     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog

   Retour

Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours au Zénith (18/03/2007)

   Mes amis,

   Vous êtes jeunes et c'est une chance. Vous le comprendrez un jour.
   Avoir la vie devant soi est un privilège. Ne laissez personne vous
   l'enlever. Je ne vous dis pas cela parce que je crois que la jeunesse
   serait le moment le plus heureux de la vie. Vous serez heureux après et
   vous pouvez être malheureux aujourd'hui. La jeunesse est tour à tour
   déchirée, révoltée, mélancolique. Elle est passionnée. Elle est
   intransigeante. Sa caractéristique est bien de pouvoir incarner tous
   les sentiments à la fois, amoureux, triste, enthousiaste et déçu. Mais
   la jeunesse c'est d'abord une formidable envie, l'envie de croire,
   l'envie d'aimer, l'envie de savoir, l'envie de vivre.

   Cette envie jamais satisfaite peut expliquer que le bonheur serein
   n'est pas souvent l'affaire des jeunes. Baudelaire en a parlé mieux que
   quiconque.

   "Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage

   Traversé ça et là par de brillants soleils !"

   Le bonheur est une jouissance, la jeunesse est un désir. La jeunesse a
   trop soif d'absolu, elle attend trop de la vie pour se sentir
   complètement heureuse. Le bonheur, elle le veut trop parfait et elle
   court après lui comme elle court après la vie. Elle a peur qu'il lui
   échappe et elle passe à côté de lui sans le voir parce qu'elle va vite
   et parce qu'il est trop petit pour des rêves trop grands.

   La jeunesse ce n'est pas le moment le plus heureux de la vie mais c'est
   le plus exaltant, celui où tout paraît possible, où l'on a le sentiment
   que l'on peut tout vouloir.

   La jeunesse c'est le moment de tous les vertiges et de toutes les
   ivresses. Un jour peut-être vous direz-vous comme Rimbaud :

   "Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - on se laisse griser.

   La sève est du champagne et vous monte à la tête..."

   Rêvez aujourd'hui, car le sens d'une vie d'adulte c'est de faire de sa
   vie la réalisation de ses rêves de jeunesse. Si vous ne rêvez pas
   aujourd'hui, vous serez des adultes à la "petite vie". Je ne veux pas
   que vous la connaissiez !

   Vous avez de la chance d'être jeunes, non parce que le bonheur vous
   tend les bras, mais parce que l'avenir vous appartient.

   Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que le monde est à vous.

   Vous avez de la chance d'être jeunes, parce qu'à votre âge on n'a ni
   regrets, ni remords.

   Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que la jeunesse c'est la
   liberté.

   Et je veux, si je deviens Président de la République, couper tous les
   liens qui vous entravent, et vous donner les moyens de cette liberté
   que j'appelle l'autonomie.

   Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que la jeunesse c'est la
   promesse des commencements, des soleils qui se lèvent sur les mondes
   endormis.

   Et je vous promets que Président de la République, je réveillerai la
   France pour qu'elle redevienne la nation de tous les possibles.

   La jeunesse, c'est l'âge où l'on croit dur comme fer qu'un rêve peut à
   lui seul changer le monde.

   Jeune j'ai rêvé de le changer. Et bien aujourd'hui il est temps de se
   dire qu'ensemble nous allons le faire !

   La jeunesse, c'est ce moment magique dans le souvenir duquel l'Homme
   puise la part de rêve qu'il cherchera toute sa vie à accomplir.

   L'Homme est jeune tant qu'il croit, qu'il peut opposer la force
   invincible des rêves à l'usure du temps.

   Il n'est pas vrai que l'on n'est pas sérieux quand on est jeune. On
   l'est avec moins de gravité que lorsque l'on est devenu adulte. Mais on
   l'est souvent avec plus de profondeur.

   Elle était sérieuse, elle était profonde, elle était grande, Jeanne à
   19 ans devant ses juges.

   Ils l'étaient tout autant les jeunes soldats de l'An II qui
   traversèrent toute l'Europe en chantant la Marseillaise, victorieux des
   plus puissantes armées du monde par la seule force de leur amour de la
   patrie et de leur passion de la liberté.

   Ils l'étaient aussi les conscrits qui n'avaient pas vingt ans et qui
   mouraient par milliers dans les plaines de Champagne sous la mitraille
   allemande pendant la Grande Guerre.

   Ils étaient sérieux, ils étaient profonds, ils étaient grands les
   jeunes résistants qui en juin 44, au péril de leur vie, tentaient de
   retarder les divisions blindées allemandes qui remontaient vers la
   Normandie.

   Et que dire des lycéens de Carnot et de Buffon qui furent en 1940, à
   15, 16, 17, 18 ans, les premiers résistants de France et qui pour
   beaucoup d'entre eux le payèrent de leur vie.

   Il était sérieux, il était profond, il était grand Guy Môquet quand il
   fut fusillé par l'occupant. La veille de sa mort il a 17 ans, il écrit
   à ses parents et à son petit frère.

   "Ma petite maman chérie,

   mon tout petit frère adoré,

   mon petit papa aimé"

   "Ma petite maman chérie". Un garçon de 17 ans ! 17 ans, cet âge où l'on
   ne montre pas ses sentiments, où l'on veut avoir l'air d'un homme, où
   l'on croit qu'un homme c'est insensible, que la tendresse, que
   l'affection c'est bon pour les enfants.

