   #La construction symbolique de l'identité nationale française dans les
   discours de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy
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   Vol. 28/1 | 2010
   Articles
La construction symbolique de l'identité nationale française dans les
discours de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy
   Angeliki Koukoutsaki-Monnier
   p. 11-39
   Résumé | Index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation |
   Auteur
Résumés
   Français English Español
   À partir d’une approche ethno-symbolique cet article explore la
   définition de l’identité nationale française forgée dans les discours
   de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, depuis sa nomination
   en janvier 2007 en tant que candidat officiel de l’UMP jusqu’aux
   élections de mai 2007. L’analyse met en lumière une version
   consensuelle de l’identité nationale française proposée par le
   candidat, qui intègre les valeurs républicaines et universalistes au
   modèle culturel français tout en évacuant tout aspect biologique de ce
   dernier.
   Using an ethno-symbolic approach, this article explores how Nicolas
   Sarkozy redefined national identity in his public speeches from his
   nomination as the official UMP candidate in January 2007 until the May
   2007 French presidential elections. The successful candidate put forth
   a consensual version of the French national identity that equates it
   with both republican and universal values while evacuating any and all
   references to sociobiology.
   A partir de un enfoque etnosimbólico, este artículo presenta un estudio
   sobre la definición de la identidad nacional francesa utilizada en los
   discursos de la campaña presidencial de Nicolas Sarkozy, desde su
   nombramiento en enero de 2007 en calidad de candidato oficial de la UMP
   hasta las elecciones de mayo de 2007. El análisis resalta una versión,
   fruto de un consenso de la identidad nacional francesa propuesta por el
   candidato, que integra los valores republicanos y universalistas al
   modelo cultural francés, excluyendo al mismo tiempo todo aspecto
   biológico de este último.
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Entrées d’index
Mots-clés :
   identité nationale, France, discours politique, campagne
   présidentielle, campagne politique
Keywords :
   national identity, France, political discourse, political campaign,
   presidential campaign
Palabras claves :
   identidad nacional, Francia, discurso político, campaña presidencial,
   campaña política
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Plan
   Repères théoriques et questionnements
   Le cadrage de l’objet de recherche
   La construction de la grille d’analyse
   Les composantes de l’identité nationale selon Nicolas Sarkozy
   Les éléments qui dénotent une acception historique/culturelle
   Les éléments qui dénotent l’acception civique/élective
   L’acception institutionnelle
   Le refus de l’acception biologique
   L’imbrication du modèle civique au modèle culturel
   Vers une approche « ethno-symbolique »de la nation
   Conclusion
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Texte intégral
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   1Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? Voici la question qui a
   inspiré l’étude que nous présentons dans cet article. Question
   fondamentale, tant les sujets relatifs à l’identité nationale occupent
   depuis un moment, en France, une place importante au sein de
   l’actualité, associés souvent à la question de la régulation des flux
   migratoires (notamment depuis la création par le gouvernement de
   François Fillon et sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2007, du
   ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale
   et du Développement solidaire). Néanmoins, le sujet ne puise pas son
   intérêt uniquement dans le cadre de sa visibilité politico-médiatique.
   Sur le plan scientifique, le retour des interrogations autour des
   identités nationales constitue un phénomène planétaire ayant donné
   naissance depuis une trentaine d’années à une riche bibliographie sur
   l’apparition des nations et la formation des identités collectives
   (Jaffrelot, 2006 ; Puri, 2004).
     * 1  Yvan Gastaut (2007) rappelle que c’est dans les années 1960 et
       1970 que la question de l’immigrati (...)
   2En France, le thème de l’identité nationale, peu présent dans l’espace
   public pendant les Trente Glorieuses, a fait son retour dans
   l’actualité politique dans les années 1980, notamment dans les discours
   de la droite et de l’extrême droite. Le retournement a commencé à la
   fin des années 1970, lorsque Valéry Giscard d’Estaing a lancé sa
   politique de rapatriement massif des immigrés (Noiriel, 2007).
   L’expansion progressive du modèle commercial de la télévision à partir
   des années 1980 et la recherche d’images spectaculaires ont propulsé le
   thème du communautarisme au centre de l’information. L’entrée en scène
   du Front national a exacerbé la tendance. Simone Bonnafous (1991), dans
   son analyse de presse de la période 1974-1984, met en lumière la
   mutation thématique opérée en termes de couverture médiatique des
   conditions de vie et de travail des immigrés vers les difficultés de
   cohabitation avec les Français et les problèmes d’assimilation1.
   L’auteure attribue cette évolution au contexte économique (crise de
   1974) mais aussi à la déshérence du modèle des classes sociales, pour
   souligner « le lien qui existe entre le vide ainsi produit et la
   crainte de l’Autre » (1991 : 273). Elle montre que, face à l’incapacité
   de la pensée humaniste « individuo-universaliste » à prendre une
   position claire, positive et argumentée sur la question de
   l’immigration, l’extrême droite a réussi à imposer à l’ensemble de
   l’opinion publique française, sinon ses idées, du moins certaines de
   ses problématiques et représentations. En effet, depuis cette époque,
   les questions d’immigration et d’identité nationale reviennent
   régulièrement sur le devant de la scène publique et occupent une place
   de plus en plus importante au sein des campagnes électorales (Gerstlé,
   2004). Dans un contexte marqué par l’amplification des discours sur les
   menaces du communautarisme et de l’islamisation de la société
   française, l’enjeu identitaire prend une dimension signifiante. En
   2007, Nicolas Sarkozy l’installe en tant que l’un des thèmes centraux
   de sa campagne pour la présidence de la République. Décrié pour
   récupérer les stratégies discursives de l’extrême droite, le candidat
   impose la problématique de l’identité nationale et oblige sa rivale
   Ségolène Royale à s’emparer du sujet (Bouillaud, 2007 ; Labbé et
   Monière, 2008).
     * 2  Disponibles sur l'ancien site officiel de
       l’UMP : http://www.u-m-p.org/site/index.php/ ump/s_infor (...)
     * 3  Avec 53,06 % des suffrages exprimés au second tour.
     * 4  Avec un taux de participation électorale qui s’est élevé à
       83,97 %.
   3Dans cet article, nous souhaitons explorer la définition de l’identité
   nationale française proposée par Nicolas Sarkozy dans les discours de
   sa campagne présidentielle, depuis sa nomination en janvier 2007 en
   tant que candidat officiel de l’Union pour un mouvement populaire (UMP)
   jusqu’aux élections de 6 mai 2007. Notre corpus est constitué de
   l’ensemble des discours prononcés pendant cette période (34 discours au
   total2). Certes, ces discours reflètent d’abord les prises de position
   d’un homme politique qui, dans le contexte et sous les contraintes
   d’une campagne présidentielle — ainsi que sous l’influence de ses
   conseillers —, cherche à la fois à affirmer son appartenance partisane,
   à rassembler un public national et à reconquérir les électeurs de
   l’extrême droite et du centre (Grunberg, 2008). Néanmoins, leur étude a
   une forte valeur heuristique au moins pour deux raisons. Tout d’abord
   parce qu’elle dévoile la vision de l’identité nationale portée par
   celui qui allait devenir le président de la République française3  et
   permet, par conséquent, de mettre en lumière l’idéologie sous-jacente
   qui a constitué la base d’un ensemble d’opérations entreprises après
   son élection. Ensuite, parce qu’elle amène à s’interroger sur les
   transformations de l’espace public actuel et la construction symbolique
   des représentations identitaires nationales, et cela lors d’une
   élection qui semble avoir passionné les Français et renouvelé leur
   intérêt pour les affaires politiques4. Mais avant de présenter les
   résultats de notre étude, nous tenons à expliciter les outils
   conceptuels et méthodologiques qui ont guidé notre analyse.
Repères théoriques et questionnements
     * 5  Cette approche rassemble quelques-uns des plus grands analystes
       contemporains (citons, à titre d’e (...)
   4Pour comprendre les différentes définitions de l’identité nationale,
   il faut d’abord s’attarder sur le concept qui constitue sa base : la
   nation. Différents courants théoriques se penchent sur le sens et les
   origines de cette notion (Jaffrelot, 2006 ; Puri, 2004). Les
   « primodialistes » conçoivent les nations en tant que phénomènes
   naturels, organiques et donc universels. Les « perennialistes »
   acceptent leur caractère construit mais appréhendent ce dernier comme
   le résultat de processus sociohistoriques intervenus très tôt dans
   l’histoire de l’humanité. Pour les « modernistes », en revanche, la
   nation, telle que nous la concevons aujourd’hui, à savoir associée à un
   État et à un territoire donné, est une construction récente, résultat
   des conditions économiques, politiques et sociales de la modernité5.
