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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Clermont-Ferrand (27/04/2007)

   Mes chers amis,

   Y a-t-il meilleur endroit que la terre auvergnate pour parler de
   l'avenir de la France ?

   Y a-t-il meilleur endroit pour appeler les Français à dire non au
   renoncement que ce lieu sacré où le premier résistant gaulois versa son
   sang pour quelque chose de plus grand que sa tribu ?

   Y a-t-il meilleur endroit pour dire aux Français qu'ils peuvent
   reprendre leur destin en mains que ce vieux pays volcanique où la terre
   de cendres et les montagnes de lave se souviennent encore qu'ici un
   peuple courageux défit les légions de César au nom de la Gaule tout
   entière ?

   Y a-t-il meilleur endroit pour appeler les Français non au sacrifice
   mais à l'effort, pour parler du travail et du mérite que dans cette
   Auvergne où selon Michelet "les hommes ont en eux une force réelle, une
   sève amère, acerbe peut-être, mais vivace comme l'herbe du Cantal" ?

   Y a-t-il meilleur endroit que votre belle Auvergne, mes chers amis,
   pour parler de l'identité de la France, de ce trésor que l'héritage des
   siècles a déposé entre nos mains pour qu'à notre tour nous le
   transmettions à nos enfants plus riche, plus grand, plus beau que nos
   pères nous l'ont légué ?

   Y a-t-il meilleur endroit pour faire se lever dans toute la France
   l'élan du renouveau qu'ici où les hommes ont toujours travaillé,
   toujours prié, toujours pensé, toujours créé, où les hommes tirent des
   profondeurs de la terre cette force qui n'est pas seulement la force
   des bras mais aussi celle de l'âme et de l'esprit.

   Ici, à cet endroit qui est peut-être le vrai centre et le vrai coeur de
   la France, ici où la Gaule tenta de devenir une réalité vivante, ici où
   semblent converger et se mélanger toutes les influences, tous les
   tempéraments, tous les sentiments, toutes les cultures, toutes les
   croyances, ici où se rencontrent la France de la mer et celle de la
   terre, le Nord et le Sud, l'Occident et l'Orient, ici où sur des pitons
   de lave des Vierges noires servent d'intercesseurs entre le Ciel et la
   Terre,

   ici se noue depuis vingt siècles le mystère d'une France dont l'âme est
   enracinée dans son sol, dans son histoire, dans ses mythes et ses
   traditions venus du fond des âges, mais dont le regard est tourné vers
   le ciel, vers le grand large, vers l'avenir,

   ici se noue le mystère d'une France qui répète éternellement les gestes
   immémoriaux qui se transmettent de génération en génération et qui en
   même temps ne cessent jamais de se renouveler, de se réinventer, de se
   recréer.

   Tous les Auvergnats ont contribué à faire la France avec leurs mains
   autant qu'avec leurs coeurs. Et le souvenir des plus grands d'entre eux
   reste vivant dans bien des mémoires françaises. L'Auvergne bien sûr
   donna à la France Vercingétorix, mais elle ne lui donna pas que lui.

   Elle lui donna l'intelligence pure et l'âme tourmentée de Pascal.

   Elle lui donna Michel de l'Hôpital, ce chancelier de France dont on
   enseignait jadis aux enfants dans les écoles qu'il avait vécu "esclave
   de la justice et de l'honneur".

   Elle lui donna Desaix, ce Général de la Révolution à 26 ans, qui mourut
   à 32 ans en s'écriant : "Je meurs content puisque je meurs pour la
   patrie !"

   Elle lui donna La Fayette qui a dit à l'Amérique : "Je ne veux obtenir
   de vous qu'une seule faveur, celle de me battre comme un simple soldat,
   volontaire et sans solde", et qui a scellé pour l'éternité l'amitié de
   l'Amérique et de la France.

   L'Auvergne donna à la France trois Présidents.

   Elle lui donna Paul Doumer, grande figure républicaine. Je veux rendre
   hommage à ce fils de cheminot, qui avait commencé à travailler dès
   l'âge de douze ans, auquel la Grande Guerre prit quatre de ses fils et
   qui mourut assassiné par un fou qui voulait tuer la République
   française.

   L'Auvergne donna à la France Georges Pompidou. Je veux lui rendre
   hommage ce soir parce qu'il incarne à mes yeux un idéal d'homme d'État
   pétri d'humanisme et épris de modernité.

   Georges Pompidou, qui pendant six ans avait été le Premier Ministre du
   Général De Gaulle.

   Georges Pompidou, qui pendant les événements de mai 68 avait su à force
   d'autorité, de sang-froid, d'intelligence et de coeur conjurer le drame
   et empêcher que coulât le sang.

   Georges Pompidou, qui avait compris tout de suite que la crise
   étudiante révélait un problème de civilisation.

   Georges Pompidou, qui avait voulu être et qui fut un "Président qui
   gouverne".

   Georges Pompidou, qui a écrit dans Le Noeud gordien ces quelques mots
   qui sont pour moi les plus vrais et les plus profonds que l'on ait
   écrit sur la politique et qui restent, presque quarante ans plus tard,
   encore aussi vrais et aussi profonds :

   "En tout temps, le peuple veut avoir devant lui quelqu'un qui soit
   sincère et humain. Sincère, c'est-à-dire qui explique les choses telles
   qu'elles sont, qui ne donne pas l'impression soit de vouloir tromper,
   soit de ne pas croire lui-même à ce qu'il fait. Humain, c'est-à-dire
   qui comprenne les problèmes des humbles et des simples citoyens."

