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Discours politique

Arlette Laguiller, Discours à Paris (15/04/2007)

   Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,

   Eh bien oui, il serait possible de préserver les travailleurs et
   l'ensemble de la société de trois catastrophes majeures qui sont le
   chômage massif, la crise du logement et la dégradation du niveau de vie
   de la plus grande partie de la population !

   Les mesures qu'il serait nécessaire de prendre sont des mesures
   radicales mais simples, claires et parfaitement réalisables, sans même
   qu'aucune n'implique l'expropriation du grand capital et la
   transformation de la propriété privée des grandes entreprises en
   propriété collective.

   Quand j'ai avancé ces mesures pour la première fois, lors de l'élection
   présidentielle de 1995, il y a douze ans déjà, alors que la crise
   n'était pas encore si grave, j'étais bien seule à en populariser
   l'idée. Certaines d'entre elles sont reprises aujourd'hui par d'autres
   candidats d'extrême gauche, mais elles ne le sont pas, et je ne m'en
   étonne pas, par ceux qui ont une chance d'arriver au pouvoir...

   Certes, je n'ai jamais eu la naïveté de penser que, sans y être
   contraint, un gouvernement les reprenne à son compte et, surtout, les
   applique.

   Que la droite ne se soucie pas de l'inexorable descente vers la misère
   de tous ceux qui vivent et travaillent sans exploiter personne, est
   dans l'ordre des choses. La droite défend ouvertement les intérêts du
   grand patronat, et elle trouve normal que les riches s'enrichissent en
   appauvrissant les autres. Elle trouve normal que les grandes
   entreprises mettent à la porte des centaines ou des milliers de
   salariés simplement pour voir le cours de leurs actions en Bourse
   gagner quelques points.

   Je n'ai jamais cru non plus que la gauche au pouvoir serait capable de
   prendre des mesures efficaces pour arrêter la dégradation des
   conditions d'existence des travailleurs.

   Dès que j'ai avancé ce programme de défense des travailleurs, à
   l'époque sous le nom de "programme d'urgence" ou de "plan d'urgence",
   j'ai dit qu'on ne pouvait compter ni sur la droite, ouvertement au
   service du grand patronat, ni sur la gauche, hypocritement servile
   envers lui.

   Il aurait fallu que ces mesures indispensables pour les travailleurs
   soient imposées, aussi bien au gouvernement qu'au grand patronat, par
   un puissant mouvement social susceptible de les faire reculer. Faut-il
   rappeler qu'en 1936 comme en 1968, ce sont les luttes sociales, les
   grèves, les occupations d'usines qui ont contraint le gouvernement en
   place à prendre des mesures qui reprenaient quelques-unes des
   revendications ouvrières, tout en les modérant, voire en les détournant
   ? En 1936, c'est un gouvernement de gauche, celui du Front populaire,
   qui dut s'exécuter. En 1968, ça a été un gouvernement de droite, sous
   la présidence de De Gaulle, un général réactionnaire !

   Aucun mouvement de même ampleur ne s'est produit au cours des récentes
   années, même si 1995, l'année de la présidentielle précisément, s'est
   terminée sur la grève des cheminots, entraînant une partie des
   travailleurs de la Fonction publique. Assez puissant pour stopper
   momentanément l'attaque de Juppé contre les retraites dans la Fonction
   publique, le mouvement n'a pas été assez large pour stopper l'offensive
   du patronat et du gouvernement sur d'autres terrains.

   * * *

   En l'absence d'un coup d'arrêt assez puissant, la dégradation sociale
   n'a jamais cessé. Le patronat a bénéficié du chômage pour contenir,
   voire faire baisser les salaires, pour accroître le rythme du travail,
   pour licencier et faire faire plus de travail avec moins d'ouvriers,
   pour aggraver l'exploitation. Et le gouvernement
   Chirac-Villepin-Sarkozy, reprenant un plan préparé par Jospin, a
   finalement réussi à repousser l'âge de la retraite et a diminué les
   pensions pour à peu près tout le monde.

   Les gouvernements, ceux de droite bien sûr, mais aussi le gouvernement
   de la Gauche plurielle dirigé par Jospin de 1997 à 2002, dont ont fait
   partie Dominique Voynet et Marie-George Buffet, ont exécuté servilement
   les exigences du grand patronat : la dégradation de tous les services
   publics dont les plus rentables ont été livrés au privé, la flexibilité
   du travail, la généralisation des contrats précaires. Il y a eu
   d'innombrables autres mesures touchant l'ensemble des travailleurs ou
   telle ou telle catégorie, souvent parmi les plus fragiles et qui
   avaient le plus de mal à se défendre.

   Tout cela fait que, pour les travailleurs, si les choses ont changé
   depuis 1995, c'est en pire !

   Au cours des douze dernières années, le pouvoir d'achat des salariés a
   reculé et le chômage n'a pas diminué malgré les manipulations
   statistiques et les mensonges de ceux qui nous gouvernent. Et, quant à
   la crise du logement, déjà importante en 1995, elle s'est
   considérablement aggravée au cours des dernières années en raison de la
   spéculation immobilière qui a fait s'envoler les prix au point qu'une
   fraction croissante des classes populaires est mal, très mal ou pas du
   tout logée. Les événements du début de cette année et l'action des
   "Enfants de Don Quichotte", après ceux de "Droit au Logement" ont
   attiré l'attention sur cette catégorie de travailleurs qui ont un
   emploi, parfois dans de grandes entreprises, voire dans des
   administrations publiques, et qui, pourtant, n'ont pas de quoi payer le
   loyer exigé par les propriétaires. Trop nombreux sont ceux qui, faute
   de logement, dorment sous les ponts ou peuplent les bords du boulevard
   périphérique à Paris !

