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Discours politique

Martine Aubry, Martine Aubry : La France qu'on aime (02/12/2009)

   Chers amis,

   Vous venez de voir et d'entendre, dans ce film, des Français parler de
   la France qu'ils aiment, des valeurs qu'ils portent, et de la société
   dont ils rêvent.

   Ils sont venus dans ce Tour de France organisé par le Parti Socialiste
   pour parler de l'identité de la France avec ceux qui la font vivre, qui
   la construisent et qui la transforment.

   A chaque fois, des centaines de nos compatriotes ont pris le temps de
   venir réfléchir librement avec nous, et je les en remercie. Ils se sont
   souvent dépêchés de rentrer du travail. Ils ont renoncé à une soirée en
   famille. Pour parler de l'essentiel, de ce qui nous réunit. Des paroles
   fortes et souvent émouvantes.

   Bien sûr, j'ai entendu la souffrance, le mal-être, le désarroi dans une
   société qui marche sur la ête. Mais j'ai ressenti aussi l'énergie de
   celles et de ceux qui créent, qui produisent, qui sont généreux et
   solidaires, et qui ont l'enthousiasme des bâtisseurs d'avenir.

   Ils nous ont parlé de la France qu'ils aiment et dont ils sont fiers.
   Et ce dont ils parlaient d'abord avec force, ce sont des grands
   principes qui fondent notre République: la liberté, l'égalité, la
   fraternité, et beaucoup ont ajouté la laïcité. Ils nous ont dit leur
   attachement à ces valeurs comme leur inquiétude de les voir abîmées.

   Je le dis ici avec solennité et même gravité: l'identité de la France
   est un joyau trop précieux pour être soumis aux aléas des joutes
   électorales et aux vivats d'une propagande gouvernementale.

   L'identité de la France, ce n'est pas la droite, ce n'est pas la
   gauche, c'est bien plus, c'est la République. Comme idée, la République
   a plus de deux siècles! Comme régime, plus de cent ans! Comme promesse
   intégralement tenue, elle est encore à parfaire!

   Liberté, égalité, fraternité, laïcité, changer les mots en actes, voilà
   le grand défi. Je le dis avec la force puisée dans les rencontres avec
   ces milliers d'hommes et de femmes d'Angoulême à la Seyne-sur-Mer, de
   Tourcoing à Auch, de Grenoble à Nancy en passant par Cachan et
   aujourd'hui Rennes.

   Voilà la France qu'on aime, celle que j'aime et dont je veux vous
   parler. La France qui ne doute pas de son identité. La France qui
   s'inquiète du recul de sa démocratie, de son modèle social et de son
   vivre ensemble. La France qui aspire à une nouvelle donne pour
   l'avenir.

   Une identité républicaine

   La France bien sûr, ce sont ses territoires, ses paysages naturels si
   divers, si beaux, ses montagnes qui l'élèvent, ses mers qui la
   caressent ou la giflent, ses plaines qui la posent. Ses monuments qui
   viennent rappeler notre passé, ses universités qui indiquent le futur.
   Ses écrivains, ses artistes, ses hommes de science, qui ont fait notre
   histoire et qui éclairent notre avenir.

   La France, c'est une langue admirable, une histoire vivante, un
   patrimoine remarquable, une culture dont nous héritons et que nous
   avons le devoir d'enrichir et de transmettre.

   Mais, être français, c'est d'abord et surtout partager des valeurs,
   être un citoyen avec des droits et des devoirs, et vouloir construire
   ensemble un avenir commun .

   Oui, la France, se définit d'abord par ses valeurs. La France est un
   pays qui s'apprend plus qu'il ne s'hérite .

   La France, ce sont les Droits de l'Homme et du Citoyen , qui portent un
   message de respect et de tolérance. C'est la France de Montesquieu, de
   Diderot, de Tocqueville, la France de la Déclaration de 1789, la France
   de tous ceux qui furent les défricheurs de la liberté.

   La France, c'est l'égalité, et le modèle social qui la porte : égalité
   par l'école publique, égalité par la protection sociale, égalité par la
   redistribution. C'est un système de santé parmi les meilleurs au monde,
   une assurance-chômage pour tous, une retraite qui doit être décente. La
   France, c'est un pays où on ne doit laisser personne sur le côté de la
   route. C'est la France du programme du Conseil national de la
   Résistance qui demandait l'instauration d'une véritable démocratie
   économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités
   économiques et financières de la direction de l'économie . Une belle
   phrase à méditer aujourd'hui! Et c'est ce modèle social - héritage
   partagé - qui nous protège aujourd'hui face à la crise, ce modèle
   social avec lequel, il n'y a pas si longtemps, on nous disait qu'il
   fallait rompre.

   La France, ce sont des services publics, la puissance publique au
   service de l'intérêt général.

   La France, c'est le droit du sol, qui fait que toute personne qui naît
   et grandit en France est française . C'est une France accueillante et
   ouverte. Jules Ferry le disait avec force dans son discours d'Epinal en
   1887 : Au lieu de fermer la République, il faut l'ouvrir, l'ouvrir à
   tous les hommes de bonne volonté ! . Dans le même texte, il regrettait
   ce patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas oeuvre d'union et
   d'apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et
   d'exciter les citoyens les uns contre les autres. A plus d'un siècle de
   distance, cette phrase garde -ô combien- toute son actualité.

