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Discours politique

Ségolène Royal, Discours à Lyon (27/04/2007)

   Bonsoir, amis de Lyon et de toute la région. Bonsoir à tous.

   Je suis profondément heureuse de vous voir aussi nombreux et nombreuses
   rassemblés à quelques jours du second tour de l'élection
   présidentielle.

   Je me bats avec vous pour gagner. Et, cette victoire, nous allons
   l'arracher ensemble !

   Merci à tous les élus de la Région d'être là, à Gérard Collomb, à
   Jean-Jacques Queyranne, à tous celles et ceux qui ont pris la parole. À
   Arnaud aussi qui s'est exprimé, merci à toi. Dominique d'avoir commencé
   à enflammer cette salle par ton talent et ton engagement à mes côtés.

   Merci à Najat, à Christiane, je ne peux pas tous vous nommer, je vous
   vois tous ici rassemblés, j'aperçois Louis Mermaz, je vois des élus de
   partout, d'ici et de là. Mais surtout, c'est à vous tous, citoyens,
   citoyennes, que je dis que l'élection présidentielle c'est d'abord un
   élan populaire, c'est d'abord un élan du peuple et c'est d'ailleurs
   grâce à vous que je suis aujourd'hui devant vous ce soir.

   Qui aurait pu penser à cet itinéraire ?

   Et vous l'avez entendu aussi tout à l'heure, ce qui va se passer le 6
   mai est ardemment regardé dans les autres pays du monde, et en
   particulier en Europe. Et je remercie du fond du coeur Romano Prodi
   pour son message.

   À l'approche de ce second tour, on voit que les choses se simplifient,
   que les messages se clarifient, vous allez avoir le choix entre le
   candidat soutenu par Berlusconi d'un côté et la candidate soutenue par
   Zapatero et par Romano Prodi de l'autre. Voilà le choix qui est devant
   vous.

   La victoire, c'est vous qui allez la forger de vos mains, qui allez la
   construire. Le peuple français aujourd'hui est en mouvement, il a une
   soif profonde de changement.

   Il a besoin de se rassembler sur des valeurs fondamentales, celles que
   je vous propose dans le pacte présidentiel que j'ai construit avec vous
   au cours d'une démarche participative nouvelle, parce que je veux la
   rénovation de la vie politique française.

   Je crois qu'on ne gouverne plus aujourd'hui des pays complexes sans
   écouter les citoyens et sans construire les choses avec eux. Et ce sera
   aussi ma façon demain de présider la France présidente. Et cette parole
   que vous avez prise, cette parole que je vous ai donnée pendant la
   campagne, cette parole que chacun et chacune d'entre vous est allé
   porter aussi vers les autres citoyens, cette parole, je vous demande de
   la garder et de ne plus jamais la lâcher, car désormais la politique ne
   se fera plus jamais sans vous.

   Et la participation massive des Français lors du premier tour est aussi
   un signe encourageant, c'est un élan civique. Nous devons être à la
   hauteur de cet élan civique. Je suis la seule candidate d'ailleurs à
   avoir appelé les électeurs à ne pas s'abstenir, à revenir massivement
   vers les urnes, à avoir fait le constat d'une crise démocratique
   profonde, à m'être adressée aux citoyens qui pensaient que la politique
   ne pouvait plus rien pour eux. Et moi je veux dire ici ce soir à Lyon :
   si, la politique peut et doit encore beaucoup. Et de jour en jour je me
   sens de plus en plus prête à assumer la présidence de cette France
   présidente, et c'est pour cela que je vous demande de me faire
   confiance.

   Je veux remercier d'abord les neuf millions d'électeurs et d'électrices
   qui sont venus dès le premier tour. Je veux remercier aussi du fond du
   coeur tous les partenaires de la gauche et les écologistes qui se sont
   rassemblés dès dimanche soir. Et, comme vous le savez, je tends
   aujourd'hui la main pour un vaste rassemblement des républicains de
   progrès, à toutes celles et tous ceux qui pensent que la maison France
   peut se relever sur des valeurs auxquelles nous croyons profondément ;
   toutes celles et tous ceux qui pensent que les valeurs humaines doivent
   toujours l'emporter pour chaque décision politique sur les valeurs
   financières et sur les valeurs boursières, alors rejoignez-moi ; toutes
   celles et tous ceux qui pensent qu'il est temps de mettre en place un
   État impartial qui ne sera mis en mouvement que par le seul intérêt
   général du pays ; toutes celles et ceux qui veulent voir se lever cet
   État impartial dont la France a perdu l'habitude, alors qu'ils viennent
   se rassembler autour de moi !