   * * *

   Cette dégradation dans tous les domaines ne peut pas, ne doit pas se
   poursuivre indéfiniment ! Tôt ou tard, la colère éclatera et provoquera
   un mouvement revendicatif vaste, puissant, englobant tout le monde du
   travail. Et c'est pourquoi il est important que ce mouvement ne se
   trompe pas d'objectifs et ne prenne pas l'accessoire pour l'essentiel,
   et c'est l'un des buts de ma campagne.

   Le programme sur lequel je demande aux électeurs populaires de se
   prononcer en votant pour ma candidature est un programme de défense des
   travailleurs pour empêcher qu'une fraction croissante de la principale
   classe productive de la société soit de plus en plus poussée vers la
   misère.

   * * *

   Ce programme, même s'il ne s'attaque pas à la propriété privée des
   entreprises, implique cependant que l'on impose une autre utilisation
   des profits gigantesques que réalisent depuis plusieurs années toutes
   les sociétés, en particulier les plus grandes entreprises. Et, au
   contraire de ce qu'ont fait tous les gouvernements de droite comme de
   gauche au cours des dernières années, ce programme implique qu'au lieu
   de privilégier les intérêts de la classe capitaliste, on cherche à
   rétablir un peu l'équilibre en prenant sur les privilèges économiques
   des propriétaires de capitaux pour améliorer le sort des classes
   populaires.

   Il faut, en effet, financer les mesures favorables aux classes
   populaires par le budget de l'État alimenté par une augmentation
   sélective des impôts, une augmentation qui frappe plus fort les
   bénéfices des sociétés et les plus hauts revenus.

   Le budget de l'État joue de moins en moins un rôle de compensation des
   inégalités de revenus. C'est même l'inverse. Depuis plusieurs années,
   il donne bien plus aux groupes industriels et financiers que ce qu'il
   en reçoit en impôts. Qu'il soit seulement dit que, dans la même année
   2005, le montant total de l'impôt sur les sociétés a rapporté au budget
   la somme de 53 milliards d'euros, alors que rien que les aides
   publiques directes aux entreprises se sont montées à 65 milliards
   d'euros, et encore bien plus aujourd'hui !

   * * *

   Il n'y a aucune nécessité économique ou sociale d'avoir fait baisser
   l'impôt sur les bénéfices des sociétés des 50 % qu'il était sous
   Giscard, il y a trente ans, aux 33 % qu'il est actuellement ! Cette
   diminution n'a fait que contribuer à l'explosion des profits et à
   diminuer les ressources de l'État au détriment de tous les services
   publics utiles à la population. L'impôt sur les bénéfices pourrait et
   devrait être immédiatement ramené aux 50 % qu'il était auparavant.
   Aucune société n'est morte, à l'époque, de ce taux d'impôt à 50 % des
   bénéfices, et il n'y avait même pas de bousculades à la frontière de la
   Suisse pour y mettre à l'abri les coffres-forts des entreprises !

   * * *

   Rien que pour ce qui est des sociétés du CAC 40, cette augmentation du
   taux de l'imposition permettrait à l'État de récupérer 17 milliards
   d'euros de plus. C'est une somme qui représente près du triple du
   déficit de la Sécurité sociale en 2006 ! Et ce sont 10 milliards
   supplémentaires que représenterait pour les entreprises autres que
   celles du CAC 40 le rétablissement de l'impôt sur les bénéfices à 50 %,
   soit la récupération de 27 milliards d'euros au total.

   * * *

   Par ailleurs, l'impôt sur le revenu des personnes physiques doit être
   modifié. Il est injuste que les revenus les plus élevés soient
   proportionnellement les moins imposés à cause de la réduction du nombre
   des tranches et de la limitation des tranches supérieures de l'impôt,
   limitation à laquelle ont contribué tous les gouvernements.

   Donc, pour que le budget de l'État permette de rétablir le rôle des
   services publics et de construire les logements sociaux nécessaires, il
   faut d'abord rétablir l'impôt sur les bénéfices et les tranches
   supérieures supprimées de l'impôt sur le revenu.

   De plus, les plus riches bénéficient d'une multitude de dégrèvements
   d'impôt, pour l'emploi de personnel domestique, pour des
   investissements dans l'immobilier locatif, pour l'achat de navires de
   plaisance, pour les placements dans les DOM-TOM, d'une multitude de
   niches fiscales. L'ensemble de ces niches fiscales représenterait 40
   milliards de manque à gagner pour les caisses de l'État. Il n'est que
   justice qu'elles soient supprimées !

   * * *

   "Prendre sur le profit" signifie simplement qu'on contraigne les plus
   riches à participer à l'effort nécessaire pour faire face à la crise
   sociale dramatique que représentent le chômage de masse, les bas
   salaires et la situation du logement populaire.

   * * *

   "L'État, c'est moi", affirmait, en son temps, Louis XIV. La guillotine
   qui coupa la tête d'un de ses successeurs allait montrer les limites
   historiques de cette prétention.

   * * *

   Mais, aujourd'hui, chaque patron déclare "L'entreprise, c'est moi".
   Mais si l'entreprise est créatrice de richesses, comme aiment à nous le
   rappeler les économistes - en général pour nier les droits des
   travailleurs -, ce n'est pas grâce aux propriétaires, mais grâce à ceux
   qui y travaillent, grâce à ceux qui font tourner les chaînes de
   l'industrie automobile, qui font couler le béton pour les constructions
   ; grâce aux manoeuvres ou aux chercheurs, grâce aux caissières de
   supermarchés et aux employés des banques.

   C'est pour cela qu'un programme de défense des travailleurs signifie
   nécessairement qu'il faut que les travailleurs, les salariés en
   général, puissent contrôler ce qui se passe dans leur propre
   entreprise, celle dont ils assurent collectivement le fonctionnement.
   Et, étant donné l'importance sociale de certaines entreprises qui
   jouent un rôle majeur dans l'économie, il faut que les consommateurs,
   que la population, participent à ce contrôle et aient accès à toutes
   les informations concernant ces entreprises.