   Voilà ce que disait Georges Pompidou et qui devrait être une ligne de
   conduite pour toutes les femmes et tous les hommes politiques de notre
   temps.

   Georges Pompidou, homme de culture et de volonté, qui voulait que la
   France continuât d'être une puissance agricole et devînt une grande
   puissance industrielle.

   Georges Pompidou, qu'on a voulu attirer dans la boue d'une affaire
   sordide.

   Georges Pompidou, qu'on a voulu salir, qu'on a voulu détruire en
   attaquant sa famille, en attaquant son honneur, et qui finalement a été
   élu parce que les Français ne sont jamais dupes de ces coups bas, de
   ces manoeuvres qui visent à discréditer par l'insinuation, par la
   rumeur, par le mensonge.

   Je veux rendre aussi ce soir un solennel hommage au troisième Président
   de la République que l'Auvergne a donné à la France. Je veux dire mon
   amitié et mon respect à Valéry Giscard d'Estaing. Je veux lui dire mon
   estime pour son sens de l'État et pour ses convictions européennes.

   Il a desserré les carcans qui étouffaient la société française. Il a
   abaissé l'âge de la majorité à 18 ans. Il a pris l'initiative de la loi
   sur l'interruption volontaire de grossesse. Il a soutenu envers et
   contre tout Simone Veil, qui a porté ce projet de loi à bout de bras
   sous les attaques et les injures sans jamais faiblir.

   Sans Valéry Giscard d'Estaing, sans Simone Veil, sans Jacques Chirac
   qui était alors Premier Ministre, ce combat n'aurait pas pu être gagné.

   Des milliers de femmes leur doivent tout simplement la vie. Ils ont
   fait honneur à la France.

   Le moins que l'on puisse dire c'est que les moeurs politiques
   d'aujourd'hui ne sont pas tellement meilleures que celles de cette
   époque. On pourrait même dire qu'à bien des égards elles sont pires
   dans la mesure où le dénigrement, l'insinuation, la calomnie ou le
   mensonge ont à leur disposition des moyens de diffusion autrement plus
   puissants que ceux d'alors.

   Vous savez, quand il m'arrive d'aller sur Internet, de lire les
   journaux ou d'écouter la radio et la télévision, je dois dire que j'ai
   beaucoup de mal à me reconnaître dans la façon dont on me caricature et
   dont parfois on me salit. Vous dire que je suis indifférent à tout
   cela, que je ne suis jamais blessé par des attaques souvent indignes,
   serait mensonger. Mais au fond je m'y attendais et je m'y suis préparé
   depuis longtemps.

   Seulement quand j'entends des gens dont la vie n'est pas
   particulièrement un exemple, qui n'ont jamais fait preuve d'une
   grandeur d'âme, d'un sang-froid, d'une dignité particulièrement
   remarquables, quand j'entends ces gens chez lesquels on aurait bien du
   mal à trouver une quelconque supériorité de coeur, d'intelligence ou de
   caractère donner des leçons, je me dis en mon for intérieur :
   qu'ont-ils donc fait dans leur vie de si admirable qui leur permette de
   parler de moi avec un tel mépris ? Qui sont-ils donc pour se permettre
   d'instruire à mon égard des procès d'intention ?

   Je dois dire que lorsque j'entends ce qu'ils disent de moi, lorsque
   j'entends toute cette arrogance, tout ce mépris, toute cette suffisance
   à mon égard, il me faut faire parfois beaucoup d'efforts sur moi-même
   pour ne pas répondre, pour ne pas leur dire publiquement : "qui
   êtes-vous donc pour oser dire cela ? Qu'avez-vous fait dans votre vie
   qui vous autorise à parler ainsi ?"

   Mais finalement je me dis en moi-même que tout cela est misérable et ne
   vaut pas la peine.

   Je me dis en moi-même que les Français méritent mieux que cette
   politique-là.

   Je me dis que la France mérite mieux que cette politique de caniveau et
   que ce serait de ma part manquer de respect aux Français, que ce serait
   manquer de respect aux onze millions d'électeurs qui ont voté pour moi
   au premier tour, que ce serait manquer de respect à la fonction
   présidentielle que de me laisser aller à répondre à des attaques
   personnelles tellement outrancières qu'elles rabaissent ceux-là même
   qui les profèrent.

   Les Français se débattent dans les difficultés.

   Ils sont aux prises avec les problèmes de l'emploi, du pouvoir d'achat,
   de l'insécurité, du logement, de la santé. C'est de cela dont je veux
   parler avec eux.

   Le 22 avril les Français ont choisi. Ils ont choisi le débat qui leur
   semblait le plus décisif. Ils ont choisi la confrontation qui leur
   paraissait la plus utile. Ils l'ont fait avec clarté. Ils l'ont fait en
   allant voter massivement, ils l'ont fait en mettant en tête deux
   candidats. Maintenant nous avons un devoir Madame Royal et moi : celui
   d'éclairer les Français, dans la dignité et la sincérité.

   Il n'y a pas de place au second tour de la présidentielle pour
   l'aventure solitaire. Il n'y a pas de place pour les coups médiatiques.

   La politique n'est pas faite pour permettre aux hommes politiques
   d'exister dans les médias. Elle n'est pas faite pour le contentement
   des hommes politiques.

   On ne fait pas de la politique pour soi-même.

