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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Metz (17/04/2007)

   À quelques jours de la fin de cette campagne pendant laquelle on a tant
   parlé de la France, j'ai voulu venir ici, en Lorraine, sur cette terre
   usée par l'histoire qui a donné à la France tant de grands Français, où
   l'on a tant aimé la France, où l'on s'est tant battu pour elle, où l'on
   a tant voulu être Français.

   La Lorraine c'est cette terre deux fois sacrée parce qu'elle a été
   sanctifiée par le sang que ses enfants ont versé pour la France et par
   celui que des millions de Français ont versé pour sa libération. La
   Lorraine c'est cette terre sainte où c'est la même chose de prier Dieu
   ou de prier la France.

   "Notre Père qui êtes au Royaume des Cieux, de combien de temps il s'en
   faut que votre règne arrive au Royaume de France" disait la Jeanne
   d'Arc de Péguy, la petite Lorraine qui s'est mise en tête un jour de
   libérer la France.

   Et sur la colline inspirée de Sion, Barrès priait d'un même élan du
   coeur la Vierge, la Lorraine et la France et écrivait pour la jeunesse
   française le roman de l'énergie nationale.

   Pour moi la Lorraine qui fut le champ clos de l'éternel combat des
   Francs et des germains, c'est cette terre sacrée où la France s'appelle
   Jeanne d'Arc et où elle est une religion.

   Pour moi la Lorraine c'est ce peuple qui lorsqu'il a dû choisir après
   dix siècles entre la France et l'Allemagne, a choisi la France.

   Pour moi la Lorraine c'est Thionville, c'est Toul, c'est Domrémy, c'est
   Epinal, c'est Saint-Dié, c'est Bar-le-Duc.

   La Lorraine, c'est La Lorraine, c'est Nancy qui sauve la France en
   résistant héroïquement à Charles le Téméraire.

   La Lorraine c'est Metz qui défie Charles Quint. C'est Metz dont le
   visage comme celui de Strasbourg reste couvert d'un voile noir pendant
   cinquante ans parce que la France ne voulait pas faire son deuil de
   l'Alsace et de la Lorraine.

   Metz trahie par Bazaine. Metz deux fois arrachée à la France et deux
   fois reconquise. Metz qui accueille et qui protège Rabelais comme
   Lunéville accueille et protège Voltaire.

   La Lorraine c'est la terre d'asile qui pendant des siècles a accueilli
   tous les proscrits.

   Pour moi la Lorraine c'est l'Abbé Grégoire qui fit abolir l'esclavage.
   C'est Jules Ferry ce grand Républicain

   C'est Lyautey, ce grand soldat qui fut aussi un homme de coeur qui fit
   aimer la France partout où il la servit.

   C'est Poincaré, digne représentant de l'esprit lorrain qui fut grand
   dans la guerre comme dans la paix.

   Pour moi la Lorraine c'est Robert Schuman, cet homme de la frontière
   comme il se définissait lui-même. Cet Européen qui avait trois patries
   et qui choisit d'être Français, qui vivait depuis l'enfance
   l'antagonisme franco-allemand comme une déchirure de tout son être et
   qui mit dans le combat européen toute sa raison, tout son coeur, toute
   sa foi. Et sa foi souleva les montagnes.

   Pour moi la Lorraine c'est un peuple qui a traversé d'innombrables
   épreuves et qui s'est toujours relevé.

   La Lorraine c'est l'armée des chevaliers croisés qui partit avec
   Godefroy de Bouillon à la conquête du Royaume de Jérusalem.

   La Lorraine c'est les soldats de l'An II, ceux du bataillon de la
   Moselle qui traversèrent l'Europe avec leurs sabots en chantant leur
   délivrance et les volontaires des Vosges qui se couvrirent de gloire
   dans toutes les guerres de la Révolution et de l'Empire.

   Pour moi la Lorraine c'est la croix de Lorraine que les Français libres
   ont cousue sur leurs drapeaux et sur leurs uniformes, et dont ils ont
   fait pour tous les hommes l'emblème de la Résistance et de la liberté.

   Pour moi la Lorraine c'est cette terre où la France a livré tant de
   batailles, où tant de Français sont morts pour elle, c'est l'Argonne,
   et c'est Verdun.

   Je suis retourné à Verdun, il y a quelques semaines sur ce champ de
   bataille où se déroula le plus long, le plus meurtrier, le plus atroce
   combat de toutes les guerres.

   Où les corps déchiquetés n'avaient plus de visage et n'avaient plus de
   nom. Où les hommes étaient enterrés vivants. Où les soldats se noyaient
   dans la boue des tranchées. Où relève après relève, presque toute la
   jeunesse de France et d'Allemagne monta en ligne en piétinant les
   morts.

   Dans ce lieu où le silence se fait d'autant plus pesant qu'il fut un
   jour rempli de la fureur et du fracas des armes, on a l'impression
   d'entendre, sortant de la terre où furent versés tant de larmes et de
   sang, ce cri qui fut celui de tous les survivants de cet enfer : "plus
   jamais ça !"

   Plus jamais un tel carnage !

   Plus jamais deux peuples parmi les plus civilisés du monde, deux
   peuples européens dressés l'un contre l'autre, cherchant à se détruire
   jusqu'à l'extrême limite de leurs forces !

   Mais à Verdun, déjà, au fond des tranchées, se nouait le drame futur.

   Implacablement, chaque guerre appelait la suivante, le meurtre appelait
   le meurtre, la vengeance appelait la vengeance.