   Tenant une position intermédiaire dite « ethno-symbolique », Anthony
   Smith (1991/1993) soutient que si la nation est une construction des
   sociétés modernes, elle s’appuie sur des identités et des liens
   ethniques préexistants qui constituent son substrat culturel. En ce
   sens, il se rapproche davantage de ceux qui conçoivent la nation comme
   une construction « pérenne » qui puise ses origines dans les débuts de
   l’histoire humaine.
     * 6  La vision ethnoculturelle de l’identité nationale serait
       notamment développée par le romantisme al (...)
   5Les divergences concernant la nature et les origines des nations se
   reflètent dans les nombreuses tentatives de définir l’identité
   nationale. En France, on évoque souvent la célèbre définition d’Ernest
   Renan (1882/1997), selon laquelle la nation ne peut pas être
   appréhendée sur la base d’éléments physiques (géographie, race) ou
   sociaux (religion, langue, intérêts communs). Elle est composée de part
   en part d’action, tant passée que présente : elle puise sa force dans
   « un riche legs de souvenirs » communs, mais constitue aussi un
   « plébiscite de tous les jours », en tant qu’affirmation perpétuelle de
   continuer la vie commune. En ce sens, Renan prône une conception
   volontariste de l’identité nationale qui rejette le critère des liens
   primordiaux (Dieckhoff, 2006). Cette approche, dite « politique » et
   associée aux Lumières et à la Révolution, souligne l’aspect contractuel
   de l’identité nationale et met en avant le consentement volontaire des
   membres d’une nation, portés par un projet d’avenir commun. Notons,
   néanmoins, que Renan insiste également sur l’importance du passé et de
   l’histoire (« un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire ») et
   souligne le rôle éminent du ciment culturel qui solidifie le lien
   national. Il opère ainsi un glissement vers une seconde conception de
   l’identité nationale, dite « culturelle ». Celle-ci met davantage
   l’accent sur les références à un passé commun, l’existence d’un noyau
   historique et culturel — traditions, coutumes, religion, langue, etc.,
   souvent liées à un territoire donné — qui constitue l’âme de la nation
   (même si ces termes sont assez ambigus et généralement problématiques à
   définir)6^.
   6Cette nation, organique, héritée et en dernier ressort ethnique,
   serait la nation prônée traditionnellement par la droite ; au
   contraire, celle qui est soutenue par la gauche esquisserait une vision
   politique de la nation, vue comme le résultat d’un projet volontariste
   de vie commune. Cette antinomie cardinale remonterait à l’époque de la
   Révolution française et refléterait le désaccord entre les
   aristocrates, qui prônaient une conception ethnique de la nation,
   fondée sur l’origine et le droit du sang, avec les Francs comme
   ancêtres légitimes, et ceux qui défendaient l’esprit des Lumières
   adoptant une conception assimilationniste, avec les Gaulois comme vrais
   ancêtres (Noiriel, 1992). L’opposition aurait été consolidée après
   l’expérience traumatique de 1870 à propos de l’Alsace-Lorraine, qui a
   conduit à la progression de la vision ethnique au sein de la société
   française et notamment dans le camp de la droite (Dumont, 1991).
   7Partant de ce cadre théorique, nous nous posons les questions
   suivantes : de quelle manière se présente l’appartenance identitaire
   dans les propos de Nicolas Sarkozy ? La voit-on sous une forme plutôt
   culturelle, voire biologique, conforme au modèle traditionnel de la
   droite ? Comment arrive-t-il à construire un discours « consensuel » et
   « de rassemblement » dans le cadre d’une campagne électorale d’ordre
   national ? Car nous savons aujourd’hui que si la dynamique de Nicolas
   Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007 a étroitement été
   corrélée à la contre-performance électorale de Jean-Marie Le Pen, le
   candidat de l’UMP n’a pas été « enfermé » dans le seul espace de la
   droite ; 21 % des électeurs ne se retrouvant dans aucune proximité
   partisane ont voté en sa faveur (Perrineau, 2008). Comme le signale
   Étienne Schweisguth,
     […] la stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy […] a consisté, sans
     passer d’alliance avec le Front national, à ramener sur un candidat
     de la droite […] une grande partie de l’électorat qui se portait
     auparavant sur l’extrême droite protestataire, et ceci sans
     s’aliéner pour autant les électeurs centristes ou de droite modérée
     attachés aux valeurs de tolérance et d’humanisme (2007 : 393).
Le cadrage de l’objet de recherche
   8Il est vrai que la personnalité de Nicolas Sarkozy attise, depuis
   quelques années, la curiosité des commentateurs de l’actualité
   politique. Comme le constate Jean-Pierre Le Goff (2008), son caractère
   largement atypique au sein de la droite n’a pas manqué
   d’intriguer : « on a souligné ses aspects <bonapartistes> et
   <populistes>, [ainsi que] son flirt avec certaines idées du Front
   national » (p. 61). Pour l’auteur, les traits qui caractérisent le
   personnage de Nicolas Sarkozy (énergie, pragmatisme, culture du
   résultat), en dehors de ses quelques particularités, renvoient à une
   figure importante de la modernité, celle du manager dynamique et
   performant. En effet, une analyse des modes de communication de Nicolas
   Sarkozy pendant la période 2002-2005 (Artufel et Duroux, 2006) révèle
   une forte professionnalisation de ses pratiques. Elle souligne aussi
   quelques invariants généraux de son discours : le recours au pathos, la
   recherche de la proximité avec le public, la récurrence d’adjectifs
   simples et la forme didactique, ainsi que l’utilisation de quelques
   formules percutantes. Il s’agit certainement de caractéristiques
   courantes du discours politique qui oscille souvent entre logos, pathos
   et ethos (Charaudeau, 2005), mais certainement plus prononcées dans les
   discours de Nicolas Sarkozy, ainsi que l’étude en question l’indique.
   9En termes d’idéologie, le candidat se situe dans la lignée des
   doctrines gaullistes auxquelles il proclame régulièrement sa
   fidélité : la grandeur de la France, l’unité sous l’égide d’un État
   fort, la volonté — du moins apparente — d’un rassemblement
   interclassiste dépassant le clivage entre la gauche et la droite, ainsi
   qu’une vision historique de la nation qui cherche à taire les divisions
   et à valoriser le rassemblement (Derville, 2005). En outre, le rôle
   d’Henri Guaino en tant que conseiller et plume du candidat n’est pas
   méconnu. Haut fonctionnaire avec des études en droit, histoire et
   sciences politiques, c’est lui qui a contribué à l’élection
   présidentielle de Jacques Chirac sur le thème de la fracture sociale et
   du pacte républicain. Pour Christian Salmon (2007), c’est à travers la
   personnalité de cet homme qu’il faut comprendre certains éléments des
   discours de Nicolas Sarkozy, à savoir un gaullisme lyrique favorisant
   l’identification collective à un destin présidentiel, les références à
   quelques grandes figures de la gauche (Ferry, Blum, Jaurès, etc.),
   ainsi qu’un goût prononcé pour le récit — même si ce dernier constitue,
   selon l’auteur, le reflet d’une mutation plus globale dans le domaine
   de la communication politique en France. En effet, au cours de diverses
   interventions dans les médias, Henri Guaino n’a pas hésité à assumer la
   paternité d’un certain nombre des thèmes des discours de Nicolas
   Sarkozy, ainsi qu’une proximité de points de vue avec ce dernier,
   notamment au sujet de la place de l’héritage républicain au sein de la
   nation française :
     Je pense, comme De Gaulle, que la France n’est ni la droite, ni la
     gauche, c’est tous les Français. Je pense que tous ceux qui ont une
     certaine idée de la République, de l’État, de la nation ont des
     choses à faire ensemble. […] Ni vous ni moi ne nous sentons
     étrangers à l’héritage du Front populaire. Vous n’êtes pas contre
     les congés payés. Moi non plus. C’est un grand progrès social, j’en
     suis l’héritier et j’en suis très content. Nicolas Sarkozy a lu des
     textes de Jaurès. Il n’y a aucune raison de trouver absurde qu’un
     Français, qui vient de la droite ou de gauche, trouve dans des
     textes de Jaurès quelque chose qui reflète sa propre conception de
     l’éducation (Guaino, 2007).
