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Discours politique

Ségolène Royal, Discours à Marseille (23/03/2007)

   Bonsoir. Bonsoir Marseille. Bonsoir le beau département de Jean-Noël.

   Merci à vous tous d'être venus ce soir aussi nombreux, aussi
   chaleureux, aussi colorés !

   Ce soir, je me sens marseillaise, plus que jamais. D'abord parce que ce
   n'est pas loin d'ici, à Vitrolles, vous vous souvenez peut-être, que
   j'ai fait ma déclaration de candidature. Si je suis aujourd'hui, ce
   soir, à Marseille parmi mes amis, Jean-Noël Guérini, Patrick Menucci,
   et tous les autres, Eugène Caselli, Edmonde Charles Roux, qui a parlé
   tout à l'heure, Michel Vauzelle, et je remercie Stéphane Pocrain aussi
   d'être venu et de nous rejoindre.

   Je salue aussi Jean-Daniel qui est là parmi nous, et je vois aussi tous
   les premiers fédéraux des départements de toute la région, merci d'être
   là, tous ces élus aussi que je reconnais, Jean-Louis Bianco, qui est
   mon directeur de campagne, bien sûr, qui m'a accompagnée. Et vous tous,
   et vous toutes.

   Oui, j'ai envie ce soir de vous parler de Marseille, parce que, d'une
   certaine façon, dans le débat national qui est aujourd'hui dans la
   dernière ligne droite, c'est un moment historique important, ce soir,
   fortement symbolique, puisque jour pour jour, du 22 mars au 22 avril,
   la France va choisir son destin.

   Je voudrais d'abord vous dire que je ne veux pas que le 22 avril
   ressemble au 21 avril. Et pourtant, j'ai senti, pendant ces longues
   semaines, ces longs mois, de débats participatifs, j'ai senti gronder
   la colère des Français, j'ai senti que le doute à l'égard de la
   politique ne s'était pas apaisé. J'ai senti qu'il y avait encore des
   millions de citoyens qui pensaient ne compter pour rien, qui ne savent
   pas de quoi demain sera fait, qui s'imaginent encore que la politique
   n'est qu'une suite de promesses non tenues.

   Et c'est pourquoi cette dernière étape est si importante. Et c'est
   pourquoi ce soir, je veux vous parler avec gravité, parce que vous avez
   une responsabilité éminente : c'est vous, dans cette salle, vous qui
   êtes convaincus que la France ne doit pas se tromper dans quelques
   semaines, c'est vous qui avez la responsabilité d'aller convaincre
   toutes celles et tous ceux qui attendent désespérément quelque chose
   qui ne vient pas, toutes celles et tous ceux qui ont désespérément
   aussi envie de croire à nouveau dans l'efficacité de la politique.

   C'est pourquoi, dans cette dernière ligne droite, ce qui est important
   maintenant, c'est que les choix soient clairs.

   Le premier enjeu dont j'ai envie de vous parler ici, à Marseille, dans
   cette ville qui, finalement, ressemble tant à la France de demain, à la
   France rayonnante, à celle qui ne voudra plus baisser les bras. Oh, je
   sais qu'à Marseille, il y a encore beaucoup de pauvreté et de
   précarité, je sais bien qu'à Marseille, il y a une extrême droite
   encore forte parce qu'on on le sait, il y a des interrogations
   profondes sur la mondialisation. Mais ce que je voudrais vous dire,
   c'est que justement, comme Marseille, la France doit avoir maintenant
   la force de regarder le reste du monde, et Marseille est à
   l'avant-garde de cette nouvelle façon de voir les choses. C'est ce
   courage-là que je veux donner à la France.

   Le choix, aujourd'hui, il est clair. Il est entre la situation
   actuelle, celle que nous laisse la droite d'une France frileuse,
   repliée sur elle-même, qui a peur de regarder le reste du monde, et la
   France que nous devons voir se lever, celle qui considère bien sûr sans
   naïveté que la mondialisation peut être la pire des choses, mais
   qu'elle peut aussi être la meilleure des choses si nous savons mettre
   en place un certain nombre de nouvelles règles du jeu.

   Le pacte présidentiel que j'ai construit avec vous, et que je propose
   aujourd'hui aux Français, avec lesquels je suis maintenant en dialogue
   direct, c'est justement le changement des règles du jeu.