   "Ma petite maman chérie". D'habitude à ces mots l'adolescent ricane. Il
   veut montrer qu'il est fort Mais là devant la tendresse de ce garçon de
   17 ans qui est face à la mort au-devant de laquelle il a choisi
   d'aller, devant ce tout jeune homme qui à cet instant n'a plus rien à
   prouver, personne n'a envie de se moquer et chacun comprend qu'une
   grande âme c'est celle qui est capable d'exprimer simplement un
   sentiment si profond, si vrai, si total.

   Chacun ressent ce qu'est la grandeur d'un homme, et ce qu'il faut
   d'amour au fond pour s'engager ainsi sans fanatisme, sans aveuglement,
   pour être digne d'une famille que l'on aime et parce que l'on a la
   fraternité humaine chevillée au corps.

   "Ma petite maman chérie". Ce mot d'amour que nous portons tous en nous
   et que nous n'avons pas dit, quand nous le pouvions, aussi souvent que
   nous aurions dû. Ce mot d'amour et de tendresse prononcé au seuil de la
   mort, je veux vous dire une chose importante, il n'est pas ridicule. Il
   est, pour tout être humain, simplement bouleversant.

   être jeune, demeurer jeune, c'est savoir accepter d'être bouleversé par
   la sincérité d'un sentiment si fort.

   "J'aurais voulu vivre, écrit Guy Môquet. Mais ce que je souhaite de
   tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et
   demi... Ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret si ce n'est de vous
   quitter tous. Je vous quitte tous en vous embrassant de tout mon coeur
   d'enfant."

   À ceux qui ont osé dire que je n'avais pas le droit de citer Guy Môquet
   parce que je n'étais pas de gauche, je veux dire que je demeure
   stupéfait de tant de sectarisme. Guy Môquet appartient à l'histoire de
   France et l'histoire de France appartient à tous les Français.

   Président de la République je veux rassembler tous les Français et leur
   dire que j'honorerai tous ceux qui ont fait la grandeur de la France,
   sans me préoccuper de la couleur de leur peau, de leur appartenance
   politique, de leurs origines sociales.

   Je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à
   tous les lycéens de France non comme la lettre d'un jeune communiste
   mais comme celle d'un jeune Français faisant à la France et à la
   liberté l'offrande de sa vie, comme celle d'un fils qui regarde en face
   sa propre mort et dit à ses parents et à son frère le dernier mot
   d'amour qui sera tout ce qui restera vivant de lui dans leur coeur.

   Je n'ai jamais pu lire cette lettre si émouvante sans penser au sens de
   la vie, à cette vie qui finit un jour, à cette vie qu'il ne faut pas
   gaspiller, à cet amour qui se croit éternel et auquel il faut tout
   donner avant qu'il ne finisse.

   Les plus petites paroles d'amour qu'un grand garçon de 17 ans adresse à
   sa mère et à son père prennent une grandeur tragique quand ce sont les
   dernières, non parce que la vie va cesser mais parce qu'après il ne
   sera plus possible d'aimer.

   J'ai suffisamment d'expérience de la vie, de ses épreuves comme de ses
   joies pour vous le dire avec certitude.

   Aimer, c'est la seule chose qui compte vraiment.

   Seront plus heureux ceux qui parmi vous le comprendront avant qu'il ne
   soit trop tard.

   Quand on est jeune on aime, on aime parfois trop, pas longtemps, on
   peut passer d'un amour à un autre comme s'il fallait à tout prix faire
   l'expérience de tous les amours possibles en ayant le pressentiment que
   l'on n'aura pas le temps.

   Quand on est jeune on ne s'aime pas vraiment, au pire on se fuit, au
   mieux on apprend à s'aimer, à aimer les autres, à aimer la vie. Non
   comme un étourdissement qui endort la conscience mais comme un
   accomplissement qui la réveille. Un jour vient où l'on éprouve un
   remords de n'avoir pas assez aimé, pas assez profondément, pas assez
   sincèrement, pas assez fidèlement.

   Albert Cohen, pensant à la mort de sa mère a écrit cette phrase
   admirable :

   "Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se
   fâchent et s'impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis."

   Souvent la jeunesse regrette un jour de n'avoir pas su bien aimer ce
   qu'elle avait de plus cher quand il était encore temps.

   Vous vous direz tous à vous-mêmes un jour, comme le vieil Hugo :

   "Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années !

   Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées

   Me croyant satisfait ?"

   Aimer ! Vous pensez au plaisir et souvent à lui seul. C'est le
   privilège de la jeunesse qui ne sait pas encore vraiment ce que c'est
   que la souffrance.

   Aimer ! C'est prendre le risque de souffrir.

   Aimer ! C'est s'engager, se donner sans retenue, avec une générosité
   infinie, c'est abolir toutes les barrières, toutes les distances,
   accepter de devenir sensible, vulnérable.

   Mais c'est en dominant ses peines que l'on se construit. C'est en
   surmontant sa souffrance que l'on devient plus fort.

   Celui qui ne s'engage jamais, qui ne se donne jamais, qui se protège,
   qui garde ses distances, qui refuse de prendre des risques, celui-là
   passe à côté de tout ce que la vie a de plus beau et de plus grand, de
   tout ce qu'elle a de plus intense, de tout ce pour quoi elle mérite
   d'être vécue.