   Toutes celles et tous ceux qui pensent que la France est menacée par le
   délitement du lien républicain parce que rien n'a été réglé dans les
   quartiers et que la colère y gronde encore et que le feu couve sous la
   cendre ; que le lien républicain a été affaibli à cause de la montée de
   toutes les formes de discrimination, de précarité, de brutalité ;
   toutes celles et ceux qui pensent que l'enrichissement de quelques-uns
   aux dépens du plus grand nombre n'est pas une fatalité ; bref toutes
   celles et ceux qui pensent que la fracture républicaine doit être
   rapidement réparée et que nous devons à nouveau apprendre à vivre
   ensemble grâce à des règles justes qui seront comprises par tous et
   appliquées par tous, les puissants comme les autres, ce qui empêchera
   que quelques-uns ne s'enrichissent aux dépens du plus grand nombre.
   Alors j'appelle tous ces hommes et toutes ses femmes à venir soulever
   la vague de la victoire qui permettra à la France de changer.

   Je mesure aussi la responsabilité qui est la mienne, je voudrais vous
   confier qu'une certaine gravité m'habite, qu'en ce moment présent, au
   fur et à mesure où je me rapproche de ce second tour de l'élection
   présidentielle, je pense de plus en plus à François Mitterrand et à ce
   10 mai 1981.

   Et je crois que le profond désir d'alternance, il est aussi fort, il
   est aussi puissant et nous avons le devoir de le réussir. Et je sais
   qu'avec vous, cette réussite, cette victoire, elle devient ce soir
   possible.

   Mais je n'ignore pas qu'il y a encore des millions de Français qui
   hésitent, parmi ceux qui souffrent le plus, et qui se demandent ce qui
   va demain changer concrètement pour eux. J'apprenais cet après-midi en
   venant vers vous que les salariés d'Airbus venaient d'apprendre que
   plus de deux mille emplois allaient être supprimés. Et je voudrais ici,
   on ne s'en lasse pas, de rappeler cette invraisemblable provocation, de
   rappeler que l'ami du pouvoir, M. Forgeard, n'a toujours pas remboursé
   ses 8 M£, qu'il part après avoir échoué avec une retraite, tenez-vous
   bien, de 100 000 £ par mois, et que les salariés viennent de recevoir
   un intéressement de 4 £ par salarié.

   Eh bien, comme ces salariés doivent être en colère ! Eh bien moi, je
   vous le dis ce soir, avec eux nous sommes tous en colère. Et ce
   système-là, nous n'en voulons plus, c'est à cela qu'il faut mettre fin
   définitivement. Il faut tourner la page de cette arrogance, de cette
   provocation, il faut tourner la page de ce système dans lequel
   certains, ceux qui sont en haut de l'échelle, même lorsqu'ils ont
   échoué, partent avec la caisse, tandis que les salariés subissent les
   dégâts de leur mauvaise gouvernance.

   Il faut mettre fin à ce système du secret qui permet aux plus hauts
   dirigeants des entreprises de se servir alors que la gauche avait fait
   voter une loi, et nous le referons, sur la transparence des
   rémunérations. Et ces règles-là, en effet, nous les changerons. Je
   remettrai de l'ordre économique juste dans les entreprises, parce que
   je crois que c'est l'intérêt de la France.

   Il est temps, en effet, de moderniser le pays, il est temps de
   réconcilier la France avec ses entreprises, celles qui vont de l'avant,
   celles qui innovent, celles qui respectent leurs salariés, celles qui
   créent des emplois. Je fais confiance à ces entrepreneurs, à ces
   entreprises, à ces élus aussi comme ici dans la région qui sont en
   première ligne, ou dans l'agglomération de Lyon, et qui sont au corps à
   corps avec les entreprises qui vont de l'avant et qui créent de
   l'emploi. Et je dis ici : nous relancerons la croissance économique
   parce que nous réconcilierons les intérêts des entreprises avec les
   intérêts des salariés. Voilà la clé du développement économique. Je le
   ferai en modernisant le dialogue social et on sait bien que c'est là
   que se trouvent les ressources de valeur ajoutée et de productivité. On
   sait que dans les pays de l'Europe, ceux qui réussissent et ceux qui
   vont de l'avant, ce sont les pays dans lesquels il y a un dialogue
   social de qualité et approfondi entre les organisations syndicales de
   salariés et le patronat. On sait qu'il s'agit là d'une réconciliation
   absolument indispensable pour nouer des compromis sociaux et pour que
   la France à nouveau puisse aller de l'avant en ayant confiance dans son
   économie.

