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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Table ronde sur la situation de l’agriculture française
(06/03/2010)

   Bonjour à tous,

   Compte tenu de la gravité de la situation pour toutes les filières
   agricoles, parce que c'est la spécificité de la crise que nous
   connaissons, quasiment tout le monde est impacté.

   Sur les dix dernières années on en a eu des crises agricoles. Mais il y
   avait toujours un secteur qui allait mieux ou moins mal.

   Aujourd'hui, c'est quasiment tout le monde qui se trouve embarqué dans
   une crise qui créée beaucoup d'angoisses, beaucoup de souffrances et
   beaucoup d'interrogations sur l'avenir de l'agriculture. Et c'est parce
   que je suis conscient de cette situation, que j'ai voulu venir au
   Salon, et bien sûr aller saluer les stands, les éleveurs, les
   producteurs. Cela fait partie de la tradition, du folklore. C'est
   sympathique. J'aime beaucoup cela. Je l'ai fait moi aussi depuis des
   années. Mais enfin, écoutez, ce n'est pas au nombre de mains serrées
   que l'on va résoudre le problème des agriculteurs. On prend les
   cadeaux, on embrasse les petites filles, on se fait photographier
   devant les plus belles bêtes - tant mieux - on fait la publicité de la
   nouvelle pomme, on encourage les producteurs de fraises, on n'oublie
   pas les éleveurs de brebis. Mais ce n'est pas cela qui va sauver
   l'agriculture française. Je ne suis pas là pour cela. Tous peuvent
   faire cela. Pas moi, je suis Président de la République. De moi, on
   attend des décisions, des actes et du concret.

   Et c'est la raison pour laquelle, je vous en remercie, j'ai souhaité
   discuté avec vous. J'ai souhaité que cette discussion soit publique. Je
   n'ai rien à cacher. Je veux que les Français comprennent les enjeux de
   l'agriculture. L'agriculture est un secteur stratégique de l'économie
   française. L'agriculture, l'industrie agro-alimentaire, ce sont des
   éléments fondamentaux de la puissance économique de la France; il ne
   s'agit pas de folklore, il n'e s'agit même pas d'identité, même si
   l'agriculture fait partie de l'identité nationale. Il s'agit d'un
   secteur majeur de la puissance économique de la France. Les
   agriculteurs sont des entrepreneurs. Ce ne sont pas des cantonniers, ce
   ne sont pas des jardiniers, ce ne sont pas des assistés, ce sont des
   entrepreneurs.

   J'ai voulu ce temps de discussion, je crois que c'est la première fois
   qu'un Président de la République vient au Salon pour discuter avec tous
   les représentants, tous les syndicats -tous les syndicats confédéraux
   en tout cas-, parce qu'il y a bien sûr à l'intérieur des confédérations
   tous les secteurs, je n'ai exclus personne. Je remercie d'ailleurs à
   chacun d'être ici. Nous sommes là avec le ministre de l'Agriculture et
   le ministre de l'Aménagement du territoire pour mettre à plat tous les
   sujets. Je veux que vous compreniez que, pour moi, c'est un travail, ce
   sont des décisions à prendre. Vous attendez de moi des résultats.

   La première chose que je vais vous dire, c'est que je ferai pour
   l'agriculture française et européenne ce que nous avons essayé de faire
   quand il y a eu la crise financière. On a évité l'implosion du système.
   Je me battrai sur le front mondial comme sur le front européen avec la
   même énergie. Je ne céderai pas un demi-millimètre de terrain. Mais il
   faut qu'on se parle vraiment. Il y a des voies qui ont été utilisées
   depuis vingt ans qu'on ne peut plus utiliser. Je ne peux pas mentir aux
   contribuables français. On vous a versé des subventions depuis des
   années, qu'on n'avait pas le droit de verser. Vous avez été condamné à
   les rembourser. Ce n'est pas la voie à choisir. C'est tellement simple.
   J'en ai vu qui sont venus arpenter les allées du Salon de
   l'Agriculture. C'est ceux-là mêmes qui vous avaient promis puis donné
   des subventions au moment où il y avait une crise, pour apaiser la
   colère. Dix ans après, il faut tout rembourser. Est-ce que c'est la
   solution ? Qui peut dire que c'est la solution ? Les solutions que nous
   vous proposons sont toutes des solutions légales. Ce ne sont pas des
   impasses.

