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Discours politique

Nicolas Sarkozy, L’avenir de l’agriculture (19/02/2009)

   Madame et Monsieur les Ministres, chère Roselyne et cher Michel,

   Monsieur le Député, cher Jean-Charles TAUGOURDEAU,

   Monsieur le Président du conseil général, cher Christophe BÉCHU,

   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

   Monsieur le Ministre,

   Permettez-moi d'abord de dire tout le plaisir de vous retrouver ici, à
   Daumeray (merci, Monsieur le Maire, de votre accueil), pour saluer le
   courage, la détermination et la place, si importante dans notre pays,
   des agriculteurs.

   Dans la crise économique que nous traversons, mon devoir de chef de
   l'État est de dire la fierté de notre Nation pour le travail des
   paysans français, de leurs conjoints et de leurs familles. Nous devons
   tous être fiers de ce secteur stratégique pour notre économie qui a
   dégagé l'année dernière un excédent commercial de près de 10 milliards
   d'euros. Il y a des gens qui m'ont dit : " Hier soir, vous vous
   occupiez des conséquences sociales de la crise. -- Cet après-midi, je
   vais m'occuper de nos départements d'Outre-mer. -- Et alors vous
   trouvez le temps... ? " Oui, ce n'est pas parce que les agriculteurs
   sont durs au travail qu'il ne faut pas s'en occuper. Et ce n'est pas
   parce que les agriculteurs vivent avec courage du fruit de leur
   travail, essaient de le faire en tout cas, qu'on doit les ignorer. Mon
   devoir, c'était d'être ici ce matin avec le ministre de l'Agriculture
   pour prendre un certain nombre de décisions.

   L'agriculture incarne des valeurs sur lesquelles les Français ont
   souhaité fonder l'effort de redressement du pays (alors, cela ne plaît
   pas à tout le monde) : c'est une raison pour moi de le dire. Les
   valeurs que nous partageons, elles sont modernes. La France se sortira
   de la crise par le travail. Je sais que là, cela va un peu à
   contre-courant d'une idée reçue ; je n'ai jamais cru au partage du
   travail. Je crois au travail, à sa récompense, à son respect. Je crois
   à la prise de risque, je crois au courage, à l'innovation, à la
   capacité d'adaptation et à la solidarité. Ce sont les valeurs des
   agriculteurs et de la ruralité.

   Un agriculteur, c'est d'abord (et je ne me lasserai jamais de le dire)
   un entrepreneur, un entrepreneur qui ne compte pas ses heures, qui
   porte la responsabilité d'investissements importants, qui doit relever
   quantité de défis humains, financiers, techniques, administratifs
   considérables. C'est un chef d'entreprise, un agriculteur, mais qui
   doit s'adapter en permanence au climat, au marché, aux technologies et
   aux réglementations. Pour être un agriculteur, on me l'a dit
   d'ailleurs, tout à l'heure, il faut être passionné et il faut être
   travailleur. Le rôle du Président de la République, c'est d'être aux
   côtés aussi de ceux qui sont passionnés et travailleurs, deux mots qui
   ont été oubliés par certains. C'est amusant, on à l'impression que le
   mot " travailleur " écorche la bouche d'une partie de la classe
   politique française. Si on ne parle plus des travailleurs, c'est parce
   que l'on ne veut plus parler du travail, et si on ne parle plus des
   travailleurs, c'est qu'on ne respecte plus le travail. Alors, si
   certains ne parlent plus de travailleurs, cela ne me gêne pas, moi,
   d'employer ce mot qui porte le respect de la valeur travail.

