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Discours politique

François Fillon, François Fillon au colloque "Europe et Identités nationales"
(11/05/2009)

   Monsieur le Président du Gouvernement, cher Borut PAHOR,

   Mesdames et Messieurs les ministres,

   Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

   Mesdames et Messieurs,

   cette visite que j’ai l’honneur d’effectuer en Slovénie est placée sous
   le signe de l’histoire.

   Celle du passé que nous commémorons, ici aujourd’hui et celle de
   l’avenir, que nous avons contribué à construire ensemble ce matin.

   C’est la première visite d’un chef de gouvernement français depuis
   votre indépendance en 1991.

   Elle intervient dans le prolongement d’une période de relations très
   intenses entre nos deux pays, à l’occasion des présidences successives
   de l’Union européenne et elle est l’occasion pour moi de marquer la
   participation de la France au bicentenaire des provinces illyriennes.

   La France et la Slovénie se sont découvertes à une époque troublée, à
   une époque traversée par des mutations et par les promesses d’un monde
   nouveau.

   Comment ne pas y voir quelques analogies avec les transformations
   contemporaines.

   Avec cependant une différence de taille, si nous vivons bien une
   transition tourmentée, cette évolution s’effectue dans une Europe qui
   est désormais pacifiée, qui est solidaire et qui est unifiée.

   Il y a deux siècles, l’Europe était bouleversée par les conséquences de
   la Révolution et par les guerres qui s’en suivirent.

   L’épopée napoléonienne diffusait sur l’ensemble de notre continent les
   principes des lumières et des droits de l’homme qui fondent la devise
   de la République française : la liberté, l’égalité, la fraternité
   venaient bousculer l’ordre ancien.

   Ce mouvement des idées a, incontestablement accéléré le réveil des
   peuples et des identités nationales, en Pologne, en Allemagne, en
   Italie et naturellement en Slovénie avec la création des provinces
   illyriennes.

   Cette création marque donc l’acte de naissance de l’amitié entre nos
   deux pays et elle témoigne des confluences de notre héritage
   historique.

   Bernadotte et Charles Nodier à Ljubljana, Bonaparte dans la vallée de
   la Soca, le traité de Schönbrunn après la bataille de Wagram.

   Les gouverneurs généraux Marmont, Bertrand, Junot, Foucher, tous ces
   noms nous rappellent une époque fondatrice.

   Cette époque où les provinces illyriennes rassemblaient les provinces
   autrichiennes, aujourd’hui slovènes, de Carniole, de Gorica, d’Istrie,
   une partie de la Carinthie.

   Mais aussi la Croatie, toute la côte adriatique de Trieste au
   Monténégro.

   Tous ces épisodes, tous ces noms sont constitutifs, pour vous comme
   pour nous d’une identité.

   Une identité dont vous avez raison d’être fiers.

   Une identité qui naturellement a sa part d’ombre, parce que l’empire
   napoléonien a provoqué des blessures, mais aussi sa part de lumière.

   Le code civil, l’université de Ljubljana, les lycées publics.

   La reconnaissance de la langue slovène, l’abolition des privilèges et
   du servage, l’égalité devant l’impôt.

   A travers cette histoire que nous commémorons, la France et la Slovénie
   ont tissé une relation étroite, qui n’a cessé de s’approfondir avec le
   temps.

   La France est un investisseur important en Slovénie.

   Nos relations scientifiques et universitaires sont excellentes, je
   crois que l’on peut dire qu’il existe une réelle confiance politique
   entre nous – comme l’a démontré le succès de la transition entre nos
   deux présidences européennes.

   Nous sommes fondamentalement attachés aux mêmes idéaux, l’idéal de la
   démocratie qui vous a donné le courage de vous battre pour
   l’indépendance.

   L’idéal de la diversité culturelle et linguistique que nous essayons de
   promouvoir dans l’Europe et dans le monde.

   L’idéal de la construction européenne, ce projet sans égal qui consacre
   l’espoir de progrès de tout un continent après des siècles de
   déchirement.

   C’est sur la base de cette connaissance mutuelle et c’est sur la base
   de cette entente historique entre nos deux pays, que j’ai proposé à mon
   homologue d’entrer dans un partenariat stratégique avec la France.