   10Les éléments relatifs aux particularités du discours de Nicolas
   Sarkozy facilitent, ainsi qu’il sera expliqué plus loin, la
   compréhension de certains de ses propos au sujet de l’identité
   nationale. Ils ont aussi déterminé la méthode du traitement du corpus
   et de l’exploitation des données.
La construction de la grille d’analyse
     * 7  Nous empruntons le terme à Christophe Jaffrelot (2006 : 33), qui
       voit dans la notion de nation une (...)
   11Trois étapes ont ponctué notre analyse. La première a consisté en une
   lecture de l’ensemble du corpus dans l’optique de notre problématique
   de recherche, afin de nous familiariser avec le matériel et de choisir
   la méthode de son traitement. Cette première lecture a confirmé la
   présence d’un style fort lyrique, construit sur la base d’une
   succession de phrases courtes, chargées émotionnellement et souvent
   répétitives, dont la trame logique est parfois difficile à suivre.
   L’analyse lexicométrique de ces mêmes discours effectuée par Dominique
   Labbé et Denis Monière (2008) appuie ces constatations. Dans ce cadre,
   choisir une unité d’analyse minimale ou « noyaux de sens » dont la
   fréquence serait à comptabiliser (Bonneville et al., 2007) s’est avéré
   problématique : les résultats d’un tel codage refléteraient davantage
   les particularités stylistiques du discours du candidat que les
   contenus véhiculés dans ses propos. Ainsi que le souligne Teun Van Dijk
   (2007), analyser le discours et l’idéologie politiques exige de
   s’intéresser à « ce que les gens disent, plutôt que comment ils le
   disent », car l’idéologie peut difficilement être définie « seulement
   en termes de rhétorique ». Pour ces raisons, nous avons choisi
   d’aborder le corpus en nous inspirant d’une approche « catégorielle »,
   dite aussi « documentaire » (Bardin, 1977), cherchant à représenter
   chaque discours analysé sur la base d’une grille de catégories
   prédéfinie. Plus particulièrement, les éléments relatifs aux
   différentes approches de l’identité nationale, présentés plus haut, ont
   permis une modélisation des acceptions de cette notion sur la base de
   quatre groupes, à savoir les définitions ethnoculturelle et politique,
   avec leurs noyaux biologique et « institutionnel »7 respectifs.
   12Les limites de cette catégorisation n’ont pas échappé à l’analyse.
   Ainsi, au sein de la définition ethnoculturelle, le critère rigide de
   la « race » en tant qu’élément physique se rapproche davantage d’une
   acception essentialiste de l’identité nationale, tandis que la prise en
   compte de facteurs culturels permet une ouverture vers une approche
   plus constructiviste, et par conséquent plus souple (Todorov, 1989).
   Quant à la définition politique/élective, la place accordée à l’État en
   tant que fondateur de la nation n’est pas toujours la même (voir, par
   exemple, Giddens, 1987 ; Hobsbawm, 1990 ; Tilly, 1990). En outre,
   l’évacuation, par cette même approche, de tout aspect culturel dans la
   création du sentiment d’appartenance nationale s’avère simpliste et
   loin des réalités historiques (Dieckhoff, 2000 ; Thiesse, 2004 et
   2006). Cependant, comme toute modélisation, celle-ci a une valeur
   opératoire, car elle propose « un système de concepts, […] une manière
   de découper a priori des phénomènes dans le réel, de les objectiver, de
   les classer, de leur conférer une signification » (Olivesi,
   2007 : 232). Elle aide ainsi à mieux saisir la structure et les
   logiques sous-jacentes qui régissent les discours étudiés et les
   visions de l’identité nationale véhiculées.
   Tableau 1. Modélisation de la grille d’analyse
   Définition ethnoculturelle
   Définition politique
   Approche biologique
   Approche historique/culturelle
   Approche civique/élective
   Approche institutionnelle
   L’identité nationale en tant que question d’origine, de « race », de
   sang, d’héritage biologique.
   L’identité nationale en tant que résultat d’un passé commun, d’une
   histoire, d’un héritage culturel, d’une religion, d’une langue
   partagée.
   L’identité nationale en tant que (1) projet d’avenir, volonté de vivre
   ensemble, rêve, (2) partage des valeurs républicaines (droits de
   l’Homme et du citoyen, laïcité, dignité, humanité, égalité homme-femme,
   justice, etc.).
   L’identité nationale en tant qu’unité politique administrée par l’État.
   13Sur la base de cette grille, chacun des 34 discours du corpus a été
   utilisé en tant qu’unité d’analyse et a été codifié selon la présence
   ou non d’une ou plusieurs des quatre définitions de l’identité
   nationale (et cela à travers la présence d’un ou plusieurs des thèmes
   qui les composent, tels qu’ils figurent dans le tableau 1). Plus
   particulièrement, nous avons utilisé les valeurs +1 et 0 pour signaler
   respectivement la présence ou l’absence d’une des quatre catégories
   dans un discours donné. Nous avons opté pour la valeur négative -1
   lorsque le candidat récusait de façon explicite une de ces définitions
   (par exemple : « la France ce n’est pas une race, ce n’est pas une
   ethnie », Besançon, 13 mars 2007). Nous avons ainsi construit un
   tableau qui permet d’illustrer de façon synthétique les définitions de
   l’identité utilisées par Nicolas Sarkozy d’un discours à l’autre (voir
   tableau 2). En revanche, et pour des raisons expliquées précédemment,
   la question des récurrences de chaque approche — ainsi que de ses
   composantes — au sein d’un même discours n’a pas été prise en compte,
   jugée trop dépendante du style discursif et des procédés rhétoriques
   employés par le candidat. Nous n’avons pas non plus étudié la place
   occupée quantitativement par le thème de l’identité nationale au sein
   de chaque discours — même si les analystes s’accordent à dire que c’est
   notamment à Caen que celui-ci a davantage été développé (Noiriel,
   2007).
   14Afin d’approfondir les premiers résultats de l’analyse, nous avons,
   dans un troisième temps, examiné les éléments constitutifs de chaque
   catégorie, tels qu’ils apparaissent dans le tableau 1 (terre/histoire,
   langue, religion, race, volonté de vivre ensemble, valeurs
   républicaines, État), afin de déceler la signification que ceux-ci
   prenaient dans le discours du candidat. Cette fois, notre démarche a
   été d’ordre qualitatif. Nous nous sommes particulièrement intéressée
   aux croisements et aux mises en relation entre ces éléments, dans le
   but de peaufiner les premiers résultats de l’analyse afin de voir
   au-delà de la surface des discours et de mieux comprendre « la façon
   dont le politique et l’idéologique imprègnent la vie des mots »
   (Bonnafous, 2006 : 216). En effet, cette dernière démarche a permis de
   nuancer les résultats initiaux et de mieux comprendre la vision de
   l’identité nationale proposée par le candidat.
   15La présentation des résultats de notre analyse s’arrêtera à trois
   points qui nous semblent significatifs. Dans un premier temps, nous
   allons nous attarder sur les éléments constitutifs de l’identité
   nationale selon Nicolas Sarkozy. Nous allons, par la suite, développer
   deux aspects qui caractérisent ces discours et constituent, nous
   semble-t-il, leur originalité. Plus particulièrement, nous allons
   montrer que le candidat imbrique le modèle civique au modèle culturel
   en s’appropriant l’héritage républicain et la pensée universaliste, et
   que, ce faisant, il produit une approche « ethno-symbolique » de la
   nation, vue comme une construction historiquement conditionnée mais
   perpétuelle.
Les composantes de l’identité nationale selon Nicolas Sarkozy
     * 8  Rappelons que le 8 mars, Nicolas Sarkozy a annoncé son projet de
       création d’un ministère de l’Immi (...)
     * 9  Depuis les incidents qui ont éclaté le 27 mars 2007 dans la Gare
       du Nord à Paris, le candidat béné (...)
