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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Besançon (13/03/2007)

   Mes chers amis,

   Merci à vous tous. Merci d'être venus si nombreux ce soir, pour
   témoigner que la France ce n'est pas fini, que la France veut continuer
   de vivre, qu'elle continue de vivre dans le coeur d'une multitude de
   Français qui, comme vous tous, espèrent encore en elle, croient en ses
   valeurs. Je veux parler de la France parce que je suis candidat à la
   présidence de la République Française.

   La France c'est vous, c'est chacun d'entre nous avec son histoire, avec
   sa mémoire, avec son expérience de la vie, avec ses rêves.

   La France c'est un destin commun fait d'une multitude de destinées
   individuelles.

   C'est une multitude de petites patries qui forment ensemble une grande
   patrie.

   Ce sont des provinces qui se sont comprises et qui se sont aimées.

   C'est une façon d'être, de vivre, de penser, c'est un idéal, c'est une
   espérance. La France ce n'est pas une race, ce n'est pas une ethnie.

   Elle s'est forgé, au cours d'une longue histoire, une personnalité, une
   identité qui est une part de nous-mêmes, de notre propre identité. Il y
   a une identité française, une identité nationale dans laquelle nous
   nous reconnaissons.

   Parler de l'identité nationale ne me fait pas peur. J'ai bien compris
   que pour certains c'était un gros mot. J'ai bien compris que parler de
   l'identité nationale ce n'était pas convenable. J'ai bien compris que
   c'était un sujet tabou, qu'il était dangereux de s'aventurer sur ce
   terrain, qu'un homme politique soucieux de sa carrière devait éviter ce
   sujet.

   Mais je ne crois pas à la politique qui ne dit rien, qui ne pense rien,
   qui préfère se taire plutôt que prendre des risques.

   Je veux dire la vérité aux Français, je veux être sincère, je veux être
   honnête. C'est ma conception de la politique. C'est l'idée que je me
   fais de la dignité de la fonction présidentielle. C'est la ligne de
   conduite que je me suis fixée depuis le début de cette campagne.

   Je n'en changerai pas.

   Rien ni personne ne m'en fera changer.

   Je continuerai à parler de l'identité nationale parce que je crois que
   l'identité nationale pour un peuple c'est quelque chose d'essentiel, et
   parce que je crois que la France traverse une crise d'identité, que
   cette crise est grave, que cette crise est profonde, que cette crise
   est dangereuse. À nous contester le droit de parler de notre identité
   nous créons les conditions d'une crise identitaire. Nous ne savons plus
   qui nous sommes parce que nous n'avons plus le droit de parler de ce
   que nous sommes.

   Je continuerai donc de parler de l'identité nationale parce que c'est
   un sujet qui concerne tous les Français, parce que je ne veux pas
   laisser le monopole de la nation à l'extrême-droite, parce que je me
   fais une haute idée de la France, parce que je n'ai pas honte de mon
   pays, parce que je n'ai pas honte de ses valeurs, de sa culture, parce
   que je n'ai pas à m'excuser d'être Français, parce qu'au contraire j'en
   suis fier, parce que j'aime la France pour ce qu'elle m'a donné en
   partage, pour ce qu'elle m'a permis de devenir.

   Je continuerai à parler de l'immigration en posant le problème de
   l'identité nationale parce que ce que nous avons de plus précieux à
   offrir à tous ceux qui veulent vivre en France c'est la fierté d'être
   Français qui est bien davantage qu'un statut juridique, et parce que le
   partage de cette identité qui est la nôtre, avec la culture, la langue,
   les valeurs qui la fondent est la condition de leur intégration
   réussie.

   Comment réussir l'intégration de ceux que nous accueillons si nous ne
   prenons pas la peine de leur parler du pays où ils veulent vivre ?

   Je dis cela parce que la France que j'aime est une France ouverte et
   accueillante, une France généreuse et fraternelle, et que, pour qu'elle
   le reste, il ne faut pas que l'immigration soit ressentie comme une
   menace sur son identité.

   La France que j'aime, la France en laquelle je crois, ce n'est pas une
   France immobile, ce n'est pas une France enfermée dans son passé,
   prisonnière de son histoire. C'est une France ouverte, ouverte sur les
   autres, ouverte sur le monde, ouverte sur l'avenir. C'est une France
   qui évolue. C'est une France qui vit avec son temps. C'est une France à
   laquelle chacun apporte sa contribution. C'est une France que chaque
   histoire personnelle, chaque destin particulier contribue à enrichir, à
   transformer.

   La France éternelle, ce n'est pas pour moi la France éternellement
   identique à elle-même. C'est la France qui ne meurt pas mais qui se
   métamorphose tous les jours.

   C'est la France dont le visage change imperceptiblement à chaque fois
   que parmi les Français apparaît un nouveau visage. Il faut respecter
   l'identité de ceux qui viennent mais ceux-ci doivent respecter
   l'identité du pays qui va devenir leur.

   La France éternelle, c'est la France dont l'esprit est plein de tout ce
   qui dans le monde a apporté quelque chose à l'idée d'humanité.

   C'est la France qui accueille avec ferveur, depuis toujours, l'héritage
   de toutes les civilisations.

   C'est la France dont Jaurès disait qu'elle "n'est pas résumée dans une
   époque ni dans un jour, ni dans le jour d'il y a des siècles, ni dans
   le jour d'hier, mais qui est tout entière dans la succession de ses
   jours, de ses siècles, de ses aurores, de ses crépuscules".

   Mais cette France qui n'est jamais tout à fait la même, ne cesse jamais
   en réalité d'être fidèle à elle-même, à sa promesse de civilisation, au
   pressentiment de son unité, à son exigence d'égalité, à son amour de la
   liberté, à son besoin de fraternité qui sont dans sa pensée depuis son
   premier jour, par-delà les vicissitudes de l'histoire.

