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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours à Périgueux (12/10/2006)

   Mes amis,

   Mon devoir, ma responsabilité, mon ambition est celle de l'union de
   tous ceux qui veulent la victoire de nos idées. Que nul ne doute en
   cette minute que je ne faillirai pas à ma mission. Je veux l'unité. Je
   suis le garant de l'unité. Et s'il le faut je serai unitaire pour tous
   les autres.

   Je salue le Périgord où depuis que le premier artiste dessina il y a 20
   000 ans sa première représentation sur les parois de Lascaux il se
   tisse entre la nature et l'Homme ce lien profond et mystérieux qui sur
   tant de territoires rattache les Français d'où qu'ils viennent à une
   terre, à des paysages, à un climat.

   Je salue les Périgourdins qui choisirent toujours la fidélité à la
   France et qui furent dans leur histoire toujours du côté de la justice
   et de la tolérance.

   Je salue cette terre généreuse où les exilés et les proscrits ont
   toujours trouvé l'hospitalité et où naquit le premier Français qui osa
   proclamer que "la nature de l'homme est d'être libre et de vouloir
   l'être".

   Je salue cette terre où depuis les maquis contre les Anglais de la
   guerre de Cent Ans jusqu'aux maquis contre les Allemands de la Deuxième
   Guerre Mondiale, depuis les guerres de religions jusqu'aux révoltes
   paysannes se sont cachés dans ses grottes et dans ses forêts tant
   d'hommes qui avaient compris que pour devenir libre il faut avoir la
   force de dire "non".

   Français de toutes les provinces, nous sommes les citoyens d'un vieux
   pays qui a surmonté bien des épreuves et bien des drames. Nous sommes
   les citoyens d'un vieux pays qui s'est toujours relevé quand on le
   croyait terrassé, qui a toujours résisté quand tout le monde
   l'imaginait vaincu, qui a toujours repris son essor quand on le pensait
   condamné à la décadence.

   Il y a dans le peuple français une énergie qui vient du fond des âges
   et qui resurgit quand tout semble perdu. Tant de fois la France parut
   sur le point de se défaire, tant de fois elle sut se ressaisir ! Tant
   de fois elle parut sur le point de s'effacer, tant de fois elle étonna
   le monde en ressuscitant !

   Il y a des pays qui sont portés à la grandeur par le patient et
   laborieux effort d'un peuple persévérant.

   Alors que le monde se met à douter de la France, et que les Français
   eux-mêmes s'interrogent, voilà qu'une fois de plus, des tréfonds du
   pays je sens monter cette volonté de renouveau que je veux incarner et
   par laquelle je veux vaincre la fatalité. Cette force que j'imagine,
   elle est en vous. Elle est dans cette foule immense rassemblée ce soir
   à Périgueux.

   Vous êtes les héritiers d'une grande histoire. Vous êtes les héritiers
   de tous ceux qui refusent l'idée même du renoncement, qui connaissent
   le sens des mots résistance, honneur, fraternité, liberté, justice, et
   pour lesquels par dessus tout la République n'est pas une pensée morte
   mais une idée vivante.

   Je le sais. Je le sens. La Dordogne est passionnément républicaine.

   En 1940 la Dordogne accueillit les habitants de Strasbourg évacués
   devant l'avancée des troupes hitlériennes. Des milliers de Juifs
   alsaciens furent cachés dans les villages et dans les fermes. Certains
   parmi vous sont les enfants de ces persécutés que la milice et la
   Gestapo ne trouvèrent jamais et qui finirent la guerre dans la brigade
   Alsace-Lorraine. Malraux, qui se battit ici aux côtés des maquisards de
   Dordogne, disait d'eux : "ces quelques centaines d'hommes à quatre
   pattes dans les bois, avec quelques revolvers et un drapeau fait de
   trois mousselines nouées, ont maintenu la France avec leurs mains
   nues".

   Ils ont fait la République fraternelle dans laquelle je crois.

   La République ne se définit pas seulement par ce à quoi elle s'est
   opposée - l'absolutisme, le cléricalisme, l'antidreyfusisme, le
   collectivisme ou le totalitarisme - mais aussi par ce qu'elle propose.

   La République ce n'est pas seulement le contraire de l'Ancien Régime.
   Ce n'est pas seulement l'antithèse de Vichy. Ce n'est pas non plus
   uniquement la démocratie.

   La République c'est la compréhension mutuelle, le respect de l'autre et
   la solidarité pour tous.

   C'est la liberté de chacun garantie par la liberté de tous.

   C'est l'égalité des droits pour tous garantie par les devoirs de
   chacun.

   C'est la souveraineté de l'individu garantie par la souveraineté du
   peuple.

   C'est l'espérance de la justice.

   C'est la volonté générale exprimée par la loi.

   C'est la nation qui se gouverne elle-même.

   C'est l'État impartial. Idée sur laquelle je ne transigerai pas et qui
   passe par des nominations elles aussi impartiales.

   C'est la foi dans la raison, dans l'Homme et dans le progrès.

   C'est le mérite.

   C'est la vertu civique comme fondement de la citoyenneté.

   C'est la propriété et son respect comme conditions de la liberté.

   C'est le service public comme condition de l'égalité de tous les
   citoyens, quel que soit leur rang, quel que soit leur handicap, quel
   que soit le territoire où ils vivent.

   C'est l'éducation comme condition de l'émancipation.

   La République fraternelle c'est celle des paysans périgourdins qui
   cachent les Juifs alsaciens au péril de leur vie.

   La République fraternelle c'est celle d'Eugène Leroy et des croquants,
   celle de Mirabeau et des droits de l'homme, celle de Victor Hugo et des
   "Misérables", celle de Jules Ferry et des instituteurs, celle de Jaurès
   et des dreyfusards, celle du Général De Gaulle et des Français libres.

   Nous sommes les héritiers de tous ceux qui dans l'histoire ont porté
   haut les idées de nation et de République quel que fût leur parti.

