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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Allocution sur le Site de la plateforme logistique PSA
(15/01/2009)

   INTERVENANT. -- Je vais vous remercier, Monsieur le Président, pour la
   visite que vous avez faite ; je crois que c'est une première, une
   première dans ce grand centre, le plus grand centre de logistique
   européen, en tout cas. Vous nous donnez beaucoup de courage en ce
   moment où il manque à certains, mais pas aux gens de Vesoul. Voilà ce
   que je voudrais dire.

   LE PRÉSIDENT. -- Mesdames et Messieurs, bien sûr, il y a Vesoul, cher
   Alain, où je suis déjà venu en tant que Président de la République.
   Mais il y a toute la filière de l'industrie automobile. Et si vous me
   le permettez, il y a toute la question de l'industrie.

   Je suis intimement convaincu qu'un grand pays se doit de garder une
   industrie. J'ai toujours dit que faire le choix exclusif des services
   en abandonnant l'industrie donc la capacité à produire, serait erreur
   majeure. La France est un grand pays industriel et doit le rester.
   Qu'est-ce que cela veut dire ? C'est une stratégie que je vais proposer
   au pays.

   En 2004, j'étais ministre des Finances et s'est posé le problème de la
   sauvegarde d'Alstom, que tout le monde voulait brader, parce que les
   trains devaient être construits en Chine. Je me suis battu pour que
   l'on garde ALSTOM. C'est aujourd'hui l'une des entreprises les plus
   profitables. Il y a sur le territoire français une dizaine
   d'établissements industriels Alstom, à la Rochelle, à Belfort et
   ailleurs.

   On doit garder la capacité de fabriquer des trains et des TGV dans
   notre pays. Ce serait extraordinaire d'avoir inventé la technologie du
   TGV et des les voir construits partout ailleurs, sauf en France. On
   peut être compétitif en France et les usines, cela fait partie de
   l'identité nationale française. Il faut être fier de nos usines. Il n'y
   a pas simplement les laboratoires de nanotechnologie, les salles
   blanches ; il les faut mais tout le monde n'a pas vocation à travailler
   dans un laboratoire. Il y a d'autres formes d'intelligence, il y a
   d'autres destins.

   Du jour où on perd nos emplois d'ouvriers, il y a toute une partie de
   la population qui n'a plus d'emplois. D'ailleurs, ce mouvement de
   désindustrialisation qui est dû pour partie à une absence de volonté
   s'est traduit également dans notre vocabulaire. Dans notre pays, depuis
   vingt ans, on ne parle plus de travailleurs. On parle de statuts. On ne
   parle plus de travail, on parle de 35 heures. Cela a un sens, parce
   quand on ne parle plus de travailleurs, c'est qu'on ne respecte plus le
   travail et qu'au fond, on ne le rémunère plus à sa juste valeur et à
   son juste prix.

   Je me souviens très bien des ricanements quand j'ai fait campagne
   électorale dans les usines. Mes propres amis me disaient : " Mais
   pourquoi vas-tu dans les usines ? Va donc dans les laboratoires ! " Je
   vais dans les usines parce que les Français savent parfaitement que
   défendre les ouvriers, c'est défendre l'emploi des autres salariés,
   parce que ce sont les ouvriers qui passent les premiers quand il faut
   régler l'addition. Nous avons même pris la décision de faire monter
   l'État à 30 % dans les Chantiers de l'Atlantique. Si on n'avait pas
   pris 30 % du capital des chantiers de l'Atlantique, c'était tout un
   savoir-faire qui aurait été perdu. Si j'avais laissé fermer les
   chantiers de l'Atlantique, plus personne ne saurait fabriquer des
   bateaux en France. Il a fallu huit décennies pour avoir ce
   savoir-faire, il fallait quelques mois pour que ce savoir-faire
   disparaisse.

