     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog

   Retour

Discours politique

François Hollande, Discours de François Hollande – Meeting à Bordeaux
(23/05/2007)

   Chers Amis,

   J'ai plusieurs raisons fortes d'être parmi vous, en tant que Premier
   secrétaire, à Bordeaux. La première est pour saluer le résultat de
   Ségolène Royal au second tour de l'élection présidentielle en Gironde.
   Si tous les départements français avaient fait aussi bien, cela aurait
   un autre visage, convenons-en ! La deuxième est que nous sommes pris
   par l'esprit de conquête. Si nous sommes rassemblés ce soir, ce n'est
   pas simplement pour garder nos 5 circonscriptions -même s'il faut se
   battre pour les garder-, mais c'est aussi pour en conquérir d'autres
   car, il y en a d'autres, en Gironde, à gagner. Et, si j'en cite une
   parmi d'autres -il ne faut pas y voir malice-, c'est bien parce que
   nous voulons, au-delà de la parité, limiter le cumul des mandats ; il
   nous paraît très important que Michèle Delaunay puisse être la
   prochaine députée de Bordeaux. Nous ne voulons pas de mal à Alain
   Juppé, mais nous voulons tout simplement qu'il ne soit pas trop
   accaparé : maire de bordeaux depuis peu, Ministre du développement
   durable... tout un programme ! Et maintenant, candidat député. Non !
   Nous allons y mettre bon ordre, un ordre juste, et ce sera Michèle
   Delaunay qui vous représentera.

   Je viens ici, au-delà de Bordeaux et de la Gironde, lancer un double
   appel à tous les Français qui se sont exprimés -et de quelle façon- au
   second tour de l'élection présidentielle, qui ont espéré, qui ont cru
   en la victoire de Ségolène Royal : il faut de nouveau venir voter aux
   élections législatives des 10 et 17 juin ; il faut que la mobilisation
   soit forte. Je sais que nous avons pu éprouver de la déception, de la
   colère, de la frustration parce que nous méritions sûrement d'accéder à
   la Présidence de la République. Nous avons été fiers dans cette
   campagne d'être ainsi partie prenante, mobilisés autour de Ségolène
   Royal. Mais, en même temps, nous ne referons pas l'élection
   présidentielle dans les élections législatives. Ce n'est pas le
   troisième tour. L'enjeu est différent. Nous avons un nouveau Président
   de la République. Nous avons maintenant à élire une Assemblée nationale
   et, dans nos institutions, c'est la majorité à l'Assemblée nationale
   qui détermine et forme la politique de la France. Donc, selon nos votes
   dans les 577 circonscriptions, selon le nombre de députés de gauche ou
   de droite, nous aurons une politique de gauche ou une politique de
   droite. Nous ne voulons pas empiéter sur les responsabilités du Chef de
   l'Etat ; nous les respectons. Nous sommes soucieux de la légitimité qui
   sort du suffrage ; mais, en même temps, un autre vote vient : il faudra
   le respecter.

   L'enjeu de ces élections, c'est aussi de juger une majorité sortante .
   On finirait par l'oublier : depuis 2002, c'est bien la droite qui est
   au pouvoir. Elle nous ferait croire que Nicolas Sarkozy est une
   alternance ! C'est un changement ! NON. Changement de personnage, sans
   doute, de style, sûrement, de méthode, peut-être. Mais, c'est la même
   politique, d'une autre façon, qui va maintenant être appliquée si nous
   ne lui faisons pas barrage. Il faut donc d'abord juger, à travers les
   élections législatives, ceux qui ont dirigé le pays -et notamment ceux
   qui ont voté les lois et qui sont majoritaires depuis 2002. Le bilan de
   l'équipe sortante, de la majorité sortante doit être aussi jugé. Ce
   serait tout de même trop simple que ces députés sortants, ici en
   Gironde ou ailleurs, viennent nous dire qu'ils vont inventer une
   nouvelle politique, alors même qu'ils ont pendant 5 ans -François
   Fillon en étant d'ailleurs l'un des maîtres d'oeuvre- fait voter des
   lois sur les retraites, sur l'assurance maladie, sur le droit du
   travail, sur le dialogue social ou plus exactement le non dialogue. Ils
   les ont fait voter ces lois et nous pouvons les juger aujourd'hui !

