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Discours politique

François Fillon, Discours aux Parlementaires de la majorité (22/05/2007)

   Messieurs les Présidents, mes chers amis,

   Je vous reçois à Matignon avec émotion, car je suis un parlementaire
   qui connaît quasiment chacun d’entre-vous.

   J’ai, en effet, le privilège d’avoir siégé 17 ans à l’Assemblée
   Nationale dont je salue le Président Ollier, et un peu plus de deux ans
   au Sénat.

   Je veux vous dire, Monsieur le Président du Sénat, tout l’honneur que
   j’ai à vous avoir à mes côtés, ainsi que mes collègues sénateurs, qui,
   eux aussi, ont une réelle responsabilité dans cette campagne en raison
   de leur influence et de leur poids politique dans nos départements.

   Je suis également heureux d’accueillir les présidents de groupe,
   Bernard Accoyer et Josselin de Rohan qui ont joué un rôle si important
   pour assurer la cohésion de la majorité autour de la candidature de
   Nicolas Sarkozy.

   J’adresse aussi à Jacques Peletier, président du groupe RDSE, la
   bienvenue et mes remerciements.

   Mes amis, Je sais d’où je viens et avec quels amis j’ai parcouru tout
   ce chemin.

   Mais je n’ai pas voulu vous réunir pour le seul plaisir de vous
   retrouver… Je vous ai réuni, car je vais mener la bataille des
   législatives avec vous.

   Et je ne vais pas la conduire avec le seul statut de responsable de la
   majorité… Je vais la conduire directement sur le terrain en étant
   moi-même candidat aux législatives.

   J’estime que la morale comme le courage politique me l’imposent.

   A mes yeux, le premier ministre doit être un élu du peuple car ma
   légitimité c’est aussi celle qui m’est, depuis toujours, accordée par
   mes électeurs.

   Je l’ai toujours pensé ainsi, et ce n’est pas maintenant que je vais
   changer de point de vue.

   Vous allez aller à la bataille, et j’ai donc bien l’intention d’y aller
   comme vous et avec vous ! Mes amis, Le 6 mai, la victoire de Nicolas
   Sarkozy que nous espérions tous est arrivée, et vous y avez fortement
   contribué.

   Cette victoire n’est pas comme les autres.

   Ce n’est pas une victoire par défaut.

   Ce n’est pas une victoire fondée sur un rejet mais une franche
   adhésion.

   Après le 21 avril 2002, la déroute des régionales, le rejet du traité
   constitutionnel européen, les Français ont manifesté une étonnante
   volonté de construire autre chose et autrement.

   Par son amplitude démocratique et sa clarté politique, le succès de
   Nicolas Sarkozy constitue une occasion historique de transformer la
   France en profondeur.

   Je dis bien historique, car nous l’avons emporté avec un projet de
   rupture, un projet précis.

   De ce fait, nous avons entre nos mains un mandat clair, et, par là
   même, la chance de pouvoir changer d’époque.

   J’ai souvent eu le sentiment que notre pays était entré dans le nouveau
   siècle avec l’esprit et les pratiques de l’ancien.

   Une métamorphose est désormais possible.

   Nous avons aussi la chance de pouvoir redonner plus de souffle et plus
   de cœur à la politique.

   La chance de pouvoir bousculer les résistances et les tabous qui figent
   la société française depuis des décennies.

   La chance de pouvoir imprimer des valeurs : celles du travail et du
   mérite, celles de l’effort et du courage, celles de la responsabilité
   et du respect.

   Cette opportunité est décisive car - et c’est bien là tout son drame -
   la gauche n’a pas seulement perdu une élection, elle a, par son refus
   d’ouvrir les yeux sur le monde, par son conservatisme borné, perdu la
   bataille idéologique.

   Elle a perdu la bataille des valeurs.

   Pour tout dire, elle a perdu son magister intellectuel et moral.

   A nous de démontrer qu’une autre façon d’être, d’agir, de penser,
   peuvent être les ressorts d’une France nouvelle.

   Nous avons enfin la chance, mes chers amis, de pouvoir nous attaquer
   aux racines des problèmes qui handicapent notre pays depuis 25 ans.