   * * *

   La première mesure à prendre pour permettre un tel contrôle est donc de
   supprimer les lois sur le secret commercial, bancaire et industriel.

   Que les employés, les comptables, les secrétaires, les ouvriers, les
   magasiniers, puissent dire si ce que les dirigeants des entreprises
   déclarent est vrai ou faux et qu'ils puissent vérifier si ce qu'on leur
   fait faire dans leurs entreprises correspond bien à ce qui est utile à
   la société.

   Cette mesure n'est compliquée que pour ceux qui craignent que le
   contrôle par la population mette en évidence non seulement leurs
   profits, mais surtout la manière dont ils les obtiennent et, plus
   encore sans doute, le choix de leur utilisation.

   Je ne parle pas seulement des détournements frauduleux. Encore que
   l'inculpation récente, mais à retardement, du PDG de Total a levé un
   petit coin du voile sur la caisse noire de cette entreprise qui sert à
   acheter, dans les pays producteurs de pétrole, des ministres, voire des
   chefs d'État et leur entourage.

   * * *

   Ce dont je parle, c'est du contrôle de la comptabilité ordinaire,
   quotidienne, aussi bien des recettes que des dépenses et de leur
   nature. Le contrôle de qui sont les fournisseurs d'une entreprise et
   pourquoi on les choisit. Qu'achète-t-on à un sous-traitant et à quel
   prix ?

   Au détriment de quelles autres dépenses prélève-t-on les pourboires
   généreux que le grand capital sait distribuer à ses serviteurs de haut
   vol ? 8,4 millions d'euros pour Forgeard, ex-dirigeant d'Airbus. 8,2
   millions pour Tchuruk, d'Alcatel, alors même que ces entreprises
   licencient. Mais il ne faut pas que l'arbre de ces "parachutes dorés"
   cache la forêt du fonctionnement capitaliste de l'économie et que l'on
   nous amuse avec ces exemples, car si scandaleux qu'ils soient, ils ne
   sont rien auprès des profits réalisés, et si les actionnaires acceptent
   cela, c'est qu'ils en reçoivent bien plus. Et ces injustices ne sont
   rien auprès des dégâts économiques que provoque la spéculation
   improductive issue de ces profits.

   * * *

   Il est à la mode dans les grandes entreprises d'externaliser telle
   production ou tel service. Il faut pouvoir contrôler pourquoi. À qui
   cela profite-t-il et au détriment de qui ? Et dans le cadre du grand
   commerce, il faut contrôler quels sont les prix payés aux producteurs
   de viande, de légumes, de fruits, surtout aux petits producteurs.
   Quelle est la marge du grand commerce sur les produits de consommation
   courante non industrielle ?

   * * *

   Et à quoi sert le profit dégagé ? Les défenseurs en tout genre de
   l'ordre capitaliste nous expliquent que le profit, c'est nécessaire
   parce que, suivant leur slogan d'il y a quelques années, "les profits
   d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois
   d'après-demain" ! Eh bien, c'est un mensonge !

   * * *

   Un des aspects majeurs de la crise économique dans sa phase actuelle
   est que, si les profits sont élevés, voire sans précédent, ils ne
   servent pas aux véritables investissements, c'est-à-dire à construire
   de nouvelles usines, à fabriquer de nouvelles machines, à lancer de
   nouvelles productions et, donc, à créer de nouveaux emplois.

   Ce que les financiers et les bilans comptables appellent aujourd'hui
   les investissements, c'est seulement le fait de racheter tout ou partie
   d'une autre entreprise, concurrente ou pas, avec pour objectif
   principal de racheter son marché. Cette opération ne se traduit pas par
   la création de nouvelles forces productives, mais seulement par une
   concentration financière. Elle ne se traduit pas par la création de
   nouveaux emplois, mais au contraire par des restructurations, par
   l'élimination de prétendus doublons et par des licenciements.

   La fusion récente de deux grandes entreprises en équipements de
   télécommunication, Alcatel et Lucent, en fournit l'illustration. La
   collectivité n'y a rien gagné, les usines sont les mêmes, mais plus de
   12.000 personnes à l'échelle mondiale se retrouvent sur le pavé, dont
   1.500 en France.

   En passant, je rappelle que j'ai eu, bien souvent, l'occasion de dire à
   l'intention de ceux qui prétendent que le chômage est un problème de
   formation : qu'Alcatel-Lucent comme Airbus licencient des chercheurs,
   des ingénieurs, des techniciens, c'est-à-dire des travailleurs
   hautement qualifiés, qu'aucun diplôme ne protège du chômage et que,
   pour le patronat, un ingénieur est tout autant une unité comptable
   qu'un ouvrier sur chaîne, qu'il jette à la porte, sans état d'âme,
   lorsqu'il n'en espère plus le profit escompté !

   Et j'en profite pour dire : prenons-en de la graine. Tout corporatisme,
   toute illusion que c'est en se cramponnant aux intérêts de sa catégorie
   que l'on se défend le mieux, est nuisible à nos propres intérêts. Par
   delà les catégories, par delà les barrières artificielles qu'on dresse
   entre travailleurs, c'est seulement ensemble que nous pouvons nous
   défendre !

   * * *

   Pour en revenir au contrôle sur les comptabilités, élément essentiel
   d'un programme de défense de la population travailleuse, il faut aussi
   se donner les moyens de connaître les projets à court et à long terme
   de l'entreprise. Il est, par exemple, inadmissible que sa direction
   puisse préparer un plan de licenciements un an à l'avance, voire plus,
   et que les travailleurs n'en soient avertis que lorsque le couperet
   tombe.