   Qu'il soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de
   la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de
   la nation à l'extrême-droite.

   Qu'ont fait les socialistes, pour la République ? Rien ! Qu'ont-ils
   l'intention de faire ? Pas davantage ! Les socialistes de jadis étaient
   d'abord des Républicains. Les socialistes d'aujourd'hui sont d'abord
   des socialistes. Ils ne sont pas préoccupés par l'avenir de la
   République. Ils sont préoccupés par l'avenir du socialisme. Ils n'ont
   pas tort : la République est toujours une idée neuve tandis que le
   socialisme est déjà une idée morte. Pour eux la République c'est
   l'affaire des partis. Pour nous c'est le problème de la nation. Pour
   eux la République c'est la gauche. Pour nous la République ce n'est pas
   la droite, ce n'est pas la gauche, ce sont tous les Français.

   J'affirme qu'on affaiblit la République quand on cherche à abaisser
   l'autorité de l'État. On affaiblit la République quand on dénigre la
   nation. On affaiblit la République quand on soutient ceux qui violent
   la loi, ceux qui squattent le bien d'autrui, ceux qui veulent avoir
   tous les droits sans respecter les droits des autres. On affaiblit la
   République quand on s'efforce par tous les moyens de ruiner la morale
   de l'effort et du mérite, quand on transforme le citoyen en assisté,
   quand on confond l'égalité avec l'égalitarisme, la solidarité avec
   l'assistanat.

   On affaiblit la République quand on la livre aux corporatismes et aux
   clientélismes, quand on l'abandonne aux communautarismes.

   À ceux qui veulent l'ordre sans le mouvement, je dis que la République
   est un idéal de progrès, et que dans un monde qui change la République
   immobile est vouée au déclin.

   À ceux qui veulent le mouvement sans l'ordre je dis que le désordre
   prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le
   contraire de la République.

   Je veux dire que la République n'est pas un modèle figé pour l'éternité
   mais un projet toujours inachevé, un élan du coeur et de l'esprit, un
   idéal de civilisation et d'humanisme, un rêve d'universalité et de
   fraternité.

   Je veux dire que la République, depuis 200 ans, c'est une continuité de
   principes, de valeurs, d'objectifs et une variété de moyens, de
   procédures et de priorités en fonction des circonstances.

   Je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta n'était
   pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de
   Clemenceau n'était pas celle de Lamartine et pas non plus celle du
   Général De Gaulle. Elle fut tour à tour girondine, jacobine, libérale,
   anticléricale, sociale, radicale... Elle se développa tour à tour par
   la conscription, par le suffrage universel, par l'école, par la
   laïcité, par la Sécurité sociale ou par le droit du travail... Elle
   s'affirma tour à tour dans la guerre et dans la paix, mais toujours
   combattant pour le même idéal.

   Il y a cent ans presque jour pour jour Clemenceau prononça à la
   Roche-sur-Yon, sur cette terre vendéenne où il était né, un de ces
   discours dont il avait le secret "le combat éternel pour la libération
   de l'Homme continue, non plus nécessairement à coups de fusils mais à
   coups de pensées, par le livre, par la parole, par la leçon. Le combat
   n'est plus aux chemins creux, il est à l'école (...) La République
   n'est rien qu'un instrument d'émancipation, un instrument d'évolution
   par l'éducation de tous". On ne saurait mieux dire !

   Nul ne se bat plus pour le drapeau blanc ou pour le drapeau rouge.

   Nul n'a plus à choisir entre la liberté ou la mort.

   Il n'y a plus de sans-culotte pourchassant les aristocrates.

   Il n'y a plus de chouans en Vendée, ni de croquants en Périgord.

   La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une
   nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.

   Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous
   soyons attachés, non parce qu'il est la marque d'une quelconque
   supériorité par rapport aux autres, mais parce qu'il exprime ce que
   nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots :
   la Nation, la République, l'État. Cette exception est politique. Elle
   est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.

   C'est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec
   une aspiration si grande à l'universalisme.

   C'est le miracle de la France d'être une grande patrie faite d'une
   multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre
   ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d'être et de
   penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans
   que soient effacés les histoires personnelles et les destins
   particuliers.

   C'est le miracle de la France d'avoir forgé de l'unité sans jamais
   fabriquer de l'uniformité.

   C'est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de
   l'État avec une passion aussi grande de la liberté.

   C'est le miracle de la France d'être aussi fortement attachée à l'idée
   de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.

   C'est le miracle de la France d'aimer d'une même passion l'égalité et
   le mérite, le sentiment et la raison.

   Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.

   L'État s'abîme dans l'impuissance, la nation dans la repentance, la
   République dans le communautarisme, les discriminations, le chômage et
   la pauvreté.

   Dès lors, mon projet est simple : Je veux construire une nouvelle
   relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole
   donnée, de confiance. Je veux un nouvel État, une nouvelle nation, une
   nouvelle République.

   La République c'est d'abord une certaine idée de la Nation.

   À force de demander à la France d'expier son passé,

   À force de demander aux enfants de se repentir des fautes des pères,

   À force de réécrire l'histoire avec les préjugés d'aujourd'hui,

   À force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la
   Terre,

   À force de nourrir la honte d'être Français au lieu de chercher les
   raisons d'en être fier.

   À force c'est notre capacité à vivre ensemble qui s'abîme, c'est notre
   participation à un destin commun qui est remise en question.

   À force ce sont les valeurs de la République qui se trouvent menacées.

   À la gauche je dis : non, la nation n'est pas l'ennemie de la
   République. La nation c'est ce qui fait que la République n'est pas
   seulement une idée généreuse mais aussi une réalité vivante.

   À l'extrême droite je dis : non, la République n'est pas l'ennemie de
   la nation. La République est l'ennemie du nationalisme. La République
   c'est une conception ouverte, tolérante et généreuse de la nation. Le
   nationalisme c'est une conception fermée, intolérante et agressive de
   la nation.