   On ne fait valablement de la politique que pour les autres.

   On ne fait dignement de la politique que pour servir.

   Oui, je crois profondément comme Georges Pompidou que le peuple ne
   devrait avoir devant lui que des hommes politiques sincères et humains.
   La crise de la politique serait alors résolue.

   Pour atteindre ce but, il faut juste un peu de morale.

   Un peu de morale que tous les hommes politiques s'appliqueraient à
   eux-mêmes avant de faire la leçon aux autres.

   Un peu de morale qui consisterait à s'appliquer à soi-même les règles
   de comportement que l'on voudrait voir appliquer par les autres.

   La dignité de la politique, le respect qu'elle devrait inspirer, la
   confiance dont elle a besoin ont été ébranlés parce que pendant trop
   longtemps, à gauche comme à droite, beaucoup de responsables politiques
   ont pris la détestable habitude de prôner pour les autres des
   sacrifices qu'ils étaient absolument incapables de s'imposer à
   eux-mêmes. Parce qu'ils ont pris la détestable habitude d'imposer aux
   autres des obligations qu'ils ne s'imposaient pas à eux-mêmes.

   Je ne veux faire la leçon à personne. Mais je veux rompre avec cette
   dérive qui n'est pas seulement une dérive de la politique.

   J'ai voulu remettre la morale au coeur du débat politique dont elle
   avait été chassée depuis des décennies par l'idéologie de mai 68.

   Je veux tourner la page de mai 68, je veux remettre de la morale dans
   la politique. Le mot "morale" ne me fait pas peur.

   Pour moi la morale en politique, c'est d'abord le respect de la
   démocratie. C'est le respect de ses principes. C'est le respect de ses
   règles.

   Pour moi la démocratie ce n'est pas la haine de l'autre, ce n'est pas
   le mépris de celui qui ne pense pas comme vous, ce n'est pas la
   violence dans les comportements, dans les propos, ce n'est pas
   l'affrontement, ce n'est pas la guerre.

   La démocratie c'est un système politique fondé sur des valeurs
   partagées qui permettent de vivre ensemble, de débattre ensemble, de
   décider ensemble, et au nom desquelles chacun accepte de se plier à la
   loi de la majorité, accepte d'être gouverné par celui pour lequel il
   n'a pas voté, par celui qui n'est pas d'accord avec lui mais qui a été
   élu.

   Il y a aujourd'hui des gens dans notre pays qui n'arrivent pas à
   accepter les principes de la démocratie, qui n'arrivent pas à accepter
   la loi de la majorité, qui n'arrivent pas à accepter que les Français
   ne les aient pas désignés, que les Français ne les aient pas choisis.

   Il y a des gens qui ne peuvent pas s'empêcher de penser que la
   démocratie ne fonctionne bien que lorsqu'ils gagnent.

   Il y a des gens qui sont tellement convaincus d'avoir raison, tellement
   convaincus qu'ils ne peuvent qu'être promis à un destin exceptionnel,
   que leur défaite ne peut être que le fruit d'une manipulation, d'un
   complot, d'une manoeuvre frauduleuse.

   Je comprends l'amertume, je comprends la déception, je comprends la
   souffrance de celui dont l'engagement a été total, qui s'est battu pour
   ses convictions avec toute son énergie pendant des mois.

   Je comprends qu'il est des cas où la défaite électorale peut être vécue
   comme un drame personnel. J'ai connu l'échec. J'ai vécu des défaites
   douloureuses, je sais ce que c'est que la douleur de l'échec. Mais cela
   ne justifie pas l'outrance, cela ne justifie pas l'injure, cela ne
   justifie pas le mensonge.

   On peut être déçu et l'on peut être digne. On peut trouver injuste un
   résultat qui n'est pas à la hauteur de la peine que l'on a prise, de
   l'ardeur que l'on a mise dans sa campagne, mais l'on peut être
   respectueux des électeurs qui ont voté en plus grand nombre pour un
   autre candidat.

   Je veux dire ce soir les choses aussi calmement, aussi poliment que
   possible. Mais je veux les dire clairement pour qu'elles soient bien
   entendues et qu'elles soient bien comprises.

   Je veux dire ce soir que je ne laisserai personne voler aux Français le
   deuxième tour de l'élection présidentielle.

   Je ne laisserai personne confisque le débat pour lequel les Français se
   sont prononcés massivement dimanche dernier.

   Ce serait un véritable déni de démocratie.

   Je vois bien l'intérêt de tous ceux qui n'ont rien à dire, qui n'ont
   pas d'idée, qui n'ont pas de conviction ou en tout cas qui ne se
   sentent pas assez assurés dans leurs idées et leurs convictions. Je
   vois bien leur intérêt d'empêcher que la campagne du second tour ait
   réellement lieu. Je vois bien la tentation pour tous ceux que le
   résultat du premier tour n'a pas satisfaits, d'essayer de prendre leur
   revanche sur les urnes en provoquant un brouillage médiatique où les
   petites manoeuvres politiciennes étoufferaient le débat d'idées sur les
   deux seuls projets entre lesquels les Français auront à choisir le 6
   mai prochain.

   Ceux qui sont tentés par cette stratégie de confiscation du débat
   démocratique doivent savoir qu'ils me trouveront en travers de leur
   route.

   Je veux dire aussi ce soir que je veux bien admettre que l'on puisse
   sans doute aller assez loin dans la passion d'une campagne dans la
   mauvaise foi, dans les écarts de langage, mais qu'il y une limite qu'il
   ne faut pas franchir.