   Voici pourquoi je veux proposer aux jeunes Français une grande
   ambition, parce que les petites sont médiocres. Une vie où tout devient
   possible parce que la vie ne sert à rien si on n'en fait rien. Un
   avenir sans limite parce que c'est à vous de construire vos propres
   frontières. Je veux faire de la France le pays de la vie, de la joie,
   du dynamisme, de la jeunesse retrouvée et de la création renouvelée!

   Pourquoi toujours cacher ses faiblesses, ses douleurs, ses échecs ?
   Pourquoi en avoir honte ? C'est en les assumant, c'est en les
   surmontant que l'homme grandit.

   Longtemps j'ai cru le contraire, j'ai cru que pour être fort il fallait
   donner à croire que l'on n'avait jamais eu de faiblesse, que l'on
   n'avait jamais eu aucune faille. Longtemps j'ai cru que j'étais fort
   par les protections que je mettais autour de moi, ou dans ma tête, pour
   empêcher quiconque de pénétrer jusqu'à mes failles, jusqu'à mes
   blessures intimes, jusqu'à mes cicatrices.

   Je sais maintenant que ce sont ces failles, ces blessures, ces
   souffrances que j'ai surmontées qui font ma force. Je sais que l'on est
   toujours plus fort de la difficulté que l'on a effacée que de la
   facilité qui ne vous apprend rien, que l'on sort toujours plus fort
   d'avoir affronté des épreuves que de s'être laissé vivre.

   Des faiblesses, des blessures, des épreuves, j'en ai connu. Je sais
   qu'avec la voie que je me suis choisie, l'ambition que je me suis
   fixée, j'en connaîtrai d'autres. Je sais que je souffrirai encore. Mais
   ce risque vaut mieux que celui de ne rien vivre, de ne rien éprouver,
   aucun sentiment fort, aucune passion, de n'avoir aucun projet, aucune
   ambition.

   Je ne suis pas né pour subir, je suis fais pour agir. Je veux mettre
   cette force au service de mon pays, de chaque Français, pour que chacun
   ait un avenir à sa mesure.

   Il arrive que les rêves se brisent. Ce n'est pas une raison pour ne
   plus rêver.

   Il arrive que les espérances soient déçues. Ce n'est pas une raison
   pour ne plus espérer.

   Il arrive que la vie soit dure, qu'elle soit lourde, qu'elle soit
   douloureuse. Ce n'est pas une raison pour refuser de vivre.

   À cinquante-deux ans, vous pourriez vous dire, mais que sait-il de la
   jeunesse. ?

   Cette question, je la connais parce que ma génération l'a déjà posée à
   ses parents dans les mêmes termes.

   Je sais que vous vous dites souvent que vos parents lorsqu'ils vous
   parlent de votre présent et de votre avenir vous parlent de ce qu'ils
   ne connaissent pas. Je me le suis dit aussi.

   La jeunesse a toujours eu du mal à concevoir qu'un jour ses parents
   aient été jeunes aussi et qu'à son tour elle-même un jour cessera de
   l'être.

   Mais je ne suis pas venu vous parler de la meilleure façon d'être
   jeune. Vous ne m'écouteriez pas davantage que je n'écoutais il y a
   trente ans les gens de la génération de mes parents. J'ai passé mon
   temps à refuser d'entendre ceux qui me disaient : "il est trop tôt ! ne
   sois pas impatient ! tu as le temps !" Je me suis fait une promesse
   jadis: ne jamais dire cela car justement je pense qu'on n'a pas le
   temps, que c'est tout de suite, aujourd'hui qu'il faut construire,
   bâtir, agir.

   Je ne suis pas venu vous parler de votre présent qui est déjà presque
   votre passé.

   Je suis venu vous parler de votre avenir, de ce que vous allez devenir,
   de ce que vous vous préparez à être.

   Je suis venu vous dire qu'il n'appartient qu'à vous de ne plus être
   trompés et d'en finir avec les mensonges qui depuis quarante ans
   préparent à la jeunesse un avenir toujours plus désespérant.

   Je suis venu vous dire que je ne crois pas à une politique de la
   jeunesse, mais que je crois à une politique qui permette à la jeunesse
   de se construire un avenir qui soit à la hauteur de ses espérances et
   de ses rêves.

   Je suis venu vous dire que je ne veux pas vous aider à rester jeunes le
   plus longtemps possible mais à devenir des adultes accomplissant les
   rêves de leur jeunesse.

   Le drame de la jeunesse française depuis quarante ans, le vôtre par
   conséquent mais aussi celui de vos aînés et celui de ma génération,
   c'est qu'au lieu de lui apprendre à aimer on le lui a désappris.

   Entre la glorification de l'instinct et la montée de l'utilitarisme, on
   a étouffé cette alliance du sentiment et de la raison qui était
   l'essence même de la civilisation et de la culture.

   Sans le patient travail de la civilisation, sans la culture, il ne
   reste plus dans l'homme, que la violence instinctive, que la pulsion
   aveugle, que le réflexe tribal.

   C'est la culture, c'est la philosophie, c'est la littérature, c'est la
   poésie, c'est le théâtre, c'est l'art qui apprennent à l'homme à aimer,
   à reconnaître l'amour, à l'exprimer, à le sublimer parfois.

   C'est la culture, la littérature, la poésie, l'art qui poussent l'amour
   à offrir plutôt qu'à prendre, à séduire plutôt qu'à forcer.

