parti, d'un homme ou d'une femme, si vous pensez qu'il ne s'agit pas
   simplement de savoir qui mais de savoir quoi et comment, alors il faut
   vous battre dans cette campagne présidentielle comme si c'était votre
   destin personnel qui était en cause car c'est votre vie, celle de vos
   enfants qui est en cause. Ce qui sera décidé là ne vaudra pas que pour
   les cinq prochaines années, mais peut-être pour les décennies qui
   viennent, parce que c'est un modèle de société que nous devons
   proposer. C'est un projet, c'est une conception de la politique, c'est
   une France différente. Une France qui aime tous ses enfants, une France
   qui ne dit pas à ceux qui l'aiment moins -cela peut arriver au gré des
   circonstances- de quitter le territoire, une France qui rassemble, qui
   met en harmonie, une France laïque, généreuse, solidaire.

   Voilà la France telle que nous l'aimons. Si vous partagez cet idéal, si
   vous comprenez le sens de ce combat, si vous mesurez l'enjeu, faites en
   sorte d'être l'équipe de campagne de Ségolène Royal. Portez partout le
   projet, le pacte présidentiel et faites comprendre que le risque majeur
   aujourd'hui n'est pas la continuité, car la continuité n'est pas un
   risque c'est une crise qui se profilera. C'est plus grave encore que de
   savoir si cela va continuer. C'est de penser que si cela continue cela
   débouchera vers la crise : crise sociale, car il y aura des remises en
   cause de droits telles que les salariés français seront obligés de se
   mettre en mouvement comme ils l'ont fait ces dernières années. Ce sera
   une crise avec la jeunesse de notre pays qui se remettra en mouvement
   comme elle l'a fait pour le CPE. Ce sera une crise avec les banlieues,
   avec les quartiers.

   Voulons-nous de cette crise-là ? Si nous n'en voulons pas, alors il
   nous faut changer. C'est le changement qui est une chance. Le
   changement est un atout. Et le risque, ce serait aussi celui de la
   confusion, d'être trompé une nouvelle fois, de croire que l'on a écarté
   le pire, alors qu'il faut aujourd'hui choisir la meilleure. Nous ne
   sommes pas seulement là pour éviter la droite ou tel ou tel à droite ;
   nous ne sommes pas des candidats " anti " ; nous sommes des candidats
   pour le changement dans notre pays. Ce qu'il faut porter, ce n'est pas
   la peur, la peur des autres -même s'il y a de quoi, ce qu'il faut
   porter c'est l'espérance, c'est l'idéal.

   Vous êtes la génération qui permettra le changement ; vous succéderez à
   d'autres qui, depuis des décennies et des décennies avant nous, se sont
   battus pour des conquêtes sociales, pour des progrès, ont fait les
   grandes victoires de la gauche.

   C'est votre temps, c'est votre tour. Amis, battez-vous parce que c'est
   vous maintenant la génération du changement. Et il y en aura d'autres
   après vous qui viendront vous succéder et poursuivront l'oeuvre que
   nous allons continuer.

   Faites en sorte que ce ne soit pas la victoire de tel ou tel parti, de
   tel ou tel camp, de telle ou telle personne. L'enjeu aujourd'hui n'est
   pas notre intérêt personnel, notre intérêt de parti. L'enjeu, c'est la
   France ; l'enjeu, c'est l'Europe. L'enjeu, c'est le monde.

   Faites en sorte de démentir toutes ces prévisions qui ne valent rien.
   Seul compte le suffrage. Seul compte le vote. On ne prépare pas un
   combat, on fabrique une élection démocratique avec des citoyens qui
   viendront voter.

   Dites leur de voter le 22 avril massivement, c'est-à-dire dès le
   premier tour, pour la seule candidate du changement : Ségolène Royal.
   Faites en sorte qu'elle soit là, porteuse de cette espérance. Faites en
   sorte qu'elle soit là le 22 avril. Que dirait-on si elle n'était pas là
   d'ailleurs, le 22 avril, cette espérance de changement ? Quelle
   désillusion ! Quelle déception pour le pays s'il n'y avait pas à
   choisir entre la droite et la gauche, et simplement entre la droite et
   l'extrême droite comme en 2002, ou la droite et la droite comme
   certains nous le proposent !

   J'ai confiance ; je sais quelle est la force de notre peuple ; je sais
   ce qu'est votre engagement ; je sais que vous donnerez dans ce combat
   l'argument qui convaincra.

   Le 22 avril, Ségolène Royal doit arriver en tête le soir du premier
   tour pour créer la dynamique de victoire et, au second tour, le 6 mai,
   un seul visage apparaîtra à la télévision, ce visage-là sera celui de
   la République, celui de la nouvelle Présidente Ségolène Royal

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