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Discours politique

François Bayrou, Discours à Paris-Bercy (18/04/2007)

   Mes chers amis, je n'ai qu'un mot à dire à l'entrée de ce meeting, et
   c'est le suivant : merci, merci, merci Paris, merci la France !...

   Il faut que je dise merci à la fantastique équipe de campagne qui
   m'entoure et je ne veux distinguer qu'un seul nom, car elle est la
   présidente de la fédération de Paris et la directrice de cette
   formidable campagne. Je voudrais vous demander de dire merci à votre
   tour à Marielle de Sarnez.

   Je vous regarde dans les yeux. Si je pouvais, je vous regarderais,
   chacune et chacun d'entre vous, dans les yeux. Si je pouvais, je vous
   fixerais, chacune et chacun d'entre vous, car j'ai une certitude, c'est
   que vous êtes la France, chacun, chacune avec votre vie, votre famille,
   quelquefois vos inquiétudes, parfois votre solitude, mais chacun avec
   vos espoirs et je sais que c'est l'espoir qui vous a réunis si
   nombreux, dans cette immense salle de Bercy, où nous organisons, ce
   soir, dans cette dernière semaine, la plus grande réunion publique
   qu'aucun des candidats à cette élection ait osé organiser.

   Vous êtes venus, car vous avez quelque chose sur le coeur. Vous êtes
   venus, car vous avez quelque chose à croire. Vous êtes venus, car vous
   avez quelque chose à donner. Vous êtes des femmes et des hommes debout.
   Vous êtes des pionniers. Vous avez décidé quelque chose de très simple
   : la France et la politique, comme elles sont, ne nous conviennent pas.
   Alors, nous avons décidé de les changer.

   La France, comme elle est devenue, ne nous convient pas. La France,
   comme ils l'ont laissée devenir, depuis des décennies, car la France de
   l'histoire, la France de notre conviction républicaine, la France qui
   veut être un modèle pour les générations et pour le monde, cette
   France-là nous convient très bien et nous n'avons pas besoin de
   multiplier les drapeaux tricolores. Nous n'avons pas besoin de
   ministère de l'Identité nationale pour dire que c'est cette France que
   nous aimons.

   La révolution orange, c'est une couleur qui va très bien également à la
   France éternelle qui a besoin de retrouver son visage et ses valeurs.

   Mais, l'autre France, la France de la dette, la France des déficits, la
   France des prébendes, la France des quatre millions de chômeurs, la
   France des deux millions d'exclus, la France du minimum vieillesse à
   635 £, la France où les handicapés ne sont pas embauchés comme nous
   avions promis qu'ils le seraient et ne peuvent même pas accéder aux
   moyens de transports et aux classes dans leurs écoles, leurs collèges
   et leurs lycées, la France des 15 % d'illettrés, des cent cinquante
   mille jeunes qui sortent, sans qualification, chaque année du système
   scolaire, cette France-là ne nous convient pas. Cette France ne vous
   convient pas et nous avons décidé de la changer.

   Il ne vous a pas échappé que tout le monde nous disait : "Cette
   tâche-là est impossible". Eh bien, c'est parce que nous ne les avons
   pas crus que nous avons décidé de le faire et que nous avons fait ce
   qu'il fallait pour que, désormais, ce soit irréversible. Nous avons
   décidé de la changer et elle est en train de changer.

   Toutefois, j'ai une chose à vous dire. Nous ne sommes pas là pour faire
   un score. Nous ne sommes pas là pour obtenir un succès. Nous sommes là
   pour une seule chose, nous sommes là pour gagner, car, même si nous
   réalisions un score formidable et qu'ils gagnent tout de même, ils
   trouveraient alors le moyen, n'en doutez pas, de reformer leur
   forteresse, de reconstruire leur bastide, de reprendre leurs pratiques
   et tout redeviendrait comme avant, car ces deux partis ont tous le
   pouvoir depuis vingt-cinq ans.

   Il n'y a aujourd'hui qu'une chose à faire, il faut leur enlever le
   pouvoir. Il faut le leur arracher. Il faut les renvoyer, pour cinq ans
   au moins, à leurs chères études. Il faut leur offrir une bonne douche
   froide, pour qu'ils se mettent à réfléchir et qu'ils fassent, eux
   aussi, leur révolution culturelle.

   Nous ne sommes pas là pour demander des comptes et, pourtant, Dieu sait
   qu'il y en a à demander. Nous sommes là pour une seule chose, nous
   sommes là pour les remplacer. Nous sommes là pour remplacer le
   sectarisme par l'ouverture d'esprit, pour remplacer leur monarchie par
   notre démocratie, pour remplacer l'esprit partisan par l'intérêt
   général, pour remplacer leur monopole, leurs pratiques, leurs habitudes
   et leur hypocrisie par une génération nouvelle, des pratiques
   nouvelles, une franchise nouvelle.

   Nous sommes là pour les remplacer et, si vous en voulez la preuve, la
   preuve absolue, regardez dans quels camps sont tous les dignitaires
   sans exception des décennies qui s'achèvent ! Tous sans exception, ou
   presque, tous sont affairés à défendre leur monopole et leur privilèges
   et, chaque fois, comme ce soir, qu'il y en a un de plus qui vient les
   rejoindre en hâte rejoindre leurs rangs inquiets, regardez-les bien,
   regardez-le bien, c'est la preuve que nous avons raison. C'est la
   preuve que nous sommes le changement que la France attend.

   Tous ces hommes politiques épuisés, tous ces familiers du pouvoir et de
   ses avantages, tout ceux que le peuple français ne supporte plus leur
   entendre donner des leçons, toujours condescendants, eux qui savent et
   qui, naturellement, parlent au peuple qui est censé ne pas savoir.

   Eh bien, leur addition, leur collection, leur assortiment, leur
   assemblage, leur accumulation, tout cela ne fait pas une vérité ou une
   novation. Cela ne fait pas une fraîcheur. Cela représente un repoussoir
   et, comme cette collection d'élus épuisés représente un repoussoir, le
   mot d'ordre, c'est qu'il faut désormais les repousser et, au fond, me
   mettant dans l'esprit de ceux que l'on appelle indécis, c'est-à-dire,
   en réalité, de ceux qui réfléchissent, qui se demandent qu'elle sera le
   vote le plus efficace, le vote le plus juste pour obtenir le changement
   en France, me mettant dans leur esprit, dans l'esprit de ces citoyens
   qui réfléchissent, il me semble que la conclusion qu'ils doivent tirer
   devrait être celle-ci : si tous les tenants et défenseurs de ce monde
   ancien sont tous contre lui, tous en rangs serrés, tous solidaires,
   tous ligués, alors, c'est qu'il a raison, puisqu'ils sont tous contre
   lui.

   Alors, c'est la certitude qu'il ne reviendra pas en arrière, qu'il va
   vraiment changer les choses, qu'il n'y a pas de retraite et pas de
   retrait. Alors, nous allons voter pour lui et c'est nous, le peuple
   français, qui allons, une bonne foi pour toutes, régler la question.

   Vous aurez observé, en lisant la presse, ce matin, par exemple, qu'ils
   en sont à sortir les arguments les plus fins. Nicolas Sarkozy a
   déclaré, ce matin : "François Bayrou est à Gauche" et on sent qu'en
   prononçant cette phrase, il y a, chez lui, comme une vraie insulte.
   C'est presque comme s'il avait dit que j'étais un immigré, que j'égorge
   les moutons dans ma baignoire ou que je suis un pervers génétique.

