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Discours politique

Nicolas Sarkozy, Les enjeux de l'équilibre environnemental et de la vie des
populations en forêt équatoriale (11/02/2008)

   Me voici, pour la troisième fois en moins de deux ans, sur cette terre
   de Guyane, parmi vous. Si j'ai choisi de venir à votre rencontre pour
   mon premier déplacement en Outre-mer en tant que chef de l'État, ce
   n'est pas par hasard.

   La Guyane est le département d'Outre-mer le plus en retard en matière
   de développement. Son image est souvent déformée, caricaturée. On
   présente ce territoire comme une " zone de non-droit ", le lieu de tous
   les dangers qui n'aurait qu'un rapport lointain avec la France.
   L'immigration clandestine et l'orpaillage illégal sont, trop souvent,
   les seuls sujets traités par les médias nationaux. Je ne nie pas que la
   Guyane connaisse de grandes difficultés. Je vais même en parler de
   façon très précise au cours de mon séjour parmi vous. Je dis seulement
   que la Guyane, ce n'est pas que cela.

   Je veux aujourd'hui parler à la Guyane qui m'a fait confiance, il y a
   quelques mois. Je veux parler à tous les Guyanaises et Guyanais qui
   veulent que les choses changent, qui veulent un avenir meilleur pour
   leurs enfants.

   Si je suis venu en priorité en Guyane, c'est aussi parce que cette
   terre si rude incarne, paradoxalement, parfaitement la diversité et la
   richesse de l'Outre-mer français qui font l'identité de la France.
   Amérindiens dont les racines se trouvent aux origines de cette terre,
   Buschinengués, Créoles, Hmongs ou métropolitains, vous êtes tous des
   enfants de la Guyane, des enfants de la France. Vos histoires, vos
   cultures et vos coutumes font aujourd'hui partie de l'identité
   nationale. Et si, parfois, cette diversité peut sembler bien " exotique
   " à des observateurs de passage, la Guyane n'incarne certainement pas
   les " franges de la République ". Elle est, au contraire, d'une
   certaine manière, au coeur de notre Nation. D'ailleurs, contrairement à
   une idée reçue en métropole, la France doit beaucoup à la Guyane. Et
   c'est aussi pour cette raison que j'ai choisi de venir en premier lieu
   sur ce territoire qui illustre, mieux que d'autres, cette dimension de
   réciprocité.

   Je pense, bien entendu, aux femmes et aux hommes de Guyane qui sont
   nombreux en métropole à occuper des emplois importants. Je pense,
   aussi, aux grandes figures que nous a données la Guyane. Qui pourrait
   avoir oublié Gaston MONNERVILLE, ce petit-fils d'esclave né à Cayenne
   qui a été président du Sénat de la France pendant neuf ans ? Cet homme
   dont la brillante carrière a été consacrée à une inlassable lutte pour
   le respect des droits de l'Homme, y compris au sein de la Résistance ?
   Qui pourrait avoir oublié Félix ÉBOUÉ, lui aussi petit-fils d'esclave,
   qui a été le premier homme noir à accéder à la fonction de gouverneur,
   dès 1936, en Guadeloupe ? C'est cet homme, " premier Résistant de la
   France d'Outre-mer ", dont les cendres sont aujourd'hui au Panthéon qui
   a rejoint, comme bon nombre d'anonymes, les forces libres du général DE
   GAULLE. Nous pouvons en être fiers ! C'est ce même Félix ÉBOUÉ qui
   adressait, en 1937, à la jeunesse d'Outre-mer, son discours resté
   célèbre : " Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les
   préjugés et apprendre à baser l'échelle des valeurs (···) sur les
   critères de l'esprit ", disait-il. " Jouer le jeu, c'est respecter
   l'opinion d'autrui (···) et la combattre seulement si on trouve en soi
   les raisons de ne pas l'admettre, mais alors le faire courageusement et
   au grand jour. (···) Jouer le jeu (···), c'est aimer les Hommes, tous
   les Hommes et se dire qu'ils sont tous bâtis selon la commune mesure
   humaine qui est faite de qualités et de défauts. " Belle leçon
   d'humanité qui demeure, aujourd'hui, d'une totale actualité···