   Certains d'entre vous se souviennent peut-être du discours si émouvant
   de Malraux pour la commémoration de la mort de Jeanne d'Arc. Malraux y
   raconte que :

   "Lors de l'inauguration de Brasilia, les enfants représentèrent
   quelques scènes de l'histoire de France. Apparut Jeanne d'Arc, une
   petite fille de 15 ans, sur un joli bûcher de feu de Bengale, avec sa
   bannière, un grand bouclier tricolore et un bonnet phrygien.

   Dans le grand bruit de forge où se forgeait la ville, Jeanne et la
   République étaient toutes deux la France parce qu'elles étaient toutes
   deux l'incarnation de l'éternel appel à la justice."

   Les enfants de Brasilia avec leur touchante innocence avaient compris
   mieux que nous qu'à des siècles de distance, Jeanne d'Arc et la
   République incarnaient le même idéal, la même idée de la France. Ils
   avaient compris qu'au fond la France c'était toujours le même idéal
   poursuivi sous des formes et avec des moyens différents. Ils avaient
   compris que la France est une synthèse toujours recommencée à partir
   des mêmes principes et des mêmes valeurs.

   Quand je veux défendre l'identité de la France, je veux défendre ces
   principes avec lesquels nous n'avons jamais transigé et que nous ne
   négocierons jamais avec personne.

   Quand je veux défendre l'identité de la France, je veux défendre ces
   valeurs sans lesquelles être Français n'a tout simplement plus aucune
   signification.

   Je veux défendre la séparation du temporel et du spirituel.

   Je veux défendre la liberté de l'esprit.

   Je veux défendre la justice.

   Je veux défendre l'égalité de l'homme et de la femme.

   Je veux défendre la neutralité du service public.

   Je veux défendre la laïcité.

   Je veux défendre la liberté de conscience.

   Je veux défendre la liberté d'expression.

   Je veux défendre la république, la démocratie et les droits de l'homme.

   Quand je veux défendre l'identité de la France je veux défendre un
   héritage de valeurs de civilisation.

   Je veux défendre un héritage de pensée claire et d'humanisme.

   Je veux défendre l'héritage des Lumières et celui de deux mille ans de
   civilisation chrétienne.

   À ceux qui veulent venir vivre en France, je veux dire simplement que
   la France ne commence pas avec eux, qu'elle a déjà une longue histoire,
   qu'elle a déjà une morale, qu'elle a déjà une culture, qu'il leur faut
   accepter de les prendre en partage, de recueillir cet héritage, d'en
   être fier.

   La France n'a jamais demandé à personne d'oublier ses origines, son
   histoire, ses souffrances. Elle demande seulement d'être aimée et
   respectée.

   La France n'a jamais demandé à personne de se renier. Mais à force
   d'excommunier la nation, à force de dénigrer la France, à force de la
   mettre en demeure d'expier son histoire, à force de cultiver la
   repentance et la haine de soi, il devient de plus en plus difficile
   d'intégrer, de socialiser et même d'éduquer. Car on cherche rarement à
   s'intégrer à ce qu'on a appris à détester.

   À force d'abaisser la nation on rend l'intégration impossible. À force
   on laisse le champ libre aux communautés, aux tribus, aux bandes et aux
   prédateurs de toutes sortes qui cherchent à profiter de la moindre
   défaillance de l'État, de la moindre faille dans la République.

   À force d'abaisser la nation c'est la République que l'on abîme, c'est
   la démocratie que l'on met en péril, c'est la solidarité que l'on
   détruit.

   À force d'abaisser la nation c'est notre capacité à vivre ensemble qui
   risque d'être remise en cause.

   À force de sous-estimer la crise d'identité, à force d'ignorer la perte
   du sens et des repères et les souffrances qui en sont les conséquences,
   à force que l'immigré se sente rejeté et que celui qui l'accueille se
   sente dépossédé de son identité et de plus en plus étranger dans son
   propre pays, on prépare la haine, non la fraternité.

   À force de laisser se désintégrer ce bien commun qu'est la nation, à
   force de laisser dépérir ce sentiment d'appartenance à une communauté
   de destin qui est inscrite au plus profond de l'identité nationale,
   plus personne ne peut plus se parler ni se comprendre. Fatalement le
   fossé se creuse entre les générations, entre les classes, entre les
   quartiers.

   À force de laisser l'identité nationale se dissoudre dans le marché
   mondial, on prépare l'aplatissement du monde et l'appauvrissement de
   toute pensée humaine.

   Il faut savoir ce que l'on veut.

   Écoutez ce qu'a dit un jour Claude Lévi-Strauss, le plus grand
   anthropologue peut-être du XXe siècle : "Il est souhaitable que les
   cultures se maintiennent diverses, seulement il faut consentir à en
   payer le prix : à savoir que les cultures attachées chacune à un style
   de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes ;
   et que cette disposition est saine, nullement - comme on voudrait nous
   le faire croire - pathologique."

   Chaque culture se développe en échangeant avec les autres, mais pour
   échanger il faut avoir quelque chose en propre à échanger.

   Pourquoi les bonnes consciences, pourquoi les bien-pensants, pourquoi
   la gauche n'entendent-ils pas la grande voix de Lévi-Strauss ?

   Pourquoi font-ils semblant de ne pas comprendre que le maintien de la
   diversité dans un monde ouvert exige de la part de chaque culture une
   forme de résistance ?

   Il est incohérent de défendre la diversité culturelle et en même temps
   de tout céder. De céder sur la langue, de céder sur les valeurs, de
   céder sur la mémoire.