   Rien n'est plus frustrant, que de ne pas arriver à exprimer ce que l'on
   ressent, à le faire partager parce que l'on n'a pas les mots pour le
   dire. Rien n'est pire que de ne pas arriver à comprendre ce que l'on
   éprouve et ce que l'on désire parce que l'on n'a jamais appris à
   descendre en soi-même.

   Ne pas être en mesure de trouver les pensées, les mots, les gestes de
   l'amour, il n'y a rien de pire, rien qui incite plus à la violence
   contre l'autre ou contre soi-même. Voici l'explication à la tentation
   du suicide chez tant de nos jeunes, à la fascination pour la violence,
   à la montée des fanatismes.

   Ne pas être capable de partager l'amour c'est se condamner à être
   toujours seul.

   Le suicide qui fascine, la banalisation du viol et de la violence faite
   aux filles, témoignent de la profondeur du mal.

   Je me souviens de ce jeune dans une cité qui disait :

   "On parle toujours des difficultés des jeunes pour l'école, pour le
   sport mais c'est surtout pour l'amour qu'on est en difficulté".

   Cela m'a fait réfléchir.

   Réapprendre à aimer, c'est le plus grand défi auquel se trouve
   confrontée la civilisation moderne. C'est le plus beau projet que la
   politique puisse offrir à la jeunesse.

   Car il n'y a pas de fatalité. Depuis des décennies nous n'apprenons pas
   à aimer nous apprenons à détester. La mode est à la détestation de soi,
   à la détestation de la famille, de la nation, de la société, de la
   culture, de la civilisation, à la détestation de l'Occident, de la
   religion, de la morale, de l'intelligence, à la détestation du devoir,
   du travail, de l'excellence, de la réussite ... Je déteste cette
   détestation systématique!

   On a cherché à nous faire tout détester à commencer par nous-mêmes.
   Nous ne sommes pas obligés de continuer ce chemin morbide. Nous devons
   changer. Cela ne dépend que de nous, de notre volonté, de l'idée que
   nous nous faisons de l'homme et de la politique.

   En finir avec la détestation de soi par où commence toujours la haine
   de l'autre, voilà par quoi doit commencer une politique de l'Homme et
   de la civilisation pour le XXIème siècle.

   Donner à chaque homme le sentiment de sa propre dignité, tel devrait
   être le but de toute politique. Voici pourquoi je veux parler à tous
   les Français et tous les rassembler parce que tous, à mes yeux, ont un
   rôle à jouer, une utilité sociale, une valeur qui leur est propre. Dans
   mon esprit, il ne peut y avoir de demi-mesure : respecter l'homme c'est
   respecter chaque homme sans exception.

   Permettre qu'en toute circonstance chacun garde l'estime de lui-même,
   voilà ma conception de la politique.

   Quand on prive une partie de la jeunesse de l'accès aux grandes oeuvres
   de l'esprit en prétendant qu'elle n'est pas capable de faire l'effort
   nécessaire pour les comprendre, que c'est trop compliqué pour elle et
   que cela ne lui sert à rien, quand on refuse d'enseigner Antigone au
   fils d'ouvrier ou à l'enfant d'immigré, on ne fait pas la politique qui
   permet à chacun de conquérir l'estime de lui-même, on fait la politique
   du nivellement, de l'égalitarisme, de l'assistanat.

   Quand il n'y aura plus qu'une toute petite partie de la jeunesse qui
   comprendra ce que signifie la phrase d'Antigone : "Je ne suis pas venue
   pour partager la haine mais pour partager l'amour", nous n'aurons pas
   préparé une société de l'amour mais une société de la haine.

   Quand seule une petite partie de la jeunesse aura été rendue curieuse
   de ce qui est beau et de ce qui est grand.

   Quand seule une petite partie de la jeunesse aura pu accéder à la
   connaissance parce que l'autre n'aura pas été jugée digne de la
   recevoir.

   Quand tous les jeunes de France auront cessé d'avoir ce minimum de
   culture commune qui permet de se parler et de se comprendre.

   Quand chaque jeune Français sera enfermé dans le monde clos de son
   langage et de sa pensée, incapable de communiquer avec les autres,
   d'échanger, de partager des projets et des rêves, alors le grand rêve
   d'une République universelle et fraternelle qui est le grand rêve de la
   France laissera la place au communautarisme et aux tribus. C'est-à-dire
   à une société où chacun n'aime que celui qui lui ressemble, celui qui a
   la même couleur de peau, la même origine, la même religion. Je veux
   lutter contre cette dérive. Je le dis clairement. Si je suis Président
   de la République je combattrai le communautarisme parce que c'est la
   négation de la République. Je le combattrai en défendant la promotion
   d'une culture commune : celle de la France avec son identité, ses
   valeurs, ses convictions

   Depuis des décennies nous laissons dénigrer la nation et la République.
   Nous nous excusons même d'incarner une identité nationale,
   républicaine, française.

   Depuis des décennies nous avons pris l'habitude d'avoir honte de notre
   histoire et de nos valeurs.

   Comment s'étonner dès lors que ce qui nous sépare finisse par devenir
   plus grand que ce qui nous unit ?

   Que ceux qui nous rejoignent n'arrivent pas à s'intégrer à un pays dont
   on n'aurait même pas pris la peine de leur parler.

   Comment s'étonner qu'à avoir trop longtemps cédé sur la laïcité on ait
   fait le lit des fanatismes et de l'intolérance ? C'est à l'honneur de
   Jacques Chirac que de l'avoir rappelé avec force.

