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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Allocution à l’occasion de l’inauguration de la base
interarmées française (26/05/2009)

   Mesdames et Messieurs les Ministres,

   Mesdames et Messieurs,

   C'est un très grand honneur pour moi de retrouver Abou Dabi pour
   poursuivre l'approfondissement du partenariat engagé entre nos deux
   pays dès le lendemain de mon élection à la Présidence de la République,
   dans le fil d'une relation déjà ancienne et confiante. Je veux saluer
   tout particulièrement la présence de Son Altesse cheikh Mohammed BIN
   ZAYED, prince héritier d'Abou Dabi, à qui je veux redire mon amitié, ma
   confiance.

   Lors de ma dernière visite, nous avons adopté une feuille de route qui
   fonde un partenariat ambitieux et rénové, un partenariat qui mérite
   pleinement d'être appelé stratégique. Il mérite d'être appelé
   stratégique non pas parce que nous avons décidé de l'appeler ainsi,
   mais parce que la somme de projets que nous mettons en oeuvre, les
   Émirats et la France, a une portée stratégique et historique. Nous
   bâtissons ensemble pour le long terme. Nous bâtissons pour l'avenir. Ce
   partenariat stratégique est unique par son ampleur.

   Qu'on en juge : en quelques mois, nous avons concrétisé notre feuille
   de route par des accords novateurs sur l'énergie nucléaire, par des
   investissements conjoints, dans le domaine militaire ou dans le champ
   si important de l'éducation et de la formation.

   Altesse, je veux vous dire que les Émirats arabes unis ne sont pas un
   pays comme les autres. Vous représentez pour la France un modèle, et la
   France est fière d'être aux côtés de votre pays dans l'accomplissement
   d'un projet, le vôtre, qui est absolument visionnaire. Ce projet, c'est
   celui d'un pays neuf, héritier d'une civilisation ancienne, moderne
   mais respectueux des traditions, dynamique mais soucieux de stabilité,
   fier de son identité nationale mais ouvert aux autres cultures. Ici,
   aux Émirats, grâce à vous, Altesse, tradition et modernité se
   rejoignent sans conflit, dans l'harmonie.

   En l'espace d'une génération, les Émirats arabes unis sont devenus un
   laboratoire de la mondialisation. Je suis fier d'avoir posé la première
   pierre des deux projets d'université Sorbonne-Abou Dabi et de musée du
   Louvre-Abou Dabi. Ces deux projets créent des ponts entre nos peuples.
   Un pays qui investit dans son histoire et dans sa culture, un pays qui
   investit dans l'éducation et la formation, c'est un pays qui peut
   croire en l'avenir.

   Autre chantier novateur, celui du nucléaire. L'énergie nucléaire civile
   est l'énergie de l'avenir et, Altesse, cette énergie n'a pas vocation à
   être la possession exclusive des seuls pays occidentaux. Avec nos
   partenaires dans le monde arabe et, au premier chef, les Émirats arabes
   unis, j'ai souhaité développer les bases d'une coopération exemplaire,
   dans la transparence, dans le respect de la légalité internationale et,
   bien sûr, des règles de non-prolifération parce que les États
   pétroliers eux aussi doivent se préparer à l'après-pétrole mais aussi
   parce que le recours à l'énergie nucléaire contribue à la limitation
   des émissions de gaz à effet de serre.

   Les Émirats arabes unis, qui viennent de lancer le projet exemplaire de
   " ville zéro carbone " à Masdar, sont plus que d'autres soucieux de la
   protection de l'environnement. C'est un exemple extraordinaire pour le
   monde qu'un pays pétrolier participe à l'effort collectif mondial de
   développement durable. Je veux rendre hommage à cette vision d'un
   nouveau développement urbain, celui de l'après-Kyoto. C'est cette
   vision que je souhaite aussi mettre en oeuvre avec le projet du Grand
   Paris, en transformant notre manière de penser la vie dans une grande
   métropole.