   Mais je ne pense pas seulement aux licenciements, je pense aussi à tous
   les projets qui contiennent des menaces pour l'environnement. Il faut
   que les associations qui militent sur ce terrain puissent participer au
   contrôle, comme il faut que le puissent également les associations de
   consommateurs.

   Sur le plan technique, tout cela ne pose aucun problème, il n'y a que
   la loi à changer. Il faut que les salariés ne soient plus assujettis au
   secret professionnel afin qu'ils puissent dire ce qu'ils savent.

   Le contrôle exige aussi qu'on puisse rendre publics, c'est-à-dire
   accessibles à tous, les revenus, les avoirs et les biens de tous les
   grands patrons, de leurs alliés, de leurs hommes de paille. Le contrôle
   est indispensable pour pouvoir imposer au patronat les mesures
   d'urgence destinées à résorber le chômage.

   Ce n'est ni exproprier, ni nationaliser les entreprises privées mais
   simplement les rendre transparentes en permanence pour la population.

   C'est seulement ainsi que les travailleurs, les consommateurs,
   c'est-à-dire la population, pourront réellement contrôler les bénéfices
   et les profits, et s'opposer aux mauvais coups de ceux qui possèdent et
   dominent l'économie. C'est seulement ainsi qu'ils peuvent juger les
   décisions politiques de ceux qui défendent mieux les intérêts du
   capital que ceux du travail.

   Ce contrôle est aussi de l'intérêt des autres classes populaires, les
   petits paysans, les petits pêcheurs, écrasés par les grandes chaînes de
   distribution et les artisans étranglés par les banques.

   * * *

   Ce sont les grandes entreprises qui ont une responsabilité majeure dans
   la gravité du chômage. À lire la liste des plans sociaux annoncés, ceux
   qui sont déjà en cours, comme chez Airbus, Alcatel-Lucent, Kodak ou
   Nestlé, ou ceux qui sont prévus, comme chez Michelin ou
   Peugeot-Citroën, on voit défiler le nom de toutes les entreprises du
   CAC 40, ou presque toutes ! Ce sont ces mêmes entreprises dont les
   dirigeants se vantent de profits exceptionnels. Et les rares sociétés
   qui ont fait moins de profits que l'année précédente en ont fait quand
   même d'importants !

   C'est le contrôle étroit, quotidien, par les travailleurs et la
   population concernée qui permettra de vérifier que les licenciements
   collectifs ne sont jamais justifiés et qui permettra de s'y opposer. Le
   contrôle des comptabilités permettra de vérifier que l'on peut
   maintenir les emplois en prenant sur les bénéfices, soit ceux de
   l'année, soit sur ceux qui ont été accumulés dans les années
   précédentes.

   Il faut les 35 heures sans dérogation. Il faut les généraliser à toutes
   les entreprises, interdire les heures supplémentaires et remplacer
   celles qui seraient nécessaires par des embauches supplémentaires.

   Il faut remplacer tous les contrats précaires par des CDI et, pour
   éviter les temps partiels imposés, ne pas autoriser qu'un salaire
   puisse être inférieur au Smic même si le temps de travail est inférieur
   à 35 heures.

   * * *

   D'abord, parce que les entreprises qui, du fait de la nature de leurs
   productions ou de leurs services, ont intérêt à délocaliser, peuvent le
   faire actuellement, et le font déjà. Mais ces délocalisations sont loin
   d'être la cause principale du chômage actuel car elles sont marginales,
   et ce ne sont pas elles qui ont créé les trois millions de chômeurs ou
   tous les emplois précaires.

   Ensuite, parce que la grande industrie, avec ses structures complexes
   intégrées dans tout un tissu industriel ici, aurait bien plus de mal à
   déménager. Comme auraient du mal à délocaliser les grandes chaînes
   commerciales tout simplement parce que le marché, parce que l'argent et
   le pouvoir d'achat, au moins des catégories aisées, sont ici, et pas
   dans les pays pauvres.

   * * *

   Auchan ou Carrefour ouvrent quelques supermarchés en Chine, mais ils ne
   déménageront pas tous leurs magasins dans ce pays, même si la
   main-d'oeuvre y coûte moins cher. Et, d'ailleurs, il n'est pas dit que
   les impôts y soient inférieurs. Et Total a beau extraire le pétrole au
   Gabon ou au Nigéria, il ne déplacera jamais en Afrique toutes ses
   pompes de distribution d'essence !

   Toutes les entreprises industrielles ont un intérêt économique majeur
   là où est leur principal marché. On ne peut pas véritablement produire
   des camions en Chine pour les vendre en Europe. Bien des marques
   japonaises d'automobiles ont racheté ou construit des usines aux
   États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en France pour éviter
   d'avoir à les transporter.

   * * *

   Mais il n'y a pas que les mesures en direction des grandes entreprises.
   L'État lui-même a supprimé, au fil du temps, des centaines de milliers
   de postes dans les services publics ou dans l'administration, emplois
   qui contribuaient à la vie quotidienne des classes populaires.

   Les augmentations sélectives de l'impôt sur les bénéfices des sociétés
   et de l'impôt sur les hauts revenus dont j'ai parlé tout à l'heure
   devraient servir à inverser le mouvement et à créer des emplois utiles
   dans les services publics.

   En réformant l'impôt, l'État peut et doit embaucher immédiatement du
   personnel dans les hôpitaux, à La Poste, dans l'Éducation nationale. Le
   personnel hospitalier travaille à la limite de ses possibilités. Les
   heures supplémentaires, en principe récupérables, ne sont jamais
   récupérées. Bien des hôpitaux ne pourraient tout simplement pas
   fonctionner s'ils n'imposaient pas au personnel des horaires de travail
   usants. Et, malgré les sacrifices imposés au personnel hospitalier, on
   ferme des salles dans les grands hôpitaux des grandes villes. On ferme
   aussi des petits hôpitaux en province ou des maternités, obligeant les
   malades ou les futures mères à faire des dizaines de kilomètres.