   En outre, Lionel Jospin, du haut de son expérience et de ses succès, a
   déclaré hier : "François Bayrou est à Droite" et on sent que, chez lui,
   c'est presque comme s'il disait que je suis un trotskiste
   déviationniste !...

   Je vais vous faire une confidence : qu'est-ce que je suis heureux,
   qu'est-ce que cela me fait plaisir de ne pas recevoir le label de la
   Droite à la mode Sarkozy, car elle est le contraire de ce que j'ai cru
   et que j'ai voulu toute ma vie.

   Et, qu'est-ce que je suis content et qu'est-ce que je suis heureux de
   ne pas recevoir le label de la Gauche à la mode Jospin, car, cette
   Gauche, c'est le contraire de ce que j'ai cru et de ce que j'ai voulu
   toute ma vie.

   C'est pourquoi, lorsque Sarkozy m'accuse d'être de Gauche et Jospin
   d'être de Droite, alors, je suis sûr d'être à ma place, d'être avec
   vous, à la place que la France attend, là où il faut être, là où la
   France veut que nous soyons, du côté de la France généreuse, du côté de
   la France ouverte et du côté de la France réaliste.

   Au fond, je suis comme tous les Français, comme la France : il y a de
   la Droite en moi, car je veux de la rigueur. Je veux de la sécurité
   pour les enfants et pour les grands et pour les plus âgés et, ce que je
   reproche à la Droite, ce n'est pas de l'avoir voulue, c'est de ne pas
   l'avoir fait. Les résultats sont terribles et, maintenant, en France,
   même les policiers ont peur.

   Il y a de la Droite en moi et il y a de la Gauche en moi. Je veux de
   l'égalité. Je veux l'égalité des chances. Je veux l'égalité des droits.
   Je veux de la solidarité avec les plus faibles et, ce que je reproche à
   la Gauche, ce n'est pas de l'avoir voulue. Je la veux comme elle et
   plus qu'elle. Ce que je reproche à la Gauche, c'est de ne pas l'avoir
   fait, ni au pouvoir, ni dans l'opposition, car j'ai le souvenir précis
   du combat que nous avons mené, tout seuls, lorsque le Gouvernement de
   M. Raffarin a voulu supprimer l'allocation spécifique de solidarité
   pour les chômeurs de longue durée. C'est nous qui sommes montés à la
   tribune. C'est nous qui l'avons défendue, au nom du droit des plus
   faibles et c'est eux qui se sont tus. J'aurais aimé qu'ils partagent ce
   combat.

   Je me souviens également d'avoir été tout seul pour mener le combat
   concernant la privatisation des autoroutes. Nous sommes montés à la
   tribune. Je suis allé au Conseil d'État, comme un citoyen, en mon nom
   propre. On n'a pas entendu la Gauche. Ils se sont tus, sans doute car
   ils n'étaient pas sans liens avec quelques-uns des intérêts qui, dans
   cette affaire, allaient recevoir le cash, allaient recevoir les
   bénéfices qui auraient dû revenir aux Français.

   Et il y a du Centre en moi, avec ses valeurs du Centre : équité,
   justice, fraternité. Ce que je garantis devant vous, c'est que ces
   valeurs-là, les valeurs de la République, les valeurs qui ont fait et
   tissé le peuple français, nos valeurs et les valeurs des autres, nous
   n'allons pas seulement les invoquer, nous allons les faire entrer dans
   la réalité. Nous allons les réaliser et ce sera notre oeuvre au service
   de la France.

   C'est ainsi que, pour comprendre, pour reconstruire, il faut réunir.
   C'est exactement aujourd'hui, comme c'était dans la Résistance. Je
   n'emploie pas ce mot par hasard. Je pense que le pays est en danger,
   d'épuisement, de révolte, de fracture. Dans la Résistance, je le dis
   aux sectaires des deux bords qui refusent que l'on puisse tendre la
   main par-dessus les frontières et qui nous expliquent que cette
   France-là et l'autre France sont inconciliables, on ne refuse pas les
   mains qui se tendent. Dans la Résistance, si l'on se met à refuser
   celui qui ne pense pas exactement comme vous, alors, ce n'est plus du
   sectarisme, c'est de la trahison de l'intérêt national.

   Le pays est si menacé, si fragile, que je suis du côté de Louis Aragon
   dans la rose et le réséda : "Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y
   croyait pas, tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats,
   c'est la France.

   Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas, tous les deux
   adoraient la belle prisonnière des soldats. Lequel montait à l'échelle
   et lequel guettait en bas ? Celui qui croyait au ciel ? Celui qui n'y
   croyait pas ? Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas,
   que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y déroba, celui qui croyait au
   ciel, celui qui n'y croyait pas.

   Tous les deux étaient fidèles des lèvres, du coeur, des bras, et tous
   deux disaient : qu'elle vive et qui vivra verra ! "...

   Vous savez à qui ce poème est dédié ? Écoutez bien, il est dédié à
   quatre jeunes hommes qui sont morts fusillés. Ce poème est dédié à
   Gabriel Péri, député communiste, fusillé en 1941. Il est dédié à Honoré
   d'Etienne d'Orves, Action française, nationaliste, fusillé. Il est
   dédié à Guy Moquet, jeune lycéen de dix-sept ans, communiste, fusillé
   et, enfin, il est dédié à notre camarade Gilbert Dru, philosophe,
   étudiant philosophe de vingt-quatre ans, chrétien, fusillé le 27
   juillet 1944, place Bellecourt, à Lyon.

   C'est avec tous cela que l'on fait la France. Ce n'est pas avec du
   sectarisme. Ce n'est pas avec leur bêtise. Ce n'est pas avec leur
   fermeture. Lorsqu'il s'agit de reconstruire le pays, on a besoin de
   tout le monde.

   Et, comme, au fond, c'est un poème que nous écrivons, je pense que,
   pour tourner les pages, dans ses grandes lignes, du programme dont nous
   avons besoin pour reconstruire la France, il faut trouver des rimes
   nouvelles et je vous propose donc que nous fassions, de nouveau, rimer
   France avec d'autres noms avec lesquels elle a, depuis longtemps, perdu
   l'habitude de rimer.

   Je vous propose d'abord de faire rimer à nouveau France avec
   croissance. Savez-vous pourquoi nous en sommes là ? Nous en sommes là,
   parce que, depuis vingt-cinq ans, tous les ans, la France a eu un point
   de croissance de moins que la moyenne de tous ses partenaires au niveau
   européen. Un point de croissance de moins, ce sont deux millions
   d'emplois qui nous manquent aujourd'hui et 1,5 Md£ de recettes
   nouvelles des patrimoines nationaux qui nous manquent.

   C'est pourquoi le pays s'appauvrit. Il faut retrouver la croissance et
   je le dis clairement, y compris en parlant à la Gauche de ce pays, qui
   croit, aujourd'hui, par sa candidature et son appareil, que c'est du
   côté de l'État que l'on trouvera la réponse aux problèmes de la France.