   À tous, je veux dire :

   La nation n'est pas un obstacle à la démocratie, elle en est la
   condition.

   La nation n'est pas un obstacle à la paix. C'est le mépris des nations
   et de leurs identités, c'est la violation du droit des peuples à
   disposer d'eux-mêmes qui sont les principales causes de la guerre.

   La nation n'est pas un obstacle à la construction de l'Europe, à
   l'organisation du commerce mondial ou à la lutte contre l'effet de
   serre.

   Ceux qui voudraient construire le monde de demain contre les nations au
   lieu de travailler à leur entente et à leur coopération courent droit à
   l'échec. Un monde sans attache, sans frontière et sans souveraineté
   serait un monde sans liberté, sans solidarité et sans responsabilité.
   Un monde qui aurait perdu en humanité.

   L'homme ne grandit pas quand la nation décline. Entre la fuite en avant
   dans le mondialisme et l'enfermement dans le local, entre le marché
   planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je
   le dis haut et fort : la conception française de la nation est une
   force d'émancipation.

   Le 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, la montée du
   vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en
   péril sont d'abord l'expression d'une profonde crise de l'identité
   nationale. Nous n'avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux.
   Il faut cesser de se voiler la face, de se soumettre à la dictature du
   politiquement correct et de la pensée unique.

   Il faut dire les choses comme elles sont :

   C'est le dénigrement et l'affaiblissement de la nation qui attisent le
   nationalisme.

   C'est l'incapacité croissante de la nation à protéger qui nourrit
   l'exaspération sociale.

   C'est l'affaissement de l'identité nationale qui nourrit la crispation
   identitaire.

   C'est le déclin du volontarisme qui nourrit la défiance envers des élus
   condamnés à répéter qu'ils ne peuvent rien.

   La France est généreuse, la France est tolérante, la France est
   ouverte. Mais la France ne renoncera pas à son identité, à sa culture,
   à sa langue.

   La France c'est la nation mise au service d'une certaine idée de
   l'homme, et cette idée de l'homme la France est bien décidée à ne pas
   la renier.

   La France est accueillante mais elle ne veut pas qu'on s'installe chez
   elle sans respecter ses lois, ses moeurs, ses traditions, ses valeurs.

   La France est prête à faire des efforts pour mieux intégrer ceux qui
   viennent d'ailleurs, pour leur donner des droits, pour lutter par tous
   les moyens contre les discriminations, contre les ségrégations et
   contre le racisme. Elle est prête à donner plus à ceux qui ont moins.
   Elle est prête à promouvoir la diversité partout où elle a du mal à
   s'imposer. Mais elle ne veut pas accepter le communautarisme. Elle ne
   veut pas de ceux qui ne la respectent pas. Elle ne veut pas de ceux qui
   ne l'aiment pas.

   La France veut garder vivantes les langues et les cultures d'origine et
   les langues et les cultures régionales, parce que c'est une richesse et
   parce que la francité c'est quelque chose en plus, pas quelque chose en
   moins, une adhésion, pas une amputation.

   Mais je n'accepterai jamais qu'il y ait en France des enfants qui
   n'apprennent pas le Français, qu'il y ait en France des enclaves
   linguistiques ou des citoyens qui seraient autorisés à utiliser une
   autre langue que le Français dans leurs rapports avec l'administration.

   La France est prête à organiser le dialogue entre l'État et les grandes
   religions, elle veut que tous les croyants puissent prier dans des
   lieux de culte convenables, elle veut que les croyances de chacun
   soient respectées, mais elle ne veut renoncer ni à la liberté
   d'expression - les menaces contre un enseignant sont un scandale - ni à
   la laïcité. Elle ne veut pas le voile à l'école, ni l'infériorisation
   des filles, ni les mariages forcés, ni la polygamie, ni l'excision.
   Elle ne veut pas de la confusion entre le spirituel et le temporel, ni
   du fanatisme. Elle ne tolérera sur son sol ni les guerres de religions,
   ni le séparatisme religieux, ni l'extrémisme sous quelque forme que ce
   soit.

   Elle ne reniera pas non plus, il faut avoir le courage de le dire, deux
   mille ans de chrétienté, deux mille ans d'héritage de valeurs
   spirituelles et de valeurs de civilisation que notre morale laïque a
   incorporées et qui sont inscrites dans les valeurs de notre République.

   La France qui a porté la grande idée de l'Europe politique rejette le
   nationalisme qui n'est pas l'amour de la patrie mais la haine des
   autres. Elle est le seul pays qui, en hissant la fraternité au même
   rang que la liberté et l'égalité, dit au monde comme Antigone : "je
   suis née pour partager l'amour, non pour partager la haine".

   Mais si la France se trahit quand elle se laisse aller à la haine des
   autres, elle se détruit quand elle se laisse aller à la haine de soi.
   Il faut en finir avec le masochisme national. Si nous ne sommes plus
   unis par la fierté d'être Français, si nous ne prenons plus en partage
   une histoire et une civilisation, sur quoi allons-nous fonder notre
   appartenance à une communauté de destin ? Sur quoi allons-nous fonder
   notre solidarité ? D'où viendront nos droits et nos devoirs les uns
   vis-à-vis des autres ?

   Je suis fier d'être Français et personne ne m'enlèvera cette fierté.

   La décentralisation est une nécessité pour que l'action publique se
   rapproche des citoyens. Parce que les problèmes ne sont pas identiques
   en Picardie et en Provence, en Alsace et en Aquitaine, à la Réunion et
   en Martinique. Parce que les priorités ne sont pas les mêmes, parce que
   les atouts sont différents d'une région à l'autre.

   Mais il est hors de question que la France devienne un État fédéral. Il
   est hors de question que renaissent des féodalités locales et des
   principautés, hors de question que les territoires riches deviennent
   toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ou que la
   citoyenneté devienne à géométrie variable, hors de question que l'unité
   nationale et l'égalité qui en est la clé de voûte soient remises en
   cause par quiconque.

