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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Tours (10/04/2007)

   Mes chers amis,

   Je salue la Touraine, terre de la douceur de vivre où ont été écrites
   tant de pages de l'histoire de France.

   Je salue la Touraine et ses enfants qui sont morts pour la France.

   Je salue la Touraine où les murs des vieux châteaux ont vu passer
   Balzac avec la Comédie Humaine et Rabelais tenant Gargantua par la main
   au milieu de la foule des saints, des rois et des poètes.

   Je salue la Touraine, qui fut tout ce qui resta vivant de la France
   quand Charles VI et Isabeau de Bavière eurent signé le honteux traité
   de Troyes.

   Je salue la Touraine où la France a pris le visage mystérieux de Jeanne
   dont nous ne savons avec certitude qu'une seule chose, c'est qu'il fut
   le plus doux et le plus beau visage que la France ait jamais eu.

   Je n'oublie pas que c'est à Tours que la République, comme jadis le Roi
   de France, trouva d'abord refuge en 1870 quand Paris fut assiégé.

   Je n'oublie pas que c'est à Tours que le 13 juin 1940 au milieu de la
   débâcle se joua entre Reynaud, Churchill, Pétain et De Gaulle le
   premier acte de la tragédie qui allait conduire la France à demander
   l'armistice et l'Angleterre à continuer seule la guerre.

   Je n'oublie pas les morts de Maillé, victimes comme ceux d'Oradour de
   la terreur SS. Je veux que nul n'oublie jamais qu'ici un grand crime
   fut commis qui n'avait rien à voir avec la guerre. Je veux que la
   mémoire de ce drame demeure vivante pour que nul n'oublie jamais que le
   mal est dans l'homme et qu'il ne faut jamais cesser de le combattre.
   Pour que nul n'oublie que c'est pour que cela ne se reproduise plus
   jamais que nous avons voulu faire l'Europe.

   Je salue la Touraine qui se souvient de son histoire mais qui regarde
   vers l'avenir.

   Ce soir la Touraine est là, rassemblée, ardente, décidée.

   Ce soir vous êtes la Touraine et vous êtes la France, car la France est
   là où sont ceux qui espèrent en elle.

   Je veux vous dire merci, merci du fond du coeur. Parce que sans votre
   énergie, sans votre enthousiasme, sans votre confiance je ne peux rien.
   Avec vous je sais que tout est possible.

   Je veux vous dire qu'il reste moins de deux semaines avant le premier
   tour. Mais que la campagne n'est pas finie. Que rien n'est joué, que
   rien n'est décidé. Je veux vous dire que tout se jouera, que tout se
   décidera le 22 avril. Que ce ne sont pas les sondages, que ce ne sont
   pas les médias qui choisiront les deux candidats du second tour. Ce
   sont les Français qui choisiront. Ils ne se laisseront pas voler leur
   vote, ils ne se laisseront pas influencer, ils ne se laisseront pas
   manipuler. Ils choisiront en leur âme et conscience.

   Nous avons encore dix jours pour leur parler, pour leur expliquer, pour
   les convaincre, pour les mobiliser.

   Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que ce choix soit un
   vrai choix.

   Nous avons encore dix jours pour montrer les véritables enjeux de cette
   élection.

   Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que ce grand
   rendez-vous de la France avec elle-même qu'est l'élection
   présidentielle ne soit pas une fois encore un rendez-vous manqué comme
   ce fut si souvent le cas dans le passé.

   Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que le résultat soit
   délivré de cette ambiguïté qui depuis trop longtemps donne aux Français
   le sentiment qu'on veut leur imposer après l'élection des politiques
   qu'ils n'ont pas choisies.

   Pendant le temps qui reste, nous avons un devoir absolu de sincérité et
   de clarté. Cette sincérité, cette clarté, elles seront ma ligne de
   conduite jusqu'au bout. Je n'en dévierai pas. Je dirai ce que je pense.
   Je dirai ce que je crois. Je dirai ce que je veux.

   Parce que c'est un devoir vis-à-vis de la France qui ne peut plus
   attendre, qui n'a plus les moyens de différer ses choix, d'hésiter.

   Parce que c'est un devoir vis-à-vis des Français qui ont le droit de
   pouvoir choisir en toute connaissance de cause.

   Parce que c'est pour chacun d'entre nous un devoir de citoyen de ne pas
   laisser la porte ouverte à des comportements qui ne sont pas dignes,
   qui abaissent la démocratie et la République.

   Pendant ces derniers jours où tant de candidats croient que tout est
   permis, que tous les moyens sont bons, que l'on peut mentir, que l'on
   peut insulter, que l'on peut se livrer à la pire des démagogies, je
   resterai digne pour deux, ou pour trois, ou pour quatre s'il le faut.
   J'entends bien les mensonges et les insultes que l'on profère à mon
   égard. Je comprends bien la stratégie qui consiste à salir l'adversaire
   que l'on n'arrive pas à combattre sur le terrain des idées parce que
   soi-même on n'a aucune idée, aucune conviction.

   Mais je ne m'abaisserai pas à faire la même chose. Je n'irai pas sur ce
   terrain.

   Ce n'est pas ma conception de la fonction présidentielle.

   Ce n'est pas ma conception de la politique.

   La politique pour moi c'est la confrontation des idées et des
   convictions.

   La politique pour moi c'est vouloir quelque chose pour son pays, c'est
   dire ce que l'on veut pour lui et le faire si l'on est élu.