   Comment s'étonner qu'en dénigrant l'amour de la patrie on réveille le
   nationalisme qui est la haine des autres ?

   Comment s'étonner que la mode exécrable de la repentance, en voulant
   faire expier aux Français les fautes supposées des générations passées,
   ressuscite des haines ancestrales que l'on croyait à tout jamais
   appartenir à l'histoire et rouvre des blessures que le temps avait à
   peine commencé à fermer ?

   Comment s'étonner qu'en manifestant à tout propos la haine de la France
   on rende l'intégration de plus en plus difficile ? On n'a jamais envie
   de partager ce que l'on a appris à détester.

   La France est une part de nous même, c'est un grand projet de
   civilisation, une grande idée de liberté, d'égalité et de fraternité.

   La France est notre pays et nous n'en avons pas d'autre. La France
   c'est nous. C'est notre héritage. Notre bien commun.

   La haïr ce serait nous haïr nous-mêmes.

   Mais nul ne peut refaire la France sans les Français.

   La France s'inscrit dans une longue histoire qui est celle de tous les
   Français, qui est celle de chacun d'entre nous, quelles que soient nos
   origines et les autres histoires que nos parents ou nos grands parents
   ont amenées avec eux.

   La France, tous ceux qui se sont battus pour elle, de génération en
   génération, ne savaient d'elle au fond qu'une chose, c'est qu'ils ne
   voulaient pas la perdre, parce qu'ils sentaient que c'était ce qu'ils
   avaient de plus précieux à transmettre à leurs enfants, parce qu'ils
   comprenaient qu'en se battant pour elle ils se battaient pour eux,
   parce qu'ils avaient au fond de leur coeur le sentiment que ce lien
   mystérieux les rattachait à une destinée commune exceptionnelle à la
   grandeur de laquelle chacun avait sa part.

   Au-delà de la droite et de la gauche, au-delà des partis, au-delà des
   croyances, il y a quelque chose de plus grand qui s'appelle la France.

   Je veux rendre à chaque jeune Français la fierté d'être Français. Cette
   fierté, je veux que nous l'offrions en partage à tous ceux qui veulent
   devenir Français, au lieu de les accueillir dans une France qui
   croierait si peu dans ses valeurs qu'elle ne se donnerait même plus la
   peine de les défendre.

   À la jeunesse française qui ne mesure pas toujours combien elle aurait
   à souffrir du déclin de la France je veux rappeler que la France est
   plus forte quand elle est unie, que la désunion des Français a toujours
   causé l'affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible
   c'est chacun d'entre nous qui se trouve affaibli.

   Aimer la France c'est rassembler les Français. Pour rassembler il faut
   aimer. Il faut ouvrir les bras. Il faut donner. On peut le faire si
   dans le même temps on ne renonce pas à ce que l'on est.

   Dans les valeurs de la République, la fraternité n'est pas une valeur
   moins importante que les autres. C'est la plus importante de toutes.

   La fraternité, c'est elle qui fait que la République est une réalité et
   pas seulement un rêve de philosophe.

   La fraternité, c'est elle qui unit les volontés humaines.

   La fraternité, c'est la volonté de vivre ensemble, de partager un
   destin commun, une loi commune.

   Je veux remettre la fraternité au coeur de la politique. Ce n'est pas
   démodé. Ce n'est pas l'affaire de la société civile. Ce n'est pas
   seulement la préoccupation du monde associatif. Ce doit être le combat
   d'un Président de la République : la Fraternité ! Car sans elle on ne
   peut pas rassembler.

   Je veux remettre la fraternité au coeur du projet républicain.

   J'ai encore de grands rêves. C'est pour cela que j'ai choisi de faire
   de la politique.

   Je continue à rêver d'un monde meilleur et je continue de croire que ce
   monde est possible.

   On dit parfois "il ne faut pas rêver" façon de dire : "ce n'est pas
   sérieux".

   Je crois à l'inverse que la politique qui n'est pas sérieuse c'est
   celle qui n'est plus portée par des rêves. Celle qui se contente de
   gérer, celle qui est persuadée que rien ne peut être changé, que le
   monde est tel qu'il doit être, qu'il ne peut pas être autrement, que
   l'on n'y peut rien, que l'on a déjà tout essayé, que tout a été tenté,
   que tout a été dit. Je ne crois pas à cette politique qui ne peut rien
   parce qu'elle ne veut rien et parce qu'elle n'imagine rien.

   Souvenez-vous de Martin Luther King, ce pasteur noir qui a dit un jour
   à l'Amérique devant le mémorial de Lincoln à Washington :

   "Je rêve qu'un jour notre pays se lèvera et vivra pleinement la
   véritable réalité de son credo : que tous les hommes sont créés égaux".

   Je rêve qu'un jour sur les rouges collines de Géorgie les fils des
   anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves
   pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

   Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans un pays où
   on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur
   caractère."

   Ce discours bouleversa le monde et le grand rêve de fraternité et de
   justice dont il parlait changea l'Amérique. Si le rêve a pu changer
   l'Amérique, pourquoi ne permettrait-il pas aujourd'hui de changer la
   France ? Nous y arriverons si la jeunesse française se l'approprie
   comme hier la jeunesse américaine a fait sienne celui de Martin Luther
   King.

   Je rêve que le peuple français tout entier se lève pour que la
   fraternité ne soit plus seulement un mot gravé sur le fronton des
   mairies mais devienne une réalité entre les hommes et les femmes de
   notre pays.

