     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog

   Retour

Discours politique

Nicolas Sarkozy, 64e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945 (08/05/2009)

   Monsieur le Premier ministre,

   Monsieur le Président du Sénat,

   Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

   Messieurs les Ministres,

   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

   Monsieur le Président du conseil régional,

   Monsieur le Président du conseil général,

   Monsieur le Maire de Sainte-Maxime,

   Mesdames et Messieurs les élus,

   Nous voici donc réunis en ce 8 mai pour commémorer la fin de la Seconde
   Guerre mondiale. C'est l'occasion pour chacun d'entre nous de nous
   souvenir une fois encore de ce qu'après tant de sang, tant de larmes,
   tant de douleurs, la paix nous a apporté. Pendant des siècles, le
   destin de l'Europe a été scellé par l'esprit de revanche. Pendant des
   siècles, chaque guerre préparait la suivante, le meurtre appelait le
   meurtre et la souffrance réclamait la vengeance.

   Le 8 mai nous ne célébrons pas seulement la libération de notre Patrie,
   nous ne célébrons pas seulement la victoire sur le nazisme. Le 8 mai
   nous célébrons aussi une victoire sur nous-mêmes. Ne rien oublier, mais
   ne plus haïr : voilà comment ceux qui furent grands dans la guerre
   furent plus grands encore dans la paix.

   On ne prend la mesure de cette grandeur qu'en n'oubliant pas nous-mêmes
   ce qu'ils ont enduré et ce qu'ils ont accompli en se battant au péril
   de leur vie. Nous devons haïr la guerre avec son cortège d'horreurs et
   de souffrances. Nous devons haïr la guerre qui est absurde.

   Mais nous devons rendre hommage à ceux auxquels l'engrenage fatal d'une
   folie meurtrière ne laissa pas d'autre choix que de prendre les armes
   pour défendre les plus belles valeurs humaines. Ils avaient le sens de
   l'honneur, ils étaient dignes, ils étaient courageux, ils étaient
   généreux, ils étaient fraternels, ceux de nos compatriotes qui ont fait
   leur devoir. Soldats de la France libre et de l'armée de l'ombre,
   Résistants des maquis, ce furent des héros.

   Si j'ai souhaité que cette année la commémoration du 8 mai ait lieu
   ici, à Sainte-Maxime, c'est pour rendre un hommage particulier à ces
   héros qui débarquèrent sur les plages, vos plages, ces plages le 15
   août 1944. Ce jour là, à 3 h 30 du matin les bombardements commencent.
   À 4 h 30 les parachutistes sautent sur Le Muy et l'occupent. À 5 h 30
   les quatre cents canons de deux cent cinquante navires de guerre
   ouvrent le feu sur les positions allemandes. 60 000 hommes s'apprêtent
   à se ruer entre le cap Nègre et Saint-Raphaël.

   Les troupes de débarquement sont américaines et sont françaises. Et
   parmi elles -- je veux leur rendre un hommage particulier -- il y a les
   Spahis, il y a les Tabors marocains, il y a les tirailleurs sénégalais.
   La Résistance les attend. Depuis des semaines elle prépare le jour J
   avec l'état-major allié. Son aide va être décisive.

   L'avance est rapide. Le 17 août, les Alliés ont déjà installé une tête
   de pont de soixante-dix kilomètres de long sur vingt de profondeur. Le
   28, c'est Marseille et Toulon qui se trouvent libérées.

   Deux cent cinquante mille soldats français sont engagés dans ces
   opérations. Ils formeront avec le renfort de 114 000 FFI la 1re armée
   française qui, avec de LATTRE, libérera l'Alsace et bousculera l'armée
   allemande jusqu'au Danube. À ces soldats qui se sont si bien battus, le
   général de TASSIGNY, commandant en chef de la 1re armée française, dira
   au jour de la Victoire : " Vous avez fait votre devoir et parfois plus
   que votre devoir. "

   Le débarquement de Provence ne décide pas de l'issue de la guerre, mais
   il joue un rôle absolument décisif dans la participation de la France à
   la victoire finale. Depuis Bir Hakheim et Koufra jusqu'au mont Cassin,
   une poignée de combattants dont les rangs n'ont cessé de grossir pour
   devenir une armée se sont couverts de gloire sur tous les champs de
   bataille.