   À la veille du Salon international de l'agriculture, je vous propose de
   poursuivre la construction du projet que nous avons engagé en commun
   depuis bientôt deux ans. Pour répondre à la " nouvelle donne " agricole
   il nous faut une action cohérente pour promouvoir une agriculture de
   production (le mot est capital) au niveau européen et international,
   pour permettre à chaque agriculteur de vivre du fruit de son travail. À
   partir de ce projet, la France doit porter une ambition renouvelée pour
   la Politique agricole commune qui verra le jour en 2013. J'ajoute qu'en
   tenant compte de ces orientations, nous devons dès maintenant engager
   la réforme du bilan de santé de la PAC, qui s'appliquera, cher Michel,
   en 2010. C'est avec méthode que nous souhaitons engager la refondation
   de la PAC, pour préparer les prochaines échéances portant sur les
   perspectives financières de l'Union européenne, et la PAC de 2013, avec
   Michel BARNIER, nous avons porté une stratégie offensive. Je n'ai pas
   voulu que nous nous inscrivions dans une stratégie défensive qui
   consistait à dire aux agriculteurs : " Dormez tranquilles, on s'occupe
   du reste, vous n'avez rien à craindre jusqu'en 2013. " 2013, c'est
   demain matin. Cette stratégie était mortelle et je préfère que nous
   portions nous-mêmes les changements dans le cadre de la nouvelle donne
   agricole, plutôt que nous attendions tranquillement que la catastrophe
   arrive en 2013. Et je remercie d'ailleurs -- je le dis devant Luc --
   les organisations syndicales agricoles qui ont compris cette stratégie.

   Bien sûr, quand on bouge, quand on prend des risques, il y en a
   toujours qui ne sont pas d'accord. Ce sont les mêmes qui ne seraient
   pas d'accord si on ne bougeait pas et si on ne prenait aucun risque. Le
   pire risque, c'est celui qui consiste à n'en prendre aucun. Écoutez,
   cela fait tellement d'années qu'on met la poussière sous le tapis en
   disant que ce sont les autres qui s'en occuperont. Quelle est cette
   façon de voir les problèmes de la France ? Après moi, le déluge ! Ce
   n'est pas ma conception des choses. Et cela ne me gêne pas d'aller au
   coeur des problèmes, oui, chère Roselyne : nous en avons parlé ensemble
   pour essayer de porter une réponse. J'ai une idée assez précise de la
   stratégie qu'il faut. Le rôle du Président de la République, c'est
   d'être là où il y a des difficultés, d'apporter des réponses, de
   prendre des décisions et d'obtenir des résultats. C'est comme cela que
   je conçois mon rôle et je vois l'étendue des conseils que je reçois
   chaque jour, franchement cela ne me donne pas envie de les suivre.

   Sur l'agriculture, avec Michel BARNIER que je remercie et en qui j'ai
   une totale confiance, nous avons décidé d'être porteurs d'un projet
   parce que, mes chers amis, si on n'a pas un projet, je me demande
   comment on rassemble les vingt-six autres pays de l'Union européenne
   avec nous. J'attire simplement l'attention de ceux qui étaient pour
   l'immobilisme sur cette situation-là. Ce n'est pas gagné naturellement,
   Luc, mais si on n'a pas un projet, si on ne se bat pas sur ce projet,
   comment on fait adhérer les autres à notre vision de l'avenir de
   l'agriculture ? Alors nous souhaitons nous appuyer sur trois axes.

   Le premier (je le dis en assumant mes responsabilités) : il faut
   protéger les intérêts de l'agriculture en Europe et dans le monde.

   Les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce doivent
   repartir sur des bases saines et des objectifs clarifiés. Je
   m'opposerai fermement à tout accord à l'OMC qui sera contraire aux
   intérêts de notre pays. J'ai été élu pour défendre les intérêts de la
   France, j'assumerai cette responsabilité, comme je l'ai fait avec
   Michel BARNIER l'été dernier, alors qu'il y avait tellement de
   craintes. Vous savez, c'est très bizarre, je ne change pas d'avis entre
   ce que je pense avant les élections et ce que je pense après... Vous
   pouvez regarder, nous ne sommes pas nombreux ! Et cela me fait bien
   sourire quand on m'accuse de protectionnisme. Quand toutes nos usines
   partaient ailleurs, personne ne nous félicitait pour notre générosité.
   Et quand je dis que je dois utiliser l'argent du contribuable pour
   garder de la production en France, cela n'a rien à voir avec le
   protectionnisme -- et le tout avec le bon sens et la lucidité.