   Ce partenariat stratégique, si vous en décidez ainsi, portera notamment
   sur la systématisation du dialogue politique sur les questions
   européennes.

   Nous voulons développer des initiatives communes sur l’énergie, sur
   l’environnement, sur les transports, sur la recherche scientifique.

   Il faut que nous poursuivions cette coopération si fructueuse qui nous
   avait rassemblé l’année dernière au sein d’une Europe plus unie et plus
   forte.

   Nous devons promouvoir une Europe efficace, une Europe qui ne nie pas
   les identités nationales, mais qui au contraire leur permet de
   s’épanouir autrement que dans le repli ou dans le conflit.

   Depuis les années 1990, certains avaient pensé que la mondialisation
   allait tout effacer.

   Que la mondialisation allait tout éroder, que la mondialisation allait
   tout aplanir sur son passage.

   On a cru que les cultures nationales ou locales ne feraient pas le
   poids, face à l’uniformisation, face à ce qu’on pourrait appeler la «
   novland » des affaires.

   Et pourtant, il n’en a rien été, les cultures les plus assumées et les
   plus ouvertes ont profité aux autres pour se raffermir, pour se
   renouveler et pour s’enrichir.

   Une Europe qui prolonge les identités nationales pour faire émerger une
   identité européenne partagée, voilà le projet commun que nous
   poursuivons ensemble.

   Je crois que nous avons tous les atouts pour faire de l’Europe un grand
   acteur de la mondialisation : nos richesses, notre monnaie commune, nos
   entreprises, nos chercheurs, nos technologies, nos salariés qualifiés,
   notre indépendance alimentaire, nos ressources naturelles – nos valeurs
   démocratiques au premier rang de ces atouts.

   Oui, je crois que l’Europe a le potentiel pour tenir son rang, pour
   assurer sa prospérité et pour défendre ses intérêts dans le monde.

   Pourquoi ne pas imaginer que le XXIème siècle, puisse être un siècle
   européen, comme le XVIIIème a été un siècle français.

   Comme le XIXème a été un siècle britannique, et comme sans doute, on
   peut dire que le XXème a été un siècle américain ? Mais pour y parvenir
   il faut une volonté politique.

   Pendant des années, l’Europe s’est épuisée dans des querelles
   institutionnelles.

   Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se prononcer pour une Europe
   fédérale, pour une Europe confédérale, pour une Europe souverainiste.

   Je pense que ce débat institutionnel est derrière nous.

   Avec le traité de Lisbonne, nous avons trouvé la voie de l’efficacité
   et maintenant ce qui compte c’est de travailler ensemble à sa mise en
   œuvre.

   Il en va du bon fonctionnement de l’Union européenne, mais il en va
   aussi de la poursuite de l’élargissement vers les pays des Balkans
   occidentaux.

   Après la très bonne nouvelle qu’a été la semaine dernière, la
   ratification du traité de Lisbonne par le Sénat tchèque, nous faisons
   confiance au peuple irlandais pour permettre au traité d’entrer en
   vigueur au début de l’année prochaine.

   J’ai parlé à l’instant de l’Europe politique.

   Je crois que pendant très longtemps, beaucoup ont douté que cette
   Europe politique fût possible.

   Et pourtant, en 2008, les présidences slovènes et françaises ont offert
   la vision d’une Europe qui prend ses responsabilités et qui agit.

   L’Europe ainsi a évité le désastre financier en stoppant les faillites
   bancaires en chaîne qui auraient pu la plonger dans une dépression
   pire, qui aurait pu d’ailleurs plonger le monde entier dans une
   dépression pire que celle de 1929.

   Il faut reconnaître les choses, c’est l’Europe qui a pris les
   initiatives les plus efficaces et les plus pertinentes pour stopper la
   crise financière.

   L’Europe a fait entendre sa voix dans la réorganisation et la
   moralisation du système financier international.

   Certes le combat n’est pas encore gagné d’avance, il faut continuer à
   le mener.

   Mais c’est très significatif que ce soit l’Europe qui le conduise.

   Au fond, l’Europe est capable de faire la synthèse des différents
   systèmes qui ont été utilisés pour en tirer le meilleur parti.