   Je crois que le débat d'idées peut être vif, passionné, qu'il est
   nécessaire, qu'il est salutaire. Mais je récuse l'injure, l'insinuation
   de caractère personnel. Je veux m'opposer à mes contradicteurs mais je
   veux les respecter comme je voudrais qu'ils me respectent aussi.

   Est-ce trop demander ?

   Est-ce trop demander que le débat reste sur le terrain des idées et
   n'aille pas s'égarer sur celui des attaques personnelles et des coups
   bas ?

   À voir la tournure que prend cette fin de campagne, je crains en effet
   que ce soit trop demander.

   Moi c'est aux Français que je veux parler.

   Ce sont les Français que je veux convaincre.

   J'ai besoin de vous.

   J'ai besoin de vous pour que surgisse des tréfonds de notre pays ce
   grand mouvement populaire qui exprimera, loin des ambitions dévorantes
   qui suscitent tant de petitesses et de bassesses, l'ardeur d'une France
   qui ne veut pas mourir, qui ne veut pas s'effacer mais qui veut vivre,
   qui veut se relever, qui veut espérer.

   Je rêve d'une France qui se lève tout entière pour dire "non" au
   renoncement, "non" à la fatalité, "non" au déclin.

   Je rêve d'une France qui se lève tout entière pour dire "non" à tous
   ceux qui dans les cercles du pouvoir politique, administratif,
   économique, culturel, syndical sont convaincus que la France ne
   signifie plus rien, qu'elle est un vestige du passé, qu'elle a si peu
   d'existence qu'elle n'a même plus d'identité et qui considèrent qu'ils
   ne lui doivent plus rien.

   Je rêve d'une France qui se lève tout entière pour dire "non" à ceux
   qui n'envisagent pour elle qu'un destin médiocre et un rôle subalterne.

   Je rêve d'une France qui se lève tout entière pour dire "non" parce
   qu'elle croit encore en elle, parce qu'elle croit encore qu'elle peut
   agir, qu'elle peut créer, qu'elle peut être grande et qu'elle n'est pas
   condamnée à subir.

   Ce rêve je sais qu'il est aussi le vôtre. Ce rêve je voudrais que nous
   le fassions partager à tous les Français quelles que soient leurs
   origines, leurs croyances, leur parti.

   Ce rêve, je voudrais le faire partager à tous ceux qui aiment la France
   et qui pensent que c'est le bien le plus précieux qu'ils ont à
   transmettre à leurs enfants.

   Il nous reste dix jours. Dix jours pour faire partager ce rêve. Dix
   jours pour que ce rêve renverse tous les conservatismes, tous les
   préjugés, toutes les hésitations. Dix jours pour que ce rêve vienne à
   bout de toutes les angoisses, de toutes les peurs.

   Dix jours pour rendre ce rêve plus fort que les calomnies, plus fort
   que les mensonges.

   Napoléon faisait ses plans de bataille avec les songes de ses soldats
   endormis.

   Et le Général De Gaulle fut le plus grand des Français parce qu'il fut
   le seul qui pendant quatre ans en avait "maintenu l'honneur comme un
   invincible songe".

   Les hommes comme les peuples sont grands quand ils ont de grands rêves
   et qu'ils se laissent porter par eux.

   Lorsque de nouveau les Français rêveront pour la France d'une destinée
   exceptionnelle, la France retrouvera sa grandeur.

   Lorsque de nouveau les Français se sentiront portés par un grand rêve
   français dans lequel ils se reconnaîtront, dans lequel chacun aura le
   sentiment d'avoir sa part, ils cesseront d'être les spectateurs
   désabusés de leur propre histoire pour en redevenir les acteurs.

   Lorsque l'enfant de la banlieue déshéritée et celui des beaux
   quartiers, lorsque le fils de l'ouvrier et le fils du paysan, lorsque
   le fils de l'immigré, le petit-fils du rapatrié, le petit-fils du
   harki, lorsque les enfants, qu'ils portent des noms venus d'Afrique du
   Nord, des noms espagnols, italiens, polonais ou des vieux noms français
   feront les mêmes rêves et se sentiront la même capacité à les réaliser,
   la France redeviendra plus forte et chacun d'entre nous le redeviendra
   aussi. Parce que la France est forte lorsqu'elle est rassemblée. Parce
   que la France est forte lorsqu'elle est unie. Parce que lorsque la
   France est désunie, lorsque la France est divisée, c'est chaque
   Français qui se trouve affaibli.

   La France c'est le nom de notre destin commun.

   La France c'est une solidarité.

   La France c'est une identité.

   La France c'est une culture.

   La France c'est un projet collectif, c'est la volonté de vivre ensemble
   et de construire ensemble.

   La France ce n'est pas une juxtaposition d'intérêts particuliers. La
   France c'est un bien commun, c'est l'héritage de tous et c'est l'avenir
   de chacun.

   La France c'est le sentiment pour chaque Français qu'il n'est pas seul
   au monde, qu'il n'est pas seul pour faire face aux accidents de la vie,
   qu'il n'est pas seul face à la mondialisation, qu'il n'est pas seul
   pour se protéger et pour agir.

   La France c'est le pays qui le premier a proclamé que c'était le
   bonheur et non la volonté de puissance qui devait être la fin de toute
   politique.

   La France c'est le pays qui s'est le plus battu pour la liberté.

   C'est le pays qui a enseigné aux hommes l'égalité des droits.

   C'est le pays qui en hissant la fraternité au même niveau que la
   liberté et l'égalité a dit à tous les hommes comme Antigone : "Je suis
   née pour partager l'amour, non pour partager la haine".