   La France, c'est la laïcité, qui accueille toutes les religions pourvu
   que la religion reste du domaine privé et qu'elle respecte le socle de
   nos valeurs communes . Comme disait Jaurès, à Castres en 1904
   démocratie et laïcité sont deux termes identiques . Et il ajoutait: Pas
   plus que le moine ou le prêtre ne sont admis à se substituer aux
   officiers de l'état civil dans la tenue des registres [..], pas plus
   ils ne peuvent, dans l'accomplissement du devoir social d'éducation, se
   substituer aux délégués civils de la nation, représentants de la
   démocratie laïque.. C'est au nom de cette conception de la laïcité que
   nous avons été choqués des propos du Président de la République à
   Latran selon lesquels l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé
   ou le pasteur parce que lui manquera toujours le sacrifice de sa vie .
   De même, nous considérons que la République n'a pas à demander à des
   imams d'éteindre les incendies des banlieues, comme ce fut le cas au
   moment des violences urbaines de 2005. C'est à la République d'assurer
   l'ordre, non aux religieux. C'est cela la laïcité. On voudrait
   aujourd'hui la qualifier de positive; nous le récusons, car qualifier
   la laïcité de positive, c'est déjà commencer à la disqualifier.

   La République distingue la loi et la foi, c'est pourquoi son message
   est un rempart à la guerre des religions et au choc des civilisations
   que l'internationale des intégristes souhaite déclencher.

   Mais la République protège la liberté de croyance et de conscience, et
   permet à chacun de l'exercer. Libre à chacun d'apporter sa réponse.
   Mais elle est personnelle, intime, tolérante. Elle ne saurait s'imposer
   aux autres consciences, ni se substituer à la loi des hommes.
   Préservons la laïcité, ne touchons pas à la loi de 1905 : elle n'est
   pas seulement le trésor de notre nation, elle est notre plus belle
   exportation au monde violent du 21ème siècle.

   La France, c'est l'universalisme . La France se conçoit porteuse d'une
   mission qui la dépasse en faveur des Droits de l'Homme, en faveur de la
   coopération européenne et internationale, en faveur de la justice et du
   développement partagé. S'affirmer français, c'est toujours en même
   temps se sentir européen, se sentir internationaliste.

   Etre Français, c'est en effet pour nous être européens . Il n'y a pas
   de continent où le dépassement des égoïsmes nationaux a été aussi fort.
   Ni d'autre continent où l'identité de chaque nation nourrit, enrichit,
   celle de tous les autres. Cela aussi, parce que nous aimons la France,
   nous le disons: l'Europe est notre avenir. Une Europe volontaire et
   solidaire, accueillante et innovante.

   Etre français, c'est vouloir construire ensemble notre avenir. Notre
   identité n'est pas figée et continue à se forger. Voilà pourquoi Ernest
   Renan - comment ne pas le citer ici, un breton! - écrivait à propos de
   la nation française que si elle suppose un passé; elle se résume
   pourtant dans le présent par un fait tangible: le [..] plébiscite de
   tous les jours. . Se réclamer chaque jour de sa devise et de ses
   valeurs, les faire vivre, voilà ce qu'est la France.

   C'est de cette idée simple et sublime qu'est née la République, que la
   Révolution française résonna dans toute l'Europe, en 1789 comme deux
   siècles plus tard, en 1989. Comment oublier qu'à Bucarest, la foule qui
   se souleva contre la terreur du régime de Ceaucescu entonnait la
   Marseillaise, ce même contre nous de la tyrannie qui avait soulevé
   l'armée de Valmy.

   Notre histoire

   Aimer la France, c'est accepter de regarder son histoire en face. Comme
   toutes les histoires, elle est riche. Elle a ses jours de gloire comme
   ses parts d'ombre.

   Nous sommes des citoyens responsables, pas des enfants devant des
   images d'Epinal. Cessons de nous décrire comme un pays constitué d'un
   peuple souche et rappelons nous toujours que ce qui nous unit, ce sont
   nos valeurs, celles qui nous ont permis le sursaut et le salut de notre
   pays même dans les périodes les plus difficiles.

   N'hésitons pas à dire que la France que nous aimons, c'est celle des
   ouvriers de 1848 sur les barricades de Paris, celle des Insurgés de
   1851, pas celle du coup d'Etat de Napoléon le petit ; la France de la
   Commune, pas celle des Versaillais qui l'écrasèrent; la France en
   bleu-blanc-rouge de la Rue Montorgueuil peinte par Monet, non le
   drapeau au nom duquel on réprima dans le sang les mineurs de Ricamarie;
   la France de Zola qui accuse, pas celle qui condamna Dreyfus; la France
   de Jaurès, pas de ceux qui l'ont assassiné parce qu'il refusait la
   guerre.

   La France que nous aimons, c'est celle qui a porté Léon Blum au
   pouvoir, pas celle des procureurs du procès de Riom qui lui imputaient
   je ne sais quel abaissement national à travers les 40 heures et les
   congés payés, mais qui en vérité lui reprochaient non ce qu'il avait
   fait, non ce qu'il avait dit, mais ce qu'il était.

