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Discours politique

François Fillon, Fillon : nous devons être lucides, visionnaires, généreux et
ambitieux (07/01/2011)

   Monsieur le Premier ministre,

   Mesdames et Messieurs les Ministres,

   Mesdames et Messieurs,

   Mon cher Eric,

   C’est pour moi un très plaisir et un très grand honneur d’ouvrir ce
   nouveau rendez-vous, qui a été voulu et organisé par Eric BESSON, pour
   décrypter les dysfonctionnements de l’économie mondiale mis en lumière,
   avec quelle brutalité, par la crise financière.

   Je suis heureux de le faire aux côtés de Monsieur PAPANDREOU, dont je
   voudrais saluer devant vous le courage et le sens de l’intérêt général.

   Cette année, nous tournons nos regards vers la sortie de crise et
   comment anticiper le nouveau monde qui s’apprête à émerger.

   Parmi les évolutions marquées de l’année écoulée, il y a le basculement
   accéléré de l’économie mondiale vers l’Est et vers le Sud/ Les pays
   émergents représentent désormais plus de 50% de la production
   industrielle contre 30% il y a vingt ans et détiennent 80% des réserves
   de change.

   La Chine, qui avait ravi à l’Allemagne sa place de premier exportateur
   mondial, est devenue en 2010 la deuxième puissance économique mondiale.

   La question est maintenant de savoir quand l’économie chinoise
   dépassera celle des Etats-Unis ? En 2003, certains envisageaient que la
   Chine deviendrait la première économie mondiale à l’horizon 2040 et, à
   l’époque, cette perspective paraissait bien lointaine et bien
   aléatoire.

   Et bien, maintenant, elle est envisageable dès le début de la prochaine
   décennie.

   Alors que l’économie américaine n’a pas encore retrouvé son niveau
   d’avant crise, le PIB de la Chine a augmenté de 28 % depuis 2008 et en
   2011.

   Même si des signes d’accélération de l’activité se manifestent dans les
   pays avancés, le rythme de la croissance devrait demeurer à deux
   vitesses, les pays émergents devant faire face à des risques de
   surchauffe, alors que les pays avancés doivent encore gérer les
   cicatrices humaines et financières de la récession.

   Bref, cette crise ouvre sur un monde nouveau qui portera l’Asie et
   l’Amérique Latine sur le devant de la scène.

   Ce sera un monde hautement connecté, fait d’échanges rapides et
   d’imagination valorisée, un monde où les civilisations
   s’entrecroiseront et se frotteront les unes aux autres, un monde où les
   identités nationales devront être pensées comme des tremplins, pour se
   projeter vers l’extérieur et vers l’avenir et non pas comme des refuges
   illusoires.

   Ce monde fera la part belle à ceux qui seront être réactifs, mobiles, à
   ceux qui auront envie de créer, d’innover, il verra émerger de
   nouvelles activités.

   Au fond ce nouveau monde, dont je ne sous–estime pas la rudesse et les
   exigences, a pourtant toutes les chances d’être plus ouvert et plus
   équitable que l’ancien.

   Qui de nous regrettera le temps de la guerre froide et de la bipolarité
   ? Qui de nous regrettera le temps où des continents entiers se voyaient
   condamnés au silence et à la pauvreté ? L’Histoire avance, bouscule les
   situations acquises, elle ouvre des brèches, l’Histoire nous défie et
   je refuse de penser que la France et l’Europe soient à ce point
   frileuses et déclinantes pour ne pas voir que l’avenir reste ouvert.

   Dans le changement, nous devons voir une opportunité et pas seulement
   un risque.

   L’année dernière, en clôturant ce même rendez-vous Eric, j’avais
   souligné parmi les effets majeurs de la crise, l’importance du retour
   du politique et la prise de responsabilité accrue à laquelle elle nous
   avait invités.

   Et bien je crois que l’évolution du G20 a donné un exemple fort de
   cette implication responsable, au dernier sommet à Séoul.

   Nous sommes passés à une phase de construction, qui ose les plans sur
   le long terme et les réformes structurelles.

   En l’espace de cinq sommets on peut dire que nous avons sauvé le
   système financier mondial au bord de l’effondrement.