   16La présentation synthétique des premiers résultats de la recherche,
   tels qu’ils figurent dans le tableau 2, est révélatrice du cadrage
   qu’opère Nicolas Sarkozy dans sa définition de l’identité nationale
   française. Deux approches se retrouvent régulièrement dans ses
   discours : l’approche civique/élective, qui perçoit l’identité
   nationale comme un projet voulu, une envie de vivre ensemble sur la
   base du partage des valeurs républicaines (droits de l’Homme et du
   citoyen, laïcité, dignité, humanité, etc.) ; l’approche
   historique/culturelle, qui puise sa signification dans le passé, la
   tradition et l’héritage. On remarque également que Nicolas Sarkozy
   installe le thème de l’identité nationale dans sa campagne dès ses
   débuts et qu’il l’exploite durant tous ses déplacements8. Il y a très
   peu de discours où ce thème n’apparaît pas : lors du pacte
   écologique ; à Strasbourg où le candidat parle de l’Europe ; à Lille où
   il développe un argumentaire contre certains aspects de l’Union
   européenne. On note également que les éléments constitutifs de
   l’identité évoqués ne sont pas les mêmes selon l’endroit où le discours
   a lieu. En Réunion et en Guadeloupe, par exemple, Nicolas Sarkozy
   n’aborde pas la question des références ethnoculturelles et insiste sur
   le caractère civique/électif de la nation, avec la négation explicite
   du modèle organique de l’identité. On remarque aussi qu’à partir du
   mois d’avril, début de la campagne officielle des élections, les
   références à la vision institutionnelle de l’identité à travers la mise
   en exergue du rôle de l’État se multiplient, ainsi que les refus
   explicites de sa vision biologique. Nicolas Sarkozy cherche-t-il à
   consolider son image « présidentiable », en tant qu’homme d’État,
   volontaire et ferme, mais à la fois ouvert à la diversité ?
   Probablement. On sait que depuis son passage au ministère de
   l’Intérieur, il a accumulé un capital « étatique » considérable,
   rassurant pour certains, inquiétant pour d’autres, mais en tout cas
   incontestable (Perrineau, 2008)9.
   17L’exploration plus détaillée de chaque catégorie inclue permet de
   mieux comprendre la définition de l’identité nationale proposée par le
   candidat.
     * 10  Présence, absence ou négation explicite des différentes
       approches de l’identité nationale dans les (...)
   Tableau 2. Premiers résultats de l’analyse10
   Tableau 2. Premiers résultats de l’analyse10
   Agrandir Original (png, 128k)
Les éléments qui dénotent une acception historique/culturelle
     * 11  Gérard Noiriel (1992) rappelle que l’enracinement de la France
       dans les communautés rurales était (...)
   18Les notions de terre et d’histoire s’avèrent fondamentales dans le
   discours de Nicolas Sarkozy, qui prône une vision unitaire et
   historique de la France dans le sillage de la doctrine gaulliste. À
   chaque visite, il glorifie les paysages, le terroir, l’histoire et les
   héros locaux, et exulte l’enracinement rural de la nation11. D’une
   ville à l’autre, il ne tarit pas d’éloges sur les « petites patries »,
   les « provinces » et les « petits pays très anciens » qui ont formé la
   grande patrie de France :
     * 12  Les extraits des discours présentés dans cet article visent à
       mieux illustrer les résultats de l’a (...)
   Qu’est-ce que la France au fond sinon une multitude de provinces et de
   petits pays très anciens qui ont une histoire, une culture, sinon une
   multitude de petites patries qui en forment ensemble une grande ?
   Qu’est-ce que la France sinon des provinces qui, selon la belle formule
   de Michelet, « se sont comprises et se sont aimées » ? Des provinces
   dans lesquelles chacun a des racines qui restent vivaces même pour
   celui qui s’en est éloigné (N. Sarkozy, Caen, 9 mars 2007)12.
     * 13  Pour une approche critique des usages de l’histoire, voir aussi
       les nombreux articles disponibles (...)
   19Quoique traditionnellement associé au discours de la droite (voir
   notamment Barrès, 1902/1925), le recours au territoire constitue, ainsi
   qu’Alain Dieckhoff le rappelle, une stratégie qui, en réalité, dépasse
   le clivage droite-gauche. Dès la Troisième République, les manuels
   d’histoire et de géographie « dispensaient aux élèves des savoirs sur
   les petites patries (pays, départements, régions), l’idée étant que
   pour éprouver de l’attachement envers la communauté nationale, il
   fallait préalablement en manifester envers les communautés locales »
   (2000 : 165). Quant à l’abondance des références historiques dans les
   discours du candidat, celle-ci n’a à priori rien d’étonnant ; elle
   constitue l’une des caractéristiques essentielles des discours de
   nombreux candidats à la présidence de la République française.
   Néanmoins, les historiens ont montré (De Cock et al., 2008) que les
   usages de l’histoire faits par Nicolas Sarkozy servent une stratégie
   spécifique. En s’emparant de quelques figures emblématiques du passé
   (héros, lieux, événements) — ce que Maurice Halbwachs (1925/1994)
   appelle les « objets privilégiés » de la mémoire —, le candidat cherche
   à construire le scénario du « mythe national », lisse et glorieux,
   évacué de toute complexité et de tout conflit, consensuel et finalement
   apolitique. D’où la juxtaposition tous azimuts des références qui
   empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu’à celles de la
   droite, de Jeanne d’Arc à Bonaparte et de Maurice Barrès à Léon Blum,
   Jules Ferry ou bien Marc Bloch13 ; juxtaposition décriée pendant la
   campagne par ses opposants de gauche et dont le candidat se défend avec
   un argumentaire qui fait écho aux propos d’Henri Guaino évoqués plus
   haut :
     Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une
     seule et même histoire dont nous devons être fiers. […] Et je veux
     pouvoir citer Léon Blum parce que je me sens l’héritier de l’enfant
     qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier
     regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot
     « vacances ». Blum fait partie de l’histoire de la République
     française et la République française a commencé avant le Parti
     socialiste français, elle n’est pas sa propriété ! (N. Sarkozy,
     Lyon, 5 avril 2007)
     Ma France, c’est celle de tous les Français sans exception. C’est la
     France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de
     Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celle de cathédrales et de
     l’Encyclopédie. Celle d’Henri IV et de l’édit de Nantes (N. Sarkozy,
     Congrès de l’UMP, Paris, 14 janvier 2007).
     * 14  Position qui s’explique en partie par les conséquences
       juridiques qu’aurait pour l’administration (...)
   20L’instrumentalisation de la diversité territoriale au service de la
   consolidation de l’unité nationale semble également s’appliquer
   lorsqu’on examine les positions de Nicolas Sarkozy sur les langues
   régionales. Si ces dernières sont valorisées en tant qu’éléments
   fondamentaux de l’héritage culturel, elles restent toujours
   subordonnées à la langue française, seul garant de l’unité
   nationale14 :
     Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la charte européenne des
     langues régionales, non parce que je conteste les langues
     régionales, qu’au contraire je veux soutenir et développer, mais
     parce je ne veux pas que demain un juge européen ayant une
     expérience historique du problème des minorités différentes de la
     nôtre puisse décider qu’une langue régionale doit être considérée
     comme langue de la République au même titre que le français (N.
     Sarkozy, Caen, 9 mars 2007).
   21Enfin, comme c’est souvent le cas lors des approches culturelles de
   l’identité nationale, la question de la religion apparaît régulièrement
   dans les discours du candidat. Elle reste néanmoins ambiguë et
   problématique. À l’instar de la « question du voile » dans les écoles
   qui a bouleversé la société française en 2003-2004 (Pelletier, 2005),
   elle témoigne de la difficulté de faire cohabiter la laïcité avec la
   religion. Opérant un amalgame qui n’échappe pas à la critique des
   historiens (De Cock et al., 2008), Nicolas Sarkozy insiste sur
   l’importance de la laïcité en tant que valeur fondamentale de la
   République, mais souligne l’ancrage chrétien de la civilisation
   française. « La France c’est la pensée claire, c’est la raison, c’est
   l’esprit de Lumières. C’est aussi 2000 ans de christianisme, 2000 ans
   de civilisation chrétienne. […] C’est la morale laïque qui incorpore
   2000 ans de valeurs chrétiennes » (N. Sarkozy, Caen, 9 mars 2007).
Les éléments qui dénotent l’acception civique/élective
   22Le candidat revient régulièrement sur « la volonté de vivre
   ensemble », la nation comme « projet d’avenir » et « envie de partage »
   des valeurs de la République. La liberté, la raison, la pensée claire,
   l’esprit des Lumières, le respect de l’Homme constituent des éléments
   fondamentaux de l’identité française :
     Qu’est-ce que la France sinon d’abord une idée de l’homme, du
     respect qu’on lui doit, des droits que nul ne peut lui retirer ?
