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     * Entretien avec Jean-Yves Le Gallou. « Le FN est le porte-drapeau du
       combat identitaire »

   FN Gilbert Collard Hollande Jacques Bompard Manif pour tous Marine Le
   Pen NKM Robert Boulin UMP
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Entretien avec Jean-Yves Le Gallou. « Le FN est le porte-drapeau du combat
identitaire »

     * mercredi 3 octobre 2012 09:04
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   Entretien avec Jean-Yves Le Gallou. « Le FN est le porte-drapeau du
   combat identitaire »

   Après en avoir été un cadre important (député européen, président de
   groupe au conseil régional Ile-de-France, secrétaire national chargé
   des élus…), Jean-Yves Le Gallou a quitté le Front national en 1999.
   Depuis 2003, il préside la Fondation Polémia, think tank identitaire
   spécialisé sur l’étude des phénomènes politiques et médiatiques. Il
   livre une analyse distanciée du phénomène Front national.

   Minute : Le FN fête ses quarante bougies. Selon vous, quel est son
   bilan politique ?
   Jean-Yves Le Gallou : Le Front national a été à l’avant-garde pour
   soulever les vrais problèmes, voire pour les prévenir. Il a le premier
   mis en garde contre l’immigration massive. Mais il a aussi anticipé les
   risques de la mondialisation et du libre-échange économique : en
   décembre 1993, le FN d’Ile-de-France avait conduit une manifestation de
   plusieurs milliers de personnes entre l’église Saint-Germain et
   Montparnasse contre les accords du GATT (Accord général sur les tarifs
   douaniers et le commerce, ndlr) qui étaient une étape décisive dans
   l’ouverture générale des frontières.
   En matière de solutions, il a su maintenir le rôle central de
   l’Etat-nation face aux menaces supranationales (perte de souveraineté
   face à l’Union européenne, pression économique des multinationales,
   rivalité politique mondiale). Et il a innové, en France, en lançant
   l’idée de la démocratie directe : c’était un des thèmes de la campagne
   présidentielle de 1988, qui trouve, de nos jours, un écho grandissant
   dans une société familiarisée avec les logiques de réseaux horizontaux
   (Internet, associations) et l’action « participative ».
   Le FN a-t-il influencé la politique française ?
   Il s’est durablement posé comme un arbitre de la vie politique
   française, contrairement aux paris d’Alain Duhamel, la boussole
   inversée, qui n’y voyait qu’un feu de paille ! En revanche, il est
   difficile de mesurer s’il a contribué ou non, par exemple, à limiter
   les flux migratoires. De fait, l’immigration sur ces 30 dernières
   années, n’a cessé d’augmenter.
   Mais le FN a probablement eu un effet garde-fou, car la France n’a
   jamais connu de régularisations massives de centaines de milliers de
   clandestins, comme ce fut le cas en Italie ou en Espagne.

   A contrario, la diabolisation du Front n’a-t-elle pas paralysé la lutte
   contre l’immigration ?
   Non. On peut toujours reprocher à Jean-Marie Le Pen tel ou tel propos,
   mais c’est la condamnation de l’immigration elle-même qui est
   diabolisante. Le premier exemple remonte à 1968, lorsque le député
   conservateur anglais Enoch Powell a prophétiquement dénoncé la menace
   migratoire pesant sur son pays. Celui qui était alors le grand espoir
   des Tories pour la reconquête du pouvoir a politiquement été tué par
   les médias. De même, en France, Georges Marchais, patron du Parti
   communiste français, n’a pas été diabolisé par le Goulag ou son soutien
   à l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Les médias lui sont tombés
   dessus en 1980, lorsque, pour protéger les salaires des ouvriers
   français, il a appelé à arrêter l’immigration, y compris légale.
   Georges Marchais a eu la prudence de faire machine arrière toute et le
   PC s’est mis à bâtir un « vote immigré » en prenant la tête du combat
   « antiraciste » et en bataillant pour la naturalisation à tout va. Si
   un autre que Le Pen s’était durablement saisi du problème de
   l’immigration, il aurait été diabolisé de la même manière.

   Vous avez aussi pointé le rôle positif du FN en matière d’économies
   publiques…
   Je renvoie vos lecteurs à une étude parue sur le site de Polémia (1),
   où l’on peut mesurer scientifiquement l’impact du Front national à
   travers les fiscalités régionales et municipales où il a pesé.
   Ainsi, la région Ile-de-France, de 1986 à 2004, a beaucoup mieux
   contrôlé ses dépenses que toutes les autres régions. Ceci parce qu’il y
   avait un groupe Front national puissant, qui a systématiquement joué
   dans le sens d’une limitation des impôts et des subventions accordées à
   des associations bidon. En 2004, compte tenu du changement du mode de
   scrutin, le groupe FN ne pesait plus : les dépenses ont explosé.

   N’est-ce pas un exemple unique ?
   Non, je vous renvoie à la gestion FN des communes de Vitrolles,
   Marignane, Toulon ou, aujourd’hui, Orange et Bollène, respectivement
   dirigées par Jacques et Marie-Claude Bompard. Si toutes les
   collectivités locales avaient été gérées comme ces villes, la question
   du surendettement français ne se poserait pas. Si l’on se reporte aux
   faits, on constate que toutes ces communes auraient mérité le « triple
   A » !

