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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Bercy (29/04/2007)

   Mes chers amis,

   En prenant la parole devant vous cet après-midi, à quelques jours du
   second tour de l'élection présidentielle, je ne peux pas m'empêcher de
   penser à ce grand rassemblement du 14 janvier, à la Porte de
   Versailles, par lequel j'ai commencé ma campagne. Je me souviens de
   l'émotion qui m'a submergé lorsque j'ai pris la parole. Je me souviens
   de ce sentiment qui était si fort que je ne trouvais aucun mot assez
   grand pour le dire. Cette émotion, à ceux qui étaient là, j'avais
   demandé simplement de la recevoir comme un témoignage de ma sincérité,
   de ma vérité et par-dessus tout de mon amitié. Ce jour-là, ce ne fut
   pas une réunion publique comme j'en avais vécu beaucoup tout au long de
   ma vie politique, ce ne fut pas l'un de ces moments ordinaires de la
   vie politique, où l'on vient puiser un supplément de force, de
   détermination, d'ardeur pour se persuader que la victoire est à portée
   de main. Ce ne fut pas l'un de ces moments d'excitation collective où
   la foule exaltée donne à l'orateur le sentiment d'une toute-puissance
   qui n'est qu'une ivresse passagère, une illusion sans lendemain, mais
   qui peut être si dangereuse quand on s'y laisse prendre. Ce jour-là, il
   n'y avait pas d'excitation dans la foule, mais une attente qui se
   lisait sur les visages. Ce jour-là, ce qui me frappa, ce furent
   l'écoute et l'attention, ce fut la communion, ce fut la gravité presque
   religieuse, ce fut l'espérance, ce fut non les applaudissements mais
   cette sorte de prière silencieuse que cent mille personnes
   m'adressèrent : il faut faire quelque chose, cela ne peut pas continuer
   ainsi, nous devons changer notre façon de faire de la politique. Ce qui
   sortit de cette réunion ce ne fut pas pour la campagne à venir qu'un
   supplément de force, de détermination et d'ardeur. Ce fut un supplément
   d'âme. Ce jour-là, j'ai su et j'ai compris que cette campagne ne serait
   pas comme les autres. J'ai su ce jour-là que désormais je porterai sur
   mes épaules la plus lourde des responsabilités, celle de ne pas
   décevoir ceux qui comptaient sur moi, de ne pas désespérer ceux qui
   espéraient en moi. J'ai su qu'à partir de ce moment-là le principal de
   mes devoirs était de ne jamais donner à ceux qui me faisaient confiance
   le sentiment que je les trahissais, eux qui avaient été tant de fois
   trahis, tant de fois trompés, tant de fois déçus.

   À cet instant si grave, si solennel, si émouvant, si unique dans une
   vie d'homme, où tant de gens plaçaient en moi tant d'espoir, j'ai su
   qu'au moment même où mes amis me choisissaient je cessais de leur
   appartenir et que désormais je devais me tourner vers tous les
   Français, sans exception, vers ceux qui n'avaient jamais été mes amis,
   qui n'avaient jamais appartenu à ma famille politique, qui parfois même
   m'avaient combattu. Parce que le Président de la République est l'homme
   de la nation et ne peut pas être l'homme d'un parti. Et tous ceux qui
   étaient là le comprenaient. Parce que le Président de la République
   parle pour tous les Français et pas seulement pour ses amis. Et tous
   ceux qui étaient là l'ont accepté. J'avais rassemblé ma famille
   politique. Il me fallait maintenant rassembler les Français. Il me
   fallait m'ouvrir aux autres, à leurs idées, à leurs convictions, à
   leurs croyances qui n'étaient pas forcément les miennes. Il me fallait
   aller à leur rencontre, les comprendre et donc partager leurs joies,
   leurs peines, leurs angoisses, leurs attentes parce qu'il est
   impossible de comprendre quelqu'un quand on n'est pas capable de
   ressentir ce qu'il éprouve au plus profond de lui. Il me fallait me
   donner tout entier, aimer sans réserve, abolir toutes les barrières,
   supprimer toutes les distances, et par conséquent, à mon tour, accepter
   de devenir plus vulnérable et prendre le risque de souffrir. Et bien,
   c'est ce que j'ai fait. Je ne connais pas l'avarice des sentiments
   lorsqu'il s'agit de la France et des Français. Près de quatre mois sont
   passés depuis ce jour que je n'oublierai jamais. Durant ces quatre
   mois, je vous le jure, j'ai tout donné. Quatre mois durant lesquels je
   me suis adressé aux Français avec toute la sincérité dont je suis
   capable, toute ma vérité. Quatre mois qui furent d'ailleurs pour moi
   une épreuve de vérité : je ne sors pas de cette campagne comme j'y suis
   entré. Le 14 janvier je vous ai dit : "J'ai changé". Près de quatre
   mois sont passés, pendant lesquels j'ai parlé avec mes convictions mais
   avec mon coeur. Pour aller à la rencontre des Français sans mentir,
   sans tricher. Je me suis obligé à chercher au fond de moi tout ce que
   j'avais à donner. Près de quatre mois pendant lesquels j'ai beaucoup
   appris sur les autres et sur moimême. Ce ne fut pas une campagne comme
   les autres. Partout, dans toutes les réunions publiques, dans toutes
   les rencontres, ce fut comme le 14 janvier, le même besoin d'espérance
   qui s'exprimait dans le silence, le même sentiment qui se lisait sur
   les visages émus que cette fois-ci c'était important, que le
   rendez-vous présidentiel ne pouvait pas être manqué comme il l'avait
   été trop souvent dans le passé. Nulle part je n'ai rencontré le
   déchaînement des passions partisanes, j'ai partout senti cette gravité
   qui précède toujours les moments décisifs, les moments où l'on devra
   faire un choix que l'on ne peut plus différer et dont on sait au fond
   de soi qu'il sera lourd de conséquences. Non ce ne fut pas une campagne
   comme les autres. Ce fut une campagne aux prises avec une crise morale,
   avec une crise d'identité, comme la France n'en a peut-être jamais
   connu de telle dans son histoire, sauf peut-être au temps de Jeanne
   d'Arc et du traité de Troyes, quand la conscience nationale était
   encore si fragile.