   On a souvent dit : "Mais la gauche est incompétente sur le plan
   économique." Et vous l'avez entendu dans cette campagne, d'ailleurs,
   c'est un reproche que l'on m'a généralement fait. Eh bien, moi, je
   revendique ici le fait que c'est par la prochaine alternance, au
   contraire, comme l'a dit Dominique, que le pays se remettra en
   mouvement. Car l'économie, c'est d'abord la confiance en soi, la
   confiance dans son pays, dans ses capacités, dans ses laboratoires de
   recherche, dans la qualité de ses salariés, dans la qualité de ses
   cadres, dans sa compétitivité mondiale. Et nous réinvestirons dans
   l'innovation et dans la recherche pour retirer et pour relancer le pays
   vers le haut.

   Mai la différence avec ce qui se passe aujourd'hui, c'est que tout cela
   ne se fera pas aux dépens des salariés, bien au contraire, nous le
   ferons en sécurisant les salariés, en assurant la progression de leur
   pouvoir d'achat, en revalorisant le travail, non pas en donnant des
   heures supplémentaires à quelques-uns, mais au contraire en donnant de
   l'emploi à tous, de l'emploi à chacun. Et la valorisation...

   Et ce combat principal, ce combat essentiel pour les Français, celui
   qui les inquiète le plus, ce combat pour l'emploi et pour le pouvoir
   d'achat, nous le gagnerons. Nous le gagnerons parce que je porte un
   autre regard sur les potentiels de la France. Nous le gagnerons parce
   que nous créerons la sécurité sociale professionnelle qui permettra à
   l'entreprise d'être agile et aux salariés d'être sécurisés. Nous le
   gagnerons parce que nous lancerons un vaste plan de l'emploi pour les
   jeunes avec en particulier les 500 000 emplois tremplins pour les
   jeunes, et cela dès notre élection.

   Nous le gagnerons parce que nous donnerons à chacun, par la formation
   professionnelle, la possibilité de progresser au cours de sa carrière
   professionnelle. Et moi je ne veux plus voir, dans la France
   d'aujourd'hui, des travailleurs pauvres. Qu'est-ce que ça veut dire
   cette expression ?

   On travaille et on est pauvre. Oui, la revalorisation du SMIC, 980 £
   nets par mois, est une nécessité, oui la revalorisation des bas
   salaires est une nécessité.

   Et ceux qui critiquent ces intentions, ces propositions, et demain ces
   réalités, tous ceux-là seraient-ils capables eux de vivre avec 980 £
   nets par mois ? Je ne le crois pas.

   Et je veux aussi que pour les salariés de plus de 50 ans, qui sont
   durement frappés par le chômage, et là aussi c'est un drame dans notre
   pays, combien de talents gaspillés ? Combien de salariés laissés sur le
   carreau ? Combien d'entre eux qui n'arrivent pas à se reclasser ? Pour
   cela, nous mettrons en place des plans de formation professionnelle,
   des priorités pour ces salariés, des évolutions dans leur entreprise et
   même en dehors de leur entreprise pour qu'ils puissent retrouver, dans
   la société dans laquelle nous sommes, et grâce à leur expérience, une
   utilité sociale et non pas le désespoir qui les conduit parfois au bout
   de trente ans d'activité professionnelle à se retrouver au même salaire
   qu'en début de carrière, et en plus au chômage. Je ne veux plus de
   cette France des gaspillages.

   Chacun doit pouvoir trouver sa place. Nous mobiliserons toutes les
   énergies, y compris les nouvelles formes d'économie, je pense à
   l'économie solidaire, je pense aux associations qui ont tant de
   besoins, je pense aux sociétés ouvrières de production, je pense au
   mouvement mutualiste, à toutes ces nouvelles façons de voir que la
   valeur ajoutée se produit dans différents modèles de développement
   économique. Oui, nous devrons avoir une force d'imagination, de
   créativité pour que la France présidente soit la France du plein
   emploi. Nous nous battons pour cela et nous le réaliserons !