   C'est bien cette vision de long terme si spécifique aux Émirats arabes
   unis qui fonde notre relation. Doté de richesses considérables, votre
   pays, Altesse, pourrait se contenter de vivre confortablement. Au
   contraire, vous faites les choix clairvoyants dans tous les domaines.

   Je suis en particulier très heureux que le fonds Mubadala ait pu
   conclure un accord de partenariat avec le fonds stratégique
   d'investissement que nous avons créé en France. Les investissements
   émiriens, les fonds souverains émiriens sont les bienvenus en France.
   Ils gardent, dans une période difficile, la capacité de se projeter
   dans le long terme. Nous sommes heureux de pouvoir construire, avec les
   fonds émiriens, une vision partagée, dans des domaines essentiels comme
   la santé, les biotechnologies et le développement durable. C'est la
   première fois que le fonds souverain français travaillera avec les
   fonds souverains émiriens.

   J'en tire deux constats. D'abord que la mondialisation n'est pas
   réservée aux grandes puissances. Chacun peut y apporter sa
   contribution. Les autorités émiriennes en donnent chaque jour la preuve
   en nous appelant à de nouveaux partenariats. Le deuxième constat, c'est
   que nous sommes ainsi invités à réfléchir sur des idées et des
   coopérations nouvelles. Il nous faut imaginer de nouveaux outils. Nous
   devons être au rendez-vous de l'avenir. Les propositions de nos amis
   émiriens ont parfois fait -- utilement - débat en France. Nous nous
   enrichissons mutuellement de ces réflexions et de ces partenariats de
   long terme.

   Un sujet de coopération évident entre nous est l'énergie. Les Émirats
   arabes unis ont déjà montré à quel point ils jouent un rôle
   d'avant-garde dans ce domaine avec leur politique d'efficacité
   énergétique, de développement durable et de diversification.

   Il nous faut maintenant travailler ensemble pour lutter contre la
   volatilité des prix du pétrole. La volatilité des prix du pétrole ne
   fait l'affaire de personne, ni des producteurs ni des consommateurs.
   Voilà un sujet sur lequel la France et les Émirats doivent prendre
   rapidement des initiatives communes.

   Nous avons tous besoin d'une meilleure visibilité des prix de
   l'énergie. Je le dis en prenant mes responsabilités : des prix de
   l'énergie trop élevés déstabilisent gravement l'économie mondiale. Mais
   des prix trop bas sont porteurs de chocs futurs. En ne rémunérant pas
   suffisamment l'investissement, ils risquent de le paralyser et de
   susciter un nouveau choc pétrolier dans les années qui viennent. Ils
   risquent de nous donner l'illusion d'une fausse sécurité énergétique et
   de nous détourner de l'objectif essentiel des économies d'énergie. La
   stabilité des prix du pétrole est une condition des investissements de
   demain. Nous devons donner un contenu concret au dialogue entre pays
   producteurs et consommateurs, pour éviter à l'avenir les mouvements
   erratiques de 2008.

   Il faut passer d'une logique producteurs-clients à une logique
   d'interdépendance. Nous devons discuter ensemble des perspectives
   offre-demande à moyen et long termes. Nous devons (je n'hésite pas à le
   dire) parler du niveau souhaitable des prix de l'énergie et notamment
   du pétrole. Pourquoi ne pas se mettre d'accord, entre pays producteurs
   et consommateurs, sur une orientation de prix générale à donner au
   marché, je dirais même, Altesse, sur une fourchette de prix qui
   assurerait la pérennité des investissements mais n'accablerait pas les
   économies consommatrices ?

   La lutte contre la spéculation est essentielle et la France vient de
   faire des propositions au sein du G8, qu'elle souhaite approfondir avec
   les Émirats arabes unis, pour exiger une meilleure surveillance et la
   transparence des marchés dérivés de matières premières.