   Nous avons efficacement et collectivement lutté contre la tentation
   protectionniste et nous avons profondément renforcé les institutions
   financières internationales.

   Nous les avons dotées de nouveaux moyens.

   Nous avons fait évoluer leur gouvernance en tirant les conséquences de
   la place nouvelle que doivent occuper les grands pays émergents dans la
   gouvernance mondiale : à la Banque mondiale d’abord, entre les Sommets
   de Pittsburgh et de Toronto, puis au FMI, lors du sommet de Séoul.

   Enfin, nous avons commencé à réguler le système financier
   international.

   Depuis le sommet de Washington, en 2008, des progrès majeurs ont été
   accomplis en matière de régulation financière, aussi bien pour les
   règles en matière de capital et de liquidité des banques que pour
   l’encadrement des produits dérivés, le contrôle de la titrisation, la
   lutte contre les paradis fiscaux et l’encadrement du bonus des traders.

   Dans l’urgence, je crois qu’on peut dire que les Etats ont su se
   mobiliser, mais, maintenant que le risque peut paraître s’éloigner,
   cette dynamique et cette vigilance ne doivent pas faillir.

   L’avenir et la légitimité du G20 en dépendent, le G20 doit montrer
   qu’il reste capable de prendre des décisions et de les mettre en œuvre,
   sans quoi d’autres institutions tenteraient de le remplacer.

   Le G20 doit réussir à s’attaquer aux grands chantiers en attente depuis
   de longues années, je veux vous dire que c’est bien la volonté de la
   présidence française d’y veiller.

   Les priorités que nous avons proposées sont connues : la première,
   c’est la réforme du système monétaire international, auquel vous allez
   consacrer votre après-midi avec Christine LAGARDE notamment et Felipe
   LARRAIN.

   En matière de régulation financière, nous devons poursuivre les
   chantiers déjà engagés et nous assurer de la bonne mise en œuvre des
   règles décidées par le G20 sur toutes les places financières.

   Nous chercherons aussi à étendre l’agenda de régulation, là où elle
   reste insuffisante.

   Il est en particulier impératif de renforcer la régulation du système
   bancaire parallèle - ce que les anglo-saxons appellent le «shadow
   banking» - sans cela nous courrons le risque d’aboutir à une situation
   paradoxale, que nos efforts pour renforcer la régulation du secteur
   bancaire traditionnel ne fassent finalement que reporter l’activité et
   les risques vers des nouvelles formes d’intermédiation bancaire qui,
   elles, auraient échappé à la régulation.

   Nous proposerons également à nos partenaires de renforcer le volet
   «marché» de l’agenda de régulation financière du G20 dans la continuité
   des travaux européens en faveur d’une meilleure transparence et d’une
   protection accrue de l’intégrité des marchés.

   Face à l'excessive volatilité des prix des matières premières (et
   notamment des prix agricoles et énergétiques) nous aurons aussi à
   trouver des solutions, et cela sera la deuxième grande priorité de la
   présidence française.

   A ces chantiers s’ajoutera l'amélioration de la gouvernance mondiale,
   qui concerne aussi bien le G20, son organisation interne et ses liens
   avec les organisations internationales, que l’ensemble du système des
   Nations Unies.

   Notre monde globalisé a besoin d'un système multilatéral qui fonctionne
   de manière plus efficace.

   Nous avons réussi à réformer la Banque Mondiale, nous avons réussi à
   donner un nouvel élan et de nouvelles responsabilités au Fonds
   Monétaire International, est-ce qu’on peut en faire de même avec les
   Nations Unies ? Sans vouloir se substituer aux organes compétents des
   Nations Unies, la France entend poser cette question légitime.

   Enfin, la présidence française du G8 et du G20 sera l’occasion d’offrir
   un tremplin à des sujets dont nous considérons qu’ils ont été
   insuffisamment ou pas du tout traités jusqu’ici.

   A Séoul, on a évoqué pour la première fois le développement, qui
   jusqu'ici ne relevait pas du G20, et je pense qu’on ne peut pas
   envisager de croissance durable sans y engager le continent africain et
   les pays les plus pauvres.