   La France c'est notre pays. Nous n'en avons pas d'autre.

   Le mépriser ce serait nous mépriser nous-mêmes.

   Le haïr ce serait nous haïr nous-mêmes.

   La fierté d'être Français c'est ce qui nous unit par-delà nos
   différences.

   La fierté d'être Français c'est ce que nous voulons partager avec ceux
   qui veulent devenir Français.

   Certains trouvent que l'on parle trop de la France dans cette campagne.

   Mais de quoi parle-t-on dans une campagne présidentielle si l'on ne
   parle pas de la France ?

   J'ai voulu remettre la France au coeur du débat. J'ai voulu parler de
   l'identité nationale, j'ai voulu parler de la nation, j'ai voulu parler
   de la République, j'ai voulu parler de l'État parce que personne n'en
   parlait. Parce qu'il était interdit d'en parler sous peine d'être
   excommunié au nom de la pensée unique et du politiquement correct,
   comme il était interdit de parler de l'autorité, de la morale, de la
   famille ou de la valeur travail.

   J'ai voulu parler de la France parce que depuis trop longtemps elle
   était dénigrée et parce qu'à force de l'abîmer, à force de l'abaisser,
   à force de renier son histoire, sa culture, ses valeurs, à force de
   tout détester, de détester la famille, la patrie, la religion, la
   société, le travail, la politesse, l'ordre, la morale, à force on finit
   par se détester soi-même. Et je pense que la détestation de soi est
   toujours le commencement de la détestation de l'autre.

   À force, c'est notre capacité à nous parler, à nous comprendre, à nous
   supporter qui se trouve remise en cause. C'est notre capacité à vivre
   ensemble qui se trouve menacée.

   Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la
   France et de son Histoire.

   Je déteste la repentance qui veut nous interdire d'être fiers d'être
   français, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires, qui
   dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs
   origines et qui est un obstacle à l'intégration parce qu'on a rarement
   envie de s'intégrer à ce que l'on a appris à détester.

   Je veux parler de la France parce que derrière toutes nos crises,
   derrière toutes les difficultés dans lesquelles se débattent un si
   grand nombre de Français, derrière toutes les peurs, toutes les
   angoisses, c'est une seule et même question qui se trouve posée : celle
   de notre conception de la nation.

   Je veux parler de la France parce que je lui dois tout. Je veux le dire
   à Monsieur Le Pen qui a sous-entendu que je n'étais pas assez Français
   pour être Président de la République, oui, je suis un enfant d'immigré.
   Oui, je suis le fils d'un Hongrois et le petit-fils d'un Grec né à
   Salonique qui s'est battu pour la France pendant la guerre de 14.

   Oui, ma famille est venue d'ailleurs, mais dans ma famille, Monsieur Le
   Pen, on aime la France parce que l'on sait ce qu'on lui doit.

   Oui, je suis un Français de sang mêlé qui pense que l'on est Français
   en proportion de l'amour que l'on porte à la France, de ce que l'on est
   prêt à faire pour elle, de l'attachement que l'on porte à ses valeurs
   d'universalité, de tolérance, de respect de la personne humaine, de
   fraternité, du souci que l'on a d'opposer toujours la raison à la folie
   humaine, de défendre la liberté contre la tyrannie.

   La France ce n'est pas une race, ce n'est pas une ethnie. La France ce
   n'est pas le droit du sang. La France c'est une volonté de vivre
   ensemble, en partageant les mêmes valeurs.

   On n'est pas Français seulement par ses racines, par ses ancêtres. On
   est Français par son âme, par son esprit, par ses sentiments.

   être Français ce n'est pas seulement un statut juridique. Ce n'est pas
   seulement un bulletin de naissance. Ce n'est pas seulement un
   passeport. C'est une façon d'être, la fidélité à un idéal.

   être Français cela ne s'hérite pas, cela se conquiert, cela se mérite
   tous les jours par l'amour de la France et par le civisme.

   On est Français parce que l'on veut l'être, parce que l'on se sent
   Français, parce que la France on l'aime, on la respecte, on en est
   fier. Parce que l'on se sent envers elle des devoirs, parce que l'on
   éprouve envers elle une gratitude, une reconnaissance.

   La France m'a tout donné et c'est pour cela que je veux lui donner à
   mon tour.

   Pour bien gouverner les Français il faut les aimer.

   Pour être Président de la République il faut n'avoir d'autre objectif
   que de servir la France.

   être Président de la République tel que je le conçois, c'est une
   ascèse, c'est l'oubli de soi, de son bonheur personnel, de ses
   sentiments, de ses intérêts pour ne plus avoir en tête que le bonheur
   des Français, le prestige de la France, la grandeur de l'État et le
   bien commun.

   Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République française
   si l'on ne veut rien donner de soi-même, si l'on ne veut rien
   sacrifier, si l'on ne cherche que son bonheur et la réussite sociale.

   Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l'on
   n'est pas prêt à s'imposer davantage de devoirs que les autres. Parce
   qu'un Président de la République c'est quelqu'un qui n'a pas plus de
   droits, plus de privilèges et moins de devoirs. Mais quelqu'un qui au
   contraire a moins de droits, moins de privilèges que quiconque et plus
   de devoirs.

   Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l'on
   ne se sent pas capable de donner l'exemple et de s'imposer à soi-même
   les sacrifices que l'on demande aux autres.

   Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l'on
   ne respecte que les gens qui sont semblables à soi, qui pensent comme
   soi, si l'on est décidé à rester entre soi, avec ses partisans, avec
   ses amis, à n'écouter qu'eux, à ne parler qu'à eux, à ne faire
   confiance qu'à eux, à ne travailler qu'avec eux.

   Le Président de la République est le Président de tous les Français, il
   parle au nom de tous les Français, même de ceux qui n'ont jamais été
   ses amis, qui ne l'ont jamais soutenu, qui n'ont jamais voté pour lui.

   Le Président de la République ce n'est pas l'homme d'un clan, ce n'est
   pas l'homme d'un parti, c'est l'homme de la nation.

   Le Président de la République pour moi ce n'est pas le Président d'une
   partie de la France. C'est quelqu'un qui peut venir de la droite ou de
   la gauche, qui a des convictions et qui ne les renie pas, qui reste
   fidèle aux valeurs qui sont les siennes et au nom desquelles il a
   obtenu la confiance d'une majorité de Français. Mais c'est quelqu'un
   qui doit s'ouvrir aux autres, à ceux qui ne pensent pas comme lui, à
   ceux qui ne votent pas pour lui.

   Le Président de la République doit assumer toute l'histoire de France.
   Il ne doit jamais chercher à dresser une France contre une autre.

   Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs
   de mérite, de tolérance, de respect, de dignité, d'ordre, de
   responsabilité, de liberté.

   J'ai voulu rendre à la droite républicaine sa fierté. J'ai voulu
   qu'elle arrête de s'excuser d'être la droite. J'ai voulu qu'elle cesse
   d'avoir honte d'être la droite. Mais j'ai voulu aussi qu'elle ne se
   caricature pas elle-même. J'ai voulu qu'elle ne cède pas à ce qu'il y
   avait en elle de plus conservateur. Je ne suis pas un conservateur.

   Je crois à l'ordre mais aussi au mouvement.

   Je crois à l'ordre mais je ne veux pas de l'immobilisme. Je veux
   l'ouverture, l'innovation, la création, le progrès, la justice, la
   générosité.

   J'ai voulu faire entrer ces valeurs dans les valeurs de la droite
   républicaine quand la gauche les délaissait. La droite républicaine a
   eu tort pendant trop longtemps d'abandonner la République à la gauche
   et la nation à l'extrême-droite.

   J'ai voulu en finir avec cet abandon.

   Je veux tout assumer : toute l'histoire de France, toutes les valeurs
   de la France, toute la République.

   J'ai voulu affirmer que la droite républicaine d'aujourd'hui n'était
   pas l'héritière de la droite antisémite, antidreyfusarde, réactionnaire
   ou pétainiste de la IIIe République, mais qu'elle était l'héritière du
   gaullisme, de la démocratie chrétienne et du libéralisme. Comme j'ai
   voulu dire que je ne reconnaissais pas l'héritage de Jaurès, de Blum ou
   de Camus dans la gauche d'aujourd'hui.

   J'ai voulu dire que la droite d'aujourd'hui avait autant le droit de
   revendiquer l'héritage des conquêtes sociales du Front Populaire et du
   Conseil National de la Résistance que la gauche d'aujourd'hui.

   J'ai voulu dire que lorsque je lis ce que Jaurès a dit sur l'éducation,
   ce qu'il a dit sur l'histoire de France, ce qu'il a dit sur la nation
   je me sens l'héritier de Jaurès, qui appartient à tous les Français.

   J'ai voulu dire que lorsque je vois dans les documentaires de l'époque
   le regard de ces enfants d'ouvriers qui en 1936 découvrent la mer grâce
   aux congés payés et entendent pour la première fois prononcer le mot
   "vacances", je me sens comme tous les Français l'héritier de Léon Blum.

   Lorsque j'ai parlé de Guy Môquet, ce jeune résistant de 17 ans fusillé
   par les Allemands, lorsque j'ai lu la lettre si magnifiquement
   émouvante qu'il écrivit à ses parents la veille de sa mort, lorsque
   j'ai dit que si j'étais élu je demanderais que cette lettre soit lue
   chaque année dans toutes les écoles de France, je n'ai pas fait
   l'apologie d'un jeune communiste, mais celle d'un jeune Français qui
   s'est sacrifié pour son pays et pour la liberté et qui est un exemple
   pour tous les jeunes Français.

   Pas plus que De Gaulle n'a demandé à Jean Moulin quand il est arrivé à
   Londres s'il était de gauche ou s'il était de droite, je n'ai jamais
   mesuré mon admiration pour les héros de la Résistance à l'aune de leur
   appartenance à la droite ou à la gauche.

   J'accorde à l'amour de la patrie plus de valeur qu'au patriotisme de
   parti.

   Je crois davantage aux convictions, au courage, à la sincérité qu'aux
   étiquettes.

   Et j'en ai assez de toutes ces étiquettes que l'on colle sur les mots,
   sur les idées, sur les gens et qui n'ont aucun sens, qui ne reflètent
   rien d'autre que les préjugés de ceux qui les fabriquent.

   Je veux le dire ce soir, je trouve insensée cette idée selon laquelle
   parler de l'identité nationale, condamner la fraude et la délinquance
   ou vouloir lutter contre l'immigration clandestine serait le signe
   d'une droitisation extrême, d'un appel du pied à l'extrême-droite.

   Je trouve insensée cette idée selon laquelle la fraternité, la justice,
   le progrès social seraient de gauche.

   Quand je parle de l'autorité ou de la fraternité, je ne parle pas à la
   droite ou à la gauche.

   Quand je parle de l'immigration clandestine ou du progrès social, je ne
   parle pas à la droite ou à la gauche.