   La Guyane apporte et a apporté à la France de grands hommes qui ont
   participé à la construction de notre pays. Elle a aussi ouvert les
   portes de nouveaux horizons. Je pense, bien entendu, au continent
   sud-américain. Je considère qu'avoir 700 kilomètres de frontière avec
   ce grand ami de la France qu'est le Brésil, l'une des plus grandes
   Nations du monde, est une chance pour la France et pour l'Europe, à
   condition, bien entendu, de gérer en bonne intelligence les flux
   humains et de marchandises, et de s'engager, ensemble, dans une
   dynamique de projets. C'est dans cet esprit que je rencontrerai,
   demain, le président LULA à Saint-Georges-de-l'Oyapock. Mais chacun
   sait que la Guyane ouvre à l'Europe tout entière des horizons bien plus
   vastes encore : ceux de l'Espace. Que serait la politique spatiale
   française et européenne sans la formidable opportunité offerte par la
   Guyane, située tout près de l'équateur ? Enfin, comment ne pas évoquer
   ce formidable trésor de biodiversité et ce poumon écologique que
   représente aujourd'hui la Guyane ? Pas seulement pour la France mais
   pour toute la planète ! Cette richesse est la nôtre et la France en est
   la dépositaire.

   Vous comprendrez donc que j'aie choisi, comme première étape de ma
   première visite en Outre-mer, de venir, ici, à Camopi. Ceux qui
   voudraient y voir un geste particulier vis-à-vis d'une commune qui a
   voté pour moi à plus de 73 % au premier tour de l'élection
   présidentielle se trompent, bien sûr··· Non, si j'ai choisi de venir
   ici, dans la commune la plus au sud du département, cette commune du "
   bout de la France ", isolée entre fleuve et forêt, c'est parce que,
   ici, nous avons un condensé des défis que notre République doit relever
   sur son immense territoire.

   Comment protéger la formidable richesse écologique que constitue la
   forêt guyanaise, votre cadre de vie quotidien ? Quel modèle de
   développement économique peut-on raisonnablement vous aider à mettre en
   place ? Comment assurer aux populations qui vivent dans un lieu isolé
   comme Camopi l'essentiel des services publics ? Enfin, comment assurer
   efficacement votre sécurité et faire respecter, dans cette gigantesque
   étendue forestière, la souveraineté de la France ? Je sais que, quelle
   que soit votre origine, vous ressentez parfois un sentiment d'abandon.
   Pourtant, je vous le dis : vous êtes tous des citoyens français ! Et, à
   ce titre, l'État a des obligations à votre égard. Vous avez, en retour,
   des devoirs envers lui. Et pour vous dire franchement les choses, je
   pense que l'État n'a pas été toujours irréprochable dans sa façon
   d'assumer ses responsabilités. C'est vrai pour la Guyane dans son
   ensemble et c'est particulièrement vrai pour la Guyane de l'intérieur
   dont on n'a pas toujours su appréhender, de Paris, la spécificité.

   C'est, entre autres, pour cela que j'ai souhaité que le Conseil
   consultatif des populations amérindiennes et buschinenguées, longtemps
   promis, soit effectivement mis en place avant la fin de ce trimestre.
   Ce Conseil est important car il permettra enfin aux populations
   autochtones de faire entendre leur voix sur les projets qui ont des
   conséquences sur leur environnement, leur cadre de vie ou leur culture.
   C'est quand même la moindre des choses que l'on doit aux populations
   qui vivent ici depuis toujours ! Aujourd'hui, je suis venu vous dire
   qu'à mes yeux, vous n'êtes pas moins Français que les Guyanais du
   littoral. Je suis venu vous dire que je ne vous abandonnerais pas et
   que je vous protégerais contre les dangers qui vous menacent. Je suis
   venu vous dire que si vous avez besoin de la France, la France a aussi
   besoin de vous.

   Oui, ici, à Camopi en plein parc amazonien, on prend conscience que la
   Guyane, dans son immensité et sa diversité, est une chance pour la
   France.