   Nous allons construire une France qui rassemble toute son histoire,
   toutes ses trajectoires diverses, une France colorée qui fait de ses
   diversités une richesse, une France métissée dans laquelle plus aucune
   discrimination ne sera tolérée.

   Je veux aussi construire une France généreuse, libre et responsable. Et
   pour cela l'éducation sera notre première tâche et notre première
   priorité.

   Je vous propose aussi une France solidaire de ses anciens, car là aussi
   l'écart entre les discours et les actes, les actions de l'actuel
   gouvernement et les promesses ne sont plus tolérables.

   Oui, de plus en plus de nos anciens, et notamment des femmes seules,
   voient leur pouvoir d'achat gravement dégradé. On voit de plus en plus
   de petits retraités ne faire qu'un seul repas par jour. Et c'est pour
   cela que j'ai inscrit dans le pacte présidentiel que les petites
   retraites seront revalorisées. Non seulement ce n'est que justice, mais
   c'est aussi une question de dignité et de reconnaissance aux
   générations qui ont fait ce que nous sommes aujourd'hui.

   Et je le dis depuis plusieurs semaines : nous créerons pour les
   questions de dépendance et de handicap la cinquième branche de la
   Sécurité sociale, c'est-à-dire tout le contraire de ce que la droite a
   fait pendant cinq ans en démantelant l'hôpital public, en reculant les
   formes de remboursement, et aujourd'hui, dans le programme de Nicolas
   Sarkozy, il y a la franchise et les déremboursements.

   Mais qui seront les premières victimes de ce recul de la protection
   sociale ? Ce seront les personnes âgées et les personnes handicapées.
   Et moi je ne veux pas que ce lien de solidarité soit rompu. Avec moi,
   la Sécurité sociale, sera non seulement préservée, mais renforcée car
   il s'agit là d'un principe républicain fondamental.

   Et c'est pourquoi j'ai lancé cet appel à un vaste rassemblement de la
   gauche, des écologistes, et au-delà de la gauche et des écologistes
   parce que j'ai entendu aussi que les Français voulaient, que, pour
   résoudre les problèmes complexes, difficiles, pour remonter la question
   de la dette et du déficit des comptes sociaux, il était possible de
   rassemble les républicains de progrès et tous ceux qui pensent par
   exemple que les valeurs de la Sécurité sociale et de l'éducation
   doivent être au coeur de notre projet présidentiel.

   À tous ceux-là, je leur dis que je suis convaincue que nous devons nous
   rassembler dès lors que nous considérons que les valeurs de paix civile
   et d'harmonie sociale nous sont communes même s'il reste ici ou là
   quelles divergences. J'ai entendu des millions de Français qui se
   disaient : il faut sortir sur certains sujets de l'éternel affrontement
   de bloc contre bloc, et de chercher des convergences sur des valeurs
   fondamentales qui nous permettront de faire un bout de chemin ensemble
   sur ce qui nous rassemble, dès lors que ce qui nous rassemble est plus
   important que ce qui nous différencie. Voilà la rénovation politique
   que je vous propose. Je sais qu'elle est possible et je sais que vous
   me soutenez dans cette démarche, nouvelle je le sais, surprenante pour
   quelques-uns, qui nous demande des efforts aux uns et aux autres pour
   sortir des dogmes, des idées préconçues ou des camps qui s'affrontent
   l'un contre l'autre.

   Je crois pouvoir rassemble et je demande à ceux qui pensent que l'on
   peut réformer la France sans brutalité, que l'on peut protéger les
   exclus tout en étant compétitif sur le plan économique, à tous ceux qui
   pensent qu'il y a trop de richesse d'un côté et trop de pauvreté de
   l'autre, à tous ceux qui comprennent qu'aujourd'hui trop de
   confrontations ont été encouragées, trop de logiques de mépris ont
   dressé les Français les uns contre les autres, trop de violences
   latentes et contenues risquent demain de se déployer dans nos
   territoires et nos quartiers, à tous ceux qui refusent cette fatalité,
   je leur dis et je les appelle à partager ces valeurs quelles que soient
   leurs sensibilités, dès lors qu'ils partagent ces valeurs, à converger
   massivement pour se rassembler afin que la France puisse réaliser ce
   changement le 6 mai prochain.

