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Discours politique

François Fillon, François Fillon présente ses voeux à la presse pour 2010
(15/01/2010)

   Mesdames et messieurs,

   Madame la Présidente,

   En ce début d’année, je suis naturellement heureux de vous accueillir à
   Matignon, mais mon regard, comme le vôtre, est tourné vers
   Port-au-Prince, si cruellement et si dramatiquement dévasté.

   Une ville a sombré et le bilan semble terrible sur le plan humain.

   Les premiers témoignages et informations qui nous parviennent indiquent
   un chaos indescriptible et pour tout dire sidérant d’horreur.

   Ce désastre brutal frappe de plein fouet un peuple démuni, un peuple
   attachant, un peuple sur lequel le destin semble s’acharner.

   Je veux vous dire que la France est au côté du peuple haïtien, lui qui
   a subi tellement d’épreuves et avec lequel nous entretenons une si
   vieille amitié.

   Nous mobilisons tous nos moyens pour tenter de sauver ce qui peut
   l’être.

   Sitôt la nouvelle connue, une cellule de crise a été mise en oeuvre au
   Ministère des Affaires étrangères.

   Dès hier, trois avions des forces armées aux Antilles ont acheminé 40
   gendarmes et agents de Sécurité civile et 3 tonnes de fret à
   Port-au-Prince.

   Ils ont pu évacuer 71 ressortissants français.

   Aujourd'hui, en milieu de journée, un nouvel avion quittera
   Pointe-À-Pitre pour Port-au-Prince avec 80 personnes et 5 tonnes de
   fret.

   Plusieurs détachements en provenance de Brignoles, comme de la région
   parisienne, comportant des gendarmes et des médecins sont sur le point
   de partir pour Haïti.

   Je veux également rendre hommage à la réactivité et à la mobilisation
   dont font preuve l'ensemble des organisations non gouvernementales
   françaises ainsi que la communauté haïtienne de Paris.

   Cet après-midi, je participerai, au côté du président de la République,
   à une réunion qui permettra au Gouvernement d'amplifier l'effort à la
   fois de sauvetage, de court terme, et en même temps, de commencer à
   dessiner les conditions d'un soutien à la reconstruction d'Haïti.

   Mesdames et messieurs, La transition est difficile, mais je veux vous
   dire que, depuis 2007, j’ai le plaisir de vous adresser mes vœux et ce
   n’est pas sans réconfort que je reçois les vôtres, par l’intermédiaire
   de votre présidente, Chantal Didier, à qui je disais à l'instant,
   "lorraine et républicaine".

   C'était par ces mots que j'avais presque envie de commencer l'hommage à
   Philippe Séguin ; c'était les mots qui avaient été employés pour
   l'hommage à Poincaré et c'était peut-être aussi des mots qu'on aurait
   pu employer pour Jules Ferry.

   Votre présidente qui, une fois encore, a su trouver les mots qui
   réchauffent le cœur et qui aiguisent les esprits.

   Tous mes prédécesseurs n’ont pas eu le même privilège.

   Certains d’entre-vous éprouvent peut-être quelques regrets devant cette
   longévité politique qui n’encourage pas les scénarios inédits dont vous
   êtes tellement friands… Et ces regrets, pour l'essentiel, ils ont
   l’élégance de les tenir secrets, et je les en remercie.

   Ce matin, j’ai pris connaissance de la couverture d’un hebdomadaire qui
   me fait l’honneur de sa « Une », mais empoisonnée d’un titre racoleur.
   «Fillon: la revanche !».

   Mais la revanche contre qui ? À la suite de quelle défaite ? Je vois
   que certains ont toujours le goût du roman… Depuis 2007, je travaille
   sous l’autorité du Président de la République, dans des conditions de
   complicité et de complémentarité.

   Sa droiture et sa franchise sont des atouts pour agir.

   Il sait qu’il peut compter sur ma loyauté.

   Ma mission durera ce qu’elle devra durer… Et parodiant Raymond Barre,
   je dirais que «Quand le moment sera venu, l'heure sera arrivée".