   La nation n'est pas une donnée de la nature. C'est une volonté de vivre
   et d'agir ensemble, c'est un fait de culture. La nation se désintègre
   quand la culture qui lui est propre se désagrège.

   À l'origine de la crise de l'identité nationale, il y a le renoncement
   culturel.

   À Besançon, je suis venu parler de la nécessité de reconstruire une
   culture commune qui nous permette à tous, de nouveau, de nous parler et
   de nous comprendre, qui donne à chacun les moyens de comprendre ce
   qu'il éprouve et de l'exprimer sans avoir recours à la violence, qui
   lui donne assez de confiance en soi pour s'ouvrir à l'autre au lieu de
   le rejeter, qui lui donne la force de vaincre sa peur et de redevenir
   acteur de sa propre existence.

   Si j'ai souhaité parler de culture ici à Besançon plutôt que dans les
   lieux habituels où l'on en parle, c'est parce que pour moi la culture
   ce n'est pas seulement l'affaire de Paris, ce n'est pas seulement
   l'affaire de quelques grandes métropoles.

   Pour moi la culture n'est pas réservée seulement à quelques
   privilégiés, elle n'est pas que pour une petite élite.

   Pour moi il n'y a pas qu'une seule culture. À côté de la haute culture,
   celle des grandes oeuvres de l'esprit, celle qui élève l'âme et
   l'intelligence humaines à la plus grande hauteur possible et à laquelle
   tout le monde a droit, il y a bien d'autres cultures qui grandissent
   aussi l'homme, qui lui donnent de la fierté, du bonheur et des valeurs.

   C'est dire que je ne suis pas venu vous parler ce soir seulement de la
   culture au sens que l'on donne à ce mot quand on parle du Ministère de
   la Culture.

   Je ne suis pas venu vous parler seulement de ce que l'on appelle la
   politique culturelle.

   Je suis venu vous parler de la culture au sens le plus large du terme.

   Je suis venu vous parler de tout ce qui concerne les valeurs, la
   morale, le rapport aux autres et le rapport à la vie.

   Je suis venu vous parler de ce qui donne du sens, des repères, de la
   compréhension. Je suis venu vous parler de l'éducation.

   Je suis venu vous parler de la culture ouvrière parce qu'il y a une
   façon d'être des ouvriers, un rapport particulier des ouvriers à la vie
   et au travail.

   Je suis venu vous parler de la culture paysanne parce qu'il y a un
   rapport particulier des paysans au travail, à la terre, au temps.

   Je suis venu vous parler de la culture des artisans parce qu'il y a un
   rapport particulier des artisans avec la perfection du geste, avec la
   précision de la technique.

   Je suis venu vous parler d'une politique de civilisation qui est une
   politique où l'idée de culture joue un rôle central.

   Je crois dans la force créatrice du capitalisme mais je suis convaincu
   que le capitalisme ne peut pas survivre sans une éthique, sans le
   respect d'un certain nombre de valeurs spirituelles, de valeurs
   morales, sans l'humanisme, sans la culture. Il faut remettre de la
   culture dans le capitalisme. Il faut rééquilibrer le capitalisme par la
   culture. Il faut remettre le capitalisme au service d'une certaine idée
   de l'homme.

   Comme la santé, comme l'éducation, la culture ne peut pas être
   abandonnée à la seule loi du marché. La culture ne peut pas être qu'une
   marchandise. Elle est trop intimement liée à l'homme, à sa dignité, à
   sa conscience.

   Il faut qu'il y ait quelque chose au-dessus de la marchandise. Il faut
   qu'il y ait quelque chose au-dessus de l'argent. À Venise, à Gênes, à
   Florence, à Amsterdam, à Bruges le capitalisme était au service d'un
   projet de civilisation, d'une conception de l'homme.

   Les travailleurs incarnent un type de civilisation, un type d'homme qui
   respecte le travail comme une condition de la liberté, qui pense que
   l'honneur c'est toujours s'efforcer de faire le mieux possible ce qu'on
   a à faire, que la dignité c'est de ne rien devoir qu'à soi-même et que
   le premier devoir d'un homme c'est de transmettre ses valeurs à ses
   enfants.

   Aux ouvriers qui ont tant de savoir-faire, aux paysans qui depuis des
   générations font fructifier leur terre, aux artisans qui n'aiment que
   ce qui est parfait et dont les secrets se transmettent de génération en
   génération depuis des siècles, aux ingénieurs qui subissent eux aussi
   la concurrence des ingénieurs de l'Inde ou de la Chine dix fois moins
   payés, je me refuse à dire que tout est fini, qu'il n'y a plus de place
   pour eux, qu'ils doivent disparaître, qu'ils ne servent plus à rien. Je
   veux leur dire que rien n'est perdu. Un métier qui disparaît, un
   village qui se vide, un bassin industriel qui s'effondre, c'est un
   drame. Aucune nécessité économique ne justifie que la politique soit
   indifférente à ce drame et à la souffrance qu'il cause. Nulle
   impuissance publique n'oblige à accepter sans rien faire ce gâchis
   humain qu'un petit effort d'imagination, de volonté et de morale
   suffirait à éviter. À quoi sert la politique si on ne peut rien faire
   sur rien ? À quoi sert la politique si la seule loi qui s'impose est
   celle de la rentabilité à court terme ? À quoi sert la politique si
   elle se contente d'accompagner une sorte de sélection naturelle qui
   fait triompher le fort et anéantit le faible, si elle ne donne pas sa
   chance à chacun ?

   Ici à Besançon il y a une culture du travail, une culture ouvrière qui
   fut longtemps celle du textile et de l'horlogerie qui a été durement
   frappée par la crise. Cette culture n'est pas morte, il ne faut pas
   qu'elle meure. Cette culture du travail, ce savoir-faire fruit du
   travail de générations commence à s'employer dans des activités
   nouvelles qui ont les mêmes exigences comme les nanotechnologies ou la
   mécanique de précision.