   Pour moi, c'est dans le tissu économique et la société française, c'est
   dans les entreprises françaises et l'industrie française que nous
   allons trouver la réponse pour notre avenir, pour faire rimer France
   avec croissance, ce dont aucun des autres programmes, je l'ai vérifié,
   de partis politiques ne parle. Tout le monde sait qu'il existe un
   certain nombre de passages obligés.

   Il faut déverrouiller ce qui est verrouillé. Il faut permettre aux
   entreprises de retrouver la création d'emplois devant laquelle elles
   sont, aujourd'hui, en situation d'inquiétude. J'ai été très intéressé
   par la lecture du numéro des Échos d'hier, journal qui a proposé, hier
   matin, aux chefs d'entreprise français, spécialement aux chefs des
   entreprises petites et moyennes, de juger les mesures économiques
   principales proposées par les principaux candidats à cette élection.

   À votre avis, quelle est la mesure qui a été plébiscitée par les
   responsables économiques des petites et moyennes entreprises ? !... Ce
   sont les deux emplois sans charges pendant cinq ans que nous proposons
   aux Français !...

   Je considère que les chefs d'entreprise sont, et de très loin, les
   meilleurs experts économiques qui puissent effectuer, en effet,
   l'étude, l'analyse et l'expertise de ce dont ils ont besoin pour que,
   en France, leurs entreprises se développent et que l'on retrouve les
   emplois qui, jusque hier, étaient gelés.

   J'envoie ce message personnel à un certain nombre d'instituts ou à un
   institut où j'ai cru reconnaître la pensée dominante d'un certain
   nombre de partis politiques depuis longtemps installés au pouvoir et
   qui nous ont conduits au chômage de quatre millions de personnes que
   nous connaissons aujourd'hui en France.

   Il faut déverrouiller, il faut simplifier et c'est la raison pour
   laquelle je ferai adopter ce texte qui existe aux États-unis depuis
   cinquante-quatre ans et qui a rendu suffisamment de services pour que
   l'on considère qu'il a joué un rôle essentiel dans le décollage de
   l'économie américaine. Je ferai adopter le Small business act à la
   française, une loi de protection, de simplification et de soutien de la
   petite entreprise.

   Et, pour être assuré que la simplification se fera, je demanderai, pour
   rompre avec la malédiction qui existe depuis que je fais de la
   politique, c'est-à-dire depuis au moins vingt ans que j'écris ou que je
   vois écrire des programmes d'élection, selon laquelle, chaque fois
   qu'il y a une élection, on parle de simplification et, chaque fois que
   l'on est au pouvoir, on complique la situation administrative, les
   textes fiscaux et sociaux qui frappent les petites entreprises !...

   Pour garantir que la simplification se fera, je dis à l'avance que je
   ne la confierai pas à l'administration et pas aux politiques non plus.
   Je la confierai aux usagers. C'est à eux que l'on demandera de bien
   vouloir simplifier l'appareil des contraintes administratives, en
   particulier, que l'on impose aux entreprises.

   Pour aller dans le sens de la croissance, nous avons proposé de
   favoriser l'accès des entreprises, et notamment des petites entreprises
   e celles qui viennent de se créer, aux crédits en mettant en place un
   Fonds mutuel de caution, qui permettra aux jeunes créateurs
   d'entreprise de trouver les financements qu'ils ont tant de mal à
   trouver aujourd'hui.

   Financement et Fonds mutuel de caution... Pour aider à la croissance,
   il faut désendetter l'État, afin que l'on arrête de ponctionner sur la
   production des entreprises et le travail des Français. C'est pourquoi,
   car nous avons installé le sujet du déficit et de la dette dans la
   campagne présidentielle, une fois que je serais élu Président de la
   République et que nous serons ensemble au Gouvernement, nous mettrons
   en place le même plan qui a permis à l'Allemagne de mettre un terme à
   son déficit et d'arrêter de voir grossir sa dette en dix-huit mois.

   Dix-huit mois, c'est pour l'Allemagne. Notre programme, à nous, tient
   en trois ans. Espérons que nous aurons des horizons plus souriants.

   Il se trouve que je considère que la fin du déficit et le
   désendettement de l'État représentent, non seulement une mesure
   économique indispensable, mais également, en réalité, la première des
   mesures sociales, la première des mesures en direction du pouvoir
   d'achat, car, autrement, c'est le travail des Français que l'on
   ponctionne de trois ou quatre mille euros par an pour rembourser
   l'intérêt d'une dette que l'irresponsabilité des gouvernants a laissée
   grossir.

   C'est une mesure sociale.

   Pour aller vers la croissance, il faut, en effet, que la France
   choisisse d'être une société dans le sens de la création et je veux
   mettre la création, scientifique -la recherche-, culturelle et
   d'entreprise sur le même plan.

   Ce sont des créateurs, car ils choisissent de ne pas accepter le monde
   comme il est, le monde comme on le leur fournit. Ils décident de le
   changer, ils décident de le modeler par leur imagination, leur
   inventivité, leur créativité. Tel est le visage de la France que nous
   voulons construire.

   Et, comme, en effet, la réflexion sur la croissance a été le fait
   d'hommes de grande qualité, qui se sont accordés sur les constats et
   sur la voie qu'il fallait suivre pour en sortir, j'ai été infiniment
   touché et infiniment heureux que le plus éminent de ceux-là déclare,
   hier, qu'il avait décidé, en dépit des fonctions très importantes qui
   ont été et qui sont les siennes, à la fois à la Direction du Fonds
   monétaire international, à la tête d'une immense campagne d'ONG pour
   l'eau dans les pays en développement et des responsabilités qui ont été
   les siennes à la tête des semaines sociales de France, j'ai été très
   heureux que Michel Camdesssus indique hier, avec son expertise et sa
   réputation, qu'il avait décidé de s'exprimer et qu'il appelle les
   Français à voter pour moi, car, dit-il, il faut réunir les Français
   pour relever la France.

   Je veux faire rimer France et assurance, en face de la mondialisation,
   et il n'existe qu'une assurance, à mes yeux, qu'un pays comme le nôtre
   puisse trouver dans les temps qui vont être durs, que nous avons à
   affronter, des temps de forte compétition internationale. Il n'existe
   qu'une assurance que nous pouvons proposer aux Français, une assurance
   suprême et la seule à la vérité disponible, c'est l'éducation.

   L'objectif que je fixe, en concentrant tous les moyens sur l'éducation,
   c'est que nous ayons, dans la décennie qui vient, atteint ce défi,
   relevé ce défi que je vais formuler : il faut que la France ait,
   désormais, les jeunes les mieux formés de la planète, que, sans aucune
   exception, aucun pays dans le monde ne puisse se prévaloir d'avoir des
   jeunes formés comme le seront les jeunes Français.

   Pour former les jeunes, il y a une chose indispensable à faire, et je
   le dis dans un pays qui s'est laissé, ces dernières années, entraîné à
   faire le contraire. La première des choses à faire, c'est de soutenir
   l'Éducation nationale et de soutenir les enseignants dans leur
   difficile mission.

   Voyez-vous, chaque fois que je pense aux enseignants, me revient en
   mémoire une lettre qui a été écrite par Albert Camus, le jour ou le
   lendemain du jour où il a reçu le Prix Nobel de littérature. Cette
   lettre est adressée à un instituteur en Algérie qui s'appelait M.
   Germain.