   Vous avez évoqué, chère Chantal, le SMS que j’ai envoyé en direct à
   l’un de vos confrères en pleine émission.

   Il m’arrive en effet d’être spontané.

   Il faut dire que l’erreur m’est apparue flagrante, et que le
   journaliste est Souletin, comme la moitié de moi-même.

   Souletin, pour tous ceux qui ne savent pas ce que cela veut dire, cela
   veut dire "habitant de la vallée de la Soule" au cœur du Pays basque.

   Je ne pouvais donc pas laisser passer.

   Il a d'ailleurs reconnu son impair avec beaucoup d’élégance.

   Etre aussi précis que possible.

   Voilà me semble-t-il un joli programme pour 2010… Votre métier est
   noble et difficile.

   Vous agissez dans un secteur qui a besoin de se moderniser et dont la
   santé financière est extrêmement précaire.

   Le Gouvernement a tenu l'engagement pris par le Président de la
   République lors des Etats généraux de la presse.

   Notamment pour les investissements publicitaires de l’Etat dans la
   presse écrite, qui se rapprochent de ceux de la télévision pour la
   première fois depuis cinq ans.

   Aujourd’hui, c’est la distribution de la presse, et particulièrement
   des quotidiens, qui est soumise à de très lourds défis.

   Les NMPP, devenues Presstalis, sont au cœur de toutes les attentions.

   J’ai décidé ce matin de marquer la volonté des pouvoirs publics d’aider
   cette réforme nécessaire de la distribution, en confiant à Bruno
   Mettling une mission spécifique sur cette question.

   Vous l’avez dit, Chantal, les journalistes jouent un rôle dans la
   démocratie et sans presse, il n’y a pas de démocratie.

   Mais pour vous comme pour les acteurs politiques, et d’ailleurs comme
   pour tous les citoyens, la démocratie a son corollaire : c’est la
   responsabilité.

   La responsabilité du politique, les électeurs sont amenés à la juger à
   intervalle régulier par leur bulletin de vote.

   Pour vous, la responsabilité est de chercher à dire la vérité, de ne
   pas vous laisser manipuler par le tourbillon des racontars.

   "Informer bien au lieu d'informer vite », disait déjà Albert Camus.

   Bien avant qu’on ait inventé Internet, il s’inquiétait de la perte de
   sens que faisait subir au métier de journaliste la recherche de la
   rapidité à tout crin.

   Aujourd’hui même, je lis dans des livres ou des journaux, des propos
   qui me sont attribués et que je n’ai pas prononcés.

   On me fait prédire l’avenir, à commencer par le mien et on me prête des
   intentions qui ne m’ont jamais traversé l’esprit.

   Et, malheureusement, dans ces cas-là, il ne suffira pas d’un SMS pour
   rétablir la vérité.

   Mais je veux vous rassurer, je n’attache pas une importance démesurée à
   tout cela, mais je suis exigeant parce que je pense que la politique
   n’est pas un jeu et l’information non plus.

   À cet égard, je veux avoir une pensée pour tous les journalistes qui
   sont tombés pendant cette année 2009, et puis une pensée toute
   particulière pour vos deux confrères de France 3, pris en otages en
   Afghanistan.

   Leur sort est en suspens ; je veux vous confirmer que tous nos moyens
   sont mobilisés.

   Je veux aussi dire que des militaires risquent leur vie dans le but de
   les retrouver ; nous devons aussi avoir une pensée pour eux.

   Mesdames et messieurs, L’année 2009 a été riche de toutes ces
   contradictions qui tiraillent notre actualité.

   Il y a d'abord eu la grippe A.

   J’ai entendu et lu ceux qui pressaient le Gouvernement d’agir avec
   beaucoup plus de volontarisme devant l’épidémie.

   Et puis quelques mois plus tard, les mêmes nous reprochaient d’en avoir
   trop fait.

   Si on pouvait rapprocher dans une seule émission toutes les Unes des
   journaux télévisés depuis le début de l'épidémie de grippe A, je pense
   que ce serait assez drôle.