   On attendait une campagne où la politique aurait à affronter le
   scepticisme qu'elle avait elle-même fait naître en trahissant si
   souvent ses engagements, en croyant si peu en elle-même. On croyait que
   la politique aurait à surmonter le doute qu'elle avait suscité par ses
   renoncements. On s'est trouvé face à un doute beaucoup plus profond, un
   doute qui est en chacun d'entre nous, en chaque Français, un doute sur
   ce que nous sommes, sur ce qui nous unit, sur ce que nous sommes
   capable de construire ensemble, sur la manière dont nous allons pouvoir
   vivre ensemble. Un doute qui nous fait ressentir l'avenir non plus
   comme une promesse mais comme une menace. Un doute qui est un doute
   existentiel. Un doute sur la France elle-même, sur ce qu'elle incarne,
   sur ce qu'elle peut accomplir, un doute sur notre destinée commune.
   C'est ce doute immense qui a fait naître la peur dans notre pays. Un
   doute immense que tout alimente, la mondialisation, l'Europe ou la
   décentralisation, la crise du travail, celle de la culture, les
   délocalisations, la défaillance de l'école, le chômage, la précarité,
   l'immigration non maîtrisée, l'insécurité ou la peur de l'exclusion. Un
   doute immense s'est leva devant nous, qui se nourrit de tout ce qui
   contribue à la détestation de soi, qui se nourrit de la repentance, qui
   se nourrit de la détestation des valeurs de la République, de la
   détestation de la laïcité et de la montée inacceptable du
   communautarisme. Non, cette campagne ne fut pas une campagne comme les
   autres. Elle fut peut-être la plus exigeante moralement de toutes les
   campagnes. Cette campagne exigeait plus d'authenticité, plus de
   sincérité, plus de vérité que toutes les autres campagnes parce que ma
   conviction est que le problème posé était plus profond, plus grave,
   plus lourd de conséquences. Alors, je suis allé à la rencontre des
   Français avec mon histoire, avec ce que j'ai appris de la vie, avec mes
   souvenirs et avec mes émotions. Et j'ai tout donné. J'y suis allé avec
   en moi toute la volonté de changer les choses. Je ne veux pas être élu
   président de la République pour obtenir un statut. Je veux changer les
   choses pour répondre aux problèmes de la France et des Français. C'est
   pourquoi je suis allé, dans cette campagne, avec mes rêves de jeunesse
   qui ne m'ont jamais quitté. J'y suis allé avec ma longue expérience
   politique qui m'a tout appris. J'y suis allé avec tout ce que
   l'exercice du pouvoir m'a fait découvrir, avec toute la douleur à
   laquelle il m'a été donné d'être confronté. J'y suis allé avec en moi
   le souvenir de toutes ces rencontres, de cette famille à La Courneuve
   qui pleurait la mort d'un petit garçon de onze ans. C'était le jour de
   la fête des pères, deux bandes rivales s'affrontaient au pied de
   l'immeuble et ce petit garçon a pris une balle perdue. C'était le jour
   où j'ai parlé du Karcher. Je ne regrette pas d'avoir stigmatisé celui
   qui est capable de tuer un petit garçon de 11 ans le jour de la fête
   des pères. Je suis allé à la rencontre des Français avec dans ma
   mémoire la douleur des parents de cette jeune fille brûlée vive dans un
   bus auquel des voyous avaient mis le feu pour s'amuser. On ne s'amuse
   pas avec la vie d'une victime. J'y suis allé avec dans la tête la voix
   de ce petit garçon, par une belle après-midi, à Saint-Malo, petit
   garçon que je tenais par la main devant le cercueil de son père
   gendarme et qui me tirait par la manche en me disant : "Sors mon papa
   de la boîte !" Je n'oublierai jamais ce moment.

   J'y suis allé avec devant les yeux l'image de la jeune Ghofrane, et de
   sa mère si digne, Ghofrane battue à mort, torturée parce qu'elle
   refusait de donner son numéro de carte bleue à ses bourreaux. Il y
   avait deux euros cinquante sur son compte. Jamais nous ne pourrons
   accepter une telle barbarie. Je suis allé à la rencontre des Français
   avec en moi cette conviction, enracinée dans toutes les douleurs
   auxquelles j'avais été confronté. Cette conviction, je vais vous la
   donner : cela ne peut plus durer, cette violence ne peut plus
   continuer. Cette violence est inacceptable, elle est le contraire de
   l'idéal républicain qu'est le nôtre. J'y suis allé avec la conviction
   absolue qu'il fallait bien faire quelque chose pour que tout ceci
   s'arrête et que c'était un problème de société et pas simplement le
   problème de la police de la République. Il fallait réagir, je veux être
   celui qui porte cette révolte contre la violence. J'y suis allé avec la
   conviction que nous avions déjà trop cédé, trop cédé aux bandes, aux
   trafiquants, aux voyous, que nous avions trop laissé faire et qu'à
   force, tout cela allait finir par devenir irrattrapable, qu'il fallait
   reprendre les choses en main avant qu'il ne soit trop tard et que
   bientôt, si l'on ne faisait rien, il serait trop tard. Il n'est jamais
   trop tard pour éviter l'insupportable. Je les entends déjà, ceux qui
   vont me dire que je n'aurais pas dû parler des victimes, parce que cela
   gêne d'en parler, mais si je suis président de la République, je ne
   mettrai jamais sur le même plan les victimes et les délinquants. Je
   suis allé à la rencontre des Français avec en moi le souvenir de ces
   familles immigrés de ces pères, de ces mères, de ces enfants brûlés
   vifs dans l'incendie de cet hôtel sordide où on les avait entassés
   parce qu'on n'avait pas les moyens de les loger plus convenablement. À
   force de laisser croire que l'on peut accueillir tout le monde, à
   force, le résultat, c'est le drame de ces squats sur lesquels on a
   fermé les yeux pendant trop longtemps. J'y suis allé en rejetant de
   toutes mes forces la bonne conscience qui ne veut jamais voir les
   conséquences de ce qu'elle prône surtout quand elles sont tragiques. Je
   suis allé à la rencontre des Français en ayant en moi le souvenir des
   ouvriers d'Alstom tétanisés par la peur de voir leur entreprise
   disparaître. Je suis allé à la rencontre des Français en pensant à tous
   ces ouvriers que j'avais rencontrés, vivant dans la hantise des
   délocalisations et dont les conditions de travail ne cessent de se
   dégrader sous la pression d'une concurrence déloyale et de dumpings
   sociaux, environnementaux, fiscaux et monétaires, que nous ne pouvons
   pas accepter parce que ce sont des femmes et des hommes qui paient pour
   notre faiblesse et notre lâcheté à accepter l'inacceptable. Je suis
   allé à la rencontre des Français, révolté par le fait que de plus en
   plus de travailleurs ne puissent pas faire vivre dignement leur famille
   avec leur salaire. Quand on ne peut pas faire vivre sa famille alors
   qu'on travaille tout le mois, on est condamné à la désespérance, parce
   que le travail en France n'est pas assez récompensé, pas assez valorisé
   et pas assez considéré.