   Et puis, il faut aussi embaucher à La Poste. Les fermetures de bureaux
   de poste dans les villages non seulement gâchent la vie, celle en
   particulier des personnes âgées ou qui ont du mal à se déplacer, mais
   contribuent à la décomposition de toute la vie sociale. Dans les
   grandes villes, le facteur qui passait deux fois par jour, fait partie
   de lointains souvenirs. Se rendre dans un bureau de poste en ville,
   même pour une opération simple et quotidienne, devient une épreuve,
   tant les files d'attente sont longues et le personnel débordé.

   * * *

   Il faut embaucher dans les transports en commun urbains et à la SNCF.
   Il faut embaucher et former des instituteurs, des professeurs, du
   personnel technique et médical dans l'Éducation nationale.

   * * *

   Et puis, il faut embaucher dans un nouveau service public à créer, un
   office national du logement, qui prendrait en main la construction des
   logements HLM qui manquent. Car la situation du logement populaire dans
   ce pays constitue une véritable catastrophe sociale. Les chiffres sont
   aujourd'hui largement connus. Selon la Fondation Abbé-Pierre, il y a un
   million trois cent mille familles inscrites sur les listes d'attente
   des HLM, trois millions de personnes sont mal logées.

   La gravité de la crise est évidente. Il est inacceptable, il est
   scandaleux qu'au XXIème siècle, dans un des pays les plus riches de la
   planète, trois millions de personnes soient obligées de vivre dans des
   hôtels vétustes, dans des logements délabrés, dans des taudis infects,
   voire dans des caravanes, alors qu'il est possible, tout aussi bien sur
   le plan technique que sur le plan du financement, de construire le
   nombre de logements nécessaire pour résorber la crise du logement en
   trois ans !

   En 2005, les entreprises ont bénéficié de 65 milliards d'aides
   publiques directes, et depuis, cela a encore augmenté. En outre, il y a
   plus de 35 milliards par an d'aides indirectes passant par le biais de
   surfacturations de produits et de services achetés par l'État, de
   terrains viabilisés offerts aux entreprises qui daignent s'installer
   quelque part ou encore par le biais de multiples avantages par lesquels
   l'État favorise les entreprises. Cela fait au bas mot 100 milliards par
   an qui sont donnés à fonds perdus aux entreprises, c'est-à-dire à leurs
   propriétaires, sans que ce soit utile en quoi que ce soit à la
   collectivité sans que le chômage cesse d'augmenter.

   Et on continue à dépenser ainsi l'argent public, année après année,
   sous tous les gouvernements, alors que la crise du logement populaire
   est telle qu'elle devrait être une priorité nationale !

   Avec ces 100 milliards annuels, il est possible de construire un
   million de logements à 100.000 euros l'unité. Et si l'État embauche
   lui-même sans que les bétonneurs à la Bouygues prélèvent leur part de
   profit, il est probable que la construction coûte moins cher encore. En
   trois ans, le problème actuel du logement populaire pourrait être
   réglé, en ayant non seulement satisfait les besoins immédiats, mais en
   les ayant dépassés en prévision de l'avenir pour faire aussi, par
   contrecoup, baisser les loyers du privé.

   En ce qui concerne le foncier, l'État ne doit pas accepter pour ses
   projets la hausse spéculative des dernières années. Il faut
   réquisitionner à prix zéro les immeubles, les hôtels et les taudis que
   les marchands de sommeil mettent en location. Les propriétaires ont
   suffisamment gagné d'argent en louant depuis des années leurs taudis à
   des prix prohibitifs.

   Et si c'est un office public qui centralise la gestion de la
   construction, il est possible de planifier de façon à éviter les
   ghettos, et de disperser les logements populaires en en construisant
   aussi dans les centres-villes.

   * * *

   Au cours des dernières années, le niveau de vie des classes populaires
   a considérablement reculé. Et là, je ne parle pas seulement des
   chômeurs ou des précaires, dont le pouvoir d'achat s'est véritablement
   effondré.

   La baisse du pouvoir d'achat concerne même ceux qui ont conservé
   pendant tout ce temps un emploi stable, depuis le blocage des salaires,
   décidé pour la première fois par le gouvernement du socialiste Mauroy.
   Les salaires augmentent plus lentement que les prix et, surtout, les
   gouvernements successifs ont ajouté des prélèvements, comme la CSG ou
   le RDS, la hausse du forfait hospitalier, le non-remboursement ou le
   remboursement seulement partiel des médicaments ou des consultations
   médicales. Tout cela pèse sur le pouvoir d'achat.

   Il est indispensable d'augmenter tous les salaires de 300 euros net,
   rien que pour retrouver le pouvoir d'achat volé au fil des ans. Aucun
   salaire ne doit être inférieur à 1500 euros net par mois, pas plus
   qu'aucune retraite ou allocation pour handicapé. 1500 euros, c'est un
   minimum pour vivre aujourd'hui !

   * * *

   Voilà le programme absolument nécessaire pour arrêter la dégradation
   des conditions d'existence des classes populaires.

   Ce n'est bien sûr pas celui de Sarkozy, mais ce n'est pas non plus
   celui de Ségolène Royal. Et si Sarkozy peut aggraver encore les choses,
   Ségolène Royal ne pourra absolument pas les améliorer car elle laissera
   les mains entièrement libres au grand capital.

   Ce programme exige des mesures autoritaires. L'État bourgeois lui-même
   sait, en temps de guerre, prendre de telles mesures. Eh bien, la lutte
   contre le chômage, contre la misère exige une politique au moins aussi
   autoritaire car c'est une question de survie de toute la population.