   Quand je parle de la lutte contre la délinquance ou de la justice, je
   ne parle pas à la droite ou à la gauche.

   Je parle à tous les Français, de ce qui les concerne tous. Je veux leur
   rendre la nation qui est à eux. Je veux leur rendre la République qui
   leur appartient.

   Je n'accepte pas les leçons de morale d'une gauche mondaine qui a cessé
   depuis bien longtemps de s'intéresser au sort des travailleurs. Je
   n'accepte pas les leçons de morale d'une gauche déconnectée qui n'est
   pas confrontée à la crise du logement, qui n'est pas concernée par les
   délocalisations, ni par le chômage, ni par la précarité. Je n'accepte
   pas les leçons de morale d'une gauche élitiste qui se donne bonne
   conscience à peu de frais et qui aime tellement les banlieues
   difficiles qu'elle n'y habite pas, qui aime tellement l'école publique
   qu'elle n'y met pas ses enfants, qui aime tellement les transports en
   commun qu'elle ne les prend jamais, qui aime tellement les impôts
   qu'elle veut en faire payer toujours plus à tout le monde sauf à
   elle-même.

   Cette gauche-là enfermée dans son petit milieu, agrippée à ses
   privilèges et à ses rentes, elle ne veut rien lâcher, elle ne veut rien
   donner.

   Cette gauche-là elle répugne à parler de la nation et elle ne comprend
   plus la République parce qu'elle ne veut rien partager.

   Cette gauche-là elle dit que la nation c'est le nationalisme parce
   qu'elle ne veut pas avoir de devoir envers la nation.

   Cette gauche-là elle ne parle plus de la République parce qu'elle
   choisit le nivellement plutôt que l'égalité.

   Cette gauche-là elle ne comprend plus le peuple qu'elle trouve
   populiste.

   Cette gauche-là elle n'est pas l'héritière des luttes sociales, elle
   n'a rien à voir avec Jaurès ou avec Blum, elle n'a rien à voir avec les
   canuts lyonnais ou avec les communards qui se sont fait massacrer par
   Thiers.

   Cette gauche-là, elle n'a rien à voir avec Jules Ferry, elle n'a rien à
   voir avec Gambetta, elle n'a rien à voir avec la gauche de jadis qui
   aimait la nation et la République.

   Cette gauche-là elle n'a rien à voir avec celle qui pendant si
   longtemps a représenté pour l'ouvrier, pour l'employé, pour le mineur,
   pour le pauvre et le déshérité l'espoir d'une vie meilleure.

   Cette gauche soi-disant morale est l'héritière de celle de mai 68 qui
   voulait "vivre sans contrainte et jouir sans entrave" et qui a
   tellement profité de la société de consommation après l'avoir tellement
   dénigrée.

   Cette gauche cynique qui veut imposer aux autres une morale qu'elle ne
   s'applique jamais à elle-même, elle n'a rien à envier à la droite la
   plus conservatrice, la plus réactionnaire de jadis.

   Je n'ai rien à voir avec cette droite et je n'accepte pas les leçons de
   cette gauche.

   Je n'accepte ni ses leçons de morale, ni ses leçons d'histoire.

   Je veux en finir avec l'héritage de mai 68.

   Je veux en finir avec le relativisme moral et culturel.

   Je veux défendre la nation parce qu'elle est le seul bien des pauvres.

   Je veux défendre la République parce que la République c'est l'égalité
   des droits et des devoirs.

   Servir la France, servir la République, c'est d'abord servir l'État.

   Parce que c'est l'État qui a fait la France.

   C'est l'État qui a forgé la nation et qui en a maintenu l'unité.

   L'effondrement de l'État a toujours coïncidé en France avec
   l'effondrement de la nation.

   La rénovation de l'État a toujours été en France la condition du
   renouveau.

   Une fois de plus nous ne referons pas la France et nous ne referons pas
   la République sans refaire l'État.

   J'ai la conviction que l'État n'a pas vocation à se mêler de tout, à
   intervenir partout.

   J'ai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de
   l'État-Providence qui ont contribué à créer un climat délétère
   d'irresponsabilité, d'assistance et de nivellement par le bas.

   Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c'est en abaissant l'État
   que l'on relèvera la France. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la
   solution à toutes nos difficultés est dans le démantèlement de l'État.

   La France pour être forte a besoin d'un État fort. Aujourd'hui la
   France est faible parce que l'État est faible.

   Il est faible parce qu'il est étouffé par son endettement et par sa
   bureaucratie.

   Il est faible parce qu'il se charge de trop de missions qu'il n'a pas
   les moyens d'accomplir.

   Il est faible parce qu'il est miné par les corporatismes et paralysé
   par les conservatismes.

   Il est faible parce que depuis trop longtemps il est livré à lui-même,
   sans projet, sans dessein, sans stratégie.

   J'en ai assez de voir l'État abaissé.

   Parce que l'État c'est nous.

   Quand l'État est abaissé c'est la France qui est abaissée. Quand
   l'autorité de l'État est bafouée c'est la République qui est bafouée.
   Quand l'État est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent
   le plus.

   Comme en 1958 il faut refaire l'État si l'on veut refonder la
   République et si l'on veut que la France avance. Mais le problème
   aujourd'hui n'est pas dans la Constitution. Il est dans les
   comportements, dans les façons de penser, dans la manière de gouverner.

   Je veux un État respecté.

   Je veux un État que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont
   les Français soient fiers.