   Le bilan, c'est aussi des chiffres : la croissance ? Elle est l'une des
   plus faibles d'Europe depuis 2002 ! Le chômage ? Il est l'un des plus
   élevés de la zone euro depuis 2002 et il ne baisse que dans les
   statistiques, et encore quand on ne les manipule pas ou quand on ne les
   renvoie pas à après les élections ! Le déficit public ? C'est l'un des
   plus élevés d'Europe ! Celui de la Sécurité Sociale ? Il représente 90
   milliards cumulés depuis 2002 ! Le déficit commercial ? C'est un record
   dans notre histoire : 30 milliards d'euros -jamais les exportations
   n'ont été aussi fragiles et les importations si élevées ! Et que dire
   du pouvoir d'achat en berne depuis 2002 ! Dois-je ajouter les questions
   de sécurité qui n'ont pas été réglées, les violences urbaines qui
   apparaissent à chaque crispation de notre vie publique... Voilà le
   bilan dont cette majorité doit rendre compte.

   Plutôt que de cela, ils veulent comme occulter la période des cinq
   années qui viennent de s'écouler. C'est François Fillon qui dit que,
   finalement, Jacques Chirac n'a rien fait pendant son mandat, sauf les
   réformes de F. Fillon. C'est tout de même un peu injuste pour J.
   Chirac, convenons-en. Même si je ne suis pas là pour le défendre ! Ils
   ne peuvent pas dire qu'ils représentent une rupture, puisque ce sont
   les mêmes qui sont au gouvernement ; ce sont les mêmes candidats qui
   sont souvent sortants dans les circonscriptions qui se présentent au
   suffrage.

   Il faut donc être clair, il faut être cohérent . D'abord pour ceux qui
   ont voté Ségolène Royal à l'élection présidentielle : il faut venir
   voter pour les candidates et les candidats socialistes aux élections
   législatives. Et même celles et ceux qui n'ont pas voté Ségolène Royal
   au second tour, nous devons leur donner des raisons, circonscription
   par circonscription, parce que c'est notre rôle, de faire confiance aux
   députés de gauche.

   L'enjeu est grave, l'enjeu est important pour notre pays . Il faut
   prendre les élections au niveau qui convient. Tout est fait, en ce
   moment, pour décourager le vote, tout est fait pour déconsidérer
   l'enjeu en nous expliquant que, finalement, il faut faire comme pour
   l'élection présidentielle. Tout est fait pour dévaluer l'adversaire :
   la gauche a perdu l'élection présidentielle, la gauche perdra donc les
   élections législatives ! C'est normal. NON ! Nous ne sommes pas
   d'accord avec ce plan. Nous considérons que nous avons le respect du
   suffrage, qu'il y a là un enjeu qui est celui de l'avenir de notre pays
   et que nous avons, de nouveau, à proposer des orientations qui peuvent
   donner de l'espoir, du sens, de la création de richesses parce qu'il
   faut de la croissance si l'on veut la répartir. Il faut de l'emploi car
   il ne s'agit pas de travailler plus, mais de travailler tous. Il faut
   des entreprises performantes, capables d'exporter, capable aussi
   d'embaucher. Il faut une fiscalité qui soit incitative pour celles et
   ceux qui préparent l'avenir et en même temps plus juste par rapport à
   celles et ceux qui vivent de la rente.

   Voilà pourquoi, nous devons dans cette campagne faire valoir nos idées,
   nos réflexions, nos propositions . On prétend que nous n'avons pas
   d'idées à donner. Nous leur dirons autant de fois qu'il est nécessaire
   que lorsque des Français sont convoqués à une élection, ils sont libres
   de déterminer leur avenir. C'est à nous de leur donner l'horizon, le
   sens, la perspective.

   Je veux aussi mettre nos compatriotes en garde. Ils ne sont pas obligés
   d'attendre 2012. Il y a là le dernier rendez-vous électoral avant 2012.
   Je le dis à tous ceux qui sont tentés par le découragement, la
   résignation ou par le fatalisme. Puisque " 5 ans, c'est long ! ", ils
   ont donc l'occasion, là, dans trois semaines, dès le premier tour, de
   pouvoir corriger, de pouvoir influencer, de pouvoir voter avant qu'il
   ne soit trop tard. C'est le dernier rendez-vous démocratique avant cinq
   ans. Il est vrai qu'après ce rendez-vous, même s'il y aura les
   élections municipales, cantonales et plus tard régionales et
   européennes, il n'y aura pas de rendez-vous national avant 2012. Il
   faut le dire à tous ceux qui s'interrogent sur le temps que cela va
   prendre d'avoir la droite au pouvoir. Ils peuvent dès maintenant
   empêcher la droite d'avoir tous les pouvoirs dans notre pays. Voilà
   l'enjeu.