   Voilà ce qu'il faut soutenir, encourager. Il y a dans les vieux bassins
   industriels en déclin une culture, un savoir-faire, des valeurs qui
   sont des atouts qu'il ne faut pas laisser perdre. Il ne faut pas se
   contenter de perpétuer les vieux métiers en les soutenant à bout de
   bras. Il faut aider les vieux métiers à se transformer en nouveaux
   métiers. Il faut investir dans la réindustrialisation, dans les
   activités nouvelles.

   Dans ces vieux bassins industriels comme ici, il y a des traditions,
   des valeurs, des disciplines, une rigueur, des compétences qu'il faut
   perpétuer et dont il faut tirer le meilleur parti. Je ne veux pas d'une
   France sans usine, sans agriculture, sans artisanat. Si les usines
   partaient tout le reste partirait aussi.

   La France sans paysan, sans artisan, sans ouvrier serait une France
   appauvrie moralement, culturellement, économiquement. Je pense aussi
   aux employés, aux techniciens, aux ingénieurs, aux cadres, je pense aux
   infirmières, je pense aux professeurs, aux médecins, à tous ceux qui
   aiment leur métier, qui en sont fiers. Ils ont ce sens du devoir, ce
   sens moral, ce courage qui sont des valeurs auxquelles je crois, qui
   sont les valeurs autour desquelles les Français doivent se rassembler
   parce que ce sont les valeurs de la France.

   Ce sont les valeurs grâce auxquelles la France peut se redresser, grâce
   auxquelles elle peut relever les défis de la mondialisation.

   Ce sont les valeurs communes de toutes nos cultures. Car toute oeuvre
   demande le goût de l'effort et de la perfection, toute oeuvre réussie
   est le fruit de la perfection, toute oeuvre réussie est le fruit d'un
   dépassement de soi, d'une victoire de la volonté. L'oeuvre réussie est
   toujours une forme d'accomplissement, de récompense du travail.

   Le grand artiste qui ne travaille pas est un mythe. Comme est un mythe
   l'ouvrier qui ne se donne pas tout le mal qu'il peut pour faire de son
   mieux, pour avoir le geste le plus exact, pour fabriquer la pièce la
   plus belle, la plus parfaite.

   La culture commune c'est d'abord un socle de valeurs partagées. Dans le
   monde de la production, comme dans celui de l'école ou celui de l'art,
   la valeur commune, fondatrice, c'est la valeur du travail.

   Il faut réhabiliter la valeur travail.

   Il faut réhabiliter l'oeuvre comme accomplissement du travail.

   Il faut réhabiliter la création comme accomplissement humain.

   Il faut récuser la culture de la facilité et du moindre effort.

   Il faut récuser la culture de l'assistanat qui est dégradante pour la
   personne.

   Je veux revaloriser le travail, je veux l'augmentation des salaires qui
   sont trop bas dans notre pays, je veux encourager par tous les moyens
   la création mais je veux qu'il n'y ait plus d'aides sans contrepartie,
   plus de droits sans devoirs, plus de revenus d'assistance sans une
   activité d'intérêt général.

   Au coeur d'une culture commune il y a une morale commune, un système de
   valeurs commun. Cette culture commune du travail, cette morale de
   l'effort, elle s'inculque dès le plus jeune âge. Elle s'apprend dans la
   famille. Elle s'apprend à l'école. Je souhaite une école qui place au
   coeur de ses valeurs le travail, l'effort, le mérite.

   Je souhaite une éducation qui fasse redécouvrir aux enfants le plaisir
   de la connaissance après le long effort de la pensée, qui leur fasse
   aimer le savoir comme la récompense du travail de l'intelligence.

   Je voudrais que tous les enfants, quand ils seront devenus adultes,
   aient un jour envie d'écrire à leur instituteur : "Merci de m'avoir
   rendu curieux de ce qui est beau". Nos enfants le pourront-ils encore
   si nous négligeons l'école ? Si nous les laissons sans valeur et sans
   repère ? Si nous renonçons à la culture commune qui permet aux hommes
   de se parler et de se comprendre ? Si nous ne leur enseignons plus la
   morale, le civisme, la grandeur de la raison ? Si l'enfant qui fait
   quelque chose de mal n'est pas sanctionné ? Si le maître ne fait pas
   respecter son autorité tout en respectant dans chaque enfant les
   possibilités infinies de l'adulte en devenir ?

   Malraux avait proposé un jour comme devise à la jeunesse : "Culture et
   courage". Je ne vois rien de plus grand, de plus beau. À condition que
   nous construisions une école pour faire des adultes et non de grands
   enfants. À condition que nous nous posions sans cesse la question non
   seulement de savoir quel monde nous allons laisser à nos enfants mais
   aussi à quels enfants nous allons laisser le monde, et donc de nous
   demander à nous-mêmes quel exemple nous leur donnons, quelles valeurs
   nous leur transmettons.

   À condition que nous ayons le courage de tenir à la jeunesse le langage
   de la vérité. À condition que nous cessions d'excuser toujours les
   voyous et de mesurer la gravité d'une faute par l'âge de celui qui la
   commet. À condition que nous nous appliquions à nous-mêmes cette morale
   de la responsabilité que nous voudrions inculquer aux plus jeunes, car
   la jeunesse a besoin d'exemplarité. Le courage c'est que les hommes
   politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons,
   les parents assument leurs responsabilités s'ils veulent que les jeunes
   comprennent la nécessité d'assumer les leurs. Le juge qui commet une
   faute doit être sanctionné, comme les parents qui n'envoient pas leurs
   enfants à l'école ou qui les laissent brûler des voitures.