     Qu’est-ce que la France sinon un combat multiséculaire pour la
     dignité de la personne humaine et pour sa liberté ? […] Qu’est-ce
     que la France sinon cet effort continuel pour faire la synthèse de
     ce qu’il y a de plus grand et de plus beau dans les hommes, sinon
     cet intercesseur unique entre ce qu’il y a de singulier dans chaque
     homme et ce qu’il y a d’universel dans tous les hommes, entre le
     sentiment de chacun et la raison de tous ? (N. Sarkozy, Poitiers, 26
     janvier 2007)
     Je voudrais rappeler à tous ces détracteurs que la France n’a pas
     commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. La
     France a inventé les droits de l’Homme et est le pays au monde qui
     s’est le plus battu pour la liberté du monde (N. Sarkozy, Lyon, 5
     avril 2007).
   23Si la vision volontariste de la nation est traditionnellement portée
   par la gauche, elle reste aujourd’hui profondément ancrée dans l’esprit
   des Français et se trouve naturellement incorporée dans le discours du
   candidat qui souligne avec lyrisme la portée universelle des valeurs
   républicaines. Gérard Noiriel (2007) voit en cette approche une
   stratégie populiste, signe d’une modernisation spécieuse du discours de
   la droite, soumis aux impératifs de la pensée politiquement correcte
   des sociétés contemporaines. Pour Marc Belissa, « il s’agit de
   récupérer la rupture révolutionnaire et de capter l’héritage
   idéologique qu’une partie de la gauche a laissé en déshérence, tout en
   assumant celui de la droite bonapartiste et nationaliste » (dans De
   Cock et al., 2008 : 174). Quant au recours aux droits de l’Homme en
   tant que ciment de l’identité française, il appuie la glorification de
   la nation dans sa version idéaliste et épurée. Il sert aussi au
   candidat de passerelle pour aborder deux thèmes fondamentaux de sa
   campagne. D’un côté, il lui permet de récuser toute repentance (« la
   France n’a pas commis de génocide… »), faisant écho à certaines
   déclarations de Jean-Marie Le Pen à ce sujet et rompant par là avec la
   politique de reconnaissance de certains crimes de l’État menée par
   Jacques Chirac. De l’autre côté, il lui donne la possibilité d’évoquer
   ouvertement la question de l’immigration qu’il associe au devoir de
   protection de la dignité humaine :
     C’est parce que je crois en la France, en ses valeurs universelles,
     dans les droits de l’Homme, que je veux lutter contre une
     immigration clandestine qui fait la fortune des marchands de sommeil
     et des passeurs sans scrupule qui n’hésitent pas à mettre en danger
     la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse (N.
     Sarkozy, Saint-Quentin, 25 janvier 2007).
     Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de
     la France et de son Histoire. Je déteste la repentance qui veut nous
     interdire d’être fiers d’être français, qui est la porte ouverte à
     la concurrence des mémoires, qui dresse les Français les uns contre
     les autres en fonction de leurs origines et qui est l’obstacle à
     l’intégration parce qu’on a rarement envie de s’intégrer à ce que
     l’on a appris à détester (N. Sarkozy, Tours, 10 avril 2007).
L’acception institutionnelle
     * 15  À propos de l’expression l’« État capétien », par exemple,
       utilisée par Nicolas Sarkozy, les histo (...)
   24La question de l’État est souvent présente dans les approches
   théoriques qui essaient de comprendre la nation. Pour les modernistes,
   les deux notions sont directement liées : la nation telle que nous
   l’appréhendons aujourd’hui émane du processus complexe de la formation
   des États modernes, mais constitue à la fois l’outil idéologique qui
   permet la consolidation politique de ces derniers. Dans les discours de
   Nicolas Sarkozy, lorsque la question de l’État s’associe explicitement
   à celle de l’identité nationale, cela se fait en deux manières : sur le
   plan synchronique, épousant une optique wébérienne qui met l’accent sur
   son rôle clé dans le fonctionnement de la nation et la stabilité
   intérieure ; sur le plan diachronique, prônant une vision téléologique
   du rôle de l’État dans la construction de la nation française. Le
   candidat se réfère à la nation française sous forme de volonté, voire
   de « destinée » accomplie grâce à l’État, et développe par là un récit
   mêlant histoire et patriotisme, historiquement contesté, fondé sur une
   présentation simplifiée du passé15 :
     L’unité de la France, c’est l’État capétien qui l’a voulue pendant
     huit siècles. C’est l’État républicain qui l’a voulue à son tour
     pendant deux cents ans. Le grand rêve unitaire des rois, c’est la
     République qui l’a accompli. La France, c’est une mosaïque de
     peuples que l’État a réunis pour en faire une nation (N. Sarkozy,
     Cormeilles-en-Parisis, 6 mars 2007).
     Parce que c’est l’État qui a fait la France. C’est l’État qui a
     forgé la nation et qui en a maintenu l’unité. L’effondrement de
     l’État a toujours coïncidé en France avec l’effondrement de la
     nation (N. Sarkozy, Tours, 10 avril 2007).
Le refus de l’acception biologique
   25Les notions de race et d’ethnie employées par Nicolas Sarkozy posent
   évidemment des problèmes à cause de leur complexité sémantique.
   Contrairement à son acception commune liée aux aspects biologiques, le
   terme de race est utilisé depuis le xix^e siècle selon des
   significations fort variables, désignant soit les caractéristiques
   physiques des groupes humains, soit une communauté vivant dans un
   territoire donné, avec, dans ce cas, une faible connotation biologique
   (Thiesse, 1999/2001). Quant à la notion d’ethnie, souvent confondue
   avec la « race » dans les travaux sur la nation, elle est aussi
   appréhendée en tant qu’élément d’ordre culturel — et non pas
   biologique — désignant « une forme d’identité collective basée sur des
   croyances et des pratiques culturelles partagées, telles que la langue,
   l’histoire, l’origine et la religion » (Puri, 2004 : 174). Dans les
   discours de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy utilise les
   deux termes parfois juxtaposés l’un à côté de l’autre dans une
   articulation ambiguë : l’ethnie n’est pas la race, mais les deux vont
   d’habitude ensemble. En tout cas, le candidat récuse les approches
   essentialistes de l’identité nationale et insiste sur le caractère
   symbolique et culturel de la nation française qui exclut tout critère
   physique :
     La France, elle n’a cessé de changer tout au long de son histoire
     parce qu’elle n’a jamais cessé d’être un pays ouvert, parce qu’elle
     n’a jamais été un clan, une race ou une ethnie. La France, c’est une
     volonté de vivre ensemble. La France, c’est une idée. La France,
     c’est un idéal offert à tous les hommes. La France, c’est chacun
     d’entre nous avec son histoire, avec sa mémoire, avec son expérience
     de la vie, avec ses rêves(N. Sarkozy, Villepinte, 11 avril 2007).
     * 16  Par ailleurs, le candidat affiche clairement sa volonté de
       symboliser « la réconciliation français (...)
   26Cette prise de position est, bien évidemment, loin de surprendre.
   Aujourd’hui, toute référence à la « race », discréditée sur le plan
   scientifique, est bannie du vocabulaire politique. Même dans le camp de
   l’extrême droite, les dernières campagnes publicitaires ont pris le
   pari d’afficher, pour la première fois, une France métissée et
   plurielle. Par ailleurs, une position fondée sur des critères
   biologiques serait incohérente et contradictoire aux origines de
   Nicolas Sarkozy lui-même qui se présente comme un « Français au sang
   mêlé, qui doit tout à la France » (Nice, 30 mars 2007)16.
L’imbrication du modèle civique au modèle culturel
   27Les éléments présentés plus haut montrent que la définition de
   l’identité nationale française esquissée par Nicolas Sarkozy repose sur
   le croisement consensuel des acceptions culturelle et politique.