   Et, comme Simone Veil, je suis allé dans cette campagne, révolté par le
   fait que les revenus de l'assistance puissent être plus élevés que ceux
   du travail et que l'on puisse s'appauvrir en se remettant à travailler.
   C'est un scandale inacceptable. J'y suis allé, hanté par le désespoir
   qui s'empare d'une partie de la jeunesse condamnée à vivre moins bien
   que ses parents, dont les diplômes ne valent pas grand-chose sur le
   marché du travail. J'y suis allé inquiet de cette rancoeur qui
   s'accumule dans une jeunesse qui se sent victime de discrimination, qui
   éprouve le sentiment que la couleur de sa peau ou le quartier où elle
   habite comptent plus que les qualifications et les compétences. J'y
   suis allé inquiet de la colère qui grandit contre une République qui ne
   tient pas ses promesses d'égalité et de fraternité vis-à-vis de ceux
   qui ont cru à la récompense, au mérite et de l'effort. J'y suis allé
   avec en moi l'indignation que nous avons éprouvée au moment de la
   canicule devant le drame de toutes ces personnes âgées mortes sans même
   que l'on s'en soucie. Parce qu'une société qui n'est pas capable
   d'honorer et de respecter ses anciens est une société qui trahit ses
   valeurs. J'y suis allé avec en moi l'indignation devant le sort que
   l'on fait aux retraités les plus modestes, aux veuves de paysans et
   d'artisans qui ont travaillé toute leur vie et qui n'ont pas les moyens
   de vivre alors que, dans le même temps, on voudrait nous empêcher de
   réformer les régimes spéciaux pour rétablir un peu d'égalité et de
   justice. Je ne veux pas que l'on continue à regarder ailleurs, que nous
   nous donnions bonne conscience à peu de frais. Ne rien faire jamais, ne
   rien bousculer, ne rien déranger pour que cela change. Moi, je veux
   changer tout cela parce que ces injustices ne sont pas acceptables. Je
   suis allé à la rencontre non pas de ceux qui ne veulent plus de la
   nation parce qu'ils ne veulent rien partager, parce qu'ils accaparent
   tous les bénéfices, parce qu'ils ont le sentiment qu'ils ne doivent
   rien à leur pays. Non, je veux aller à la rencontre de ceux qui se
   sentent solidaires d'un destin collectif dont ils veulent aussi leur
   part, parce qu'il est à leurs yeux ce qu'ils peuvent avoir de plus
   précieux, parce qu'ils ont le sentiment de n'être forts que lorsque la
   France est forte, parce qu'ils sentent au fond d'eux-mêmes que seule la
   grandeur de la France peut leur donner le sentiment qu'ils sont grands
   eux-mêmes et leur faire éprouver la fierté de ce qu'ils sont. Je suis
   allé à la rencontre non de la France qui casse mais de la France qui
   veut construire, qui veut travailler, qui veut s'en sortir et qui,
   malgré sa volonté, n'y arrive pas. Oui, j'assume mes choix. Je suis
   allé à la rencontre de la France qui paye toujours pour tous les
   autres, qui paye toujours les conséquences de fautes qui ont été
   commises par d'autres, qui paye pour les fautes des politiques, des
   technocrates, des syndicalistes, qui paye pour les fraudeurs, pour les
   voyous, pour ceux qui profitent du système, qui demandent toujours et
   qui ne veulent jamais rien donner. Voilà la France pour qui je veux
   aller à la rencontre. Au fond, je ne parle pas à un parti politique, je
   suis libéré de mes attaches, de mes combats antérieurs.