   Je crois que nous réussirons à tirer le meilleur parti de la
   mondialisation, d'abord si nous savons revenir à la table de l'Europe,
   mais d'une Europe qui se protège contre les délocalisations, et pas
   comme aujourd'hui, une Europe du tout-libéral, qui fait simplement de
   la monnaie ou de la recherche du profit maximal son objectif principal.

   Cette Europe-là, nous devons la construire, cette Europe-là, nous
   devons la construire aussi avec un nouveau dialogue avec la
   Méditerranée. Cette Europe-là, nous pouvons en tirer le meilleur parti
   si nous savons nous redresser, si nous savons définir des nouvelles
   politiques industrielles, si nous savons mettre en place de nouvelles
   règles sociales qui tireront vers le haut l'ensemble des pays à bas
   salaire.

   Moi, j'ai confiance, c'est cette force que je vous propose de mettre en
   marche avec moi.

   Vous voyez qu'il y a une bataille projets contre projets, et nous
   réussirons aussi à nous redresser dans le cadre des nouvelles règles du
   jeu, si nous mettons en place, à la place de la culture que la droite
   défend, la culture de l'opposition de tous contre tous, la culture de
   la précarisation, les références de la précarisation devrais-je dire
   pour ne pas dévoyer le mot culture. En face, ce que je vous propose,
   après vous avoir longuement, patiemment écoutés, parce que je sais que
   c'est possible, nous devons investir massivement, puissamment, dans la
   matière grise, dans l'éducation, dans la formation. C'est pourquoi
   l'éducation, encore l'éducation, toujours l'éducation est au coeur du
   pacte présidentiel. C'est là notre chance.

   - "Ségolène, Présidente !"

   - C'est là notre chance, c'est là que je vois deux façons de faire de
   la politique. D'un côté, celle que nous laisse la droite, et comment le
   candidat de la droite, ou les candidats de la droite pourraient-ils...
   ? Non, pas de "ouh" dans nos réunions publiques, parce que les Français
   attendent un débat sur le fond.

   Et moi, je veux que nous en donnions l'exemple, parce que les enjeux
   sont trop forts, parce que la crise démocratique, la crise sociale, la
   crise économique, la crise éducative, la crise écologique sont trop
   profondes pour que, aujourd'hui, on accepte de dévoyer le débat
   politique. L'heure de la vérité va bientôt sonner.

   La première de ces vérités, c'est que ceux qui ont laissé la France
   dans l'état où elle se trouve, avec cet endettement insupportable, avec
   le déficit des comptes publics, avec toutes les formes de précarité, de
   brutalité, de violence et d'inégalités, ceux-là ne peuvent pas incarner
   la France neuve, ceux-là ne peuvent pas prétendre qu'ils feront la
   rupture, ceux-là doivent assumer leurs responsabilités.

   Je crois à la morale politique.

   La première règle de la morale politique, c'est d'assumer ses actes.
   C'est d'abord cela l'heure du rendez-vous de l'élection présidentielle.

   Le choix est simple, entre la possibilité de continuer comme avant la
   politique telle qu'elle se fait depuis toujours.

   J'ai entendu les candidats de la droite se moquer des forums
   participatifs, des jurys citoyens ; je leur dis : la politique, nous
   allons la réinventer ensemble.

   C'est pourquoi je ferai une réforme profonde des institutions. C'est
   pourquoi je vous appelle, et c'est pourquoi nous ferons la VIe
   République.

   Nous la ferons, cette VIe République, non pas pour avoir le plaisir de
   mettre un numéro sur la République, mais c'est quelque chose de bien
   plus profond que cela, c'est un enjeu considérable, c'est tout
   simplement refonder le lien entre le peuple français et ceux qui les
   gouvernent. C'est tout simplement redéfinir au nom de quoi la
   République se remet debout, c'est tout simplement savoir pourquoi nous
   tenons tant à notre identité nationale, qui n'est pas le monopole de je
   ne sais quel courant de l'extrême droite. L'identité nationale, c'est
   nous, c'est tout le peuple français. Et l'identité nationale, c'est
   d'abord la certitude, et c'est les nouvelles règles du jeu que je vous
   propose pour la République, c'est d'abord la certitude que les règles
   sont les mêmes pour tous, quels que soient son origine, son quartier,
   sa naissance, sa famille, cette garantie de l'égalité réelle. C'est là
   d'abord le premier fondement de notre identité nationale.