   Je veux un État qui cesse d'être au service de lui-même pour se
   remettre au service de tous.

   Je veux un État impartial. Si je suis élu je soumettrai les nominations
   les plus importantes au contrôle du Parlement.

   Je veux un État qui respecte les citoyens et qui assure la continuité
   du service public. Si je suis élu je ferai voter une loi sur le service
   minimum.

   Je veux un État qui soit réellement gouverné, auquel on confie des
   missions claires et auquel on donne les moyens de les remplir.

   Je veux un État qui fasse, comme disait le Général De Gaulle,
   réellement son métier, et qui par conséquent domine les féodalités au
   lieu d'être dominé par elles. Je n'accepte pas de laisser le champ
   libre aux féodalités, parce que je n'accepte pas de voir s'ériger des
   fiefs dans l'administration, dans l'économie, dans les collectivités.
   Je n'accepte pas qu'il puisse y avoir des États dans l'État.

   Je n'accepte pas plus que le capitalisme financier s'exonère de toute
   morale que je n'accepte que des territoires, des quartiers s'exonèrent
   des lois et des valeurs de la République. Je veux un État qui fasse
   respecter partout les lois et les valeurs de la République.

   Je n'accepte pas le communautarisme.

   Je refuse le communautarisme qui rendrait ce qui nous sépare plus fort
   que ce qui nous unit.

   Je refuse le communautarisme qui enfermerait chacun dans ses origines
   et ses croyances.

   Je refuse le communautarisme qui ouvrirait la voix à la loi des tribus
   et à la violence.

   Je refuse le communautarisme qui serait le contraire de la République.

   Je veux un État qui lutte contre le communautarisme. Je veux un État
   qui défende l'identité nationale parce que son identité c'est ce que la
   France a de plus précieux à offrir en partage à ceux qui veulent
   devenir français

   Je veux que l'identité de chacun soit respectée.

   Je veux que nul n'oublie son origine, son histoire, sa culture, parce
   que je crois que la différence est une richesse.

   Mais je veux que la politique de l'immigration soit liée à la politique
   de l'intégration. Qu'est-ce qu'une intégration réussie sinon de se
   sentir français à part entière ? Sinon d'être fier d'être français ?
   Sinon d'avoir ajouté à sa culture d'origine, la culture française ?
   Sinon d'avoir ajouté à l'identité qu'on apporte avec soi, l'identité
   française qui fonde le sentiment d'appartenance à cette communauté de
   destins qui s'appelle la France ?

   Je crois à l'identité de la France qui est faite de principes et de
   valeurs qui se sont forgées au cours d'une très longue histoire. Je
   crois que ces valeurs sont universelles, qu'elles expriment une grande
   idée de l'homme et qu'elles ne sont pas négociables.

   Je crois que la liberté de conscience n'est pas négociable. Je crois
   que la laïcité n'est pas négociable, je crois que l'égalité de l'homme
   et de la femme n'est pas négociable, je crois que les droits de l'Homme
   ne sont pas négociables.

   À ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu'une
   chose, c'est qu'ils admettent que la France ne commence pas avec eux
   mais qu'elle a commencé il y a bien longtemps et qu'elle veut seulement
   qu'on l'aime et qu'on respecte ses valeurs, qu'on prenne en partage son
   histoire, qu'on se sente partie prenante de sa destinée. Il n'y a pas
   de place en France pour la polygamie, pour l'excision, pour les
   mariages forcés, pour le voile à l'école, pour la haine de la France.

   On m'a reproché d'avoir dit que ceux qui méprisent la France, ceux qui
   la haïssent ne sont pas obligés de rester. Mais qu'avons-nous d'autre à
   offrir à ceux qui veulent vivre en France, sinon d'abord la fierté
   d'être Français ?

   Je crois qu'au coeur de l'identité de la France, il y a la langue
   française et que pour ceux qui veulent vivre en France, la maîtrise de
   la langue française est une exigence qui n'est pas négociable.

   Je souhaite qu'on ne puisse pas vivre durablement en France, sans
   savoir parler et écrire le français.

   Je souhaite que le droit au regroupement familial soit subordonné non
   seulement à l'obligation de prouver qu'on a les moyens de loger et de
   faire vivre sa famille avec les revenus de son travail, mais aussi à
   l'obligation d'apprendre à parler le français avant d'entrer sur le
   territoire national.

   Je veux un État qui respecte le travail parce que le travail c'est le
   fondement de la citoyenneté.

   Je n'accepte pas qu'il puisse exister des travailleurs pauvres alors
   que l'on a déjà bien assez à faire avec ceux qui sont pauvres parce
   qu'ils n'ont pas de travail ! Je propose que l'augmentation du pouvoir
   d'achat soit la priorité de la politique économique après 25 ans de
   sacrifices, après 25 ans de stagnation du pouvoir d'achat des salaires,
   après 25 ans de baisse du niveau de vie pour les jeunes générations que
   les 35 heures ont aggravé.

   Je propose de supprimer les charges et les impôts sur les heures
   supplémentaires pour que ceux qui veulent travailler plus pour gagner
   plus soient encouragés à le faire, sans que personne y soit obligé.

   Je propose d'alléger la fiscalité du travail en taxant plus la
   pollution et la consommation, les importations des pays qui pratiquent
   le dumping écologique et le dumping social, et en taxant moins le
   travail. Je propose que chacun puisse transmettre à ses enfants le
   fruit d'une vie de travail sans payer de droits de succession.