   Nous sommes à un moment crucial de notre République où le pouvoir en
   place veut tous les pouvoirs . Nous sommes sans doute dans une forme
   dévoyée de la présidentialisation du régime. Jamais un homme n'a
   revendiqué autant de pouvoirs que Nicolas Sarkozy. Il ne veut pas
   simplement être Président. Il veut tout. Il a d'ailleurs choisi un
   Premier ministre qui lui permet aussi d'être Premier ministre. Mais, il
   veut aussi être Ministre, Ministre de tout, régenté tout, s'occuper de
   tout. Et il a une conception qui est un exercice plus que jamais
   solitaire, clanique du pouvoir, sans contrepartie, sans contre-pouvoir.
   Rien ne doit lui résister. Il doit décider de tout : de la nomination
   du dernier sous-préfet ou du premier ambassadeur... Tout doit lui
   revenir. Et, c'est comme cela qu'il a conçu y compris " l'Etat UMP " :
   pas besoin d'un président de l'UMP après lui, il sera aussi président
   de l'UMP.

   Il ne veut pas simplement exercer ses activités de Président de la
   République -il en a la légitimité. Il considère qu'il n'y a plus de
   domaines réservés ; il y a des domaines exclusifs pour lui. Pas de
   domaines partagés, tout lui revient. Il veut bien sûr avoir la maîtrise
   du Sénat -c'est fait et depuis longtemps-, du Conseil constitutionnel
   -il lui est acquis-, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel chargé du
   pluralisme n'a pas de composition pluraliste lui-même ; Nicolas Sarkozy
   est capable de nommer à tous les emplois civils et militaires. Mais, ce
   n'est pas suffisant. Il veut aussi pouvoir nommer dans les groupements
   de presse et il envoie son chef de cabinet s'occuper de TF1. Mais ceci
   ne constitue pas en soi un changement ! Peut-être ! Mais il veut s'en
   assurer. Et que dire des pressions qui s'exercent dans d'autres
   groupes. Tout simplement parce que, pour eux, il existe une confusion
   des genres : le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir
   financier, le pouvoir médiatique... Tout est confondu, tout revient
   vers les mêmes. On ne sait pas d'ailleurs qui tient qui, si ce sont les
   puissances d'argent qui tiennent ceux qui, aujourd'hui, dirigent ou si
   c'est le Président de la République qui essaye de contrôler ces
   puissances. Ce que l'on sait, cependant, c'est qu'ils portent, les uns
   les autres, les mêmes intérêts.

   Il leur faudrait maintenant une Assemblée nationale à leur dévotion !
   Ils y mettent d'ailleurs tous les moyens. D'abord parce qu'ils
   considèrent que le pouvoir est leur propriété. Le pouvoir est à eux. La
   gauche n'y vient que par effraction, presque par inadvertance, mais
   jamais par légitimité. Le pouvoir, pour eux, est à droite, toujours à
   droite. Il est donc leur propriété.

   Il faut aussi qu'ils aient des instances qui soient dans le pouvoir. Le
   siège de campagne de l'UMP est désormais à Matignon : hier François
   Fillon tenait meeting dans les jardins de Matignon entouré des
   candidats de l'UMP. Il paraîtrait même que ce serait à l'Elysée que se
   situerait le siège de l'UMP... C'est possible. Et que Nicolas Sarkozy
   va même, pour ces élections législatives tenir meeting. Pour être bien
   sûr qu'il aura ce qu'il attend du suffrage, c'est-à-dire une majorité à
   sa dévotion, à sa main, une majorité soumise.

   Voilà donc l'enjeu pour ce pouvoir : tout s'achète, tout se prend, tout
   est marchand. Les étiquettes politiques, cela s'arrache ! Les
   itinéraires, cela s'oublie ! Les réseaux, cela se prend ! Les amitiés,
   cela se capte ! Les consciences, cela s'achète ! C'est comme cela
   qu'ils ont constitué leur gouvernement, non pas un gouvernement
   d'ouverture, mais un gouvernement d'aventures individuelles !
   L'objectif d'aujourd'hui, chacun doit le comprendre, est que Nicolas
   Sarkozy veut voir les mains libres, disposer de l'ensemble des leviers,
   dominer, soumettre, revendiquer légalement les pleins pouvoirs. Il y a
   donc danger pour l'équilibre de la République, pour le pluralisme des
   idées et même pour la cohésion sociale et nationale.

   C'est donc le sens de notre campagne pour les élections législatives .
   C'est le premier enjeu : la France a besoin, à l'Assemblée nationale,
   de toutes ses forces, de toutes ses familles, de toutes ses
   sensibilités. Et la France a besoin de la gauche à l'Assemblée
   nationale. Majoritaire, si elle le peut ; dans l'opposition, si elle le
   doit. Mais, la gauche doit être forte à l'Assemblée nationale, non pas
   pour elle-même, mais pour agir et pour protéger les Français.