   C’est la raison pour laquelle nous avons mis en avant le financement
   des infrastructures et la sécurité alimentaire, auquels la France a
   souhaité ajouter les financements innovants, indispensables pour
   compléter l'aide publique au développement.

   A Séoul également, le Président de la République a souhaité mettre à
   l’ordre du jour la dimension sociale de la mondialisation.

   Le constat, tout le monde peut le faire, dans un contexte d'une
   mondialisation déséquilibrée le social est une variable d'ajustement et
   fait l’objet le plus souvent l’objet d’une forme de dumping.

   Ces dumpings ont des coûts humains mais aussi des coûts sociaux,
   environnementaux, qui sont considérables.

   La mondialisation ne doit pas servir à excuser des renoncements
   éthiques et politiques, une meilleure régulation sociale de la
   mondialisation est possible et elle est nécessaire - nous en avons la
   conviction - c’est pourquoi nous allons la mettre au cœur de la
   présidence française du G20.

   L’ Organisation Internationale du Travail a toujours défendu cette
   thèse, avec courage, et, pour aider ce chantier à progresser, nous
   pensons qu’elle aura un rôle primordial à jouer.

   Dans le cadre du G8, la question de l'Internet et plus généralement de
   l’économie numérique a été identifiée comme un sujet de réflexion
   central.

   D’abord, parce que de secteur représente une part de plus en plus
   importante de notre économie.

   En 2030 Internet devrait représenter 20% du Produit Intérieur Brut
   mondial, mais aussi parce qu’il irrigue tous les secteurs et qu’il est
   facteur de compétitivité, qu’il crée de l’emploi, qu’il concourt à
   l’attractivité des territoires, enfin parce qu’il offre à tous un accès
   irremplaçable à la culture et à l’éducation, et pourtant – il faut bien
   le dire – jusqu’à maintenant très peu de rencontres de haut niveau, je
   veux dire de rencontres au niveau des chefs d’Etat et de Gouvernement
   de la planète, lui ont été consacrées.

   Nous souhaitons évoquer plusieurs aspects.

   L’accès et au financement des infrastructures, un sujet auquel nos
   différents pays sont confrontés et sur lequel pourront partager leur
   expérience, la question de la valeur et de son partage entre les
   différents acteurs ainsi que celle des différents modèles économiques.

   On ne peut pas continuer à imaginer une organisation d’économie
   numérique où les activités qui se tiennent sur le territoire des Etats
   ne donnent pas lieu à une participation, au financement des
   infrastructures et de la vie sociale de ces Etats.

   Cette question englobe aussi le respect de la propriété intellectuelle,
   celle de la rémunération des contenus, ainsi que le traitement fiscal
   des services numériques.

   Autre grand volet, nous devrons réfléchir aux meilleures manières de
   renforcer la sécurité et la confiance dans les réseaux et dans les
   services numériques.

   Cela implique de se pencher sur la protection des données personnelles
   et des libertés individuelles, sur le droit des consommateurs, sur la
   sécurisation des paiements, mais aussi sur la résilience des réseaux et
   la lutte contre la cybercriminalité.

   Mesdames et Messieurs, Le premier cadre d’action de la France à
   l’international c’est bien sûr la Zone Euro.

   Or ces derniers mois la Zone Euro a fait l’objet d’attaques sérieuses.

   La tourmente qui a affecté le système bancaire irlandais, associée aux
   problèmes budgétaires du pays, a entraîné une reprise de l’instabilité
   sur les marchés souverains de certains pays de la Zone Euro.

   Des spéculateurs ou des commentateurs qui, le plus souvent, n’ont
   jamais cru à la monnaie unique font le pari d’une contagion à d’autres
   pays.

   Eh bien je veux d’abord rappeler que cette crise n’est pas la crise de
   l’euro, l’euro est indiscutablement une monnaie forte, c’est la seconde
   devise mondiale, elle est devenue l’une des principales monnaies de
   réserve.

   Cette crise, c’est surtout une crise de confiance à l’égard de certains
   pays de la Zone Euro qui ont été affaiblis par la crise économique et
   dont les modèles de croissance ont vu leurs lacunes exposées par la
   crise : la dérive des finances publiques pour la Grèce – Monsieur
   PAPANDREOU vient de l’évoquer - ou la bulle de l’endettement liée à
   l’immobilier en Irlande.