   Je propose d'en finir avec une fiscalité confiscatoire qui décourage la
   réussite, fait fuir les capitaux et les entrepreneurs qui s'en vont
   créer des emplois ailleurs.

   Je propose que toute la politique économique, ait un seul objectif : la
   revalorisation du travail.

   Je veux un État qui incarne les valeurs civiques et qui les fasse
   respecter. Le civisme on l'enseignait jadis dans les écoles. C'est ce
   que nous devons à notre pays, ce sont nos obligations envers la
   société, c'est ce qui fait que chacun d'entre nous mérite le titre de
   citoyen.

   Car pour moi, la citoyenneté ce n'est pas que des droits, la
   citoyenneté c'est aussi des devoirs. Le civisme c'est une forme de
   respect des autres et une forme de respect de soi-même.

   Le civisme c'est le contraire de la fraude.

   On n'encourage pas le civisme si l'on tolère la fraude, si l'on est
   indulgent avec les fraudeurs, si la fraude n'est jamais punie. Pourquoi
   alors l'honnête citoyen qui paie ce qu'il a à payer continuerait-il à
   le faire ? Comment le chef d'entreprise qui paie ses charges
   pourrait-il longtemps lutter contre la concurrence déloyale ?

   Le problème de la fraude, c'est une question de principe. Car ce que
   l'on ne paie pas, ce sont les autres qui le paient.

   Quand quelqu'un ne paie pas son ticket de métro, ce sont les autres
   usagers qui le paient.

   Quand quelqu'un fraude la sécurité sociale, ce sont les autres assurés
   sociaux qui paient pour lui.

   Quand quelqu'un fraude le fisc, ce sont les autres contribuables qui
   paient l'impôt à sa place.

   La fraude c'est un impôt forcé que les plus pauvres paient à la place
   des fraudeurs.

   La fraude c'est au plus pauvre, au plus démuni qu'elle impose le
   préjudice le plus lourd, au travailleur pauvre qui est obligé de se
   lever tôt et de prendre le métro. Au chômeur qui a besoin des
   allocations chômage pour vivre pendant qu'il cherche un travail, à
   l'accidenté de la vie qui a besoin qu'on l'aide pour ne pas sombrer.

   J'ai été scandalisé que certains, dans les médias, parmi les
   intellectuels et parmi la classe politique aient pu laisser entendre
   que la responsabilité des récentes émeutes de la gare du Nord était
   imputable à la police au prétexte qu'elle avait osé interpeller un
   fraudeur qui n'avait pas payé son ticket de métro et avoir frappé les
   agents de la RATP qui l'avaient contrôlé.

   Cette attitude est contraire à mes valeurs, elle est contraire à ma
   conception de la vie en société et de la morale.

   Cette attitude est désastreuse pour l'esprit civique.

   Je veux être le président qui n'aura aucune indulgence envers les
   fraudeurs. Je veux être le président qui mettra tout en oeuvre pour
   combattre la fraude et punir les fraudeurs quels qu'ils soient.

   Parce que je veux que la France qui travaille soit respectée.

   Parce que je veux que nous donnions à la jeunesse l'envie de travailler
   plutôt que la tentation de frauder.

   Parce que je veux que la solidarité profite à ceux qui en ont vraiment
   besoin.

   Je veux un État qui ne gaspille pas l'argent public.

   En gaspillant l'argent public on gaspille la peine du travailleur.

   L'argent qu'on lui prélève, le travailleur l'a gagné avec sa fatigue.
   L'argent public, c'est l'argent des Français. Cet argent, moralement,
   on n'a pas le droit de le gaspiller parce qu'il a été durement gagné.
   Cet argent il faut le respecter, il ne faut le dépenser que pour ce qui
   est utile. Cet argent c'est celui de la solidarité, du service public,
   de la sécurité, de la santé, de l'éducation, de la recherche... On n'a
   pas le droit d'en gaspiller un euro, d'en détourner un euro.

   Il faut avoir le courage de remettre en cause les dépenses inutiles. Il
   faut avoir le courage de supprimer les dépenses inutiles pour pouvoir
   payer les dépenses utiles. Il faut avoir le courage de revenir sur les
   dépenses du passé pour pouvoir financer les dépenses d'avenir.

   Je veux un État dans lequel chaque gestionnaire public, chaque
   ministre, chaque fonctionnaire soit jugé sur ses résultats.

   Je veux que chaque Français qui paie des impôts sur les revenus de son
   travail retrouve la conviction que son argent n'est ni jeté par les
   fenêtres, ni détourné de son objectif qui est le bien être de tous.

   Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les
   fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents
   assument leurs responsabilités pour que les jeunes comprennent la
   nécessité d'assumer les leurs.

   Un jour j'ai utilisé le mot "racaille" en réponse à l'interpellation
   d'une habitante d'Argenteuil qui désignait ainsi ceux qui rendaient la
   vie impossible dans son quartier et qui l'obligeaient à vivre dans la
   peur. On me l'a reproché. C'est mépriser la jeunesse que de lui parler
   par euphémismes sous prétexte qu'elle ne serait pas capable de regarder
   la réalité en face. Quels éducateurs serons-nous si nous nous laissons
   aller à ces petites lâchetés? Si les multirécidivistes n'ont rien à
   craindre ? Si les mineurs peuvent se livrer aux pires excès sans être
   punis ? Si nous apprenons à nos enfants que l'âge excuse tout ? Si les
   voyous ne peuvent même pas être appelés des voyous ?