   Nous sommes entrés, depuis le 6 mai 2007, dans une période un peu
   particulière, tout entière fondée sur la communication, voire même sur
   un plan de communication :

   Le premier stade de ce plan est de rassurer avant les élections
   législatives . Nicolas Sarkozy nous dit donc, une nouvelle fois, qu'il
   a changé. Il l'avait dit au début de la campagne. Nous avions des
   doutes. Nous avions raison. Ensuite, il était le candidat de la droite
   décomplexée, celle qui voulait la rupture, celle qui voulait en
   terminer avec l'esprit de 1968 et peut-être même plus loin encore,
   celle qui revendiquait tous les suffrages, et même ceux venant de
   l'extrême droite -d'ailleurs ils sont venus.

   Maintenant, devenu Président de la République, il nous dit encore,
   avant les élections législatives, qu'il a changé. Il n'est plus aussi
   de droite et il commencerait même à avoir quelques complexes... Ce qui,
   pour le connaître, me paraît exagéré. Il nous fait assaut de civilité,
   de rassemblement, d'amabilité ; il vient même se poser en gardien de
   nos mémoires et Guy Moquet -belle et tragique figure du communisme-
   arrive là comme référence à un gouvernement et un Président de la
   République qui n'ont jamais été aussi conservateurs depuis la
   Libération !

   Et il s'agit aussi de montrer qu'il n'est pas celui que l'on a prétendu
   qu'il était... et qu'il disait lui-même être ! En effet, nous n'avons
   rien caricaturé ; nous n'avons pas inventé le " Ministère de l'Identité
   nationale et de l'Immigration ", il est en place. Nous n'avons pas
   affirmé qu'il était le tenant d'une droite qui s'assumait comme
   telle... C'est lui qui le disait. C'est d'ailleurs toujours le cas.

   Le deuxième stade de ce plan est de, après vouloir rassurer, humaniser
   avant les élections législatives . Il est humain. Il va manger dans les
   cantines ; il va même visiter un hôpital ; il rassemble des
   associations écologistes à l'Elysée, associations qu'il n'avait
   d'ailleurs jamais rencontré jusque-là, accompagné du candidat
   concurrent de Michèle Delaunay (c'est ainsi qu'il faut le nommer
   aujourd'hui).

   Cette stratégie vise tout simplement à dire aux Français qu'il n'y
   aurait pas de risque, qu'il n'y aurait pas de danger, que tout ce
   ferait finalement sans rupture, sans casse, sans brutalité et qu'il
   faudrait avoir confiance. Mais, c'est après que tout va se produire.

   Le troisième stade est de maquiller , en annonçant des intentions
   belles et bonnes : par exemple le travail. Mais qui peut être contre le
   travail ?! L'hôpital, mais qui peut être contre l'hôpital ?! L'effort,
   la récompense de l'effort, mais nous sommes tous favorables à cette
   récompense du mérite. Mais, il ne s'agit que de donner des intentions.
   On annonce un paquet fiscal pour l'été, sans nous en dire exactement la
   teneur, même si on sait déjà que c'est un bon paquet pour quelques-uns
   et assez lourd pour ceux qui le paieront, c'est-à-dire pour le plus
   grand nombre. On nous parle de réforme de l'université en juillet, sans
   nous dire exactement laquelle. On nous dit qu'il y aura le service
   minimum, sans nous dire que cela pourrait tout simplement remettre en
   cause le droit de grève. On nous dit que l'on va faire un contrat
   unique de travail, sans nous dire que ce sera sans doute la
   généralisation du CNE ou du CPE.

   Quand on se trouve donc devant cette stratégie qui vise à adoucir, à
   humaniser, à maquiller, il est de notre devoir d'alerter les Français
   et de leur dire que ce qui est, là, en cause, c'est une préparation de
   décisions qui viendront après les élections législatives. Ils ne
   perdront pas de temps. Le rôle dans la préparation de cette campagne
   pour les élections législatives est de dire la vérité aux Français.
   Attention, le risque est là et il porte à la fois sur le pacte social
   sur lequel notre société est fondée et sur le pacte républicain.

   Face à cette menace, face à cet enjeu, le Parti socialiste est la seule
   force en présence, la seule force qui peut à la fois en capacité d'agir
   et en capacité de protéger.