   Je voudrais simplement vous dire lire cette lettre. Elle va évoquer, en
   chacun d'entre vous, des souvenirs. Elle va évoquer, en chacun d'entre
   vous, des visages. Je trouve que cette lettre dit, à elle seule, le
   soutien que la Nation doit apporter à ses enseignants : "Cher M.
   Germain, j'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous
   ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon coeur. On
   vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché
   ni sollicité, mais, quand j'en ai appris la nouvelle, ma première
   pensée, après ma mère, a été pour vous.

   Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue aux
   petits-enfants pauvres, sans votre enseignement et votre exemple, rien
   de tout cela ne serait arrivé.

   Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur, mais celui-là est,
   du moins, une occasion pour vous dire ce que vous avez été et êtes
   toujours pour moi et pour vous assurer que vos efforts, votre travail
   et le coeur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un
   de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre
   reconnaissant élève.

   Je vous embrasse de toutes mes forces.

   Albert Camus".

   Si je suis candidat à la présidence de la République, si je suis élu
   Président de la République, si je mets l'éducation comme le coeur même
   de la politique que nous allons devoir suivre, si je garantis que nous
   mobiliserons tous les moyens disponibles pour que l'Éducation nationale
   française soit à la hauteur des défis qu'elle va devoir relever, je
   prends, comme premier engagement, celui de ne plus jamais laisser faire
   des enseignants français les boucs émissaires de toutes les difficultés
   de la société française.

   Et, bien entendu et naturellement, en même temps que le soutien, en
   même temps que les moyens, il faut les objectifs qu'un grand peuple se
   donne et qu'il peut vérifier pour savoir si, oui ou non, il est en
   train d'atteindre les objectifs du contrat qu'il a signé, dont le
   premier est celui-ci : il faut que, en cinq années, nous arrivions à un
   objectif ambitieux, difficile, mais nécessaire. Il faut que plus un
   seul enfant ne puisse entrer en sixième sans avoir préalablement
   maîtrisé la lecture et l'écriture.

   Il faut, de la même manière, que nous acceptions cet impératif qui est
   que la discipline, le respect et le calme règnent, désormais, dans tous
   les établissements, quelle que soit la situation de ces établissements
   dans notre pays, fussent-ils dans les quartiers les plus difficiles,
   car c'est précisément là qu'il faut garantir aux enfants qu'ils vont
   pouvoir étudier et vivre dans la paix et le respect réciproques.

   Car évidemment, lorsque c'est une ambiance d'insécurité, lorsque c'est
   une ambiance d'insécurité. Madame, je suis prêt, comme vous, à penser
   que, en effet, un changement d'état d'esprit et l'élection à la tête de
   l'État d'un homme qui aura choisi de respecter ses concitoyens pour
   qu'ils se respectent entre eux sont de nature à changer le climat
   actuel.

   Je ne dis toutefois pas que cela suffira. Tout ceci signifie, bien
   entendu, qu'il va falloir, pour un certain nombre d'enfants en
   situation de déstabilisation personnelle, souvent les mêmes qui,
   d'ailleurs, n'ont pas réussi à maîtriser les acquis fondamentaux pour
   suivre en classe et qui n'ont, pour s'affirmer, que leur situation de
   leader de cours de récréation, de "caïd de cours de recréation",
   trouver, pour ceux-là, une réponse pédagogique, psychologique et
   éducative qui permettra, en effet, de garantir que les établissements
   changeront de climat et que, s'ils retrouvent les repères, ils pourront
   revenir dans le système éducatif.

   Et, comme il faut que nous garantissions qu'il y aura la discipline, le
   calme et le respect partout dans les établissements, il faut également
   que nous garantissions qu'il y aura, dans tous les collèges et dans
   tous les lycées, les mêmes parcours d'excellence avec les mêmes
   exigences, les mêmes chances et les mêmes options que l'on trouve dans
   les établissements les plus huppés des centres-villes les plus
   favorisés, parce que, la République de l'égalité des chances, mon cher
   Azouz Begag, c'est qu'il y ait les mêmes chances pour tous.

   Puisque nous en sommes à un ministre même démissionnaire, je vous en
   présente un second, François Goulard, ministre de la Recherche, et
   puisque l'on vient de parler de la société civile et de la Droite,
   j'espère que François Goulard ne m'en voudra pas de dire que son
   parcours est plutôt un parcours de Droite.

   Je salue également, avec vous, venant des milieux écologistes, Corine
   Lepage et, venant de la Gauche, de la Gauche responsable, Jean
   Peyrlevade.

   En effet, comme vous savez, c'est assez mal vu à Gauche, en ce moment,
   de dire que nous sommes plutôt des gens fréquentables, avec des idées
   convenables et, plus encore que convenables, des idées compatibles avec
   ce qu'il convient de faire pour redresser le pays.

   Ainsi, j'adresse, par-dessus ce sectarisme, mon salut amical à Michel
   Rocard, Bernard Kouchner et Claude allègre qui nous invitent à
   travailler ensemble.

   J'en étais à l'égalité des chances pour dire qu'elle a une traduction
   concrète républicaine extrêmement simple, c'est que l'on puisse trouver
   les mêmes parcours de réussite, le même niveau d'exigence scolaire, la
   même possibilité de trouver des options, que l'on soit au collège ou au
   lycée Henri IV ou Louis-le-Grand ou que l'on soit au collège Pablo
   Néruda d'une cité en difficulté.

   Nous avons besoin des deux et, la République, c'est qu'il y ait la même
   exigence partout.

   Vous aurez noté que je parle avec vous d'exigence. Je ne parle pas de
   facilités. Je ne parle pas de laxisme, je ne parle pas de distribuer
   les diplômes uniquement pour des raisons statistiques. Je parle de
   renouer avec l'exigence, y compris et surtout lorsqu'il s'agit
   d'enfants issus de milieux sociaux qui ne sont pas favorisés par la
   naissance, par les conditions matérielles ou par la culture.

   C'est l'exigence qui sauve en cette matière et c'est le laxisme qui
   abandonne. C'est, en réalité, de la non-assistance à personne en danger
   que de ne pas offrir à ceux qui le peuvent, qui ont la vocation, les
   moyens, la volonté, l'envie de travailler et la capacité de s'en sortir
   et de montrer à tout le monde à quel niveau ils sont capables
   d'arriver, la possibilité de le faire.

   De la même manière qu'il faut l'excellence partout, dans tous les
   établissements de l'enseignement secondaire, nous avons une grande
   tâche devant nous. Je m'adresse au ministre de la Recherche. Nous avons
   à bâtir une université qui retrouve le niveau, la capacité, les moyens
   et la réputation des plus grandes universités de la planète.

   Après tout, nous sommes les inventeurs de l'université et il n'y a
   aucune raison que nous ne posions pas, devant la Nation tout entière,
   la question de savoir pourquoi les universités françaises sont
   reléguées, plus ou moins injustement, mais, enfin, c'est une réalité,
   au-delà, pour la meilleure, du cinquantième rang de toutes les
   universités du monde !...

   La France a le droit d'avoir des universités de premier rang.

   De nombreux universitaires sont présents dans la salle. Je salue les
   étudiants, si nombreux, et je salue les professeurs qui sont présents.
   J'ai observé, à vos applaudissements, que les professeurs étaient moins
   nombreux que les étudiants, ce qui, après tout, est dans l'ordre des
   choses.