   Le courage c'est ne jamais laisser impuni le jeune qui commet une
   faute. Le courage c'est que la sanction soit rapide et proportionnée à
   la faute pour que l'enfant ou l'adolescent mesure la gravité de son
   geste. Il faut être juste mais il faut être sévère. La jeunesse cherche
   toujours des limites. Il faut les lui montrer. On ne rend pas service à
   l'enfant en lui passant ses caprices, en lui pardonnant toutes ses
   fautes. Ce n'est pas parce que l'enfant s'affirme en disant non qu'il
   faut toujours lui dire oui.

   C'est mépriser la jeunesse que de lui laisser croire qu'elle a toujours
   raison, que tout lui est dû. On méprise la jeunesse quand on lui excuse
   tout. Quels éducateurs serons-nous si nous nous laissons aller à ces
   petites lâchetés ? Si les multirécidivistes n'ont rien à craindre ? Si
   les mineurs peuvent se livrer aux pires excès sans être punis ? Si les
   voyous ne peuvent même pas être appelés des voyous ? "Culture et
   courage" ? Oui, à la condition que nous soyons nous-mêmes courageux
   vis-à-vis de nos enfants et à condition que nous soyons capables de
   remettre la culture au centre de nos politiques, c'est-à-dire de passer
   d'une politique de gestion à une politique de civilisation. C'est à
   vrai dire la seule réponse qui soit à la mesure de la crise morale dans
   laquelle nous sommes plongés.

   Depuis 2 siècles à chaque fois que le destin de la France se trouva mis
   en question, à chaque fois qu'un doute s'installa sur ce qu'elle allait
   devenir, à chaque fois qu'elle fut plongée dans la tragédie, c'est la
   question de l'éducation et de la culture qui surgit au milieu du drame
   comme si elle était le remède au malheur. Condorcet recherché par les
   agents de la Terreur qui voulaient l'assassiner en appela aux progrès
   de la culture par l'éducation et à la force de la raison pour faire
   barrage à la folie des hommes qui avaient trahi l'idéal des Lumières.

   Carnot rédigeait son grand plan d'instruction publique pendant qu'à
   Waterloo la France agonisait.

   Après le désastre de 1870 et la crise sanglante de la Commune, les
   républicains firent de la réforme intellectuelle et morale la pièce
   centrale de leur programme de redressement national.

   En 1940, avant d'entrer dans la Résistance et de mourir assassiné par
   la Gestapo, Marc Bloch proposa à son tour à la France vaincue de se
   redresser par l'éducation. Il écrivit : "la tradition française,
   incorporée dans un long destin pédagogique, nous est chère. Nous
   entendons en conserver les biens les plus précieux : son goût de
   l'humain ; son respect de la spontanéité spirituelle et de la liberté ;
   la continuité des formes d'art et de pensée qui sont le climat même de
   notre esprit. Mais nous savons que, pour lui être vraiment fidèle, elle
   nous commande elle-même de la prolonger vers l'avenir".

   Que dire de mieux aujourd'hui encore sur ce que nous devons faire, sur
   l'idée de l'homme qui doit nous guider et sur la nécessité de regarder
   autour de nous et devant nous pour que cette idée de l'homme ne meure
   pas faute de s'être donné les moyens de vivre pleinement avec son
   temps, pour que l'école contribue de nouveau à réduire les inégalités
   au lieu de les aggraver, pour que l'égalité des chances cesse d'être un
   mensonge, pour que le fils d'ouvrier et le fils d'immigré aient de
   nouveau le sentiment d'être des citoyens à part entière et non plus des
   laissés-pour-compte, pour qu'ils se sentent libres de choisir leur
   destin.

   Contre l'héritage de mai 68, contre le refus de toute autorité, contre
   le relativisme culturel et moral, contre le nivellement par le bas,
   contre la dévalorisation des diplômes, contre l'inculture, il n'y a pas
   d'autre choix que l'excellence. Il n'y a pas d'autre choix qu'une
   éducation exigeante qui pousse les élèves à se dépasser au lieu de les
   inciter à la facilité. Il n'y a pas d'autre choix que de restaurer
   l'autorité du professeur et le respect. Notre école doit redevenir le
   creuset d'une culture commune.

   Chaque génération invente des formes de pensée, d'art et de culture,
   des idéaux, des manières de vivre qui lui sont propres. La jeunesse
   d'aujourd'hui est en train d'inventer les siennes. C'est la génération
   d'Internet, du portable et du jeu vidéo.

   Mais l'école n'est pas faite pour apprendre aux jeunes à être jeunes.
   L'école est là pour leur donner les moyens de penser par eux-mêmes,
   pour leur apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un bon
   compte-rendu de fait divers dans un journal, entre Antigone et Harry
   Potter.

   Est-ce trop demander ?

   La démocratisation de la culture c'est se donner les moyens de faire
   comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand
   nombre. Ce n'est pas les supprimer des programmes pour qu'un plus grand
   nombre d'élèves puisse suivre plus facilement. Ce n'est pas alléger le
   programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux qui ne veulent
   faire aucun effort, c'est faire aimer et comprendre les mathématiques
   même à ceux qu'elles rebutent.

   La démocratisation de la culture c'est d'abord qu'un nombre de plus en
   plus grand de jeunes quitte l'école avec les moyens intellectuels et
   les qualifications qui leur permettent de trouver leur place dans la
   société.

   C'est qu'un nombre de plus en plus grand de jeunes s'engagent dans la
   vie avec dans la tête quelques leçons de science et d'humanité qui leur
   permettent de se comprendre et de comprendre le monde.