   Dans le passé, nous avons connu des crises sanitaires mal gérées dans
   notre pays : le sang contaminé, la canicule - et j’y prends ma part de
   responsabilité puisque j’étais ministre à l’époque.

   Je pense que nous avons tiré toutes les leçons de ces crises mal
   gérées.

   Le Gouvernement a agi de façon prudente et responsable, et je voudrais
   dire que c’est plutôt une bonne surprise que la pandémie soit moins
   violente que prévu, et tout le monde devrait s’en réjouir.

   Et puis il y a eu l’affaire de la taxe carbone, qui a soulevé bien des
   controverses.

   Ce serait au fond la démonstration que le Gouvernement paierait ses
   improvisations.

   Je veux dire que la mise en œuvre de ce texte sur la taxe carbone,
   c'est tout sauf une improvisation.

   Et ceux qui, au Parti socialiste, parlent d’improvisation, devraient
   commencer par balayer devant leur porte.

   Après avoir signé la Charte de Nicolas Hulot, qui était un engagement
   de mettre en œuvre la taxe carbone, voté le Grenelle de
   l’environnement, dans lequel un article prévoyait la taxe carbone, ils
   ont dénoncé notre projet, puis - et ceci a échappé, dans l'ensemble, à
   la sagacité des commentateurs – ils ont totalement négligé de soulever
   le sujet dans leur saisine du Conseil constitutionnel.

   C’était un engagement de la campagne présidentielle.

   Nicolas Sarkozy l’a respecté.

   Il y a eu la mission Rocard, dont nous avons suivi d'ailleurs
   pratiquement toutes les recommandations.

   Le Conseil d’Etat a validé le texte.

   Il appartient maintenant au Gouvernement et au Parlement de tirer les
   conséquences de la décision du Conseil constitutionnel.

   Comme je l'avais indiqué immédiatement, le 20 janvier prochain,
   Jean-Louis Borloo présentera les principes du complément de la réforme,
   puisqu'il n'y aura pas de remise en cause du principe de la taxe
   carbone.

   Il n'y aura pas de remise en cause des dispositions pour les ménages,
   qui resteront exactement celles qui ont été votées par le Parlement, ni
   pour les professions les plus exposées.

   Pour les entreprises les plus émettrices de CO2, qui sont celles au
   fond qui sont visées par la décision du Conseil constitutionnel, nous
   taxerons, dans des conditions qui ne les pénaliseront pas dans la
   concurrence internationale, ces entreprises, avec un mécanisme de
   compensation.

   Plusieurs pistes existent sur lesquelles nous travaillons ; il peut y
   avoir un crédit d'impôt, il peut y avoir un allègement de charges
   sociales, et le fait qu'il y ait plusieurs pistes examinées justifient
   qu'un dialogue nourri s'engage avec les industriels concernés, mais
   aussi avec les partenaires sociaux qui peuvent être concernés, et que
   nous prenions le temps d'une décision qui devra s'appliquer au 1 er
   juillet 2010.

   Il y a eu aussi le débat sur l’identité nationale.

   Débat légitime, débat passionnant et dont j’estime qu’il devrait être
   continu parce que la volonté d’être français ne doit pas se célébrer
   seulement une fois par an, le 14 juillet.

   Et ceux qui ont vu dans ce débat une tactique électoraliste ont eu
   tort, parce que ce débat se poursuivra au-delà des élections
   régionales.

   Dans le cadre de ce débat, le Parti socialiste a ressuscité, une
   nouvelle fois, l’idée du vote des étrangers aux élections locales.

   Au-delà même du fond du sujet sur lequel je vais revenir, je vais dire
   que pour des responsables politiques, le fait que, pendant vingt ans, à
   chaque consultation électorale, de promettre la même chose sans jamais
   le réaliser, c'est une des sources profondes du divorce entre les
   Français et les responsables politiques.

   C'est une des sources profondes de la crise de confiance que, Chantal,
   vous évoquiez tout à l'heure.