   Deuxième chose, il y a des slogans démagogiques comme sur la question
   si angoissante des éleveurs et des producteurs de lait. Ils ont perdu
   plus de 50% de leur revenu. Je dis aux Français : " Regardez, qui
   accepterait dans la population de perdre 50% de son revenu ? ". Il faut
   les comprendre. Ils sont à bout de nerfs et avec cela ils sont calmes
   autant qu'on peut l'être. Je me mets à leur place. Mais la solution, ce
   n'est pas les quotas. Parce qu'on est dans le monde d'aujourd'hui, on
   n'est pas dans le monde d'il y a trente ans. Donc, ce qu'avec Bruno
   LEMAIRE on essaye d'élaborer, ce sont des solutions structurelles pour
   résoudre vos problèmes. Bien sûr, à partir de ce moment-là, il y a
   plusieurs temps. Je ne veux pas être trop long, je m'en excuse, mais je
   préfère vous dire un certain nombre de choses, comme Jean-Michel
   LEMETAYER m'y a appelé, puis après je répondrai à toutes vos questions,
   vos suggestions, on peut avoir un point de désaccord, ce n'est pas un
   drame. Essayons de trouver la solution. Vous l'avez bien compris, pour
   moi l'agriculteur c'est un entrepreneur. Un entrepreneur, cela vit de
   son savoir faire, c'est-à-dire de ses prix, pas de ses subventions. La
   question des prix, elle est absolument centrale. Je vais y revenir.

   Alors, je n'ignore nullement qu'il y a un problème d'urgence. Est-ce
   qu'on peut évacuer ce problème d'urgence, en tout cas apporter des
   solutions et puis se consacrer à ce qui est structurel, à ce qui est à
   cinq ans, à dix ans, à ce que tous les jeunes qui sont là, qui m'ont
   dit : " est-ce qu'on pourra demain être agriculteurs toujours, c'est
   l'angoisse ".

   Pour ce qui est de la crise actuelle, il y a quatre mois à Poligny
   j'avais annoncé un plan qui prévoyait un milliard d'euros de prêt de
   trésorerie et de consolidation à taux bonifiés. Ecoutez c'est très
   simple, à la minute où je vous parle, j'avais annoncé un milliard avec
   le ministre, on est à un milliard huit. Cela prouve deux choses. Que le
   plan n'était pas si mauvais que cela. Et je remercie les syndicats qui
   ont accepté ce plan. Parce que si le plan avait été mauvais, pourquoi
   les agriculteurs seraient-ils venus au guichet ?

   Donc, je le dis, nous allons financer en complément, la totalité des
   prêts bonifiés de trésorerie et de consolidation déposés dans les
   délais impartis. Personne ne restera en dehors, on prend tout.

   Deuxièmement, pour les intérêts bancaires, j'avais annoncé une
   enveloppe de cent millions pour financer cette mesure. Je vous annonce
   aujourd'hui que nous allons l'augmenter de cinquante millions. Pourquoi
   ? Parce que je ne peux pas ouvrir un guichet, avec le ministre Bruno LE
   MAIRE à qui je dois rendre hommage d'ailleurs, et en même temps dire,
   écoutez on avait prévu cent millions, il y a cent cinquante millions de
   demandes. Non, on assume tout. Y compris ceux de vos collègues qui ont
   été brisés par la tempête Xynthia. J'ai vu un agriculteur de Vendée qui
   a tout perdu. Ces bêtes ont été noyées par le raz-de-marée, tout est
   détruit. Les seules bêtes qu'il a sauvées, le pauvre, c'est celles qui
   étaient au salon.

   Naturellement, on a mobilisé une première enveloppe de cinq millions,
   mais on mettra l'argent qu'il faut, on ne les laissera pas tomber. Je
   pense à eux. Je pense aux ostréiculteurs, à toute la filière de la
   conchyliculture et qui souffrent depuis dix ans absolument chaque
   année, on ne peut pas les laisser tomber.