   Cependant, l’analyse de l’articulation de ces éléments permet de
   nuancer cette première constatation. Si les références aux valeurs
   républicaines et au projet volontariste sont nombreuses, le candidat
   opère un glissement subtil qui finit par consolider le rôle de
   l’acception culturelle. En présentant le modèle civique/électif en tant
   que spécificité française, il l’incorpore dans la longue tradition et
   dans l’histoire du pays. On trouve ici les traces d’une conception qui
   appréhende la France comme une incarnation directe, et de ce fait
   privilégiée, d’une vision universaliste de l’humanité. Selon Tzvetan
   Todorov, il s’agit d’une conviction qui remonterait à la Révolution et
   qui aurait donné naissance à une approche typiquement française
   d’interpréter les relations entre homme et citoyen, entre cosmopolite
   et patriote :
     La libération des Français montre le chemin au reste de l’humanité
     et le décret ou la constitution des Français serviront de modèle à
     tous les autres pays. Le conflit entre patriotisme et cosmopolitisme
     ne peut donc exister que pour les ressortissants de pays autres que
     la France, puisqu’ils doivent, en tant que patriotes, une allégeance
     à leur propre pays et, en tant qu’hommes, à la France, incarnation
     de l’humanité ! Les Français, en revanche, peuvent être patriotes
     avec bonne conscience, car, œuvrant pour la France, ils défendent
     l’intérêt, non d’un pays particulier, mais de l’univers entier
     (1989 : 256-257).
     * 17  L’opposition du candidat à l’entrée de la Turquie « qui n’est
       pas un pays européen » (N. Sarkozy, (...)
     * 18  Selon Guy Hermet (2006), le mélange des registres « ethnique »
       et « civique » constitue finalement (...)
   28Les traces de cette approche imprègnent les discours de Nicolas
   Sarkozy. Pour le candidat, si les valeurs républicaines font partie de
   l’identité nationale française, c’est parce qu’elles se trouvent
   intégrées dans le modèle culturel français. Elles font partie de la
   tradition, de l’héritage national, à côté d’autres références
   identitaires, telles que la langue, l’histoire, la religion17^. Tout
   devient finalement question de culture et c’est la culture qui
   l’emporte dans ses discours, non pas parce qu’elle évince les valeurs
   de la République, mais parce qu’elle les incorpore18^. La distinction
   entre approches culturelle et civique de l’identité nationale devient
   ainsi obsolète, car c’est entre autres la seconde qui donne à la
   première sa particularité distinctive. On repère dans cette position
   les traces d’un nationalisme « ethno-centré », dans le sens donné au
   terme par Anthony Smith (1971/1983). Pour cet auteur, contrairement au
   nationalisme « polycentrique » qui reconnaît en son sein une pluralité
   des cultures, le nationalisme « ethno-centré » se définit sur la base
   d’une « seule » communauté ethnique (au sens culturel) dont les valeurs
   émanent d’une liaison organique entre le passé et le présent. De cette
   façon, la nation, objectivée, acquiert un statut transcendant :
     La France a une identité. Pas une identité naturelle, car notre
     nation n’a jamais cessé de se construire, de s’élargir, de
     s’unifier, fédérant des provinces aux patois distincts, embrassant
     des religions aux cultes différents, accueillant des immigrants aux
     cultures étrangères. Par la force de l’État, par la communion de la
     langue, par la marque du droit, par le prix du sang et l’emprise de
     la mémoire et des mythes, l’identité française s’est ainsi faite (N.
     Sarkozy, Réunion, 15 février 2007).
   29Évacuée de tout aspect biologique, la nation prend la forme d’une
   communauté culturelle, en tant que « construction sociale », « ensemble
   des structures sociales et des manifestations artistiques, religieuses,
   intellectuelles, métabolisées par les individus » (Lamizet et Silem,
   1997 : 170), à laquelle ceux qui souhaitent être Français n’ont qu’à
   s’intégrer. Le « projet d’un avenir commun » et la « volonté de vivre
   ensemble » constituent évidemment les bases d’une intégrationréussie,
   dont le candidat lui-même se présente comme l’exemple emblématique, ce
   qui, par ailleurs, lui donne l’occasion de répondre à Jean-Marie Le
   Pen :
     Je veux dire à Monsieur Le Pen qui a sous-entendu que je n’étais pas
     assez Français pour être président de la République, oui, je suis un
     enfant d’immigré. Oui, je suis le fils d’un Hongrois et petit-fils
     d’un Grec né à Salonique qui s’est battu pour la France pendant la
     guerre de 14. Oui, ma famille est venue d’ailleurs, mais dans la
     famille, Monsieur Le Pen, on aime la France parce que l’on sait ce
     qu’on lui doit (N. Sarkozy, Tours, 10 avril 2007).
     À travers ce positionnement et l’importance donnée à la notion de
     l’intégration, le candidat évoque, en sourdine, la question de
     l’immigration :
     La France n’est pas une page blanche. C’est un pays qui a une longue
     histoire. C’est un pays qui s’est forgé au cours des siècles une
     identité, une personnalité qu’il faut respecter, qu’on ne peut pas
     effacer, qu’on ne peut pas ignorer, qui est une part de l’identité
     de chacun, qui est faite de mille apports, de commémorations, de
     leçons d’instituteurs, de réminiscences qui se transmettent de
     génération en génération, des souvenirs d’enfance, de vieilles
     histoires de grands-pères qui ont fait la guerre et qui racontent à
     leur tour à leurs petits-enfants ce que leurs grands-pères leur ont
     raconté jadis. […] À ceux qui veulent vivre en France, la France ne
     demande au fond qu’une chose, c’est qu’ils admettent que la France
     ne commence pas avec eux mais qu’elle a commencé il y a bien
     longtemps et qu’elle veut simplement qu’on l’aime et qu’on respecte
     ses valeurs, qu’on prenne en partage son histoire, qu’on se sente
     partie prenante de sa destinée (N. Sarkozy, Caen, 9 mars 2007).
   30Notons, enfin, que les nombreuses références historiques faites par
   le candidat dans ses discours, tant critiquées par certains historiens
   pour leur caractère compulsif, simpliste, voire souvent contradictoire
   (De Cock et al., 2008), consolident d’une manière indirecte, plus
   subtile, sa définition culturelle de l’identité nationale. Ainsi,
   malgré l’apparente importance du modèle civique/électif présenté dans
   le tableau 2, la définition de l’identité proposée par Nicolas Sarkozy
   s’ancre solidement dans le passé et l’histoire.
Vers une approche « ethno-symbolique »de la nation
   31Nicolas Sarkozy récuse l’approche essentialiste de l’identité
   nationale qui appréhende cette dernière comme le résultat naturel d’une
   appartenance organique/biologique. Mais il se différencie également par
   rapport à la vision purement moderniste qui voit dans la nation une
   simple construction de la modernité. Dans le discours du candidat, la
   France est une continuité, la « synthèse réussite » entre l’Ancien
   Régime et la République :
     Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une
     seule et même histoire dont nous devons être fiers. […] La vérité de
     cette campagne est qu’il n’y a qu’une histoire en France et non pas
     deux, parce qu’il n’y a pas deux France mais une seule France. La
     gauche qui proclame que l’Ancien Régime n’est pas la France, que les
     croisades ne sont pas la France, que la chrétienté n’est pas la
     France, que la droite n’est pas la France. Cette gauche, je l’accuse
     de communautarisme historique. Parce que justement, c’est la France.
     […] Le France est une synthèse. Les rois ont rêvé de cette unité.
     C’est la République qui l’a réalisée. Ceux qui ne comprennent pas
     que la France est une synthèse ne comprennent pas l’histoire et la
     destinée de notre pays (N. Sarkozy, Lyon, 5 avril 2007).
   32En ce sens, la définition de l’identité nationale proposée par
   Nicolas Sarkozy se rapproche davantage de la position ethno-symbolique,
   notamment telle qu’elle a été développée dans les derniers travaux
   d’Anthony Smith qui nous semblent, encore une fois, pertinents pour
   notre analyse. En effet, les premières définitions de la nation
   avancées par cet auteur (1986) mettaient l’accent sur les origines
   ethniques (dans un sens culturel) des groupes sociaux, dont les membres
   partagent un certain nombre de caractéristiques (mythes, histoires,
   territoire, etc.). Dans ses travaux plus récents (2003), il reformule
   cette définition en opérant un transfert sémantique significatif
   au-delà du déterminisme culturaliste qui lui a souvent été reproché. La
   nation n’est plus vue simplement en tant que communauté qui possède un
   certain nombre de caractéristiques liées à son origine ethnique, mais
   en tant que communauté qui subit plusieurs processus d’acquisition de
   ces caractéristiques. C’est lors de ces derniers que les ressources
   culturelles préexistantes de la communauté telles que les souvenirs,
   les mythes, les symboles, les valeurs et les traditions se
   « nationalisent ». D’une vision statique, on passe ainsi à une vision
   dynamique de la nation : celle-ci n’émerge pas naturellement à un
   moment donné sur la base d’une ethnie préexistante, mais constitue le
   résultat de processus socioculturels interactifs lors desquels les
   membres d’une communauté acquièrent une identité spécifique ; un groupe
   social devient une nation sous un ensemble de conditions précises.