   Pour des gens qui n’ont d'ailleurs pas cessé de nous suspecter de lier
   la question de l’identité de la France à celle de l’immigration, cette
   proposition est étrange... Je veux vous dire que j’y suis totalement
   défavorable, parce que j’estime que le droit de vote est
   fondamentalement lié à la citoyenneté.

   Si nous sommes un pays d’intégration, ce n’est pas pour offrir aux
   étrangers des demi droits électoraux, mais c'est pour les inviter à
   acquérir, s’ils le souhaitent, les droits entiers qu'entraîne
   l'appartenance à notre communauté nationale.

   Comme l’a rappelé le Président de la République, cette proposition ne
   figurait pas dans son projet et elle ne sera donc pas retenue.

   Eh puis, il a y eu la crise financière et économique qui a dominé
   l’année 2009.

   Là encore, j’ai entendu et lu ceux qui estimaient que notre plan de
   relance était insuffisant, voire même, s'agissant de Martine Aubry,
   qu'il n'y avait pas de plan de relace du tout.

   Quelques mois plus tard, les mêmes nous reprochaient l’emprunt sur les
   grands investissements d’avenir.

   Comprenne qui pourra ! Mais j'ai envie de dire : qu’importe, les faits
   sont là ! La France a mieux tenu le choc de la crise que la plupart de
   ses partenaires européens et elle est sortie la première de la
   récession.

   C’est le résultat des mesures rapides et ciblées que nous avions prises
   ; dans la réaction à cette crise financière, la France a souvent été au
   tout premier rang, avec la Grande-Bretagne sur plusieurs sujets, les
   autres pays européens, suivant d'ailleurs souvent avec quelques
   semaines d'hésitation et de retard.

   Je pense à la prime à la casse ; je pense au plan de relance lui-même.

   En disant cela, je ne cède pas à l’autosatisfaction, j’énonce
   simplement des faits, et je veux rappeler à chacun d'entre vous combien
   vous étiez pressant en 2007, en 2008, pour me dire : "mais alors, on
   est en récession ?".

   Et je vous disais "non, on n'est pas en récession", parce qu'on n'était
   pas en récession.

   Et puis ensuite, on est entré en récession.

   Et là, on est sorti de la récession.

   Et donc tout cela, ce sont des faits, des faits qui doivent être précis
   et qui doivent appeler de notre part les analyses qui conviennent.

   Nous avons lutté contre la crise tout en poursuivant les réformes.

   Le pays n’a pas cédé à la panique, il n'a pas cédé au conservatisme non
   plus.

   Et je veux ajouter que nous avons agi dans un climat social extrêmement
   responsable.

   Avec les syndicats, nous avons certes des désaccords, mais il y a entre
   eux et nous, un dialogue permanent comme j’en ai rarement connu.

   Qu’un gouvernement de droite, en pleine récession, puisse ainsi tenir
   le fil du dialogue avec les partenaires sociaux, c’est le signe que
   notre politique est équilibrée, mais je pense que cela révèle aussi le
   changement culturel qui est à l’œuvre dans notre pays.

   Avec le Président de la République, nous allons continuer de miser sur
   ce dialogue.

   L’agenda des partenaires sociaux est rempli : sur l’emploi, sur la
   violence au travail, sur la modernisation du dialogue social dans les
   entreprises de moins de 10 salariés, sur l’avenir du paritarisme et sur
   la représentation du personnel dans les entreprises.

   Je veux dire ce matin combien je suis attaché à la réforme de la
   représentativité que nous avons menée à bien en 2008.

   Il nous reste maintenant à la parachever en mesurant l’audience
   syndicale dans toutes les entreprises.

   Je veux dire sur ce sujet qu'il n'est absolument pas acceptable que les
   entreprises ne fassent pas remonter les chiffres qui permettront de
   mesurer cette audience.

   Aujourd'hui, à peine 10 % des entreprises le font ; c'est une situation
   qui n'est pas acceptable.