   Je sais que beaucoup de nos concitoyens ont été déçus le 6 mai dernier,
   tant l'espoir fut grand. Je sais que beaucoup ont été désarçonnés par
   des comportements individuels, venus parfois de nos rangs. Je sais que
   beaucoup ont été irrités par le retour de débats qui n'avaient pas lieu
   d'être en cette période, mais qui auront leur place après les élections
   législatives. Je sais aussi que les électeurs de gauche sont inquiets
   et qu'ils nous demandent d'être au rendez-vous.

   Nous y serons si vous le voulez bien, si vous vous engagez, si vous
   vous mobilisez dans cette campagne. Nous avons un devoir qui dépasse
   même notre engagement. C'est trop important pour le pays, trop grave
   que d'avoir un pouvoir qui voudrait tout démanteler, tout déstructurer,
   tout déconstruire dans le pacte social, dans le pacte républicain. On
   nous dira que c'est pour la compétitivité des entreprises, la belle
   affaire ! On nous dira que c'est pour les performances de l'économie
   française, où en est-elle ! On nous dira que c'est pour la mobilité, la
   flexibilité, et on découvrira que c'est une société de précarité que
   l'on nous prépare à vivre.

   C'est ce destin-là qu'il nous faut refuser. C'est cette fatalité-là
   qu'il faut par ce vote récuser. Et c'est l'espoir d'une autre société,
   celle dont nous sommes porteurs, qu'il faut maintenant qu'il est
   possible de construire.

   C'est à nous de donner du sens, de l'utilité du vote. C'est ce qu'il
   nous faut faire tout au long de ces trois semaines : montrer à chacun
   qu'il est non seulement nécessaire, mais utile de voter. Non pas voter
   pour nous pour nous permettre de continuer notre combat. Les Français
   nous regardent, mais peuvent douter de nos intentions.

   Il faut dire aux Français que par le vote socialiste, ce sont eux qui
   peuvent se protéger et agir.

   Car, c'est un choix de politiques qui va se décider au moment des
   élections législatives. Deux conceptions de la sortie de crise, celle
   que nous traversons depuis trop longtemps : la sortie individuelle que
   proposent Nicolas Sarkozy et l'équipe Fillon qui consiste, pour l'Etat,
   non plus à jouer son rôle de régulateur, mais à laisser chacun libre de
   décider de sa vie. C'est le ressort de l'individualisme qui est, dans
   cette conception, le fondement même de la politique. C'est de dire à
   chacun qu'on les laisse libre de se débrouiller tout seul. De devenir
   propriétaires s'ils le peuvent de leur logement, de travailler plus
   pour avoir davantage de pouvoir d'achat, de souscrire à des assurances
   personnelles pour garantir leur protection sociale, de choisir leur
   école pour assurer l'avenir de leurs enfants, d'aller dans les
   universités y compris privées s'ils veulent qu'ils aient un diplôme...
   Voilà ! Il leur faut oublier les autres, ils ne comptent plus. Ce qui
   compte, c'est eux. Le rôle de l'Etat, dans cette perspective, c'est de
   donner à ceux qui ont déjà beaucoup les moyens de réussir leur vie. Et
   les autres ?

   Nous devons proposer une sortie collective qui n'empêche pas, bien sûr,
   la réussite personnelle ; elle doit, bien au contraire, en assurer
   l'épanouissement ; qui n'empêche pas la récompense du mérite, parce que
   c'est le fondement d'une société organisée ; qui pose des droits, mais
   qui impose des devoirs. Cette société doit faire en sorte que la
   réussite de chacun ne se fasse pas au détriment de la réussite de tous.
   La réussite de chacun doit s'ajouter à la réussite d'autres pour faire
   le destin commun.

   Voilà le sens de l'action politique que nous devons proposer. Non pas
   je ne sais quelle forme de redistribution générale oubliant la
   production ; non pas je ne sais quel égalitarisme, mais la capacité que
   nous avons à proposer une école de l'excellence, une protection sociale
   fondée sur la responsabilité mais aussi l'égalité de tous, une
   conception du travail où nous sommes -les uns les autres- en capacité
   d'en retrouver un quand on l'a perdu.

   Il faut donc montrer les oppositions entre ces deux projets :

   Sur le travail : Les heures supplémentaires doivent être, pour la
   droite, la seule façon de pouvoir disposer d'un pouvoir d'achat
   supplémentaire. Il n'y aurait donc, face à une reprise de la
   production, qu'à donner des heures supplémentaires... tant pis pour
   ceux qui attendent un emploi, tant pis pour les chômeurs, tant pis pour
   les jeunes, tant pis pour les temps partiels... Ils n'ont qu'à
   travailler plus.