   La France a besoin de l'Europe, la France veut l'Europe, mais la France
   ne veut pas que l'Europe se construise contre la nation. La France veut
   déléguer sa souveraineté pour qu'elle soit exercée en commun parce
   qu'elle sait bien que toute seule elle n'aura pas les moyens de faire
   entendre sa voix dans le dialogue des cultures, ni de jouer un rôle
   décisif dans l'économie globale.

   Mais la France ne veut pas par la dérive des jurisprudences et par une
   interprétation abusive des traités que la démocratie nationale soit
   vidée de sa substance au profit d'une technocratie communautaire. Elle
   veut que le principe de subsidiarité soit strictement appliqué et que
   l'Europe soit un multiplicateur de puissance, non une cause
   d'affaiblissement.

   Elle veut que l'Europe soit une protection, non le cheval de Troie
   d'une concurrence déloyale.

   Elle veut le marché unique et la libre concurrence à l'intérieur de
   l'Europe mais elle ne peut accepter que l'Union serve de prétexte à
   tous les dumpings fiscaux et à tous les dumpings sociaux. Elle veut le
   droit à la libre circulation des personnes à l'intérieur de l'Europe
   mais elle ne peut pas tolérer que certains pays négligent le contrôle
   de leurs frontières ou que d'autres procèdent sans concertation à des
   régularisations massives d'immigrés clandestins.

   Elle veut les règles du libre-échange mais si tout le monde les
   respecte.

   Elle veut être un acteur de la mondialisation mais elle ne veut pas que
   l'éducation, la santé, la culture, l'agriculture ou l'environnement
   soient soumis au seul droit du commerce et à la seule loi du profit.

   Elle veut tirer des leçons des expériences réussies des autres nations,
   mais elle ne veut en imiter aucune.

   Elle veut être l'amie de tout le monde, mais elle ne veut être la
   vassale de personne.

   Elle veut être idéaliste, mais elle ne veut pas être naïve.

   Elle veut être ouverte et accueillante mais elle ne veut pas se
   dissoudre.

   Il n'y a, à mes yeux, qu'une seule politique qui vaille pour la France
   : celle qui défend en toute circonstance son honneur, son identité, ses
   intérêts et ses valeurs. Au final, sa capacité à être exemplaire.

   La République c'est aussi une certaine idée de l'État.

   En France l'État a une importance qu'il n'a nulle part ailleurs.

   C'est l'État qui a fait la France.

   C'est l'État qui a forgé la nation et qui en a maintenu l'unité.

   C'est l'État, tour à tour administrateur, militaire, instituteur,
   entrepreneur qui nous a faits ce que nous sommes.

   Toujours, l'effondrement de l'État a coïncidé avec l'effondrement de la
   nation.

   Nous ne moderniserons pas la France et nous ne conforterons pas la
   République sans refaire l'État.

   Je récuse l'étatisme et le dirigisme.

   J'ai la conviction que l'État n'a pas vocation à se mêler de tout, à
   intervenir partout.

   J'ai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de
   l'État-Providence qui ont contribué à créer un climat délétère
   d'irresponsabilité, d'assistance et de nivellement.

   Je ne suis pas spontanément porté au jacobinisme et au centralisme.

   Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c'est en abaissant l'État
   que l'on relèvera la France.

   La France pour être forte a besoin d'un État fort.

   Or, aujourd'hui il est faible parce qu'il est étouffé par son
   endettement et par sa bureaucratie.

   Il est faible parce qu'il se charge de trop de missions qu'il n'a pas
   les moyens d'accomplir.

   Il est faible parce qu'il est miné par les corporatismes et paralysé
   par les conservatismes.

   La faiblesse de l'État, elle est dans le renoncement politique bien
   plus que dans la défaillance de l'administration.

   Quand l'État est humilié c'est la France qui est humiliée. Quand
   l'autorité de l'État est bafouée c'est la République qui est bafouée.
   Quand l'État est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent
   le plus.

   Comme en 1958 il faut refaire l'État. Sauf que le problème aujourd'hui
   n'est pas dans la Constitution. Il est dans les comportements, dans les
   façons de penser, dans la manière de gouverner.

   Je veux un État respecté.

   Je veux un État que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont
   les Français soient fiers.

   Je veux un État exemplaire sur le plan de la diversité et de la lutte
   contre les discriminations.

   Je veux un État qui domine les intérêts catégoriels au lieu d'être
   dominé par eux.

   Je veux un État qui ne soit pas fragilisé par le laxisme et par la
   fraude.

   Je ne veux pas que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne
   veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et
   qui travaillent dur.

   Je ne veux pas que ceux qui fraudent l'assurance chômage, l'assurance
   maladie, les allocations familiales, ceux qui escroquent le fisc ou les
   ASSEDIC, ceux qui détournent de l'argent public par copinage ou par
   favoritisme, continuent à mettre en péril la solidarité nationale.
   Parce que cela renforce la crise morale et la défiance vis-à-vis de
   ceux qui sont vraiment dans le besoin.

   Il y a beaucoup d'économies à faire dans l'État. Mais ce ne sont pas
   les économies qui feront la réforme, c'est la réforme qui fera les
   économies. Et c'est la réforme aussi qui fera la croissance.

   Depuis 20 ans, on échoue à réformer l'État parce que l'on se refuse à y
   consacrer les moyens nécessaires.

   Je propose que soit créé un budget annexe dédié exclusivement à la
   réforme de l'État qui sera abondé par les recettes de privatisation. Je
   propose que le principe de la gestion de l'État soit désormais la
   productivité et l'efficacité de la dépense publique, et non plus les
   tours de vis indifférenciés qui accroissent les dysfonctionnements au
   lieu de les réduire.

   Je propose que l'on entreprenne la réforme de l'État par l'évaluation
   des politiques publiques, en supprimant celles qui ne sont pas
   efficaces ou qui sont contradictoires.

