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Discours politique

François Hollande, François Hollande – Discours de clôture de l’Université
2007 (02/09/2007)

   Chers Amis, Chers Camarades,

   Merci Chers Maxime, Olivier, de nous voir accueilli.

   Merci d'être venus à notre rendez-vous de La Rochelle, car les
   commentaires allaient bon train. Je m'interrogeais avec gravité :
   allais-je venir seul à La Rochelle ? . Y aurait-il encore un socialiste
   dans la salle ? Mais, je connais la dramaturgie de La Rochelle. Quand
   tout le monde est là, on dit oh ! là ! là ! que va-t-il se passer ? Ils
   y sont tous ! Quand certains ne viennent pas -même pour de bonnes
   raisons- voilà que nous serions démunis. Et bien, jamais nous n'avons
   été aussi nombreux et les présents ont toujours raison. Quelles que
   soient les circonstances. Lorsqu'il s'agit de préparer les échéances
   décisives -comme l'année dernière- ou d'en tirer les conclusions -comme
   cette année ; de fêter les victoires -et cela nous est heureusement
   arrivé ces dernières années- ou de surmonter les défaites -et c'est
   notre devoir aujourd'hui.

   Car, nous avons une responsabilité : travailler ensemble . Parce que
   nous ne pourrons répondre efficacement aux Français, relever les défis
   qui nous sont posés que si nous sommes ensemble, que si nous
   réfléchissons ensemble, que si nous construisons ensemble, que si nous
   proposons ensemble, que si nous décidons ensemble. C'est ce que nous
   avons fait.

   Et, à La Rochelle, nous avions trois actes majeurs à poser : lucidité
   dans l'analyse à porter sur notre échec ; volonté dans le changement à
   engager sur nos idées et nos méthodes ; clarté dans notre opposition et
   sur la stratégie à mener pour les prochaines échéances .

   I - Le défi de la lucidité

   Elle commence par un hommage à celle qui a été notre candidate, à
   Ségolène, à nos militants, à nos élus qui se sont dévoués sans compter
   pour le succès de nos candidates et candidats aux scrutins présidentiel
   et législatif. Car, une chose est sûre : ce n'est pas le courage et
   l'enthousiasme qui nous aura manqué dans cette campagne.

   La lucidité, c'est aussi de faire le constat d'une participation
   exceptionnelle des Français au scrutin présidentiel qui traduit un
   réinvestissement, peut-être provisoire, de nos concitoyens dans la
   politique. La lucidité, c'est aussi de reconnaître notre score
   honorable au premier tour de la présidentielle, les 17 millions au
   deuxième tour. C'est le sursaut qui a permis au Parti socialiste de
   gagner près de 60 sièges de plus au soir des élections législatives.

   Mais, la lucidité c'est également de constater que le résultat final
   est là : nous avons perdu l'échéance politique majeure. C'est le
   troisième échec de suite à la présidentielle pour le Parti socialiste.
   Il ne s'agit pas d'invoquer des excuses : l'atomisation de la gauche,
   la faute aux médias ou la diablerie de nos adversaires. Il ne s'agit
   pas non plus d'ouvrir des procès. Je laisse cela aux inquisiteurs de
   l'après qui étaient souvent les flatteurs de la veille, ceux qui
   battent leur coulpe sur la poitrine des autres. C'est une profession en
   vogue cette année. Il faut bien de nouveaux métiers ! Et je ne crains
   rien de leur jugement, car moi, je rends ce service au Parti
   socialiste. J'assume mes responsabilités, mais je les prends aussi. Et
   je dis que ce n'est pas une question de personnes, mais une question
   politique qui nous est posée collectivement et qui appelle de nous des
   changements profonds.

   Nous avons perdu parce que nous avons aussi souffert de trois défauts
   majeurs :

   Défaut de compréhension de la société : les fragmentations du monde du
   travail, l'individualisation des comportements, le vieillissement de la
   population, le rapport à la mondialisation, le sentiment de
   déclassement ou de dépossession, le besoin de sécurité, la prise de
   conscience exigeante de l'écologie... Avions-nous traduit toutes ces
   évolutions ? Toutes ces évolutions changent l'attente à l'égard de la
   politique. Les citoyens ne veulent pas seulement du plus global, mais
   du mieux personnel, de la rapidité, même s'il ne faut pas confondre le
   vite et l'efficace, car le vite cache souvent le vide.

   Défaut de clarté : il est toujours facile de dire comment gagner...
   après. la clé du succès, c'est la conjugaison d'une vision d'ensemble
   avec des propositions concrètes. Pas seulement une bataille sur les
   valeurs ou sur les slogans, mais sur des améliorations de la vie
   quotidienne, sur une volonté qui ne fasse pas fi du réel car nos
   concitoyens sont lucides, sur un programme économique qui crée de la
   richesse avant de prétendre la redistribuer. La confrontation avec la
   droite, elle se situe d'abord sur le champ économique et social. Ce qui
   n'exclut pas les autres domaines.