   Franchir cette limite c'est s'en prendre à la démocratie elle-même.
   Cette limite pour moi c'est la diffamation. Je le dis poliment mais
   fermement : je ne laisserai personne me diffamer.

   Il me semble que nous venons d'entendre la pire énormité que l'on n'ait
   jamais osé proférer dans notre pays lors d'une campagne électorale. Je
   crois que cela mérite que l'on s'y arrête un instant pour prendre la
   mesure de la dérive qui nous menace si nous continuons ainsi.

   Car rendez-vous compte que certains déclarent publiquement qu'ils sont
   persuadés que j'ai fait quelque chose dont ils avouent qu'ils n'ont
   absolument aucune preuve, ni aucun indice, ni rien qui puisse étayer
   leur thèse, sauf peut-être l'antipathie qu'ils éprouvent à mon égard !

   Alors je pose la question : où va-t-on comme cela ? Et le pire, c'est
   qu'ils n'ont pas honte.

   C'est plus fort que le procès stalinien !

   Certains me disent :

   "Nous sommes persuadés que vous avez fait pression sur le CSA pour
   empêcher que Madame Royal aille débattre avec Monsieur Bayrou. Je n'ai
   pas de preuve, je n'ai pas d'indice, je n'ai rien qui me permette
   d'étayer ce que j'avance mais ça ne fait rien. Je suis sûr que c'est
   vrai parce que votre tête ne me revient pas, et parce que vos idées ne
   me plaisent pas. Le délit de faciès et le délit d'opinion sont à la
   mode chez les bien pensant ! Bientôt tous ceux qui sont pas d'accord
   avec eux seront des fascistes cela leur permettra de se trouver le
   point commun qui leur manque pour entrer dans une coalition avec le
   parti communiste et avec l'extrême gauche.

   Cela serait seulement pathétique et dérisoire si les enjeux n'étaient
   pas aussi importants pour notre pays, si l'attente des Français n'était
   pas aussi grande.

   Car nous ne pouvons pas nous permettre qu'une fois encore l'élection
   présidentielle soit un rendez-vous manqué.

   Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir un débat tronqué qui
   débouche encore une fois sur un résultat ambigu, faute que tout ait pu
   être dit, que tout ait pu être suffisamment expliqué, suffisamment
   éclairé pour que chacun puisse se prononcer sur le fond en toute
   connaissance de cause.

   La France a pris trop de retard pour pouvoir retarder encore le moment
   du choix décisif.

   Entre la coalition des rancoeurs et des déceptions qui rabaisse le
   débat, et le front commun des haines et des intolérances qui est
   indigne de la République,

   Entre les petites manoeuvres politiciennes du temps où triomphait le
   régime des partis et le déchaînement de la pensée unique qui ne
   supporte pas que le peuple refuse désormais que l'on puisse décider à
   sa place,

   Il y a quand même une inquiétude à avoir pour l'avenir de notre
   démocratie.

   En fait il s'agit toujours de la même chose. Il s'agit d'escamoter le
   peuple, de l'empêcher de décider, de le tenir à l'écart, de le
   manipuler.

   Les adeptes de la pensée unique rêvent d'une démocratie où le peuple
   n'irait pas voter, où l'abstention serait énorme, où l'information
   serait réservée à quelques-uns, où les décisions se prendraient entre
   des gens qui appartiennent au même milieu, qui ont la même formation,
   les mêmes réflexes, qui se connaissent, qui ont entre eux des
   connivences, des intérêts, des complicités.

   Ils regrettent le temps de la France des notables et le suffrage
   censitaire.

   Ils déplorent que l'élection du président de la République soit au
   suffrage universel.

   Ils voudraient la proportionnelle intégrale où tout serait entre les
   mains des partis et où l'instabilité politique rendrait l'État
   impuissant face aux féodalités.

   Les adeptes de la pensée unique n'ont pas supporté le premier tour. Ils
   n'ont pas supporté cette participation énorme, ce peuple qui veut
   choisir lui-même son destin.

   Dans cette campagne j'ai voulu m'adresser directement au peuple
   français. J'ai voulu m'adresser à cette France exaspérée, à cette
   France qui souffre à laquelle personne ne parlait plus sauf les
   extrêmes.

   Et le miracle s'est produit. Le peuple a entendu. Le peuple a répondu.
   Le peuple s'est levé.

   Et maintenant on veut le faire rasseoir.

   On veut le remettre à l'écart.

   On veut l'ensevelir sous une avalanche de faux débats.

   On veut que plus personne ne puisse lui parler.

   On veut que dans le vacarme médiatique il ne puisse plus entendre
   personne.

   Parce qu'en réalité on ne veut partager avec lui ni le pouvoir, ni la
   richesse, ni le savoir.

   Parce qu'en réalité on ne veut pas que le peuple soit libre. On le
   préfère ignorant, parce que l'ignorant n'est pas libre. On le préfère
   assisté, parce que l'assisté n'est pas libre. On le préfère prisonnier
   de l'égalitarisme, parce qu'avec l'égalitarisme personne n'est libre
   d'entreprendre, de réussir, de réaliser ses rêves, ses ambitions, de
   bousculer l'ordre établi, de revendiquer la récompense du mérite, le
   partage des profits, le partage du pouvoir.