   Je rêve qu'un jour tous les enfants dont les familles sont françaises
   depuis des générations, tous les enfants de rapatriés et de harkis,
   tous les enfants d'immigrés, tous les petits-enfants d'Italiens, de
   Polonais et de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques,
   protestants, juifs ou musulmans puissent s'asseoir ensemble à la table
   de la fraternité.

   Je rêve que vous viviez dans une France où personne ne soit jugé sur la
   couleur de sa peau ou sur sa religion ou sur l'adresse de son quartier,
   mais sur la nature de son caractère.

   Je rêve que tous les enfants de tous les quartiers, de toutes les
   couleurs, de toutes les religions qui habitent ce pays qui est le leur
   puissent partager la même fierté d'être Français, les mêmes rêves et
   les mêmes ambitions, qu'ils aient le sentiment de vivre dans le même
   pays avec les mêmes chances et les mêmes droits.

   Je rêve d'une France où chacun trouve sa place, où les professeurs
   n'aient plus peur de leurs élèves, où les adultes n'aient plus peur des
   jeunes, où les jeunes n'aient plus peur de devenir adultes, où les
   parents n'aient plus peur que leurs enfants vivent moins bien qu'eux,
   où l'ouvrier ne vive plus dans la hantise des délocalisations, où la
   différence ne soit plus vécue comme un danger mais comme une richesse,
   où l'avenir ne soit plus une menace mais une promesse.

   J'aime cette France de toutes les couleurs et de toutes les religions
   où s'entremêlent tant d'histoires, de souvenirs et de cultures. J'aime
   cette France de la diversité, des différences et des mélanges.

   Et parce que je l'aime, parce que je la respecte, je ne veux pas la
   laisser caricaturer par une minorité qui ne lui ressemble pas, qui ne
   cherche qu'à attiser la violence et la haine.

   La France de toutes les couleurs et de toutes les religions c'est la
   France qui rêve d'emploi, d'école, d'intégration, de promotion sociale.
   Ce n'est pas la minorité qui brûle les voitures, qui agresse les gens
   et qui tend des embuscades aux forces de l'ordre qu'elle veut éloigner
   pour pouvoir mieux se livrer à ses trafics.

   La France de la diversité qui veut étudier, travailler, s'intégrer ne
   réclamer rien d'autre que l'égalité des chances. Cette France je veux
   lui dire que la fraternité c'est d'abord pour elle que je veux la
   remettre au coeur de la République. Cette France-là qui est la vraie
   France, la France de toujours, celle de l'effort, du mérite et de la
   tolérance, elle ne supporte plus les voyous qui lui empoisonnent la
   vie, elle veut vivre dans la paix, la tranquillité, la dignité.

   Je veux lui dire que la fraternité ce n'est pas seulement des
   allocations, ce n'est pas seulement la réhabilitation des immeubles,
   l'aide aux territoires. La fraternité c'est d'être avec les personnes.
   C'est d'être avec les victimes. Mais c'est d'être aussi avec les
   condamnés quand les conditions de détention sont indignes. C'est d'être
   aux côtés de tous ceux qui ont besoin d'être accompagnés dans leurs
   parcours de formation, de logement, d'emploi, d'insertion,
   d'intégration. C'est d'être avec les jeunes parents pour les aider à
   élever leurs enfants. Avec le jeune qui a besoin d'une deuxième chance.
   Avec l'immigré qui veut devenir Français.

   Mais la fraternité ce n'est pas le refus de lutter contre l'immigration
   clandestine qui met tant de malheureux à la merci des exploiteurs, qui
   condamne tant de pauvres gens à vivre dans des conditions sordides
   parce qu'il est impossible de pouvoir accueillir dignement toute la
   misère du monde.

   À tous ceux qui vivent dans l'angoisse de l'exclusion, du déclassement,
   qui vivent avec au ventre la peur de ne plus pouvoir loger leurs
   enfants, de ne plus pouvoir les nourrir, les habiller, je veux leur
   dire que la France est leur pays, qu'elle a besoin d'eux et qu'elle ne
   les abandonnera pas.

   La fraternité pour moi c'est que les accidentés de la vie soient
   secourus. C'est que les malades puissent avoir une vie sociale normale,
   qu'ils puissent se loger, travailler, emprunter aux mêmes conditions
   que les autres avec s'il le faut une caution publique. C'est que le
   plein emploi soit atteint pour que tout le monde puisse travailler,
   puisse nourrir sa famille, élever ses enfants. C'est que celui qui
   travaille dur puisse se loger décemment.

   Je ne veux pas d'une société où les travailleurs sont si pauvres qu'ils
   ne peuvent pas se loger.

   Je ne veux pas d'une société qui laisse des hommes et des femmes mourir
   de froid sur le trottoir. C'est pour cela que j'ai proposé le droit
   opposable à l'hébergement.

   Je ne veux pas d'une société où la pauvreté est tolérée comme une
   fatalité, où le chômage est supporté comme un mal nécessaire.

   Le plein emploi est possible. Je m'engage sur cet objectif. Beaucoup
   d'autres pays y sont parvenus. Il n'y a aucune raison que la France n'y
   parvienne pas.

   Je veux lutter contre la pauvreté et contre le chômage par la
   revalorisation du travail, par l'augmentation du pouvoir d'achat, par
   l'incitation à travailler plus pour gagner plus, parce que c'est le
   travail qui crée le travail.