   La forêt guyanaise, avec sa fabuleuse richesse écologique, n'est-elle
   pas, finalement et malgré sa rudesse, l'un des principaux joyaux de la
   France ? Cette terre, composée de roches de plus de 2 milliards
   d'années, plonge ses racines aux origines de notre planète. Nous
   n'avons pas encore recensé toute la diversité biologique de la Guyane,
   tant celle-ci est immense : plus de 5 000 espèces de plantes
   supérieures, plus de 1 000 espèces de grands arbres, 700 espèces
   d'oiseaux ! Songez qu'ici, le nombre d'espèces d'arbres dans un hectare
   de forêt est supérieur au nombre total d'espèces d'arbres recensés dans
   toute l'Europe continentale ! Cette richesse que constituent cette
   biodiversité et ce poumon écologique, la France en est la bénéficiaire
   mais elle en est aussi la dépositaire. Nous avons une responsabilité
   lourde et passionnante qui consiste à tracer la voie d'un développement
   économique durable dans ce contexte.

   Il y a quelques semaines, se tenait à Paris le Grenelle de
   l'environnement. Ce moment a été fort, très fort. Et je sais qu'en
   Guyane vous y avez participé activement. Je vous en remercie. À cette
   occasion, la France a montré non seulement qu'elle n'était pas en
   retard mais qu'en plus elle voulait être en avance. Le Grenelle de
   l'environnement n'est pas un aboutissement, c'est un commencement. Des
   choses fortes et concrètes en sont ressorties. Des principes, tout
   d'abord, comme celui consistant à dire que tous les grands projets
   publics seront désormais arbitrés en intégrant leur coût pour le climat
   et leur " coût en carbone ". Des actions, ensuite, avec l'engagement
   d'un programme national des énergies renouvelables, par exemple. Je
   tiens d'ailleurs à ce que nous donnions la priorité aux territoires où
   la notion d'indépendance énergétique a du sens, comme les territoires
   d'Outre-mer qui ont vocation à devenir de véritables laboratoires en la
   matière. Je considère que ce programme, comme ceux que nous mènerons
   dans les transports, le bâtiment ou l'agriculture, ne représente pas, à
   proprement parler, une dépense. C'est un investissement et l'un des
   plus rentables que nous puissions faire pour nous-mêmes et nos enfants
   ! Ces actions s'accompagneront d'une nouvelle méthode, celle d'une
   démocratie irréprochable puisque, chaque année, le Parlement contrôlera
   la mise en oeuvre, par le gouvernement, d'une politique de
   développement durable. C'est ce même Parlement qui fixera d'ailleurs
   dans une loi de programme les principes et les objectifs de la
   politique française de développement durable à long terme.

   Vous le voyez, nous entrons dans une nouvelle ère. Et dans cette
   nouvelle ère, je suis convaincu que l'Outre-mer dans son ensemble a une
   carte extraordinaire à jouer. Je voudrais qu'à cet instant précis, tous
   les Français et les Européens qui nous écoutent prennent conscience de
   l'immense richesse que nous apporte cet Outre-mer. L'Outre-mer, c'est
   97 % de la superficie des eaux maritimes françaises, qui sont les
   deuxièmes plus vastes du monde ! L'Outre-mer, c'est plus de la moitié
   des mammifères marins du globe, 98 % des vertébrés et 96 % des plantes
   de la planète ! Cette richesse, présente sur les trois océans, permet à
   la France de siéger dans la quasi-totalité des instances
   internationales de préservation de l'environnement et de porter, ainsi,
   son message à travers le monde entier ! Alors, oui : l'Outre-mer est
   une richesse extraordinaire ! Et cette richesse doit être protégée et
   mise en valeur avec la plus grande vigilance. C'est tout l'objet du
   Plan d'action Outre-mer qui doit être décliné par Christian ESTROSI
   dans les prochains mois, dans le prolongement du Grenelle de
   l'environnement.