   C'est cette convergence sur des valeurs, sur une certaine conception du
   pouvoir qui est là au service des Français. Moi, je n'ai pas, je ne
   sais quelle dernière marche à franchir pour moi-même. Pour le candidat
   Nicolas Sarkozy, on l'a compris, il y pense, nous dit-il depuis qu'il
   est tout petit. Son projet, c'est lui. Mon projet, c'est vous, c'est la
   France, c'est son rassemblement, c'est sa réussite et c'est son
   espérance.

   lors, à quelques jours du 6 mai, finalement, les choix sont clairs. Il
   s'agit de savoir si l'on veut continuer comme avant en pire, ou bien
   changer, mais changer pour de vrai et changer fort!

   Ils nous laissent une France endettée, ils nous laissent une France en
   déclin, ils nous laissent une France où les plus fragiles, les plus
   modestes, les plus précaires se sentent désespérément tirés vers le
   bas. C'est ce mouvement vers le bas qu'il nous faut d'abord stopper, et
   stopper rapidement, pour ensuite relever la France. C'est un chantier
   immense et j'ai besoin vous pour réussir ce chantier immense. Nous le
   construirons tous ensemble car ma conception de la France présidente,
   c'est un pays où chacun et chacune, parce qu'il aura les garanties de
   la justice sociale, sera à même d'apporter sa pierre, sa force, sa
   contribution à notre projet commun. Voilà ma conception de la France,
   celle qui se relève grâce à tous, celle qui ne laisse personne de côté,
   celle d'un État juste qui exerce son autorité pour que ses règles
   soient comprises par tous, appliquées par tous, et que chacun, en étant
   au clair avec ses droits et ses devoirs puisse donner le meilleur de
   lui-même. Voilà la France optimiste que je conçois parce que cette
   France, elle a du talent, cette France, elle veut retrouver son
   sourire, elle veut aller de l'avant, elle veut un souffle neuf. Et
   c'est cette nouveauté, cette France neuve, que nous devons permettre
   aujourd'hui en regardant très clairement les choix, en ne nous laissant
   pas abuser par ceux qui nous promettent de changer alors qu'ils sont
   depuis cinq ans aux responsabilités. Ouvrons les yeux et ouvrons les
   yeux des Français.

   Oui, il y a maintenant le choix, un choix très clair : le choix entre
   la voie de la division et celle de la réconciliation que je veux
   incarner.

   Il y a d'un côté la voie de la brutalité et de l'autre celle du
   dialogue, de la concertation et de l'écoute que je vous propose. Il y a
   d'un côté la voie du chacun pour soi, de la concurrence et de
   l'expérimentation sauvage ou celle de la solidarité et de la réforme
   dans le calme et dans la sérénité après dialogue avec la société
   française et après dialogue avec les partenaires sociaux.

   Car je veux, après avoir longuement écouté les Français, et à la
   lumière de mes expériences passées, je veux une France qui avance, mais
   pas au détriment des plus pauvres, des sans grades ou des laissés pour
   compte, je veux, comme tous les Français, comme toutes les Françaises
   dans leur majorité une France qui fasse confiance à sa jeunesse, à
   toutes ses générations, à son intelligence, à ses talent ignorés et
   empêchés. Je veux libérer les énergies et les talents. Je veux une
   France qui fasse à nouveau confiance à ses chercheurs, à sa matière
   grise, alors qu'aujourd'hui ils quittent massivement notre territoire.

   Oui, je veux une France qui va s'appuyer sur tous ses atouts et sur
   tous ses territoires dans leur diversité avec une réforme fondamentale
   pour que la nouvelle République, la VIe République, se lève, avec un
   Parlement qui fonctionne, une démocratie qui respire, la fin du cumul
   des mandats, la suppression du 49.3, un Parlement qui contrôle, un État
   impartial dans lequel ce ne sera plus le pouvoir en place qui désignera
   les membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel, du Conseil supérieur
   de la magistrature et je toutes les hautes autorités de l'État. Demain,
   avec l'État impartial, ce sera par une majorité des trois cinquièmes de
   l'Assemblée nationale que toutes ces institutions, qui doivent savoir
   que leur indépendance est garantie, c'est comme cela que je réalisera
   l'État impartial. Et pour tout cela les Français seront conviés à voter
   par référendum pour que notre VIe République soit la leur.