   Cela c'est pour l'urgence, je vous l'annonce aujourd'hui. On s'est mis
   d'accord avec Bruno LE MAIRE. L'argent sera là pour financer tout ce
   qui vous permettra de passer le gros de la crise. Je vois que les cours
   remontent un petit peu dans certains secteurs. Ce n'est pas bien
   extraordinaire. Les céréales, cela remonte un peu, les fraises, on a
   plutôt de bonnes nouvelles, le lait dans certains secteurs, cela
   commence à frémir. Entre parenthèse, je voudrais rappeler aux
   producteurs de lait qu'on vend le lait, en France, grâce à ce que l'on
   a fait, et merci aux syndicats qui l'ont accepté, 15% plus cher ici. On
   l'achète 15% plus cher aux producteurs qu'en Allemagne. C'est une
   vérité. Elle peut déranger, mais c'est la vérité. Il faut voir la
   situation en face. Hier soir, je regardais, pour être bien sûr de ne
   pas me tromper le prix auquel on achète le lait aux producteurs de lait
   dans tous les pays européens, en France, c'est le quatrième prix. Cela
   prouve que l'on n'a pas fait trop de bêtises en la matière.

   A partir de ce moment-là, on rentre dans un autre domaine. Ne vous
   inquiétez pas, je répondrai à tout. Je préfère vous présenter les
   choses dans un contexte global que vous compreniez où on veut aller.
   Cela fait bien longtemps que je considère que ce fut une erreur
   dramatique d'échanger des prix contre des subventions. Je m'en
   explique, pas auprès de vous, vous les connaissez, mais auprès de ceux
   qui nous regardent. On a voulu s'aligner sur les prix mondiaux et
   notamment les prix américains, et on a dit aux agriculteurs en Europe
   et en France, depuis les vingt dernières années : " ne vous inquiétez
   pas les prix baissent, vous ne couvrez plus vos prix de revient, on va
   vous compenser par de subventions ". C'était un mensonge et c'était une
   erreur. Parce qu'un jour, il n'y a plus d'argent dans les budgets, donc
   il n'y a plus de subventions. Donc, ce que vous avez perdu sur les
   prix, on ne vous le compense plus en subventions. Et puis avec les
   subventions sont venus les contrôles, la paperasserie, et les
   contrôleurs. Et on s'est trouvé dans une situation où il y a tout un
   tas d'exploitations où la part des subventions est égale à la part de
   la production. Cela n'a pas de sens si l'agriculteur est un producteur.
   On ne peut pas vivre comme cela. Je dis d'ailleurs, et je prends mes
   responsabilités, je dis d'ailleurs à nos partenaires de l'Europe : "
   vous voulez baisser le budget agricole, on peut en discuter. Mais dans
   ce cas-là, la France exigence la préférence communautaire et les prix.
   " Je ne fais pas de démagogie. Je vous dis, vous m'avez bien entendu,
   je suis prêt à accepter qu'on diminue la part des dépenses agricoles
   dans le budget communautaire à condition qu'on fasse de la préférence
   communautaire. Ma conviction, c'est que l'avenir de l'agriculture c'est
   des prix. Qu'il est absolument anormal que des producteurs de lait,
   quand ils livrent le lait, on ne leur dit même pas à quel prix on va
   leur payer. Qui peut accepter une chose pareille ? Il est parfaitement
   anormal qu'on continue à importer en Europe des produits, des viandes,
   venant de pays qui n'ont aucune règle de traçabilité, alors qu'on
   impose à nos éleveurs des règles de traçabilité, que je reconnais
   d'ailleurs pour la sécurité alimentaire. Mais si on impose à nos
   éleveurs, on doit l'imposer aux produits qu'on importe en Europe. Cela
   s'appelle la préférence communautaire.

   Donc, la position de la France est très claire. On est souple sur la
   question des subventions. Mais on sera rigide sur la question de la
   préférence communautaire et la question des prix.