   Mais je veux être clair : protéger ne veut pas dire " mettre sous
   cloche " un territoire. Les richesses de la Guyane et sa biodiversité
   ne doivent pas nous conduire à faire de ce territoire une vaste réserve
   naturelle, qui serait une caution écologique pour se donner bonne
   conscience. La Guyane fait l'objet de très nombreuses protections. Avec
   la création, l'année dernière, du parc amazonien, dans lequel nous nous
   trouvons, ce sont près de trois millions d'hectares qui sont protégés.
   Il s'agit, tout simplement, du plus grand parc d'Europe ! Tout cela est
   bien mais la Guyane doit aussi pouvoir se développer et s'ouvrir aux
   marchés qui l'entourent dans le cadre d'une politique de développement
   durable. Le parc amazonien a, d'ailleurs, été conçu dans une logique de
   protection mais aussi de développement en prévoyant, notamment, un plan
   d'accompagnement. C'est aussi dans une logique de développement
   qu'avait été prévues, dans la loi sur les parcs nationaux, deux
   dispositions particulières à la Guyane : la possibilité pour
   l'établissement public du parc de mener une coopération internationale
   et une procédure originale d'autorisation d'accès aux ressources
   génétiques dans le parc. Vous devez pouvoir tirer profit de la
   protection que vous apporte votre environnement et lutter contre le
   biopiratage !

   Ici, nous devons démontrer que nous sommes capables de concilier ces
   deux exigences que sont le développement du territoire et le respect de
   notre planète. Je sais que nous serons jugés, ici, sur notre politique
   de développement durable. Je veux que nous soyons irréprochables dans
   les choix qui seront faits pour la Guyane. À cet égard, le dossier du
   projet de l'exploitation aurifère industrielle de Camp Caïman, dit
   aussi " projet IamGold ", était à la fois un bon et un mauvais exemple.
   Je ne souhaite évidemment pas esquiver ce sujet difficile. C'est un bon
   exemple car il a posé la question de savoir quelles sont les filières
   réellement porteuses de création de richesses en Guyane. Sur ce point,
   mon opinion n'a pas varié depuis mon second déplacement en Guyane, en
   juin 2006 : je pense toujours que la Guyane ne peut se permettre de ne
   négliger aucune piste de développement. Je pense toujours que la Guyane
   n'a pas le choix entre l'or d'une part, et la préservation de
   l'environnement d'autre part. Elle peut faire le choix d'une
   exploitation de l'or raisonnée, respectueuse des lois et de
   l'environnement, ce qui est aussi une façon de structurer la filière et
   de marginaliser l'orpaillage clandestin.

   Le cas IamGold était, en même temps, un mauvais exemple car le projet
   était localisé à proximité d'un site, la montagne de Kaw, remarquable
   par sa biodiversité. Si nous avions laissé ce projet se faire, nous
   aurions porté atteinte, de façon irrémédiable, à un patrimoine naturel
   considéré comme unique. Les experts ont qualifié, à plusieurs reprises,
   la montagne de Kaw de " zone de richesse exceptionnelle ". Je ne
   pouvais pas ne pas en tenir compte, alors qu'il y a quelques mois
   seulement je plaidais, à la tribune de l'ONU, en faveur d'un New Deal
   économique et écologique planétaire. Il fallait faire un choix. J'ai
   fait celui de ne pas autoriser ce projet. Je ne vous cache pas que ce
   choix a été difficile et je m'en expliquerai, demain, devant les
   acteurs économiques de la Guyane. Cette décision traduit ma volonté de
   faire de la Guyane un territoire exemplaire en matière écologique.
   Cette exigence, pour avoir un sens, passe aussi par un renforcement de
   l'action de l'État.

   Il n'y aura pas en Guyane - et encore moins dans le sud de la Guyane -
   de développement possible sans une sécurité mieux assurée. Plus
   qu'ailleurs, peut-être, chacun peut ressentir ici le lien fort qui
   existe entre protection de l'environnement, développement et sécurité.
   Que l'on parle de l'insécurité ressentie au quotidien ou des ravages
   écologiques que cause l'orpaillage clandestin par l'usage sauvage du
   mercure, la réalité est là. Et je ne suis certainement pas venu
   jusqu'ici pour nier cette réalité et tenir un discours angélique. Je le
   dis clairement : la situation actuelle en Guyane n'est pas acceptable.