   C'est qu'un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent
   l'existence avec l'esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du
   monde et les moyens d'exprimer ce qu'ils éprouvent. Les maîtres qui ont
   enseigné à ma génération nous ont fait un cadeau dont alors nous
   n'imaginions pas le prix en nous faisant réciter les fables de La
   Fontaine et quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo.

   Jamais je n'ai oublié :

   "Ce siècle avait deux ans...

   Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,

   Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,

   Naquit d'un sang lorrain et breton à la fois

   Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix"

   Je le dis aux plus jeunes, c'est un privilège que de naître dans un
   pays qui a tant donné aux grandes oeuvres de l'esprit et ce serait un
   grand gâchis que de ne pas faire l'effort de les connaître. L'ignorant
   n'est pas libre. La culture émancipe et libère.

   Nos enfants qui savent tant de choses par ailleurs seront-ils plus
   heureux de n'avoir pas appris, ou si peu, de poésie et d'avoir si peu
   lu les grands auteurs ?

   La question de la culture aujourd'hui c'est celle de l'enseignement
   artistique. C'est-à-dire à la fois celle de l'enseignement de ce qu'est
   l'art, de ce qu'est la beauté et celle de l'enseignement de la pratique
   artistique, de la pratique de la musique, du chant, de la danse, de la
   peinture, du dessin, du théâtre...

   La question fondamentale est celle de l'enseignement artistique non
   plus comme le parent pauvre de l'enseignement général, mais comme le
   pilier d'une culture générale qui naturellement englobe aussi la
   culture technique, la culture scientifique, l'histoire, la géographie
   et la philosophie.

   L'école ne peut pas enseigner la création artistique mais elle peut
   donner le goût de l'art et contribuer à former le jugement.

   Malraux disait que la culture ce n'était pas connaître les grands
   artistes, c'était les aimer.

   Pour aimer il faut avoir accès aux oeuvres. L'accès aux oeuvres pour
   tous, c'est avec la culture de l'effort, la culture générale et
   l'enseignement artistique, un autre enjeu majeur de la politique de
   civilisation qui est seule capable de répondre à la crise morale.

   Il faut par tous les moyens mettre le théâtre, la musique, la danse,
   l'opéra, la peinture, la sculpture, le cinéma à la portée de tous. À
   côté des politiques culturelles des collectivités locales auxquelles la
   décentralisation adonné un souffle nouveau, le grand problème à
   résoudre est celui d'une coopération plus étroite entre les
   institutions culturelles et l'Éducation Nationale. Un certain nombre
   d'expériences réussies doivent nous inciter à aller beaucoup plus loin
   sur une beaucoup plus grande échelle. Ce qui posera évidemment le
   problème des rapports entre l'Éducation Nationale et l'administration
   de la culture dont tout le monde sent bien qu'ils ne peuvent rester en
   l'état, avec deux mondes clos face à face réussissant à peine à se
   parler et plus rarement encore à se comprendre. Mais les barrières
   bureaucratiques ne sont pas les seuls obstacles. Il y a aussi les
   barrières qui sont dans les têtes et il y a les barrières qui séparent
   la politique du patrimoine et celle de la création.

   La conservation et la valorisation du patrimoine, sa transmission aux
   générations futures, ce sont à mes yeux les premiers devoirs de l'État.

   Le patrimoine c'est l'âme d'un pays. Mais il faut le faire vivre.

   Si Lascaux devait être fermée pour ne pas disparaître, il faut bien en
   revanche que les pièces du répertoire soient jouées, que les monuments
   soient des lieux de vie, que les oeuvres ne restent pas indéfiniment
   cachées dans les réserves des grands musées. Il faut que le patrimoine
   soit remis au coeur de la cité et de la société et non tenu en marge,
   abusivement préservé au nom d'une vision excessivement élitiste de
   l'art et de la culture.

   Dans le patrimoine que nous reçu en héritage, le plus précieux est
   notre langue. La France c'est une langue, une langue qu'elle met à la
   disposition de tous les hommes.

   Le Français disait Rivarol ce n'est plus la langue française, c'est la
   langue humaine.

   Le Français c'est l'âme de la France, c'est son esprit, c'est sa
   culture, c'est sa pensée, c'est sa liberté. C'est le droit de penser
   autrement que selon la pensée dominante.

   La diversité linguistique c'est la condition de la diversité culturelle
   et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

   La langue n'est pas une marchandise, la langue n'est pas une technique.

   L'obsession d'une langue unique au prétexte de l'efficacité est un
   leurre qui masque les effets de domination de la pensée unique dont la
   langue unique est l'antichambre. Mais l'efficacité n'est même pas
   prouvée : la Renaissance où tout le monde s'est mis à penser et à
   écrire dans sa langue nationale fut plus féconde pour la pensée humaine
   que les longs siècles de domination exclusive du latin, comme si la
   créativité était bel et bien inséparable de la diversité.

   Nous avons le devoir pour nos enfants, pour l'avenir de la civilisation
   mondiale, pour la défense d'une certaine idée de l'homme, de promouvoir
   la langue française.

   Si je suis élu, je mettrai la francophonie au rang des priorités
   diplomatiques de la France. Je renforcerai tout à la fois le dispositif
   de l'action culturelle de la France à l'étranger et l'aide à la
   création, parce que c'est par la création que le Français rayonne.

   Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire
   français la langue de travail soit le Français dès lors qu'il n'y a
   aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s'exprimer dans
   une autre langue.

   Je me battrai pour que dans les instances européennes et à l'ONU le
   Français continue d'être employé. Ce sera naturellement une obligation
   absolue pour tout représentant de la France dans des organisations
   internationales.

   Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe
   l'enseignement de deux langues étrangères parce que c'est la seule
   façon efficace pour que l'hégémonie de l'anglais soit battue en brèche.