   Mais si l'on détaxe des charges les heures supplémentaires, c'est en
   quelque sorte reconnaître la légalité du " travail au noir ". En
   définitive, il y aurait du travail qui serait fait par des salariés en
   dispense de toute charge, de toute cotisation, de tout impôt. Comment
   le " travail normal " peut-il donc trouver sa place ? Quelle société
   prépare-t-on si l'on instaure la concurrence entre ceux qui ont un
   travail et ceux qui n'en ont pas ?

   Le grand enjeu donc n'est pas d'empêcher les uns et les autres de
   travailler davantage, mais de permettre à tous ceux qui aspirent à
   travailler de pouvoir entrer sur le marché du travail et dans
   l'entreprise.

   Voilà pourquoi le travail pour tous est, pour nous, la perspective.

   On nous parle de Contrat de travail unique, forme générale du CNE.
   Qu'avons-nous à opposer à cela ? Nous opposons une conception de la
   sécurité sociale professionnelle où il est possible effectivement de
   perdre à un moment son emploi mais, à tout instant, avec un
   accompagnement individuel, une formation, un reclassement et le retour
   vers l'emploi. C'est-à-dire un service public de l'emploi qui joue
   pleinement son rôle.

   De la même manière, nous devons faire en sorte que les cotisations
   sociales soient plus faibles pour les salariés nouvellement embauchés
   que pour précisément celles et ceux qui recourent aux heures
   supplémentaires.

   Sur la santé : la proposition de la droite est claire, c'est la "
   franchise " santé. Au début, d'ailleurs, personne n'avait bien compris
   ce que représentait cette question de la franchise. Maintenant, cela
   s'éclaircit. Et d'ailleurs, méfiez-vous en, car cette francise n'est
   pas sincère. Martin Hirsch a fini d'ailleurs, lui-même, par en
   découvrir le sens. La " franchise santé ", c'est tout simplement que
   des familles ne pourront plus bénéficier d'une couverture par la
   Sécurité sociale sur les premiers soins. Comme aujourd'hui, les
   dépenses de santé progressent rapidement -le Premier ministre en a
   d'ailleurs fait l'aveu et le constat-, cela veut dire que dans les
   prochains jours, une procédure d'alerte va être déclenchée et la
   franchise (ou les franchises) va être instaurée. Cela aboutira à des
   déremboursements généralisés pas pour les catégories les plus pauvres
   qui peuvent bénéficier de la couverture maladie universelle, mais pour
   l'ensemble des Français.

   Qu'opposons-nous à cette politique de santé qui aboutit à renvoyer les
   assurés sociaux vers les couvertures individuelles ? Nous prônons une
   politique de prévention, une politique de coordination des
   professionnels de santé et une priorité à l'hôpital public. Tout
   l'enjeu des prochaines années est de savoir qui pourra accéder aux
   soins et qui ne le pourra plus. Nous sommes déjà dans une société où la
   médecine est à plusieurs vitesses, où pour les plus modestes -et pas
   simplement pour les plus modestes- il faut attendre plusieurs mois pour
   accéder à un spécialiste.

   Sur le logement : Pour la droite, c'est simple. Pour avoir un logement,
   il faut l'acheter. Et l'on nous aidera à l'acheter par la déductibilité
   des intérêts de votre impôt sur le revenu. Pour tous ceux qui n'ont pas
   la " chance " de payer l'impôt sur le revenu, c'est une solution
   introuvable. Et, pour les autres, est-il si simple d'accéder à
   l'emprunt ? Est-ce si facile quand on n'a pas de revenu stable
   d'acquérir un logement ? La réponse de la droite est là encore simple :
   il suffit d'attendre l'héritage des parents ou des grands-parents en
   franchise d'impôt bien sûr ! Pour devenir propriétaire, maintenant, il
   faut être riche ou bien portant ou avoir déjà un patrimoine et un
   revenu élevé.

   Nous devons opposer une autre politique qui ne consiste pas uniquement
   à élever le nombre de logements sociaux (120 000 par an), mais qui est
   aussi de faire un plan d'accession à la propriété pour tous, et
   notamment par des prêts à taux zéro.

   Sur l'Education : aujourd'hui même, Xavier Darcos annonçait la
   quasi-suppression de la carte scolaire. Nous disons, face à ce projet,
   qu'il faut redessiner, redécouper, revoir la carte scolaire, certes,
   qu'il faut permettre le libre choix de l'établissement dans un
   périmètre donné, mais aussi la mixité sociale. Il faut aussi une
   politique d'éducation qui fasse l'accompagnement scolaire gratuit, la
   pré scolarisation au plus tôt, à deux ans, et faire en sorte d'avoir un
   véritable plan pour les universités. Quant à la réforme des universités
   dont on veut nous parler aujourd'hui, il consiste à permettre à chaque
   université d'avoir des diplômes qui ne seraient plus des diplômes
   nationaux. Ce serait la fin de l'égalité sur le territoire dans l'accès
   aux qualifications.