   Défaut de rassemblement, d'unité : trop tournés vers les socialistes et
   peu vers les Français : nos congrès, nos divisions sur le référendum
   européen, la bataille trop longue pour l'investiture, la distance entre
   le Parti et la campagne. Le débat interne, c'est bien ; le combat
   commun, c'est mieux.

   Tout se tient. Un parti en phase avec la société, mobilisé autour d'un
   projet simple, uni autour de son leader. Voilà les conditions de la
   victoire. C'est donc un changement bien plus qu'une rénovation qu'il
   faut engager.

   Rénovation. Le mot est vieux comme le PS ; il est usé. Il revient à
   chaque défaite avec les mêmes formules : " les portes et les fenêtres "
   qu'il faut ouvrir, comme si l'on vivait caché, alors que 100 000
   nouveaux adhérents nous ont rejoint ; la fin des courants -à condition
   de ne pas en créer un autre ; le renouvellement des générations -
   réducteur mais nécessaire -, à condition qu'il ne soit pas réducteur de
   têtes. Le logiciel politique -mais notre pensée est humaine- ne se
   confond pas avec un disque dur qui devient vite un disque rayé ! Et
   même le nom du Parti socialiste ! Comme si c'était de sa faute. Je me
   souviens d'une réflexion de François Mitterrand quand, en 1993, après
   une défaite terrible, cette proposition d'un changement de nom
   courrait. Faites à votre guise, disait-il, mais réfléchissez bien. Cela
   fait 100 ans que l'on se bat pour imposer la marque, si vous la laissez
   tomber, il y en aura bien un qui se baissera pour la ramasser.

   Quand on a le flambeau du socialisme, non seulement on le garde, mais
   on le porte.

   Il faut aller plus loin. Il ne s'agit plus d'en rester à la surface des
   choses. Il faut changer la donne .

   D'abord, notre état d'esprit :

   Respect du travail collectif du Parti socialiste

   Respect des décisions prises par le Parti socialiste après un vote
   militant

   Respect du Parti socialiste, de nous-mêmes si nous voulons être
   respectés des Français.

   Ceci n'est inscrit dans aucun statut, mais dans nos têtes.

   Ensuite, faire le clair dans nos idées : les socialistes vivent depuis
   trop longtemps sous une double pression : celle de la gauche de la
   gauche d'abord qui lui fait le procès de la trahison, de la
   compromission, du reniement. Mais, au nom de quoi ? Au nom de qui ? De
   quelle légitimité ? De quelle autorité ? De quelle histoire ? Ce sont
   les réformistes -et donc les socialistes- qui ont fait les plus belles
   révolutions dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Et, la
   meilleure façon de servir la gauche, c'est de la porter au pouvoir.

   Sous la pression des " bien pensants ", ensuite, qui voudraient que le
   Parti socialiste abjure de ses idées redistributives, de sa confiance
   dans le progrès, du rôle régulateur de l'Etat. Ils demandent une gauche
   qui ne serait plus de gauche pour prix de son accession aux
   responsabilités. Si tant est qu'avec un tel programme, elle y
   parvienne.

   Dans les deux cas, on veut vider l'espace politique du réformisme.

   Mais, nous, nous paraissons toujours hésiter : céder aux uns quand nous
   sommes dans l'opposition, au risque d'y rester longtemps, et concéder
   aux autres quand nous sommes au pouvoir, au risque de ne pas y rester
   longtemps. Et nous sommes dans une perpétuelle mauvaise conscience,
   dans l'équilibrisme, le ni-ni ou dans les formules incantatoires qui
   préparent piteusement les compromis avec le réel.

   Nous ne sommes plus entendus par le plus grand nombre, parce que le PS
   parle une langue connue de lui seul, parce que nous ne disons rien de
   clair, de net, de lisible. Nous oscillons, nous ajoutons, nous
   additionnons sans convaincre. Car, on ne mobilise pas sur une
   contradiction.

   Il faut donc affirmer franchement notre identité . Et sans rien perdre
   de nos valeurs. Dire ce que nous gardons : nos idéaux de justice,
   d'égalité, nos ambitions transformatrices, notre internationalisme. Et
   ce que nous devons changer pour mettre le socialisme en rapport avec
   les défis du monde de la société d'aujourd'hui.

   C'est ce que j'ai proposé à travers les trois grands forums que nous
   allons ouvrir tout au long des prochaines semaines.