   En tout cas que les choses soient claires : l'Europe ne peut renoncer à
   défendre son agriculture de production et doit protéger la qualité
   sanitaire et environnementale de son alimentation. D'ailleurs, si
   j'avais le moindre doute, je regarderais les États-Unis et l'Inde parce
   qu'ils sont moins complexés qu'un certain nombre de gens qui, ici,
   défendent une pensée unique. Les États-Unis et l'Inde défendent avec
   tant d'énergie, tant de passion et -- pourquoi ne pas le dire ? -- tant
   d'efficacité leur agriculture. Cela devrait nous faire réfléchir. Il
   s'agit pour les États-Unis de mener une stratégie de puissance
   économique et politique afin d'affirmer la suprématie de leur " pouvoir
   vert ". Et je pose une question : si la première puissance du monde
   croit stratégique de défendre son " pouvoir vert ", est-ce que la
   cinquième puissance du monde, la France, ne devrait pas se poser la
   même question et entraîner toute l'Europe au service de la même
   stratégie ? Ce que font les Américains pour leurs agriculteurs, je
   demande que l'Europe le fasse pour nos agriculteurs : même stratégie et
   même efficacité. Il ne s'agit pas d'isoler la France dans un combat
   solitaire, il s'agit que la France d'abord et l'Europe ensuite mènent
   le même combat que les autres. On ne peut plus continuer à laisser nos
   entreprises agricoles souffrir d'un dumping environnemental, social,
   fiscal, monétaire, dont l'ampleur croît chaque jour. Je dis les choses
   de la façon la plus claire : nous exigeons la réciprocité et
   l'équilibre, dans les discussions à l'OMC. Je défendrai fermement cette
   position au sommet du G20 en avril.

   La sécurité alimentaire, l'alimentation ressortent d'une nouvelle
   gouvernance mondiale qui ne peut pas être réduite à la seule question
   de la libéralisation des échanges. D'ailleurs, je voudrais expliquer
   les enjeux.

   Il y a un milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.
   On n'a pas besoin de moins de productions agricoles ou on a besoin de
   plus de productions agricoles ? Toutes les trente secondes, il y a dans
   le monde un enfant qui meurt de faim. On n'a pas besoin de moins de
   productions agricoles ou on a besoin de plus de productions agricoles ?
   Il y a un hectare de terres cultivées qui disparaît toutes les sept
   secondes et demie de la planète, alors qu'un bébé naît toutes les trois
   secondes. La seule réponse à cette crise alimentaire mondiale est donc
   de doubler la production alimentaire d'ici à 2050 tout en préservant la
   planète. Je crois dans l'avenir d'une agriculture de production.

   Parallèlement, l'Europe assiste depuis deux ans à une volatilité des
   prix agricoles invraisemblable. Après les augmentations de plus de 50 %
   du prix de la poudre de lait ou du blé en 2007, nous avons connu une
   baisse au moins équivalente en 2008. Ces variations violentes d'une
   année sur l'autre n'existent dans aucun autre secteur économique. Il
   faut remédier à cette instabilité des prix. Il faut mettre en place de
   véritables outils de gouvernance.

   L'idée (là aussi je prends mes responsabilités) de la toute puissance
   du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune
   intervention politique, cette idée est une idée folle. La crise
   financière que nous connaissons en est le témoignage le plus criant.
   Pendant plusieurs décennies on a créé les conditions dans lesquelles
   l'industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité
   financière à court terme. Ce système a alimenté la spéculation sur les
   marchés des matières premières et des produits agricoles.

   L'économie de marché, ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur.
   C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, à l'agriculteur, c'est la
   récompense du travail, de l'effort et de l'initiative. On ne peut
   permettre à une poignée de spéculateurs de mettre en péril la sécurité
   alimentaire européenne. C'est dans cet esprit que j'ai proposé à Rome
   l'année dernière au sommet de la FAO la régulation des marchés de
   matières premières agricoles. Le mot régulation n'est pas un gros mot.