   Deux modèles d'éducation différents, deux modèles de santé différents,
   deux modèles de travail différents, deux modèles d'équité fiscale.

   Que nous propose-t-on d'ailleurs ? Le bouclier fiscal à 50 %,
   c'est-à-dire la suppression de l'impôt sur la fortune, l'abandon de
   toute fiscalité sur les successions, aujourd'hui exonérée pour 75 % des
   successions dans notre pays, elle serait portée à 95 % -en clair pour
   ceux qui ont les plus gros patrimoines !

   Et, comme il faudra payer tout cela et le reste, on augmentera la TVA.
   Ils l'ont déjà trouvée : La TVA SOCIALE. Sociale, oui, puisque tout le
   monde l'a paiera ! Voilà le sens pour eux de l'équité fiscale.

   Face à ce modèle-là, nous devons proposer un modèle qui n'est pas
   l'augmentation des prélèvements obligatoires car l'impôt doit être
   juste mais maîtrisé, et qu'il doit financer d'abord des services
   collectifs. Notre rôle est donc de proposer une réforme fiscale.

   Vous avez donc là le choix entre deux politiques. Tout domaine relève
   du Parlement : le vote d'une loi de finance, les politiques de
   logement, les politiques d'éducation, la santé publique et même le
   droit du travail. Voilà le sens qu'il faut donner à notre campagne.

   Dans ce moment, la droite est animée d'un esprit de revanche. On le
   voit bien. Elle a attendu cet instant où elle pense que tout est
   permis. En 2002, dans une certaine mesure, Jacques Chirac avait gagné,
   surtout parce qu'il était contre l'extrême droite. Il avait donc gagné
   parce que nous avions même voté pour lui pour écarter l'extrême droite.
   Ce n'était donc pas une victoire qui leur permettait d'aller aussi loin
   qu'ils l'auraient voulu dans leurs intentions.

   En 1995, Jacques Chirac avait gagné, mais aussi contre Balladur (il le
   trouvait d'ailleurs à l'époque plus à droite que lui). C'était une
   victoire qui s'était faite entre la droite et la droite, même si Lionel
   Jospin avait figuré au second tour et de belle manière. Il ne pouvait
   pourtant pas faire, au lendemain de cette victoire, faire la politique
   qu'il avait combattue (et déjà soutenue par Nicolas Sarkozy). Il n'a
   pas su très bien comment faire, il a nommé Alain Juppé et la
   dissolution est intervenue deux ans après. Je ne sais d'ailleurs si le
   retour d'Alain Juppé au gouvernement nous annonce, pour dans deux ans,
   une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale, mais comme il y a
   des élections législatives, inutile d'attendre une hypothétique
   dissolution dans deux ans, votons tout de suite pour les candidats de
   gauche.

   Ce qu'ils n'ont pas pu faire en 1995, ce qu'ils n'ont pas osé faire en
   2002, en 2007 ils se sentent mandatés par le suffrage pour le réaliser.
   Ils pensent donc que le moment est enfin venu de prendre la revanche
   sur la gauche, sur François Mitterrand qui était venu en 1981 occuper
   un pouvoir qui n'était de fait pas prévu pour lui. Prendre aussi la
   revanche sur la politique de Lionel Jospin, venu après une dissolution
   manquée. Il ne s'agit d'ailleurs pas pour eux de prendre la revanche
   uniquement sur la politique de F. Mitterrand ou de L. Jospin, mais
   d'aller encore plus loin : prendre la revanche sur Mai 68, prendre la
   revanche sur le programme du Conseil national de la Résistance et plus
   loin encore si c'est nécessaire ! Ils remonteront le temps parce qu'ils
   veulent en terminer avec le modèle français, en terminer avec le pacte,
   le modèle social tant il est pour eux devenu insupportable ce surplus
   de syndicats, d'Etat, de lois, de gauche. Parce qu'ils veulent aussi
   régler le compte de la gauche.