   Mais le patrimoine linguistique de la France, ce n'est pas seulement le
   Français, c'est aussi l'extraordinaire richesse de ses langues
   régionales. Il suffit de se souvenir de l'oeuvre immense de Mistral
   pour prendre conscience de l'appauvrissement que constituerait la
   disparition de toutes ces langues très anciennes qui ont concouru à la
   formation de la langue française et qui continuent à vivre en partie en
   elle.

   Je souhaite que leur enseignement soit correctement pris en charge par
   l'éducation nationale.

   Je souhaite que l'on soutienne leur pratique et leur diffusion. Mais je
   ne veux pas de cette logique de confrontation avec le Français que
   cherchent à faire prévaloir certains indépendantistes qui veulent en
   finir avec l'unité française que nous avons mis si longtemps à
   construire et qui reste le bien le plus précieux mais aussi le plus
   fragile que nous ayons à léguer à nos enfants.

   Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la Charte européenne des
   langues régionales. Je ne veux pas que demain un juge européen ayant
   une expérience historique du problème des minorités différente de la
   nôtre, décide qu'une langue régionale doit être considérée comme langue
   de la République au même titre que le Français.

   Car au-delà de la lettre des textes il y a la dynamique des
   interprétations et des jurisprudences qui peut aller très loin. J'ai la
   conviction qu'en France, terre de liberté, aucune minorité n'est
   opprimée et qu'il n'est donc pas nécessaire de donner à des juges
   européens le droit de se prononcer sur un sujet qui est consubstantiel
   à notre identité nationale et n'a absolument rien à voir avec la
   construction de l'Europe.

   Mais cette attention portée au patrimoine que nous devons être en
   mesure de léguer à nos enfants comme faisant partie de ce que nous
   avons de plus précieux à leur transmettre, ne doit pas nous faire
   oublier que notre culture ne rayonnera pas et même ne survivra pas si
   elle n'est pas une force de création. Mais ici aussi il faut parler de
   la création au sens large car une société est créative dans tous les
   domaines ou elle ne l'est dans aucun.

   En 1969, Georges Pompidou disait : "le monde a besoin d'une nouvelle
   Renaissance". Aujourd'hui, tout reste à faire pour que survienne cette
   nouvelle Renaissance, pour retrouver cet état de grâce où dans l'art,
   dans la science, dans l'économie, dans la société, partout la vie
   explose, partout l'intelligence humaine se met à féconder l'avenir.

   Tout paraissait possible aux hommes de la Renaissance. Tout paraissait
   possible à ceux des Lumières. Tout paraissait possible aux capitaines
   d'industrie, aux savants, aux instituteurs, aux artistes, aux hommes
   politiques vers les années 1880. Tout paraissait possible aux hommes du
   Conseil National de la Résistance, aux hommes de 1958, aux hommes des
   Trente Glorieuses.

   Il nous faut retrouver cette foi dans l'avenir, cette foi dans les
   capacités humaines et dans le génie français. Dans cette France qui a
   si souvent étonné le monde, qui est si souvent ressuscitée quand on la
   croyait morte, qui a si souvent précédé le mouvement de la
   civilisation, si souvent accompli des actes exceptionnels. La France
   des croisades et des cathédrales, la France des droits de l'homme et de
   la Révolution,

   C'est ce sentiment qu'il nous faut faire renaître, contre cet "à quoi
   bon" sinistre et désolé qui hante notre époque.

   L'État a son rôle à jouer, pour le meilleur ou pour le plus mauvais,
   pour tout tirer vers le haut ou vers le bas. Vers le bas, c'est le
   conservatisme, l'immobilisme, la frilosité, le malthusianisme, le
   nivellement. Vers le haut, c'est la qualité de l'homme, de l'éducation,
   de la vie, la politique de civilisation. C'est la réforme
   intellectuelle et morale par l'école, par le civisme, par la
   revalorisation du travail, C'est la création mise au coeur de la
   politique.

   Nous ne préserverons notre identité, nous ne regagnerons notre
   prospérité, notre influence dans le monde qu'à proportion de notre
   force créatrice. Notre avenir est entre les mains des créateurs. C'est
   l'investissement d'aujourd'hui dans la création et dans l'innovation
   qui fera la prospérité de demain.

   La création c'est ce qui donne son style, sa forme, son âme à une
   époque. Étatiser la création, la culture reviendrait à les tuer. Le
   totalitarisme asservit toujours l'art et la culture pour mieux étouffer
   la liberté. Mais la création a toujours eu besoin d'être soutenue,
   encouragée. Il lui faut un environnement, un climat, une volonté qui
   lui soient favorables.

   Plus encore peut-être qu'hier, la création de demain sera dans le
   mélange, l'essaimage, le métissage. Elle sera dans l'échange, le
   croisement des regards, la fécondation réciproque des cultures, des
   techniques et des savoirs. Elle jaillira de la rencontre de l'artiste,
   du savant, de l'ingénieur, de l'entrepreneur, au croisement des
   technologies de la communication, de la science, de l'économie et de
   toutes les formes d'art et de pensée.

   Ce que la France réussit au XIXe siècle avec le prix de Rome, ce que
   l'Autriche réussit à Vienne au tournant du XIXe et du XXe siècle, ce
   que l'Allemagne réussit avec le Bauhaus dans les années 20, ce que la
   France de nouveau réussit pendant les Trente Glorieuses, pourquoi
   serions-nous incapables de le réussir à l'orée du XXIe siècle ?