   J'ai voulu parle et aller à la rencontre de la France qui souffre, de
   la France qui n'en peut plus, de la France exaspérée, de la France qui
   pensait depuis longtemps que la politique l'avait abandonné parce
   qu'elle ne parlait plus qu'aux élites. Je veux parler au peuple de
   France et je veux être son porte-parole. Peu importent les numéros
   spéciaux pour dénoncer la façon dont je parle aux Français. Moi, je
   veux aller à la rencontre du peuple, de ce peuple au nom duquel tout le
   monde prétend parler, auquel personne ne parle plus et pour lequel
   personne ne veut jamais rien faire, comme si l'objectif était toujours
   de le tenir à l'écart, à la lisière du pouvoir et de la décision. Ce
   peuple c'est vous, c'est nous tous, ce peuple, je l'ai rencontré dans
   les villes, dans les villages, dans les campagnes. Je l'ai rencontré
   dans les ateliers, dans les bureaux, dans les écoles, dans les usines.
   Ce peuple, je l'ai aussi croisé dans les hôpitaux, dans les centres de
   rééducation, dans les maisons de retraite, partout où il y a des gens
   qui vivent, qui vivent par leur travail, qui vivent par leur
   souffrance, qui vivent par leurs rêves, qui espèrent par leurs
   ambitions. Partout, j'ai voulu parler directement au peuple français.
   J'ai besoin de tous ces sans grade, de tous ces anonymes, de tous ces
   gens ordinaires, de toute cette majorité silencieuse, auxquels on ne
   fait pas attention, que l'on ne veut pas écouter, que l'on ne veut pas
   entendre. Je lui demande, à cette majorité silencieuse, de se lever, de
   m'aider et de construire la victoire de nos idées. Oui, mes chers amis,
   C'est à vous que je veux donner la parole. C'est à vous que je veux
   rendre le pouvoir. Je veux être votre candidat. Je veux être le
   candidat du peuple de France et non celui des médias, des appareils ou
   de tel ou tel intérêt particulier, des intérêts partisans, des
   sectarismes. Je veux être le candidat du peuple parce que pendant des
   mois j'ai vu ce que le peuple vivait, ce qu'il ressentait. J'ai vu les
   ravages du discours sur l'impuissance publique. J'ai compris ce qu'il
   pouvait y avoir de désespérant pour ceux qui n'ont pas d'autre recours,
   d'autre espoir que dans la politique, que d'entendre les responsables
   politiques leur dire : "Je n'y peux rien !"Si tu n'y peux rien, ce
   n'est pas la peine de te présenter à l'élection présidentielle ! J'ai
   mesuré l'attente vis-à-vis de la politique de la part de ceux qui se
   sentent prisonniers d'une multitude de contraintes dont ils n'arrivent
   pas à desserrer le carcan. J'ai pris conscience du besoin que la
   politique représentait pour redonner une espérance à ceux qui l'ont
   perdue, pour qu'ils aient le sentiment de pouvoir redevenir les acteurs
   de leur propre histoire. J'ai pris conscience de la nécessité pour la
   politique de redevenir l'expression d'une volonté aux yeux de ceux qui
   ne se sentent plus eux-mêmes la force de vouloir. Il y a des Français
   pour qui la vie est si lourde qu'ils n'ont plus la volonté de vouloir
   et c'est la politique qui doit leur rendre l'espérance. La pensée
   unique qui est la pensée de ceux qui savent tout, de ceux qui se
   croient non seulement intellectuellement mais aussi moralement
   au-dessus des autres, cette pensée unique avait dénié à la politique la
   capacité d'exprimer une volonté.

   Elle avait condamné la politique. Elle avait prophétisé son déclin
   inéluctable face aux marchés, aux multinationales, aux syndicats, à
   Internet. Il était entendu, dans le monde tel qu'il est, avec ses
   informations qui se diffusent instantanément, ses capitaux qui se
   déplacent de plus en plus vite, ses frontières ouvertes, que dans ce
   monde-là, il était entendu que la politique ne jouerait plus qu'un rôle
   anecdotique et qu'elle ne pourrait plus exprimer une volonté parce que
   le pouvoir serait bientôt partagé, dilué, parce qu'il serait en réseau,
   parce que les frontières resteraient ouvertes, parce que les hommes,
   les capitaux et les marchandises circuleraient sans obéir à personne.
   Moi, je vous le dis, la politique revient. Elle revient partout dans le
   monde. La chute du Mur de Berlin avait semblé annoncer la fin de
   l'Histoire et la dilution de la politique dans le marché. 18 ans plus
   tard, tout le monde sait que l'Histoire n'est pas finie, qu'elle est
   toujours tragique et que la politique ne peut pas disparaître parce que
   les hommes d'aujourd'hui ressentent un besoin de politique, une envie
   de politique, comme on n'en avait rarement vu depuis la fin de la
   Seconde Guerre Mondiale. Si les Français n'avaient pas eu envie de
   politique, que l'on m'explique pourquoi 85% d'entre eux ont voté au
   premier tour de l'élection présidentielle ? Il faut être cohérent. Le
   besoin de politique a pour corollaire le besoin de nation. La nation
   aussi était condamnée. La voilà de retour, pour répondre au besoin
   d'identité face à la mondialisation, vécue comme une entreprise
   d'uniformisation et de marchandisation du monde où il n'y aurait pas de
   place pour la culture et pour les valeurs de l'esprit. L'inquiétude est
   peut-être excessive mais elle est bien réelle et elle exprime un besoin
   d'identité très fort. Et je réclame le droit de pouvoir parler de
   l'identité nationale française sans être décrit comme un nationaliste.
   Et je réclame le droit de pouvoir être fier de la France et de dire que
   j'aime mon pays sans être caricaturé par ceux qui ne sont prêts à rien
   faire pour leur patrie. La nation française, c'est pour nos
   compatriotes la capacité à être ensemble pour se protéger et pour agir.
   C'est le sentiment que l'on n'est pas tout seul pour affronter un
   avenir angoissant et un monde menaçant. C'est le sentiment qu'ensemble
   on est plus fort et que l'on pourra faire ce que tout seul on ne
   pouvait pas faire. Ensemble, c'est sans doute le mot le plus important
   à mes yeux de cette campagne. C'est le mot qui appelle plus de volonté
   politique et plus de nation. J'ai voulu remettre la volonté politique
   et la France au coeur du débat politique. Au cours de cette campagne,
   je n'ai finalement parlé que de la France. La volonté politique et la
   nation c'est toujours pour le meilleur et aussi pour le pire. Le peuple
   qui se mobilise, qui devient une force collective, c'est une puissance
   redoutable qui peut aussi bien agir pour le meilleur que pour le pire.
   Faisons en sorte que ce soit pour le meilleur. Nous conjurerons le pire
   en respectant les Français, en tenant nos engagements, en respectant la
   parole donnée. Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans
   la politique. Oui, de la morale.