   La France que nous aimons, c'est la France des Justes, pas celle des
   délateurs ; celle du général de Gaulle qui désobéit et ne plie pas, pas
   celle d'un maréchal de France aux ordres de l'occupant ; celle de
   l'Affiche rouge et de Manouchian qui parlait ainsi de notre triptyque :
   liberté, égalité, fraternité, ces mots qui disaient la France , de Paul
   Eluard et de Liberté j'écris ton nom , d'Aragon et de la Rose et le
   Réséda ; pas celle de Vichy, de ses lois scélérates, des rafles
   d'enfants au petit matin au Vel d'Hiv et ailleurs.

   Notre histoire a connu l'esclavage, la colonisation, l'ordre moral, le
   renoncement de 1940, la collaboration. Se souvenir de ces taches noires
   de notre mémoire, c'est d'abord être capables de mieux construire
   l'avenir. C'est nous rendre plus forts.

   Nous n'avons pas à craindre cet exercice de vérité avec nous-mêmes. Car
   nous retrouverons aussi dans notre passé l'énergie et la volonté des
   grands combats qui ont construit notre nation et façonné notre
   identité.

   Je pense à l'héritage des lumières. Montesquieu, Voltaire, Diderot,
   Rousseau nous ont dit combien les hommes sont d'abord des êtres de
   raison et comment ensemble ils sont maîtres de leur destin.

   C'est la grande leçon des philosophes du 18 ème siècle qui se sont
   élevés contre l'ordre établi pour inventer la liberté; pour penser un
   homme qui ne serait plus un sujet, mais un citoyen; pour imaginer un
   homme qui ne serait plus enfermé dans sa condition, mais qui serait
   libre de se construire; pour imaginer une société qui serait capable de
   se gouverner elle-même et de faire l'histoire; pour proposer à l'Europe
   la paix et la perspective de son unification.

   La France s'est constituée en portant au plus haut cette conception.

   Je pense bien sûr aux combats de la Révolution pour la liberté et la
   démocratie. Comme le dit admirablement Ferdinand Buisson, le fondateur
   de la Ligue des Droits de l'Homme: C'est parce qu'elle est la France de
   1789, le pays d'où est parti cet appel, impossible à étouffer, appel à
   la liberté, à la justice et à la raison, appel à l'égalité, à la
   fraternité, c'est parce que la France a fait cela, que nous
   l'aimons.[..] Un Français n'est pas seulement un homme né en France,
   c'est un homme né de la France qui a l'esprit formé à son esprit, qui a
   appris d'elle à regarder toujours plus haut, à vouloir toujours plus de
   lumière, toujours plus de raison, toujours plus de fraternité.

   Je pense aussi à la Commune, qui réunit dans une même lutte les
   aspirations à la liberté, à la démocratie et à l'égalité sociale.

   Je pense aux combats ouvriers du XIX e et du XXe siècle. Ils ont permis
   l'émancipation des ouvriers et des travailleurs. Ils ont ouvert la voie
   à un droit du travail et à la protection sociale.

   Je pense aux combats féministes pour l'égalité des droits, les combats
   d'Olympe de Gouges, de Flora Tristan, d'Hubertine Auclert, de Louise
   Michel et de toutes celles jusqu'à aujourd'hui qui se sont élevées
   contre l'injustice de la condition des femmes.

   Je pense à la Résistance , fondatrice de la France moderne, et son
   combat pour la liberté, pour la dignité, pour l'honneur.

   Je pense aux combats pour la décolonisation, dont les traces sont
   encore douloureuses dans la société française et dans toute l'Afrique.
   On comprend ainsi les réactions scandalisées face au discours de Dakar,
   ou à cet amendement choquant sur les bienfaits de la colonisation. Sur
   ce point plus que tout autre, la France s'honorerait à aborder de front
   cette période de son histoire.

   Je pense aux combats pour la reconnaissance des droits des étrangers ,
   qui se prolongent aujourd'hui avec les militants de RESF et les grèves
   des travailleurs sans papiers, et aux combats contre les
   discriminations de toutes sortes , qu'elles soient liées aux handicaps,
   au genre, à l'origine ou à l'orientation sexuelle.

   Ces références ne forment pas un catéchisme. Je les cite parce que pour
   nous, à gauche et bien au-delà je le sais, ce sont les moments de notre
   histoire dont nous sommes les plus fiers. Et à travers ces combats, se
   sont forgées des valeurs qui constituent le coeur et la possibilité de
   notre vivre ensemble.

   Des valeurs qui transforment la réalité

   La France, ce ne sont pas seulement des valeurs inscrites au fronton
   des mairies, mais la volonté de leur donner une réalité forte.

   Quand on pense à la France, on pense d'abord à un pays de liberté , où
   la justice et les médias sont indépendants, où l'on respecte la
   diversité des opinions. Et c'est pour cela que même pendant la crise,
   ce combat pour les libertés, nous le menons aujourd'hui. Le printemps
   des libertés, nous n'y renoncerons jamais.

   Quand on pense à la France, on pense aussi à son modèle social. Il fait
   rimer liberté avec égalité, parce qu'il n'y a pas de liberté réelle
   sans égalité. Oui, la France ne serait pas la France sans la sécurité
   sociale, sans la retraite par répartition, sans des services publics de
   qualité. La France n'est pas la France sans un Etat fort. La France
   n'est pas la France sans la passion de l'égalité.

   Très tôt, il y a en France cette conviction que le progrès ne vaut que
   s'il profite à tous. Qu'il ne saurait y avoir d'efficacité économique
   sans justice sociale.