   J'indique aux grands universitaires présents que nous allons, en effet,
   avoir à penser une réforme de l'université française, qui sera
   débattue, discutée et réfléchie avec tout le monde, qui concernera la
   gouvernance, les moyens et les objectifs de l'université pour que nous
   ne restions pas au rang injustement humiliant qui est le nôtre
   aujourd'hui, car nous avons donné à l'université des charges énormes,
   mais pas les moyens de les remplir.

   Je propose que nous mettions cette question sur notre agenda et devant
   nous. Parmi les charges, vous savez que l'université a deux missions
   principales : l'enseignement, d'un côté, et la recherche, de l'autre.

   La question de la recherche est une très grande question pour la
   France, car nous formons les chercheurs. Nous leur donnons
   l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire, l'enseignement
   supérieur, pour qu'ils atteignent bac+5, bac+8, bac+10, bac+12 et, une
   fois qu'ils sont arrivés au doctorat, une fois qu'ils ont acquis
   l'expérience nécessaire pour pouvoir faire fructifier leur mission de
   chercheur, à ce moment-là, ce sont les laboratoires américains qui les
   recrutent et c'est eux qui cueillent les fruits que nous avons
   contribué à faire pousser.

   Il s'agit, là, d'une une souffrance pour la France, une faiblesse et
   une souffrance pour la France.

   Par ailleurs, en plus des missions d'enseignement et de recherche, il
   faudra que nous nous intéressions à une nouvelle mission qui est celle
   de l'insertion professionnelle pour les étudiants sortis de
   l'université, car il n'est pas possible que nous acceptions, dans notre
   pays, de voir, ainsi, tant et tant de dizaines de milliers d'étudiants
   obtenir ou ne pas obtenir un diplôme et se retrouver, ensuite, sans
   aucune formation professionnelle.

   Cela est un problème pour la Nation et il ne s'adresse pas uniquement
   aux universitaires. Il s'adresse, en même temps, au tissu économique
   français. Nous devons bâtir, à chaque degré de sortie de l'université,
   les moyens de trouver une formation professionnelle et l'insertion qui
   va avec, afin que les étudiants ne se trouvent pas dépourvus.

   En effet, je considère qu'il s'agit, là, d'un élément de démoralisation
   de la Nation, un des plus graves, un des plus lourds éléments de
   démoralisation de la Nation que de voir rompu, au fond, le premier
   article de ce qu'était le Pacte républicain, qui, et nous sommes
   nombreux à le savoir, était quelque chose de très simple.

   Ainsi, dans toutes les familles, spécialement les plus modestes, celles
   qui n'ont ni relations, ni avantages, ni privilèges à transmettre, il y
   avait une règle d'or qui était que, si les enfants travaillaient bien à
   l'école, ils trouvaient une situation meilleure que celle de leurs
   parents.

   Telle était la règle d'or de la République. Or, le fait que tant et
   tant de milliers de jeunes Français aient bien travaillé à l'école,
   aient fait tout ce qu'on leur demandait, aient obtenu des diplômes et
   se trouvent sans solution professionnelle est un élément de
   démoralisation de toutes les familles et de toute la Nation. À cela, il
   faut que nous proposions des réponses.

   Je propose une troisième rime. J'ai dit faire rimer France et
   croissance, faire rimer France et assurance. Je propose de faire rimer
   France et confiance. Prononçant ce mot, je veux avoir une pensée
   affectueuse pour Raymond Barre, qui est sur son lit de maladie, car, en
   dépit de quelques événements tristes et récents, il a été un homme pour
   qui nombre d'entre-nous avons eu beaucoup d'affection pendant beaucoup
   d'années. Je voulais le dire devant vous.

   Pour faire rimer France et confiance, il faut que nous nous attaquions
   à au moins cinq très grands sujets. Je vais les énoncer rapidement.

   Tout d'abord, il faut que nous bâtissions, pour notre pays, une
   authentique et véritable démocratie sociale. Dans notre pays, depuis
   des années, depuis des décennies et, à la vérité, depuis des siècles,
   nous avons tous considéré ou l'histoire a considéré que c'était l'État
   qui était le patron de tout et que la société civile n'avait qu'une
   mission, celle d'obéir à l'État. On considérait qu'il fallait que
   l'État fût le souverain suprême et que la société civile n'avait plus
   qu'à obéir.

   Il faut que, au contraire, nous considérions que, en face de l'État, la
   société civile doit être une société armée, représentée, organisée et,
   pour cela, il faut que toutes les décisions qui s'attachent, en
   particulier, au domaine économique et social, soient examinées
   préalablement, discutées et, s'il le faut, proposées par les
   partenaires sociaux, les représentants des salariés et les représentant
   des entreprises.

   Dans ce cadre, je proposerai que soit rénové le Conseil économique et
   social qui est, aujourd'hui, une chambre totalement absente de la
   démocratie sociale, mais qu'il est nécessaire de faire revivre,
   puisque, après tout, elle existe. Il faut que nous considérions qu'elle
   doit être un lieu des débats utiles.

   En outre, il faut que nous rénovions notre démocratie politique qui
   représente, en réalité, une faiblesse immense pour la France et pour la
   République. Le fait que nous ayons une démocratie confisquée où tous
   les pouvoirs sont concentrés entre les mêmes mains, où la nomination de
   ceux qui doivent être des responsables de l'État se fait, non pas en
   fonction des mérites, mais en fonction de l'allégeance qu'ils ont
   déclaré à tel ou tel parti ou à telle ou telle personnalité, est un
   élément de démoralisation pour la Nation et il faut que cela cesse.

   C'est la raison pour laquelle je proposerai, en effet, les changements
   institutionnels qui s'imposent. Je proposerai que le Parlement de la
   République retrouve la plénitude de ses droits, que le Parlement
   devienne maître de son ordre du jour, qu'il ait les moyens de
   légiférer, qu'il puisse contrôler le Gouvernement, y compris avec
   l'aide de la Cour des Comptes dans le cadre, Jean Arthuis, de la
   fameuse LOLF dont tout le monde sait qu'elle a été inventée de manière
   transpartisane par un certain nombre de ceux qui sont là.

   Je proposerai que le Parlement retrouve sa dignité et que, en France,
   désormais, on ne puisse plus voter à l'Assemblée Nationale ou au Sénat
   si l'on n'est pas physiquement présent.

   Je proposerai -là, les parlementaires vont être un peu moins
   enthousiastes, je vous le promets, en tout cas-, pour les membres de
   l'Assemblée Nationale, que soit mis un terme au cumul des mandats qui
   est, en France, me semble-t-il, une faiblesse...

   Ils applaudissent avec un sourire mitigé !

   Je proposerai, pour que le Parlement retrouve la plénitude de ses
   légitimités, que nous adoptions, enfin, une loi électorale juste qui
   fasse que tous les grands courants d'opinion, dès l'instant qu'ils
   auront atteint le seuil de 5 % des voix, puissent siéger à l'Assemblée
   Nationale et représenter toutes les opinions, y compris celles que je
   n'aime pas.

   Je considère, par exemple, qu'il est anormal qu'un mouvement comme
   celui des Verts, quelles que soient les turbulences et les difficultés
   qu'il rencontre, doive, pour obtenir son groupe parlementaire, aller
   quémander auprès de son allier le plus puissant, le Parti Socialiste,
   et ne puisse pas obtenir son groupe parlementaire du droit des citoyens
   qui, même minoritaires, doivent être représentés dans les assemblées de
   la République.