   * * *

   Un gouvernement qui aurait pour préoccupation d'arrêter la dégradation
   du sort des classes populaires pourrait appliquer ce programme qui est,
   sur le fond, fort modéré. Mais il faudrait pour cela être décidé à
   affronter la bourgeoisie pour l'obliger à renoncer à une partie des
   privilèges qu'elle s'est appropriés au cours des vingt-cinq dernières
   années, au détriment des classes laborieuses.

   Et pourtant, aucun gouvernement de droite ou de gauche ne le fera
   naturellement car aucun d'entre eux ne voudrait toucher un tant soit
   peu aux intérêts et aux privilèges de la classe riche.

   Cela va de soi pour Sarkozy ou pour Bayrou, sa copie conforme sur le
   plan social. Je ne discuterai pas leur programme, ici : le simple fait,
   de la part de Sarkozy, de n'avoir rien d'autre à dire à ceux qui ont de
   plus en plus de mal à boucler les fins de mois que : "travailler plus
   pour gagner plus", alors que près de trois millions de personnes n'ont
   pas de travail du tout et qu'à peu près autant des précaires voudraient
   bien travailler plus, témoigne du cynisme de cet homme et de son mépris
   des classes populaires.

   * * *

   Sur cette question, Le Pen, de Villiers, Sarkozy, ont tous le même
   programme, et Bayrou ne se distingue que dans les formulations. Et puis
   la droite vient de passer cinq ans au pouvoir, on a pu mesurer tous les
   dégâts de sa politique pour le monde du travail.

   * * *

   Mais on a pu mesurer aussi auparavant que la gauche au gouvernement ne
   valait guère mieux.

   Le gouvernement Jospin a pris un certain nombre de mesures, comme le
   PACS ou la CMU qui représentent des avancées non négligeables mais pour
   des minorités, et des avancées qui ne coûtent rien à un patronat
   intouchable. Mais pas plus que la droite ne l'a voulu, la gauche n'a
   osé prendre des mesures qui pouvaient toucher si peu que ce soit aux
   privilèges exorbitants de la grande bourgeoisie.

   Et il suffit encore de voir la campagne de Ségolène Royal qui se garde
   bien de prendre des engagements et qui pourraient, dès maintenant,
   fâcher le patronat. Elle préfère ne pas être élue que faire ce choix.

   Même le Smic à 1500 euros, elle en parle de moins en moins. Et
   pourtant, il s'agit, pour elle, de 1500 euros bruts, c'est-à-dire 1254
   euros net seulement, et pas dès son arrivée à la présidence, mais
   seulement "dès que c'est possible" ou à la fin de la législature ! Ce
   qui veut dire que, d'ici là, un tel Smic ne représentera pas plus de
   pouvoir d'achat, et plutôt moins, que celui d'aujourd'hui.

   Et pour les autres salaires, il n'y a que cette promesse vague de
   demander à ceux qu'elle appelle les "partenaires sociaux" d'entamer des
   négociations. On sait en quoi consistent les négociations entre les
   patrons et les syndicats de salariés : les patrons disent non et les
   syndicats enregistrent. L'expression même de "partenaires sociaux" est
   un mensonge : patrons et travailleurs ne sont pas des partenaires car
   les premiers sont ceux qui détiennent le pouvoir et ils sont des
   ennemis pour les travailleurs !

   Quant au chômage, à part les emplois-tremplins, si bien nommés pour
   dire qu'ils seront des sauts dans l'inconnu, il y a sa nouvelle
   trouvaille, le CPCE (Contrat Première Chance pour l'Emploi), qui est le
   frère jumeau du Contrat Première Embauche que Villepin a essayé
   d'imposer sans succès grâce à la mobilisation de la jeunesse. Ce
   contrat déborde même le CPE sur son côté pro-patronal : on ne se
   contente plus de supprimer les charges pour les patrons, mais l'État
   paie aussi les salaires à leur place ! Quel est le petit patron qui ne
   va pas se débarrasser du plus vieux de ses salariés ou du dernier
   embauché pour engager un jeune à ce tarif-là ?

   Du côté du logement, la promesse de construire 120 000 logements par
   an, que contiennent les "cent propositions" de Ségolène Royal, ne
   permettrait à tous ceux qui sont sur les listes d'attente des HLM
   d'avoir un toit que d'ici dix ans. Et entre temps, il y en aura bien
   d'autres à s'inscrire sur les listes, sans même parler des deux autres
   millions de mal logés.

   À ce qu'il paraît, devant les sondages qui donnent Ségolène Royal de
   plus en plus en retard sur Nicolas Sarkozy, certains de ses conseillers
   lui recommandent de gauchir son langage. "Il faut concentrer nos forces
   à gauche", proclame Henri Emmanuelli, recommandant au PS de retourner
   vers son électorat naturel.

   Mais gauchir son langage, qu'est-ce que cela veut dire ? Si cela
   signifie prendre des engagements vis-à-vis des classes populaires sur
   leurs problèmes réels et urgents, Ségolène Royal ne le fera pas.

   Si Ségolène Royal est élue, elle défendra, comme tous ses prédécesseurs
   de gauche comme de droite, les intérêts du grand capital. Mais ce
   faisant, elle ne pourra résoudre aucun des problèmes des classes
   populaires. Elle ne pourra rien pour résorber le chômage. Elle ne fera
   rien pour arrêter l'effondrement du pouvoir d'achat. Elle ne fera rien
   pour régler la crise du logement populaire.

   Si elle peut difficilement faire pire que ce qu'ont fait, pendant cinq
   ans, le président et le gouvernement de droite, elle ne fera guère
   mieux, à part quelques gestes -si elle en trouve- qui ne coûtent rien
   au patronat.

   Avec elle au pouvoir, les classes populaires ne seront pas protégées
   contre l'avidité du grand capital. Avec elle à la présidence, comme
   avec n'importe qui d'autre, la classe ouvrière n'aura que ce qu'elle
   sera capable d'imposer elle-même.