   Mais c'est ici, sur les plages de Provence, que commence véritablement
   la reconquête de la France par elle-même. En Normandie ce sont les
   Alliés qui constituent la force principale. En Provence ce sont les
   troupes françaises qui fournissent l'essentiel de l'effort. Beaucoup
   d'entre elles se sont battues en Italie. Elles ont reçu les renforts de
   la division d'infanterie coloniale et de deux divisions blindées.

   Les troupes coloniales montrent un courage admirable. Tout le temps
   qu'ils participeront à l'épopée de la 1re armée, ces hommes se battront
   pour la France comme s'ils se battaient pour leur mère Patrie. Ils ne
   seront économes ni de leur peine ni de leur sang. La France n'oubliera
   jamais leur sacrifice.

   Elle n'oubliera jamais, la France, les soldats américains tombés à
   leurs côtés sur ces plages. Et nous célébrerons le 6 juin leur souvenir
   avec la visite du président OBAMA en France.

   La France n'oubliera jamais les soldats alliés couchés sur la terre de
   Normandie.

   La France n'oubliera jamais ses enfants morts pour racheter le
   déshonneur de la défaite, pour racheter la honte de la collaboration et
   pour racheter l'humiliation de la servitude. Ils se battaient pour qu'à
   leur tour leurs enfants, nous-mêmes, n'aient pas à rougir de ce
   qu'auraient accompli leurs pères. Ils se battaient pour leur
   transmettre cette fierté d'être Français que pendant quatre ans la
   France à leurs yeux avait perdue.

   Pour eux, ces combattants, la vraie France ne pouvait être ailleurs que
   dans le coeur de ceux qui avaient choisi de se battre pour elle parce
   que l'idée de l'abaissement de la France leur était absolument
   insupportable.

   En débarquant sur ces plages sous le feu meurtrier de l'ennemi, en
   incorporant dans leur rang, au fur et à mesure de leur progression, les
   Forces françaises de l'intérieur, en rétablissant partout l'autorité de
   l'État et la souveraineté de la Nation, nos compatriotes étaient
   davantage que des soldats victorieux : ils étaient la France, la France
   qui rentrait chez elle, la France qui retrouvait son honneur et la
   France qui retrouvait son unité.

   Avec le premier soldat français qui met le pied sur le sol provençal,
   avec le premier char de LECLERC qui entre dans Paris, avec le premier
   Résistant qui vient se battre au grand jour au côté des Français
   libres, la France redevient la France.

   Mes chers compatriotes, nous devons apprendre à nos enfants à ne pas
   être prisonniers du passé. Mais nous devons aussi apprendre à nos
   enfants à être fiers de leur pays, à être fiers de la France, de ce que
   les générations qui les ont précédés ont accompli de grand, ont
   accompli de noble, ont accompli de beau.

   Nous devons leur montrer l'exemple de ces jeunes Français qui se sont
   sacrifiés à une cause qui leur semblait plus grande que leur propre
   vie. Et c'est grâce à tous ces martyrs qu'aujourd'hui nous sommes un
   peuple libre. Nous ne pouvons pas oublier ce sacrifice et ce que nous
   leur devons.

   Je veux rendre hommage aux vétérans de cette guerre atroce qui à un
   moment tragique de notre histoire ont eu la force et ont eu le courage
   de dire " non ". Je veux leur dire que ce qu'ils ont fait ne doit pas
   seulement relever de l'Histoire. Ce qu'ils ont fait doit continuer de
   faire partie de la mémoire vivante de notre pays.

   La France libre, la Résistance, c'est une partie de notre identité
   nationale. C'est l'expression la plus haute et la plus compréhensible
   de nos valeurs. Ne plus haïr, mais ne rien oublier... pour, demain, "
   ne pas subir ".

   Vive la République, vive la France !

   Haut de page