   Je propose que l'on supprime tous les organismes, toutes les
   commissions, tous les comités, tous les observatoires qui ne servent à
   rien, et qu'on continue de créer à tour de bras pour satisfaire des
   clientèles ou pour faire croire qu'on est décidé à s'attaquer à des
   problèmes qu'en réalité on ne veut pas résoudre.

   On ne refera pas l'État sans les fonctionnaires. À fortiori contre eux.
   Je veux le dire ce soir : je n'aime pas la façon dont on parle des
   fonctionnaires dans notre pays.

   Chercher à opposer les salariés du secteur public à ceux du secteur
   privé est dangereux.

   Chercher à faire des fonctionnaires le boucs émissaires de la faillite
   des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne.

   Chercher à faire passer les fonctionnaires pour des privilégiés est
   injuste.

   Les fonctionnaires sont comme tout le monde, ils veulent être reconnus
   et ils veulent être respectés. Ils sont prêts au changement mais ils
   veulent y être associés.

   Les fonctionnaires ont la sécurité de l'emploi, mais ils ont vécu
   depuis 25 ans la même dégradation de leurs conditions de travail et de
   leur pouvoir d'achat que tous les autres salariés.

   L'ascenseur social est en panne dans le secteur privé. Il l'est aussi
   dans le secteur public. La promotion interne s'est ensablée dans les
   contraintes budgétaires et les méandres de la gestion des corps.

   Au fonctionnaire qui se sent mal payé, je dis que ma volonté est qu'il
   y ait moins de fonctionnaires mais qu'ils soient mieux payés et mieux
   considérés.

   Au fonctionnaire qui se sent démotivé parce que ses efforts ne sont
   jamais récompensés je dis que mon objectif est que le mérite soit
   reconnu et les gains de productivité partagés.

   Au fonctionnaire qui est prisonnier des règles de gestion des corps je
   dis que mon objectif est de supprimer la gestion par corps pour la
   remplacer par une gestion par métier qui ouvrira des perspectives de
   promotion professionnelle beaucoup plus grandes. Je ne veux pas que la
   seule voie de réussite soit celle des concours et des examens.
   L'expérience, cela compte aussi.

   À l'infirmière qui veut progresser je dis que je veux lui donner la
   possibilité d'acquérir une formation complémentaire qui lui permette de
   devenir médecin par la promotion interne si elle en a l'aptitude et la
   motivation. Je veux par dessus tout qu'elle gagne plus parce qu'elle le
   mérite.

   Au fonctionnaire qui souffre de la désorganisation créée par les 35
   heures, en particulier à l'hôpital, je dis que mon objectif est la
   remise à plat complète des 35 heures dans le secteur public de sorte
   que ceux qui veulent travailler davantage et gagner davantage aient le
   droit de le faire.

   Au fonctionnaire de police, au professeur, à l'agent hospitalier, au
   chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter,
   agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes
   est inacceptable et qu'elle doit être éradiquée, parce qu'ils ont droit
   à leur dignité et parce qu'à travers eux c'est à l'autorité de l'État
   qu'on porte atteinte, c'est la République qu'on offense.

   Je veux dire aux juges que je veux une justice respectée.

   Je veux dire aux juges que je sais à quel point leurs conditions de
   travail sont difficiles, à quel point leurs moyens matériels et humains
   sont insuffisants. Je veux leur dire combien la justice à mes yeux est
   une institution essentielle de la République.

   Mais je veux leur dire aussi que dans la République nul ne peut
   prétendre se soustraire à la critique. Je veux leur dire que
   l'indépendance de la justice ne peut les exonérer d'avoir à rendre
   compte au peuple de la manière dont la justice est rendue en son nom.
   Je veux rappeler qu'ils ont mission d'appliquer la loi, non de la
   faire. Je veux rappeler qu'ils ont à juger en fonction du droit et non
   d'une idéologie. Je veux rappeler qu'ils ont pour fonction de rendre
   justice aux victimes.

   Je veux leur dire que je serai toujours à leurs côtés pour défendre
   l'indépendance de la justice et l'accroissement de ses moyens.

   Mais je serai toujours l'adversaire du corporatisme judiciaire, de
   l'impunité des juges qui ont commis des fautes, d'une justice qui
   n'aurait d'autre but que d'accorder davantage de considération au
   délinquant qu'à la victime.

   Dans la République, la justice est rendue au nom du peuple.

   Je propose qu'en correctionnelle, pour les affaires les plus
   importantes, on introduise le jury aux côtés des magistrats comme c'est
   déjà le cas en assises.

   La parole rendue au peuple, le pouvoir redonné au peuple, c'est ça la
   République.

   La République c'est aussi le civisme, une certaine idée du mérite et de
   l'équité.

   J'ai proposé à la jeunesse de France d'instituer le service civique
   obligatoire. On m'a répondu que c'était impossible. Nos aïeux ont fait
   le service militaire obligatoire et nous, nous ne serions pas capables
   de faire le service civique obligatoire ! De qui se moque-t-on ? Il
   faut en finir avec cette pensée unique qui dit toujours que ce qui est
   nécessaire est impossible. C'est ça la rupture !

   La République pour moi c'est à chacun selon son mérite.

   La République pour moi c'est le travail récompensé. C'est le partage
   des fruits de la croissance. Ce n'est pas tous les profits pour
   quelques-uns et rien pour tous les autres.

   Je le dis comme je le pense : aujourd'hui en France les prix sont trop
   hauts et les salaires sont trop bas.

   L'euro que j'ai voté a masqué une réelle hausse des prix qui pèse sur
   le pouvoir d'achat, les 35 heures ont empêché la hausse des salaires.

   Bloqué entre la concurrence des pays à bas salaires, l'appréciation de
   l'euro et le chômage de masse, le salarié français ne voit pas le bout
   du tunnel de la rigueur salariale alors qu'il doit faire face à
   l'envolée des prix de l'énergie et de l'immobilier.

   Je le dis comme je le pense : il y a en France beaucoup trop de
   travailleurs pauvres c'est à dire qui n'ont pas la récompense de leurs
   efforts.