   Pourtant, les efforts réalisés par les forces de l'ordre sont réels
   depuis plusieurs années. S'agissant de la sécurité, l'essentiel des
   engagements que j'avais pris en tant que ministre de l'Intérieur a été
   tenu. La situation s'est, d'ailleurs, nettement améliorée puisque la
   délinquance de voie publique a baissé de 26 % en 2007, même s'il est
   vrai que la situation n'est toujours pas rétablie à
   Saint-Laurent-du-Maroni. Par ailleurs, plus de 10 000 reconduites à la
   frontière ont été effectuées l'année dernière, ce qui représente un
   doublement en quatre ans. Enfin, les opérations " Anaconda " se sont
   multipliées, infligeant de lourdes pertes matérielles aux orpailleurs
   clandestins. Et la création du GIR, installé en 2006, a permis de
   réaliser un travail judiciaire de fond qui commence à produire ses
   fruits.

   Pourtant, je ne peux me satisfaire de la situation actuelle et je sais
   que beaucoup de Guyanais, particulièrement ceux vivant dans les
   communes de l'intérieur, ont le sentiment que rien ne change. De fait,
   le nombre de sites illégaux reste trop important et l'attitude des
   garimpeiros est de plus en plus agressive. Est-il normal que des hommes
   en armes circulent sur notre territoire ? Est-il normal que les points
   de contrôle tenus par les forces de l'ordre soient régulièrement forcés
   par des criminels qui n'hésitent pas à tirer à vue sur nos hommes ?
   Non, c'est inacceptable ! J'estime que tout ceci ne relève pas
   seulement de la délinquance. Ce qui est en jeu, ce n'est ni plus ni
   moins que la souveraineté de l'État. Aussi ai-je décidé de changer la
   nature et l'ampleur de la réponse.

   Dès la semaine prochaine, une opération exceptionnelle de sécurisation
   du territoire de la Guyane débutera. J'ai demandé aux armées de
   déployer des renforts venant de la métropole et des Antilles, ainsi que
   des moyens d'observation et de transport aérien. La gendarmerie
   nationale enverra, parallèlement, des renforts, ainsi que des
   spécialistes du GIGN. Mille hommes seront engagés dans cette opération.
   Nous utiliserons, à cette occasion, des matériels faisant appel à des
   technologies très novatrices. Une partie des troupes est arrivée. Aux
   hommes présents et à ceux qui arriveront dans quelques jours, je veux
   dire mon estime et mon soutien car la mission que vous allez mener est
   dangereuse. Je vous demande de la détermination mais aussi de la
   lucidité car, malgré la présence importante de forces militaires, cette
   opération restera une opération de police. Elle sera coordonnée par le
   préfet, en lien avec le procureur de la République.

   Afin de renforcer l'efficacité des actions engagées, j'ai souhaité que
   l'on modifie le Code minier, le Code des douanes et le Code de
   procédure pénale afin de renforcer l'arsenal juridique contre les
   orpailleurs clandestins. Ces modifications permettront d'aggraver les
   peines encourues par les orpailleurs clandestins lorsqu'ils portent une
   atteinte grave à l'environnement. Elles donneront aux enquêteurs des
   moyens supplémentaires pour mener leurs investigations. Elles
   permettront, enfin, de sanctionner le transport et la détention d'or
   sans justificatifs. Parallèlement, j'ai accéléré le rythme de
   discussion avec le gouvernement brésilien pour créer les conditions
   d'une coopération plus concrète en matière de lutte contre l'orpaillage
   clandestin. J'en parlerai demain au président LULA.

   Vous l'avez compris, ma détermination est totale. Je ne veux plus que,
   sur le sol français, les représentants des forces de l'ordre, les
   dépositaires de l'autorité de l'État, puissent être mis en difficulté.
   Je ne veux plus que les barrages terrestres ou fluviaux puissent être
   traversés. Si quelques irréductibles n'ont pas compris que la Guyane,
   c'est la France et que la France, on la respecte, nous allons les y
   aider. La terre de Guyane ne sera plus violée impunément !