   Le mot "morale" ne me fait pas peur. La morale, après 1968, on ne
   pouvait plus en parler. C'était un mot qui avait disparu du vocabulaire
   politique. Pour la première fois, depuis des décennies, la morale a été
   au coeur d'une campagne présidentielle. Mai 68 nous avait imposé le
   relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient
   imposé l'idée que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune
   différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le
   beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l'élève valait
   le maître, qu'il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser
   les mauvais élèves, qu'il ne fallait surtout pas de classement. La
   victime comptait moins que le délinquant. Ils avaient cherché à faire
   croire qu'il ne pouvait exister aucune hiérarchie des valeurs. Il n'y
   avait d'ailleurs plus de valeurs, plus de hiérarchie, ils avaient
   réussi, il n'y avait plus rien du tout, et eux-mêmes, ce n'était pas
   grand-chose... Ils avaient proclamé que tout était permis, que
   l'autorité c'était fini, que la politesse c'était fini, que le respect
   c'était fini, qu'il n'y avait plus rien de grand, plus rien de sacré,
   plus rien d'admirable, plus de règle, plus de norme, plus d'interdit.
   Beau résultat en vérité. Souvenez-vous du slogan de mai 68 sur les murs
   de la Sorbonne : "Vivre sans contrainte et jouir sans entrave." Voyez
   comment l'héritage de mai 68 a liquidé l'école de Jules Ferry qui était
   une école de l'excellence, du mérite, du respect, une école du civisme,
   une école qui voulait aider les enfants à devenir des adultes et non à
   rester de grands enfants, une école qui voulait instruire et non
   infantiliser, parce qu'elle avait été construite par de grands
   républicains qui avaient la conviction que l'ignorant n'est pas un
   homme libre. Voyez comment l'héritage de mai 68 a liquidé une école qui
   transmettait une culture commune et une morale partagée grâce
   auxquelles tous les Français pouvaient se parler, se comprendre et
   vivre ensemble. Parce que si nous n'avons pas de culture commune et de
   morale partagée, c'est notre capacité à nous supporter, à nous
   comprendre, à nous parler, à vivre ensemble qui est gravement remise en
   question. Voilà pourquoi il fallait tourner cette page. Mais, je veux
   aller plus loin, parce que l'héritage de mai 68 a introduit le cynisme
   dans la société et dans la politique. Voyez comment le culte de
   l'argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les
   dérives du capitalisme financier ont été portés par les valeurs de mai
   68. Puisqu'il n'y a plus de règles, plus e normes, plus de morale, plus
   de respect, plus d'autorité, puisque tout se vaut, alors tout est
   permis. Voyez comment la contestation de tous les repères éthiques, de
   toutes les valeurs morales a contribué à affaiblir la morale du
   capitalisme, comment elle a préparé le terrain au capitalisme sans
   scrupule et sans éthique des parachutes en or, des retraites chapeaux
   et des patrons voyous. Je ne peux pas accepter de vivre dans une
   société où l'on explique à des salariés qu'il faut supprimer 10 000
   emplois pour trouver de l'argent et dont le patron, responsable de
   cette situation part avec un chèque de 8 millions d'Euros. Ce ne sont
   pas mes valeurs, ce n'est pas ma conception, ce n'est pas de la morale.

   Je n'accepte pas que l'on envoie en prime d'intéressement un chèque de
   deux Euros cinquante dans une entreprise, pour les intéresser aux
   résultats de l'année, alors que le patron de la même entreprise part
   avec 8 millions d'Euros. IL aurait dû partir avec la même prime
   d'intéressement. Que les choses soient claires entre nous, je ne
   laisserai pas quelques uns détruire le combat qui est le nôtre, sur les
   valeurs de l'effort, du mérite et de la récompense, par des
   comportements caricaturaux qui n'ont rien à, voir avec ce que nous
   pensons de l'honnêteté, du travail, de la justice et du mérite
   républicains. Je ne mettrai jamais sur le même plan le prédateur et
   l'entrepreneur, le péculateur et le travailleur. Que l'on gagne
   beaucoup d'argent quand on travaille beaucoup, que l'on prend beaucoup
   de risques et que l'on crée beaucoup de richesses, je l'accepte, je
   l'encourage et je le souhaite pour notre pays. Mais que l'on gagne
   beaucoup d'argent quand on a échoué, que l'on a détruit des emplois et
   conduit son entreprise dans une impasse, je ne peux pas l'accepter. Les
   héritiers de mai 68 ont abaissé le niveau moral de la politique. Voyez
   tous ceux qui se réclament de l'héritage de mai 68, vous les
   reconnaîtrez certainement, ils donnent aux autres des leçons qu'ils ne
   s'appliquent jamais à eux-mêmes, ils veulent imposer aux autres des
   comportements, des règles, des sacrifices qu'ils ne s'imposent jamais à
   euxmêmes. Voyez-les, écoutez-les, ils proclament toujours : "Faites ce
   que je dis, ne faites surtout pas ce que je fais !" Voyez-la,
   écoutez-la cette gauche héritière de mai 68. Cette gauche qui n'aime
   pas la République parce qu'elle n'aime pas l'égalité ;

   Cette gauche qui prétend défendre les services publics mais qui ne
   prend jamais les transports en commun ;

   Cette gauche qui aime tellement l'école publique qu'elle n'y met pas
   ses enfants ;

   Cette gauche qui adore la banlieue, qui en parle brillamment, mais qui
   se garde bien d'y habiter ;

   Cette gauche qui trouve toujours des excuses aux voyous à condition
   qu'ils restent dans des quartiers où elle ne va jamais ;

   Cette gauche qui fait des grands discours sur l'intérêt général mais
   qui s'enferme dans le clientélisme, dans le corporatisme et dans
   l'immobilisme ;

   Cette gauche n'est pas avare pour signer des pétitions quand on expulse
   des squatters mais qui n'accepterait pas que l'on s'installe chez elle
   ;

   Cette gauche entre Jules Ferry et mai 68 a choisi mai 68 ;

   Cette gauche condamne la France à un immobilisme dont les travailleurs,
   les plus modestes, les plus pauvres, seraient les principales victimes.

   Cette gauche a renoncé au mérite et à l'effort. Elle a cessé de parler
   aux travailleurs, de se sentir concernée par le sort des travailleurs,
   d'aimer les travailleurs. Au fond, elle ne parle plus des travailleurs
   parce qu'elle rejette la valeur travail, parce que la valeur travail ne
   fait plus partie de ses valeurs, parce que son idéologie à elle ce
   n'est pas l'idéologie de Jaurès, ce n'est pas l'idéologie de Blum, qui
   eux respectaient le travail, aimaient les travailleurs, parlaient des
   travailleurs. Aujourd'hui, elle parle de statuts, d'assistanat,
   d'égalitarisme, de nivellement, des 35 heures. Elle a tourné le dos aux
   travailleurs de notre pays. Je le dis à la gauche : je veux réhabiliter
   le travail et parler des travailleurs.