   Sur l’emploi, sur l’égalité des chances, sur la sécurité, sur la
   réforme de l’Etat, sur l’Europe, sur l’identité nationale, nous pouvons
   aller au fond des choses.

   C’est dire que nous pouvons réorienter fortement le cours de notre
   destin national.

   Je suis sûr que vous l’avez ressenti sur le terrain comme moi :
   aujourd’hui, les Français ne nous regardent plus tout à fait de la même
   façon.

   Ils se disent : « ceux là, ils vont peut être changer le pays ! ».

   Au nom du Président de la république et au nom des conditions nettes et
   franches de sa victoire, je vous demande donc de situer cette campagne
   législative au niveau ou elle doit être : c'est-à-dire à son plus haut
   niveau politique.

   Notre devoir est de nous montrer à la hauteur d’une formidable attente.

   Cette attente exigeait un choc politique immédiat.

   Un choc démontrant que l’élection de Nicolas Sarkozy bousculait tout, y
   compris les vieux clivages politiques qui plaisent tant à la gauche.

   Dans sa défaite, la gauche attendait la droite classique au pouvoir
   pour remonter la pente aux législatives.

   Elle escomptait encore et toujours nous diaboliser, nous stigmatiser,
   nous caricaturer.

   La gauche attendait une vieille droite, crispée, dogmatique, la voici
   devant une droite et un centre modernes et conquérants ! Une droite et
   un centre modernes, sûrs d’eux-mêmes, rassemblant tous les Français
   quelles que soient leurs sensibilités politiques, une droite et un
   centre modernes décidés à réconcilier dans une synthèse nouvelle, la
   liberté économique et la justice sociale, la croissance et le
   développement durable, la fierté nationale et l’engagement européen,
   l’identité française et l’universalisme.

   Oui, la gauche attendait, espérait, que nous retombions dans les
   clichés et les habitudes d’autrefois, et voilà que la nomination du
   gouvernement annonce avec fracas une nouvelle donne politique.

   C’est un gouvernement qui respecte la parité entre les hommes et les
   femmes.

   Cette parité légitime et nécessaire, tout le monde en parlait, et la
   gauche n’était pas la moins avare de conseils en la matière… Eh bien
   voici que c’est nous qui l’avons concrétisée, et vous pouvez en être
   fiers.

   La nomination de Rachida Dati, au poste de garde des sceaux, ministre
   de la justice, a un sens qui honore la France républicaine que j’aime
   et que je veux.

   C’est la France du mérite, c’est la France riche de ses différences et
   qui mobilise tous ses talents.

   C’est un gouvernement resserré car lorsque la tâche est aussi exigeante
   il faut une équipe de mission.

   Une équipe où la collégialité ne soit pas simplement un mot mais une
   réalité de tous les instants.

   Une équipe où le débat soit possible.

   Une équipe qui assume collectivement les décisions stratégiques dont
   elle a débattu.

   C’est un gage d’efficacité et de modernité.

   Je suis fier que, dans ce domaine aussi, nous innovions.

   C’est un gouvernement qui place au premier rang de ses priorités
   l’écologie, le développement et l’aménagement durable.

   C’est une révolution qui va nous permettre de passer de l’époque des
   colloques et de la prise de conscience à celle de l’action.

   C’est enfin un gouvernement d’ouverture.

   Il faut beaucoup de force et de grandeur pour ne pas céder à la
   tentation partisane lorsque la victoire est là.

   Et cette force, Nicolas Sarkozy l’a eu.

   Il faut aussi être animé par un profond sens de l’intérêt général pour
   ne pas se limiter à son camp quand vous avez la possibilité d’imposer
   vos vues à ceux qui vous ont combattu autrefois.

   Ce sens de l’intérêt général, Nicolas Sarkozy l’a eu, et, avec lui,
   vous l’incarnez plus que n’importe qui, et vous en serez les
   interprètes dans chacune de vos circonscriptions.

   Cette ouverture est le symbole d’une profonde recomposition politique
   et intellectuelle que nous avons décidé de provoquer.

   Nous l’avons réalisée comme aucun autre gouvernement ne l’avait
   réalisé.