   L’identité nationale est alors définie comme « la maintenance et
   l’incessante réinterprétation d’un ensemble de valeurs, symboles,
   souvenirs, mythes et traditions qui forment l’héritage distinctif de la
   nation, ainsi que l’identification des individus à cet héritage »
   (2003 : 24-25).
     * 19  Voir le programme du Front national en matière
       d’immigration : http://www.frontnational.com/progra (...)
     * 20  Dans le discours de Nicolas Sarkozy, l’autre se manifeste aussi
       sous le visage ambivalent des inst (...)
   33Il nous semble que la position défendue par Nicolas Sarkozy n’est pas
   loin de cette définition. Pour le candidat, l’identité nationale n’est
   ni totalement « ouverte », telle que la pensée universaliste l’aurait
   voulue, ni complètement « fermée », telle que l’extrême droite la prône
   (malgré son récent repositionnement qui accepte, réalité oblige, le
   métissage existant au sein de la société française mais prône la
   fermeture pour l’avenir19). La question de l’intégration, en tant que
   processus dynamique d’acquisition des ressources culturelles
   nationales, s’avère centrale. Nicolas Sarkozy n’hésite pas à désigner
   l’étranger ou l’immigré non intégré en tant que menace pour la
   nation20. La question de l’identité nationale se trouve ainsi liée,
   encore une fois, à celle de l’immigration :
     Je souhaite qu’on ne puisse pas s’installer durablement en France
     sans se donner la peine d’écrire et de parler le français. Je
     souhaite qu’on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa
     culture et ses valeurs. Ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux
     qui veulent pratiquer la polygamie, l’excision ou le mariage forcé,
     ceux qui veulent imposer à leurs sœurs la loi des grands frères,
     ceux qui ne veulent pas que leur femme s’habille comme elle le
     souhaite ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la
     République française (N. Sarkozy, Poitiers, 26 janvier 2007).
     La France doit continuer d’accueillir des migrants. […] Mais elle ne
     doit le faire qu’à certaines conditions. La première condition,
     c’est de se doter de plafonds d’immigration, comme le fait par
     exemple le Canada, un pays démocratique somme toute. […]
     L’immigration fait partie de notre histoire. Elle nous a enrichis.
     Mais elle ne saurait porter atteinte aux caractéristiques
     essentielles de notre identité (N. Sarkozy, Nantes, 15 mars 2007).
Conclusion
     * 21  Contre le discours de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royale « a fait
       valoir une conception de la nation (...)
   34Lors de sa campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a fait de
   l’identité nationale l’un des principaux thèmes de son discours.
   S’emparant des définitions traditionnelles de cette notion, il en a
   proposé une version consensuelle au croisement du modèle culturel et
   civique/politique, évacuée de tout aspect organique. Cependant, en
   intégrant les valeurs républicaines à la définition culturelle de
   l’identité française, à côté d’autres références identitaires telles
   que la langue, l’histoire, les mythes, les symboles, etc., le candidat
   a opéré un glissement sémantique qui a finalement consolidé
   l’importance du modèle culturel. En ce sens, il a proposé une vision
   « ethno-symbolique » de l’identité nationale, ni totalement « ouverte »
   ni complètement « fermée », qui voit cette dernière comme le résultat
   d’un processus dynamique d’acquisition, toujours « en cours », puisant
   sa force dans des ressources culturelles préexistantes. Ce n’est que
   par ce processus que l’identité française peut être acquise. Il s’agit
   d’un travail continu d’intégration culturelle, qui seul peut aboutir à
   l’acquisition de la « conscience » nationale21.
     * 22  Sur le site du ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de
       l'Identité nationale et du Dévelop (...)
   35La thèse défendue par le candidat Nicolas Sarkozy doit évidemment
   être appréhendée dans le cadre du contexte et des enjeux de sa campagne
   présidentielle qui visait à affirmer son appartenance partisane ainsi
   qu’à reconquérir les publics partis à l’extrême droite ou au centre. On
   y trouve, néanmoins, les fondements idéologiques des actions
   entreprises par le candidat une fois élu président et dont les traces
   étaient déjà perceptibles dans ses activités précédentes en tant que
   ministre de l’Intérieur. Le « dispositif » mis en place dans l’optique
   de « réguler » l’immigration afin de « protéger » l’identité
   nationale — cet ensemble complexe et hétérogène des discours,
   institutions, réglementations, etc.22, selon le sens donné au terme par
   Michel Foucault (1977/1994) — apparaît comme la cristallisation de
   cette vision. S’agit-il d’une évolution au sein de l’espace public
   français en termes de définition de la notion d’intégration ?
   L’histoire des politiques sur l’immigration pendant les trente
   dernières années révèle les difficultés des instances publiques à
   mettre en place une stratégie cohérente en la matière, tiraillées entre
   la vocation traditionnelle de la France en tant que terre d’accueil et
   des droits de l’Homme et la volonté d’une gestion pragmatique des
   populations migrantes (Gastaut, 2004). En 1996, Gérard-François Dumont
   écrivait :
     La politique d’assimilation, selon les termes qui étaient
     traditionnellement employés jusque dans les années 70 […] était un
     projet individuel tourné vers les personnes considérées comme de
     futurs citoyens. Chaque étranger appelé à s’assimiler devait en
     effet entrer dans le moule d’un projet politique correspondant aux
     valeurs républicaines (1996 : 362).
   36Ainsi que l’auteur explique, les années suivantes ont vu le passage
   progressif d’une politique d’immigration ouverte aux individus à une
   politique tournée vers la reconnaissance des communautés d’immigrés. La
   France des années 1990 se trouverait ainsi « confrontée à une
   alternative » (1996 : 370) : soit perdurer sur le principe de
   l’éminence des valeurs républicaines qui voit d’abord dans chaque
   individu l’Homme avant ses origines, soit, selon l’exemple britannique,
   aller vers une acceptation accrue des diasporas et des communautés
   ethniques. Le dilemme soulevé par Dumont garde toute son actualité. Il
   semblerait, par ailleurs, que jusqu’à aujourd’hui « le
   multiculturalisme — entendu comme reconnaissance et valorisation par
   les pouvoirs publics de la diversité culturelle — demeure impopulaire
   auprès de la majorité de l’intelligentsia française » (Sabbagh,
   2006 : 173). En tout cas, les réponses données par Nicolas Sarkozy,
   telles qu’elles sont apparues dans notre analyse, semblent converger
   vers une acception ethno-symbolique et, par conséquent, ethno-centrée
   de l’identité nationale. Celle-ci accepte une certaine diversité et une
   ouverture, mais elle est solidement ancrée dans le passé. Elle prône
   l’affirmation d’un ensemble des ressources culturelles françaises dont
   l’héritage républicain fait partie. Son acquisition repose sur un
   travail d’intégration perpétuel. Le candidat propose finalement une
   vision plutôt « droitière » de la nation, qui esquisse implicitement,
   et en dépit de l’apparente universalité à laquelle elle prétend, son
   public.
   Haut de page
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Notes
   1  Yvan Gastaut (2007) rappelle que c’est dans les années 1960 et 1970
   que la question de l’immigration commence à susciter l’intérêt de
   l’opinion et des médias.
   2  Disponibles sur l'ancien site officiel de
   l’UMP : http://www.u-m-p.org/site/index.php/ ump/s_informer/discours.
   3  Avec 53,06 % des suffrages exprimés au second tour.
   4  Avec un taux de participation électorale qui s’est élevé à 83,97 %.
   5  Cette approche rassemble quelques-uns des plus grands analystes
   contemporains (citons, à titre d’exemple, Kedourie, 1960 ; Anderson,
   1983 ; Gellner, 1983/1999 ; Hobsbawm, 1990) et semble être la plus
   acceptée, malgré les ambiguïtés concernant le processus et la date
   exacte de l’apparition des nations. Néanmoins, des voix s’élèvent pour
   dénoncer le caractère globalisant de ses thèses, résultat d’un regard
   « occidental » sur la nation (Caron et Vernus, 1996 ; Puri, 2004).