   En effet, pour moi, la démocratie, ce n'est pas la représentation
   exclusive des majorités. La démocratie commence avec la protection des
   minorités. Nous sommes tous citoyens et nous ne sommes pas plus ou
   moins citoyens, selon que nous sommes plus ou moins d'accord avec les
   deux partis majoritaires.

   C'est au nom de cette citoyenneté que nous avons le droit d'être
   représentés et cela assurera, je l'espère en tout cas, la diversité des
   sexes, l'équilibre entre les hommes et les femmes, la parité
   nécessaire, de même que la représentation de la diversité au sein de
   nos assemblées de la République.

   Je dis cela, même et y compris pour les mouvements politiques dont
   j'ai, toute ma vie, combattu les idées. Je considère qu'il vaut mieux
   une confrontation ouverte, à ciel ouvert, devant les Français, plutôt
   que de voir cheminer souterrainement un certain nombre d'idéologies.
   Cela évitera qu'on les retrouve, après, dans les programmes d'autres
   candidats, d'autres courants qui devraient être des remparts et qui
   sont des complices.

   De la même manière, ayant construit notre démocratie sociale, ayant
   reconstruit notre démocratie politique, je vous dis qu'il va falloir
   que nous assurions la moralisation de la vie économique dans notre
   pays, car un certain nombre de pratiques sont, en effet, scandaleuses,
   profondément choquantes pour tous les salariés, profondément choquantes
   pour les petits actionnaires. Or, un certain nombre de ces pratiques se
   retournent, en réalité et d'abord, contre l'image de l'entreprise.
   C'est l'image de toutes les entreprises, petites et moyennes, qui se
   trouve affectée par le manque d'éthique d'un certain nombre de
   dirigeants qui ne respectent pas les engagements et la modération qui
   devraient être les leurs.

   Ayant retrouvé la confiance ou permis de retrouver la confiance dans la
   démocratie sociale, dans la démocratie politique et dans la vie
   économique de notre pays, trois chapitres absolument essentiels, il
   faudra, alors, que nous accomplissions l'oeuvre historique que le monde
   attend de notre génération. Il faut que nous fassions renaître la
   confiance entre les Français et l'idéal Européen.

   Je vais dire, sur ce sujet, forcément, en raison de l'heure, des choses
   rapides, mais je vous assure que ces choses sont, à mon sens, au centre
   de la crise que les Français vivent avec l'Europe.

   Les Français ont inventé l'idéal Européen. Ils l'ont fait partager
   autour d'eux. Je suis heureux de représenter, dans la vie politique
   française, le parti de Robert Schumann. Je suis heureux.

   En tout cas, sachant ce que la Gauche est devenue, je suis assuré de
   représenter, à la fois, le mouvement d'idée de Robert Schumann et celui
   de Jean Monnet. Je suis certain que, désormais, entre ce chrétien et ce
   laïque, ces deux démocrates et ces deux humanistes, nous avons réussi à
   proposer une synthèse qui soit contemporaine.

   Votre présence, à elle seule, est, s'il en fallait, une preuve.

   L'Europe, mes chers amis, l'idéal Européen que nous avons inventé, cet
   idéal est aujourd'hui abîmé dans le coeur de beaucoup de Français. Je
   vais vous dire les choses comme je les pense. Je pense qu'il était
   juste et légitime, après le marché commun, après l'acte unique
   Européen, que l'on demande à la Commission européenne d'assurer la
   meilleure circulation possible des biens et des services au sein de
   notre Union.

   Je comprends parfaitement cela. Je pense que cela se justifiait, mais
   cela a donné à beaucoup de Français le sentiment que l'Europe
   s'occupait principalement de concurrence et de finances, alors que nous
   avons besoin que l'Europe s'occupe de sujets qui sont essentiels pour
   nos valeurs, pour la défense de notre société et de notre civilisation.

   Jusqu'à présent, nous nous sommes beaucoup occupés de concurrence, à
   raison dans la plupart des cas, bien que je sois parfois un peu plus
   sceptique concernant certaines décisions que l'on nous a amenées à
   prendre, notamment, et je vais me faire des amis encore si je continue
   cette phrase, mais, comme j'en ai déjà un certain nombre, concernant le
   12.

   Je ne suis pas absolument persuadé que cela ait été un grand progrès de
   la civilisation que de nous faire passer du 12, pour les numéros des
   renseignements téléphoniques, aux innombrables 118 ... que nous
   appelons en ayant bien du mal à nous remémorer le numéro et sans savoir
   qui nous avons au bout du fil. À ce sujet, nous n'avons qu'une
   certitude, c'est que des centaines d'emplois ont disparu du territoire
   national et sont partis dans des call centers à l'étranger.

   Cette petite réserve ayant été avancée, je pense qu'il faut, désormais,
   que l'Europe s'occupe de l'essentiel. Il faut qu'elle s'occupe de
   défense et de sécurité. Nous ne pouvons pas porter, seuls, le poids
   d'une défense nationale et de la sécurité en face des nouveaux risques
   qui se présentent. Il faut que l'Europe s'occupe d'actions
   diplomatiques.

   Si les diplomaties française et britannique et toutes les autres, mais
   je pense spécialement aux diplomaties française et britannique, en
   raison du sujet que je vais évoquer, étaient unies et soudées, comme
   elles devraient l'être, nous aurions, au Darfour, une influence plus
   importante que celle que nous avons aujourd'hui.

   Si les diplomaties européennes étaient actives, ce génocide n'aurait
   pas été accepté, comme il l'a été, pendant tant de mois et d'années. Je
   pense nécessaire que nous bâtissions cette action diplomatique. Si
   l'Europe était unie, elle pourrait être, au Proche-Orient, le garant ou
   l'un des garants d'une politique de paix, garant que les États-unis ne
   peuvent plus être en raison du déclenchement, que nous avons condamné,
   de la guerre en Irak et des conséquences désastreuses qui s'en sont
   suivies.

   Il s'agit, là, pour moi, d'une occasion de dire que, au moment de cette
   crise du déclenchement de la guerre en Irak, j'ai été heureux et fier
   que le Président de la République française, Jacques Chirac, ait eu
   l'attitude qui a été la sienne à l'époque, qu'il ait défendu, en notre
   nom et au nom de millions d'hommes et de femmes en Europe et dans le
   monde, des valeurs qui, sans lui, n'auraient pas été défendues.

   J'ai été fier qu'il ait adopté cette attitude et je suis fier que nous
   l'ayons soutenu sans la moindre hésitation, de manière publique et à la
   tribune de l'Assemblée Nationale, quand tant, dans son camp, doutaient
   du choix qui était le sien.

   Tant que j'en suis à tout dire, puisqu'une élection présidentielle,
   étant donné le tour qu'elle a pris, est le moment, en effet, de mettre
   tous les sujets sur la table, je veux vous dire que je ne suis pas
   assuré que, si, à ce moment, Nicolas Sarkozy avait été Président de la
   République, la France aurait eu l'attitude qui a été la sienne. Je suis
   persuadé qu'elle aurait été du côté de Tony Blair, du côté de José
   Maria Asnar et du côté de Berlusconi, puisqu'il a été leur ami.