   Puis, l'identité nationale aussi, ce n'est pas de savoir d'où l'on
   vient, et à Marseille qui s'est forgée de tant d'aventures, de tant de
   mouvements, de tant de peuplements, riches et diversifiés, c'est ici
   que je peux le dire encore davantage qu'ailleurs, l'identité nationale,
   ce n'est pas de demander des comptes sur d'où l'on vient, mais c'est de
   savoir vers où l'on veut aller ensemble. Et c'est cela que je vous
   propose.

   Oui, nous allons aller ensemble...

   - Ségolène, Présidente !

   - Oui, nous allons aller ensemble vers une France qui va reprendre
   confiance en elle, parce que, aujourd'hui, ce qui ne va pas, c'est que
   les Français se sentent tirés vers le bas. Ils n'ont plus le désir
   d'avenir. Et plus ils sont situés en bas de l'échelle sociale, moins
   ils ont ce désir d'avenir. Alors l'enjeu est bien sûr considérable,
   c'est cet enjeu que nous devons réussir, ce sont ces valeurs que nous
   devons réaffirmer et au premier rang desquelles la défense de toutes
   les formes de solidarité, la défense de toutes les formes de service
   public partout, sur le territoire national, l'invention de toutes les
   nouvelles formes de sécurité qui nous permettront de conquérir le goût
   du risque et l'esprit d'entreprendre. Et c'est nous qui réussirons. Et
   j'en fais ici le serment, nous réussirons à relancer la machine
   économique, parce que la principale inquiétude des Français, elle est
   là : comment, avec de tels déficits, nous allons, demain, pouvoir tenir
   nos engagements ? Comment, avec de tels déficits et un tel endettement,
   nous allons pouvoir redresser la France ?

   Je vous dis que c'est possible, mais je vous dis aussi que nous
   réussirons vite, qu'il faudra renouer la confiance, qu'il faudra
   s'appuyer sur les petites et moyennes entreprises, celles qui attendent
   des pouvoirs publics parfois si longtemps les aides dont elles ont
   besoin. Et on le voit ici dans la Région. Nous nous appuierons sur les
   régions, sur les élus de proximité, et c'est pourquoi, dans la VIe
   République, il y aura aussi une réforme profonde de l'État, pour qu'il
   soit plus efficace, plus rapide, c'est ce que les Français attendent,
   qui lutte contre toutes les formes de gaspillage pour qu'un euro
   dépensé soit un euro utile, pour que tous ceux qui sont proches du
   pouvoir, si proches, et qui bénéficient systématiquement des aides
   publiques alors qu'ils n'en ont pas besoin, que tout ce système de
   clientélisme soit remis en cause, afin que l'argent public aille bien
   aux entreprises qui en ont le plus besoin.

   Alors, nous les aiderons à investir dans l'innovation, dans la
   recherche, dans la matière grise. Puis nous leur demanderons, une fois
   que j'aurai réconcilié la France avec ces entreprises, ces dizaines de
   milliers de petites et moyennes entreprises qui ne demandent qu'à se
   redresser, qu'à aller de l'avant, qu'à créer des emplois, et je fais la
   différence entre les grandes entreprises, celles qui accumulent les
   profits, celles du CAC 40 et qui pressurisent les entreprises
   sous-traitantes. On le voit tous les jours, ces entreprises qui
   délocalisent alors qu'elles font des bénéfices.

   Là aussi, il y aura de nouvelles règles du jeu. Et toutes les
   entreprises qui délocalisent alors qu'elles font des bénéfices, toutes
   les entreprises qui licencient alors qu'elles font des bénéfices
   doivent savoir que, désormais, elles rembourseront toutes les aides
   publiques et toutes les exonérations de charges. Voilà la nouvelle
   règle du jeu.

   Mais en échange, ce que je propose, c'est du donnant/donnant, du
   gagnant/gagnant, et cela dans tous les domaines de l'intervention
   publique. Oui, j'aiderai les petites et moyennes entreprises à recruter
   des jeunes, et notamment les jeunes qualifiés, et les jeunes diplômés,
   et il y en a sans doute dans cette salle, tous ces jeunes, et cet
   immense gaspillage, insupportable, c'est cela d'abord qui bloque
   désespérément la France, ce sont tous ces jeunes au chômage, 25 % de
   jeunes au chômage, le taux le plus élevé d'Europe, la durée d'attente
   la plus longue pour accéder au premier emploi, même l'on a fait
   l'effort d'avoir une qualification ou un diplôme, parce que d'un côté,
   les entreprises demandent aux jeunes d'avoir de l'expérience
   professionnelle, mais de l'autre côté, elles refusent de leur donner
   leur chance.