   Au départ, il y a d’abord une crise budgétaire classique - comme on en
   trouve dans l’Histoire économique en sortie de crise financière - les
   conséquences ce sont l’effondrement des recettes fiscales, la hausse
   des dépenses publiques et, donc, l’explosion de l’endettement public.

   Pour un certain nombre de pays, ces déséquilibres budgétaires sont
   aggravés par la nécessité de résorber simultanément un excès
   d’endettement privé et une bulle immobilière.

   Leurs difficultés viennent, enfin, d’une perte de compétitivité due à
   une augmentation excessive des coûts salariaux et d’un creusement sans
   contrôle des comptes extérieurs.

   Ces dérapages ne sont pas le fruit de la monnaie unique, ils sont le
   fruit de politiques économiques inadéquates, ils sont la conséquence de
   déficits publics insuffisamment réduits durant les périodes
   d’expansion, d’une régulation bancaire insatisfaisante qui ne tient pas
   compte de la montée des risques et d’une maîtrise insuffisante de
   l’évolution de la demande intérieure.

   Bien sûr ces dérapages nous interpellent collectivement, parce que
   notre responsabilité, c’est de mettre en place les mécanismes de
   surveillance au niveau européen qui permettront de prévenir ces
   risques.

   Mais je voudrais souligner deux choses, que l’on perd trop souvent de
   vue.

   Le dérapage des finances publiques, le gonflement de bulles
   immobilières et de crédit, l’érosion de la compétitivité n’ont pas
   concerné que les pays de la Zone Euro.

   D’autres pays ailleurs ont connu ces phénomènes et parfois même de
   grande ampleur.

   Pour les pays de la zone dont les politiques se sont révélées
   inadéquates, les ajustements sont devenus inévitables.

   Mais nous ne devons pas laisser croire qu’il en serait allé autrement
   si ces pays n’avaient pas appartenu à la Zone Euro, aucun pays
   confronté à une crise sérieuse de sa dette souveraine n’a échappé à une
   compression du pouvoir d’achat et de la demande intérieure.

   La crise, qui touche certains pays de la Zone Euro, ne remet pas en
   cause la pertinence de cet espace commun, ni les bienfaits apportés par
   plus de dix ans de stabilité des changes.

   L’Euro a favorisé le développement d’un grand marché au bénéfice des
   consommateurs et des entreprises, l’Euro a rempli son objectif de
   stabilité des prix et de préservation du pouvoir d’achat des ménages,
   personne n’ose imaginer les désordres monétaires que nous aurions
   connus en Europe si la monnaie unique n’avait pas existé lors de la
   crise de 2008 et, contrairement à ce qu’on entend parfois, l’Euro n’a
   pas constitué un frein à la croissance.

   De 1999 à 2009 le PIB par habitant a progressé de 2,7% en France.

   Globalement, la Zone Euro reste solide et, lorsqu’on examine la
   situation des finances publiques de la Zone Euro dans son ensemble -
   comme vient de le dire à l’instant le Premier ministre Grec - elle est
   moins dégradée que celle des Etats-Unis ou du Japon.

   C’est visible en termes de déficit : - 6,7% du PIB pour la zone Euro en
   2010 contre respectivement -11,1 et - 9,6 pour les Etats-Unis et le
   Japon.

   En termes de dette également avec 84% du PIB pour la Zone Euro fin 2009
   contre respectivement 93 et 226% pour les Etats-Unis et le Japon.

   Mais nous ne devons pas non plus, au regard de ces comparaisons, nous
   voiler la face.

   La crise a révélé des insuffisances d’organisation au sein de la Zone
   Euro, la surveillance des Etats de la Zone Euro a montré d’évidentes
   lacunes, entraînant une dangereuse divergence de compétitivité entre
   les Etats membres et on a vu que la Zone Euro ne disposait d’aucun
   mécanisme de stabilisation financière.