   Nous ne l'accepterons pas et le Gouvernement prendra des initiatives, y
   compris des initiatives législatives, sur ce sujet, s’il n’y a pas
   d’accord entre les partenaires sociaux, à la fois sur la remontée des
   informations venant des entreprises, et évidemment sur la question qui
   n'est pas traitée par la loi de la représentativité dans les
   entreprises de moins de dix salariés.

   Durant l’année 2010, toute notre énergie sera tendue vers la reprise.

   En ce début d’année - vous l'avez évoqué tout à l'heure en parlant
   d'"un coin de ciel bleu" -, l’activité repart.

   Je vous annonce que nous allons réviser dans quelques jours à la hausse
   notre taux de croissance à l’occasion de la présentation de la loi de
   finances sur les investissements d’avenir.

   Je pense que nous ne serons pas loin de doubler notre dernière
   prévision officielle qui était de 0,75%.

   Est-ce qu'on est pour autant tiré d’affaire ? Je nous invite à la
   prudence, parce que la situation reste fragile sur le plan
   international.

   D’un côté, les Etats-Unis ne sont pas encore sortis d’affaire ; de
   l’autre, la question de la résorption des déséquilibres des balances
   des paiements, en lien avec l’ajustement des parités monétaires, est de
   plus en plus pesante.

   Cette question doit d'ailleurs être traitée dans le cadre du G20, et
   j'indique que nous allons prendre nos responsabilités sur ce sujet lors
   de la présidence française en 2011.

   Sur le plan national, nous voulons créer les conditions d’une reprise
   durable, en jouant sur trois leviers: L’investissement.

   Ce sont les priorités d’avenir financées par l’emprunt, 35 milliards
   d’euros qui vont être injectés dans notre économie, dans nos
   universités, dans nos laboratoires de recherche.

   Ils vont faciliter l’augmentation de l’investissement privé, pour
   arriver au total à un effort d'investissement de 60 milliards.

   Je veux indiquer notamment que, s'agissant de l'université et de la
   recherche, nous sommes en train de réaliser un effort qui est sans
   précédent depuis le début de l'histoire de la Vème République,
   puisqu'il faut ajouter à ces milliards d'euros que nous allons injecter
   dans l'université et dans la recherche, l'effort régulier
   d'augmentation d'un milliard par an du budget de l'Enseignement
   supérieur et de la Recherche, et l'effort qui est conduit
   parallèlement, de 5 milliards d'euros, avec le plan Campus.

   Le deuxième levier, c'est la crédibilité financière de la France.

   Depuis 18 mois, nos déficits et notre dette ont bondi.

   C’était inévitable compte tenu de la nécessité de répondre à la crise,
   mais maintenant il est absolument nécessaire de nous replacer dans une
   trajectoire vertueuse.

   Pour ce faire, nous allons continuer de tenir strictement les dépenses
   de l’Etat.

   Je veux vous indiquer que pour 2009, ces dépenses seront finalement
   légèrement inférieures au plafond qui avait été voté par le Parlement -
   c'est assez peu courant pour qu'on le souligne.

   Pour 2010, nous avons par ailleurs décidé que la charge d’intérêts du
   programme d’investissement, que je viens d'évoquer, sera compensée
   intégralement par une réduction équivalente des dépenses de l’Etat, qui
   s'appliquera sur l'ensemble des budgets des ministères.

   Enfin, nous préciserons dans les prochaines semaines, notre stratégie
   globale de sortie de la zone des déficits excessifs d’ici 2013.

   Nous allons tenir fin janvier une conférence sur les déficits publics.

   Cette conférence permettra autour du Président de la République de
   rassembler le Gouvernement, les responsables des collectivités locales
   - parce qu'il n'est pas possible d'envisager ce sujet sans eux -, et,
   naturellement des organismes sociaux.

   Cette conférence doit permettre de faire un diagnostic, si possible,
   partagé, mais doit aussi et surtout préparer les mesures concrètes qui
   seront prises tout au long de l'année 2010.

   Enfin le troisième levier, c'est la compétitivité.

   Nous devons en permanence nous poser la question de savoir si nous
   avons fait assez pour la compétitivité de l'économie française dans la
   compétition mondiale, et naturellement, la réponse est non, mais avec
   la suppression de la taxe professionnelle, c'est quand même 12
   milliards d'euros qui en 2010 vont venir oxygéner nos entreprises.