   1/ - Le socialisme et le marché

   Il y a bien longtemps que les socialistes ont admis l'économie de
   marché, reconnu la création de richesses par les entreprises et compris
   le défi de la compétition économique.

   C'est même sous des gouvernements de gauche que l'ouverture des
   marchés, notamment monétaires et financiers, s'est faite : l'inflation
   a été réduite, le marché unique puis l'euro ont été mis en place, et
   même les finances publiques -de 1997 à 2002- ont été remises en ordre.
   Et nous reconnaissons d'autant mieux le marché que nous considérons
   qu'il y a des domaines de l'activité humaine qui doivent lui échapper :
   la Recherche, l'Education, la santé, l'environnement, le rôle des
   services publics, sans que pour autant les règles de l'efficacité et de
   l'évolution ne s'y appliquent pas avec rigueur.

   Alors, ce n'est pas le marché qui nous pose problème aujourd'hui, c'est
   la mondialisation. Nous donnons le sentiment de la regarder en
   reculant, comme effrayés, tout en la laissant faire. Nous la
   condamnons, mais nous ne l'affrontons pas.

   La mondialisation est un fait irréversible. On peut la juger comme
   heureuse ou désastreuse. Elle est une réalité ambivalente. Elle crée
   des richesses et des biens ; elle détruit des ressources et des droits.
   Mais, elle est notre monde.

   D'où la triple exigence qui nous est posée :

   L'exigence de compétitivité : socialisme de la production qui fait le
   pari de l'innovation, de la Recherche, de la connaissance et de la
   création d'entreprises ;

   L'exigence de redistribution : corriger les écarts de richesse et de
   statuts sociaux ;

   L'exigence de régulation : Il n'est pas possible d'accepter que la
   Chine puisse obtenir 135 milliards d'euros d'excédents commerciaux sans
   respecter les normes environnementales et le droit du travail ; des
   finances (4è crise financière en 15 ans), écologie (épuisement des
   ressources naturelles).

   2/ - Le socialisme et l'individu

   La montée du rapport personnel, individuel à l'égard de la politique
   est une évidence. La fin des grandes idéologies, l'émiettement de la
   société salariale, le consumérisme, la méfiance à l'égard du système
   redistributif qui serait supposé fonctionner toujours pour les autres
   et insuffisamment pour soi-même, le souci d'autonomie personnel,
   familial. D'où le questionnement tant de fois entendu dans la campagne
   " qu'est ce qu'il y a pour moi dans le programme du Parti socialiste ?
   ".

   La droite a parfaitement saisi cette aspiration et l'a instrumentalisé
   : le " sauve qui peut " personnel, le chacun pour soi, le salut
   individuel, " l'enrichissez-vous ", l'enfer c'est la dépense du voisin,
   le trou de la Sécurité Sociale, c'est l'autre. Et le " travailler plus
   " conjugué au " payer moins d'impôt " a pu trouver écho. Même chez lez
   pauvres qui considéraient ainsi que payer rien sur rien, c'était déjà
   pas mal !

   N'en tirons pas la conclusion sommaire d'une droitisation de la société
   française ; les aspirations sont beaucoup plus contradictoires. Mais
   prenons acte de la nécessité d'un changement d'approche qui nous ramène
   paradoxalement aux fondements du socialisme.

   Le changement d'approche, c'est de partir non pas d'une simple défense
   d'acquis ou de revendications générales, ou de principes généraux, mais
   d'une solution qui permet à chacun de trouver sa place, d'être reconnu
   comme individu, citoyen en tant que tel et non comme une catégorie...
   Bref, d'un projet qui ouvre une égalité concrète devant l'avenir .

   C'est en ce sens que l'efficacité des systèmes sociaux est une question
   clé pour les socialistes. Chaque fois qu'une faille, un abus, un excès,
   un gâchis sont décelés, c'est le principe même de la solidarité qui est
   contesté par la droite.

   De la même manière, l'impôt ne peut être consenti que si les
   responsables publics sont exemplaires dans l'usage des fonds publics,
   la redistribution effective et les services publics performants. La
   solidarité n'est pas faite pour quelques-uns -les exclus, les pauvres.
   Elle l'est pour une très grande majorité et au bénéfice de tous. La
   Sécurité Sociale, par exemple, est un droit pour tous. Et elle prend
   toute sa force quand elle est au service des générations futures ;
   c'est ainsi que l'on retrouve le fondement du contrat social :
   Education, santé, développement durable.

   Et c'est ainsi que l'on retrouve l'origine même du socialisme, car la
   consécration de l'individu est au coeur de notre idéal autour de
   l'émancipation, de l'accomplissement, de l'autonomie et de la
   promotion. Partir de l'individu pour justifier le collectif et revenir
   au citoyen qui décide souverainement de son avenir, mais aussi du
   destin collectif. Telle doit être notre démarche.