   Alors, ce système-là, il doit changer avec de nouvelles règles du jeu :
   du donnant/donnant, du gagnant/gagnant, c'est comme cela, vous verrez,
   que nous allons déployer toutes les énergies aujourd'hui bridées sur
   l'ensemble du territoire national.

   C'est le sens des emplois-tremplins, c'est le sens de l'allégement du
   coût de l'emploi pour les petites et moyennes entreprises. Les jeunes
   pourront être rémunérés pendant six mois par les régions, ce sont elles
   qui feront ce travail, l'État leur en donnera les moyens, et
   d'ailleurs, nous avons déjà commencé. Leur rémunération sera prise en
   charge, les entreprises pourront les recruter, pour leur donner leur
   chance, pour leur tendre la main, car je sais que, dans bien des cas,
   au bout de six mois, les jeunes ferons leurs preuves, les entreprises
   les garderont, et si les entreprises ne les gardent pas, alors nous
   récupèrerons ces jeunes et nous continuerons à leur donner une
   formation professionnelle complémentaire. Mais d'une façon ou d'une
   autre, avec toutes les formes de solution, emplois-tremplins, aides
   idées pour les entreprises, formation professionnelle complémentaire,
   je le dis ici, pour tous les jeunes déjà qualifiés et déjà diplômés,
   ils ne resteront pas au chômage pendant plus de six mois.

   Cette bataille sera ma bataille centrale, c'est une bataille
   essentielle, c'est une bataille que nous devons gagner.

   C'est comme cela, si je reprends le fil de mon histoire, c'est comme
   cela que nous construisons l'identité nationale. Un pays se délite
   lorsque la jeunesse doute de son avenir.

   Sans doute, pour la première fois de l'histoire de notre pays, la
   nouvelle génération s'interroge sur sa retraite, se demande de quoi
   l'avenir sera fait.

   Vous vous rendez compte ce que cela signifie en termes
   d'intériorisation de l'angoisse ? Cela veut dire que les jeunes ont
   parfaitement compris que, si le système continuait à être dévoyé tel
   qu'il est aujourd'hui, alors allait s'écrouler ce qui fait l'essentiel
   de la cohésion nationale, je veux dire la solidarité entre les
   générations.

   Moi, je veux sauver la solidarité entre les générations, et je ne veux
   pas que les jeunes soient à leur âge préoccupés de leur retraite, je
   veux qu'ils soient fiers de leur emploi, qu'ils y soient heureux. Et je
   veux leur dire, à tous les jeunes que, pour moi, contrairement à ce que
   j'entends dans les discours des candidats de droite, et en particulier
   dans celui de Nicolas Sarkozy...

   Pas de "ouh", même si vous en avez envie, parce que je m'abstiens de
   toute attaque personnelle, je leur laisse cela. D'ailleurs, ils s'y
   emploient pas mal l'un contre l'autre.

   Non, je vous parle des idées et de la conception de la France. Je vous
   disais donc que, pour moi, les jeunes, ce n'est pas un problème, pour
   moi, les jeunes, c'est une partie, et même une grande partie de la
   solution. Mais bien sûr, c'est une grande partie de la solution.

   On le sait bien, plus d'un an après les émeutes dans les quartiers,
   rien n'est réglé, au contraire, les choses n'ont cessé d'empirer. Les
   services publics ont encore reculé, tout a disparu.

   Je voudrais dire ici, à Marseille, où il y a une situation un peu
   particulière, car il n'y a pas eu, comme ailleurs, dans les autres
   villes, dans bien d'autres villes, d'émeutes aussi violentes, je
   voudrais dire que c'est parce qu'il y a eu le travail des élus de
   proximité, et en particulier celui du Conseil général et de Jean-Noël
   Gassin, plus de 560 jeunes qui sont dans les quartiers, c'est-à-dire
   que, là, les collectivités locales se sont substituées au désengagement
   de l'État. Je veux dire ici à Marseille, que, demain, j'incarnerai un
   État fort, conscient de ses responsabilités, assumant l'égalité entre
   les territoires, remettant du service public partout où il a reculé, et
   en particulier, je veux que, pour tous les enfants qui ont du mal à
   réussir à l'école, tout simplement parce que leurs parents ont du mal à
   leur faire faire leurs devoirs et leurs leçons, et que c'est à la base
   que tout se joue, est à la base, c'est à l'école, et dans
   l'articulation entre les familles et l'école que tout se décide pour la
   suite.