   6  La vision ethnoculturelle de l’identité nationale serait notamment
   développée par le romantisme allemand, et incarnée dans le Second puis
   le Troisième Reich. Pour Patrick Weil (2002/2004), cette divergence
   entre l’Allemagne et la France en matière de conception de la nation ne
   doit pas être liée à celle relative au droit à la nationalité (jus
   sanguinis vs jus soli) qui a, pendant longtemps, caractérisée les deux
   pays : « après tout, Vichy démontra que l’on pouvait appliquer une
   législation d’exception raciste en conservant le jus soli ». L’histoire
   des droits à la nationalité dans la majorité des États de l’Union
   européenne montre que ceux-ci varient dans le temps au sein d’un pays
   donné, et cela souvent selon si ce dernier se perçoit comme un pays
   d’émigration ou d’immigration. Rappelons qu’en France, le droit du sol
   (dominant sous l’Ancien Régime et durant la Révolution jusqu’à 1804)
   existe depuis 1889. En revanche, en Allemagne, il n’arrive qu’en 2000.
   7  Nous empruntons le terme à Christophe Jaffrelot (2006 : 33), qui
   voit dans la notion de nation une dimension institutionnelle tournée
   vers l’État.
   8  Rappelons que le 8 mars, Nicolas Sarkozy a annoncé son projet de
   création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.
   9  Depuis les incidents qui ont éclaté le 27 mars 2007 dans la Gare du
   Nord à Paris, le candidat bénéficie d’une hausse des intentions de vote
   notamment de la part des électeurs lepénistes (Fourquet, 2007).
   10  Présence, absence ou négation explicite des différentes approches
   de l’identité nationale dans les discours du candidat. Sont grisées
   uniquement les zones où la valeur 1 apparaît.
   11  Gérard Noiriel (1992) rappelle que l’enracinement de la France dans
   les communautés rurales était jusqu’à une époque récente l’une des
   principales originalités de la société française.
   12  Les extraits des discours présentés dans cet article visent à mieux
   illustrer les résultats de l’analyse. Le choix s’est fait de façon
   arbitraire, car certaines citations se répètent dans plusieurs
   discours, parfois de manière identique, parfois avec de légères
   modifications.
   13  Pour une approche critique des usages de l’histoire, voir aussi les
   nombreux articles disponibles sur le site du Comité de vigilance face
   aux usages publics de l’histoire, créé en 2005 : http://cvuh.free.fr/.
   Notons, cependant, que Nicolas Sarkozy n’est pas le seul à brouiller
   les pistes entre l’axe traditionnel droite/gauche. Cette perturbation
   semble également être perceptible dans les discours de Ségolène Royal
   et de François Bayrou (Tebbakh, 2007).
   14  Position qui s’explique en partie par les conséquences juridiques
   qu’aurait pour l’administration française une telle reconnaissance
   (nécessité de répondre aux citoyens dans la langue locale de leur
   choix).
   15  À propos de l’expression l’« État capétien », par exemple, utilisée
   par Nicolas Sarkozy, les historiens rappellent que les trois siècles et
   demi de royauté capétienne sont antérieurs à l’émergence de l’État en
   tant qu’abstraction politique et réalité administrative et soulignent
   aussi l’amalgame opéré par le candidat quant aux origines de l’unité de
   la France (De Cock et al., 2008).
   16  Par ailleurs, le candidat affiche clairement sa volonté de
   symboliser « la réconciliation française au-delà des frontières de
   religion et de race » (Bouillaud, 2007 : 31) avec la promotion, pendant
   la campagne, de personnes représentant les minorités visibles
   (notamment Rachida Dati, Garde des Sceaux et ministre de la Justice, et
   Rama Yade, Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères
   et chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, dans le
   premier gouvernement Fillon).
   17  L’opposition du candidat à l’entrée de la Turquie « qui n’est pas
   un pays européen » (N. Sarkozy, Strasbourg, 21 février 2007) au sein de
   l’Union européenne pourrait mieux être comprise sur la base de cette
   importance accordée aux facteurs culturels lors de la définition de la
   notion d’identité nationale.
   18  Selon Guy Hermet (2006), le mélange des registres « ethnique » et
   « civique » constitue finalement l’une des caractéristiques du
   populisme occidental : le terme ethnicité ne désignant plus maintenant
   que des attributs culturels imprécis et évolutifs, l’identité civique
   nationale des Occidentaux « n’est plus guère qu’une variété
   trans-étatique de nationalisme ethnique ou la forme élargie d’un
   populisme transnational » (p. 329).
   19  Voir le programme du Front national en matière
   d’immigration : http://www.frontnational.com/programmeimmigration.php.
   20  Dans le discours de Nicolas Sarkozy, l’autre se manifeste aussi
   sous le visage ambivalent des instances internationales, notamment
   celui de l’Union européenne, ainsi qu’à travers les nouveaux pays
   émergents (Inde, Chine) qui, en se dressant souvent contre les intérêts
   français, menacent, selon le candidat, la stabilité nationale. Notons
   que le regard sévère que Nicolas Sarkozy semble porter sur l’Union
   européenne est à mettre en perspective avec le rejet par les Français
   du traité constitutionnel européen en 2005 (car Nicolas Sarkozy était à
   l’époque l’un des défenseurs du « oui »). L’Europe, en revanche, en
   tant qu’idéal, projet de civilisation et volonté d’unité entre les
   peuples s’accorde parfaitement, selon le candidat, avec le projet
   français. Les ambiguïtés sur la question européenne ne sont pas
   nouvelles dans l’histoire du gaullisme. Jacques Chirac avait aussi dû
   infléchir ses positions à ce sujet (Derville, 2005).
   21  Contre le discours de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royale « a fait
   valoir une conception de la nation alliant <la grande lumière jamais
   éteinte de la Révolution française et de ses grands principes> et la
   reconnaissance des identités multiples » (Le Goff, 2008 : 58).
   22  Sur le site du ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de
   l'Identité nationale et du Développement solidaire figurent
   quelques-uns des principaux axes de l'action gouvernementale à ce
   sujet : http://www.immigration.gouv.fr/.
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Table des illustrations
    Titre  Tableau 2. Premiers résultats de l’analyse10
     URL   http://communication.revues.org/docannexe/image/2010/img-1.png
   Fichier image/png, 128k
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Pour citer cet article
Référence papier
   Angeliki Koukoutsaki-Monnier, « La construction symbolique de
   l'identité nationale française dans les discours de la campagne
   présidentielle de Nicolas Sarkozy », Communication, Vol. 28/1 | 2010,
   11-39.
Référence électronique
   Angeliki Koukoutsaki-Monnier, « La construction symbolique de
   l'identité nationale française dans les discours de la campagne
   présidentielle de Nicolas Sarkozy », Communication [En ligne], Vol.
   28/1 | 2010, mis en ligne le 04 octobre 2011, consulté le 08 décembre
   2013. URL : http://communication.revues.org/2010 ; DOI :
   10.4000/communication.2010
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Auteur
Angeliki Koukoutsaki-Monnier
   Angeliki Koukoutsaki-Monnier est maître de conférences en sciences de
   l’information et de la communication à l’Université de Haute-Alsace et
   membre du Centre de recherche sur les médiations (CREM, ÉA 3476) de
   l’Université de Paul Verlaine-Metz. Courriel : angeliki.monnier@uha.fr
Articles du même auteur
     * Marusya BOCIURKIW (2011), Feeling Canadian : Television,
       Nationalism, and Affect [Texte intégral]
       Sudbury, Wilfrid Laurier University Press
       Paru dans Communication, Vol. 30/2 | 2012
     * La redécouverte de l’Autre par écrans interposés [Texte intégral]
       Fiction télévisuelle et redéfinition des relations gréco-turques
       Paru dans Communication, Vol. 26/1 | 2007
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              Titre :
                      Communication
                      Information médias théories pratiques
              En bref :
                      Revue promouvant les études des médias élargies aux
                      rapports décloisonnés de la production,
                      représentation et appropriation
                      A journal promoting media studies within the scope
                      of an integrated analysis of production,
                      representation and appropriation
              Sujets :
                      Information, Sciences de l'information, Histoire et
                      sociologie des médias
              Dir. de publication :
                      Roger de la Garde
              Éditeur :
                      Roger de la Garde
              Support :
                      Papier et électronique
              EISSN :
                      1920-7344
              ISSN imprimé :
                      1189-3788
              Accès :
                      Open access Freemium
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     * DOI / Références
              DOI :
                      10.4000/communication.2010
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