   Mais il est vrai que, jusqu'à maintenant, même dans son vocabulaire et
   ses propos, Ségolène Royal a plus cherché à s'aligner sur Sarkozy qu'à
   s'en différencier. Comme Sarkozy, elle s'est élevée contre "la société
   d'assistanat". Elle s'est faite la défenseure du profit et de l'esprit
   d'entreprise. Elle s'est engouffrée dans le faux débat sur l'identité
   nationale engagé par Sarkozy. Pendant que Sarkozy, les yeux fixés sur
   l'électorat du Front national, court derrière Le Pen -à moins que ce
   soit au devant-, Ségolène Royal, elle, court derrière Sarkozy.

   Je ne sais pas si le fait de courir derrière l'électorat lepéniste sera
   payant pour les ambitions présidentielles de Sarkozy ou pas. Je suis
   certaine, en revanche, qu'à reprendre à son compte des thèmes de la
   droite, Ségolène Royal ne gagnera pas sur sa droite des électeurs
   supplémentaires. Tout cela représente un glissement à droite de
   l'ensemble. Ce qui finit par surnager dans tout ce concert, ce sont les
   idées réactionnaires formulées parfois de la pire des façons.

   Et si, contrairement à 2002, Le Pen ne sera pas présent au deuxième
   tour, ses idées réactionnaires, ses slogans rétrogrades, auront marqué
   toute la campagne électorale.

   * * *

   Je voudrais revenir sur le débat à propos des drapeaux, de La
   Marseillaise et de l'identité nationale. De la droite jusqu'à la
   gauche, PC compris, on a entendu une surenchère de discours, la droite
   affirmant qu'il ne fallait pas laisser ce terrain à l'extrême droite,
   et la gauche qu'il ne fallait pas le laisser à la droite.

   Gauche oblige, le PS comme le PC se sont justifiés en rappelant les
   origines révolutionnaires du drapeau tricolore.

   Oh oui, au moment de la bataille de Valmy en 1792, le drapeau tricolore
   était le drapeau de la révolution ! Et il est resté pendant des
   décennies le symbole de la Révolution française de 1789 aux yeux de
   bien des peuples.

   Mais, depuis que la France bourgeoise est devenue la France
   impérialiste, c'est sous ce drapeau que les troupes françaises ont
   massacré aux quatre coins du monde. c'est sous ce drapeau qu'on a
   massacré lors de la conquête de l'Algérie, de Madagascar, de
   l'Indochine, puis qu'on a assassiné ceux qui osaient remettre en cause
   la domination coloniale française. Dans tous ces pays, le drapeau
   français n'est pas le symbole de la liberté, mais, au contraire, celui
   de l'oppression et des oppresseurs.

   Et puis, en France même, c'est sous ce drapeau qu'on a massacré les
   Communards et qu'on a tiré sur bien des grévistes et des manifestants,
   il n'y a pas si longtemps encore.

   Mais, au fond, il n'y a pas à s'étonner que Ségolène Royal se
   l'approprie car son parti, le PS, a été celui qui a mené sous ce
   drapeau, pendant plusieurs années, la sale guerre d'Algérie qui a fait
   près d'un million de morts !

   Eh bien, pour notre part, nous ne reconnaissons pas ce drapeau comme le
   nôtre. C'est le drapeau des fusilleurs, et nous, nous sommes du côté
   des fusillés. Et notre drapeau n'est pas le drapeau tricolore, mais le
   drapeau rouge, le drapeau des ouvriers, le drapeau de la révolution
   depuis que c'est la classe ouvrière qui incarne l'émancipation future
   de la société !

   Et notre chant n'est pas La Marseillaise, que Ségolène Royal fait
   chanter à la fin de ses meetings, mais L'Internationale.

   * * *

   Le côté cocasse dans ce lamentable concert nationaliste, c'est qu'au
   même moment, les dirigeants politiques commémoraient le 50ème
   anniversaire du début du Marché commun et, donc, de ce qu'ils appellent
   la "construction européenne". Qu'au bout de cinquante ans, on en soit
   encore à brandir les drapeaux nationaux est bien à l'image de leur
   Union européenne, qui n'est qu'une juxtaposition de nationalismes
   anachroniques et qui n'est unifiée tant bien que mal que pour les
   affaires, pour le marché, pour les capitaux.

   Pour ma part, je réaffirme que l'avenir, ce n'est pas les repliements
   nationaux, ni dans la réalité, ni dans les têtes. L'avenir, c'est la
   suppression complète des frontières, c'est une Europe unie dont feront
   partie tous les peuples qui le désirent, sans rejeter quiconque.

   * * *

   Tout en reprenant en partie leur vocabulaire, c'est pourtant en
   brandissant conjointement le "danger Le Pen" et la nécessité de battre
   Sarkozy que le PS en appelle au vote prétendument utile, c'est-à-dire
   au vote en faveur de Ségolène Royal dès le premier tour.

   En somme, dans le langage des dirigeants du PS, vaincre la droite et
   l'extrême droite, c'est faire taire tout ce qui est sur la gauche du
   PS, l'extrême gauche bien sûr, mais même l'allié de demain, le PC.

   Eh bien non, il faut que l'opposition à la politique de Ségolène Royal
   ne vienne pas seulement de sa droite, mais aussi de sa gauche. Il faut
   surtout que se manifeste dans cette élection un courant qui n'abdique
   pas devant le camp patronal, représenté aussi bien par Sarkozy, Bayrou
   que par Royal.