   Le temps des efforts budgétaires est donc devant nous.

   Mais je veux dire que celui des réformes l’est encore et toujours, et
   l'année 2010 va être marqué par quatre grands rendez-vous législatifs.

   La réforme des collectivités territoriales, qui est engagée et qui
   sera, je l'espère, je le souhaite, adoptée à l’été.

   Tous les débats et tous les procès d’intention sur une prétendue
   recentralisation ne nous détournerons pas de notre objectif principal,
   et cet objectif principal, c'est de rationaliser l’action des
   collectivités locales, notamment en rapprochant les départements et les
   régions.

   Durant la campagne des régionales, je n’hésiterai pas à prendre les
   Français à témoin sur cette réforme de la décentralisation, et
   j’attends de la gauche un peu plus de clarté et un peu plus de courage
   sur ces questions.

   Derrière son hostilité au conseiller territorial, je ne vois en réalité
   que conservatisme et réflexes féodaux.

   Là aussi si vous avez des archives, allez relire ce que disait la
   gauche il y a quelques années, des conseils généraux, de leur mode
   d'élection, et de la représentation d'un conservatisme qu'ils plaçaient
   naturellement plutôt à droite, qu'ils, selon eux, incarnaient.

   Et, je veux dire que la gauche ne pourra pas s'abriter derrière le
   débat autour de la réforme du mode de scrutin, parce que nous avons
   pris bien soin de mettre cette réforme à part.

   Et le président de la République a indiqué, je le redis aujourd'hui,
   que le Gouvernement est parfaitement ouvert à des amendements et à des
   idées différentes de celles qu'il a mise sur la table sur ce sujet.

   La question, ce n'est pas une question de réforme de mode de scrutin.

   La question, c'est une question de réforme de l'organisation de notre
   territoire.

   Voilà, cette réforme faite, nous pourrons dire que nous aurons
   modernisé les trois piliers de notre démocratie : la démocratie
   parlementaire avec la réforme constitutionnelle, qui commence à donner
   tous ses effets, y compris parfois des effets imprévus, la démocratie
   sociale avec la réforme de la représentativité, et enfin la démocratie
   locale.

   Le deuxième rendez-vous, c’est celui des retraites.

   Le Conseil d'orientation des retraites va nous présenter ses prévisions
   financières en avril.

   Nous connaissons tous les instruments qui sont à notre disposition :
   les cotisations, la durée légale d’activité, l’âge de départ à la
   retraite.

   Avec le Président de la République, nous les examinerons sans tabous et
   je veux dire que nous n’esquiverons pas nos responsabilités.

   Au regard des évolutions de notre démographie, personne ne doit
   s’attendre à des décisions faciles, pour assurer la pérennité de nos
   régimes de retraite.

   Nous les assumerons.

   Le troisième rendez-vous législatif, c’est celui de la réforme de la
   procédure pénale.

   Là encore je ne doute pas que le débat sera vif, parce que nous allons
   transformer une vieille tradition française, celle de la procédure
   inquisitoire pour aboutir à une procédure mieux équilibrée pour les
   justiciables.

   Il s'agit de faire entrer notre pays dans la modernité sur ce sujet, et
   de mieux défendre les libertés individuelles.

   J'ajoute que j'ai à cœur, dans cette réforme, que soit engagée celle
   des règles de la garde à vue.

   Au fond, notre objectif c'est de mettre en œuvre un des engagements du
   Président de la République dans sa campagne, lorsqu'il avait parlé
   d'introduire les règles d'un habeas corpus à la française dans notre
   droit.

   Enfin, le quatrième rendez-vous sera celui des finances publiques.

   Une loi triennale de maîtrise des comptes publics et sociaux sera
   finalisée au printemps et sera débattue à l'automne au Parlement.

   Nous aurons à recaler nos prévisions pour tenir compte du poids des
   déficits d’aujourd’hui.