   Regardez comme c'est intéressant, les héritiers de ceux qui en mai 68
   criaient : "CRS = SS" prennent systématiquement le parti des voyous,
   des casseurs et des fraudeurs contre la police. Regardez ce qui s'est
   passé après les incidents inadmissibles de la gare du Nord. Au lieu de
   condamner les casseurs et d'apporter leur soutien aux forces de l'ordre
   qui font un travail difficile et remarquable, ils n'ont rien trouvé de
   mieux à dire que cette phrase qui mérite de rester dans les annales de
   la République. Je cite : "Il est inquiétant de constater qu'un fossé se
   creuse entre la police et la jeunesse". Cette gauche-là n'a rien
   compris. Comme si les casseurs de la gare du Nord représentaient toute
   la jeunesse française. C'est une insulte à la jeunesse de France que de
   les assimiler aux casseurs ! Comme si c'était la police qui était en
   tort et pas les casseurs. Comme si les voyous avaient tout cassé et
   avaient pillé les magasins pour exprimer une révolte contre une
   injustice. Comme si la société était toujours coupable et le délinquant
   toujours innocent. Écoutez-les, les héritiers de mai 68, cultiver la
   repentance, je déteste la repentance car je suis fier de l'histoire de
   France. Je veux tourner la page de mai 68 une bonne fois pour toutes.
   Mais il ne faut pas faire semblant. Il ne faut pas se contenter de
   mettre les drapeaux aux fenêtres le 14 juillet et de chanter la
   Marseillaise à la place de l'Internationale. Il ne faut pas dire que
   l'on veut l'ordre et prendre systématiquement parti contre les forces
   de l'ordre. Il ne faut pas crier à l'État policier et à la provocation
   à chaque fois que la police cherche à faire respecter la loi. Il ne
   faut pas dire que l'on est pour la valeur travail et généraliser les 35
   heures, surtaxer le travail, encourager l'assistanat et empêcher ceux
   qui veulent créer des richesses d'investir en France. Il faut faire de
   la France le pays où l'on peut investir, entreprendre, créer, innover,
   le pays de la liberté et non pas celui des contraintes. Je propose aux
   Français de rompre avec les idées de mai 68. Je propose aux Français de
   renouer en politique avec la morale, l'autorité, le respect, le
   travail, la nation. Je propose de reconstruire un État qui fasse
   réellement son métier. Je propose de refaire une République une et
   indivisible contre tous les communautarismes et tous les séparatismes.
   Je propose de rebâtir une nation fière d'elle-même. En faisant valoir
   systématiquement les droits au détriment des devoirs, les héritiers de
   mai 68 ont affaibli l'idée de citoyenneté. En dénigrant la loi, l'État
   et la nation, les héritiers de mai 68 ont favorisé la montée de
   l'individualisme. Ils ont incité chacun à ne compter que sur lui-même
   et à ne pas se sentir concerné par les problèmes des autres. Je crois à
   la liberté individuelle mais je veux compenser l'individualisme par le
   civisme, le civisme n'est pas un gros mot, je veux que l'instruction
   civique devienne une matière fondamentale de l'Éducation nationale. Je
   veux une citoyenneté où l'on parle des droits mais où l'on accepte les
   devoirs. Je veux que ces droits soient équilibrés par des devoirs.

   L'idéologie de mai 68 sera morte le jour où dans la société on osera
   enfin rappeler chacun à ses devoirs. L'idéologie de mai 68 sera morte
   le jour où dans la politique française on osera proclamer que, dans la
   République, les devoirs sont la contrepartie des droits. Ce jour-là
   sera, enfin, accomplie la grande réforme intellectuelle et morale dont
   la France a besoin. Alors nous pourrons reconstruire sur des bases
   renouvelées la République fraternelle, rêve toujours inachevé, toujours
   inaccompli, de la France, depuis le premier jour où elle a pris
   conscience de son existence en tant que nation. La France n'est pas une
   race, la France n'est pas une ethnie, la France n'est pas qu'un
   territoire, la France est un idéal inlassablement poursuivi par un
   grand peuple qui croit depuis son premier jour à la force des idées, à
   leur capacité à transformer le monde et à faire le bonheur de
   l'humanité. Je veux le dire aux Français : le plein emploi, la
   croissance, l'augmentation du pouvoir d'achat, la revalorisation du
   travail, la moralisation du capitalisme, c'est possible. Mais ce ne
   sont que des moyens qui doivent être mis au service d'une certaine idée
   de l'homme, d'un idéal de société où chacun puisse trouver sa place, où
   la dignité de chacun sera reconnue et respectée. J'ai rencontré dans
   les hôpitaux des malades qui ajoutaient aux souffrances de la maladie
   la douleur de se sentir exclus, le scandale d'être mis à l'écart de la
   société qui ne voulait même plus les regarder. Je me souviens d'une
   infirmière dans un hôpital pleurant en me racontant comment la
   désorganisation due aux 35 heures l'empêchait de s'occuper autant qu'il
   aurait été nécessaire de malades pour lesquels elle était le dernier
   lien avec la vie. Les 35 heures ont brisé toute forme d'organisation de
   l'hôpital français. Je me souviens de ce jeune rugbyman dans ce centre
   de rééducation qui tentait avec toutes les forces qui lui restaient de
   rassembler les morceaux d'une vie brisée par un accident qui l'avait
   rendu tétraplégique. Il a sa place dans la société qui est la nôtre. Je
   me souviens d'une visite à la prison pour femmes de Rennes et de la
   rencontre avec une mère d'une petite fille de 7 ans qui était sa seule
   raison de vivre. J'ai vu la misère des prisons françaises si souvent
   indignes de la patrie des droits de l'Homme. J'ai vu les femmes
   martyrisées dans les centres d'accueil où elles tentent de se
   reconstruire. J'ai vu dans les maisons de retraite la tristesse qui
   était dans le regard des vieillards frappés par la dépendance et qui
   n'avaient plus l'impression de vivre, mais de survivre parce qu'ils
   étaient abandonnés de tous, parce qu'ils n'avaient besoin que d'un peu
   d'amour et de respect que plus personne ne leur donnait sous prétexte
   qu'ils étaient dépendants. Cette société-là, nous n'en voulons pas. De
   tous ces malheureux que la vie a brisés, que la vie a usés, je veux
   être le porteparole. Je veux être celui qui leur rendra une place dans
   la République, qui leur redonnera un peu de cette considération et de
   cet espoir sans lesquels il n'y a plus d'humanité.