   La fraternité, c'est le partage des richesses, pas le partage du
   travail. Les 35 heures, c'est moins de pouvoir d'achat, moins de
   croissance, moins d'emplois.

   La fraternité, c'est l'égalité des chances, c'est tout faire pour que
   chacun puisse développer ses talents, puisse essayer de réaliser ses
   ambitions, de réaliser ses rêves. Si je suis élu je mettrai en oeuvre
   une politique de discrimination positive à la française, fondée non pas
   sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais
   sur des critères économiques et sociaux, parce que l'égalité
   républicaine ce n'est pas traiter également des situations inégales
   mais de donner plus à ceux qui ont moins, de compenser les handicaps.

   Si je suis élu je mettrai en oeuvre un grand plan Marshall de la
   formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu'aucun ne soit
   laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que
   chacun ait un emploi.

   La fraternité, c'est permettre à chaque jeune de conquérir l'autonomie
   financière qui lui permette de financer ses études, sa formation, de ne
   plus vivre chez ses parents, de vivre sa vie, de vivre avec qui il
   veut, d'aimer qui il veut, comme il veut.

   La fraternité, c'est la solidarité avec les pays pauvres et
   l'engagement dans les grandes causes humanitaires, dans la lutte contre
   la faim, la misère, la maladie, dans le codéveloppement qu'il va bien
   falloir réussir si l'on ne veut pas que l'exode massif du Sud vers le
   Nord ne tourne au désastre.

   La fraternité, c'est la fraternité à l'égard des personnes âgées, c'est
   la lutte contre la solitude, c'est l'effort fait pour accompagner la
   vieillesse, pour accueillir la dépendance.

   La fraternité, c'est la solidarité entre les générations, entre les
   territoires, entre les peuples.

   La fraternité c'est la solidarité avec ceux qui souffrent, ceux qui
   sont humiliés, ceux qui sont persécutés partout dans le monde.

   Je veux être le Président d'une France qui se sente solidaire de tous
   les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes
   martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures
   et par les fanatismes. Le Darfour est un scandale inacceptable, la
   Tchétchénie une horreur, les infirmières bulgares en Lybie, une
   barbarie, Ingrid Bettancourt dans la jungle colombienne une tragédie.
   Président de la République, je ne me taierai pas devant ces insultes
   aux droits de l'homme.

   À tous les jeunes je veux dire : ne vous laissez pas décourager, ne
   renoncez pas, ne vous avouez pas vaincus.

   Rêvez d'un monde meilleur, ayez soif d'absolu, portez en vous le
   ferment des révolutions à venir.

   Votre jeunesse est semblable à toutes celles qui l'ont précédée.

   Comme elles ont pleuré leurs premières amours, vous pleurerez les
   vôtres.

   Comme elles ont souffert de se sentir cet être inachevé qui n'est plus
   un enfant et pas encore un homme, vous souffrez aussi.

   Comme elles ont espéré et redouté leur liberté future, vous l'espérez
   et vous la redoutez aussi.

   Et pourtant, ce qu'ont fait les jeunesses qui vous ont précédé vous
   pouvez le faire aussi.

   Ce qu'ont accompli les hommes de la Renaissance à partir du jour où ils
   se sont mis à croire que tout était possible, vous pouvez l'accomplir
   aussi.

   Comme la jeunesse de la révolution a balayé le vieux monde, comme la
   jeunesse de la Résistance a mis un terme à la guerre civile européenne.
   Comme la jeunesse tchèque a pris sa revanche sur le printemps de
   Prague. Vous pouvez changer le monde si vous ne laissez personne vous
   voler vos rêves.

   Tout est possible si vous le voulez.

   Mais je veux vous dire aussi que la jeunesse est un passage et pas une
   fin en soi.

   Que le jeunisme qui a mis la jeunesse au-dessus de tout ne lui a pas
   rendu service.

   On ne rend pas service à la jeunesse quand on lui laisse croire qu'elle
   a tous les droits, que tout lui est dû, qu'elle n'a pas besoin de faire
   d'effort.

   Je veux dire à la jeunesse que la liberté est un bien précieux mais
   qu'il y a des règles à respecter sans lesquelles, précisément, il ne
   peut plus y avoir de liberté.

   Je veux lui dire que si la jeunesse s'affirme en transgressant, il n'y
   a rien à transgresser s'il n'y a pas de règle.

   Je veux lui dire qu'on ne lui a pas rendu service en lui laissant
   croire que tout était permis, que l'âge excusait tout.

   Je veux lui dire qu'on ne lui a pas rendu service en lui laissant
   croire qu'elle pouvait tout avoir sans effort, sans travail et sans
   courage, qu'elle n'avait même pas besoin de vouloir puisque la société
   serait toujours là pour vouloir à sa place.

   Ce n'est pas vrai ! Ce que vous ne voulez pas vous-même vous ne l'aurez
   pas !

   La vérité c'est qu'avec la jeunesse on n'a été ni assez généreux, ni
   assez ferme.

   On lui a trop peu donné pour qu'elle n'éprouve pas un sentiment
   d'injustice, et trop peu demandé pour se convaincre que si la société a
   des devoirs envers elle, elle en a aussi envers la société.

   On a eu tort : la jeunesse donne sans compter lorsque l'on sait le lui
   demander.