   La République pour moi ce n'est pas seulement l'augmentation du SMIC
   comme le proposent les socialistes. C'est l'augmentation des salaires
   pour tous ceux qui le méritent.

   Je propose que les subventions aux nouveaux États membres de l'Europe
   ne puissent pas servir à alimenter le dumping fiscal à l'intérieur de
   l'Europe. Ils ne peuvent pas être à la fois suffisamment pauvres pour
   bénéficier des subventions et suffisamment riches pour baisser leurs
   impôts. La solidarité européenne, ce n'est pas pour moi des pays qui
   importeraient nos ressources fiscales pour mieux exporter leur chômage.

   Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de toutes
   charges salariales et de tout impôt pour que ceux qui veulent
   travailler davantage pour gagner plus puissent le faire.

   Je propose que le maintien des exonérations de charges pour les
   entreprises soit dorénavant conditionné à la hausse des salaires et à
   la revalorisation des grilles de rémunérations fixées par les
   conventions collectives.

   Je propose que la participation soit débloquée pour libérer du pouvoir
   d'achat et que toutes les entreprises soient incitées à la mettre en
   oeuvre.

   Je propose que les plans de stock-options, lorsqu'une entreprise y
   recourt, concernent obligatoirement l'ensemble des salariés.

   Je propose que la prime pour l'emploi revienne à sa vocation d'origine
   qui était l'incitation au travail et qu'elle ne devienne pas qu'un
   complément de salaire qui soit un encouragement à la modération
   salariale.

   La République c'est enfin pour moi une certaine idée de la liberté.

   C'est la liberté d'expression et la liberté de conscience qui sont de
   nouveau menacées par le fanatisme et par l'extrémisme. Nulle divergence
   d'opinion n'autorise la menace de mort. Nous n'avons pas séparé dans la
   douleur l'Église et l'État il y a 100 ans pour composer aujourd'hui
   avec le fanatisme religieux.

   La République pour moi c'est la liberté d'aller et de venir sans se
   faire agresser.

   C'est la liberté de choisir sa manière de vivre en fonction de ses
   aspirations.

   C'est la liberté de choisir l'école de ses enfants.

   C'est la liberté de travailler plus pour gagner plus ou de travailler
   moins pour gagner moins.

   C'est la liberté pour la femme de choisir d'élever ses enfants et de
   travailler. C'est pourquoi je propose que toutes les familles de France
   puissent laisser leurs enfants en études dirigées après les cours sur
   la base du volontariat et que ces derniers rentrent à la maison leurs
   devoirs faits.

   C'est la liberté d'entreprendre.

   C'est la liberté de léguer à ses enfants le fruit de son travail.

   C'est l'augmentation du pouvoir d'achat parce que le pauvre n'est pas
   libre.

   C'est l'emploi parce que le chômeur n'est pas libre.

   C'est l'effort personnel comme contrepartie de l'aide parce que
   l'assisté n'est pas libre.

   C'est l'éducation et la culture pour chacun parce que l'ignorant n'est
   pas libre.

   La République pour moi c'est l'égalité réelle qui n'est pas
   l'égalitarisme comme condition de la liberté.

   Comment peut-on encore parler de République quand le destin de l'enfant
   est à ce point déterminé par le quartier où il est né ?

   Comment peut-on parler de République quand l'origine ethnique constitue
   à ce point un obstacle à l'ascension sociale ?

   Comment parler de la République au fils de harki, à l'enfant noir ou au
   fils de l'immigré maghrébin qui mesure le peu de chances qu'il a
   d'accéder un jour à des postes de responsabilités ou même simplement de
   trouver un emploi ?

   Comment parler de la République à ceux dont les enfants se font
   racketter à l'école et qui ont peur de sortir de chez eux parce qu'ils
   subissent la loi des bandes et des caïds ?

   Comment faire aimer la République à tous ceux qu'elle laisse à l'écart
   : travailleurs pauvres, mères qui élèvent seules leurs enfants, ruraux
   qui voient partir tous les services publics, agriculteurs à la pension
   de retraite dérisoire, ouvriers de l'industrie en concurrence avec la
   main d'oeuvre bon marché du Tiers-Monde, jeunes qui mettent des années
   à accéder à un emploi stable, personnes âgées abandonnées à leur
   solitude ?

   Comment faire espérer dans une République qui continuerait à tenir si
   peu ses promesses ?

   Je ne me résigne pas à ce qui serait un désastre.

   Je veux l'égalité des chances pour tous.

   C'est pour cela que je propose à la jeunesse des internats
   d'excellence, des classes de 15 élèves dans les banlieues défavorisées,
   les devoirs faits à l'école, le droit à la formation tout au long de la
   vie, le droit à la deuxième chance, le droit à la première expérience
   professionnelle, le droit à la création. Et le plus important peut-être
   : le droit pour tous à une éducation d'excellence.

   Parce que l'élitisme républicain a toujours fait davantage pour la
   promotion sociale que le nivellement et l'égalitarisme.

   Parce qu'il n'y a pas plus grand mépris vis-à-vis d'une partie de la
   jeunesse que de la croire indigne des grandes oeuvres de l'esprit, et
   de la culture la plus exigeante.

   Je veux la culture pour chacun, parce la culture c'est la clé de
   l'égalité des chances.

   J'ai proposé aussi la suppression de la carte scolaire parce qu'elle
   favorise la ségrégation sociale. On m'a répondu que c'était injuste et
   anti-républicain. Comme si ce n'était pas plutôt d'obliger les enfants
   de familles modestes à fréquenter des écoles qui concentrent tous les
   handicaps sociaux qui était profondément injuste et anti-républicain !

   D'autres comme d'habitude m'ont dit que c'était impossible. J'ai envie
   de leur répondre : si vous croyez sincèrement que tout ce qui renforce
   la justice est impossible ne faites pas de politique et, une fois pour
   toutes, laissez dormir la République ! Je veux leur dire : la
   différence entre vous et moi c'est que je veux faire en sorte que tout
   ce qui est nécessaire et qui est juste devienne possible et vous ne le
   voulez pas !