   J'ajoute que j'ai décidé de mettre à la disposition de la police aux
   frontières en Guyane, de façon durable, un avion qui permettra de
   reconduire les étrangers en situation irrégulière interpellés sur le
   territoire, que ce soit en forêt ou en milieu urbain. Les chiffres des
   reconduites à la frontière sont importants mais trop d'immigrés
   clandestins reviennent en Guyane peu de temps après avoir été
   reconduits à la frontière, notamment parce qu'ils ne sont pas
   reconduits suffisamment loin de nos frontières.

   Vous l'avez compris, nous allons durcir le ton pour préserver notre
   souveraineté sur le sol guyanais. Récemment, nous l'avons fait pour
   préserver notre souveraineté dans nos eaux territoriales. L'opération,
   menée à la fin de l'année dernière, avec le concours de commandos de
   marine, a été un succès et les pêcheurs brésiliens ne s'aventurent plus
   actuellement en zone française. Je veux féliciter tous les hommes qui y
   ont participé dans des conditions périlleuses. D'autres opérations de
   ce type seront nécessaires jusqu'à ce que chacun n'ait plus aucun doute
   sur notre détermination. La sécurité est la première des exigences car
   elle conditionne l'exercice des libertés.

   Mais ce n'est pas tout. Les populations qui vivent dans des territoires
   isolés sont en droit d'attendre qu'un minimum de services publics leurs
   soient accessibles. Mais ne soyons pas hypocrites ! Il ne s'agit pas de
   prétendre que tous les services publics doivent être présents où que
   nous nous trouvions, y compris en pleine forêt. Cela n'aurait aucun
   sens. Ce qu'il faut, c'est imaginer des formes de présences
   intelligentes, adaptées aux besoins réels des populations. Chaque
   commune dispose d'une agence postale, d'une structure médicale de base
   et d'établissements scolaires, sans compter la mairie et la
   gendarmerie, bien entendu. Cela n'est pas toujours suffisant et il faut
   trouver des formules originales. C'est le rôle du sous-préfet,
   secrétaire général adjoint, dont j'avais créé le poste, il ya un an et
   demi, et qui a pour principale mission de dédier son action aux
   communes isolées.

   Mais un sous-préfet seul ne peut rien. C'est la raison pour laquelle il
   est indispensable que soient organisées sur le fleuve Oyapock des
   tournées administratives, comme celles qui ont été mises en place sur
   le Maroni. Ces tournées viennent de débuter. Il faudra qu'elles se
   déroulent régulièrement et que toutes les administrations concernées
   jouent le jeu.

   Le problème de l'accès aux services à la personne se pose avec acuité,
   ici, à Camopi. Mais ce problème existe dans bien d'autres communes. Il
   concerne, parfois, la Guyane dans son ensemble. Je pense notamment à la
   santé. À ce sujet, un rapport d'inspection générale vient d'être remis
   au gouvernement et confirme que l'espérance de vie en Guyane est
   inférieure de trois à quatre ans à la moyenne nationale. La tuberculose
   est encore quatre fois plus importante qu'en métropole et la lèpre est
   toujours présente···Cela n'est pas acceptable. Il nous faut donc réagir
   collectivement et efficacement.

   L'État, en ce qui le concerne, prendra ses responsabilités et je
   souhaite que les collectivités compétentes, notamment dans le domaine
   de la prévention maternelle infantile et des actions médico-sociales,
   prennent part également à cet effort de santé publique. Nous avons le
   devoir, tous ensemble, de garantir une offre de soins aux Guyanais
   comparable à celle de la métropole. Cela doit se traduire par des
   investissements nouveaux. C'est l'objet du Plan Hôpital 2012. Mais cela
   doit se traduire, aussi, par des choses très concrètes comme l'accès au
   médecin. Or, il existe manifestement une pénurie de médecins en Guyane.
   Il n'y a pas de solution miracle et j'ai donc demandé à Roselyne
   BACHELOT, ministre de la santé, d'améliorer de manière substantielle le
   recrutement dérogatoire des médecins étrangers en milieu hospitalier,
   mais surtout dans le secteur libéral, où la situation est
   particulièrement difficile. On peut imaginer tous les programmes que
   l'on veut ; si nous n'avons aucun praticien pour les conduire
   réellement, cela ne sert rien.