   D’Alain Juppé à Bernard Kouchner, d’Hervé Morin à Eric Besson, nous
   avons bousculé toutes les frontières partisanes.

   La gauche hurle au débauchage et se déchaîne sur ses propres amis
   d’hier.

   Il y a un mois, le parti socialiste proposait de gouverner avec le
   centre.

   Aujourd’hui, il insulte celles et ceux qui ont eu le courage de nous
   rejoindre.

   Ce qui était une bonne idée hier lorsqu’elle venait de la gauche, est
   désormais une manœuvre et une hérésie car elle vient de la droite.

   Cette mauvaise foi et cette agressivité sont la preuve que nous ne
   sommes pas dans le gadget mais dans une très sérieuse remise en cause
   des clivages intellectuels et politiques.

   L’ouverture est une chance pour notre famille politique, pour notre
   gouvernement, et surtout pour notre pays.

   Nos concitoyens attendent de leurs responsables politiques qu’ils
   cessent de manier l’exclusive et qu’ils pratiquent le dialogue, la
   synthèse, le travail d’équipe.

   Eh bien c’est ce nous voulons faire avec cette large majorité
   présidentielle qui rassemble gaullistes, centristes, libéraux,
   radicaux, personnalités de gauche, mais aussi nos amis de l’UDF qui,
   avec responsabilité et hauteur de vue, nous ont rejoint pour amplifier
   notre dynamique.

   Cette ouverture s’effectue dans la diversité mais s’engage aussi dans
   la clarté.

   Ceux qui nous rejoignent le font sur un projet que nous avons porté
   durant la campagne.

   C’est un projet fondé sur la vérité.

   La vérité sur les défis considérables que nous lance la mondialisation.

   La vérité sur l’état de notre pays qui, en bien des domaines, a
   décroché par rapport aux grandes nations.

   La vérité sur la nécessité de nous retrousser les manches si nous
   voulons vivre debout et non à genoux.

   C’est un projet dont la clarté nous impose un devoir : celui de
   l’accomplir.

   Nous avons trois priorités immédiates qui seront, je l’espère, au cœur
   de vos travaux législatifs durant la session extraordinaire du
   parlement.

   La première, c’est la sécurité des Français.

   Face à la violence et la délinquance il ne faut pas céder d’un
   millimètre.

   Face à la violence et la délinquance nous allons faire ce que nous
   avons dit ! La question des mineurs délinquants et celle des
   multirécidivistes seront traitées dès le mois de juillet.

   La seconde priorité, c’est la revalorisation du travail.

   Le temps des hésitations est fini ! Nous visons, d’ici cinq ans, le
   plein emploi et nous sommes bien décidés à nous en donner les moyens.

   Nous l’avons dit et nous le ferons tout de suite : nous allons libérer
   les heures supplémentaires.

   A l’automne, tous ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus le
   pourront ! Cette mesure, vous le savez, c’est plus qu’une mesure
   technique, c’est une révolution culturelle ! En France, la valeur
   travail est de retour ! C’est elle qui nous permettra d’aller à la
   conquête de la croissance ; c’est elle qui nous permettra de sortir de
   la paupérisation salariale ; c’est elle qui nous permettra de financer
   notre pacte social.

   Dans un même élan nous vous proposerons de défiscaliser le travail
   étudiant, de favoriser le cumul entre l’emploi et la retraite, de
   prévoir la déduction des intérêts d’emprunts immobiliers, de supprimer
   les droits de succession, d’instaurer le bouclier fiscal à 50% de
   l’ensemble des revenus et l’investissement direct dans le capital des
   PME.

   Il s’agit de provoquer un choc de confiance du même ordre que celui qui
   avait permis en 1958 d’initier une longue période de prospérité restée
   dans l’histoire comme « les trente glorieuses ».

   Cette dynamique économique, sera complétée par une réforme fondamentale
   : celle de nos universités.

   Depuis plus de vingt ans, rien n’a bougé en la matière.

   La France a décroché sur le plan universitaire et scientifique.

   Les universités françaises qui étaient les meilleures du monde ont
   disparu dans la profondeur des classements internationaux.