   Je proposerai lors des prochains grands rendez-vous internationaux, et
   notamment au G8, d'aller plus loin dans la mise en oeuvre du
   Partenariat mondial pour l'agriculture et l'alimentation. Je veillerai
   à la création, avant la fin de l'année, d'un groupe international de
   scientifiques, sur le modèle du Groupe d'experts intergouvernemental
   sur l'évolution du climat, le GIEC. Il devra établir un diagnostic sur
   le fonctionnement des marchés de matières premières agricoles et sur
   l'évolution de la sécurité alimentaire, produit par produit, région par
   région. Je souhaite que l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement
   puissent se reposer sur cette analyse scientifique mondiale, objective,
   incontestable de manière que l'on comprenne ce qui se passe.

   Le deuxième axe de notre action consistera à donner aux filières
   agricoles la capacité de s'adapter à leurs marchés.

   L'agriculture française est un atout économique majeur. Je combattrai
   toute tentative de ravaler les agriculteurs au rang d'" aimables
   jardiniers de la nature " (franchement... surtout quand on voit ceux
   qui vous le proposent, à mon avis, je ne leur ferais pas confiance !)
   ou de " cantonniers à temps partiel de nos paysages ". Cela n'a jamais
   été ma conception de l'agriculture. Je propose que sur ce terrain la
   France se place résolument en position d'initiative. Nous n'avons pas à
   nous excuser d'une stratégie qui sert l'économie européenne et les
   consommateurs européens.

   Par parenthèse, à quoi cela servirait-il d'imposer des règles de
   traçabilité à nos éleveurs qui souffrent tant et de continuer à inonder
   nos marchés de produits d'élevage qui viennent de pays où il n'y a pas
   de traçabilité ? Nous ne pouvons pas accepter cette réalité qui n'est
   pas inéluctable.

   Sans doute faut-il mettre les points sur les i ? Vivre des prix des
   produits que l'on vend signifie aussi que chacun doit jouer le jeu de
   la concurrence. Il y a quelque chose qui n'est pas admissible. En près
   de quarante ans, les prix agricoles ont été divisés par deux et dans le
   même temps, les prix de nos aliments n'ont baissé que de 14 %.

   J'ai dit hier aux organisations syndicales, salariales comme
   patronales, que j'entendais poser la question du partage de la valeur.
   Je dis aux producteurs agricoles, aux distributeurs et aux industriels
   que je poserai la même question ; la valeur doit être mieux partagée
   dans notre pays. C'est l'intérêt des producteurs, c'est l'intérêt de
   notre économie, c'est l'intérêt des consommateurs.

   Aujourd'hui, l'acte de production, même de qualité, n'est plus
   suffisant pour obtenir une bonne rémunération. Il est donc
   indispensable de raisonner à l'échelle d'une filière, car c'est elle
   qui conditionne la répartition de la valeur ajoutée. Il faut lutter
   contre les importations à bas prix, Il faut organiser des filières
   structurées, dont l'approvisionnement est sécurisé et dont les produits
   répondent aux attentes des consommateurs. C'est pratiquement capital
   pour la filière porcine qui traverse une crise considérable depuis
   plusieurs mois.

   Pour atteindre nos objectifs, nous voulons donner à chaque filière les
   moyens d'anticiper et de réagir. Nous avons défini les conditions d'une
   généralisation, dès cette année, des mécanismes de gestion des risques
   climatiques et de l'épargne de précaution, à l'ensemble de nos
   exploitations. Je pense en particulier aux exploitations agricoles du
   Sud-Ouest, qui ont subi les lourdes conséquences de la tempête Klaus du
   24 janvier dernier. Simultanément, la mise en oeuvre d'un fonds
   d'indemnisation sanitaire permettra de mieux gérer les conséquences des
   crises sanitaires. Je demande à Michel BARNIER et à Christine LAGARDE
   de faire en sorte que soit engagée dès 2010 une expérimentation élargie
   des assurances contre les aléas économiques en agriculture. On en a
   besoin.