   3/ - Le socialisme et les valeurs

   Nation, travail, ordre ont été au coeur de la campagne. Et parfois,
   nous n'y avons pas paru à l'aise.

   Là aussi, il faut faire le clair.

   La Nation est au coeur du pacte républicain. Elle est un " vivre
   ensemble ", en aucune façon une exclusion. Nous n'avons pas besoin de
   rapprocher identité nationale et immigration. Jaurès disait que le
   nationalisme est la haine des autres, la Nation c'est l'amour des
   siens. Elle n'est pas un renfermement, mais un projet collectif, un
   destin commun. C'est là que s'exerce le débat démocratique. Le débat
   entre la gauche et la droite n'est donc pas le plus ou moins grand
   attachement à la Nation, mais le projet que nous lui assignons, la
   perspective que nous lui ouvrons, l'avenir que nous lui préparons.

   LE TRAVAIL

   Que la droite qui a été incapable de créer à peine plus de 300 000
   emplois en cinq ans (2002/2007), quand le gouvernement de Lionel Jospin
   en avait fait émerger 1,5 million, ait pu faire campagne sur le thème
   du " travailler plus " en dit long sur l'efficacité de certaines
   communications politiques ou de la faiblesse de nos arguments.

   Alors, il faut remettre les choses à l'endroit : c'est vrai que la
   France ne travaille pas assez, quand plus de deux millions de personnes
   sont au chômage, quand un salarié sur deux est écarté du marché de
   l'emploi avant 60 ans, quand le temps partiel contraint touche de
   nombreuses femmes et quand l'intermittence est devenue une forme
   ordinaire de vie pour de nombreux jeunes.

   Les socialistes militent pour une société du travail, pour l'effort
   valorisé, pour la reconnaissance des savoir-faire et des métiers et
   pour une contrepartie d'activité pour toute prestation versée.

   Mais, allons plus loin : l'allongement de l'espérance de vie, les
   périodes de formation, les temps familiaux, mais aussi les évolutions
   démographiques et, à terme, la fin du chômage de masse font que le
   futur n'est plus à la diminution uniforme du temps de travail, mais à
   son organisation sur toute la vie professionnelle et à la prise en
   compte de la pénibilité des tâches et des métiers. Voilà l'enjeu des
   prochaines années. Non pas uniquement les durées légales de travail,
   mais la diversité des temps de travail sur toute une vie et selon les
   métiers.

   LA SECURITE

   Jamais les violences aux personnes n'ont été aussi nombreuses qu'entre
   2002 et 2007. Et pourtant, le Ministre de l'Intérieur des gouvernements
   Raffarin et De Villepin est devenu Président de la République.

   Sans doute, beaucoup tient à sa méthode. J'y reviendrai. Mais aussi au
   sentiment installé depuis des décennies que la gauche serait
   accommodante au prétexte qu'elle parle de prévention, serait dans une
   logique d'excuse au prétexte qu'elle évoque les responsabilités
   sociales, serait naïve au prétexte qu'elle défend les droits de
   l'Homme. Là aussi, l'incrimination est fausse. Mais, en politique, le
   préjugé vaut vérité.

   Alors, il faut d'abord parler de l'insécurité comme première atteinte à
   la liberté, nommer les violences telles qu'elles sont et aussi dures
   soient-elles, défendre les victimes et être fermes avec les coupables.
   Et ne pas craindre le débat avec la droite là-dessus.

   C'est nous qui avons les réponses les plus efficaces : de la punition à
   l'éradication des causes sociales et urbaines, en passant par la
   dissuasion, la prévention, la réinsertion et l'éducation.

   Ce ne sont pas les questions qui sont de gauche ou de droite, mais les
   réponses. Et dans tous les domaines, elles doivent être efficaces,
   concrètes et durables.

   Sommes-nous capables de mener ensemble ce travail de vérité et de
   clarté qui ne nous écarte pas de nos valeurs, mais leur donne leur
   actualité et leur pertinence ? Sûrement pas si nous en restons aux
   formules habituelles, aux jeux de rôles et aux questions de personnes.
   Alors, en 2002, nous aurions perdu parce que nous n'aurions pas été à
   gauche et, cette fois-ci, parce que nous l'aurions été trop.

   Et, c'est pourquoi je n'ai pas voulu d'un congrès dans la foulée des
   élections du printemps. Qu'aurions-nous réglé ? Même pas le leadership
   aussitôt contesté dès lors qu'il ne s'appuie pas sur une cohérence de
   pensée.