   Je veux l'égalité des territoires devant le service public. Je veux que
   les services publics reviennent dans les quartiers en difficulté.

   Je veux que les services publics restent présents dans les zones
   rurales.

   Je veux la mutualisation des risques par le moyen d'un cautionnement
   public pour que le malade puisse emprunter, pour que l'enfant de
   famille modeste ait le même droit à l'emprunt que l'enfant de riche,
   pour que celui qui n'a pas les moyens d'apporter une garantie puisse
   quand même louer ou emprunter pour financer ses projets.

   Je veux que grâce à la mutualisation des risques il y ait plus
   d'investissement immobilier, plus d'opportunités d'entreprendre, plus
   de création, plus d'invention, plus de consommation et donc plus
   d'égalité de chances et plus de croissance.

   Je veux qu'il y ait plus d'égalité et de justice dans les retraites.

   La nécessaire réforme des régimes spéciaux doit être l'occasion de
   mieux prendre en compte la pénibilité réelle du travail.

   Je pense notamment aux agriculteurs. Je pense plus encore à leurs
   veuves qui ont tant travaillé toute leur vie et qui ne touchent pas de
   quoi vivre. Je pense à ces femmes du Périgord si dures à la peine et
   que le veuvage réduit presque à la misère.

   Je trouve que c'est bien mal récompenser leur peine et leur courage, et
   à travers elles celles de toutes ces femmes admirables, de ces épouses
   infatigables, de ces mères dévouées qui n'ont jamais pris de vacances
   de leur vie et pour lesquelles la durée du travail, les jours fériés et
   les congés payés n'ont jamais rien voulu dire. Je trouve que c'est
   indigne de notre République.

   En 1936, pour la première fois dans l'histoire de France, trois femmes
   entrèrent dans le gouvernement Léon Blum. Suzanne Lacore fut l'un
   d'entre elles. Elle était institutrice en Dordogne. Elle est morte
   centenaire dans un petit village tout près d'ici. Le combat de sa vie
   était pour la condition de la femme. Dans les années 30 elle avait
   écrit : "la femme entend être non une ménagère et une maman avant tout.
   Avant tout elle veut être elle-même. Non un moyen, mais un être humain
   ayant sa fin en soi". L'aspiration demeure toujours aussi insatisfaite
   et toujours aussi vive. Depuis qu'en 1944 le Général de Gaulle a fait
   entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le
   droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je le dis là
   encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi
   sur l'égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des
   citoyennes à part entière dans notre République.

   Je veux un État exemplaire en matière d'égalité professionnelle entre
   les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte.

   Je veux que dans les conseils d'administration des entreprises
   publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de
   la parité tel qu'il s'applique à la politique s'applique aussi aux
   représentants du personnel dans les entreprises.

   Je veux que le temps passé à l'éducation des enfants soit intégralement
   pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient
   continué de travailler en les élevant ou qu'elles aient cessé de
   travailler pour les élever.

   Je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour
   élever leurs enfant et qui se séparent de leur mari soient davantage
   aidées pour retrouver un emploi.

   Je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le
   droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent.

   Je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que
   les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées.

   Je veux répéter qu'aucune coutume, aucune culture d'origine, aucune
   pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à
   proclamer l'infériorité intrinsèque de la femme. Je veux que partout en
   France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre
   comme elles l'entendent, libres de se marier à leur guise.

   Je veux que la République s'attaque aux nouvelles inégalités. Depuis
   des années, au nom de la morale républicaine, on proclame des droits
   qui ne sont pas suivis d'effet.

   Parce qu'au fond personne ne se sent réellement concerné.

   Parce que dans les méandres de la décentralisation les institutions et
   les collectivités ne cessent de se défausser les une sur les autres.

   Qu'il s'agisse de l'hébergement d'urgence, du logement, de la garde des
   enfants, de la dépendance des personnes âgées, cela n'avance pas assez
   vite.

   Il faut passer des droits virtuels aux droits réels.

   Je propose que l'on passe de l'obligation de moyens à l'obligation de
   résultats. Parce que la question en politique ce n'est pas de savoir si
   oui ou non on a fait tout ce qu'on a pu pour résoudre un problème mais
   de savoir si oui ou non on l'a résolu.

   Je propose que pour chaque droit nouveau une collectivité responsable
   soit désignée, de sorte que la responsabilité politique soit clairement
   établie.

   Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant
   les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se
   seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles
   sont responsables. Sinon il ne se passera rien parce que tout le monde
   continuera à ne pas se sentir concerné.

   Pour faire cesser cette honte de ceux qui n'ont rien et sont condamnés
   à dormir sur les trottoirs, je propose que le droit à l'hébergement
   devienne opposable devant les tribunaux et que les collectivités
   publiques concernées disposent de deux ans pour créer les places
   nécessaires pour accueillir ceux qui n'ont même pas un toit pour
   s'abriter.

   Pour que ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie aient
   la possibilité de se loger dignement, pour que le jeune qui gagne le
   SMIC ne soit pas obligé d'habiter indéfiniment chez ses parents, je
   propose qu'au bout de cinq à dix ans le droit au logement devienne
   opposable de façon à créer une forte incitation à construire des
   logements manquants là où ils sont nécessaires pour que tous les
   français puissent trouver un toit.

   Pour faire cesser la situation insupportable de la mère qui travaille,
   qui élève seule ses enfants et qui n'arrive pas à les faire garder, je
   propose que le droit de faire garder ses enfants quand on travaille ou
   quand on est à la recherche d'un emploi devienne opposable au bout de
   cinq ans afin d'obliger tout le monde à créer au plus vite les
   capacités d'accueil nécessaires.