   La Lorraine dévastée par la guerre de Trente Ans qui coûta à l'Europe
   20 ou 30 millions de morts, ravagée par deux guerres mondiales qui
   faillirent anéantir l'Europe. En un temps où une guerre de plus venait
   de s'achever, où l'Europe découvrait, effarée, qu'elle avait pu
   engendrer l'horreur des camps, où un autre totalitarisme étendait son
   emprise sur la moitié du continent, où la troisième guerre mondiale
   paraissait inévitable, des hommes de bonne volonté décidèrent que le
   moment était venu de rompre avec le cycle de la vengeance et de montrer
   au monde qu'un idéal de paix et de fraternité pouvait être plus fort
   que la soif de revanche et le souvenir du malheur. "Il ne faut pas que
   ce malheur se répète" déclara Churchill en 1946, et il ajouta : "nous
   n'avons pas beaucoup de temps". Cet homme qui fut si grand dans la
   guerre fut le premier à proclamer la nécessité de l'Europe parce qu'il
   ne voyait de vraie grandeur que dans la paix.

   La Lorraine sait mieux que n'importe quelle autre province française la
   nécessité de l'Europe pour surmonter les haines qui l'entraînaient vers
   l'abîme. Elle a compris depuis longtemps que l'on ne pouvait pas aimer
   la France sans aimer l'Europe.

   Ici on ne confond pas le sentiment national qui est l'amour de son pays
   et le nationalisme qui est la haine des autres.

   Ici on ne confond pas la volonté de défendre l'identité nationale avec
   le mépris des autres cultures.

   Je suis venu en Lorraine ce soir parce que je sais qu'ici l'on me
   comprend quand je parle de la France,

   Quand je parle de la patrie,

   Quand je parle de l'identité.

   Ici on croit à l'ouverture, à l'échange, au dialogue, ici on a toujours
   mélangé les peuples et les cultures mais on ne veut pas perdre son
   identité, on ne veut pas être dépossédé de sa culture, de sa langue, on
   ne veut pas être obligé de renoncer à ses traditions, à son mode de
   vie, à ses valeurs.

   Ici on ne veut pas renoncer à deux mille ans d'héritage de civilisation
   chrétienne que la morale laïque a intégré.

   On ne veut pas renoncer à la séparation du spirituel et du temporel, on
   ne veut pas renoncer à la laïcité qui n'est pas le mépris de toutes les
   religions mais le respect de toutes les croyances.

   On ne veut pas du voile à l'école.

   On ne veut pas de l'excision, de la polygamie, de la loi des grands
   frères, des mariages forcés.

   On veut que la femme soit l'égale de l'homme. On veut que la femme soit
   libre de s'habiller comme elle l'entend. On veut qu'elle puisse se
   promener en jupe, qu'elle puisse aimer qui elle veut, qu'elle puisse
   vivre comme elle le souhaite.

   Ici où l'on est attaché plus que partout ailleurs au dialogue des
   cultures et des civilisations et au respect de l'autre, ici où les
   valeurs de liberté, de tolérance et d'humanisme ont une si grande
   importance, on comprend que l'immigration doit être maîtrisée, que la
   France n'a pas les moyens d'accueillir dignement toute la misère du
   monde, que l'immigration clandestine doit être découragée.

   Ici l'on est si attaché à l'identité nationale que des générations de
   Lorrains ont contribué à forger avec leur sang, leurs larmes et leur
   peine que l'on comprend bien qu'il soit absolument nécessaire de lier
   l'intégration à l'identité nationale. Et que cela n'a rien à voir avec
   le nationalisme ni avec l'extrême droite.

   Ici l'on n'a rien bâti sur l'oubli du passé, sur le reniement des
   identités de chacun, sur l'effacement des destinées individuelles. Mais
   on sait qu'une nation c'est une identité partagée, c'est un destin
   collectif, c'est une culture commune.

   Ici on sait que la France n'est pas immuable, que chacun lui apporte
   quelque chose de nouveau qui contribue à la changer.

   Mais ici on partage une histoire de France, qui ne commence pas avec
   l'immigré, qui a commencé bien avant lui. Il y a une longue histoire
   qui a forgé une identité, qui a forgé une personnalité de la France,
   qui a forgé des valeurs qui sont pour nous des valeurs universelles et
   éternelles et qui ne sont pas négociables.

   Ici on respecte les autres, on respecte les identités, les histoires,
   les cultures, les croyances et l'on ne demande au fond qu'une chose à
   ceux qui veulent devenir Français, mais c'est une chose importante. On
   leur demande seulement d'aimer la France, de la respecter, de partager
   son héritage. Parce qu'être Français ce n'est pas appartenir à une race
   ou à une ethnie, ce n'est pas appartenir à une Église, ce n'est pas non
   plus qu'un statut juridique.

   être Français c'est faire sien l'idéal de la France.

   Ici l'on est fier d'être Français et l'on sait que la fierté d'être
   Français c'est ce que l'on a de plus précieux à offrir à ceux qui
   veulent devenir Français.

   Fils et petit-fils d'immigrés, je suis fier d'être Français et j'aime
   la France qui m'a tout donné. Je veux lui donner à mon tour. Parce que
   l'on ne peut pas tout demander, tout recevoir et ne jamais rien donner.

   On ne peut pas construire une nation en disant à chacun que tout lui
   est dû et qu'il ne doit rien.

   Pour moi, comme pour vous, la citoyenneté ce n'est pas que des droits,
   c'est aussi des devoirs. Voilà ce que je veux rappeler.