   J'engagerai une nouvelle étape de la réforme de la régionalisation, de
   la décentralisation, comme on voudra, mais pas à la mode ancienne, une
   vraie réforme qui supprime tous les gaspillages et les confusions des
   compétences qui font que les impôts sont de plus en plus lourds parce
   que chacun se mêle de tout. Les Régions seront au clair sur leurs
   responsabilités, les Départements seront au clair sur leurs
   responsabilités, les communautés de communes et les agglomérations
   également. Chacun sera mis face à ses responsabilités. Et l'État
   garantira une égalité de développement sur l'ensemble du territoire
   national, et garantira une redistribution des richesses entre les
   territoires. Voilà comment nous ferons un État moderne. Et il est
   temps, car c'est cet État moderne qui va nous permette aussi, j'en suis
   certaine, de relancer la machine économique et de lutter contre toutes
   les formes de gaspillages et donc de réduire la dette.

   Voilà ce que je vous propose. Voilà ce que nous allons faire, voilà
   comment nous allons réussir.

   Je veux rendre aussi à la France présidente la fierté de son histoire
   et de son action collective. Je veux faire revenir la France à la table
   de l'Europe. Et parce qu'autour de moi se rassemblent ceux qui ont voté
   oui et ceux qui ont voté non, j'appellerai les Français dans un nouveau
   référendum à un dépassement d'eux-mêmes parce qu'avant je leur aurai
   donné la garantie que l'Europe nouvelle que nous aurons réussi à
   construire est une Europe qui se protège contre les délocalisations,
   est une Europe qui réussira à adopter un nouveau pacte social, est une
   Europe qui fera en sorte que l'objectif des progrès humains soit sa
   première priorité, est une Europe qui aura créé d'ici là l'Europe de la
   recherche, l'Europe de l'environnement, l'Europe de la préparation de
   l'après-pétrole, l'Europe par la preuve. Et moi, je n'ai pas peur du
   verdict des Français, je ne suis pas comme le candidat Nicolas Sarkozy
   qui propose de refaire l'Europe en cachette par un mini-traité dans le
   dos des Français. Non. l'Europe sera redéfinie avec vous. Je vous
   entraînerai, peuple de France, parce que je vous aurai redonné
   confiance en vous-mêmes, dans vos valeurs fondamentales, dans votre
   identité républicaine de liberté, d'égalité et de fraternité. C'est ce
   qui me permettra de vous dire : peuple de France, puisque nous sommes
   bien assurés sur nos bases et sur nos valeurs, puisque nous avons
   permis à nouveau à toutes les familles par exemple d'être bien logées
   et d'avoir un emploi, donc d'éduquer correctement leurs enfants puisque
   nous avons remis l'école au coeur de tout, puisque nous avons fait de
   la protection et du respect des salariés et du dialogue social le coeur
   de la nouvelle économie, alors comme nous serons assurés de ces valeurs
   et que nous aurons pris à bras le corps le défi écologique, alors nous
   serons assurés sur nos bases. Et je pourrai vous dire, parce que nous
   serons forts sur nos racines et sur nos valeurs républicaines et de
   progrès, alors je pourrai dire au peuple de France : tournons-nous sans
   crainte vers l'Europe parce que l'Europe a besoin de nous et que la
   France a besoin de l'Europe. Et ensuite je pourrai dire à l'Europe :
   tournons-nous vers le monde parce que nous devons aussi construire une
   mondialisation plus juste et ne pas la laisser au libéralisme sauvage.

   Et c'est pourquoi tout s'enchaîne et tout se tient. La victoire de
   l'élection présidentielle n'est qu'une première étape vers une Europe
   plus juste mais aussi vers un équilibre mondial plus juste. Et sans cet
   équilibre mondial plus équitable, sans une diminution, une réduction
   des écarts entre pays riches et pays pauvres, et l'Europe a un rôle
   majeur à jouer à l'égard du continent africain ; sans tout cela, alors
   c'est nous-mêmes qui reculerons, nous nous-mêmes qui nous effondrerons.