   Pour faire cesser le scandale des personnes âgées condamnées à mourir
   dans la solitude parce que tout le monde s'est désintéressé de leur
   sort et pour que la dépendance puisse être prise en charge dans la
   dignité, je propose que le droit à la prise en charge de la dépendance
   devienne opposable au bout de cinq ans pour qu'enfin l'effort de la
   nation en faveur des personnes âgées soit à la hauteur des enjeux.

   C'est ambitieux, mais ce n'est pas utopique.

   C'est cela, la rupture : se donner les moyens de construire une société
   où chacun de ceux qui ont une responsabilité se trouve obligé de se
   sentir concerné par les drames humains et les souffrances sociales.

   C'est cela la rupture : ne plus tolérer des injustices qui font honte à
   notre République.

   L'Angleterre et l'Écosse ont un droit au logement opposable, et la
   France ne pourrait pas y songer ?

   Au Danemark, les femmes qui travaillent n'ont pas de problème de garde
   d'enfants et la France, elle, ne pourrait pas résoudre ce problème ?

   Je vous le dis : l'opposabilité des droits va tout changer.

   En devenant effective de façon irréversible à une date donnée, elle
   mettra tout le monde au pied du mur.

   La République ce n'est pas proclamer des principes que l'on n'applique
   pas, ce n'est pas non plus rendre supportables des inégalités qu'on ne
   veut pas réduire.

   Ne plus tolérer l'intolérable. Ne plus accepter l'inacceptable. Voilà
   la rupture que je vous propose !

   Pour compenser la discrimination négative il faut de la discrimination
   positive. Je propose un volontarisme républicain qui passe du discours
   aux actes. Je ne veux pas faire une discrimination positive sur des
   critères ethniques qui serait la négation de la République. Mais je
   veux que sur la base de critères économiques, sociaux, éducatifs, on
   mette tous les moyens nécessaires pour combler des écarts qui sont
   devenus insupportables et qui mettent en péril la cohésion nationale.

   Il faut aider ceux qui veulent s'en sortir à s'en sortir.

   Cela vaut d'abord pour les bassins d'emploi durement touchés par les
   fermetures d'activité et les délocalisations. Dans le cadre de la
   sécurité sociale professionnelle que je propose, les personnes
   percevant des bas salaires et qui perdent leur emploi doivent pouvoir
   bénéficier d'indemnités de chômage équivalentes à leur niveau antérieur
   de rémunération. Ce droit à compensation intégrale doit avoir pour
   contrepartie l'obligation dûment vérifiée de s'engager immédiatement
   dans une démarche active de recherche d'emploi. Conjugué à des services
   de l'emploi plus performants car profondément rénovés, à des droits à
   formation renforcés à travers la création d'un compte-épargne formation
   individuel, à un droit du travail simplifié et modernisé pour faciliter
   les embauches, il offrira des garanties nouvelles à tous ceux qui,
   malgré les coups du sort, n'ont pas renoncé à vivre debout des fruits
   de leur travail.

   Cela vaut ensuite pour les individus qui souffrent des blocages de
   notre société.

   Je propose une politique massive de discrimination positive non comme
   une réparation, non comme une compensation, mais comme un
   investissement, comme la possibilité donnée à celui qui veut faire des
   efforts de réussir, d'exploiter ses talents, de tenter sa chance. Je
   veux qu'on n'aide pas seulement les territoires ou les quartiers mais
   aussi les personnes. Aménager les territoires, rénover les immeubles
   c'est bien. Donner de la sécurité, de l'instruction, du travail, des
   moyens de transport à ceux qui les habitent, c'est mieux.

   À ceux qui pensent que cela coûtera trop cher, je veux dire que ne pas
   faire assez pour restaurer le sentiment de l'égalité et de la justice
   coûterait infiniment plus cher.

   À ceux qui pensent que la pureté idéologique de la République pourrait
   en souffrir, je veux dire que la République souffrira bien davantage de
   la persistance d'injustices intolérables. À ceux qui pensent que les
   bénéficiaires de la discrimination positive prendront les places des
   autres, je veux dire qu'il n'en sera rien car des places
   supplémentaires seront créées à cette fin.

   C'est la violence née du sentiment d'injustice qu'il nous faut
   conjurer.

   Ce sentiment d'injustice, il n'est pas que dans les quartiers
   défavorisés où s'entassent les enfants d'immigrés.

   Il est dans les taudis des grandes villes.

   Il est sur les trottoirs des rues.

   Il est dans nos campagnes.

   Il est dans nos usines.

   Il est dans le coeur de tous les Français auxquels on ne rend pas
   justice de leurs efforts, de leur travail et de leur peine.

   Notre République est un chef-d'oeuvre mais c'est un chef-d'oeuvre qui a
   besoin d'être conforté.

   Tous les conservatismes se sont coalisés pour en faire une formule
   creuse qui sert de paravent ou d'alibi à nos renoncements, à notre
   immobilisme.

   La République est une grande idée qu'on a dénaturée.

   La République est un idéal qu'on a détourné.

   On dit que la France est vouée au déclin et que les Français n'ont plus
   la volonté de se battre. On dit que la France n'est pas réformable et
   que les Français ont peur. On dit que la France est bloquée et que les
   Français sont fatigués.

   Vous êtes la preuve vivante du contraire.

   Vous êtes l'espérance qui ne veut pas s'éteindre.

   Vous êtes les témoins d'une France qui veut renaître et qui ne craint
   ni le changement, ni l'avenir.

   Vous êtes les témoins d'une France qui n'a pas peur de la rupture.

   La rupture que je souhaite est au coeur de la République. C'est le
   meilleur de ce que la République nous a donné, en brisant les chaînes
   et les liens.

   C'est le message de 1789, de 1848, de l'Appel du 18 juin. Quand un
   peuple décide de rompre ses entraves pour plus de libertés, plus
   d'égalité, plus de fraternité.

   Je vous le promets, nous allons construire une France nouvelle dont
   vous serez les acteurs.

   Je souhaite sceller un nouveau pacte avec tous les Français.

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