   Voilà pourquoi, à ceux qui n'aiment pas la France, qui ne la respectent
   pas, qui ne respectent pas ses valeurs, qui ne respectent pas ses lois,
   qui ont le sentiment qu'ils ne lui doivent rien, qui ne se
   reconnaissent à son égard aucune dette, aucun devoir, à ceux-là je veux
   leur dire qu'ils ne sont pas obligés de rester, qu'ils peuvent s'en
   aller chercher des pays plus libres, plus accueillants, plus généreux,
   plus tolérants s'ils en trouvent.

   Ici on comprend bien qu'il ne peut pas y avoir de nation si on n'a pas
   d'histoire commune, si l'on n'a pas en partage une langue, des valeurs.
   Ici on comprend qu'à force de dénigrer la nation on finit par ne plus
   pouvoir se comprendre, par ne plus pouvoir se parler, et un jour par ne
   plus pouvoir se supporter.

   Ici, on n'aime pas la repentance, cette mode exécrable qui veut faire
   expier aux fils les fautes supposées de leurs pères. Ici on n'aime pas
   la repentance qui est un dénigrement systématique de la France et de
   son histoire.

   Je déteste cette repentance qui est une forme de la détestation de soi
   parce que l'on n'a qu'un pays. Le détester c'est se détester soi-même.

   Je déteste cette repentance qui est une falsification de l'histoire de
   France.

   Car la France n'a pas à avoir honte de son histoire.

   La France ce n'est pas une page blanche. C'est un pays qui s'est forgé
   au cours des siècles une identité, une personnalité qu'il faut
   respecter, qu'on ne peut pas effacer, qu'on ne peut pas ignorer, qui
   est une part de l'identité de chacun, qui est faite de mille apports,
   de commémorations, de leçons d'instituteurs, de réminiscences qui se
   transmettent de génération en génération, de souvenirs d'enfance, de
   vieilles histoires de grands-pères qui ont fait la guerre et qui
   racontent à leur tour à leurs petits-enfants ce que leurs grands-pères
   leur ont raconté jadis.

   La France c'est un pays qui dissimule dans les replis de son
   inconscient collectif mille blessures secrètes et autant de fiertés
   inavouées.

   C'est une trame mystérieuse de mémoires individuelles et collectives
   qui rattache chacun d'entre nous, chacun de ceux qui se sentent
   Français, d'où qu'ils viennent, à tout le passé de la nation.

   Cette histoire est comme toutes les histoires, elle a ses heures
   sombres et ses heures éclatantes, elle a ses moments de honte et ses
   moments de gloire, elle a ses grandeurs et ses bassesses. Sans doute
   a-t-il fallu bien des crimes, des drames, des tragédies pour que du
   chaos des peuples émergeât la France.

   Mais au bout du compte nous avons tout lieu d'être fiers de notre pays,
   de son histoire, de ce qu'il a incarné, de ce qu'il incarne encore aux
   yeux du monde.

   Car la France n'a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n'a
   jamais exterminé un peuple. Elle n'a pas inventé la solution finale,
   elle n'a pas commis de crime contre l'humanité, ni de génocide. Elle a
   commis des fautes qui doivent être réparées, et je pense d'abord aux
   harkis et à tous ceux qui se sont battus pour la France et vis-à-vis
   desquels la France a une dette d'honneur qu'elle n'a pas réglée, je
   pense aux rapatriés qui n'ont eu le choix au moment de la
   décolonisation qu'entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes
   innocentes de toutes les persécutions dont elle doit honorer la
   mémoire.

   Mais la mode de la repentance est une mode exécrable.

   Je n'accepte pas que l'on demande aux fils d'expier les fautes des
   pères.

   Je n'accepte pas que l'on juge toujours le passé avec les préjugés du
   présent.

   Je n'accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit
   l'histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation.

   Je n'accepte pas ce dénigrement systématique de la nation qui est la
   forme ultime de la détestation de soi.

   Car pour un français, haïr la France c'est se haïr lui-même.

   Je n'accepte pas que l'on veuille vivre en France en professant la
   haine de la France.

   Je veux que le racisme et l'antisémitisme soient poursuivis et
   condamnés avec la plus grande sévérité. Mais je ne veux pas que l'on
   dise que tous les Français sont racistes ou antisémites, parce que
   c'est faux. Je ne veux pas que l'on dise que la France est le pays le
   plus raciste et le plus antisémite au monde, parce que ce n'est pas
   vrai, parce que la France c'est exactement le contraire, c'est le pays
   des droits de l'homme, c'est le pays de la République, qui s'est
   toujours battu depuis deux cents ans pour la liberté, l'égalité et la
   fraternité de tous les hommes.

   Non, tous les Français dans les colonies n'étaient pas des monstres et
   des exploiteurs.

   Non, tous les Français ne furent pas pétainistes.

   Non, tous les Français ne furent pas antidreyfusards.

   Non, tous les Français ne sont pas racistes.

   Et la vérité c'est qu'il y a peu de pays dans le monde qui auraient été
   capables de se diviser et de se déchirer pour le sort d'un capitaine
   juif. La vérité c'est qu'il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde
   qui aient tant fourni d'armes à l'esprit humain pour lutter contre la
   tentation du racisme.

   La vérité c'est qu'il n'y a pas eu beaucoup de puissances coloniales
   dans le monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le
   développement et si peu pour l'exploitation. On peut condamner le
   principe du système colonial et avoir l'honnêteté de reconnaître cela.

   On doit condamner la collaboration et Vichy mais on doit reconnaître
   que beaucoup de Français ont aidé des Juifs à échapper à la Gestapo.