   Et disons les choses simplement. Ce qui se fissure aujourd'hui, c'est
   d'abord ce modèle social. Et les responsables, ce sont ceux qui
   favorisent les égoïsmes au détriment du collectif, qui remettent en
   cause la protection sociale et les services publics, qui imposent le
   bouclier fiscal et l'injustice. Ceux qui aujourd'hui, au nom de
   l'identité nationale, tentent de diviser les Français au lieu de les
   unir. Comment ne pas rappeler cette phrase du général de Gaulle: Il y a
   deux catégories de Français: ceux qui disent qu'il y a deux catégories
   de Français, et les autres..

   J'ai parlé tout à l'heure aussi de fraternité, de droits de l'homme et
   d'universalisme . Ces valeurs-là également, il ne suffit pas de les
   proclamer. Ceux qui enferment des enfants dans des centres de
   rétention, qui renvoient des réfugiés dans un pays en guerre, qui
   expulsent des lycéens et séparent des familles, ne défendent pas les
   Droits de l'Homme. Ceux qui ont proposé en modèle l'Amérique de Bush,
   ceux qui ont reçu des dictateurs en grande pompe ne défendent pas
   l'universalisme.

   Une femme m'a émue au cours des dernières semaines et je veux lui
   rendre hommage devant vous. Depuis Berlin où elle a choisi de vivre,
   que nous dit-elle? Que la France où l'on poursuit les enfants jusque
   dans leur école n'est pas, n'est plus la France. Elle a dit sa révolte,
   et elle persiste malgré les intimidations de la droite la plus dure qui
   lui assigne un grotesque devoir de réserve. Cette femme, c'est Marie
   NDiaye. C'est l'une des plus grandes écrivaines françaises. Sa langue
   est superbe et parle de notre résistance à la détresse. Je le redis ce
   soir, ne touchez pas à Marie NDiaye. Ne touchez pas aux hommes et aux
   femmes de culture.

   La France que nous aimons, c'est la France où Marie NDiaye aurait envie
   de revenir vivre.

   Une nation métissée

   C'est aussi une France qui s'assume pleinement comme la nation métissée
   qu'elle est aujourd'hui.

   Au long des siècles, la population française a additionné les origines
   diverses. Sous l'Ancien Régime, c'était la France des provinces, la
   France des patois, un royaume aux multiples institutions et
   particularités qui sont encore bien vivantes. Puis à partir de la fin
   du XIXe siècle, notre pays est devenu une grande terre d'immigration.
   Toute cette diversité, nous la retrouvons aujourd'hui dans les
   patronymes. Italiens, Belges, Espagnols, Russes, Arméniens, Allemands
   ou Polonais sont venus s'installer en France pour travailler dans les
   mines et les usines. A partir des années 60, c'est le tour de
   l'immigration marocaine, tunisienne et algérienne, suivie de peu par
   les populations d'Afrique noire. Tous donnent à la France son visage
   d'aujourd'hui. C'est ainsi que se construit chaque jour l'identité de
   la France. C'est celle partagée par Camus et Césaire.

   La France que nous aimons réunit toutes les histoires. Elle doit faire
   toute leur place aux descendants des immigrés qui ont combattu pour
   notre pays et tant contribué à le reconstruire, aux réfugiés fuyant les
   dictatures.

   Toutes ces arrivées ont modelé nos villes et nos campagnes, nos
   entreprises, nos habitudes, notre vie quotidienne, nos goûts, notre
   connaissance des autres et du monde, nos rêves, et font la France
   d'aujourd'hui. C'est cette France que chantent les Reggiani, Yves
   Montand, Mouloudji, Barbara, Edith Piaf ou Jean Ferrat. Tous métèques,
   comme le chantait Moustaki, tous amoureux de la France et de sa
   liberté.

   A ceux qui stigmatisent l'étranger, on a envie de répondre avec les
   mots simples de Charles Aznavour rendant hommage aux Emigrants :
   Comment crois-tu qu'ils sont venus ? / Ils sont venus, les poches vides
   et les mains nues / Pour travailler à tour de bras / Et défricher un
   sol ingrat / Comment crois-tu qu'ils ont souffert ? / Ils ont souffert,
   certains en décrivant l'enfer / Avec la plume ou le pinceau / ça nous a
   valu Picasso .

   Aujourd'hui, on entend dire: mais ils viennent d'Afrique, ils n'ont pas
   la même religion, les mêmes valeurs, ils ne veulent pas s'intégrer, ils
   continuent leurs traditions, ils ne font pas l'effort d'aller vers la
   culture de notre pays ? Mais allez demander aux immigrés d'hier,
   Italiens ou Polonais, dont la religion était principalement chrétienne
   si eux-mêmes n'ont pas longtemps perpétué des traditions de leur pays
   d'origine. Mais surtout, ce n'est pas parce qu'on aime le pays d'où
   l'on vient, le pays de ses parents que l'on n'aime pas la France.

   Ces arrivées souvent plus massives hier qu'aujourd'hui, se sont faites
   avec des heurts et des craintes. Mais, à chaque fois, la nécessité de
   l'époque, le temps qui fait son oeuvre, mais aussi l'engagement des
   hommes et des femmes qui cherchaient à unir, à respecter les autres ont
   permis de continuer la France.

   Comment ne pas penser, ici à Rennes, à Mona Ozouf qui a magnifiquement
   parlé de cette tension permanente, de cette composition française, de
   notre République unie, mais pas uniforme.