   Eh bien moi je veux être le candidat du peuple, le porte-parole du
   peuple, de tous ceux qui en ont assez qu'on les mette de côté, qu'on
   les ignore, qu'on veuille leur expliquer la vie, qu'on veuille leur
   expliquer pourquoi ils devraient subir, toujours subir, sans rien dire,
   sans protester, pourquoi ils devraient se contenter de leur sort,
   pourquoi ils devraient s'émerveiller devant la mondialisation, devant
   les délocalisations, pourquoi ils se trompent quand ils croient que
   leur pouvoir d'achat baisse, pourquoi ils devraient se sentir heureux
   au lieu de se sentir malheureux.

   Je veux être le candidat, je veux être le porte-parole de tous ces
   Français qui travaillent dur ou qui veulent travailler mais qui ne
   trouvent pas de travail parce que l'on fait tout pour détruire le
   travail.

   Je veux être le candidat, je veux être le porte-parole de cette France
   qui en a assez d'être sacrifiée, qui en a assez de payer pour des
   erreurs qu'elle n'a pas commises, qui en a assez qu'on se moque d'elle.

   Cette France je l'imposerai dans le débat du second tour.

   Cette France elle peut compter sur moi pour qu'on ne lui vole pas cette
   élection présidentielle qui est la sienne, qui est celle du peuple et
   pas seulement celle des partis et des médias.

   Je veux dire aux Français : depuis trente ans on parle à votre place,
   on pense à votre place, on décide à votre place. Vous en avez assez que
   des gens qui ne sont pas élus, qui ne sont responsables devant
   personne, qui n'ont de comptes à rendre à personne décident de votre
   vie, de votre avenir, de celui de vos enfants.

   Vous en avez assez de tous ces gens qui décident à votre place et qui
   ne supportent jamais pour eux-mêmes les conséquences de ce qu'ils
   décident.

   Vous en avez assez de tous ces gens qui veulent toujours vous imposer
   des sacrifices qu'ils ne sont pas capables de s'imposer à eux-mêmes.

   Vous en avez assez que l'on vous répète sans arrêt qu'il n'y a qu'une
   seule politique possible et que vous n'avez pas le choix.

   Vous en avez assez.

   Vous en avez assez que des commissaires européens, des Banques
   Centrales, des cabinets ministériels, des grands corps, des experts,
   les médias, pensent à votre place, décident à votre place.

   Vous en avez assez que la démocratie abdique devant la soi-disant
   dictature des marchés.

   Vous en avez assez que l'État abdique devant les bureaucraties, les
   corporatismes et les lobbies.

   Vous en avez assez que l'Europe ne soit pas démocratique.

   Vous en avez assez qu'on vous dise :

   "Plus de croissance, ce n'est pas possible !"

   "Le plein emploi, ce n'est pas possible !"

   "Travailler plus pour gagner plus, ce n'est pas possible !"

   "L'augmentation du pouvoir d'achat, ce n'est pas possible !"

   "Que tout le monde sache lire, écrire et compter, ce n'est pas possible
   !"

   "Choisir l'école de vos enfants, ce n'est pas possible !"

   "Le recul de la délinquance, ce n'est pas possible !"

   "Le service minimum dans le service public, ce n'est pas possible !"

   "La baisse des impôts, ce n'est pas possible !"

   "La politique industrielle, ce n'est pas possible !"

   "La taxation des pollutions, ce n'est pas possible !"

   "La préférence communautaire, ce n'est pas possible !"

   "La lutte contre les concurrences déloyales, ce n'est pas possible !"

   Eh bien, si, c'est possible ! Tout cela est possible si nous le voulons
   vraiment !

   Vous en avez assez que l'on décide à votre place ce que vous avez ou
   non le droit de dire.

   Vous en avez assez de la repentance.

   Vous en avez assez que l'on cherche à vous imposer d'avoir honte de la
   France, de son histoire, de ses valeurs.

   Vous en avez assez qu'il ne soit pas possible de dire que ceux qui
   n'aiment pas la France et qui n'aiment pas les valeurs de la République
   ne sont pas obligés d'y rester.

   Vous en avez assez que l'identité nationale soit considérée comme un
   gros mot.

   Vous en avez assez que l'on ne puisse plus avoir le droit de dire qu'un
   voyou est un voyou.

   Vous en avez assez que l'on ne puisse pas parler de la nation sans être
   accusé de nationalisme, que l'on ne puisse pas parler de protection
   sans être accusé de protectionnisme, que l'on ne puisse pas dénoncer la
   surévaluation de l'euro sans être accusé d'être anti-européen, que l'on
   ne puisse pas dénoncer l'accaparement du pouvoir par la technocratie ou
   montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de
   démagogie, que l'on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans
   être immédiatement taxé de populisme.

   Vous en avez assez de la langue de bois et vous avez raison.

   Vous en avez assez de la pensée unique et vous avez raison.

   Je veux en finir avec la pensée unique qui est le point de rencontre de
   tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les
   arrogances.

   Je veux vous rendre votre liberté. Votre liberté de choix. Votre
   liberté de parole. Votre liberté de penser.

   La France c'est tous les Français, toutes les villes, tous les
   quartiers, tous les villages. C'est la France de la mer et celle des
   campagnes, celle de la métropole et celle de l'outre-mer. C'est une
   seule et même France, une et indivisible, qui tire le meilleur parti de
   toutes ses ressources, de tous ses potentiels, de tous ses atouts, de
   tous ses talents, de tous ses territoires, qui n'en laisse aucun de
   côté, qui n'en gaspille aucun. Le retour de la nation que la pensée
   unique avait enterrée exprime ce besoin de se protéger ensemble et
   d'agir ensemble pour relever le défi de la mondialisation.