   On doit condamner les Français qui ont dénoncé des Juifs, qui ont servi
   d'auxiliaires à la machine de mort nazie mais on ne doit pas oublier
   toutes ces familles qui au péril de leur vie ont caché des enfants
   juifs parmi leurs propres enfants.

   On doit condamner les miliciens qui se faisaient les complices des
   persécuteurs mais ne pas oublier les résistants qui ont fait le
   sacrifice de leur vie, A force de demander à la France d'expier son
   passé,

   À force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la
   Terre,

   À force de nourrir la honte d'être Français au lieu de chercher les
   raisons d'en être fier.

   À force c'est notre capacité à vivre ensemble qui s'abîme, c'est notre
   participation à un destin commun qui est remise en question.

   En abîmant la fierté d'être Français, en ressassant indéfiniment de
   vieilles haines qui appartiennent au passé, en voulant faire expier aux
   fils les fautes des pères, en cherchant dans l'histoire la cause de
   tous ses échecs on occulte les vraies causes qui sont dans le présent
   et dans chacun de nous. Et l'on dessert la cause que l'on prétend
   servir. Car dresser les Français les uns contre les autres, attiser les
   rancoeurs et la haine de soi, c'est prendre le risque d'affaiblir la
   solidarité nationale et c'est desservir la cause de l'intégration que
   l'on prétend servir. Parce que l'on cherche rarement à s'intégrer à ce
   que l'on a appris à détester.

   Je veux en finir avec la repentance qui fait obstacle à l'intégration
   parce que l'on a rarement envie de s'intégrer à ce que l'on a appris à
   détester.

   Je veux en finir avec la repentance qui en poussant à la détestation de
   soi mène à la détestation des autres.

   Je veux en finir avec le dénigrement de la France, parce que la France
   c'est ce qui nous permet d'accepter nos différences. C'est ce qui nous
   rassemble par-delà tout ce qui nous sépare.

   Affaiblir le sentiment national c'est laisser le champ libre au
   communautarisme. Je ne veux pas du communautarisme. Je veux
   l'intégration qui permet de tisser du lien social, de la solidarité, de
   la compréhension et du respect.

   Le communautarisme c'est enfermer chacun dans ses origines et ses
   croyances.

   Le communautarisme c'est prendre le risque que ce qui nous sépare
   devienne plus important que ce qui nous unit.

   Le communautarisme c'est la porte ouverte à l'exclusion, à
   l'intolérance, à la violence et aux tribus.

   Le communautarisme c'est la condamnation de l'universalisme des
   Lumières. C'est la fin de notre conception universaliste de l'Homme.

   Le communautarisme c'est la fin de l'idée que nous nous faisons de la
   République.

   Mais le communautarisme ce n'est pas le fruit d'une fatalité. C'est le
   fruit d'un renoncement politique.

   Je n'accepte pas ce renoncement.

   Je veux lutter contre cette dérive.

   Je veux que les mêmes lois s'appliquent à tout le monde, dans tous les
   quartiers, pour toutes les religions.

   Je veux que les principes et les valeurs de la République soient
   respectés par tout le monde, dans tous les quartiers, par toutes les
   religions.

   Je veux les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tout le monde sans
   distinction d'origine, de couleur ou de religion.

   Mais le communautarisme cela se combat d'abord par l'école.

   Je veux rendre aux Français l'école de la République.

   Je veux rendre aux Français l'école de l'excellence et du respect.

   Je veux rendre aux Français l'école de l'exigence intellectuelle et de
   l'exigence morale.

   Je veux rendre aux Français l'école qui tire vers le haut.

   Je veux rendre aux Français l'école de la transmission du savoir et de
   la culture.

   Je veux rendre aux Français l'école qui permet à tous les enfants
   d'avoir accès aux plus grandes oeuvres de l'esprit humain.

   Je veux rendre aux Français l'école qui apprend aux enfants à devenir
   adultes et non à rester de grands enfants.

   Je veux en finir avec l'héritage de mai 68 quia installé l'idée que
   tout se vaut, détruit l'autorité du maître, abandonné la transmission
   du savoir et de la culture, fait prévaloir l'égalitarisme et le
   nivellement par le bas, et dévalorisé les diplômes qui ne valent plus
   rien quand on abaisse le niveau pour les donner à tout le monde.

   Je veux rendre aux Français l'école de Jules Ferry.

   Nous ne referons pas à l'orée du XXIe siècle l'école de la IIIe
   République parce que le monde n'est pas le même, parce que la société
   n'est plus la même, parce que les élèves ne sont plus les mêmes.

   Mais nous pouvons reconstruire l'école sur les mêmes principes, sur les
   mêmes valeurs qui sont toujours valables.

   Ici en Lorraine, on sait ce que c'est l'école de Jules Ferry. On
   comprend les principes, on comprend la morale de cette école de la
   République qui respectait les parents, les professeurs et les élèves.
   Ce sont les principes, c'est la morale que la vieille Lorraine la
   Lorraine éternelle qui vient du fond des âges a enseignée à Jules
   Ferry.

   C'était une école qui forgeait une culture partagée et une morale
   commune.

   C'était une école qui voulait parler à l'intelligence et au sentiment.
   C'était une école qui voulait éveiller les consciences.

   C'était une école qui voulait instruire et qui voulait élever chacun le
   plus haut possible.

   Aux enfants, elle voulait leur donner ce qu'il y avait de meilleur.