   Je veux être celui par lequel la France va défendre ses valeurs
   universelles. Des valeurs avec lesquelles nous en pouvons pas transiger
   parce qu'elles sont le fondement de toutes nos politiques, au dedans
   comme au dehors. Je veux être le Président de la liberté de conscience
   contre tous les intégrismes. Je veux être le Président de la liberté
   d'expression contre toutes les intolérances. Je veux que dans la patrie
   des droits de l'Homme on puisse librement critiquer, librement
   caricaturer, sans être menacé de mort, sans être exposé à la violence.
   Je veux qu'à tous ceux qui veulent vivre en France nous ayons le
   courage de dire que cette idée de la liberté française n'est pas
   négociable. Ceux qui ne sont pas capables d'entendre la critique, la
   caricature, la liberté d'opinion, ne sont pas obligés de demeurer sur
   le sol de la République française. Je veux être le Président d'une
   France qui défend la liberté chez elle mais aussi dans le monde. Parce
   que c'est la vocation de la France. Je veux être le Président de la
   France des droits de l'Homme. Je ne crois pas à la "realpolitik" qui
   fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas
   ce qui se passe en Tchétchénie qui est contraire aux valeurs
   universelles de la France. Ce qui se passe au Darfour est absolument
   inacceptable pour l'idée que nous nous faisons de l'humanité et du
   respect des droits de l'Homme les plus élémentaires. Je veux avoir le
   courage de faire ce que la gauche au pouvoir n'a jamais eu le courage
   de dire. Je ne veux pas simplement le dire, je veux le faire. Chaque
   fois qu'une femme ou qu'un enfant sera martyrisé dans le monde, la
   France se portera à ses côtés. La France, si les Français me
   choisissent, sera aux côtés des infirmières bulgares, depuis 8 ans et 3
   mois condamnées aux geôles sinistres libyennes, ce n'est pas
   acceptable. La France sera aux côtés de la femme qui risque la
   lapidation parce qu'elle est soupçonnée d'adultère. La France sera aux
   côtés de la persécutée qu'on oblige à porter la burka, aux côtés de la
   malheureuse qu'on oblige à prendre un mari qu'on lui a choisi, aux
   côtés de celle à laquelle son frère interdit de se mettre en jupe. À
   chaque femme martyrisée dans le monde je veux que la France offre sa
   protection en lui donnant la possibilité de devenir française. Je ne
   veux pas oublier notre compatriote Ingrid Betancourt, je n'aurais de
   cesse de la faire rentrer chez elle et de la rendre à sa famille.

   Mes chers amis, Je voudrais remercier tous les Français qui dimanche
   dernier m'ont témoigné leur confiance pour conduire le changement dont
   la France a besoin. 11 millions et demi. Cette confiance je ne la
   trahirai pas, je tiendrai mes engagements. C'est l'idée que je me fais
   de la morale en politique. Si j'ai voulu tout dire avant l'élection,
   c'est pour pouvoir tout faire après. C'est pour que les Français
   n'aient pas le sentiment, au lendemain des élections, qu'une fois de
   plus on les a trompés et que la politique qui est mise en oeuvre n'est
   pas celle pour laquelle ils ont voté.

   À ceux qui m'ont fait confiance le 22 avril et à tous ceux qui me
   feront confiance le 6 mai, je veux dire que je mettrai un point
   d'honneur à ce que personne ne soit trompé, trahi ou déçu. Mais je
   voudrais m'adresser tout particulièrement à ceux qui n'ont pas encore
   fait leur choix, à ceux qui ont voté au premier tour pour un autre
   candidat et qui hésitent encore. Je voudrais leur dire que je comprends
   leur déception et que je sais combien ce nouveau choix peut être
   difficile pour eux. Mais ce choix engagera l'avenir de notre pays. Je
   veux leur dire : vous allez avoir à vous demander lequel des deux
   candidats correspond le mieux, avec ses qualités et ses défauts, à
   l'idée que vous vous faites de la fonction présidentielle. Vous allez
   avoir à vous demander lequel des deux projets est le plus à même de
   permettre que la France reprenne confiance dans l'avenir. Vous allez
   avoir à vous demander dans quelle mesure les valeurs qui sont celles
   des candidats sont compatibles avec celles auxquelles vous croyez. Il
   va vous falloir choisir, faire cet effort sur vous-mêmes consistant à
   choisir entre deux candidats que vous n'avez pas désignés. Vous allez
   le faire, mes chers compatriotes, parce que c'est votre devoir de
   citoyens, parce qu'à la fin, il faut que la France soit gouvernée,
   parce que c'est la responsabilité de chacun de faire vivre la
   démocratie. Ce choix, je n'en doute pas, vous le ferez en votre âme et
   conscience. Ce choix, quel qu'il soit, je le respecterai parce que ma
   conception de la République et de la démocratie c'est le respect, le
   respect des autres, le respect de l'autre, de sa personne et de ses
   convictions. Je ne vous dirai pas parce que je ne le pense pas : "C'est
   moi ou le chaos !" Quel démocrate serais-je si j'exprimais autant de
   suffisance et peut-être de mépris pour les convictions de tous ceux qui
   ne pensent pas comme moi ? Mais à tous ceux d'entre vous qui croient en
   la tolérance, la liberté, l'humanisme, je veux dire que ce sont les
   valeurs sur lesquelles j'ai bâti mon projet, que ce sont les valeurs
   qui fondent mon engagement politique et ma candidature à l'élection
   présidentielle. Je veux m'adresser aux électeurs du centre, dont les
   valeurs sont si proches des nôtres. Je veux leur dire que leur
   sensibilité a toute sa place dans la majorité présidentielle que je
   veux construire et autour de laquelle je veux rassembler les Français.
   Puisque Monsieur Bayrou veut en finir avec l'UDF, je dis aux élus UDF
   qui me soutiennent qu'ils sont les bienvenus en femmes et hommes libres
   dans la nouvelle majorité présidentielle. Moi, je ne veux pas en finir
   avec l'UDF, je la respecte et je respecte ses électeurs, ses valeurs,
   ses idées et ses convictions. Je veux dire à ces Français et à ces élus
   UDF qui m'honorent en m'apportant leur soutien, que nous avons besoin
   d'eux, j'ai besoin d'eux, de ce qu'ils représentent, de ce à quoi ils
   croient. Je leur demande de ne renoncer à rien, de venir en femmes et
   hommes libres, et d'accepter ma part de liberté. C'est ensemble que
   nous allons construire la France du renouveau. Mais, je veux aller plus
   loin. Je veux m'adresser aussi à tous ceux qui après le premier tour ne
   se sentent pas représentés, ont l'impression d'être exclus, d'être
   condamnés à ne pas avoir leur mot à dire dans la République. C'est très
   important. Il est des Français qui ont fait des choix qui ne sont pas
   les nôtres, qui se sont tournés vers les extrêmes, non comme une
   espérance mais comme une forme de désespérance.