   Aussi, je propose un changement de méthode. Plutôt que de partir de nos
   différences regardées comme autant de divisions pour aboutir, faute de
   mieux, à des conclusions confuses, partons de nos convergences pour
   faire apparaître, sur les grandes thématiques mais aussi sur les sujets
   les plus difficiles, de véritables choix qui seront proposés au vote
   des militants à l'occasion du prochain congrès après les élections
   municipales.

   Sur ce qui nous unit, tout ce qui nous unit, nous l'écrirons dans une
   nouvelle déclaration de principes : notre Charte fondamentale. Et, sur
   les différentes alternatives politiques, regardons les en face,
   délibérons, décidons et respectons la ligne majoritaire comme la loi de
   tous.

   Le changement, c'est aussi celui de nos statuts et de nos règles de
   vote de nos instances. Des structures ont vieilli, des modes
   d'organisation et de débat. La vraie question, c'est comment conjuguer
   démocratie interne et efficacité, mais aussi le nombre d'adhérents et
   le militantisme, le rôle d'un parti et le lien avec la société.

   C'est un enjeu qui dépasse le PS, car c'est la conception même de la
   politique et des institutions. Si l'on veut éviter la dérive vers
   l'omniprésidence, il faut montrer que le débat, la délibération, la
   participation ne sont pas un frein, une cacophonie ou une atomisation,
   mais la condition même de la réussite. Notre Parti doit être organiser
   à l'image des institutions que nous proposons pour le pays : un
   Exécutif solide et responsable (c'est la direction du PS), un Parlement
   doté de moyens de contrôle et représentatif de la société (c'est le
   Conseil national du PS), des citoyens actifs qui puissent participer à
   la décision et faire connaître leur voix (ce sont les militants du
   Parti socialiste).

   II - Le défi de l'opposition

   La droite s'est succédé à elle-même : même parti, même personnel, même
   politique. Et pourtant, paradoxalement, il y a bien eu une rupture, ou
   plutôt deux ruptures.

   Ce n'est pas la même droite :

   Elle est unie : depuis 40 ans, elle ne l'avait pas été. Ses divisions
   avaient parfois facilité nos succès. En 2007, Libéraux, conservateurs,
   nationalistes ont fait bloc. Leurs contradictions demeurent, mais un
   lien qui les rassemble tous : le pouvoir. Ou plutôt le pouvoir et
   l'argent.

   Elle est décomplexée : elle n'hésite pas à s'afficher avec le Medef
   (Nicolas Sarkozy s'y exprime comme dans un Conseil national de l'UMP),
   mais aussi avec les grands patrons, la sacralisation de l'argent, la
   dépénalisation du droit des affaires. Comme si commettre une infraction
   quand on est chef d'entreprise était moins grave que si l'on est
   salarié ou jeune ! Elle ne répugne pas à inviter JM Le Pen à l'Elysée
   et, à défaut, ses idées. Elle liquide les derniers avatars du
   gaullisme, s'interroge sur le retour de la France dans l'Otan, fait des
   civilités à Bush et reprend les thèmes du conflit de civilisation entre
   l'Islam et l'Occident et tance l'homme africain qui aurait manqué le
   rendez-vous de l'Histoire.

   Elle est pressée : elle est au pouvoir depuis 5 ans, mais donne
   l'impression qu'elle s'est retenue ; alors elle veut utiliser son
   rapport de force pour en finir avec quelques vestiges de la République
   : la progressivité de l'impôt, les services publics, le droit du
   travail. Ira-t-elle jusqu'au bout ? Quelle est la part du discours et
   de la témérité. Beaucoup dépendra de nous et de la société elle-même.

   Ce n'est pas le même rapport au pouvoir et à la politique

   Pratique des institutions : omniprésidence qui conduit à
   l'irresponsabilité, l'effacement du gouvernement qui conduit à celui du
   Parlement. Et la confusion s'installe entre l'entourage du Président et
   les Ministres eux-mêmes. Le Président décide de tout. Il revient sur
   son engagement de ne pas privatiser GDF. Il s'arrange directement avec
   les dirigeants de Suez. Le secrétaire général de l'Elysée met en forme
   et les Conseils d'administration sont convoqués à la demande. Qui peut
   prétendre que la gestion du pays peut relever du pouvoir d'un seul ?

   Pratique du pouvoir : la tactique remplace la stratégie. Ce qui compte,
   c'est l'événement du jour, l'annonce bruyante, le déplacement
   improvisé, l'initiative fracassante. Bref, le coup d'éclat permanent.
   Qu'importe ce qu'il en reste le jour d'après. C'est l'écume pour faire
   croire à la vague. L'émotion remplace la raison. La politique de la
   France se fait à la lecture des faits-divers. L'empathie avec les
   victimes nécessaire sert de justification de l'échec et l'annonce d'une
   loi nouvelle, la réponse mécanique à l'inapplication de la précédente.
   Quand un criminel sexuel sort de prison sans autre médicament que du
   viagra, alors que sa place aurait été dans une structure médicale
   fermée avec un suivi permanent, avons-nous franchement besoin d'une
   nouvelle loi pour organiser les choses ? La parole remplace la décision
   ; Nicolas Sarkozy nomme les problèmes plutôt que de les traiter.