   Certains à droite nous expliquent que les immigrés n'auraient pas
   encore reçu les codes d'accès pour vivre en France. C'est bien la
   preuve - je le rappelle - du lien qu'elle établit entre le débat sur
   l'identité nationale et la question de l'immigration. C'est surtout un
   détournement de la vérité. Les principaux obstacles à l'intégration ne
   sont pas de nature culturelle. Ce sont les discriminations économiques
   et sociales, les échecs urbanistiques et les villes-ghettos, ou ce qui
   reste de racisme dans notre pays.

   Arrêtons les mensonges. Arrêtons cette stigmatisation insupportable.
   Dénonçons les propos sur les mariages gris comme les interdictions des
   minarets en Suisse.

   Je veux à ce moment vous faire partager le bonheur que j'ai eu à lire
   ces paroles de l'écrivain libanais Amin Maalouf : les sociétés
   devraient assumer, elles aussi, les appartenances multiples qui ont
   forgé leur identité à travers l'histoire.

   L'égalité se gagne ou se perd à l'école, à l'entrée de l'hôpital, dans
   l'accès à l'emploi, dans le regard d'un DRH ou à l'entrée d'une boîte
   de nuit. La fraternité se gagne ou se dissout devant la porte d'une
   préfecture, dans la hantise d'une expulsion de sa famille chaque fois
   que l'on prend le métro, dans l'injustice des contrôles d'identité au
   faciès dans la rue ou dans le train.

   Pour construire une identité commune, on ne commence pas par dire la
   France, tu l'aimes ou tu la quittes . On ne crée pas un ministère de
   l'Identité Nationale et de l'Immigration. En liant immigration et
   identité, on ne rend service ni aux migrants, ni à la France. Comment
   construire le vivre ensemble sur le refus de l'autre?

   La France qu'on aime, c'est celle qui dit: La France, tu l'aimes, donc
   tu la construis avec nous . Il faut faire aimer la France ; aujourd'hui
   nos gouvernants aggravent les fractures sociales, abandonnent les
   banlieues, favorisent la promotion de quelques-uns et entretiennent la
   stigmatisation des jeunes et aussi des Français issus de l'immigration
   et des étrangers.

   Alors sachons définir une politique d'immigration avec des règles
   claires et justes, définies en partenariat avec les pays d'origine.
   Faisons vivre le droit d'asile dans la France, terre des Droits de
   l'Homme. Et comme nous l'avons demandé, donnons un avenir ici dans
   notre pays, en régularisant ceux qui ont montré leur capacité
   d'intégration depuis plusieurs années sur notre territoire, ceux qui
   travaillent, cotisent, paient des impôts, ceux qui ont des enfants
   scolarisés...C'est cela aussi l'identité de la France.

   La gauche et la nation

   Certains prétendent que la gauche aurait un problème avec la nation .
   C'est un classique d'une certaine droite que d'essayer d'exclure la
   gauche de l'identité collective en l'accusant de mal servir notre pays.
   Cela rappelle d'ailleurs des heures sombres.

   Il faut citer en réponse les mots de Léon Blum devant ses juges au
   procès de Riom, lorsque le régime de Vichy l'accusait d'être
   anti-français: Je crois que vous ne pourrez pas nous chasser de
   l'histoire de ce pays. Nous n'y mettons pas de présomption, mais nous y
   apportons une certaine fierté: nous avons, dans un temps bien
   périlleux, personnifié et vivifié la tradition authentique de notre
   pays, qui est la tradition démocratique et républicaine.

   Prolongeant ces paroles admirables de Blum, je voudrais rappeler la
   vérité historique.

   En France, ce qui a constitué la nation, c'est d'abord la Révolution.
   Contre les forces réactionnaires, ce sont les révolutionnaires qui ont
   fait de la nation, le détenteur de la souveraineté capable de se
   gouverner.

   Disons-le clairement: si la nation n'appartient pas à la gauche, dans
   notre pays, la nation est née par la gauche et par les opposants à
   l'ordre établi, à l'Assemblée Constituante. Elle est née d'un projet
   politique: le projet de l'émancipation de l'homme, le projet de la
   liberté démocratique, le projet de l'égalité citoyenne. Ce projet reste
   actuel, il est en construction permanente et il est partagé par
   beaucoup.

   Alors cessons les faux procès et les vraies manipulations. Et regardons
   en face la vraie crise qui touche la France. C'est son modèle social
   qui est mis à mal, c'est la société qui se fissure. C'est cela que
   refusent les Français.

   Les visages du tour de France

   Il n'y avait qu'à entendre les Français rencontrés dans ce tour de
   France. Des hommes et des femmes en difficulté parfois, mais des hommes
   et des femmes fiers, énergiques, chaleureux, prêts à se mobiliser pour
   changer leur pays.

   Vous les salariés qui travaillez dur et qui gagnez peu ! Vous, les
   jeunes, qui galérez entre petit boulot, chômage et stage ! Vous, les
   parents, les familles, qui n'arrivez plus à faire face. Vous les
   retraités qui avez des projets et n'arrivez pas à les mener à bien. Je
   pense à cette dame de Nantes qui disait: le social, ça s'en va, ça
   devient un peu comme les Etats-Unis, on enlève ce qui est social, on
   enlève même sur les allocations familiales... on touche même la
   famille. . Je pense aussi ce soir à cette mère au foyer de
   Charente-Maritime qui disait Mon fils a 7 mois, mon autre fils a 10
   ans. Ils seront quoi? Ils seront chômeurs. Ils sortent avec la carte de
   chômeur dans le ventre. Moi ça me fait peur. Qu'on ne puisse plus
   entendre cela dans notre pays, voilà qui nous assigne un devoir majeur!