   Face à ces lacunes, la réactivité de la Zone Euro a été extrêmement
   forte, je sais qu’il y a eu des critiques ici ou là sur la façon dont
   l’Europe a réagi à la crise, mais je voudrais dire que ceux qui les
   portent ne mesurent pas l’ampleur des décisions qui ont été prises en
   moins d’un an.

   Face à la crise de la dette souveraine grecque l’Union Européenne a
   adopté un programme massif d’assistance de 110 milliards d’euros,
   conditionné par un programme d’ajustement budgétaire que la Grèce
   continue à mettre en œuvre de façon résolue et, je veux le dire, en
   saluant à nouveau le Premier ministre Grec, très courageuse.

   Ensuite, la Zone Euro a mis en place le Fonds Européen de Stabilisation
   Financière d’un montant potentiel de 440 milliards d’euros, auxquels il
   faut ajouter 60 milliards de fonds de l’Union Européenne et 250
   milliards apportés par le FMI.

   Ce mécanisme provisoire, valable pour trois ans, vient d’être utilisé
   pour l’Irlande, accompagné de mesures budgétaires strictes du
   Gouvernement irlandais.

   Enfin, la BCE a joué son rôle en assurant la liquidité sur les marchés
   et en maintenant son programme de rachat des obligations souveraines
   qui assure un bon fonctionnement de la politique monétaire et qui
   rassure les marchés.

   En contrepartie la BCE exige, et c’est bien normal, des engagements
   forts des Etats, tant au niveau national sur la réduction des déficits,
   qu’au niveau européen.

   La gestion de crise a été indiscutablement réussie, mais en même temps
   il faut reconnaître qu’elle ne suffit pas.

   Des mesures structurelles étaient indispensables et, là encore, la Zone
   Euro a fait preuve de réactivité.

   Face à la crise de confiance qui frappe certains pays de la Zone Euro,
   le Conseil européen a adopté un ensemble de règles qui renforcent la
   surveillance des comptes publics, celle de la dette publique et
   l’évolution des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de peser
   sur la Zone Euro.

   Ces règles constituent un pas en avant majeur dans l’intégration des
   pays de la Zone Euro puisque, au-delà des questions budgétaires, c’est
   la question des déséquilibres économiques internes à la zone qui fera
   l’objet d’une surveillance étroite et ces règles vont bientôt être
   traduites en textes législatifs.

   Parallèlement, nous nous sommes dotés d’instruments de gestion de crise
   permanents.

   La Zone Euro va créer un mécanisme permanent de stabilisation
   financière qui prendra en juin 2013 le relais du Fonds créé pour trois
   ans.

   Le nouveau mécanisme, formellement autorisé par le traité, reposera
   donc sur des bases juridiques solides, rendues possible par la révision
   du traité de Lisbonne lancée en décembre 2010.

   Au plan institutionnel, la réactivité et la capacité d’adaptation de
   l’Union Européenne et de la Zone Euro ont donc été incontestables.

   Au plan économique, on voit apparaître les signes encourageants d’une
   résorption des déséquilibres : l’Irlande a regagné depuis deux ans une
   part importante de sa compétitivité perdue ; en Espagne, les déficits
   budgétaires et la balance des paiements courants se résorbent ; et
   l’ensemble des pays européens devrait bénéficier du regain de dynamisme
   de la demande intérieure en Allemagne.

   Pour autant peut-on penser que tout ce qui est nécessaire a été fait ?
   Je ne le crois pas ! D’abord un chemin important reste à parcourir pour
   que les ajustements économiques effacent les déséquilibres qui se sont
   créés au sein de la zone.

   Ensuite, l’Europe donne encore parfois l’impression d’être en retard
   sur les marchés, de réagir avec efficacité aux menaces immédiates, mais
   sans avoir de plan de long terme.

   Devant ce constat, je propose trois axes principaux : Le premier, c’est
   le renforcement de la cohésion de la Zone Euro.

   Une zone monétaire solide nécessite une surveillance attentive en
   matière budgétaire mais aussi – et c’est bien ce qui a manqué depuis
   l’origine - une convergence minimale en matière fiscale, voire en
   matière sociale.

   Ce sera la grande question des prochains mois et des prochaines années.