   Au coeur de cette ambition, il y a une exigence. La France est le
   deuxième exportateur mondial de produits agricoles, le premier
   exportateur mondial pour les produits agricoles transformés. Il nous
   faut conforter nos exploitations et nos filières et encourager ceux qui
   choisissent le beau métier d'agriculteur. Dans les huit ans à venir, il
   y a 50 % de vos entreprises qui vont changer de mains ! C'est un défi
   colossal ! Nous nous étions engagés, il y a un an, à réformer les
   soutiens à l'installation des jeunes agriculteurs. Cher Michel,
   aujourd'hui, les engagements sont tenus et nous allons accroître en
   2009 les financements à l'installation qui atteindront 350 millions
   d'euros par an, avec l'objectif d'installer 7000 jeunes par an. Que les
   choses soient claires : une profession qui ne voit pas des jeunes la
   rejoindre est une profession qui meurt. La question de l'installation
   des jeunes agriculteurs, c'est non négociable, parce qu'il en va de
   l'avenir de l'agriculture dans notre pays.

   Parallèlement, la question de la revalorisation des petites pensions et
   le maintien du pouvoir d'achat des retraités agricoles est cruciale.
   Pour que les jeunes s'orientent vers le métier d'agriculteur, il faut
   que la situation de leurs aînés soit réglée de façon équitable.
   Franchement, si l'on voit ses aînés dans une situation lamentable, cela
   ne pousse pas à croire dans l'avenir de son métier. C'est une question
   de justice. Au coeur de la campagne électorale, j'avais pris deux
   engagements très clairs : revaloriser le minimum vieillesse de 25 % et
   revaloriser les pensions de réversion pour les veufs et les veuves les
   plus modestes sur la durée du quinquennat. Mais ces engagements je vais
   comme tous les autres les tenir avec méthode. Je ne tiens pas ces
   engagements parce que je les ai pris. Je les ai pris parce que j'y
   croyais, et j'y crois toujours. On me dit toujours : " Ah ! mais,
   Monsieur, c'est parce que vous l'avez dit qu'il faut le tenir. " Non,
   cela est plus grave que cela. Je l'ai dit parce que j'y crois, pas
   simplement parce que je l'ai dit. Ce n'est pas une ritournelle, c'est
   une réflexion.

   Dès 2009, nous avons donc décidé d'augmenter le minimum vieillesse de
   6,9 %. Là aussi, j'entends beaucoup de conseils. Je me demande pourquoi
   ceux qui me conseillent avec tant de virulence ne l'ont pas fait
   lorsqu'ils étaient à ma place. C'est étrange que ce soit moi qui fasse
   cela. Mais pourquoi ont-ils attendu ? Parce qu'ils savaient que
   j'arrivais ? Comme c'est curieux ! Et 6,9 %, ce n'est pas assez, me
   dit-on. Mais surtout, il ne fallait pas se gêner pour faire mieux avant
   plutôt que d'aller dire aux Français qu'on ferait mieux après. S'il y
   en a qui se sentent visés, pas de problème : c'est vrai, c'est
   incontestable ! J'ajoute qu'on va mettre un filet de sécurité pour les
   230 000 retraités les plus modestes, dont la carrière en agriculture a
   été incomplète.

   Il nous faut enfin créer les conditions d'une agriculture française
   encore plus fortement exportatrice. C'est une carte majeure. Pour cela,
   il faut placer la recherche et l'innovation au coeur de notre stratégie
   agricole. En réalisant, en novembre dernier, la première carte physique
   d'un chromosome du blé, la France est à la pointe de la recherche
   agronomique en Europe. Cette reconnaissance est aujourd'hui mondiale et
   je tiens tout particulièrement à saluer, cher Michel, le travail
   exceptionnel engagé par les chercheurs de l'Institut national de
   recherche agronomique.

   Le troisième axe (c'est le dernier) : il faut d'aider l'agriculture à
   répondre aux attentes de la société.