   Il y a dans notre dialogue, pour reprendre un mot très en vogue, un
   aspect interactif qui lui confère son caractère exemplaire. Je le dis
   comme je le pense, ce serait un mauvais calcul de se satisfaire de prix
   du pétrole artificiellement bas. Et ce n'est pas être pour un dialogue
   confiant que de demander la baisse des prix quand le pétrole est haut
   et de ne pas plaider pour la stabilité des prix quand le pétrole est
   bas. Altesse, je souhaite que le pays producteur de pétrole que vous
   représentez et la France, nous puissions faire au monde des
   propositions pour la stabilité du prix de l'énergie. Alors, il est
   normal, dans ces conditions, que ce soit avec les Émirats arabes unis
   que nous ouvrions des pages nouvelles, y compris dans le domaine
   militaire.

   Nous avons inauguré ce matin l'implantation militaire française
   permanente à Abou Dabi. Cette base répond à une demande, celle que
   m'ont exprimée les autorités émiriennes dès mon arrivée à l'Élysée.
   Elle est la traduction sur le terrain de la confiance qui lie les
   Émirats arabes unis et la France depuis la signature de notre premier
   accord de défense en 1995. Un nouvel accord de défense, signé ce jour,
   va encore plus loin dans l'engagement entre nos deux pays alliés. Il
   est prévu que nous décidions en commun de réponses spécifiques et
   adaptées, y compris militaires, lorsque la sécurité, la souveraineté,
   l'intégrité territoriale et l'indépendance des Émirats arabes unis sont
   affectées.

   L'implantation militaire française permanente d'Abou Dabi illustre les
   responsabilités que la France, puissance globale, entend assumer aux
   côtés de ses partenaires privilégiés, dans une région absolument
   névralgique pour le monde entier. Ce ne sont pas, en la matière, les
   seuls intérêts nationaux de la France qui sont en cause. C'est la
   contribution de la France aux équilibres mondiaux, une vocation dont la
   France doit se sentir investie. La France s'engage dans la réalisation
   de cette implantation militaire, fondatrice d'une ère nouvelle pour ses
   relations de partenariat non seulement avec les Émirats arabes unis
   mais avec l'ensemble de ses partenaires au Moyen-Orient.

   Cette implantation militaire regroupera des composantes navales,
   aériennes et terrestres de l'armée française, et réunira rapidement
   cinq cents hommes. Elle est le témoignage concret et fort de notre
   souhait de nous tenir, quoi qu'il advienne, aux côtés des Émirats
   arabes unis. Élément essentiel de notre relation globale, cette
   implantation militaire prolonge et complète une coopération militaire
   déjà ancienne, renforcée au fil des ans à la faveur d'exercices
   militaires communs ou de contacts privilégiés entre officiers et
   responsables français et émiriens, ou encore, naturellement, par le
   fait que nos armées sont équipées de systèmes d'armes communs.

   Alors, bien sûr, on va me demander pourquoi nous nous engageons
   maintenant dans une région sensible puisqu'elle concentre bien des
   problématiques politiques, énergétiques et de sécurité de portée
   mondiale ? Précisément, où devons-nous nous manifester si ce n'est dans
   une région telle que celle-ci ? Devrions-nous censurer nos amitiés ?
   Cette présence militaire permanente de la France ne vise personne. Elle
   n'a pas été décidée au nom de telle ou telle circonstance. Elle traduit
   simplement l'engagement de la France, dans le long terme, aux côtés de
   ses amis, aux côtés des Émirats, s'il devait leur arriver quoi que ce
   soit, nous serions à leurs côtés. C'est à cela que l'on reconnaît les
   amis. Ici, nous faisons un partenariat de long terme et pas un
   partenariat de circonstance.