   Je voudrais d'ailleurs, au point où j'en suis, dire un mot de toutes
   ces questions d'environnement. Parce que là aussi, cela commence à bien
   faire. Je crois à une agriculture durable, j'y crois. Je ne renoncerai
   pas à l'ambition de mettre la France au premier plan des pays qui
   construiront une économie durable et une agriculture durable.
   D'ailleurs, les agriculteurs seraient les premières victimes des
   pesticides, puisque par parenthèse, c'est vous qui vivez les premiers
   sur vos territoires. Mais, il faut que nous changions notre méthode de
   mise en oeuvre des mesures environnementales en agriculture. Il faut
   que cela change. Bruno LE MAIRE et Jean Louis BORLOO, dès la semaine
   prochaine, vont tenir un premier groupe de travail autour d'une
   nouvelle méthode d'analyse des mesures environnementales en
   agriculture. Je voudrais l'articuler, cette nouvelle méthode, autour de
   trois axes : une analyse comparée avec ce qui se fait chez nos
   partenaires européens, moi, je suis désolée, je n'accepte plus les
   distorsion de concurrence à l'intérieur de l'Europe où nos
   agriculteurs, on leur empoisonne la vie tous les jours et les autres,
   on ne leur demande rien. Je ne veux pas critiquer, mais regardons ce
   qui se passe en Allemagne. Sur les normes environnementales je souhaite
   qu'on montre l'exemple, mais qu'on avance en regardant ce que font les
   autres, parce que sinon il n'y aura plus d'éleveurs de porcs bientôt
   chez nous. Deuxièmement, une étude d'impact économique et social de
   cette mesure sur les filières françaises, et un chiffrage du bénéfice
   attendu pour la société dans son ensemble. Au fond, le maître mot c'est
   le pragmatisme. C'est cela le maître mot en la matière. Je prends un
   exemple, on veut qu'il y ait moins de rejet de CO², donc il faut
   protéger la forêt. Mais, enfin, nous prairies herbagères sont des
   réserves de stockage de CO². Donc, je ne veux pas qu'on entende parler
   de la suppression de la prime à l'herbe, puisque la prime à l'herbe est
   un élément de la lutte contre le CO².

   Donc, on va mettre en place une nouvelle méthode. Alors je sais bien,
   il y en a qui dise qu'il faut un moratoire. Je dis : " il faut du
   pragmatisme ". Une nouvelle méthode de travail ensemble, on pilote
   cela. En tout cas, je ne laisserai pas sacrifier les intérêts de notre
   agriculture par rapport au comportement des autres.

   Il y a enfin, toute la question extrêmement difficile de l'organisation
   économique de notre agriculture. J'ai dit à Bruno LE MAIRE que les
   soutiens octroyés aux filières doivent être donnés en contrepartie du
   regroupement des producteurs. Je sais bien que dans l'agriculture, vous
   avez tous la tête près du bonnet, vous êtes attachés à votre liberté, à
   votre indépendance, qu'il n'y a pas un agriculteur qui ressemble à un
   autre agriculteur, même si vous êtes de la même famille. Mais il faut
   le regroupement des producteurs. S'il n'y a pas de regroupement des
   producteurs, vous ne pèserez pas dans les discussions avec la
   distribution.

   Puis-je me permettre une autre chose, c'est une autre erreur que celle
   qui a consisté pour l'agriculture d'abandonner tout le pouvoir sur les
   réseaux de distribution. Je veux le dire, je me mets même dans l'erreur
   si vous le voulez. Cela ne pose pas de problème pour moi. On a trop
   parié sur les subventions et pas assez sur les prix. Par ailleurs, on
   s'est préoccupé de la production, ce qui est tout à fait nécessaire et
   en rien de la distribution. Permettez-moi de vous dire que les
   producteurs quel que soit le domaine qui ont réussi à traverser toutes
   les crises et à s'en sortir, sont ceux qui avait une maîtrise de leur
   circuit de distribution. Or, la division des producteurs, rend
   impossible la maîtrise de la distribution. Donc, vous êtes des
   producteurs de qualité. Il y a un savoir faire dans l'agriculture
   française exceptionnel. Mais en matière de distribution à part quelques
   produits d'appellation contrôlée, on fait la vente à la ferme, vous ne
   pesez en rien sur la distribution, sur la commercialisation, sur la
   vente. C'est quand même un sujet que Bruno va envisager dans le cadre
   de la loi de modernisation de l'agriculture.