   La réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires a fait
   l'objet d'un accord sous présidence française, au niveau européen, sur
   les bases de l'accord sorti du Grenelle de l'environnement. Je veux
   particulièrement remercier le monde de l'agriculture d'avoir joué le
   jeu du Grenelle de l'environnement. Ce n'était pas évident. Et le monde
   de l'agriculture a fait preuve d'ouverture, d'intelligence, de
   modération, en comprenant que le respect de l'environnement, c'est
   d'abord la défense de la santé de ceux qui vivent sur les
   exploitations. Je le dis d'ailleurs aux défenseurs de l'environnement :
   les premières victimes d'un environnement qui ne serait pas respecté,
   ce seraient d'abord les agriculteurs qui entrent en contact direct de
   tout cela. Il n'est pas question, je vous le dis, que les agriculteurs
   français souffrent de distorsions de concurrence.

   Pour relever ces défis et poursuivre l'engagement de l'agriculture et
   de la forêt sur la voie du développement durable, j'ai demandé à Michel
   BARNIER d'élaborer un plan pour un nouveau modèle agricole de 2020. La
   réduction de la dépendance énergétique des exploitations agricoles, le
   maintien des surfaces en herbe, capital, le développement de pratiques
   plus respectueuses de l'environnement constituent autant de mesures
   importantes prises par l'agriculture pour respecter notre
   environnement. Ce Plan " Objectif Terres 2020 " est une première et
   comporte soixante mesures. Il sera présenté, je crois, ce soir par
   Michel BARNIER. Je souhaite qu'il fasse l'objet d'un suivi annuel pour
   valoriser l'effort considérable que fait l'agriculture pour s'adapter
   aux nouveaux défis de l'environnement.

   Il y a d'autres thèmes qui sont majeurs pour nous et je voudrais
   présenter dans les prochaines semaines un plan de valorisation et de
   mobilisation du bois. Écoutez, nous avons les plus grandes forêts
   d'Europe. Cette forêt a augmenté de 50 % depuis les années cinquante et
   nous sommes, tenez-vous bien, importateurs pour 6 milliards d'euros par
   an de bois. Mais, est-ce que c'est raisonnable ? Alors, on va prendre
   des décisions. Je préfère mobiliser de l'argent pour développer les
   capacités de production du pays. Il faut que tout cela change. Donc sur
   le bois, on va prendre des décisions avec Michel dans les toutes
   prochaines semaines. On sait parfaitement ce qu'il faut faire. Il
   suffit maintenant simplement de prendre les décisions.

   Vous le voyez, les engagements ont été tenus, et je veux remercier une
   nouvelle fois Michel BARNIER pour la qualité vraiment exceptionnelle de
   son action au service de notre agriculture, de notre forêt et de notre
   pêche.

   Alors, je voudrais terminer par les chantiers européens qui nous
   attendent.

   Le travail important sur la Politique agricole commune : être plus
   offensifs, je l'ai dit. Nous avons ouvert sous présidence française un
   débat sur les principes fondateurs de la Politique agricole commune de
   2013. Ce débat était une première dans l'Europe élargie, elle a permis
   de dégager les premiers éléments d'accord autour des objectifs qui sont
   les nôtres.

   Le premier de ces objectifs, c'est d'assurer la sécurité alimentaire de
   près de 500 millions de consommateurs européens. Je suis persuadé que,
   y compris en Europe, les pays non producteurs agricoles peuvent nous
   rejoindre sur le thème de la sécurité alimentaire de leurs
   consommateurs. Nous avons toujours dit : " Oui, la France, elle défend
   l'agriculture parce qu'elle a des producteurs. " Mais les pays qui
   n'ont pas de producteurs, ils ont quand même des consommateurs et ces
   pays-là sont concernés par la sécurité alimentaire. La sécurité
   alimentaire, elle est quand même mieux garantie par les producteurs
   agricoles européens qui ont les règles que l'on connaît, plutôt que par
   d'autres producteurs.

   Le deuxième objectif, c'est de participer aux équilibres alimentaires
   mondiaux.