   Pour le reste, tout le monde sait que la France cherche partout à faire
   prévaloir des solutions pacifiques, diplomatiques, des solutions
   négociées, dans l'attachement au droit international. La France,
   au-delà du renforcement de ses relations de coopération avec les autres
   pays du Golfe, entend favoriser par sa présence la stabilité de la
   région et de cet espace maritime essentiel pour le monde entier, au
   bénéfice des pays riverains. C'est la raison pour laquelle cette base
   maritime a été nommée, en toute logique, la " Base de la paix ".

   D'autres s'interrogent sur le fait de savoir si cette présence nouvelle
   à Abou Dabi ne serait pas synonyme de désengagement pour la France.
   J'ai même entendu dire que cette base d'Abou Dabi serait le prélude à
   un retrait de Djibouti. Je veux le dire sans ambiguïté : il n'en est
   rien. Elle se veut le témoignage du dynamisme de la France et une
   illustration de la capacité de la France à s'adapter aux défis du monde
   contemporain, à la mondialisation, à la diversification croissante de
   nos partenaires politiques, économiques, stratégiques, militaires,
   voire culturels, au-delà de l'Europe, de l'Atlantique ou des pays issus
   de notre ancienne zone d'influence traditionnelle. La France a bien
   vocation à être présente à la fois à Djibouti et à Abou Dabi. Le
   message de la France en faveur de la paix et de la stabilité est
   universel. Les deux implantations d'Abou Dabi et de Djibouti ne sont
   pas concurrentes mais complémentaires. Elles facilitent d'ailleurs à
   l'heure actuelle la présence de la marine française dans l'océan
   Indien, aux côtés de ses alliés, dans le cadre des efforts menés par la
   communauté internationale contre la piraterie dont le développement est
   un scandale.

   Enfin, je voudrais dire qu'à Abou Dabi, dans cette avant-garde de la
   modernité, au coeur des échanges mondiaux, la présence de la France
   dans tant de domaines est un atout et c'est une chance pour notre pays
   : elle nous offre la possibilité de montrer au monde ce dont la France
   est capable en matière militaire, technologique, économique, culturel,
   universitaire, scientifique et énergétique.

   Nous voulons, avec les Émirats arabes unis, ouverts sur le monde et
   pionniers de la modernité, adresser à tous les peuples de la terre le
   message de paix, de tolérance et de coexistence que la France a
   toujours promu.Ces valeurs nous rapprochent, Altesse, Émiriens et
   Français : l'amour de la paix, le respect de l'autre, la volonté de
   placer l'Homme au coeur de toute action, le développement durable. Et
   ce sont bien ces valeurs que nous voulons, ensemble, porter : le choix
   de la justice, le choix du dialogue, le rejet de l'arrogance, le rejet
   de la surenchère nationaliste, de l'acceptation de concessions
   difficiles lorsque cela est nécessaire, l'amour de la transparence.

   Bref, pour vous Émiriens, comme pour nous Français, le choix de la
   paix, aussi difficile soit-il, est plus que jamais nécessaire. Accepter
   des compromis pour faire la paix n'est pas renoncer à son honneur et à
   sa dignité. Cette vérité simple n'est pas seulement valable sur les
   rives du Rhin. Elle est aussi une vérité sur celles de la Méditerranée,
   du Jourdain, de l'Euphrate ou du Golfe. Salam, " la paix " dans votre
   belle langue arabe : cette présence militaire permanente porte bien
   notre message dans une région qui aspire à la stabilité et à la
   prospérité pour tous ses peuples.

   Vous l'avez compris, la France et les Émirats sont amis, amis pour
   longtemps. La France respecte les Émirats et, Altesse, votre présence
   était, pour la délégation que je conduis, un honneur. Soyez assuré que
   pour la France, être ici à Abou Dabi, c'est une fierté. Jamais nos
   relations n'ont été à un tel point de confiance, d'amitié. Ensemble,
   nous avons beaucoup de travail à faire. C'est cela aussi la
   mondialisation : les Émirats et la France, ensemble pour la paix du
   monde.

   Je vous remercie.

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