   Je veux l'illustrer sur la question du pouvoir d'achat qui est la
   première préoccupation des Français en cette période. Devant le Medef,
   il martèle que c'est se " moquer du monde que de dire qu'il n'y a pas
   de problème du pouvoir d'achat ". Diable ! On attend le plan, les
   dispositifs, les mesures ! Et, le lendemain, nous en prenons
   connaissance : Nicolas Sarkozy est venu dans un hypermarché à Bois
   d'Arcy pour, par sa seule présence aux caisses, lutter contre la hausse
   des prix. Il fallait y penser. Bientôt, avec cette méthode, il viendra
   à l'ANPE pour réduire le chômage et dans une agence immobilière pour
   baisser les loyers !

   Et je ne sais si cet artifice suffira pour convaincre les Français.
   Mais, nous ne pouvons pas réduire la politique à de la communication.
   Je veux que le Parti socialiste lance une campagne de rentrée sur le
   pouvoir d'achat. Car il y a la conjugaison de trois hausses : denrées
   alimentaires, loyers, coûts des transports. Ce qui suppose d'agir sur
   la formation des prix (les loyers, le rapport entre producteurs et
   distributeurs, les transports publics), mais aussi sur les revenus :
   une conférence sur les salaires, un relèvement de l'allocation de
   rentrée scolaire. Et, plutôt que de consacrer le boulcier fiscal, il
   aurait mieux valut consacrer le bouclier logement.

   Face à cette façon d'agir ou plutôt de communiquer, les formes de notre
   opposition doivent donc changer :

   Pas seulement la réaction à la réactivité

   Pas seulement le suivi, mais le décryptage, la déconstruction de la
   méthode, le rappel des engagements non tenus

   Pas seulement le jour le jour, mais la mémoire, le rappel, la mise en
   perspective.

   Pas seulement la critique, mais la proposition

   Mais, si la politique peut parfois retarder, biaiser, camoufler,
   occulter la réalité, elle ne l'efface jamais. Et elle vient, après le
   temps de grâce dédié au vainqueur, demander son compte, présenter la
   note.

   Et c'est sur une facture que la présidence Sarkozy va s'ouvrir.

   Elle est le produit d'un héritage, celui de la majorité sortante qui
   laisse la dette publique au-dessus de 64 % du PIB, des cadeaux fiscaux
   aussi injustes que coûteux (13 milliards d'euros -1000 contribuables
   vont recevoir 250 millions d'euros) et une politique économique
   inappropriée à la conjoncture, favorisant la rente plutôt que le
   travail, les placements plutôt que l'investissement et les grandes
   entreprises plutôt que les PME.

   Résultat : la croissance sera inférieure à 2 % en 2007, à peine
   supérieure en 2008 ; le déficit commercial atteindra un niveau
   historique (30 milliards d'euros à la fin de l'année) ; les comptes
   sociaux sont au rouge vermillon (13milliards) et les engagements
   européens en matière de finances publiques ne pourront être tenus pas
   plus en 2010 qu'en 2012.

   Un plan de rigueur est donc en préparation. Et il faut en prévenir les
   Français :

   Franchise médicale : il est avancé qu'elle servira à financer le plan
   de lutte contre Alzeimer. J'ai trop honte. Elles sont là pour combler
   l'ampleur des déficits de l'assurance maladie

   TVA sociale dont on changera le nom

   Contribution sur tous les revenus par la CRDS à la dette sociale qui
   n'est pas résorbée

   Diminution drastique de la dépense publique

   Dans l'attente, le pouvoir est dans le déni de réalité (sur la
   croissance), l'incantation (sur la confiance) et la flatterie (à
   l'égard du patronat). Il vient d'installer une Commission de la
   croissance -une de plus. Et il y a mis un psychiatre parce que le
   problème, nous dit-on, c'est que la France aujourd'hui n'est pas gaie !

   Elle ne sera pas guérie par des astuces, mais par des choix.

   Les nôtres sont simples et courageux :

   Soutien à l'investissement des entreprises et à une politique
   industrielle pour améliorer la compétitivité

   Réduction des déficits publics pour retrouver des marges de manoeuvre

   Préparation de l'avenir : formation, Recherche, environnement,
   logement.