   Je vous dis cela pourquoi. Parce que nous vous aiderons à peser sur le
   partage de la valeur ajoutée. Moi je n'accepte pas de voir les prix des
   pommes sortir aux prix où cela sort aux producteurs et voir le prix où
   il s'est vendu aux distributeurs. Il y a un problème de partage de la
   valeur ajoutée. Il faut le poser clairement. J'ai toujours plaidé pour
   que vous ne preniez pas comme tête de turc la distribution, parce que
   c'est toujours mauvais signe quand le client se fait taper dessus par
   le commerçant. Mais il y a un problème de partage de la valeur ajoutée.
   On vous aidera dans le cadre de la seule politique possible qui est
   celle de la contractualisation.

   Qu'est-ce que cela veut dire ? Vous les agriculteurs, vous les
   éleveurs, vous les paysans, vous avez besoin de lisibilité. Il faut
   qu'on puisse discuter des accords de prix, de la qualité des produits
   sur le long terme. Et on pèsera avec vous.

   J'ajoute également que je suis très conscient des problèmes de
   compétitivité extraordinaire qui sont les vôtres avec les charges
   sociales. D'ici à la fin de ce mois, on aura pris avec Bruno LE MAIRE
   les décrets pour supprimer la totalité des charges sociales patronales
   sur les saisonniers, la totalité. C'est 170 millions d'euros de plus.
   Alors je sais que cela vous met le SMIC horaire à 9 euros au lieu de 10
   et que les Allemands sont encore en dessous, parce qu'il y a une
   utilisation de la population immigrée dans leur pays. Ouvrons le débat
   ensemble et avec votre ministre pour voir comment on peut aller plus
   loin là-dessus. Mais on aura supprimé la totalité des charges sociales
   sur les saisonniers. Depuis le temps que j'entends demander cela. C'est
   fait. C'est décidé. C'est voté. Le décret sort à la fin du mois, vous
   l'aurez.

   Je voudrais terminer en disant deux choses. D'abord la question du
   foncier agricole. Il faut qu'on protège nos terrains agricoles, sinon
   il n'y aura plus de jeunes qui s'installeront, qui pourront
   s'installer. Le projet de loi mettra en place un système qui protègera
   les terrains agricoles, et notamment quand on vendra des terrains
   agricoles pour en faire autre chose, il y aura une taxe de 10%. Nous
   devons protéger nos terrains agricoles. Nous en avons besoin. Il y aura
   une commission. Je ne rentre pas dans les détails. Je suis prêt à en
   parler si vous le voulez. Mais la question du foncier agricole. On perd
   quoi ? un département tous les dix ans de terres agricoles, on ne peut
   pas continuer comme cela.

   Il y a également la question des entreprises agro-alimentaires.
   L'agro-alimentaire est un sujet, cher Jean-René BUISSON, considérable
   pour nous, absolument considérable. Nous allons, avec le grand emprunt,
   investir près de 1,5 milliard dans les biotechnologies pour
   l'agriculture, l'agronomie et la santé. Nous allons développer
   l'industrie agro-alimentaire qui est stratégique pour nous et quand le
   fond souverain à la française vient de prendre pour 150 millions
   d'euros de participation dans la coopérative agricole Limagrain, c'est
   bien un acte, je le dis à Philippe MANGIN, c'est quand même une
   décision. Cela montre bien que Limagrain, c'est stratégique. Pour
   Sodiaal et Entremont, j'espère que dans quelques jours, ils
   conclueront. Je le dis pour montrer que pour moi l'agriculture, c'est
   stratégique économiquement parlant, et qu'il n'est pas question de
   laisser tomber.

   Enfin, pour en terminer avant de parler avec vous. La France assumera
   la présidence du G20 et du G8 en novembre de cette année pour un an. Je
   mettrai le thème de la régulation du prix des matières premières au
   coeur de l'activité du G20. C'est absolument indispensable de réguler.
   Nous sommes plus forts, parce qu'on a vu ce que la dérégulation des
   marchés pouvait apporter comme catastrophe en matière financière. Ce
   n'est pas pour faire la dérégulation des marchés agricoles. Cela n'a
   pas de sens.