   Je pense aussi à tous ceux qui servent la France et l'égalité au
   travers des services publics ! Vous les postiers, les cheminots qui
   luttez contre la privatisation, pas pour vous, mais pour que les
   services publics ne désertent pas les territoires déshérités. Vous les
   fonctionnaires, professeurs, médecins, magistrats. Comment ne pas citer
   les propos de cette femme qui disait, bientôt: l'éducation ne sera plus
   nationale, l'hôpital ne sera plus l'assistance publique ou cette autre
   femme rencontrée à Nancy: On est en train, en supprimant des postes,
   des tribunaux, des transports, de supprimer cette France terrienne,
   rurale qui pour moi est essentielle .. Cela, je leur dis, nous ne le
   laisserons pas faire, nous défendrons les services publics qui sont le
   patrimoine de ceux qui n'en ont pas.

   Je pense aussi à nos chercheurs, nos ingénieurs, nos entrepreneurs, nos
   créateurs. Pour moi la France, c'est vous, vous les créateurs
   d'entreprises, les vrais entrepreneurs, les vrais créateurs d'emplois.
   Et vous, aujourd'hui, vous n'êtes pas aidés. Les banques marchent sur
   la ête, elles nous tournent le dos alors qu'on les a aidées. nous ont
   dit de multiples patrons de PME, artisans et commerçants croisés dans
   ce tour de France.

   Pour moi la France, c'est vous, vous qui animez bénévolement les
   syndicats et les associations. Vous les Français solidaires et
   fraternels, comme ce jeune homme rencontré à Grenoble venu nous
   demander ce qu'il pouvait faire pour aider à changer notre pays.

   Oui, décidément, on est Français quand on partage les valeurs de la
   France et quand on veut construire ensemble son avenir.

   Quelle société voulons-nous?

   En effet, la cohésion d'une nation, c'est de partager une communauté de
   destin.

   Le problème de la France n'est pas tant une panne d'identité qu'un
   présent difficile et une absence d'avenir. Ce qu'attendent les
   Français, c'est une nouvelle donne. C'est à nous, politiques, de
   redonner un sens à la société.

   Le système actuel marche sur la ête. Il faut en changer, transformer
   profondément notre manière de produire, de redistribuer, de consommer,
   mais aussi de vivre ensemble, je vais y revenir.

   Mais je voudrais auparavant me faire le porte-parole des milliers
   d'hommes et de femmes rencontrées dans ce tour de France en évoquant
   trois urgences absolues. Autant le dire clairement: les Français
   s'interrogent moins aujourd'hui sur leur identité ...que sur leurs fins
   de mois, leur emploi, et l'avenir de leurs enfants!

   - La première urgence, c'est l'emploi et le pouvoir d'achat.

   Face à la crise, le président de la République a choisi son camp: les
   grands seraient protégés et les petits paieraient.

   Aux premiers, il a accordé le bouclier fiscal, la suppression de la
   taxe professionnelle, le sauvetage des banques, ou plutôt des
   banquiers, car ni les PME ni les particuliers n'ont vu la couleur des
   milliards d'euros dont elles ont bénéficié.

   Les seconds, c'est à dire tous les autres, n'ont eu droit qu'à un plan
   de relance insuffisant sur l'investissement, insignifiant sur la
   consommation et inconséquent sur l'emploi. Et à cela, s'ajoute la farce
   du grand emprunt.

   Un chiffre éclaire ce lâchage présidentiel de la France du travail et
   quoiqu'en dise le Président de la République encore hier se félicitant
   de faire mieux que les autres. A la veille de la crise, en juillet
   2008, la France et l'Allemagne avaient le même taux de chômage, 7,4%.
   Aujourd'hui, la France est à 10% et l'Allemagne à 7,6%. La condamnation
   est sans appel. La faute est grave. Les conséquences sont lourdes.

   Et qu'on ne nous parle pas de sortie de crise. Que les financiers
   soient sortis d'affaire, c'est indéniable. Les banques affichent des
   bénéfices insolents sans retour pour l'Etat et les français. La valse
   indécente des bonus, des stocks options et des parachutes dorés a
   repris dans les entreprises y compris celles qui se sont effondrées
   dans la crise.

   Mais la crise sociale est bien là et malheureusement encore largement
   devant nous. On annonce 500000 chômeurs de plus dans les mois qui
   viennent! La situation est fragile, l'investissement ne se redresse
   pas, la consommation flanche, il faut la soutenir en donnant du pouvoir
   d'achat, comme il faut engager les investissements pour préparer
   l'avenir.

   Alors je le redis au Président de la République: vous persistez et
   signez, la réalité vous rattrape. Prenez la mesure des difficultés et
   agissez.

   Les socialistes proposent quatre mesures simples : un remboursement de
   TVA de 200 euros à 16 millions de ménages pour relancer la
   consommation; l'allongement de six mois des durées d'indemnisation du
   chômage et de chômage partiel pour accompagner les victimes de la
   crise; la création immédiate de 150000 emplois jeunes -premiers touchés
   par la crise-; des moyens pour les collectivités locales qui réalisent
   les trois quart des investissements publics.