   On a beaucoup parlé de la gestion « calamiteuse » de Toulon…
   Ce sont vos collègues journalistes, dont la devise est « paresse et
   conformisme », qui ont colporté ce mensonge. Factuellement, je vous
   renvoie au rapport de la Cour des comptes sur la gestion de Toulon à
   l’époque où Jean-Marie Le Chevallier était maire. Ce rapport n’est pas
   exempt de reproches, mais les critiques les plus dures consistent à
   dire que Le Chevallier n’a pas mis fin assez complètement à certaines
   dérives dont il avait hérité de ses prédécesseurs ! L’exemple de Toulon
   montre qu’il est important de réinformer en profondeur sur la gestion
   FN, qui a été diabolisée pour des questions idéologiques, et non
   économiques.
   La réalité, c’est que le domaine dans lequel les élus FN ont le plus
   pesé – parce qu’ils étaient majoritaires ou disposaient d’un pouvoir de
   blocage –, c’est le domaine de la fiscalité, qui relève directement des
   collectivités locales.
   Pour des questions régaliennes – comme l’immigration – l’absence d’élus
   FN à l’Assemblée nationale, à cause d’un mode de scrutin taillé sur
   mesure, a forcément été plus handicapante pour limiter les dégâts.

   Justement, quelles sont les limites du FN ?
   Il a inscrit une partie de sa présence politique sur sa présence
   médiatique, ce qui limite forcément son impact. De 1984 à 2000, période
   où le Front national a le plus pesé, il pouvait compter sur une forte
   présence médiatique liée à la personnalité de Jean-Marie Le Pen et à
   celles de plusieurs lieutenants de premier plan. Mais le Front
   bénéficiait aussi d’un profond ancrage dans les assemblées locales et
   sur le terrain, grâce à un appareil structuré, formé et dynamique. Cet
   appareil demeurait imparfait à bien des égards, mais il avait le mérite
   d’exister avec des hommes de convictions. A partir de la crise de 1999,
   il y a eu désarticulation entre la présence médiatique qui a demeuré –
   grâce à Jean-Marie puis Marine Le Pen et, aujourd’hui, quelques
   personnalités comme Florian Philippot ou Julien Rochedy ; et un
   appareil militant qui a quasiment disparu.

   Les dirigeants du parti annoncent sa reconstruction…
   Le FN annonce en effet une base militante de 60 000 adhérents, ce qui
   est porteur d’espoir pour lui. Mais la tendance des partis actuels –
   qu’ils soient conventionnels ou populistes – est de bâtir des partis de
   « supporteurs ». L’ennui, pour prendre une image footballistique, c’est
   que, sur le terrain, ce n’est pas le supporteur qui marque les buts.
   Pour qu’un adhérent ayant pris sa carte à la suite d’une émission
   enthousiasmante devienne un cadre capable de constituer une équipe
   pesant dans la vie d’une ville, il faut un long travail de construction
   pratique et idéologique.
   Il faut aussi savoir entretenir l’enthousiasme du militant sur la
   longue durée, car un adhérent qui n’est pas régulièrement stimulé par
   des cadres compétents est un adhérent perdu à moyen terme. Cela dit, je
   sais que c’est plus facile à dire qu’à faire !
   A l’avenir, quel peut être le rôle du FN ?
   Pour les prochaines échéances municipales, il restera très difficile
   d’obtenir des élus FN au scrutin majoritaire. Le succès est possible à
   condition d’un important travail de terrain, mené par des cadres de
   grande qualité.

   Et au niveau national ? La seule manière de participer au pouvoir, dans
   l’état actuel des choses, semble de passer par une coalition.
   Sauf que Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, définit lui-même
   les membres de son parti comme « des lâches » ! Alors tant qu’il n’y
   aura que des « lâches » pour monter une coalition, je ne crois pas
   qu’il soit possible de faire quelque chose d’utile au gouvernement.
   D’ailleurs, quand des formations populistes ont accédé au pouvoir, en
   Italie ou aux Pays-Bas, ils ont vite été neutralisés et n’ont réussi
   qu’à se discréditer. Le seul pays où ce genre d’alliance a fonctionné,
   c’est le Danemark, où le parti populiste a pu agir efficacement contre
   l’immigration.

   Alors que peut faire le Front national ?
   Pour accomplir des choses utiles pour la France – la lutte contre le
   mondialisme, contre le libre-échangisme ou pour une réforme de
   l’éducation, entre autres exemples – il est indispensable de changer
   les paradigmes dominants. Cela passe par le combat des idées via des
   organisations indépendantes, des associations, des écoles de pensée,
   par le contournement des médias officiels via Internet, par la
   formation de journalistes en dehors des écoles – qui sont de véritables
   fabriques de petits soldats du conformisme libéral-libertaire… La liste
   est longue. Le Front national, dans cette nébuleuse militante,
   constitue le vaisseau-amiral du combat sur le plan électoral. Il est,
   face aux urnes, le meilleur porte-drapeau des adversaires du Nouvel
   ordre mondial. Il sert à amener des esprits curieux vers une nébuleuse
   non-conformiste. En retour, lui-même tire profit du combat mené, par
   exemple, sur la réinfosphère, via Fdesouche, le Salon beige, Novopress,
   Radio Courtoisie…

   Ou Polémia…
   Merci de le relever. Pour l’avenir, le mérite politique de Marine Le
   Pen est d’avoir inclu la question de l’immigration dans une critique
   plus globale de la mondialisation. Et de présenter une solution
   alternative en réhabilitant la notion de « frontière » (frontière
   économique, politique, culturelle) ; de patriotisme et de préférence
   (locale, nationale, civilisationnelle) ; de proximité et d’identité.
   Elle a bien pointé le fait que le vrai débat est entre le projet
   mondialiste et le projet national et identitaire.
   Propos recueillis par Patrick Cousteau

   1. http://www.polemia.com/article.php?id=4765


Informations supplémentaires

     * Publié dans le numéro : 2583

   Mots clés :
     * JeanYves Le Gallou
     * Polemia

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