   Depuis 25 ans, la pensée unique nous dit que l'industrie c'est fini,
   qu'il faut la laisser aux pays émergents qui payent leurs ouvriers
   moins cher.

   Ce que la pensée unique n'a pas compris c'est qu'en laissant partir la
   fabrication, c'est tout qui risque de s'en aller.

   À ceux qui rêvent d'une France sans usine et sans atelier, je dis que
   si toutes les usines s'en vont, le reste risque de partir aussi.

   Lorsque toutes les entreprises seront en Chine ou en Inde, il n'y aura
   aucune raison pour que les services aux entreprises ne partent pas
   aussi. Il n'y aura aucune raison pour que la recherche ne s'en aille
   pas. La Chine et l'Inde forment chaque année plus d'ingénieurs et de
   chercheurs que l'Europe.

   Si les conditions actuelles de l'échange se perpétuent, si les
   politiques européennes restent les mêmes, si nous n'investissons pas,
   tout partira, même les activités de très haute technologie et à très
   haute valeur ajoutée.

   Pour comprendre le péril qui nous guette, il suffit de voir ce qui se
   passe avec des entreprises comme EADS ou Alcatel. Il suffit de voir les
   positions que prennent les Indiens dans l'informatique. Il suffit de
   voir les ambitions de la Chine dans l'aéronautique et dans l'espace.

   La pensée unique a eu tort quand elle a décrété la fin de la vieille
   économie industrielle. Regardez la sidérurgie aujourd'hui. Regardez la
   prospérité de toutes les industries de base qui n'arrivent plus à
   fournir la demande mondiale. Regardez le gâchis d'Arcelor qu'on a
   bradée parce qu'on croyait que la sidérurgie c'était le passé.

   Il y a une autre politique possible que celle du renoncement
   industriel. Je ne veux pas d'une Europe qui empêche toute politique
   industrielle au nom des dogmes d'une concurrence que même les
   Américains n'auraient jamais l'idée de s'appliquer à eux-mêmes, et ne
   parlons pas des Japonais, des Coréens ou des Chinois.

   Je veux une Europe qui agira en faveur de l'industrie européenne au
   lieu de l'empêcher de vivre et de se développer.

   Je veux une Europe qui laissera aussi les États avoir une politique
   industrielle.

   Si je suis élu, j'en prends l'engagement solennel devant vous, la
   France aura une politique industrielle. Je ferai tout pour que notre
   industrie puisse être compétitive. Je ferai tout pour que le
   développement industriel à long terme ne soit pas empêché par
   l'obsession du court terme. Je veux prendre à bras le corps le problème
   des délocalisations.

   Il nous faut une politique globale du système productif. Je la mettrai
   en oeuvre.

   Mais on ne peut pas vouloir une industrie compétitive et surtaxer le
   travail et l'investissement. C'est pour cela que je veux taxer le
   pollueur plutôt que le travailleur. C'est pour cela que je veux
   expérimenter la TVA sociale qui taxera les importations de la même
   manière que les produits français.

   On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et augmenter le prix
   de l'électricité et du gaz sans aucun rapport avec les coûts de
   production.

   On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et gérer les
   entreprises publiques au nom de la seule logique de la rentabilité à
   court terme sans les faire contribuer à la politique industrielle.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et accepter que les
   entreprises publiques délaissent les technologies françaises au profit
   des technologies de pays qui n'accordent même pas la réciprocité en
   matière d'ouverture des marchés. Je le dis, l'affaire Bombardier m'a
   choqué; on n'a pas sauvé Alstom pour regarder les bras croisés la SNCF
   acheter des trains canadiens alors même que le marché canadien du
   matériel ferroviaire est fermé à la concurrence.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et refuser de mettre
   la politique de la commande publique au service du développement
   industriel.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas avoir
   d'instrument financier pour que l'État puisse investir dans la
   réindustrialisation des bassins industriels en difficulté où il existe,
   une tradition, une culture, un savoir-faire précieux qu'il serait
   absurde de gaspiller. Quand je vois la prospérité qu'ont bâti sur leur
   tradition industrielle le pays basque espagnol ou la Bavière, je me dis
   que faire ce que nous avons trop souvent fait en France en renonçant à
   relancer l'industrie dans beaucoup de nos vieilles régions
   industrielles est un immense gâchis.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et refuser que l'État
   prenne des participations temporaires dans les entreprises stratégiques
   qui ont besoin de passer un cap difficile, comme je l'ai fait pour
   Alstom en me battant contre le dogmatisme de la Commission européenne.
   Alstom était soi-disant perdue. Aujourd'hui Alstom est sauvée et ses
   carnets de commande sont pleins.

   Preuve qu'avec un peu de coeur, avec un peu d'imagination et beaucoup
   de volonté la politique peut encore quelque chose, même pour
   l'industrie.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas soutenir
   les secteurs qui constituent les points forts de notre savoir-faire
   industriel comme les transports, le TGV, le nucléaire, l'aéronautique,
   l'espace, l'électronique de défense, la pharmacie ou
   l'agro-alimentaire. Et je ne vois pas non plus ce que la France aurait
   à gagner à laisser tomber la construction navale dans un monde où le
   trafic maritime ne cesse d'augmenter.