   Je ne sais pas, bien sûr, si Ségolène Royal sera élue ou pas à l'issue
   du deuxième tour. Toute la presse prétend, sur la base des sondage, que
   jamais depuis 1969 les intentions de vote en faveur de la gauche,
   toutes tendances confondues, n'ont été aussi basses. Si c'est le cas,
   les dirigeants de la gauche réformiste y sont pour beaucoup, aussi bien
   par leur politique au gouvernement dans le passé que par leur
   alignement sur la droite dans la campagne présente, et, surtout, par
   leur refus de s'engager sur des objectifs susceptibles de changer la
   vie des classes populaires.

   Et puis, ne l'oublions jamais, si la droite est pour ainsi dire tout le
   temps majoritaire dans l'électorat, c'est parce qu'une partie
   importante du monde du travail, les travailleurs immigrés, sont écartés
   du droit de vote. La gauche avait pourtant promis de donner ce droit de
   vote au moins dans certaines élections, et elle en agite la promesse
   lorsqu'elle est dans l'opposition mais, au gouvernement, elle ne l'a
   jamais fait.

   Alors, bien sûr, je suis pour que le droit de vote soit accordé aux
   millions de travailleurs qui vivent et qui travaillent dans ce pays, et
   à toutes les élections. Ce sera non seulement un geste démocratique
   élémentaire, mais aussi un renforcement politique du monde du travail
   et, surtout, des plus exploités.

   Mais même si les travailleurs immigrés avaient ce droit, cela ne leur
   suffirait pas pour se défendre efficacement, pas plus que cela ne le
   suffit aux travailleurs qui ont déjà une carte d'électeur en poche.
   Car, si les élections permettent d'exprimer une opinion, elles ne
   permettent pas de changer la vie et de changer la société.

   Mon camarade qui a parlé de la grève à Citroën n'a pas dit, et je le
   comprends, combien, parmi les grévistes, ont leur carte d'identité
   française et combien ne l'ont pas, combien sont d'origine française et
   combien sont d'origine maghrébine, africaine, turque ou de l'une de
   cette quarantaine de nationalités que compte l'entreprise. Ils ont
   pourtant, pendant plus d'un mois, attiré la sympathie de l'opinion
   publique ouvrière, contribué à populariser des revendications qui
   correspondent aux besoins de l'ensemble des travailleurs. Eh bien, ce
   n'était pas avec des bulletins de vote, mais par leur grève !

   Et, demain, dans les luttes que les travailleurs seront obligés de
   mener pour imposer les objectifs susceptibles de changer réellement
   leur situation, il n'y aura pas de différence entre ceux qui ont une
   carte d'électeur et ceux qui n'en ont pas. Quelle que soit nos
   origines, on constitue une seule et même classe ouvrière dont le
   patronat est le seul adversaire, et ensemble dans la lutte, nous aurons
   le poids pour imposer une politique qui tiendra compte de nos intérêts
   !

   Depuis que la société capitaliste existe, avec ses injustices, ses
   oppressions, il y a toujours eu un courant pour se battre contre tout
   cela, avec pour perspective l'émancipation sociale de la classe
   ouvrière.

   Car c'est tout le fonctionnement de l'économie qu'il faut changer
   radicalement. Cette économie où on produit en fonction du profit est
   une économie folle, une économie où c'est le marché aveugle et stupide
   qui commande et pas la conscience des hommes. Une économie qui
   reproduit sans cesse l'inégalité sociale en creusant en même temps
   l'écart entre un petit nombre de pays industriels et le reste du monde,
   condamné à la pauvreté.

   Alors, oui, notre conviction est que l'avenir appartient à une
   organisation sociale différente de celle d'aujourd'hui, sans
   exploiteurs, sans exploités et sans exploitation, où la production et
   la répartition seraient organisées non pas en fonction des espoirs de
   profits de quelques-uns mais en fonction de la satisfaction des besoins
   de tous.

   * * *

   Mais aujourd'hui, il ne s'agit que d'une élection, qui n'a pas le
   pouvoir ou la possibilité de changer les structures de la société. Il
   ne s'agit pas d'agir, mais d'exprimer une opinion. Il ne s'agit pas de
   se prononcer sur l'avenir de la société, mais sur l'urgence immédiate,
   sur un programme de survie du monde du travail.

   C'est sur ce programme que je demande aux électeurs de se prononcer en
   votant pour ma candidature.

   Je sais bien qu'une grande partie de l'électorat populaire attend de
   cette présidentielle que Sarkozy soit écarté de la présidence. Ce
   souhait, je le comprends.

   Mais, au premier tour, ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

   En votant pour ma candidature, vous voterez, bien sûr, contre Sarkozy
   et tout ce qu'il représente de soumission au grand patronat, de cynisme
   vis-à-vis des classes populaires.

   Vous voterez aussi, bien sûr, contre Le Pen et son ombre, de Villiers.
   Il faut que, face à l'électorat qui s'exprime sur le nom de ce
   millionnaire réactionnaire, xénophobe et anti-ouvrier, s'affirme un
   électorat qui défende fièrement les intérêts politiques et les valeurs
   de la classe ouvrière.

   * * *

   Mais vous voterez aussi contre la politique que défend Ségolène Royal
   et qu'elle essaie de faire passer pour la seule politique opposable à
   la droite, alors qu'elle lui ressemble de plus en plus.

   Au premier tour, il faut avertir Ségolène Royal que, si elle est élue,
   elle n'a pas un chèque en blanc et que les travailleurs, les classes
   populaires, ne la laisseraient pas mener la politique de la droite sans
   réagir.

   En votant pour ma candidature, vous voterez pour que, face au camp
   patronal représenté aussi bien par les principaux candidats de la
   droite que par la candidate de la gauche, s'affirme le camp des
   travailleurs !

   En votant pour ma candidature, vous voterez pour que les objectifs que
   j'ai développés deviennent ceux des luttes à venir de tous les
   travailleurs.

   Camarades et amis, il nous reste une semaine de campagne, je sais que
   je peux compter sur vous pour la mener avec moi !

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