   Alors, comme il est bien plus intéressant d'investir dans le
   fonctionnement de la famille en apportant le soutien au bon moment pour
   mettre les parents devant leurs responsabilités et que c'est bien plus
   utile d'investir dans l'école pour faire en sorte que les enfants
   soient raccrochés à la réussite scolaire au moment où ils trébuchent et
   pas quand c'est trop tard, parce que je crois que les jeunes ont le
   droit à une juste autorité, c'est-à-dire à des adultes qui sont
   cohérents entre eux, qui s'occupent d'eux, qui soient capables de les
   relever quand ils font des erreurs, c'est comme cela que l'on réduira
   tout ce qui se passe ensuite. Et moi, je préfère investir dans l'école
   que dans la prison, je vous le dis. Mon choix, il est clair.

   Puis sur l'identité nationale, comment ne pas dénoncer cet amalgame
   insupportable entre l'immigration et la menace de l'identité nationale
   ? Comment accepter ce mélange entre l'immigration régulière, qui se
   trouve ainsi désignée à la vindicte publique ? Je disais tout à
   l'heure, mais si tout d'un coup, tous les travailleurs étrangers
   s'arrêtaient de travailler, on en verrait de drôles de choses dans des
   secteurs entiers de l'économie !

   Combien de chantiers dans le bâtiment s'arrêteraient brutalement ?

   Combien d'entreprises dans le secteur du bâtiment feraient faillite ?

   Comment cela se passerait-il dans tous les services du nettoyage ?

   Que se passerait-il dans nos services hospitaliers, où de plus en plus,
   on va chercher la matière grise dans les pays de l'autre côté de la
   Méditerranée, alors qu'ils en auraient tant besoin pour se développer ?

   Alors je vous le dis, ma conception de l'identité nationale, c'est bien
   sûr de lutter contre l'immigration clandestine, mais de quelle façon ?
   On mettra fin aux migrations de la misère si l'on a la force, la
   capacité, la volonté politique de mettre en place des politiques de
   co-développement, de changer en profondeur la politique africaine de la
   France, d'en sortir de cet immobilisme.

   On la voit encore, cette inertie, par rapport à ce qui se passe au
   Darfour. En voilà assez de cette indifférence, de cette mollesse
   diplomatique, de ces égoïsmes ! En voilà assez de ces politiques
   hypocrites qui sont à l'origine même des dérèglements qu'elles
   provoquent ! Oui, il faudra remettre de l'ordre international juste, et
   cela aussi, c'est du projet contre projet. Là aussi, il y a deux façons
   de voir le monde, là aussi, il y a deux visions du respect de la
   personne humaine. Là aussi, il y a deux formes d'exigence, l'une qui
   conduit à l'efficacité des politiques mises en place, parce que nous
   savons bien, et ici à Marseille plus que partout ailleurs, nous savons
   bien que nous ne nous sauverons pas tout seuls, et que c'est en
   diminuant les écarts entre les continents riches et les continents
   pauvres que nous nous tirerons tous collectivement vers le haut.

   Et la question écologique est étroitement liée à la question de la
   sortie du sous-développement.

   Je voudrais ici l'aborder, là aussi, avec gravité. C'est aujourd'hui la
   journée mondiale de l'eau.

   Il y a à l'échelle de la planète un milliard d'être humains qui n'ont
   pas accès à l'eau potable. Il y a tous les jours 50 000 personnes qui
   meurent parce qu'elles n'ont pas accès à l'eau potable. Voilà l'état de
   la planète aujourd'hui.

   Alors l'enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique, qui a
   fait l'objet de tant de discours et de si peu d'action au cours de ces
   dernières années, oui, la bataille contre le réchauffement climatique
   est un enjeu considérable, et c'est à vous, à chacun de vous qu'il
   reviendra de conduire cette lutte.