   Je crois profondément à la nécessité de garder un patrimoine industriel
   et je suis de ceux qui pensent que cela a été une grave erreur, qu'on a
   d'une certaine façon sabordé l'industrie chimique française en laissant
   partir Péchiney. On l'a laissé partir parce qu'on a manqué de volonté.
   Et quand Sanofi a voulu acheter Adventis et qu'Adventis voulait se
   rapprocher de Novartis, je m'y suis opposé pour faire un grand groupe
   français : on a aujourd'hui le troisième industriel de la pharmacie
   mondiale. Je n'ai jamais changé d'avis sur le sujet pas plus,
   d'ailleurs, que sur le nucléaire. Je crois qu'il faut faire de nouveaux
   EPR. Quand on n'a pas de pétrole et quand on n'a pas de gaz, raison de
   plus pour qu'on ait du nucléaire. Je crois beaucoup aux enjeux
   environnementaux. Le nucléaire est une énergie propre et il faut qu'on
   la développe.

   J'en viens à l'automobile. L'automobile, c'est un enjeu essentiel. Si
   on prend toute la filière logistique, concessionnaires, vendeurs, une
   partie de l'assurance et les fournisseurs et constructeurs, vous
   représentez 10 % de la population active française. Je l'ai dit à M.
   PEUGEOT, je l'ai dit à M. STREIFF : le gouvernement de la France ne
   peut pas laisser tomber l'industrie automobile. Les conséquences
   économiques et industrielles seraient trop graves. Ne nous trompons
   pas. Le problème de l'automobile, ce n'est pas simplement la crise
   d'aujourd'hui.

   Il y a la crise du financement et celle des modèles. Mais cela fait
   bien longtemps que le processus de délocalisation de la production
   automobile a commencé, qu'on délocalise pour gagner un nouveau marché
   comme le Brésil. Je comprends parfaitement. Mais qu'on fasse fabriquer,
   ailleurs qu'en France, des voitures qu'on vend en France, c'est plus
   difficile à accepter.

   Il faut qu'on trouve avec les constructeurs français, PSA et Renault,
   dont l'État est actionnaire, les voies et les moyens pour vous aider à
   vous adapter au nouveau contexte. Le bonus/malus a été un sérieux
   changement. Près de 70 % de véhicules qui sont vendus le sont avec le
   bonus. La prime à la casse va accentuer ces changements. Aujourd'hui,
   plus personne ne la critique parce que le marché automobile français,
   c'est le seul marché qui est un petit peu en progrès et surtout où les
   constructeurs français sur leur marché national reprennent des parts de
   marché.

   Ce sont des mesures conjoncturelles. Un de vos collègues me disait :
   après la prime à la casse, qu'est-ce que l'on fera ? Déjà, cela voudra
   dire qu'on est sorti de la crise la plus violente. Ensuite, Luc CHATEL
   et Christine LAGARDE ont annoncé un plan pour favoriser la voiture
   électrique : c'est un enjeu absolument majeur. Il faut qu'on y réponde,
   qu'on soit présent dans cette bataille.

   Ensuite, il y a tout le problème des sociétés de crédit parce que les
   deux tiers des véhicules que l'on vous achète sont achetés à crédit.
   Quelle que soit la qualité des modèles que vous fabriquez, s'il n'y a
   pas de crédit pour les acheter, on peut faire les plus belles campagnes
   pour les vendre mais cela ne débouchera pas.

   Luc CHATEL organise pour le 20 janvier les états généraux de
   l'automobile et on interviendra massivement pour que nos industries de
   l'automobile sortent plus fortes. Les discussions avec M. STREIFF et
   avec M. PEUGEOT vont être sérieuses. Vous êtes au coeur de la
   compétition mondiale. Nous avons de notre côté des exigences vis-à-vis
   de la France. Il faut que l'on trouve un accord. Je veux qu'on localise
   la production en France, sous la réserve, M. STREIFF, de ce que j'ai
   dit sur les marchés que l'on gagne. Pour moi, Aulnay, cela compte. Je
   ne serai pas le Président de la République qui dira qu'il n'y peut rien
   ; souvenez-vous de Vilvorde... Je m'engagerai puissamment pour soutenir
   l'industrie automobile. Naturellement en échange, il faut que l'on
   fasse un pas l'un vers l'autre.