   Ces mesures peuvent être financées par la suppression de la baisse de
   la TVA dans la restauration qui n'a eu aucun impact; par une
   augmentation de 10% de l'impôt sur les sociétés des banques; par la
   suppression de la subvention absurde aux heures supplémentaires; par le
   remboursement des dettes de l'Etat aux collectivités locales.

   - La deuxième urgence, c'est le logement .

   La crise a mis des centaines de milliers d'hommes et de femmes dans la
   situation de ne plus pouvoir assumer leur loyer ou les charges de
   remboursement. Le logement est le premier poste budgétaire dans la
   consommation des ménages modestes, jusqu'à 50 % du budget dans certains
   cas.

   Alors je veux aujourd'hui faire deux propositions simples: un plan
   massif de construction de logements et le gel des loyers pour cinq ans.
   Entre les locataires et les propriétaires, le balancier a franchi les
   limites du raisonnable. Il faut retrouver un équilibre. Et s'attaquer à
   la question de la précarité énergétique qui touche désormais une
   proportion préoccupante de la population.

   La troisième urgence, c'est de mettre fin aux rémunérations excessives
   et aux avantages fiscaux indus .

   La crise est dure, ces injustices la rendent insupportables.

   Les députés socialistes ont déposé des propositions de loi justes :
   l'abrogation du bouclier fiscal; la limitation des bonus à la part fixe
   du salaire, la suppression des stock-options sauf pour les PME
   naissantes; mais aussi la limitation de la hiérarchie des
   rémunérations.

   Voilà des propositions susceptibles de remettre la France à l'heure de
   la justice!

   Nos compatriotes veulent des solutions concrètes et immédiates à leurs
   problèmes.

   Mais ils s'inquiètent aussi pour l'avenir de leur pays, pour celui de
   leurs enfants.

   Ils attendent de nous une vision de la société, un projet, une
   perspective de progrès. Ils demandent: si vous revenez au pouvoir en
   2012, que ferez-vous? Où voulez-vous conduire notre pays?

   Je ne vais pas là bien sûr vous décliner le projet des socialistes pour
   2012. Ce projet est en chantier et nous avançons fortement. Ce tour de
   France nous a conforté dans nos certitudes.

   La première certitude est que l'heure n'est plus à proposer quelques
   adaptations au système actuel, il faut en changer . La crise est
   globale, la réponse doit être globale.

   Deuxième certitude, il est temps de renoncer à nos renoncements . La
   sociale démocratie traditionnelle a accouché d'un système de protection
   sociale qui est une référence dans le monde. Mais elle n'a pas su
   répondre aux enjeux de notre temps. Il nous faut en effet réinventer
   les réponses aux défis de la mondialisation, des chocs démographiques,
   écologiques et technologiques.

   Oui, c'est une nouvelle donne que nous devrons proposer .

   - Une nouvelle donne économique et durable d'abord, en s'appuyant sur
   un Etat stratège qui régule puissamment l'économie, en oriente le cours
   et corrige les excès du marché; un Etat stratège qui soutient la
   recherche et prépare l'avenir.

   L'Etat devra donner au moins trois directions à l'économie de notre
   pays : conduire la mutation écologique de notre industrie, la
   révolution numérique de nos services et la transformation biologique et
   raisonnée de notre agriculture. Ce sont les révolutions industrielles
   du XXI siècle.

   A nous de nous y engager pleinement. En n'oubliant jamais que le génie
   français, c'est de réussir le mariage entre l'innovation et la
   solidarité. Le TGV et le RER, l'internet à haut débit et le prix unique
   du timbre, le Génopole, et les centres de santé de proximité.

   Il ne s'agit pas de renoncer au progrès, à la science, à la
   technologie. Il s'agit de leur assigner une direction: le développement
   humain dans le respect de la planète.

   Pour cela, soutenons la recherche aujourd'hui oubliée; les créateurs,
   les innovateurs, les ingénieurs aujourd'hui supplantés par les
   financiers dans les entreprises; les PME aujourd'hui étranglées par les
   banquiers.

   - Nous voulons aussi une nouvelle donne sociale fondée sur un autre
   partage des richesses, sur une fiscalité profondément redistributive et
   une revalorisation du travail .

   A la crise du chômage, s'ajoutent aujourd'hui une profonde crise du
   travail, un travail mal rémunéré et précarisé ainsi que des conditions
   de travail difficiles. La souffrance et le stress au travail, les
   maladies professionnelles, les harcèlements, les métiers pénibles et
   les rythmes absurdes se développent. N'oublions pas les suicides au
   travail, et je sais que la Bretagne à Lannion n'a pas été épargnée par
   ceux de France Telecom.

   Oui, il faut revaloriser le travail, non pas par des slogans du type
   travailler plus pour gagner plus , mais en retrouvant le chemin de
   l'emploi, de la juste rémunération du travail, de la reconnaissance des
   compétences des salariés. Il nous faut mettre en place de nouveaux
   droits adaptés à un monde où il faudra pouvoir changer d'entreprise et
   sans doute de métier, de nouveaux droits pour protéger contre les
   changements nécessaires, mais aussi pour progresser
   professionnellement. C'est ce que nous appelons la sécurité sociale
   professionnelle tout au long de la vie.