   S'agissant de l'Europe, la France est le pays qui est en tête pour la
   nouvelle politique agricole commune. Je ne reculerai pas d'un
   centimètre. L'agriculture ne sera pas la variable d'ajustement.

   Vous savez, mes chers amis, la France après le non référendum de 2005
   s'est trouvé très isolée en Europe. Vous avez bien vu depuis 2007 tout
   le travail qui est mis en oeuvre pour qu'on reprenne toute notre place
   en Europe. Si d'ailleurs j'ai choisi un ministre de l'agriculture qui
   avait été ministre des Affaires européennes avant, cela a un sens.
   Aujourd'hui, le poids de la France en Europe est important. S'il y a eu
   Lisbonne, si on est sorti de la crise financière, s'il y a eu la paix
   en Géorgie, c'est parce que la France a joué un rôle. En matière de
   nouvelle politique agricole commune, je n'accepterai aucun abandon. Je
   le dis, pour moi c'est très important. Je recevrai demain le premier
   ministre grec. Entre parenthèse, la Grèce, c'est capital pour nos
   éleveurs, parce que, sauf à dire une bêtise, ce que je ne crois pas,
   c'est le premier débouché pour la viande bovine. Ce n'est pas assez. A
   ceux qui se demandent pourquoi j'entretiens de tels rapports avec la
   Grèce et j'aide la Grèce, ce n'est pas simplement parce que mon grand
   père est né à Salonique. Je sais bien les commentateurs...toujours à
   l'essentiel, on n'est jamais déçu de ce côté-là. C'est parce qu'ils
   ignorent sans doute que la Grèce est notre premier débouché pour la
   viande bovine. Je soutiens la Grèce. Pour moi, il y a deux choses que
   je lie. Cela va peut-être vous étonner. Si on a fait l'euro, on ne peut
   pas laisser tomber un pays qui est dans la zone euro. Ou alors, ce
   n'était pas la peine de faire l'euro. Et c'est pour cela que je
   soutiens la Grèce. Sinon l'euro n'a pas de sens. S'il n'y a pas de
   solidarité entre nous, s'il n'y a pas un gouvernement économique, cela
   n'a pas de sens. Mais je me battrai avec la même farouche énergie pour
   défendre la politique agricole commune. La préférence communautaire et
   notre agriculture, sinon ce n'est pas la peine d'avoir fait l'Europe.
   La première politique commune, la seule d'ailleurs, c'est la politique
   agricole. Si c'est pour la laisser tomber.

   Donc, vous voyez les choses sont très claires dans mon esprit. Ce sera
   une nouvelle politique agricole commune fondée sur des prix, sur la
   préférence communautaire ou c'est plus d'Europe. Ce sera le soutien à
   la Grèce, parce qu'ils font des efforts ou c'est plus l'euro. Mais il
   faut être cohérent, il faut être logique si on veut que les gens nous
   comprennent. Je le mets au même niveau de priorité dans ma conception
   de l'Europe. Et personne ne peut me faire de procès de ne pas être
   assez européen ou de ne pas m'être assez engagé au service de cet
   idéal. Je le dis d'ailleurs d'autant mieux qu'avec Michel BARNIER et
   Bruno LE MAIRE, on vous a imposé de revoir la PAC. Cela n'a pas été
   simple, cela a créé bien des tensions dans vos familles. Mais moi je
   pense que la PAC est plus facilement défendable si elle est juste. Et
   c'est vrai qu'on a pris aux céréaliers pour donner aux éleveurs. C'est
   vrai que, manque de chance, à partir du moment où l'on faisait cela,
   les céréaliers rentraient dans une baisse des prix. Donc, il faut qu'on
   les accompagne eux aussi. Mais la PAC doit être juste, parce que si
   elle n'est pas juste, on ne pourra pas la défendre.

   Voilà. J'étais trop long, je m'en excuse auprès de vous. Je pense que
   cela met un cadre et maintenant je suis tout à fait prêt à discuter
   avec Michel MERCIER, Bruno LE MAIRE de tous les sujets que vous
   souhaiteriez évoquer avec moi.

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