   C’est l’Europe qui a élaboré la législation la plus ambitieuse au monde
   en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

   Et c’est cette législation qui va nous permettre maintenant de faire
   pression sur les Etats-Unis pour déboucher, nous l’espérons à la fin de
   l’année 2009 sur un accord très ambitieux à la conférence de
   Copenhague.

   C’est l’Europe aussi qui a été au centre des négociations pour arrêter
   la guerre entre la Géorgie et la Russie.

   Franchement, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu l’Europe à
   cette place là, au premier rang pour jouer le rôle qui doit être le
   sien dans le monde.

   Eh bien, cette Europe qui s’affirme, il faut la porter et il faut
   l’incarner.

   Cette Europe, elle a besoin d’être entraînée par des nations décidées
   et ce qui compte, s’agissant de l’entraînement de l’Europe, ce n’est
   pas la taille des nations qui la conduisent – et je le faisais
   remarquer avec le succès de la présidence slovène, c’est la
   détermination de ces nations.

   Au fond, il y a celles qui pensent que l’Europe doit jouer un rôle
   politique, prendre des initiatives, prendre des risques, prendre des
   décisions.

   Et puis il y a ceux qui pensent que l’Europe doit se contenter de
   poursuivre, inlassablement les mêmes politiques, les mêmes non
   décisions, les mêmes compromis.

   L’Europe a besoin d’institutions équilibrées et robustes pour jouer ce
   rôle politique.

   Elle a besoin d’un Conseil européen où les décisions sont clairement
   assumées et pas d’un Conseil européen qui se met d’accord sur des
   communiqués de 40 pages, dans lesquelles chacun croit pouvoir trouver
   la satisfaction de ses demandes.

   Il faut un Parlement qui soit un Parlement respecté et influent – parce
   que l’Europe c’est d’abord le respect des valeurs démocratiques et
   c’est la raison pour laquelle l’élection au Parlement européen, dans
   quelques semaines est si importante pour l’avenir de notre continent.

   Et puis il faut une Commission forte qui avance des propositions, qui
   imagine des solutions et qui propose des compromis.

   Alors bien sûr le défi le plus pressant pour notre Europe, c’est celui
   de la crise économique.

   Je crois que l’Europe a beaucoup fait pour la stabilité financière,
   elle n’a pas fait assez encore pour la réponse à la crise économique.

   Et je ne veux pas qu’on me dise que l’Europe n’en a pas les moyens.

   L’Europe coordonne de vastes plans de recherche et de développement.

   L’Europe a tous les pouvoirs en matière commerciale, l’Europe est une
   grande puissance de normalisation industrielle.

   Et on a vu que quand cette normalisation industrielle était mise au
   service d’une stratégie industrielle comme cela a été le cas avec la
   première générale de téléphones mobiles, cela donne une domination des
   marchés mondiaux par les entreprises européennes.

   L’Europe peut, grâce à ses directives engager une action cohérente des
   états-membres dans la plupart des aspects de la vie économique.

   Et enfin l’Europe est garante de la « soutenabilité » des finances
   publiques des Etats membres.

   Dans l’épreuve actuelle, l’Union européenne doit utiliser tous ses
   moyens pour bâtir une stratégie économique qui permette aux Etats
   membres de sortir au plus vite de la crise.

   Cette stratégie de sortie de crise qui devrait réviser la révision de
   la stratégie de Lisbonne devra répondre aux questions suivantes :
   comment encourager de façon efficace la recherche et le développement
   en Europe ? Comment renforcer au niveau européen les secteurs qui
   seront demain les secteurs porteurs de croissance : la mobilité, la
   croissance verte, toutes les questions liées aux énergies, les
   biotechnologies.

   Je veux faire remarquer que beaucoup des succès industriels de l’Europe
   ne sont pas seulement aujourd’hui des créations du marché.

   Ce sont aussi le fruit de décisions politiques qui ont été prises pour
   promouvoir des secteurs d’excellence, comme l’aéronautique, comme
   l’espace, comme le secteur énergétique.

   Comment tirer les leçons de la crise financière pour assurer le
   financement stable du marché intérieur ? Comment s’assurer, je sais
   Monsieur le Président du Gouvernement que nous partageons la même
   préoccupation : comment s’assurer que le poids de la dette publique due
   aux déficits cumulés dans les Etats membres ne va pas compromettre la
   croissance de demain ? Comment renforcer la dimension externe de la
   stratégie de Lisbonne en luttant mieux contre le protectionnisme ? En
   promouvant dans le monde les normes européennes, en protégeant mieux
   nos droits de propriété intellectuelle.