   Appuyé sur un patrimoine extraordinaire qui exprime la continuité de la
   nation, qui est au coeur de son identité, riche d'un fabuleux héritage
   de pensée, de sensibilité, d'intelligence et de savoir-faire, notre
   pays a tous les moyens de redevenir l'un des plus créatifs du monde.
   Au-delà des sciences, des techniques, de la mode, du luxe, nous avons
   tous les atouts pour explorer de nouveaux secteurs d'excellence où
   notre culture, notre génie national peuvent faire merveille.

   Ce que nous avons fait pour l'aéronautique, l'espace et le nucléaire
   nous pouvons le faire aussi pour le numérique qui annonce un
   bouleversement du savoir, l'émergence d'une nouvelle forme
   d'intelligence collective qui nous obligera tôt ou tard à tout repenser
   : nos institutions, notre système d'enseignement, nos politiques
   publiques, notre système juridique. Nous ne devons pas attendre.
   Fixons-nous comme objectif que la prospective sur la société numérique
   devienne une priorité nationale et débouche sur une stratégie
   collective. Je voudrais que nous anticipions au lieu de subir.

   Ce que nous faisons pour le cinéma nous pouvons le faire aussi pour
   l'architecture, l'urbanisme ou le design. Fixons-nous pour objectif
   d'être dans ces domaines le pays le plus créatif et le plus en avance.
   À une époque où la technique change toutes les perceptions et toutes
   les relations, le moment est venu de remettre le temps, l'espace, le
   paysage, la ville au coeur d'un projet de civilisation. Le temps est
   venu d'exprimer à travers eux les caractères d'une nouvelle société, de
   nouveaux rapports sociaux, d'une nouvelle universalité, d'un nouvel
   humanisme qui restent à inventer.

   Ce nouvel humanisme, la France est la mieux placée pour le promouvoir
   du fait de son histoire, de sa culture, de la place si singulière
   qu'elle occupe sur la scène du monde.

   Ce nouvel humanisme s'exprimera dans une nouvelle politique éducative
   et une nouvelle politique culturelle,

   Je veux donner à chaque Français les moyens de réaliser ses projets et
   tout particulièrement à la jeunesse parce qu'elle porte en elle le
   monde de demain.

   Je vous une propose de construire une société de créateurs et
   d'entrepreneurs.

   Je vous propose que chaque université soit dotée d'un dispositif d'aide
   à la création.

   Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant
   soutenus que les projets à buts lucratifs.

   Je propose que des écoles de projets soient créées.

   Je propose de développer le micro crédit pour financer les micros
   projets.

   Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que
   l'intérêt c'est le prix du temps, parce qu'un taux zéro c'est un acte
   de foi dans l'avenir.

   Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la
   culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c'est
   l'intelligence collective qui enfante l'avenir, où c'est le métissage
   des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la
   principale force de création dans tous les domaines, je propose de
   créer partout des.

   Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à
   inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils
   pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides,
   mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences,
   leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où
   ils inventeront ensemble l'avenir.

   Derrière la question de l'identité nationale c'est le problème de la
   transmission de la culture et des valeurs qui est posé.

   L'urgence c'est de refaire de la famille, de l'école et des
   institutions culturelles des lieux de transmission.

   L'urgence c'est de faire découvrir et de faire aimer à tous les enfants
   de France, quelles que soient leurs origines, quelle que soit la
   couleur de leur peau, quelle que soit leur religion, quel que soit le
   quartier où ils habitent, ce qui est le plus grand et le plus beau dans
   l'héritage auquel tous les Français ont droit.

   L'urgence c'est que chacun puisse participer d'une sensibilité commune,
   partager le même amour pour la même beauté, la même admiration pour les
   mêmes chefs d'oeuvre, les mêmes rêves remplis des mêmes figures
   héroïques et des mêmes espérances.

   Quand chacun sera également ému par la tristesse de ces vers de Victor
   Hugo, l'enfant de Besançon, que du temps de ma jeunesse on apprenait à
   l'école. Vous souvenez-vous ?

   "Et là dans cette nuit qu'aucun rayon n'étoile,

   L'âme, en un repli sombre où tout semble finir,

   Sent quelque chose encore palpiter sous un voile...

   C'est toi qui dors dans l'ombre, ô sacré souvenir !"

   Mais si la poésie peine à arracher l'homme à la triste réalité de la
   crise française. Si l'art, si la culture, si la quête de la
   connaissance et du savoir remplissent si mal aujourd'hui leur rôle de
   trait d'union entre les Hommes, c'est que la vie est trop dure et trop
   lourde.

   Il faut bien prendre la mesure du danger : l'identité nationale ne
   résistera pas longtemps à l'effritement de la cohésion sociale. Pour
   retrouver la confiance des Français qui ont été si souvent trahis il
   n'y a pas d'autre moyen que de tenir ses engagements, de dire ce que
   l'on fera et ensuite de le faire.

   Si je suis élu je tiendrai les engagements que j'ai pris. Je
   faciliterai l'accès à la propriété en permettant de déduire les
   intérêts d'emprunt du revenu imposable.

   J'exonérerai de droits de succession le fruit d'une vie de travail que
   chacun veut légitimement transmettre à ses enfants sans repayer des
   impôts.

   J'exonérerai de charges et d'impôts les heures supplémentaires pour que
   celui qui veut travailler plus pour gagner plus puisse le faire.

   J'instituerai des peines planchers pour les récidivistes.

   Je ne permettrai plus que des revenus d'assistance puissent être versés
   sans aucune activité d'intérêt général en contrepartie.

   Je poserai comme conditions au regroupement familial de pouvoir loger
   sa famille avec les revenus de son travail et non avec ceux de ses
   allocations, et d'avoir appris à parler le Français avant de venir.

   Je le dis.

   Je le ferai.

   Je ne vous décevrai pas.

   Je ne vous trahirai pas.

   Vive la République !

   Vive la France !

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