   La démocratisation de l’enseignement supérieur est venue se briser sur
   le mur de l’échec qui frappe près de 50% de nos étudiants de première
   année de licence.

   Le temps de l’action est venu ! En libérant le travail, en redonnant
   toute sa place à la recherche et à l’innovation, nous allons créer un «
   choc de croissance » qui constituera le socle à partir duquel la
   poursuite des réformes s’enclenchera.

   L’une d’entre-elles est d’actualité : c’est celle du service minimum.

   Sur cette question, je souhaite, avec le Président de la république,
   une solution qui réponde à l’attente des Français.

   Le droit de grève est indiscutable, mais la continuité du service
   public ne l’est pas moins.

   Vous me connaissez : je suis un homme d’écoute, je ne suis pas un
   idéologue ! Mais je suis aussi un réformateur décidé.

   Décidé à tenir nos engagements.

   Décidés à toujours choisir l’intérêt général contre les intérêts
   particuliers si légitimes soient ils ! L’élection présidentielle nous a
   donné un mandat qui n’est pas contestable.

   J’en serai, avec vous, le garant.

   Dans cette campagne, je vous invite à vous présenter comme les acteurs
   fidèles de ce mandat.

   Vous le savez tout comme moi, les Français ne supportent plus les
   renoncements, les capitulations devant une pensée unique qui n’a réussi
   qu’à accroitre les injustices et les inégalités qu’elle prétendait
   combattre.

   Notre feuille de route est claire.

   Nous allons l’appliquer ! Mes chers amis, Une nouvelle campagne
   électorale a commencé.

   Elle exige une mobilisation totale.

   Elle exige de ne pas céder à la facilité et au triomphalisme.

   Elle exige que nous allions au devant de ceux que notre victoire a
   ébranlés ou, bien à tort, inquiétés.

   Elle exige que nous allions au devant de tous les électeurs avec la
   volonté de convaincre et non pas de vaincre.

   Car il ne s’agit pas de battre une France contre une autre.

   Il s’agit au contraire d’entraîner dans notre sillage toutes les bonnes
   volontés.

   Face aux appels dérisoires à la « résistance », nous allons inviter les
   Français à construire une espérance commune.

   Face à ceux qui, à gauche, rêvent d’une cohabitation stérile, nous
   allons rassembler une majorité claire et ouverte à tous les talents.

   Les Français ont voté pour une rupture, dites leur que nous la
   concrétiserons ! Les Français ont voté pour le changement, dites leurs
   que nous allons l’engager ! Les Français ont voté pour des réformes,
   dites leur que nous allons réformer ! Les Français ont voté pour
   réhabiliter le travail, dites leur que nous allons le réhabiliter ! Les
   Français ont voté pour l’identité de la France, dites leur que nous
   allons la ranimer ! Les Français ont voté pour l’autorité de l’Etat,
   dites leur que nous allons la restaurer ! Les Français ont voté pour
   que le défi de l’environnement soit relevé, dites leur que nous sommes
   décidés à être à la hauteur de l’enjeu.

   Les Français ont voté pour une transformation de notre pacte social qui
   redonne à la justice et à l’égalité des chances une crédibilité
   aujourd’hui en faillite.

   Dites leur que nous allons le transformer ! Les Français ont voté pour
   que la voix de la France soit respectée en Europe et influente dans le
   monde.

   Dès à présent, des initiatives ont été prises par le Président de la
   république pour replacer notre pays au cœur de l’Union européenne.

   Dites à nos concitoyens que nous ferons entendre la voix de notre
   nation partout où les valeurs qu’incarne la France sont attendues !
   Vous êtes les candidats du changement et de l’espoir.

   Le projet présidentiel dont vous êtes, chacun dans votre
   circonscription, le porte-parole, est un projet de rassemblement et
   d’audace.

   Le Président de la République a besoin d’une majorité décidée et
   créative.

   Il a donc besoin de vous.

   Vous pouvez compter sur moi : je vais m’engager totalement car j’ai la
   certitude que vous en ferez autant.

   Ensemble, nous allons aller chercher la victoire.

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