   Il faudra là aussi des décisions courageuses. Il faudra là aussi lutter
   contre toutes les formes de lobbies, les intérêts financiers, les
   groupes pétroliers qui encaissent des profits insolents, tout en
   refusant d'indemniser les communes souillées par exemple par la
   catastrophe de l'Erika. Les profits des compagnies pétrolières seront
   taxés, et ces bénéfices seront réinvestis dans les énergies
   renouvelables. Les énergies renouvelables feront l'objet de politiques
   volontaristes, déterminées, en en particulier, il appartiendra à la
   France d'être un pays leader au niveau européen, pour entraîner
   l'Europe dans ces énergies renouvelables, et non pas comme aujourd'hui,
   de freiner l'Europe sous prétexte que nous avons l'énergie nucléaire.
   Cette hypocrisie est devenue inacceptable parce qu'elle nous freine,
   elle nous empêche, elle nous fait prendre du retard.

   Moi, je l'ai vécu personnellement, ce retard, cette lenteur de l'État,
   ces résistances qu'il faudra lever sur tout le territoire national.
   Lorsque j'ai voulu, dans ma région, construire une usine de
   biocarburants, il a fallu que j'attende trois années l'autorisation de
   l'État central. En Espagne, une décision comme celle-ci se prend en
   trois mois. C'est ce que je vous disais tout à l'heure : la réforme des
   institutions, que chacun le comprenne bien, la réforme de l'État, que
   chacun l'entende bien, ce n'est pas une affaire de spécialistes ou de
   juristes, ce n'est pas quelque chose qui va ralentir les réformes dont
   la France a besoin. Au contraire, c'est une exigence impérative pour
   que les décisions politiques soient rapides, que nous puissions
   anticiper pour que la France garde un coup d'avance sur les emplois du
   futur, tout simplement pour que la France reprenne la main et rattrape
   son retard dans tous les domaines de l'économie de l'intelligence.

   Partout, nous avons pris du retard. Partout, les investissements ont
   reculé dans le domaine de l'innovation et de la recherche.

   Alors, le travail à accomplir est considérable. Les valeurs à remettre
   debout, nous les connaissons, et au premier rang desquelles, la valeur
   travail. Je voudrais vous en dire quelques mots.

   La valeur travail, c'est à nous, à gauche, de la défendre. La valeur
   travail, elle a été sapée, elle a été détruite. C'est le chômage qui
   tue la valeur travail, c'est la précarité qui brise la valeur travail,
   c'est le CPE qui a contrecarré la valeur travail. C'est tout cela qui
   détruit la valeur travail, lorsque les salariés ne se sentent pas
   respectés, lorsqu'ils observent que le besoin de flexibilité de
   l'économie repose essentiellement sur eux, et seulement sur eux, et
   jamais sur ceux qui sont protégés.

   Alors là aussi, comprenons-nous bien, là aussi, il y a une
   confrontation de projets. D'un côté, le projet de la droite, qui
   propose de généraliser le CPE et le CNE, en pensant - c'est la logique
   libérale, elle a sa cohérence - que c'est la précarité qui va permettre
   aux entreprises de se redresser.

   Moi, je crois tout le contraire. Je crois que ce sont des salariés
   sécurisés dans leur emploi, dans leur formation, dans leur travail,
   dans leur salaire. Je crois, moi, tout le contraire. Je crois que ce
   sont des salariés qui ont le sentiment et qui ont la preuve que le
   dialogue social fonctionne bien, et qu'ils seront associés aux
   décisions de l'entreprises. Ce sera la réforme en profondeur du
   dialogue social et la construction d'un syndicalisme de masse
   responsable qui sera capable de faire, avec des entreprises
   responsables, des compromis sociaux qui permettront de concilier le
   besoin d'agilité des entreprises et la sécurisation des travailleurs et
   des salariés, parce que ce sont des salariés sécurisés qui peuvent être
   des salariés bien motivés dans leur travail, donc bien productifs, et
   surtout des salariés qui seront alors en mesure d'amortir les chocs des
   mutations d'une entreprise. C'est cela le nouveau projet de société que
   je vous propose, la nouvelle règle du jeu : d'un côté, le projet de la
   droite, qui nous dit que c'est en opposant les uns aux autres que l'on
   progresse, ceux qui auront le droit de faire des heures supplémentaires
   et les autres. On nous propose même, nous dit Nicolas Sarkozy, de faire
   voter ceux qui vont faire la grève contre les autres.