   C'est cela que je veux faire comprendre aux Français, c'est que l'enjeu
   de l'élection présidentielle, ce n'est pas seulement la République
   française, mais cela va bien au-delà puisque la France a toujours
   choisi d'avoir un message universel, elle s'est toujours tournée vers
   le monde. Aujourd'hui, la France est repliée sur elle-même, elle a peur
   des autres, on l'incite à désigner celui qui est différent, celui qui
   est immigré, celui qui est venu d'ailleurs comme le principal
   adversaire. Et cela, c'est très dangereux, d'abord, parce que, quand on
   y regarde de près, un Français sur trois a au moins un grand-parent
   d'origine étrangère. Alors, vous imaginez ce qu'il faudrait faire pour
   réaliser ce ministère de l'immigration et de l'identité nationale ?
   C'est absurde !

   C'est non seulement une idée pernicieuse, mais c'est une idée absurde
   puisque la force de la France se trouve précisément dans ces
   générations qui nous ont fait ce que nous sommes aujourd'hui. C'est
   cela que nous devons continuer à construire. Alors, moi, j'oppose à ce
   système destructeur, et contraire à notre idéal, ce système de la
   méfiance de tous contre tous, de la guerre de tous contre tous, de ce
   qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres, j'oppose
   un modèle de réconciliation, de rassemblement, de compréhension des
   différences. Je propose un modèle de dépassement de ce qui fait nos
   différences pour que dans ce dépassement nous construisions une France
   qui se rassemble et dans laquelle les Français recommencent à s'aimer
   en elle.

   Voilà l'enjeu que nous devons construire. Refusons toutes les
   brutalités, refusons toutes les violences. Je veux construire avec vous
   cette France présidente, une France de la non-violence, une France en
   paix civile ; mais une France qui soit également, je l'ai dit et je le
   répète, au clair sur le respect des autorités justes. Partout où les
   adultes ont une responsabilité, ils doivent l'exercer, l'autorité
   parentale, et c'est la ministre de la Famille qui a fait une loi sur
   l'autorité parentale qui vous parle, oui je veux que les familles
   fonctionnent bien. L'autorité juste à l'école, celle qui fait que,
   lorsqu'un élève trébuche, il est repris par la main et raccroché à la
   réussite scolaire. Il sera raccroché à la réussite scolaire et on lui
   redonnera le sens de l'effort par le soutien scolaire gratuit,
   individualisé, qui sera mis en place dès la prochaine rentrée scolaire.

   Car nous ne baisserons pas la garde sur les moyens donnés à l'Éducation
   nationale. Nous ne baisserons pas la garde non plus sur les services
   publics. Bien sûr, les services publics doivent se réformer pour
   apporter toujours un meilleur service au public, comme leur nom
   l'indique, mais certainement pas en les affaiblissant, au contraire on
   voit se creuser des inégalités d'accès aux services publics, au service
   public de la police de quartier, qui sera créé, au service public de la
   justice qui aura les moyens de fonctionner, au service public de la
   santé. Et l'hôpital public si durement frappé aujourd'hui, sera rétabli
   dans ses responsabilités à l'égard de la santé publique.

   Il faudra bien que Nicolas Sarkozy nous dise dans quels services
   publics il propose de supprimer un fonctionnaire sur deux. Il faudra
   qu'il nous le dise !

   Et moi je vais vous dire : les services publics seront réformés pour
   qu'ils marchent bien et pour que les agents publics aillent aux
   endroits où on en a le plus besoin.

   Mais je considère que désigner à la vindicte publique les
   fonctionnaires en faisant croire qu'un sur deux est inutile, est
   inactif, je considère que c'est diviser gravement la France. Car la
   compétitivité économique dépend aussi du bon fonctionnement des
   services publics. Voilà la vérité.

   Mes chers amis, nous avons ce soir ensemble un immense bonheur.

   Dans chacune de ces réunions publiques, de ces grands rassemblements,
   je viens chercher cette énergie qui me surprend parfois moi-même, je
   dois vous le dire.

   J'entends le candidat de la droite se présenter comme une victime.
   C'est assez drôle, parce qu'il n'en a pas vraiment le rôle. Et quand je
   vois la somme des attaques, des mots violents, des mots de mépris
   d'ailleurs qu'il a actuellement pour François Bayrou, très choquants,
   ne serait-ce que sur le plan du simple respect démocratique. Quand
   j'entends aussi les attaques proférées par ses porte-parole, parce que
   lui prétend ne pas attaquer, encore que quand on fait le florilège de
   ce qu'il dit sur moi dans ses meetings, on en remplirait tout un roman
   !