   Certains d'entre vous connaissent sans doute la magnifique lettre de
   Jules Ferry aux instituteurs sur l'enseignement de la morale, écrite en
   un temps où les circulaires bureaucratiques qui étouffent notre vie
   administrative n'existaient pas encore :

   "Monsieur l'instituteur,

   Vous êtes l'auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant
   comme vous voudriez qu'on parlât au vôtre.

   Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il
   faut surtout que leur caractère s'en ressente : c'est surtout hors de
   l'école qu'on pourra juger de ce qu'a valu votre enseignement.

   Vous avez flétri l'égoïsme et fait l'éloge du dévouement : ont-ils, le
   moment d'après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu'à
   eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous
   découragent pas ! Ce n'est pas l'oeuvre d'un jour de former une âme
   libre."

   Voilà ce qu'était l'école de jules Ferry.

   C'était une école qui récompensait le travail et donnait à chacun le
   moyen d'aller aussi haut que ses talents le lui permettaient, quelle
   que fût son origine sociale.

   Les enfants n'ont pas seulement besoin d'enseignants, ils ont aussi
   besoin d'éducateurs. Ils ont besoin que les professeurs, et les parents
   soient aussi des éducateurs.

   Mais pour être de bons éducateurs nous devons donner l'exemple.

   Nous n'avons aucune chance d'inculquer le courage à nos enfants si nous
   manquons nous-mêmes de courage. Un jour j'ai utilisé le mot "racaille"
   en réponse à l'interpellation d'une habitante d'Argenteuil qui
   désignait ainsi ceux qui rendaient la vie impossible dans son quartier
   et qui l'obligeaient à vivre dans la peur. On me l'a reproché. C'est
   mépriser la jeunesse que de lui parler par euphémismes sous prétexte
   qu'elle ne serait pas capable de regarder la réalité en face. Quels
   éducateurs serons-nous si les voyous ne peuvent même pas être appelés
   des voyous ? Et si nous laissons croire à nos enfants que tout est
   permis ?

   Quels éducateurs serons-nous pour nos enfants si nous nous laissons
   aller à toutes ces petites lâchetés qui peu à peu ruinent l'autorité ?

   On m'a reproché de vouloir sévir contre les délinquants.

   Mais quels éducateurs serons-nous si nous devenons incapables de punir
   les délinquants ?

   Quels éducateurs serons-nous si nous cherchons toujours à excuser le
   crime ou le délit ?

   Quels éducateurs serons-nous si nous fermons les yeux sur toutes les
   fraudes ?

   Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les
   fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents
   assument leurs responsabilités pour que les jeunes comprennent la
   nécessité d'assumer les leurs.

   On me dit qu'il ne faut pas créer de tension, qu'il ne faut pas donner
   de prétexte aux casseurs, qu'il faut à tout prix éviter de créer les
   conditions de l'affrontement.

   Veut-on pour cela que la police se dérobe ? Qu'elle ferme les yeux ?
   Qu'elle laisse les voyous libres d'agir ? Qu'elle n'interpelle pas les
   fraudeurs ?

   Comment allons-nous élever nos enfants ? Quelle éducation allons-nous
   leur donner ? Quelles valeurs allons-nous leur transmettre si nous
   acceptons l'idée que toute présence policière est une provocation ?

   Si nous interdisons aux policiers de poursuivre des délinquants de peur
   qu'il leur arrive un accident ?

   Si le fait d'être mineur excuse tout ?

   Si nous laissons le petit voyou devenir un héros dans son quartier
   faute de sanction susceptible de faire réfléchir ceux qui seraient
   tentés de l'imiter ?

   Si l'on tolère les petits trafics grâce auxquels l'adolescent gagne
   davantage que son père qui travaille à l'usine ?

   Si l'argent de la délinquance, du vol, des trafics et des combines
   devient plus facile que l'argent du travail ?

   Ne rien faire parce que l'on veut avoir la paix, pratiquer une forme
   d'angélisme où l'on se voile la face pour ne pas voir ce qui se passe,
   interdire aux policiers d'intervenir pour éviter tout incident serait
   totalement irresponsable.

   On me reproche d'exciter la colère. La colère de qui ? La colère des
   voyous ? Des trafiquants ? Mais je ne cherche pas à être l'ami des
   voyous. Je ne cherche pas à être populaire parmi les trafiquants et les
   fraudeurs.

   Je ne cherche pas à être bien vu des casseurs.

   Je n'aspire pas à me faire acclamer par ceux qui empoisonnent la vie
   des gens.

   Et je dis qu'un Président de la République qui ne veut pas regarder en
   face le problème de l'insécurité, qui ne veut pas regarder en face le
   problème de la violence et dont la seule préoccupation est de ne pas
   faire de vague, je dis que celui-là est un démagogue et un
   irresponsable parce que le rôle d'un Président de la république c'est
   d'abord de veiller à l'application de la loi et de protéger les
   honnêtes gens.

   Si je suis élu Président de la République je ferai du rétablissement de
   l'autorité l'une des priorité ma politique. Sans l'autorité il n'y a
   pas de vie en société possible. Beaucoup d'entre vous se désespèrent de
   voir partout l'autorité dénigrée, de voir l'autorité non plus
   simplement contestée mais niée, niée par ceux-là même qui devraient la
   faire respecter, par ceux-là même qui devraient la défendre. Je ferai
   pour mettre un terme à cette dérive.

   L'autorité ? C'est devenu presque un gros mot.

   Un mot qui vous fait immédiatement accusé d'être partisan de l'État
   policier. Mai 68 est passé par là.

   À bas l'autorité ! C'était cela le programme de mai 68.