   Moi, je vous propose tout le contraire. Je vous propose une société qui
   va trouver le sens du dialogue social, du compromis social, de la
   négociation, de la convergence des intérêts bien compris des uns et des
   autres. Et ce sont des pouvoirs publics, un État, qui va garantir la
   qualité de la négociation, l'honnêteté des discussions en amont, le
   respect de chacune des parties, le temps qu'il faudra donner à
   l'écoute. Donc ce sont des pouvoirs publics et un État qui va garantir
   cette modernité de la relation sociale dans l'entreprise, qui permettra
   de rendre à la fois des entreprises plus confiantes, plus compétitives,
   plus agiles, qui pourront dès lors se tourner vers le vaste monde, ne
   plus avoir peur de la mondialisation, conquérir des marchés, prendre
   des risques, conquérir l'esprit d'entreprendre, qu'il faudra d'ailleurs
   apprendre dès l'école. C'est cela la réconciliation entre les forces
   vives d'un pays, et non pas la lutte de tous contre tous, l'opposition
   des uns contre les autres, ceux qui s'enrichissent aux dépens du plus
   grand nombre, ceux que paient de leur précarité les profits des autres.
   Cette société-là, elle ne marche plus, c'est fini ! C'est la société du
   passé.

   Donc les Français vont avoir le choix entre ce qui n'a pas marché, la
   politique comme avant, la société du passé, celle des confrontations,
   celle du manque d'écoute, et au contraire, ils vont avoir le choix avec
   les nouvelles règles du jeu que je viens de vous proposer, parce que je
   crois que c'est le sens d'un pays moderne.

   Je pense que la France est bridée de bien des limites, de bien des
   hésitations, de trop de peur, de trop de méfiances réciproques, où l'on
   trouve toujours quelqu'un pour expliquer que c'est un autre qui est
   responsable de ce qui ne va pas.

   Moi, je veux faire converger les énergies, les talents, les potentiels.
   Il y en a beaucoup, il y en a énormément dans cette France qui ne
   demande qu'à repartir de l'avant.

   Alors tous ces combats, nous les mènerons ensemble.

   Mais avant de les mener, il faut les expliquer aux Français.

   Ce choix, vous l'avez compris, il est crucial, il est important, parce
   que je l'ai compris, je l'ai vu, j'ai entendu ce dont les Français ne
   voulaient plus. J'ai entendu aussi leurs espoirs, leurs aspirations,
   leur confiance, leur envie de se remettre debout tous ensemble, leur
   besoin, leur désir de comprendre vers quoi nous voulions les guider,
   les emmener, et c'est d'abord cela l'élection présidentielle, c'est de
   tracer un chemin, c'est de tracer un destin, c'est de donner à chacun
   un désir d'avenir, c'est de mettre en place les conditions, les vraies
   conditions, à égalité de droits et de devoirs, les vraies conditions
   qui donneront à chacun le sentiment qu'au jour le jour, ceux qui sont à
   la tête de l'État n'ont qu'une seule préoccupation : faire reculer au
   jour le jour les inégalités, pour que dans une France plus juste,
   chacun ait dès lors le sentiment que l'effort est justement récompensé,
   que chacun ait dès lors le sentiment qu'il peut assumer des libertés
   nouvelles et choisir sa vie, que l'effort, ça vaudra le coup, parce
   qu'on saura qu'il n'y a pas certains qui sont sacrifiés pour les
   autres. C'est donc la garantie de la justice dans la répartition des
   efforts et dans les nouvelles règles du jeu que je vous donne. C'est
   cette garantie là dont nous avons besoin pour nous redresser.

   Vous l'avez eu entre les mains, ce pacte présidentiel.

   Pourquoi je dis pacte ? Parce qu'il a été construit avec vous.

   D'un côté, on l'a vu, il y a le candidat de la droite, qui donc
   s'inscrit dans la continuité de ce qui s'est fait. Il y a le candidat
   de l'UDF ; pour lui, c'est assez simple : il nous dit que son programme
   ne coûte rien, forcément, il nous dit aussi qu'il n'a pas de programme.
   Donc c'est facile, mais l'heure de vérité va sonner.

   Et puis il y a le pacte que je vous propose, mais qui vous engage
   aussi, parce que la conception que j'ai de la politique, ce n'est pas
   une personne seule qui va, d'en haut, décider ce que les autres doivent
   faire.

   Un pays se remet en mouvement lorsqu'il a bien compris au nom de quels
   principes et on nom de quelles règles on lui demande les efforts à
   accomplir, et c'est ce que je fais dans ce pacte.