   Je pense que la réalisation de cette stratégie économique européenne
   est urgente.

   Mesdames et Messieurs, pour être plus forts, pour être plus solidaires
   encore, l’Europe ne doit pas être une ambition désincarnée.

   Nous ne sommes pas en train de gérer une aventure administrative.

   Nous sommes en train de bâtir une aventure humaine et peut-être la plus
   belle des aventures humaines qui ait été imaginée.

   L’Europe c’est d’abord une communauté de valeurs, l’humanisme, l’état
   de droit, le respect de l’individu, le souci des minorités, la
   solidarité et la considération accordées à la force du savoir et aux
   transmissions familiales et spirituelles.

   L’économie de marché au service du progrès social, voilà notre
   héritage, voir les bases sur lesquelles nous construisons cette
   aventure humaine.

   Et au cœur de cet héritage, comment ne pas évoquer une fois encore,
   ici, dans ce lieu, la culture qui est le ferment de notre civilisation.

   Nous sommes les détenteurs d’un patrimoine exceptionnel, parler de
   l’Europe, ce n’est pas seulement parler de marché, parler d’économie,
   parler de droits de douanes, parler de règlements communautaires –
   c’est évoquer des noms qui sont familiers à tous les Européens, Rubens,
   Picasso, Bach, Schoenberg, Haendel, Shakespeare, Hugo, Cervantès,
   Goethe et vous me permettrez de terminer par le grand auteur slovène,
   Yvan CANKAR.

   Nous sommes, nous, européens dans la lumière de ce rayonnement
   culturel.

   Notre histoire commune, nos valeurs, notre culture, notre volonté de
   doter l’Europe d’une ambition politique, tout ceci doit contribuer à
   faire émerger une véritable identité européenne.

   Bien sûr, je suis conscient que beaucoup de nos concitoyens voient
   encore l’Union européenne comme une affaire lointaine.

   L’identité européenne pour émerger implique un héritage culturel,
   implique un projet politique, implique aussi des frontières.

   Ces frontières ne sont nullement synonymes de fermeture ou d’exclusion.

   Mais je veux dire que les élargissements successifs ont permis la
   réunification du continent européen, au Sud, après des décennies de
   dictature, à l’Est après cinquante ans d’une douloureuse séparation.

   L’élargissement de 2004 qui a vu l’adhésion de la Slovénie et dont nous
   venons de célébrer le cinquième anniversaire est un succès éclatant.

   Eh bien demain les peuples des Balkans émancipés et pacifiés doivent
   rejoindre, eux aussi la famille européenne.

   Parce que comme vous, ils savent le prix de la liberté, ils savent la
   valeur des droits individuels fondamentaux.

   Comme vous, ils ont leur place parmi nous et dans cet esprit, je veux
   le répéter des frontières stables à l’Europe sont nécessaires pour
   faire émerger une conscience européenne.

   C’est la raison pour laquelle l’élargissement sans fin de l’Union
   européenne ne peut pas être un objectif en soi.

   Mesdames et Messieurs, l’Europe se construit avec des actes, le 7 juin
   vont avoir lieu les élections au Parlement européen.

   Les citoyens, dans tous les Etats membres vont avoir la parole.

   Le Parlement européen qui représente les peuples est associé aux
   décisions du Conseil européen sur un nombre croissant de sujets qui
   touchent pour l’essentiel d’entre eux à la vie quotidienne de chacun
   d’entre nous.

   Je veux que tous les citoyens européens comprennent qu’il est
   absolument indispensable de se mobiliser pour ce rendez-vous
   démocratique qui doit être le succès de l’Union européenne.

   Nous devons porter avec fierté, nos convictions européennes, l’amitié
   qui lie nos deux nations depuis deux cents ans n’est pas seulement le
   témoignage d’un passé commun, elle constitue aussi une force, une force
   pour aller de l’avant.

   Une force pour aller vers l’avenir qui nous attend.

   Permettez moi à mon tour de dire : vive la Slovénie, vie la France et
   vive l’Europe.

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