   À bas l'autorité ! Cela voulait dire :

   La politesse, c'est fini !

   L'obéissance de l'enfant à ses parents, c'est fini !

   La supériorité du maître sur l'élève, c'est fini !

   La soumission à la loi, c'est fini !

   Le respect de l'État et de ceux qui le représentent, c'est fini !

   L'amour de la patrie, la fidélité à la France, à son drapeau, la
   gratitude vis-à-vis de ceux qui ses sont battus pour elle, c'est fini !

   La morale, c'est fini !

   Le délinquant vaut la victime.

   Le non travail vaut autant que le travail.

   On voit où cela nous a menés.

   Quand tout se vaut, plus rien ne vaut rien.

   Quand il n'y a plus d'interdit, quand il n'y a plus de tabou, quand il
   n'y a plus de hiérarchie des valeurs, quand il n'y a plus de limite,
   quand il n'y a plus rien de sacré, alors il n'y a plus de liberté.

   Parce que personne n'est libre quand personne ne sait plus ce qu'il
   peut raisonnablement attendre des autres.

   Parce que lorsque tout est permis, plus rien ne l'est.

   Parce que lorsqu'il n'y a plus de règle, plus de loi commune, plus de
   norme, plus de valeur partagée, il n'y a plus rien pour endiguer le mal
   qui est dans l'homme, pour canaliser la violence, les instincts, les
   pulsions.

   En niant toutes les formes d'autorité, En récusant toutes les
   manifestations de l'autorité. On a réinstallé la barbarie dans la
   société. On croyait émanciper, on a aliéné. On croyait libérer, on a
   démoralisé.

   Le mot autorité ne me fait pas peur, le mot morale non plus.

   L'autorité ce n'est pas l'autoritarisme.

   L'autorité ce n'est pas l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance
   consentie.

   L'autorité ce n'est pas la crainte. C'est le respect.

   L'autorité ce n'est pas la force, c'est la légitimité.

   Quand l'autorité est défaillante, ce sont les plus humbles, les plus
   vulnérables, ceux qui n'ont pas les moyens de se protéger qui en
   pâtissent le plus.

   L'autorité, c'est quand le maître est respecté, c'est quand la loi est
   la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé.

   C'est quand le dialogue prévaut sur la violence, c'est quand personne
   n'est obligé de descendre dans la rue pour faire valoir son point de
   vue, c'est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les
   grévistes, c'est quand chacun peut circuler sans craindre de se faire
   agresser. L'autorité, c'est ce qui permet de faire prévaloir
   l'honnêteté, et le civisme.

   Pour moi un Président de la République ça doit incarner les valeurs
   civiques et les faire respecter. Le civisme on l'enseignait jadis dans
   les écoles. Ce sont nos obligations envers la société, c'est ce qui
   fait que chacun d'entre nous mérite le titre de citoyen. Je sais qu'en
   Lorraine on comprend de quoi je parle quand je parle du civisme.

   Je veux le dire : on n'encourage pas le civisme si l'on tolère la
   fraude, si l'on est indulgent avec les fraudeurs, si la fraude n'est
   jamais punie. Pourquoi alors l'honnête citoyen qui paie ce qu'il a à
   payer continuerait-il à le faire ? Comment le chef d'entreprise qui
   paie ses charges pourrait-il longtemps lutter contre la concurrence
   déloyale ?

   Le problème de la fraude, c'est une question de morale. Car ce que l'on
   ne paie pas, ce sont les autres qui le paient.

   Quand quelqu'un ne paie pas son ticket de métro, ce sont les autres
   usagers qui le paient.

   Quand quelqu'un fraude la sécurité sociale, ce sont les autres assurés
   sociaux qui paient pour lui.

   Quand quelqu'un fraude le fisc, ce sont les autres contribuables qui
   paient l'impôt à sa place.

   La fraude c'est un impôt forcé que les plus pauvres paient à la place
   des fraudeurs.

   J'ai été scandalisé que certains, dans les médias, parmi les
   intellectuels et parmi la classe politique aient pu laisser entendre
   que la responsabilité des récentes émeutes de la gare du Nord était
   imputable à la police au prétexte qu'elle avait osé interpeller un
   fraudeur qui n'avait pas payé son ticket de métro.

   Cette attitude est désastreuse pour l'esprit civique.

   Je veux être le président qui mettra tout en oeuvre pour combattre la
   fraude et punir les fraudeurs quels qu'ils soient.

   Parce que je veux que la France qui travaille soit respectée.

   Parce que je veux que nous donnions à la jeunesse l'envie de travailler
   plutôt que la tentation de frauder.

   Parce que je veux que la solidarité profite à ceux qui en ont vraiment
   besoin.

   Le civisme c'est le respect dû aux représentants de l'État. Je
   n'accepte pas que les représentants de l'État soient insultés, menacés,
   agressés. Je veux que cette violence dont ils sont trop souvent les
   victimes fasse l'objet d'une tolérance zéro parce qu'il s'agit de leur
   dignité et parce qu'il s'agit de la dignité de l'État, parce qu'à
   travers eux c'est à l'autorité de l'État que l'on porte atteinte, c'est
   la République que l'on offense. Je veux revenir sur le drame qui a lieu
   il y a quelques jours à la foire du Trône et qui a coûté la vie à un
   jeune policier de 31 ans. La justice dira qui est responsable. Mais
   cette violence qui est partout n'est plus tolérable. Cette violence qui
   fait de plus en plus de victimes. Cette violence qui aboutit à la mort
   d'un jeune homme de 31 ans qui avait voué sa vie au service des autres,
   je ne peux pas l'accepter, je ne veux pas l'accepter.