   Le civisme c'est le respect dû aux représentants de l'État. Je
   n'accepte pas que les représentants de l'État soient insultés, menacés,
   agressés. Je veux que cette violence dont ils sont trop souvent les
   victimes fasse l'objet d'une tolérance zéro parce qu'il s'agit de leur
   dignité et parce qu'il s'agit de la dignité de l'État, parce qu'à
   travers eux c'est à l'autorité de l'État que l'on porte atteinte, c'est
   la République que l'on offense. Je veux revenir sur le drame qui a lieu
   hier soir à la foire du Trône et qui a coûté la vie à un jeune policier
   de 31 ans. La justice dira qui est responsable. Mais cette violence qui
   est partout n'est plus tolérable. Cette violence qui fait de plus en
   plus de victimes. Cette violence qui aboutit à la mort d'un jeune homme
   de 31 ans qui avait voué sa vie au service des autres, je ne peux pas
   l'accepter, je ne veux pas l'accepter.

   La violence gratuite n'appelle que de la sévérité. Je ne la confonds
   pas avec la violence qui peut naître du sentiment d'injustice à
   laquelle il nous faut répondre par plus de justice.

   Nous devons apporter une réponse à tous ceux qui souffrent des blocages
   de notre société et qui ont le sentiment que quoiqu'ils fassent, ils ne
   pourront jamais s'en sortir.

   La République, c'est l'égalité des chances, c'est tout faire pour que
   chacun puisse développer ses talents, puisse essayer de réaliser ses
   ambitions, de réaliser ses rêves. Si je suis élu je referai une école
   de l'excellence pour tous. Je mettrai en oeuvre une politique de
   discrimination positive à la française, fondée non pas sur des critères
   ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais sur des critères
   économiques et sociaux, parce que l'égalité républicaine ce n'est pas
   traiter également des situations inégales mais de donner plus à ceux
   qui ont moins, de compenser les handicaps.

   Je veux un État qui soit au service d'une république fraternelle.

   Je veux remettre la fraternité au coeur du projet républicain. Je rêve
   d'une France où la fraternité ne soit plus seulement un mot gravé sur
   le fronton des mairies mais devienne une réalité entre les hommes et
   les femmes de notre pays.

   Je veux une France ouverte, accueillante, généreuse. Dans les valeurs
   de la République, la fraternité n'est pas une valeur moins importante
   que les autres. C'est peut être la plus importante de toutes.

   La fraternité, c'est la volonté de vivre ensemble, de partager un
   destin commun, une loi commune.

   Je veux remettre la fraternité au coeur de la politique. Ce n'est pas
   démodé. Ce n'est pas que l'affaire de la société civile. Ce n'est pas
   seulement la préoccupation du monde associatif. Ce doit être le combat
   d'un Président de la République : la Fraternité ! Car sans elle on ne
   peut pas rassembler.

   La France est une synthèse toujours recommencée entre les Girondins et
   les Jacobins, entre ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient
   pas, entre l'autorité de l'État et la liberté de l'individu, entre la
   raison et le sentiment, entre l'efficacité et la justice.

   Je veux proposer aux Français une nouvelle synthèse pour que la France
   avance. Je veux rassembler sur des convictions et non sur des
   étiquettes pour que la République redevienne une idée neuve et un
   projet partagé.

   Mais je récuse l'idée que pour rassembler les Français il faudrait
   mettre tout le monde d'accord en ne disant plus rien, en ne proposant
   plus rien, en ne voulant plus rien.

   Ce serait rendre un mauvais service à la démocratie en choisissant une
   fois encore l'ambiguïté plutôt que la clarté.

   La synthèse pour moi ce n'est pas le juste milieu, ce n'est pas le plus
   petit dénominateur commun, ce n'est pas ce qu'on appelait jadis la
   "troisième force", qui dans notre histoire n'a toujours été qu'une
   combinaison d'appareils.

   La synthèse pour moi c'est de dépasser les contradictions, non de faire
   comme si elles n'existaient pas.

   La synthèse pour moi ce n'est pas de négocier des ralliements en
   marchandant les idées et les convictions.

   La synthèse pour moi c'est de rassembler sur un projet des gens qui ont
   des histoires, des parcours, des sensibilités différentes. C'est de
   convaincre ceux qui se sont combattus non d'oublier leur combat, non
   d'en oublier les raisons, mais de travailler ensemble à un but commun
   dans lequel chacun pourra se reconnaître.

   Dépasser les clivages pour moi ce n'est pas renier les convictions,
   c'est oublier les étiquettes, passer par-dessus les a priori, laisser
   de côté le sectarisme.

   Au fond, c'était cela le gaullisme : le rassemblement des Français
   autour d'un projet national, le sens de l'État. Servir, servir la
   Nation, servir la République, servir l'État.

   Voilà ce que ce fut pour moi le gaullisme : une certaine idée de
   l'homme et de la politique, à travers l'expérience réussie d'une
   certaine idée de la France, et la conviction que la France n'est pas
   finie tant qu'il existe des Français prêts à tout risquer pour qu'elle
   vive.

   Malraux disait ; le gaullisme c'est la force du "non" dans l'histoire.

   Je veux être le Président qui dira non au déclin de la France.

   Je veux être le Président qui dira non à l'éclatement de la République.

   Je veux être le Président qui dira non à l'abaissement de l'État.

   Je veux être le Président qui redonnera à tous les Français la fierté
   d'être Français.

   Nous le ferons ensemble.

   Nous le ferons pour nous même, pour nos enfants, et pour tous les
   hommes qui dans le monde continuent d'espérer dans la France !

   Vive la République !

   Vive la France !

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