   Un pays se relève et se remet en mouvement lorsqu'il a bien compris au
   nom de quelles priorités l'État engage les dépenses publiques, et c'est
   ce que je fais dans les sept piliers de ce pacte présidentiel. Un pays
   se relève lorsqu'il a le sentiment que les fonds publics ne sont pas
   gaspillés, et c'est ce que je fais puisque, dans chaque dépense
   nouvelle, et en particulier dans tout ce qui sécurise les citoyens et
   qui investit dans la matière grise. En retour, il y aura de l'emploi,
   du développement économique et des efforts, donc en retour, il y aura
   sur le pays des éléments positifs qui vont revenir, et que ce n'est pas
   comme je l'entends dire, un projet ou un programme dépensier. Non, je
   crois qu'au contraire, un pays qui se refuse à agir, un pays qui est
   dans l'immobilisme, c'est un pays qui court de grands risques.

   Moi, ce que je vous propose, ce n'est pas de ne pas bouger sous
   prétexte de ne pas dépenser. Non, au contraire, c'est de faire les
   justes dépenses, je les ai évoquées à l'instant devant vous, c'est de
   faire les justes dépenses pour qu'en retour nous puissions recueillir
   les fruits d'une nouvelle croissance économique, qui nous permettra de
   créer des activités, des emplois, et de lutter contre toutes les formes
   de pauvreté et de précarité.

   Voilà le pacte que je vous propose.

   Voilà sur quoi je vous demande de vous mettre en mouvement.

   Voilà pourquoi j'ai confiance, j'ai confiance parce que je sais que le
   moment de vérité va venir.

   J'ai confiance parce que j'ai confiance dans l'intelligence des
   Français.

   Je sais qu'ils cherchent encore, qu'ils écoutent, qu'ils veulent
   comprendre, qu'ils sont exigeants, et ils ont raison de l'être. Et je
   leur dis que la parole qu'ils auront prise pendant cette campagne, ils
   la garderont. Plus jamais avec moi la politique ne se fera comme avant.
   La politique se fera bien avec vous, parce que c'est comme cela qu'elle
   sera efficace.

   Quand j'ai parlé de jurys citoyens, on a beaucoup plaisanté, on a
   ironisé. Je vous le dis : à tous les échelons de responsabilités, il y
   aura des jurys citoyens pour participer aux décisions publiques.
   Partout, les citoyens seront là, parce que rien n'est pire que la loi
   du silence, rien n'est pire que l'incompréhension des décisions
   publiques, qui soi disant sont prises au nom du peuple français et qui
   parfois sont prises contre lui.

   C'est cela aussi la défense de l'identité de la France, c'est de mettre
   chacun et chacune en mouvement.

   C'est ce que je vous demande : mettez-vous en mouvement pour construire
   une France juste et une France forte.

   Mettez-vous en mouvement pour faire gagner la France.

   Mettez-vous en mouvement pour la relever.

   Je suis sûre que nous y parviendrons, parce que les Français ne
   demandent que cela, vive la République, vive la France !

   Puisque nous avons parlé de l'identité nationale, et puisque nous
   sommes à Marseille, je voudrais vous dire un mot de la Marseillaise,
   parce qu'il y a parfois des malentendus.

   J'entends dire des jeunes qui ne comprennent pas : "Mais ce sang impur
   qui abreuve nos sillons ?"

   N'ayons pas de malentendus. La Marseillaise, c'est le chant de la lutte
   contre toutes les formes de tyrannie, c'est le peuple qui s'est levé
   contre les forces de l'Ancien Régime, c'est le chant qui a été repris
   dans tous les pays où il a fallu secouer le joug de l'oppression. C'est
   le chant que Louise Michel faisait chanter à ses élèves tous les matins
   et tous les soirs, et à chaque fois, elle qui avait connu la prison et
   les privations de liberté, à chaque fois, disait-elle, qu'elle faisait
   chanter la Marseillaise à ses élèves, elle ne pouvait pas s'empêcher de
   pleurer.

   Alors, ne faisons pas de contresens sur ce chant, la Marseillaise.
   Comprenons vraiment le fond et la force historique de ses paroles. Ce
   n'est ni un chant sanguinaire ni un chant xénophobe, non, c'est le
   chant de toutes les libertés, de ceux qui risquent leur vie pour
   défendre les libertés, c'est le chant de républicains, c'est le chant
   que je vous propose, ici, à Marseille, de chanter tous ensemble pour ne
   jamais oublier que le message universel de la France à travers le monde
   est plus que jamais d'actualité : la liberté, l'égalité et la
   fraternité.

   À nous, la Marseillaise !

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