   On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas investir
   dans les activités nouvelles pour lesquelles nous possédons de réels
   atouts. Je pense par exemple aux technologies propres, qui sont
   appelées à prendre une place considérable dans l'économie de demain. Je
   pense aussi à l'industrie du logiciel, qui fait le lien entre la
   nouvelle et l'ancienne économie.

   La pensée unique dit que le capitalisme familial c'est fini, qu'il n'y
   a plus que le capitalisme financier. Ici, on sait ce que l'on doit au
   capitalisme familial.

   Ici on sait bien qu'une entreprise familiale ce n'est pas tout à fait
   une entreprise comme les autres. On sait bien à Clermont-Ferrand que si
   Michelin n'avait pas été une entreprise familiale si profondément
   enracinée, elle serait partie depuis longtemps, mais on voit aussi que
   cet enracinement ne l'a pas empêchée, bien au contraire, de rester
   performante.

   Une autre politique est possible. Une autre politique est nécessaire.
   Parce que dans le capitalisme financier, l'entreprise cesse trop
   souvent d'être une communauté humaine. Parce que dans le capitalisme
   financier il n'y a plus aucun lien entre l'actionnaire et le salarié.
   Parce que dans le capitalisme financier lorsqu'il est totalement livré
   à lui-même, le prédateur et le spéculateur ont tendance à prendre le
   pas sur l'entrepreneur.

   Si je suis élu, je ferai tout pour rééquilibrer le capitalisme au
   profit du capitalisme familial et des entrepreneurs.

   La pensée unique dit que l'artisanat et le petit commerce c'est fini.
   La pensée unique fait tout depuis 25 ans pour tuer l'artisanat et le
   petit commerce. Mais que deviendraient alors nos centres-villes et nos
   villages ? La pensée unique compte pour rien la convivialité et la
   proximité.

   Une autre politique est possible. Une politique qui rétablirait
   l'égalité des conditions de la concurrence, qui mettrait l'artisanat et
   le petit commerce dans une concurrence loyale face aux grands commerces
   et à la grande industrie. Une politique qui protégerait nos artisans du
   dumping social à l'intérieur et à l'extérieur de l'Union Européenne.
   C'est la politique que je mettrai en oeuvre si je suis élu.

   La pensée unique dit que l'agriculture c'est fini. Un commissaire
   européen s'est même cru autorisé au début de cette année - on se
   demande à quel titre ? - de conseiller aux agriculteurs de prendre un
   second métier pour pouvoir survivre dans l'avenir. Je le dis comme je
   le pense : Elle aurait mieux fait de se taire.

   Cette déclaration était parfaitement scandaleuse. L'agriculteur veut
   vivre de son métier d'agriculteur, et l'Europe a besoin de son
   agriculture pour assurer son indépendance alimentaire. Je veux le dire
   ce soir à tous les agriculteurs : pour moi l'agriculture ce n'est pas
   fini. Pour moi l'agriculture ce n'est pas le passé. Pour moi
   l'agriculture c'est l'avenir. Parce que demain la question de la
   qualité de l'alimentation sera de plus en plus décisive.

   Si je suis élu je ne laisserai pas la Politique Agricole Commune servir
   de monnaie d'échange dans les négociations de l'OMC. L'avenir du
   Tiers-Monde n'est pas dans la conquête du marché agricole européen.
   Elle est dans sa capacité à se nourrir et à développer à la fois son
   autosuffisance alimentaire et son marché intérieur.

   L'Europe quant à elle n'est pas excédentaire, contrairement à ce qu'on
   dit souvent.

   Elle a besoin d'une agriculture capable d'abord de répondre à ses
   besoins tout en respectant l'environnement.

   Les agriculteurs, ce ne sont pas seulement les travailleurs qui tirent
   de la terre la nourriture de l'Europe. Ils sont aussi les dépositaires
   d'une tradition qui remonte loin dans le passé de nos vieux pays. Nul
   ne peut comprendre la France d'aujourd'hui s'il ne se rappelle pas que
   c'est une vieille nation paysanne. Nul ne peut comprendre l'attachement
   charnel de tant de Français à la terre de France s'il ne se souvient
   pas que coule dans leurs veines du sang paysan voué pendant des siècles
   à féconder le sol français.

   Comme nul ne peut comprendre la sensibilité d'un peuple s'il ne se
   souvient pas des générations qui se sont épuisés à gagner avec leurs
   mains de quoi élever les enfants qui n'étaient promis qu'à une seule
   destinée : celle de prendre un jour la suite de leurs pères à l'usine
   ou à la ferme. À notre époque où les fils n'imitent plus les pères, où
   la plupart des salariés changent de métier et d'entreprise plusieurs
   fois dans leur vie, ces traces sont restées profondes dans les
   mentalités et dans les coeurs. Ces traces sont des richesses qu'il ne
   faut pas perdre. Ce n'est pas seulement de mémoire dont il s'agit.
   C'est aussi de morale, de culture et, au bout du compte, de façon
   d'être et de façon de travailler.

   Cet héritage n'est pas un handicap, une prison qui enfermerait dans le
   passé. C'est un atout qui, faisant de la France un peuple de
   travailleurs exceptionnels, exceptionnellement durs à la tâche et
   exigeants avec eux-mêmes, lui donne l'énergie de toujours se relever
   quand on la croit vouée au déclin.