   Après cette crise, les questions de convergence et d’harmonisation vont
   s’imposer en haut des priorités européennes, y compris dans des
   domaines longtemps ignorés pour cause de sensibilité politique Et c’est
   dans cet esprit d’ailleurs que j’accueille de façon positive
   l’ouverture d’un débat en France sur le coût du travail et sur la
   question des 35 heures.

   Je l’ai dit à plusieurs reprises, depuis plusieurs années, on ne peut
   pas imaginer à long terme une Zone Euro dans laquelle les temps de
   travail, l’âge de la retraite, le coût du travail soient complètement
   divergents.

   Nous devons aussi aller plus loin dans le soutien européen à la
   croissance et à l’emploi, la sortie de crise ne se fera, c’est une
   évidence, que par le retour de la croissance.

   C’est aussi la clé de l’adhésion de nos concitoyens à l’idée
   européenne.

   Les bons résultats récemment enregistrés par certains pays européens
   montrent que l’on peut continuer à parier sur l’industrie, sur la
   technologie, sur l’excellence.

   L’Europe doit donc favoriser la recherche, l’innovation, la
   compétitivité industrielle.

   Puisqu’au fond le sujet de ces rencontres c’est le nouveau monde et le
   nouveau capitalisme, je veux dire que, plus que jamais, il faut que
   nous acceptions que le marché ne peut pas tout faire et que ce n’est
   pas le marché qui, aux Etats-Unis, a été toujours le moteur de
   l’innovation technologique.

   Ce n’est pas le marché qui est en Chine le moteur de la croissance et
   des progrès technologiques que font aujourd’hui les industries
   chinoises.

   Et nous-mêmes nous avons dans notre histoire, en Europe, des exemples
   qui sont des exemples à succès qui montrent que, lorsque c’est
   nécessaire les Etats doivent s’engager pour accompagner, pour initier,
   pour impulser les efforts en matière de recherche d’innovation, de
   compétitivité, et dans cet esprit je pense qu’il faut réorienter les
   programmes européens de recherche pour maximiser leurs effets sur
   l’industrie.

   C’est dans ce but que la France propose de lancer un Fonds Européen des
   Brevets et un Fonds Européen de Capital Risque.

   Il faut aussi que l’on mesure avec soin l’impact des projets de
   nouvelle réglementation européenne sur la compétitivité de nos
   entreprises et il faut que l’impératif de croissance et d’emploi soit
   intégré dans la politique commerciale et la politique de concurrence de
   l’Europe.

   Enfin, il faut aller plus loin dans l’affirmation de la puissance
   européenne dans le monde, avec une monnaie solide, avec une Banque
   Centrale Européenne crédible, avec des institutions rénovées, un
   Président permanent du Conseil européen, un nouveau service européen
   d’actions extérieures en voie de constitution, l’Europe (première
   puissance économique mondiale) a désormais tous les moyens de faire
   entendre sa voix face à l’Amérique et aux grands pays émergents.

   La France entend que l’Europe soit au centre de la nouvelle gouvernance
   mondiale, qu’il s’agisse de l’avènement d’un nouvel ordre monétaire
   mondial, de la poursuite de la régulation financière internationale ou
   des efforts communs en matière de stabilisation des matières premières
   alimentaires.

   Mesdames et Messieurs, Il y a dans l’Histoire humaine des moments de
   rupture et j’ai la conviction que nous vivons l’un de ces instants où
   tout peut basculer dans un sens ou dans un autre, certains peuvent être
   pris de vertige devant l’étendue des changements qui s’annoncent,
   certains peuvent être tentés de les minorer pour ne pas avoir à se
   remettre en question, d’autres peuvent être tentés de les dramatiser
   pour faire valoir leurs discours populistes.

   Moi je vous propose de prendre le contre-pied de ces attitudes.

   Nous devons être lucides, nous devons être visionnaires, nous devons
   être généreux et ambitieux, parce que l’avenir de la condition humaine
   ne s’écrit pas à l’encre du passé et des tourments.

   Le choix de la raison, le choix de l’audace, le choix de la
   responsabilité doit guider vos réflexions et doit guider les pas des
   hommes d’Etat.
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