   C'est par cette réelle revalorisation du travail que passe aussi
   l'émancipation de chaque homme et chaque femme. Elle s'adresse bien sûr
   aux salariés, mais aussi aux travailleurs indépendants, artisans,
   commerçants, créateurs de TPE ou de PME, et au monde des nouveaux
   métiers des services ou des technologies, qui font tous la richesse de
   notre pays. Renouer le fil avec et entre tous ces hommes et toutes ces
   femmes qui font la force de notre économie et la richesse de notre
   pays, c'est l'un des enjeux majeurs pour la France, auquel le
   socialisme du XXI siècle doit répondre .

   Cette nouvelle donne sociale doit permettre l'émancipation réelle de
   chacun et le développement de chaque territoire. Pour ce faire, il nous
   faut des services publics forts, mais aussi profondément rénovés .

   En effet, il faut le dire, la gauche a souvent privilégié des réponses
   uniformes. Il nous faut aujourd'hui garder ces protections collectives
   que la droite veut mettre à bas, mais les adapter aux aspirations
   individuelles, aux difficultés et aux atouts de chacun.

   Il convient en effet de personnaliser les réponses: par exemple en
   accompagnant chaque personne âgée, en tenant compte de ses aspirations,
   de sa situation de santé et de ses moyens financiers pour qu'elle
   prenne toute sa place dans la société, qu'elle réalise ses projets.
   Nous devons aussi apporter à chaque enfant les soutiens, les méthodes
   pédagogiques et les rythmes scolaires dont il a besoin. Ceci nécessite,
   et nous le préparons, un nouveau pacte éducatif, en redonnant leur
   fierté et leur place aux enseignants.

   Ceci nécessite aussi de donner à chaque jeune une allocation
   d'autonomie pour se former, se loger et construire sa vie, quelle que
   soit la situation de ses parents. C'est ainsi que nous permettrons à
   cette jeune fille de la Seyne-sur-Mer, qui nous a tous émus, de
   construire sa vie.

   - Nouvelle donne économique, nouvelle donne sociale mais aussi nouvelle
   donne démocratique face à un président autocratique qui veut décider de
   tout et mettre tous les pouvoirs sous sa coupe. Il nous faudra en 2012,
   construire une 6ème république fondée sur un régime parlementaire fort,
   des contre-pouvoirs restaurés, une presse et une justice indépendante,
   une vraie décentralisation, une démocratie sociale renouvelée ainsi que
   de nouvelles formes de participation des citoyens à la vie publique.

   - Nouvelle donne internationale enfin : une France respectée dans les
   enceintes internationales, pour son indépendance, pour ses valeurs. Une
   France fer de lance d'une Europe politique, économique et
   sociale-écologique, porteuse d'un message universel vers le monde, un
   nouveau monde solidaire avec le Sud.

   Ce nouveau projet pour la France, vous l'avez compris, s'appuie
   profondément sur les valeurs de notre identité.

   Il redonne du sens à une société qui l'a perdue sous les coups de
   butoir du libéralisme financier et de ceux qui le soutiennent.

   Redonner du sens, c'est faire à nouveau rimer liberté et égalité,
   sachant que sans droits réels d'accès à l'éducation, au logement, à la
   santé, à l'emploi, on n'est pas libre de construire sa vie.

   Redonner du sens, c'est faire aussi des individus, des citoyens
   respectueux des règles et respectueux des autres.

   Pas plus qu'aujourd'hui, la droite ne peut nous donner des leçons en
   matière économique ou de gestion tant son échec est grand, elle ne
   pourra non plus nous donner à l'avenir de leçons sur la sécurité.
   Quand, par idéologie, on supprime des effectifs dans la justice et la
   police, quand on supprime la police de proximité, quand on ne s'attaque
   pas aux causes profondes qui engendrent la violence, et bien l'échec
   est patent.

   Mais donner du sens, c'est aussi demander aux Français -et ils
   l'attendent, ils nous l'ont dit-, de nous aider à former une société
   plus solidaire et plus fraternelle.

   Il nous faut construire des nouveaux liens entre les personnes, des
   solidarités concrètes et collectives. Il nous faut retrouver le souci
   de l'autre: tendre la main à un enfant qui dérape, lutter contre
   l'isolement des plus âgés ou des plus exclus, avoir un autre regard sur
   ceux qui sont différents...

   Cette société là, j'en suis convaincue, correspond à la France qu'on
   aime.

   Le bonheur d'une société ne se résume pas à l'accumulation de biens
   matériels, même si chacun doit pouvoir bénéficier de l'essentiel pour
   vivre.

   Le bonheur, c'est de ne pas être obligé de travailler le dimanche: on a
   six jours pour avoir, pour acheter, nous voulons garder un jour pour
   être, c'est-à-dire du temps pour soi, pour sa famille, pour les autres.

   Le bonheur c'est de vivre dans une société apaisée parce que juste, et
   donnant sa chance à chacun.

   Le bonheur, c'est de nouer autour de soi des relations amicales et
   affectives.

   Le bonheur, c'est aussi de partager les grandes émotions que nous
   apporte la culture.

   Dans le fond, ce que nous voulons, c'est une société qui prend soin de
   chacun, où chacun prend soin des autres, et où ensemble nous prenons
   soin de l'avenir.

   C'est cela la France qu'on aime. Nous la ferons avec vous.

   C'est cela le message de Rennes.

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