   La pensée unique récuse tout cela, qu'elle croit appartenir à un passé
   révolu, qui ne rentre pas dans les chiffrages, qui n'est pas
   quantitatif, qui n'est pas mesurable, mais qui est de l'ordre de la
   qualité et de l'humain, de l'ordre de ce qui au fond constitue le
   terreau de la France de demain.

   C'est la même incompréhension qui pousse la pensée unique à croire que
   pour être plus efficace il faut non seulement laisser partir les usines
   et s'éteindre jusqu'au souvenir de l'industrie, abandonner les champs
   qui sont si éloignés de la nouvelle économie, mais qu'il faut aussi
   laisser tomber la ruralité, les petites communautés villageoises qui se
   sont toujours défendues comme elles le pouvaient pour rester vivantes.

   La pensée unique dit que les territoires ruraux c'est fini, qu'il faut
   accélérer l'exode, qu'il faut leur enlever les services publics pour
   faire des économies. Plus les gens s'en vont, plus la pensée unique
   veut faire partir les services publics. Mais c'est l'inverse qu'il
   faudrait faire. Au lieu d'inciter les gens à s'entasser dans des
   banlieues, il vaudrait mieux essayer de les inciter à revenir là où
   tant de gens ont vécu pendant tant de siècles, en leur redonnant de
   vrais services publics, en ayant comme objectif non l'abandon mais la
   reconquête des territoires que depuis des années on a complètement
   marginalisés. Et pour cela refaire une vraie politique d'aménagement du
   territoire. Car en tirant le meilleur parti de tous les territoires
   cette politique qui peut coûter cher au départ peut rapporter beaucoup
   à l'arrivée.

   Si je suis élu, je redonnerai leur chance à tous les territoires. Je
   remettrai l'aménagement du territoire au centre des politiques
   publiques.

   Pour protéger nos emplois et nos territoires, nous devons revoir notre
   conception du libre-échange qui nous dit qu'il nous faut tout laisser
   passer, qu'il ne nous faut même pas regarder ce qui passe.

   J'appelle cette politique la politique de la naïveté. Il y a une autre
   politique possible. C'est la politique de la réciprocité. Nos marchés
   sont ouverts à ceux qui ouvrent les leurs mais ils sont fermés à ceux
   qui ferment les leurs. C'est la politique qui refuse la concurrence
   déloyale et qui met des barrières aux dumpings monétaires, sociaux et
   écologiques.

   Il est sain économiquement, et il est normal moralement que les
   produits qui ne respectent pas les règles environnementales supportent
   des taxes compensatoires. Si un pays produit en polluant beaucoup alors
   qu'en Europe les règles sont strictes, il est normal de taxer la
   pollution contenue dans les importations en provenance de ces pays.

   Si la concurrence est déloyale il est normal de pouvoir mettre en place
   des clauses de sauvegarde pour avoir un moyen de pression dans la
   négociation commerciale. C'est pourquoi il faut absolument à l'Europe
   une préférence communautaire.

   Si les monnaies de pays comme la Chine ou l'Inde sont très
   sous-évaluées, il faut faire pression sur eux pour engager une
   négociation sur le réalignement des parités de change parce que cette
   concurrence est déloyale pour les travailleurs européens.

   Si le vin étranger entre librement sans respecter les mêmes normes que
   nos viticulteurs, nos viticulteurs sont condamnés. Il faut s'y opposer
   parce que cette situation n'est pas acceptable.

   Si on dit que l'aide aux PME grâce à la commande publique est possible
   pour les États-Unis parce qu'ils ont obtenu une dérogation de l'OMC et
   qu'elle est interdite en Europe faute de dérogation, je dis que c'est
   aussi inacceptable parce qu'il ne peut pas y avoir deux poids, deux
   mesures.

   Mes chers amis,

   Il nous reste une semaine pour convaincre. Une semaine pour expliquer.
   Une semaine pour que les Français comprennent bien l'enjeu de ce
   deuxième tour que tant de gens aujourd'hui cherchent à brouiller.

   Il nous reste une semaine pour que l'élan du premier tour ne se brise
   pas sur le mensonge, sur la mauvaise foi, sur la hargne de mauvais
   perdants qui ne se résignent pas à quitter la scène.

   Il nous reste une semaine pour rassembler cette majorité autour de
   laquelle pourra s'unir ensuite tout le peuple français.

   Il nous reste une semaine pour que le peuple français dans tous les
   quartiers, dans tous les villages, dans toutes les campagnes, dans
   toutes les villes, dans toutes les régions comprenne qu'il a son destin
   en main, que s'il le veut il peut redevenir partie prenante de la
   politique qui sera conduite demain.

   Nous avons une semaine pour lui faire comprendre qu'il a été entendu et
   que dans cette campagne nous parlons pour lui.

   Nous avons une semaine pour le convaincre qu'il est un grand peuple qui
   a en lui une énergie, une intelligence, une force qui a si souvent
   soulevé les montagnes et qui peut les soulever encore, qui peut tout
   rendre possible s'il ne se laisse pas voler cette élection, s'il ne se
   laisse pas voler cette campagne, s'il ne se laisse pas voler le vote de
   dimanche dernier, s'il ne laisse pas s'éteindre le formidable espoir
   qu'il a soulevé en se levant et qui a étonné le monde.

   Mes chers amis, je n'ai plus que deux choses à vous dire, les deux
   seules chose qui comptent maintenant et qui viennent du fond de mon
   coeur, et qui sont dans cotre coeur à tous, et qui sont dans le coeur
   de tous les Français :

   Vive la République !

   Vive la France !

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