   Ces déficits minent notre compétitivité et hypothèquent notre avenir.

   Nous n’avons donc pas le droit d’esquiver le sujet.

   Et ce n’est pas seulement une obligation à l’égard de nos partenaires
   européens.

   C’est en réalité une question d’indépendance nationale.

   Je ne veux pas que notre pays soit en difficulté comme d’autres pays.

   Je ne veux pas que des regards extérieurs viennent inspirer d’ici
   quelques années des décisions pénibles pour tous les Français.

   Il faut dire la vérité, il faut se retrousser les manches.

   La révision générale des politiques publiques est un début.

   Il va falloir aller plus loin, tenir la barre contre le flot des
   dépenses publiques et cela sans casser la croissance par des impôts
   supplémentaires que la France n'a pas la possibilité de mettre en œuvre
   compte tenu de son niveau d'imposition.

   Je récuse l’idée d’une rigueur aveugle, mais il faut être responsable,
   sous peine de voir notre modèle social et notre niveau de vie
   durablement compromis dans un monde où tout est perdu pour les nations
   faibles.

   Cet effort, nous allons devoir l’engager dans la cohésion et dans la
   justice sociale.

   Le redressement de la situation de nos comptes exige la solidarité
   nationale.

   Enfin, Mesdames et messieurs, je ne peux pas esquiver le débat
   parlementaire que nous aurons sur le voile intégral.

   En tant que membre du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, je veux
   rappeler que j'ai été l’un des rares, sinon le seul, à me prononcer dès
   le départ pour une loi interdisant le port du voile à l’école.

   Le combat pour la laïcité, pour la protection des jeunes filles, pour
   l’égalité entre les sexes, c’est mon combat ! La position du
   Gouvernement a été exprimée par le chef de l’Etat lors de son discours
   au Congrès à Versailles, et répétée et précisée hier devant les
   parlementaires : "la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de
   la République française", a déclaré le Président de la République
   devant le Congrès.

   Ce n’est pas ensuite pour s'arrêter là, naturellement.

   Ce n'est pas une question de religion, parce que l’immense majorité des
   musulmans ne peut pas accepter que l’islam soit ainsi caricaturé.

   C’est une question de dignité.

   C'est une question de dignité de la femme, c'est une question de
   dignité parce que dans notre République, chacun doit pouvoir se
   regarder dans les yeux, sans se masquer et sans se défier.

   Il faut naturellement agir sans précipitation ; il faut agir dans le
   dialogue et dans le respect de chacun, mais il faut agir ! Le
   gouvernement souhaite pouvoir dégager un consensus aussi large que
   possible au Parlement, et je veux redire une nouvelle fois que ce n’est
   ni une affaire de droite, ni une affaire de gauche, mais c'est une
   affaire républicaine.

   La mission parlementaire doit aller au terme de ses travaux.

   Et au terme des travaux de cette mission, et au regard de ses
   conclusions, il faudra une résolution, une résolution suffisamment
   ferme pour fixer les principes.

   Je souhaite que cette résolution puisse réunir le maximum de suffrages
   de tous les républicains.

   Mais il faudra aussi derrière la résolution, sinon elle n'aurait pas de
   sens, des textes législatifs et des textes réglementaires pour
   l'appliquer.

   Sur le contenu de la loi, il y a, vous le savez, un débat sur son
   périmètre, sur les sanctions, sur la compatibilité avec la Constitution
   et avec la jurisprudence européenne… Nous avons choisi, avec le
   Président de la République, de faire en sorte que ce débat, soit
   tranché après les élections régionales pour qu'il ne soit pas pris en
   otage par les enjeux électoraux.

   Voilà, mesdames et messieurs, quelques réflexions que je voulais
   partager avec vous.

   Je crois que personne ne peut nier que, depuis 2007, la France a
   changé.

   Avec le Président de la République, nous avons essayé d'agir tous
   azimuts ; nous sommes allés vite pour éviter les blocages.

   Je pense que, peu à peu, le puzzle d’ensemble se dessine, et il révèle
   une France, que je crois plus moderne et plus volontariste.