   En ce qui concerne un secteur peut-être encore plus prioritaire,
   l'éducation, nous savons que l'explosion démographique que vous
   connaissez va modifier la physionomie de la société guyanaise. Avec un
   doublement de la population dans les quinze ans à venir et une société
   composée à plus de 50 % de jeunes de moins de vingt-cinq ans, nous
   devons tout faire pour accompagner cette évolution en programmant les
   équipements scolaires qui seront nécessaires à l'éducation et la
   formation des jeunes. L'État devra bien évidemment s'engager à coté des
   collectivités pour relever ce défi car l'avenir d'un pays passe par sa
   jeunesse et nous savons tous que c'est à l'école que se construit la
   société de demain et que c'est l'école qui permet, par le partage de
   valeurs communes, de s'identifier à un pays.

   La Guyane, avec une population issue de cultures et traditions
   différentes, en aura particulièrement besoin pour éviter la montée du
   communautarisme. Certes, nous devons intervenir pour mettre en oeuvre
   des plans d'accompagnement afin de tenir compte du contexte particulier
   de la Guyane et de ses caractéristiques démographiques. Mais, croyez-le
   bien, aucun plan de rattrapage des équipements scolaires ne réglera le
   problème de la non-scolarisation de 3 000 enfants ou le fort taux
   d'absentéisme à l'école lié aux modes de vie différents de certaines
   populations. Car c'est cela aussi, la Guyane. Il faut aller au fond des
   choses et se dire que peut-être à Maripasoula ou à Camopi, nous devons
   proposer un autre projet éducatif qui prend mieux en compte le mode de
   vie des habitants. Soyons imaginatifs et osons aborder la question en
   se demandant, ici en Guyane, ce que l'on souhaite enseigner aux
   enfants, et ce que l'on veut leur transmettre. Quelles sont les valeurs
   fondamentales de la République qui peuvent être partagées par toutes
   les communautés ?

   Prenons des initiatives pour inculquer à tous les enfants de Guyane,
   qu'ils vivent à Cayenne ou au milieu de la forêt, le goût d'apprendre,
   la curiosité intellectuelle, l'ouverture d'esprit et faisons en sorte
   qu'ils retrouvent le chemin de l'école. N'ayons pas peur d'aborder la
   question de l'adaptation des programmes et des méthodes éducatives pour
   mieux intégrer la difficulté de la pratique de la langue française ou
   la modification des rythmes scolaires pour respecter les traditions
   familiales et les modes de vie. Je sais que certaines actions ont déjà
   été tentées dans des écoles maternelles où l'intervention de "
   médiateurs " dans les langues maternelles favorise l'apprentissage du
   français. Je sais que l'IUFM travaille, à l'occasion de la formation
   des maîtres des écoles, sur tous ces aspects culturels et
   linguistiques. Mais nous devons aller plus loin et plus vite et ne pas
   fermer les yeux sur une réalité qui dure. Nous ne pourrons jamais
   forcer à une scolarité classique. Vous voyez bien que les valeurs ne
   sont pas toujours les mêmes et qu'il reste à construire cette grande
   Guyane au sein de la République. La priorité de cette politique, que je
   vous invite à construire par la voie de l'expérimentation, s'inscrit
   dans la démarche qui est la mienne de montrer que l'éducation est
   essentielle dans une politique de civilisation.

   Mesdames et Messieurs, vous l'avez compris, mon engagement pour la
   Guyane, toute la Guyane, est profond. J'estime que le rôle d'un
   Président, c'est, certes, de rencontrer les puissants de ce monde qui
   vivent dans les grandes capitales mais que c'est aussi de se trouver
   auprès des Français les plus isolés de notre territoire. Venir à la
   rencontre de ceux qui ont peu et qui, parfois, ont peur. Le Président,
   c'est celui pour qui chaque Français, qu'il soit amérindien de la forêt
   amazonienne ou parisien du VIe arrondissement, a une égale importance,
   une place identique dans son coeur. Je vous remercie.

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