   Mais surtout ce que disent porte-parole, avez-vous entendu ces mots si
   élégants de Bernard Tapie à mon endroit lorsqu'il a dit que, voter pour
   Ségolène Royal, ce serait une... ?

   Vous n'osez pas le dire, et vous avez bien raison.

   Ou quand j'entends l'utilisation pernicieuse de certains qui prétendent
   avoir fait partie de mon équipe présidentielle, ce qui n'est pas le
   cas, je vous rassure...

   Ou quand on connaît, mais cela a été dit excellemment avant moi, les
   accointances, les connivences entre un pouvoir économico-financier et
   médiatico-financier, alors, en effet, on n'a de leçons à recevoir de
   personne.

   Mais la différence, c'est que, contrairement à ce qui est dit, et vous
   avez pu encore l'observer ce soir, oui je suis dans le combat des
   idées, et c'est essentiel dans une démocratie, le combat des idées. Et
   d'ailleurs Nicolas Sarkozy a refusé un débat avant le premier tour,
   sans doute parce qu'il craignait d'être mis devant se responsabilités
   et de devoir rendre des comptes sur son bilan. Et d'ailleurs, je vous
   le dis, demain je serai la présidente qui rendra des comptes sur ce
   qu'elle fait. Et cela, régulièrement, devant le Parlement d'abord, et
   ce sera nouveau. Je viendrai rendre des comptes devant la
   représentation nationale et je viendrai rendre des comptes
   régulièrement devant les Français pour leur dire : voilà les
   engagements qui avaient été pris, voilà ce que nous avons réalisé,
   voilà ce que nous avons adapté en vous écoutant, voilà ce que nous
   avons constaté en continuant avec la démocratie participative à vous
   associer aux décisions politiques qui seront prises demain avec vous.
   Voilà comment la France va devenir intelligente.

   Car moi, je ne crois pas aux hommes providentiels. Je crois au
   contraire à l'intelligence de tout un peuple. Moi, je ne me pose pas en
   victime. Et, vous savez, je viens de le rappeler, tous les coups que
   j'ai pris pendant cette campagne, mais je ne me pose pas tous les
   quatre matins, comme le fait le candidat de l'UMP à la télévision, en
   victime. Pauvre victime !

   Parce que je pense que l'élection présidentielle ne se joue pas sur une
   victimisation, ou alors il faut faire autre chose !

   Je pense qu'il faut accepter, à ce niveau de responsabilité, la force
   des engagements, la force de la confrontation et l'échange d'idées.
   C'est cela le modèle républicain ! C'est cela ce moment citoyen que
   nous sommes en train de vivre. Et c'est cela qu'il faut accepter, c'est
   ce combat éminemment noble de la politique que d'accepter le combat des
   idées et que de cesser de se présenter comme une éternelle victime !

   Moi, j'ai pris beaucoup de coups pendant cette campagne, et j'en ai
   tellement pris que, si je m'étais occupée d'y répondre tous les jours,
   je n'aurais parlé plus que de cela, donc j'ai choisi de les ignorer et
   de ne pas y répondre.

   Et puisque j'ai voulu cette bataille et ce combat essentiel qui va
   permettre à la France d'écrire une nouvelle page de son histoire,
   jamais vous ne me verrez me mettre en posture de victime.

   Je ne suis pas une faible victime, je ne suis pas une faible femme, je
   suis, comme disent les Antillais, une femme debout !

   Je suis une femme solide !

   Je suis une combattante, je veux vous conduire à la victoire. Je sais
   qu'elle est possible, qu'elle est là à portée de main, qu'elle dépend
   de nous et que nous avons le devoir de la réaliser, tout simplement
   parce que la France en a besoin, parce que la France ne veut pas se
   replonger dans l'ombre. La France veut la lumière, la France veut
   l'espérance, la France veut l'horizon, la France veut se redresser, la
   France veut croire en son avenir, la France a confiance en elle.

   La France que nous aimons, je veux qu'une majorité de Français aiment
   la France que je veux construire avec vous, avec eux.

   J'ai besoin de vous, la France a besoin de vous.

   En avant, en mouvement, vive la République, vive la France !

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