   Je suis heureux qu'il y ait eu, dans le peuple français, une immense
   majorité pour soutenir l'attitude qui a été, alors, celle de Jacques
   Chirac, exprimée aux Nations Unies par Dominique de Villepin.

   Il faut que l'Europe s'occupe d'énergie, car nous subissons un certain
   nombre de menaces sur l'autonomie énergétique de l'Europe. Je suis, en
   tout cas, pour que nous bâtissions un plan en matière d'autonomie
   énergétique de notre continent.

   En outre, il faut que l'Europe s'occupe de recherche, car nous avons
   besoin que notre continent fasse le même effort, avec la même rigueur
   qui a été conduite par les États-unis, qui a fait que les
   investissements de ce pays en matière de recherche lui ont donné une
   capacité, une réactivité, une inventivité sans aucune correspondance,
   hélas, dans les pays qui sont les nôtres.

   Il faut, enfin, que l'Europe s'occupe de deux sujets essentiels, qui
   commandent la vision qui va être la nôtre, du XXIème siècle, deux
   sujets qui ne concernent pas uniquement la France ou les pays
   européens, mais qui concernent l'humanité.

   Il faut que nous convainquions la France, tout d'abord, et l'Europe,
   ensuite, de s'occuper du problème du réchauffement de l'atmosphère, de
   la crise climatique qui est en train de naître et des menaces sur la
   biodiversité.

   Bien sûr, il existe, sur ce sujet, des dispositions nationales à
   prendre. Je suis, ainsi, heureux d'avoir été l'un des premiers
   signataires du pacte qu'a proposé Nicolas Hulot et je respecterai ces
   engagements, mais je suis également heureux que Corine Lepage nous ait
   proposé l'idée d'un plan d'adaptation au réchauffement climatique pour
   l'ensemble de la société française. Je trouve, en effet, qu'elle a été
   avisée de le faire.

   Je pense qu'il existe, à ce sujet, non pas une menace de décroissance,
   mais des ressources de croissances nouvelles pour la société française,
   des parts de marché à prendre, notamment en matière industrielle, afin
   que nous puissions faire face à tous ces grands changements que nous
   allons rencontrer.

   Toutefois, il demeure que, au-delà des décisions nationales, cela ne
   peut être qu'une démarche internationale. Même si la France réussissait
   admirablement à réduire de moitié, des deux tiers ou des trois quarts
   ses émissions de gaz à effets de serre, cela ne changerait pas d'un
   millième de millième la composition de l'atmosphère et de l'air que
   nous respirons, car, comme vous le savez, l'air se déplace à la surface
   de la planète et il ne connaît pas nos frontières !...

   C'est donc un engagement international qu'il faut, désormais,
   construire et il peut être et sera porté, si nous le proposons, par
   l'Union européenne, tant les opinions de nos pays sont sensibles à ce
   sujet. C'est une question d'agenda international. C'est une question
   d'engagements qui sont très compliqués à prendre, car ce sont les pays
   riches qui vont les porter, eux qui ont été les plus grands pollueurs,
   et ce sont les pays pauvres qui vont devoir les accomplir et les
   accompagner, eux qui n'ont pas participé à l'émission de ces gaz à
   effets de serre.

   Il s'agit donc d'une très difficile question internationale. C'est
   l'Union européenne qui doit la porter. L'Europe doit s'occuper de
   l'essentiel et pas de l'accessoire.

   Enfin, l'Europe doit s'occuper, avec nous, du sujet qui est
   probablement l'un des plus explosifs et des plus dangereux qui menacent
   aujourd'hui l'équilibre de la planète. L'Europe doit s'occuper du
   développement de l'Afrique misérable. L'Europe doit s'occuper de
   restituer un équilibre.

   Voyez-vous, je sais bien qu'il est nécessaire d'avoir une politique de
   régulation de l'immigration. Même si j'aperçois l'aspect obsessionnel
   qu'un certain nombre de candidats sont en train de donner à ce sujet,
   je sais qu'il faut une politique de régulation, mais je sais aussi, de
   la même manière, qu'il n'existe qu'une politique efficace dans le moyen
   et le long terme pour maîtriser l'immigration et c'est de faire en
   sorte que les femmes et les hommes, qui sont originaires de ces pays
   misérables et abandonnés, puissent trouver, chez eux, le moyen de
   vivre, de travailler, de s'implanter, d'élever des familles.

   C'est donc une politique de co-développement que nous avons l'urgence
   historique de construire avec l'ensemble du continent africain, dont je
   suis certain que, un jour, il suivra l'exemple créé par l'Union
   européenne.

   Si l'Union européenne sait être à la hauteur de sa mission, il y aura,
   un jour, une Union africaine, puis une Union sud-américaine. Un jour,
   dans le monde, des piliers à égalité de droits et de devoirs feront en
   sorte que le monde soit, en effet, comme l'on dit, multipolaire,
   c'est-à-dire respectueux du droit, refusant la prééminence des uns sur
   les autres, exigeant que nous traitions ensemble des problèmes qui
   concernent la survie de l'humanité et son développement.

   Or, pour que l'Europe mette en place ces politiques nouvelles, il est
   nécessaire qu'elle sorte de la crise institutionnelle dans laquelle
   elle est malheureusement enlisée depuis le 29 mai 2005.

   Je propose que nous regardions en face les raisons pour lesquelles le
   peuple français a voté non. Il l'a fait, à mon sens, pour trois
   raisons. La première et la principale est que le texte qu'on lui
   soumettait était illisible et incompréhensible pour un citoyen. C'était
   un texte pour juriste et pas un texte pour citoyen.

   Nous aurions dû prendre garde, et ceux qui l'ont écrit auraient dû
   prendre garde, à sa lisibilité, car, lorsque les Français l'ont reçu et
   l'ont ouvert, comme des femmes et des hommes de bonne foi et, l'ayant
   ouvert, ils ont voulu le lire. Ils en ont lu, parfois une page, parfois
   deux, mais, quoi qu'il en soit, beaucoup d'entre eux, à la troisième
   page, se sont arrêtés. Ils ont considéré que ce texte n'était pas pour
   eux.

   Or, le peuple français, s'il a le sentiment qu'un texte n'est pas pour
   lui, considère qu'il y a un piège et il a eu l'impression que, ce
   piège, c'était que l'on voulait lui imposer un projet de société qu'il
   n'avait pas choisi. Il a eu l'impression que l'on voulait, pour faire
   vite, lui imposer un projet de société ultra libéral, alors que, lui,
   peuple français voulait un projet républicain et solidaire.

   Cela était, selon moi, la principale raison et explication du non.

   J'ai combattu et milité pour que cette raison ne l'emporte pas. Je suis
   naturellement fier de l'avoir fait, mais je dis qu'il faut,
   aujourd'hui, conjurer ce risque, de même qu'il faut conjurer le
   deuxième risque qui touchait au patrimoine de la civilisation
   européenne, étant donné la manière dont on avait, sans même tenir
   compte de l'avis du Parlement et sans même lui demander son avis,
   décidé d'ouvrir, de but en blanc, sans précautions, les négociations
   d'adhésion avec la Turquie, après toute une série d'adhésions et
   d'élargissements qui étaient, sans doute, trop rapides.