   La violence gratuite n'appelle que de la sévérité. Mais je veux le dire
   aussi, je ne la confonds pas avec la violence qui peut naître du
   sentiment d'injustice à laquelle il nous faut répondre par plus de
   justice.

   Nous devons apporter une réponse à tous ceux qui souffrent des blocages
   de notre société et qui ont le sentiment que quoiqu'ils fassent, ils ne
   pourront jamais s'en sortir. Pour que la République soit respectée il
   faut qu'elle soit irréprochable, qu'elle inscrive ses principes dans la
   réalité et pas simplement sur ses monuments, que personne ne s'en sente
   exclu, que chaque citoyen puisse se reconnaître en elle, que tous les
   enfants sentent qu'ils ont quelque chose en commun, qu'ils ont des
   rêves à partager, un avenir à construire ensemble.

   La République, c'est l'égalité des chances, c'est tout faire pour que
   chacun puisse développer ses talents, puisse essayer de réaliser ses
   ambitions, de réaliser ses rêves. Si je suis élu je mettrai en oeuvre
   une politique de discrimination positive à la française, fondée non pas
   sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais
   sur des critères économiques et sociaux, parce que l'égalité
   républicaine ce n'est pas traiter également des situations inégales
   mais de donner plus à ceux qui ont moins, de compenser les handicaps.

   Je veux remettre la fraternité au coeur du projet républicain. Je veux
   qu'elle devienne une réalité entre les hommes et les femmes de notre
   pays.

   Dans les valeurs de la République, la fraternité n'est pas une valeur
   moins importante que les autres. C'est la plus importante de toutes.

   La fraternité, ce n'est pas que l'affaire de la société civile. Ce
   n'est pas seulement la préoccupation du monde associatif. Ce doit être
   le combat d'un Président de la République : la Fraternité ! Car sans
   elle on ne peut pas rassembler.

   La fraternité c'est le message que la Grèce a mis dans la bouche
   d'Antigone quand elle dit : "Je suis née pour partager l'amour, non
   pour partager la haine".

   La fraternité c'est deux mille ans de christianisme.

   La fraternité c'est Jeanne qui se tient devant ses juges sans prononcer
   aucune parole de haine.

   La fraternité c'est la République avec les droits de l'homme.

   La fraternité c'est Jean-Paul II qui rend visite pour la première fois
   dans l'histoire de l'Église au grand rabbin de Rome et qui dit aux
   jeunes du monde entier : "N'ayez pas peur", parce qu'il croit que la
   force de l'amour est invincible.

   La fraternité c'est Benoît XVI qui prie dans la grande mosquée
   d'Istanbul.

   C'est le père Christian, le supérieur du monastère de Tibhirine,
   s'adressant par avance dans son testament au fanatique islamiste qui
   allait un jour l'assassiner pour lui pardonner son geste : "Et toi
   aussi l'ami de la dernière minute qui n'auras pas su ce que tu faisais,
   oui pour toi aussi je le veux, ce merci, cet "A-Dieu" envisagé de toi.
   Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux en Paradis,
   s'il plaît à Dieu notre Père à tous les deux."

   La fraternité c'est la prière inscrite sous la coupole de la cathédrale
   Notre-Dame d'Afrique à Alger : "Dieu veille sur nous, chrétiens et
   musulmans".

   La fraternité c'est la force qui poussera un jour, je l'espère,
   l'enfant grec à cesser de détester l'enfant turc, l'enfant palestinien
   à cesser de haïr l'enfant juif, l'enfant chiite à cesser de maudire le
   sunnite, l'enfant chrétien à tendre la main à l'enfant musulman,
   l'enfant algérien à ouvrir les bras au Français, l'enfant serbe à
   devienir l'ami du Croate.

   Mais pour que la République fraternelle devienne une réalité, pour que
   l'État soit de nouveau respecté, pour qu'il ait de nouveau une
   autorité, une légitimité, une crédibilité, il faut que l'État protège
   et non qu'il soit dans la société le cheval de Troie de toutes les
   menaces.

   L'État qui protège, ce n'est plus l'État Providence des années 60 et
   70, ce n'est plus l'État social d'avant la mondialisation. Ce n'est
   plus seulement l'État qui étendait sans cesse sa protection sociale
   pour que le monde n'ait plus à subir ce qu'il avait subi lors de la
   grande crise des années 30 qui avait débouché sur la misère, le
   fascisme et la guerre.

   Mais au prétexte que l'État Providence ne peut plus fonctionner comme
   il y a quarante ans, il serait désastreux de décréter que l'État ne
   doit plus s'intéresser à l'économie, qu'il ne doit plus jamais
   intervenir, que le marché a toujours raison et qu'il doit décider seul,
   qu'il n'y a qu'à laisser faire et laisser passer. Cette vision naïve de
   l'économie et de la politique finirait si nous la poussions jusqu'au
   bout de sa logique par avoir raison de la démocratie et de la
   République. Depuis vingt ans nous avons déjà trop cédé sous l'effet de
   notre propre renoncement et du renoncement de l'Europe.

   Dans cette Lorraine si éprouvée par les restructurations industrielles
   et qui continue de payer très cher les conséquences non maîtrisées de
   la mondialisation, dans cette Lorraine qui fait tant d'efforts pour se
   redresser et dont chaque succès est un miracle d'énergie et de volonté,
   je veux le dire solennellement ce soir : je n'accepte pas l'idée d'une
   désindustrialisation inévitable. Je n'accepte pas l'idée d'une France
   sans usine. Je n'accepte pas l'idée d'une France sans ouvrier, sans
   paysan, sans artisan.