   Et, c'est dans cet esprit de vigilance, de crédibilité et de
   confrontation que nous devons déjà préparer notre travail d'opposition.
   Nous ne le ferons pas seuls.

   Il faudra prendre appui sur les forces vives, les experts, les Français
   eux-mêmes. Rechercher les exemples étrangers, comparer les situations
   en Europe.

   Et puis, aussi, mobiliser toute la gauche. Nous en sommes la force
   principale. Mais, nous aurions tort de nous comporter en parti unique.
   Ce serait une bien mauvaise façon de traduire le vote utile. Et, face à
   la droite unie, il faut rassembler la gauche. Certes, dans le contexte
   actuel (les faiblesses, les blessures...), ne précipitons pas le
   mouvement, n'évoquons pas des schémas prématurés ou des formules
   globales. Procédons dans le respect et par étapes.

   D'abord la riposte à la droite

   Je propose à nos partenaires un comité de liaison de la gauche qui se
   réunirait régulièrement pour porter jugement sur les résultats de la
   politique gouvernementale et décider des initiatives communes à engager
   : sur le pouvoir d'achat, le prochain budget ou les franchises
   médicales.

   Ensuite, il faudra aller plus loin, faire des propositions communes ,
   par exemple sur le Grenelle de l'environnement pour, ensemble, dire ce
   qu'est une politique de développement durable pour la gauche.

   Et alors, si la confiance est là, si la volonté de construire ensemble
   une alternative est partagée, nous pourrions organiser des assises de
   la gauche et des écologistes avant les élections municipales et
   cantonales. Ce serait d'ailleurs la meilleure façon de les préparer.

   III - Le défi de la préparation des prochaines échéances

   Nous sortons d'un cycle électoral majeur ; nous rentrons déjà dans un
   autre, celui des élections locales qui vont redistribuer la donne à
   l'échelle des territoires. C'est l'occasion pour nous de conforter
   notre influence et, avec les Régions et une majorité des départements
   et des villes, d'organiser une forme de contre-pouvoir local. Valoriser
   des politiques nouvelles comme nous les engageons dans tant de villes
   de France et qui seront des références.

   C'est une échéance redoutée par la droite car, les résultats
   détermineront largement le déroulement du quinquennat.

   Nicolas Sarkozy est donc parti en campagne. Il va être candidat dans
   toutes les mairies de France. Il y a déjà son portrait, donc il se
   considère déjà chez lui. Il va multiplier les effets d'annonces à
   chacun de ses déplacements. J'entendais qu'il allait faire des Conseils
   des Ministres décentralisés. Ce seront donc des assemblées
   préparatoires aux élections locales. Il va jouer de toutes les
   confusions en tentant de dépolitiser les élections locales.

   Alors, à nous d'apparaitre utiles aux Français, représentatifs de leur
   diversité et clairs dans nos alliances .

   Utiles : les élections locales doivent permettre d'engager des
   politiques qui nous identifient et qui améliorent la vie quotidienne de
   nos concitoyens : développement économique (innovation, création
   d'entreprises, réinsertion), développement durable (habitat,
   transports). Un projet affirmant nos grandes propositions sera présenté
   par le Parti socialiste. Il inspirera nos programmes municipaux et
   départementaux.

   Représentatifs : Je serai extrêmement attentif, au moment de la
   validation des candidatures, à ce que nous ayons une part non
   négligeable de futurs maires de grandes villes femmes. Il en est de
   même pour les élections cantonales parce que la droite a inventé un
   système qui lui a donné bonne conscience : un titulaire, un suppléant :
   c'est dans bien des cas un titulaire, une suppléante... Ayons le souci,
   quand on a choisi une équipe, de faire l'inverse : une titulaire, un
   suppléant.

   Si nous voulons être respectueux de la confiance des électeurs des
   quartiers qui se sont rendus massivement aux urnes, à l'élection
   présidentielle, pour voter Ségolène Royal, il faut que nous puissions
   avoir des listes dans les villes qui correspondent à la diversité de la
   population.

   Clairs dans nos alliances : le Parti socialiste est sans doute devenu
   le grand parti de la gauche. On pourrait avoir la tentation de dire
   que, finalement, nous n'avons besoin de personne d'autre que
   nous-mêmes. Ce serait une erreur. Parce que dans une ville, dans un
   département, nous avons besoin de toutes les cultures de la gauche (il
   est préférable de parler de culture plutôt que de parti). Il y a une
   culture communiste, il y a une culture radicale, il y a une culture
   écologique. Donc, il faut que cette dynamique, que cet ensemble se
   retrouve. Notre stratégie, c'est le rassemblement de la gauche pour les
   élections municipales.