   Si je suis élu, je mettrai en place le service civique de 6 mois. Parce
   qu'il faut une fois au moins que l'on demande quelque chose à la
   jeunesse en contrepartie de ce qu'elle reçoit. Elle y trouvera la
   possibilité de servir de grandes causes, d'élargir son horizon, de
   rencontrer d'autres gens que ceux qu'elle a l'habitude de voir. Et la
   société sera obligée de lui faire une place.

   La fraternité, ce n'est pas à sens unique. C'est un échange, c'est une
   réciprocité.

   Elle impose des droits et des devoirs.

   Mais on n'a de véritables devoirs que vis-à-vis de ce que l'on aime. On
   a le sentiment d'avoir des devoirs vis-à-vis de sa famille parce que
   l'on aime sa famille.

   On a le sentiment d'avoir des devoirs vis-à-vis de sa patrie parce que
   l'on aime sa patrie.

   On le sentiment d'avoir des devoirs vis-à-vis de ses amis parce que
   l'on aime ses amis.

   C'est l'amour qui crée le devoir.

   Si une partie de la jeunesse d'aujourd'hui a perdu le sens du devoir,
   c'est qu'elle n'aime pas assez. C'est parce qu'on ne lui a pas appris à
   aimer mais à détester. Mais c'est peut-être aussi parce qu'on ne lui a
   pas assez témoigné d'amour. C'est peut-être parce que ne se sentant pas
   assez aimée, elle se révèle elle-même en difficulté pour aimer.

   Aimer son enfant c'est lui apprendre la vie, c'est lui montrer les
   limites, c'est lui faire comprendre l'interdit. Le père qui aime son
   fils ne lui laisse pas faire ce qu'il veut mais s'efforce de lui
   apprendre à devenir un homme. Le professeur qui aime ses élèves ne
   cherche pas à leur faire plaisir mais à leur transmettre tout le savoir
   qu'il peut.

   La jeunesse au fond d'elle-même demande-t-elle autre chose ?

   Si elle ne se sent pas assez aimée c'est parce qu'on l'a trop flattée
   et qu'elle sait bien au fond d'elle-même que cette flatterie est le
   contraire de l'amour.

   Je veux être un Président qui, parce qu'il aime la jeunesse, lui dira
   la vérité. Parce qu'on doit toujours la vérité à ceux que l'on aime.

   La vérité c'est que vous avez des devoirs vis-à-vis de vous-mêmes et
   d'abord le devoir d'apprendre, qui sera un devoir tout au long de votre
   vie.

   La vérité c'est que vous avez des devoirs vis-à-vis de votre pays et
   d'abord le devoir de l'aimer.

   La vérité c'est que vous avez des devoirs vis-à-vis de tous ceux qui
   sont dans le malheur parce que nul n'est à l'abri du malheur.

   La vérité c'est que vous avez des devoirs vis-à-vis de vos parents qui
   vous ont tout donné et qui dans la vieillesse auront besoin de vous.

   La vérité c'est que vous aurez des devoirs vis-à-vis de vos enfants, le
   devoir de les éduquer, de leur transmettre des valeurs, de leur
   apprendre à aimer, le devoir aussi de leur laisser un monde vivable.

   Vous aurez à bâtir la France de demain.

   Je vous propose de commencer maintenant.

   Je veux être le Président qui avec vous accomplira une triple
   révolutions : la révolution numérique, la révolution écologique et la
   révolution de l'éducation.

   Je veux être le Président qui avec vous réconciliera la France avec
   elle-même et avec le monde parce qu'au XXIe siècle les nations
   continueront de mener le monde et parce que la France ce n'est pas
   fini.

   Je veux être le Président qui avec vous refera de l'Europe un idéal de
   paix et de prospérité pour tous les hommes parce que sans l'Europe
   l'idée que nous nous faisons de l'Homme serait condamnée à disparaître.

   Je veux être le Président qui avec vous fera l'union de la Méditerranée
   parce que c'est en Méditerranée que se joue l'avenir de l'Europe et de
   la civilisation mondiale.

   Mais c'est d'abord la politique qu'il faut changer.

   Je veux redonner à la politique plus de sincérité, plus d'humanité,
   plus de morale, plus de courage.

   La sincérité, je la mettrai au service de la vérité.

   L'humanité, c'est aider à s'en sortir ceux qui malgré tous leurs
   efforts n'arrivent pas à s'en sortir tout seuls.

   La morale c'est tenir sa parole. C'est être impartial. C'est ne pas
   exiger des autres des sacrifices que l'on serait incapable de s'imposer
   à soi-même.

   Le courage c'est prendre ses responsabilités, ne pas dire sans arrêt
   "je n'y peux rien". Le courage ce n'est pas laisser faire, c'est agir.

   Je voudrais vous lire ce qu'écrivait le poète allemand Rilke au début
   du XXe siècle dans un petit livre intitulé "Lettres à un jeune poète":

   "Si nous construisons notre vie sur ce principe qu'il nous faut aller
   toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore
   aujourd'hui étranger nous deviendra familier et fidèle. Comment oublier
   ces mythes que l'on trouve au début de l'histoire de tous les peuples;
   les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en
   princesses. Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses
   qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses
   terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui
   attendent que nous les secourions."

   Comment peut-on mieux exprimer ce formidable besoin d'amour qui doit
   faire marcher le monde ?

   Il ne me reste que deux choses à vous dire, deux choses auxquelles il
   vous faut croire parce qu'elles sont votre bien le plus précieux :

   Vive la République !

   Vive la France !

   Haut de page