   Je n'accepte pas l'idée qu'il faille tirer un trait sur l'industrie,
   sur l'artisanat et sur l'agriculture.

   Je n'accepte pas l'idée d'une France qui se contenterait de répondre à
   la mondialisation en investissant dans la haute technologie et les
   services à forte valeur ajoutée, et qui laisserait tomber tout le
   reste. Car lorsque les usines seront parties, lorsque l'agriculture
   aura disparu, lorsque les artisans ne pourront plus vivre, tout le
   reste partira aussi, parce que les Chinois et les Indiens forment aussi
   des savants, des ingénieurs, des financiers, des techniciens, parce
   qu'une fois les ateliers partis, les secrets de fabrication sont plus
   difficiles encore à préserver, parce que l'innovation se fait toujours
   au plus près du processus de production.

   Si l'on ne fait rien, si l'on continue d'accepter les dumpings sociaux,
   écologiques, monétaires, fiscaux, si l'on continue d'accepter la
   concurrence déloyale, l'Europe finira par devenir un désert industriel
   et un désert agricole avant de devenir un désert économique. Regardez
   ce que l'euro fort face au dumping monétaire américain fait à Airbus.
   Pourtant rien n'est perdu. Mais il faut voir à long terme, il faut
   ancrer le système productif dans les territoires.

   Je ne peux pas accepter d'abandonner des pans entiers du territoire qui
   ont une longue tradition industrielle derrière eux. Je ne peux pas
   accepter qu'une masse croissante d'exclus aille s'entasser dans les
   banlieues des grandes villes et que les emplois s'en aillent à l'autre
   bout du monde.

   Ici dans cette Lorraine qui connaît la valeur du travail, ici devant le
   peuple lorrain qui est un peuple de travailleurs, je veux prendre
   l'engagement de revaloriser le travail et de remettre le travailleur au
   centre de la société.

   Je veux prendre l'engagement de mettre en oeuvre une politique
   économique qui fera augmenter le pouvoir d'achat des salaires, parce
   qu'en France les salaires sont trop bas et les prix trop hauts.

   Parce que j'ai mis le travail et les travailleurs au coeur de mon
   projet politique, parce que j'ai mis le pouvoir d'achat et l'emploi au
   premier rang de mes priorités, je veux être le Président qui mettra
   tout en oeuvre pour que les dumpings de toute sorte cessent de tirer
   les salaires vers le bas et de dégrader les conditions de travail.

   Je veux être le Président qui mettra tout en oeuvre pour faire obstacle
   aux chantages à la délocalisation.

   Je veux être le Président qui moralisera le capitalisme financier, qui
   donnera la primauté à la logique de la production sur la logique
   financière, qui donnera la primauté à l'entrepreneur et au travailleur
   sur le spéculateur et le rentier, qui mettra un terme au scandale des
   parachutes en or et à l'injustice des stocks options réservées à
   quelques-uns.

   Je veux être le Président qui donnera plus de poids au capitalisme
   familial par rapporta au capitalisme boursier et qui aidera les PME
   françaises au moins autant que les Américains soutiennent les PME
   américaines.

   Je veux être le Président qui prendra à bras-le-corps le problème des
   délocalisations et qui mettra au coeur des négociations européennes la
   question de la surévaluation de l'euro et celle de la préférence
   communautaire.

   Je veux être le Président qui proposera à nos partenaires la mise en
   oeuvre d'une véritable politique industrielle européenne et qui mettra
   en oeuvre une politique industrielle française.

   On dira que c'est impossible, mais pour la pensée unique tout est
   toujours impossible. On disait qu'il était impossible de sauver Alstom
   et j'ai sauvé Alstom.

   On dira que l'industrie c'est fini, mais on le disait aussi de la
   sidérurgie il y a 20 ans.

   Je veux être le Président qui prendra la mondialisation comme un défi
   et non plus comme une fatalité.

   Je ne veux pas d'une Europe qui subit et d'une France qui souffre parce
   qu'il n'y a pas de volonté européenne et pas de volonté française.

   Hier je suis allé à Colombey.

   Je me suis recueilli devant la grande croix de Lorraine et l'humble
   tombe du Général De Gaulle, dans le petit cimetière du village,
   semblable à tant de cimetières de tant de villages de France.

   C'était cela le gaullisme : la politique comme l'expression d'une
   volonté, la conviction que rien n'est jamais perdu, qu'il faut
   résister, qu'il faut refuser la fatalité et le renoncement.

   C'était cela le gaullisme : donner l'espoir quand il semble qu'il n'y a
   plus d'espoir.

   C'était cela le gaullisme : une France ouverte sur le monde mais qui ne
   subit jamais et qui agit toujours.

   C'était cela le gaullisme : la certitude que la France est forte et
   qu'elle est capable d'étonner le monde et quand les Français sont
   rassemblés.

   Hier, sur le livre d'or du mémorial de la croix de Lorraine, j'ai écrit
   : "une grande vie c'est une vie mise au service de quelque chose de
   plus grand que soi".

   Quoi de plus grand que rassembler les Français pour que la France
   retrouve sa grandeur ? C'est la tâche que je me suis assignée si je
   suis élu.

   Il ne me reste plus à vous dire que ces mots magnifiques, que le
   Général De Gaulle a si souvent prononcés quand la France semblait sur
   le point de disparaître :

   Vive la République !

   Vive la France !

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