   À tous ceux-là je veux dire que je les comprends et que je les
   respecte. Je veux leur dire que la proportionnelle n'est pas un bon
   système parce qu'elle donne le pouvoir aux partis, parce qu'elle rend
   difficile la constitution de majorités stables. Nous avons déjà connu
   dans notre histoire les conséquences dramatiques de l'instabilité
   gouvernementale. Nous ne pouvons pas y revenir. Mais cela ne nous
   empêche pas de réfléchir tous ensemble au moyen de permettre une
   représentation plus large des opinions et des sensibilités. Je
   m'engage, si je suis élu président de la République, à réunir toutes
   les forces politiques de la nation et à discuter avec elles de la
   possibilité d'introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à
   l'Assemblée Nationale sans créer le risque d'une instabilité qui serait
   désastreuse. Je veux que chacun se sente représenté dans la République
   mais que nous gardions les scrutin majoritaire, clé de la stabilité de
   la République.

   Mes chers amis, nous voici arrivés au terme de cette campagne. J'ai
   voulu la conduire conformément à l'idée que je me faisais de la
   fonction présidentielle. Des responsabilités qu'elle implique. Des
   devoirs qu'elle impose. De la dignité qu'elle exige. Je n'ai pas été
   épargné par les attaques personnelles. On a mis en cause successivement
   ma probité, mon intégrité, mon honneur, ma sincérité, mon caractère. On
   a expliqué que j'étais dangereux pour les libertés. On m'a soupçonné de
   vouloir mettre en place un État policier. Je n'ai pas été rapide, en
   quatre ans de ministère de l'Intérieur, je n'y suis même pas arrivé...
   On m'a accusé d'avoir exercé des pressions. On n'a jamais produit la
   moindre preuve ni le moindre indice, ni quoi que ce soit qui puisse
   étayer ces accusations qui déshonorent davantage ceux qui les profèrent
   que celui qui les reçoit. Je n'ai pas répondu à ces attaques. Sauf pour
   dire, quand ces attaques sont devenues insupportables, que ceux qui les
   portaient n'avaient pas, à ma connaissance, fait la preuve de tellement
   de vertus qu'ils puissent se permettre un tel mépris à l'endroit des 11
   millions et demi de Français qui m'on fait confiance. Je ne les ai pas
   rejoints dans la boue où ils auraient voulu m'entraîner. Ils n'ont pas
   changé. Ce sont exactement les mêmes que ceux qui, en 1958, se sont
   donnés le ridicule absolu de défiler contre le Général de Gaulle en
   hurlant que le fascisme ne passerait pas. Et les plus anciens ici se
   souviennent, en 1965, face au Général de Gaulle, ils avaient fait au
   second tour une "coalition des républicains" contre celui qui n'avait
   jamais mis la République en danger, puisqu'il l'avait sauvée deux fois
   ! Je suis allé à Colombey, dans le silence et le calme. Sur le livre
   d'or du Mémorial de la Croix de Lorraine j'ai voulu écrire : "Je suis
   venu ici pour la première fois il y a 30 ans. Rien n'a changé, surtout
   pas le sentiment éprouvé devant l'humble tombe du Général de Gaulle,
   dans ce petit cimetière, qu'une grande vie c'est une vie mise au
   service de quelque chose de plus grand que soi. Cette conviction qui
   m'est venue ici pour la première fois, elle ne m'a plus quitté : que la
   France ne pourra pas disparaître tant que nous serons décidés à la
   maintenir comme un idéal pour les hommes et prêts à nous battre pour
   qu'elle vive."

   Mes chers amis, il reste huit jours. Huit jours pour faire de nos rêves
   une réalité ;

   Huit jours pour se lever ;

   Huit jours pour bâtir l'espérance dont la France a besoin ;

   Huit jours pour dire ce que nous voulons pour nos enfants ;

   Huit jours pour dire que la France est un vieux pays qui a encore tant
   de choses à dire au monde et à l'Europe ;

   Huit jours pour faire du travail, du mérite, de l'effort, de la
   récompense, de l'humanisme les valeurs de la République française ;

   Huit jours, mes chers amis, pour que l'avenir soit une espérance ;

   Huit jours, mes chers amis, pour convaincre, pour rassembler, pour que
   tous ceux qui aiment passionnément la France nous aident à bâtir la
   France du renouveau ;

   Huit jours, mes chers amis, huit petits jours, pour créer les
   conditions d'un rassemblement immense, pour porter une majorité, pour
   construire pour les cinq années qui viennent le pays le pays le plus
   prospère au monde ;

   Huit jours pour le pouvoir d'achat ;

   Huit jours pour le plein emploi ;

   Huit jours pour le rétablissement de l'autorité ;

   Huit jours, mes chers amis.

   J'ai besoin J'ai besoin J'ai besoin La victoire de vous comme jamais un
   candidat n'a eu besoin du peuple à ses côtés. de vous pour être le
   candidat du peuple de France. de vous. est en vous, la victoire sera
   belle parce que ce sera la vôtre.

   Vive la République ! Et par-dessus tout, Vive la France !

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