   Le troisième objectif, c'est de contribuer à la lutte contre les
   changements climatiques.

   Pour être plus légitime, la Politique agricole commune de 2013 doit
   s'appuyer sur

   * une préférence communautaire renouvelée. Je veux quand même dire que
   si on a fait l'Europe, c'est parce que l'on est attaché à la préférence
   communautaire. Si on n'a pas le droit de défendre la préférence
   communautaire, on se demande bien pourquoi on a fait l'Europe. Si on a
   fait l'Europe, c'est pour défendre l'Europe, c'est pour défendre ses
   intérêts, les intérêts de ses producteurs et les intérêts de ses
   consommateurs. Pour les défendre, il y a ce que l'on appelle la
   préférence communautaire ;

   * une gestion des marchés, je l'ai dit, en responsabilisant davantage
   les agriculteurs et les filières ;

   * un soutien accru à une meilleure organisation économique des filières
   ;

   * un soutien différencié permettant le maintien de l'activité de
   production dans les territoires fragiles, en particulier dans les zones
   herbagères et de montagnes ;

   * un soutien renforcé à l'agriculture de production respectueuse de
   l'environnement.

   Sur ces orientations, Michel BARNIER engage un travail national, qui
   établira les orientations françaises de la PAC de 2013 avant la fin de
   cette année. Naturellement, les parlementaires français élus au
   Parlement européen seront associés à ce travail.

   Cette modernisation de notre politique agricole devra être reprise dans
   un projet de loi de modernisation de l'agriculture et du secteur
   agro-alimentaire qui sera déposé par le gouvernement au Parlement avant
   la fin de cette année. Cette loi tracera de nouvelles perspectives pour
   l'agriculture, l'alimentation et le secteur agroalimentaire français.
   Naturellement, si l'on veut être crédible en Europe sur nos
   orientations, mieux vaut décider en France des orientations compatibles
   avec ce que nous voulons comme évolution sur le secteur européen. Donc,
   avant la fin de l'année, le gouvernement déposera un projet de loi de
   modernisation de l'agriculture et du secteur agroalimentaire en ligne
   naturellement avec les idées que nous avons portées pour défendre
   l'avenir de la politique agricole commune.

   Le bilan de santé de la PAC doit engager une sortie progressive des
   références historiques en consacrant de nouveaux moyens aux objectifs
   que je vous propose pour la PAC de 2013. Cet exercice se fera, je le
   dis au ministre, en renonçant aux économies prévues dans le budget 2010
   du ministère de l'Agriculture et de la Pêche pour financer la PAC. Les
   conditions économiques de l'agriculture en effet se sont profondément
   modifiées depuis et justifient cet effort exceptionnel.

   Je vous demande trois choses :

   * la mise en place dès 2010 d'un soutien économique renforcé pour
   l'élevage situé en zones herbagères,

   * une gestion renforcée des risques climatiques et sanitaires,

   * une revalorisation de l'indemnité compensatoire de handicap naturel,
   pour soutenir notamment l'agriculture située en zone de montagne. C'est
   extrêmement important qu'en zone de montagne, on garde des capacités de
   production.

   Michel BARNIER présentera, le 23 février prochain, les orientations
   détaillées du bilan de santé de la PAC qui s'appliqueront dès 2010.

   Mesdames et Messieurs, vous le voyez, venir dans le Maine-et-Loire,
   cela m'a permis de prendre l'air, de changer d'interlocuteurs et
   surtout de renouveler le lien charnel que la France a avec son
   agriculture et avec sa terre. Le mot " terre " a une signification
   française et j'ai été élu pour défendre l'identité nationale française.
   Et dans cette identité nationale française, il y a le rapport des
   Français avec la terre. Toutes les familles de France ont des
   grands-parents, des parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé
   la terre. L'agriculture a façonné nos paysages. L'agriculture a donné à
   notre pays une partie de son âme. C'est avec ces convictions à l'esprit
   que nous allons ensemble oeuvrer à la défense et à la promotion de
   l'agriculture française.

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