   La France de 2012 sera celle qui verra notre démocratie politique et
   sociale rénovée.

   Elle verra ses universités plus entreprenantes.

   Elle sera entrée dans la mutation du développement durable.

   Elle sera réconciliée avec l’aventure européenne.

   Et elle aura vaincu le syndrome de la peur des réformes.

   Notre pays, que l’on dit parfois immobile et déprimé, est en mouvement.

   Qui aurait dit au moment de l’élection de Nicolas Sarkozy que nous
   aurions à traverser la plus forte crise que le monde ait connue depuis
   1929 ? Personne.

   Cette crise, elle a évidemment télescopé la politique des réformes.

   Elle aurait pu l’interrompre, elle aurait pu la casser.

   Elle aurait pu nous obliger à arrêter en attendant des jours meilleurs.

   Eh bien, nous avons fait le contraire.

   Nous avons choisi de soutenir nos banques en danger ; nous avons choisi
   d'organiser la relance ; nous avons chois d’engager l'avenir avec le
   grand emprunt.

   Nous connaissons mieux que quiconque nos talons d’Achille: c'est la
   situation de l’emploi, c'est l’endettement de notre pays, et puis c'est
   notre goût de la dispute et du découragement…! Nous avons refusé
   d’attendre des jours meilleurs.

   Nous avons fait le choix de l’action et le choix des réformes comme
   contrepoison, au fond, aux risques de la crise.

   Bon, tout ce que nous entreprenons n’est pas nécessairement parfait et
   je suis parfaitement lucide.

   Mais sur le fond, j’ai la conviction que nous sommes sur la bonne voie.

   Tout mon engagement au côté du Président de la République et toute ma
   détermination sont tendus vers la modernisation et vers le redressement
   de la France.

   Au regard de la rapidité et de la brutalité de la mondialisation, j’ai
   l’obsession des réformes et j'ai surtout la hantise du temps qui se
   consume.

   Je pense que tous ceux qui m'ont accompagné lors de mon récent
   déplacement en Chine, ont ressenti comme moi, ce que nous savons tous
   par ailleurs, l’immense énergie économique de l’Asie qui est en train
   de s’amplifier.

   Ce n'est pas seulement l'usine du monde, c'est en train de devenir
   l'université du monde, c'est en train de devenir le laboratoire du
   monde.

   Eh bien, pour la France, pour l’Europe, le combat ne fait que
   commencer.

   Et, ou nous renonçons à ce combat, faute de courage, et alors notre
   déclin est inéluctable, ou alors nous nous battons de toutes nos
   forces, par nos réformes, par notre innovation, par notre unité
   nationale par notre solidarité européenne, et alors nous pourrons tenir
   notre rang.

   Dans cette épreuve, il faut une mobilisation nationale.

   Une mobilisation de nos forces économiques, mais aussi de nos forces
   sociales, qui doivent comprendre que leur défi est commun.

   Mobilisation des citoyens qui doivent mesurer qu’il faut donner à la
   France autant que ce que la France leur donne.

   Si chacun en effet se replie sur son pré carré, si chacun croit pouvoir
   sauver ses acquis sans efforts, si chacun croit pouvoir mener
   solitairement sa course au profit sans partage, alors, je vous le dit,
   notre prospérité économique et notre modèle social sont condamnés à
   moyen terme.

   L'esprit républicain n'a jamais été aussi évident ; il n'a jamais été
   aussi légitime.

   Je crois à la vérité qui insuffle l'effort national ; je crois à la
   cohérence politique ; je crois à la durée et à la rigueur dans
   l'action.

   Certains jugeront sans doute cet exercice du pouvoir trop classique.

   Je l'assume, en vous demandant de ne pas interpréter ma réserve et ma
   gravité pour une indifférence à votre égard.

   Et c'est avec une réelle amitié que je vous souhaite une bonne et une
   chaleureuse année 2010.

   Que cette année comble tous vos espoirs personnels et qu'elle réponde,
   c'est mon souhait, à vos plus belles passions professionnelles.

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