   Reste la question des autres, et notamment du centre. Il y a sans doute
   un électorat aujourd'hui qui ne veut pas choisir entre la gauche et la
   droite. Il a d'ailleurs toujours existé. Il y a une règle simple : cet
   électorat va à la force, pas à la faiblesse. Ce n'est pas parce qu'on
   lui demande de venir qu'il accourt. Il vient parce qu'il sent que c'est
   là que la dynamique se situe. C'est comme cela que nous avons eu le
   succès en 1981, en 1988 et même en 1997. Il y aura des listes Modem. Il
   ne faudra sûrement pas laisser chacun d'entre nous gérer cette
   situation. Nous devons avoir une ligne de conduite et elle est simple :
   nous partons du rassemblement de la gauche ; nous portons un projet
   pour les élections municipales. Que ceux qui veulent rejoindre le
   rassemblement de la gauche, s'accorder sur les propositions qui sont
   les nôtres, et, enfin, s'opposer à Sarkozy, viennent au second tour ne
   nous posera aucun problème. Mais ils le feront sur ces bases-là et sur
   aucune autre. Je ne veux pas que nous rentrions, nous-mêmes, dans le
   débat sur le Modem. La question lui est posée à lui, pas à nous.

   C'est un débat où nous nous perdrons sans trouver le centre. Et nous
   conforterons ceux-là même que nous voulons rallier à nous. Soyons
   forts, rassembleurs, conquérants.

   D'ici là, nous n'avons pas de temps à perdre. Les élections locales
   sont dans huit mois. Et nous devons être prêts. Nous ne gagnerons pas
   seuls chacun dans nos villes respectives. Ne croyons pas que nous
   puissions l'emporter localement si nous nous organisons nationalement
   pour perdre. Là encore, c'est ensemble que nous réussirons.

   Vous avez, par votre présence et par votre travail, engagé le premier
   pas de notre nouvelle marche. Cette marche sera longue. Elle ne tiendra
   pas dans quelques changements de comportements, renouvellements de
   personnes et de modifications statutaires. Le Parti socialiste doit
   être sans cesse en mouvement.

   Je ne crois ni à la secousse salvatrice ni à la crise salutaire. Je
   suis pour le changement assumé, profond, durable et maîtrisé, pas pour
   l'abandon ou le reniement. Nous n'avons pas besoin de renoncer à nos
   valeurs pour être modernes, car jamais les valeurs de progrès et de
   justice sociale n'ont paru aussi pertinentes, à condition de les
   adapter au défi de la période.

   C'est une démarche qui suppose de s'ouvrir à la société, d'apporter les
   réponses aux sujets les plus difficiles : la compétitivité, le
   financement de la solidarité, la lutte contre les violences,
   l'immigration et le développement du Sud. Nous devons être regardés
   comme les plus efficaces pour retrouver la croissance, les plus justes
   pour assumer la redistribution et les plus courageux pour préparer
   notre avenir.

   Il n'y a pas de temps à perdre. Et, comme Premier secrétaire, je me
   consacrerai pleinement à cette tâche :

   Engager le processus de changement de notre Parti ;

   Etre prêts pour affronter victorieusement le rendez-vous des échéances
   municipales de mars prochain ;

   Donner au pays une opposition crédible et forte pour être utile à la
   France.

   Premier secrétaire depuis 10 ans -soupirs pour les uns, espérance pour
   les autres- j'aime le Parti socialiste parce que c'est là que se joue
   le progrès, le changement. J'aime les socialistes et je suis fier
   d'être votre Premier secrétaire depuis plus de 10 ans dans des
   circonstances qui ont été très différentes : la responsabilité du
   gouvernement avec Lionel Jospin ; l'opposition depuis 5 ans. J'arrive
   bientôt au terme de cette responsabilité. Elle me permet de vous parler
   franchement.

   Je connais tous nos défauts : les divisions artificielles, les
   positionnements de circonstance, les compétitions d'orientations qui ne
   recouvrent que des allégeances personnelles, les indisciplines, le
   manque de rigueur. Je vous le dis franchement : il faut en finir, si
   nous voulons en finir avec la droite. Si on veut être clairs,
   cohérents, forts, nous n'avons pas besoin de nous séparer.

   Notre avenir passe par la vérité de nos engagements et par notre unité.

   Mais, je connais aussi tous nos atouts : un dévouement militant
   extraordinaire, un engagement sincère, une efficacité dans la gestion,
   une somme d'intelligences et d'expériences, un mélange formidable des
   générations, une volonté de servir la France. Ils nous permettent
   d'être confiants dans l'avenir.

   Il faut les mettre au service de la France. Je lui assigne donc une
   tâche : être à la hauteur de la situation à laquelle nous sommes
   confrontés, à la hauteur des enjeux à venir et de l'Histoire.

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