   Il suffit de regarder la manière dont ils en parlent. Nous aurions,
   paraît-il, perdu la bataille idéologique, comme si la droite l'avait
   gagnée, comme si le pays -qui a voté majoritairement pour Nicolas
   Sarkozy- était devenu pour autant libéral. Ils se trompent. C'est plus
   complexe. Pour une part, il aspire à l'ordre ; il est d'ailleurs
   quelques fois capté par la droite à tort et attire des catégories
   électorales qui ne devraient pas voter à droite et qui pourtant le
   font. Le pays sans doute a été abusé par un discours ; cela peut
   arriver. Mais, pour autant, la France telle qu'elle est aujourd'hui
   n'est pas devenue libérale, soumise au modèle anglo-saxon, américaine.
   Nicolas Sarkozy se trompe. Il croit que la société est devenue comme
   les autres, banale, perdant son exception ; il croit que l'on peut
   faire n'importe quoi en France comme si nous étions dans une société de
   l'argent. Je ne le crois pas. Il y a des règles, des principes ; il y a
   des forces en France qui permettent d'avoir une société, ce que nous
   sommes, soucieuse de l'égalité, des libertés et aussi de la laïcité.

   Si nous voulons éviter, et je le veux pour mon pays, les
   confrontations, les conflits, une forme de révolte qui peut toujours
   surgir ; si nous voulons éviter les tumultes, du désordre, une
   mobilisation pas toujours heureuse, c'est maintenant qu'il faut voter.

   Tous ceux qui nous disent qu'après tout, rien n'est si grave ; nous
   passerons cette épreuve électorale puis nous ferons de grandes
   manifestations s'ils touchent à nos droits fondamentaux se trompent. Il
   vaut mieux d'abord voter que de manifester. Il sera bien temps de le
   faire ensuite.

   Face à cet esprit de revanche, la gauche doit être animée de l'esprit
   de responsabilité. Nous devons être utiles à nos concitoyens. La
   France, en ce moment, a besoin de la gauche, a besoin d'équilibre, de
   garanties, de mouvement -celui que nous représentons-, a besoin
   d'imagination, a besoin d'innovation, d'esprit de conquête -celui que
   nous portons également.

   Nous ne sommes pas là simplement pour résister, pour empêcher, pour
   contester. Nous devons être, dans cette future assemblée, une gauche
   qui sans doute protège, mais qui propose. Nous devons être les garants
   de la cohésion.

   Nous avons promu dans la campagne une conception de la justice et de
   l'ordre ; une conception aussi de la société capable de créer des
   richesses, mais aussi d'être en situation de mieux les répartir, de
   poser des droits et des devoirs et de faire en sorte que nos mécanismes
   de distribution aillent bien là où ils sont espérés et attendus.

   Si nous sommes conscients de nos responsabilités, nous sommes devant un
   défi. Il n'est pas mince car il peut y avoir un sentiment d'abandon, de
   doute par rapport à l'avenir.

   Si nous voulons relever le défi, nous devons y aller franchement. Il
   faut le faire avec fierté. Il ne faut pas aller dans cette élection
   avec le seul souci de garder, de conserver. Il faut le faire avec
   esprit de conquête. Soyez fiers d'être de gauche, d'être socialistes
   dans cette France d'aujourd'hui. 17 millions de nos concitoyens ont
   donné le même message que nous. Beaucoup doutent de ce que peut faire
   Nicolas Sarkozy ; beaucoup savent ce qu'il est capable de faire et pas
   dans le meilleur des sens.

   Nous devons donc relever ce défi. Pas pour nous-mêmes, mais pour la
   France. Nous sommes la seule force capable d'offrir une solution aux
   Français. Il sera bien temps de refonder ensemble la gauche après les
   élections législatives, de rénover autant qu'il sera possible le Parti
   socialiste, d'attirer de nouveaux citoyens à venir vers nous pour
   prendre leur part du redressement espéré. Il faudra renouveler autant
   qu'il est possible tout en gardant ce qui fait les références, les
   principes de notre action. Se moderniser autant qu'il le faudra, rester
   fidèles à nous-mêmes en même temps, fiers de notre histoire.

   Je me consacrerai pleinement, avec vous, jusqu'au dernier moment à la
   préparation des élections législatives parce que c'est à partir de ces
   élections, de ce socle que nous donnerons les Françaix, que nous
   pourrons construire.

   Je construirai avec vous la gauche de demain. Mais, aujourd'hui, il
   faut bâtir avec les Français non pas des murs pour résister, mais des
   murs d'espérance, des murs qui nous placerons haut les uns et les
   autres. Et, plus nous serons haut, plus à l'Assemblée nationale il y
   aura des députés de gauche et plus la France sera équilibrée,
   représentée.

   Faites en sorte de partir dans cette campagne avec courage -sans doute,
   avec conviction -vous l'avez, mais avec ambition. Tout est possible
   avant un scrutin. Rien ne peut nous être interdit à condition d'avoir
   confiance en nous et de servir les Français.

   Je sais qu'à Bordeaux, vous avez confiance en vous et que vous voulez
   servir les Français.

   Haut de page