   Et, donc, je dis qu'il faut conjurer ces dangers, ces menaces et ces
   risques et il n'y a qu'une manière de le faire : obtenir de nos
   partenaires que nous écrivions ensemble, à partir des mêmes principes
   démocratiques, un texte dont le seul sujet sera de dire comment
   fonctionnent les institutions européennes, quels sont les droits des
   citoyens en face de ces institutions, comment ils seront informés des
   décisions et de quelle manière ils pourront influer sur la façon dont
   ces décisions sont prises.

   Court, lisible, compréhensible par tout le monde, sans ambiguïté, un
   texte que, une fois écrit, je soumettrai au référendum du peuple
   français, parce que je ne veux pas prendre la même voie que d'autres
   candidats qui ont décidé qu'après le résultat du référendum, il
   suffirait, pour sortir de la crise, de court-circuiter le peuple
   français en faisant voter, à la va vite, en quelques semaines, au
   parlement un texte sur lequel le peuple souverain n'aurait pas été
   consulté.

   Le seul moyen pour moi de réconcilier les Français avec l'Europe, ce
   n'est pas de faire l'Europe dans leur dos, c'est de faire l'Europe les
   yeux dans les yeux, avec le peuple des citoyens français, d'expliquer,
   de défendre, devant le peuple des citoyens, les raisons profondes, les
   raisons historiques, les raisons impossibles à éluder qui font que,
   chacun d'entre nous, comme père de famille, comme mère de famille,
   comme chargé plus tard de famille, nous avons besoin de l'Europe pour
   porter notre voix et la faire entendre dans le monde et que nous
   pesions tous ensemble sur l'avenir de la planète.

   Ceci, je suis absolument certain qu'un président de la République, qui
   aura la confiance des Français et qui s'engagera devant eux, obtiendra
   de leur part une réponse favorable à l'idéal européen qui n'aurait
   jamais dû cesser d'être le nôtre.

   À ce prix, nous cicatriserons et, si nous ne faisions pas cela, alors,
   nous creuserions la fracture. Un jour ou l'autre, cela se retournerait
   gravement contre cet idéal Européen.

   Je suis au terme de cette intervention. Il me reste à répondre à une
   dernière question et trouver une dernière rime. Je veux faire rimer
   France avec chance. Nous devons saisir la chance du changement.
   Pourquoi ce changement est-il possible aujourd'hui et ne l'était-il pas
   hier ? Pourquoi ce changement est-il certain ? Parce que l'élection
   présidentielle est la seule qui puisse arracher le pouvoir au régime
   des partis qui voudraient le garder entre leurs mains. C'est la seule
   qui arrache le pouvoir au régime des partis et des dignitaires.

   Voici le calendrier : le 22 avril, dimanche prochain, les Français
   renversent l'une des deux citadelles, celle qu'ils voudront. Ils
   prennent l'une des deux bastilles, celle qu'ils voudront et ils nous
   mettent, en finale de l'élection présidentielle, le 6 mai, ...
   applaudissements... laissez d'abord se dérouler le deuxième tour !...
   Le 6 mai, ils prennent et ils renversent la deuxième bastille.

   Le nouveau président de la République entre en fonction le 15 ou le 16
   mai. Le 17 mai, il nomme un gouvernement de changement et de
   rassemblement. Le 25 mai, il fête son anniversaire.

   Et, dans cette séquence du changement, le 10 et le 17 juin, le peuple
   français donne à ce gouvernement une majorité, comme il l'a fait chaque
   fois qu'il a jugé qu'il était d'urgence nationale de faire arriver une
   majorité nouvelle et de renvoyer les sortants qui refusent de se
   joindre à ce mouvement de rassemblement et de reconstruction.

   J'ai une petite histoire à vous raconter, encore ! Cette majorité, à la
   différence des majorités précédentes, ce ne sera pas la majorité d'un
   seul parti qui veut tous les pouvoirs entre ses mains, ce sera une
   majorité qui associera des sensibilités différentes par un contrat de
   législature pour les faire travailler ensemble.

   Alors, bien entendu, à la tête du Parti Socialiste et de l'UMP, on en
   est encore dans la vieille histoire racornie de la droite contre la
   gauche. Ils ne se sont pas aperçu que le mur de Berlin était tombé !
   Mais, même quand on est aux premières loges, et c'est cela l'histoire
   que je voulais vous raconter pour finir, on a beaucoup de mal à
   s'apercevoir que le mur de Berlin est en train de se fissurer et de
   disparaître.

   Mon ami, notre ami que j'aime tant, Bronislav Geremek, m'a souvent
   raconté une merveilleuse histoire à laquelle je pense toujours quand
   j'entends les Caciques des deux partis qui nous entourent nous
   expliquer que, jamais, on ne pourrait faire disparaître cette frontière
   d'un autre temps entre la droite et la gauche. Cette histoire est
   celle-ci, elle est intégralement vrai et Bronislav Geremek vous la
   racontera, lui qui a été le grand inspirateur de Solidarnosc en
   Pologne. Il vous la raconterait, si vous lui posez la question.

   Un jour, Walésa et Bronislav Geremek, qui était son ministre des
   Affaires étrangères, sont en réunion à Varsovie, avec Elmut Kohl. Ils
   sont assis autour de la table et, à un moment donné, Bronislav Geremek
   dit : "M. Kohl, est-ce que vous ne pensez pas qu'un jour on pourrait
   imaginer que l'Allemagne se réunifie et que le mur de Berlin
   disparaisse ? On entend des bruits qui disent que, après tout,
   peut-être quelque chose pourrait changer dans ce qui fait le plus
   douloureux de la réalité de l'Europe depuis si longtemps".

   Et Helmut Kohl lui dit : "Monsieur Gueremek, vous serez un vieillard,
   moi, je ne serai plus là et, Walésa ne sera plus là non plus, que le
   mur de Berlin sera toujours là".

   À ce moment-là, on a frappé à la porte. Un monsieur l'air affairé et
   inquiet, un jeune collaborateur de Kohl, est entré et lui a chuchoté
   quelque chose à l'oreille. Le mur de Berlin était en train de tomber...

   C'est une formidable histoire et, comme toutes les formidables
   histoires, personne n'aurait osé l'inventer, c'est une histoire vraie.

   Eh bien nous, nous savons que le mur de Berlin est tombé. Nous ne
   voulons pas construire la France du siècle dernier. Nous voulons
   construire la France du nouveau siècle. Nous, nous avons décidé d'être
   de notre temps. Nous ne vivons pas de haines recuites. Nous aimons
   l'avenir. Nous sommes pleins d'énergie et nous avons l'intention, de
   surcroît, d'être plein de gaieté, parce que c'est avec gaieté qu'il
   faut marcher vers cette élection présidentielle.

   Pierre Mendès-France disait ceci, et c'est une phrase formidable : "Il
   n'y a pas de politiques sans risques, mais il y a des politiques sans
   chances".

   La novation que nous proposons à la France, ce n'est même pas un
   risque, c'est sa seule chance et les autres qui refusent cette novation
   croient qu'ils choisissent une politique sans risques. En réalité, ils
   choisissent une politique sans chances.

   Eh, bien, nous, nous qui allons écrire cette page qui vient de notre
   histoire nationale, nous allons, en effet, faire rimer France avec
   croissance, France avec confiance, France avec assurance, France avec
   chance. Nous allons faire rimer France avec espérance.

   Je vous remercie.

   Vive la République et Vive la France !

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