   C'est pareil pour les banques. L'État est intervenu pour éviter des
   faillites pour que les gens ne se pressent pas aux guichets pour
   chercher leurs économies. Mais ce n'est pas pour que l'on distribue les
   dividendes à tout va ou que l'on continue avec les bonus. Eux aussi
   doivent faire un effort. Il ne peut pas y avoir des efforts en bas et
   pas d'efforts en haut. Tout le monde doit faire un effort. Ce sont les
   Français qui jugeront. Moi, je le ferai dans la transparence la plus
   totale.

   Les constructeurs français ne sont pas seuls. L'État est derrière eux.
   Ce n'est pas à nous de gérer votre entreprise. Vous n'avez pas eu
   besoin de nous pour prendre des décisions. Nous vous aiderons de toutes
   nos forces, mais pour que des sites qui représentent une partie de
   l'identité française soient préservés.

   Je sais qu'il y a le problème de la taxe professionnelle. Je sais qu'il
   y a le problème des 35 heures. On a tout fait aussi pour arranger cela
   aussi. Je sais qu'il y a bien d'autres problèmes. On mettra tout sur la
   table.

   Et puis, Mesdames et Messieurs, je voudrais terminer en vous disant
   d'abord que j'ai conscience que, en voyant la télévision tous les
   soirs, en écoutant les nouvelles, vous vous demandez comment va le
   monde d'aujourd'hui. Honnêtement, il y a des périodes plus faciles pour
   être Président de la République ! Mais cela ne se choisit pas comme
   cela !

   Face à la crise, il y a deux attitudes possibles. On se dissimule et on
   attend que cela passe. Ce n'est pas la stratégie que j'ai choisie. Les
   gens ont voté pour moi. Mon devoir est de faire sortir la France de la
   crise plus forte qu'avant. Dans la crise, il faut bien qu'il y ait un
   capitaine et que ce capitaine prenne les décisions et assume ses
   responsabilités.

   Mon rôle n'est pas d'écrire les problèmes, mais d'essayer d'y apporter
   des réponses. Pour que l'on en sorte. C'est cela que l'on essaye de
   faire de toutes nos forces.

   Je crois au travail. Je pense que l'un des problèmes de la France est
   que l'on ne travaillait pas assez. Je crois à la recherche. Je crois à
   l'innovation. Je crois à la bataille de l'intelligence, à la réforme
   des universités. Donc, je vais continuer ce mouvement de réformes et, à
   l'arrivée, chaque Français jugera de ce qui a été fait ou pas.

   J'ai eu un grand plaisir à être ici parce que j'ai vu des femmes et des
   hommes qui aiment leur métier, qui sont fiers de leur entreprise. C'est
   la première fois que je vais dans un site logistique. Bravo ! Je
   comprends que vous soyez fiers de votre métier.

   Merci de votre attention, et pendant que l'on est au mois de janvier,
   je voudrais, au nom de tous les ministres qui m'entourent, vous
   présenter du fond du coeur tous mes voeux pour ceux que vous aimez,
   pour ceux qui vous sont chers, pour vos familles. Et si jamais en 2009,
   vous aviez quelques ennuis, on ne sait jamais, je vous souhaite d'avoir
   la force de les surmonter.

   Peut-être que cela ne sert à rien de se présenter les voeux, mais je
   pense que c'est une forme de courtoisie et que la courtoisie c'est
   important. La société a beaucoup perdu en perdant cette forme de
   courtoisie. Donc sachez que ces voeux, je les forme pour vous-même et
   pour vos familles du fond de mon coeur.

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